3812 votes
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Le dernier ours
9/10 Groenland, 2037. Dans cette île transformée en désert par le dérèglement climatique, l'ours Anuri constitue la principale attraction du NC Zoo. Sa soigneuse, Karen, l’aime comme un frère, avec une certaine dose de culpabilité : son propre père l’a capturé douze ans plus tôt. Au cours d’une banale expérience, Anuri tue l’un de ses soigneurs et blesse le second. La décision tombe : il faut tuer l’ours. Karen ne l’entend pas de cette oreille. Avec Lone et Sila, deux adolescents paumés, elle décide de fuir avec l’animal. Mais Svendsen, un fourbe scientifique, n’est pas décidé à laisser partir le plantigrade. Car l’accident dont s'est rendue coupable la bête dissimule un étrange projet…
Premier ouvrage de Charlotte Bousquet à paraître dans la collection Thriller de Rageot, ce roman sort indéniablement du lot. L’intrigue est particulièrement originale, s’appuyant habilement sur des réflexions intelligentes sur l’écologie, la responsabilité humaine, les liens avec les espèces animales, et les enjeux scientifiques. Les décors comme les personnages sont dépeints de manière admirable, au point que ce futur, pourtant imaginaire, semble immédiatement crédible. Les relations entre Karen et Anuri, mais aussi avec les deux ados, offrent d’attendrissants moments de littérature, sans jamais tomber dans la naïveté ou la facilité. C’est d’ailleurs l’un des talents de Charlotte Bousquet qui s’illustrent dans cet ouvrage : être capable de s’adresser à des jeunes sans bêtifier ni multiplier les poncifs.
Le suspense est haletant, et il est d’autant plus tonique que la rythmique, soulignée par des chapitres courts et l’alternance entre les divers points de vue des protagonistes, le renforce. Et au-delà de l’histoire, c’est aussi un beau livre engagé, activiste à sa manière, poussant le lecteur, citoyen et acteur en devenir du sort du monde, à se poser des questions justes et utiles.
Avec un final poignant et inattendu dans ce type de livres, ce Dernier ours constitue un roman exemplaire. Nerveux, intelligent, atypique, il affermit et confirme la diversité comme la qualité des livres paraissant dans la collection Rageot Thriller.10/10/2012 à 13:30
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Relic
Lincoln Child, Douglas Preston
7/10 Une expédition scientifique qui tourne mal en Amérique du Sud. Des enfants qui disparaissent du Muséum d'histoire naturelle de New York et dont on retrouve ensuite les cadavres martyrisés. Même si l'administration du musée essaie de museler l'affaire, il se trame quelque chose d'effrayant. Le policier D'Agosta se met à enquêter, bientôt accompagné d'un étrange agent spécial du FBI, Aloysius Pendergast.
Premier roman de la série consacrée à Pendergast, Relic montre assez rapidement le talent de ses deux auteurs, Douglas Preston et Lincoln Child. La plume est efficace, les chapitres alternent avec brio, et le suspense est savamment entretenu d'une scène à l'autre. Le personnage de l'agent fédéral Pendergast, même s'il ne se situe pas toujours en première ligne de l'enquête, se révèle rapidement fascinant, avec son allure détonante, son intelligence supérieure et ses manières élégantes. L'affrontement avec le monstre réserve bien des surprises et la troisième partie du livre est haletante, notamment grâce aux descriptions de panique dans le musée et la traque de la bête. Certes, quelques passages apparaissent superflus et Pendergast ne déploie pas encore toute l'étendue de son panache, mais ce jalon de la série augurait déjà de suites passionnantes.
Relic joue donc sa partition sur plusieurs portées littéraires : thriller fantastique, roman catastrophe, roman à suspense. Au-delà de l'intrigue et du combat contre le prédateur, il s'agit de la première des pierres constituant l'édifice consacré à Aloysius Pendergast, l'un des plus célèbres agents fédéraux de la littérature policière actuelle.01/10/2012 à 18:17 2
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Un grand maître dunkerquois
6/10 Fabrice Vervich vit avec sa mère dans une ferme isolée de la campagne flamande. Ils sont riches, il est beau. Mais sous ce vernis, une bête est tapie. Un monstre bicéphale. Ce duo enlève des jeunes femmes, les séquestre, leur fait subir mille tortures avant de s’en débarrasser. Ces deux bourreaux ne s’arrêteront pas de sitôt. Sauf si les disparitions de femmes finissent par alerter la police…
Après Dunkerque sous le signe d’Othmane, Jean-Pierre Bocquet reprend ses personnages de policiers pour une nouvelle enquête. Même si la lecture du premier ouvrage n’est pas obligatoire, elle n’en demeure pas moins préférable pour mieux saisir les relations entre les divers enquêteurs ainsi que leur évolution psychologique. L’auteur dispose d’une plume habile – il est professeur de lettres – et sait habilement peindre les ambiances comme les sentiments. À cet égard, de nombreux passages descriptifs sont à relire tant la langue employée est belle et poétique. Le scénario tient la route, le suspense est bien maintenu, et l’on avale fiévreusement les pages de ce roman sans s’en rendre compte. Les policiers sont croqués de manière réaliste, loin des poncifs du genre, et les investigations paraissent plausibles dans leur déroulement comme dans leurs rebondissements. Par ailleurs, la paire de tortionnaires est effrayante, avec de nombreuses scènes marquantes d’humiliations et de supplices infligés aux victimes. Quelque part entre Barbe Bleue et Casanova, ce fils, dénaturé dès son enfance par une mère castratrice et ayant noué avec elle des liens morbides, est abominable.
Si l’histoire ainsi que le style sont plus que louables, on ne peut que regretter quelques baisses de régime dans l’enquête, notamment dans le milieu du livre, où le lecteur maudira probablement les enquêteurs de ne pas fondre plus rapidement sur les criminels alors que les faisceaux de preuves s’amoncellent. D’autre part, il est dommage que certains clichés viennent enlaidir le tableau, particulièrement lorsqu’il s’agit de cerner les personnalités de ce couple morbide. Un enfant, détruit très tôt par la personnalité envahissante de sa génitrice, et devenant un prédateur impuissant comblant ses failles par des actes atroces, même si bien dépeint par Jean-Pierre Bocquet, sonne indubitablement comme une banalité dans le domaine du thriller. On aurait aimé un peu plus d’originalité dans la genèse de ce nuisible.
Jean-Pierre Bocquet signe donc un roman certes efficace et prenant, que l’on ne lâche pas, mais qui aurait mérité des êtres machiavéliques centraux plus aboutis, ou moins attendus, pour faire honneur à son style, remarquable.01/10/2012 à 18:12
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Victime Delta
7/10 Un bon petit polar pour la jeunesse, qui s’avale facilement et rapidement. Un format aux allures de nouvelle, une intrigue simple et prenante, qui donne autant la place à la dimension humaine des personnages décrits qu’au fil rouge que constitue l’histoire criminelle. A la manière de « La lecture du feu » qui s’adresse plus aux adultes, un ouvrage intéressant et enthousiasmant.
30/09/2012 à 19:21
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Milieu Hostile
9/10 Dessaignes, ayant roulé sa bosse dans les milieux interlopes des ONG et de l’espionnage, coule des jours plus ou moins paisibles à Sébastopol. Mais un de ses anciens camarades lui demande de l’aide : la syphilis semble revenir en force en Ukraine. Et le voilà qui replonge dans les cercles troubles des services secrets et autres fauteurs de troubles…
Après Renegade Boxing Club, Thierry Marignac remet son personnage fétiche au cœur d’une nouvelle aventure. Ici, le trait est noir, et l’écriture singulière. La plume de l’auteur est très travaillée, aussi poétique et courroucée que les paysages de l’Europe de l’est qu’elle décrit. Certains passages sont d’un lyrisme ténébreux, au point d’en devenir envoûtants. Des laboratoires pharmaceutiques aux appétits fétides en passant par les anciens apparatchiks, des barbouzes désargentés prêts à tout pour obtenir leur part du gâteau aux trafiquants à la veste réversible, Thierry Marignac croque avec désenchantement de sombres univers en proie à l’anomie. Son héros en sortira cabossé, usé jusqu’aux os, et définitivement privé de ses derniers fragments d’innocence, s’il lui en restait encore.
Il est d’ailleurs bien difficile de résumer l’intrigue de cet ouvrage, tant les manipulations, faux-semblants et trahisons sont pléthoriques. Sur ce canevas inquiétant de positions de force entre les partis, l’auteur a bâti une histoire sordide, machiavélique, dédaléenne. Certains passages pourront sembler à certains lecteurs trop éloignés de l’intrigue principale, voire penser que cette dernière aurait pu être plus compacte, avec une colonne vertébrale littéraire plus marquée, mais cela n’est visiblement pas le but de Thierry Marignac : il offre à son public un paysage humain ravagé par de vils enjeux.
Exigeant, ce livre l’est à plus d’un titre. Rédigé avec maestria, sans la moindre concession, c’est un alcool fort que l’on ingurgite cul sec, avec la certitude de sentir les tripes brûler. Peu d’ouvrages disposent de cette maléfique puissance d’évocation, et celui-ci ne se donnera certainement pas au premier venu, sans revendiquer en retour une belle gueule de bois ainsi qu’un estomac dévasté. Et c’est tout à son honneur.25/09/2012 à 18:50
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Le Gang du serpent
7/10 Après ses précédentes aventures relatées dans Les Voleurs de têtes, Billie Bird, jeune voleuse de son état, sait que son père est encore retenu prisonnier d’un gang mafieux si elle ne leur rapporte pas d’autres parties d’une fontaine mythique. Cependant, elle se rend compte qu’une énigmatique clé, remontant à l’Antiquité, ainsi qu’un mode d’emploi de la machine que tentent de reconstituer les ravisseurs de son père, peuvent être récupérés. Ni une ni deux, Billie reprend le chemin du cambriolage !
Deuxième opus de la série Vagabonde, ce Gang du serpent ravira à coup sûr celles et ceux qui avaient apprécié le précédent ouvrage. On retrouve avec plaisir Billie Bird et son équipe : son chenapan de petit-frère, l’énigmatique et ravissant Octave, et le grand-père, de plus en plus victime d’Alzheimer. Si les scènes d’action échevelées sont moins nombreuses que par le passé, ce roman s’axe davantage sur les personnages et l’émotion. Hervé Jubert creuse les relations entre les divers protagonistes, notamment entre Billie et Octave, avec une amourette attendue à l’arrivée. Par ailleurs, le grand-père, surnommé le Capitaine, et sa maladie neurodégénérative, devient le centre des attentions du groupe, avec de nombreuses scènes poignantes où s’insère néanmoins un humour salvateur.
Billie, au volant de sa fidèle Vagabonde, un combi Volkswagen antédiluvien, prend de nouveau la route à la recherche d’objets à dérober, et l’auteur fait montre d’un humour omniprésent, dans les dialogues comme dans les situations. Les exploits, même moins fourmillants, sont assurément réussis, et l’ouvrage s’achève sur un rebondissement qui donnera forcément aux lecteurs l’envie de se ruer sur le troisième et ultime écrit de la série.
Indéniablement captivant, ce Gang du serpent constitue une habile passerelle entre le premier et le dernier ouvrage des romans consacrés à Vagabonde. La plume d’Hervé Jubert est efficace, et l’on attend avec impatience le futur ouvrage, à paraître en octobre.25/09/2012 à 18:44
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Les Démons des temps immobiles
3/10 Le commissaire Marac vit reclus du monde, dans un chalet de montagne, lorsqu’il est appelé par ses collègues. Un de ses amis d’enfance a disparu. Son domicile a été mis à sac, et on découvre dans le jardin deux cercueils, l’un avec un squelette, l’autre avec un simple mot énonçant la date présumée de la mort de Marac. L’enquête va le mener vers des vérités inavouables que de nombreux individus souhaitent garder secrètes.
L’auteur du très bon The One signait en 2007 un thriller mâtiné de roman d’aventures et d’ésotérisme dans l’air du temps. Le personnage fétiche de Dan Chartier pénétrait les arcanes de la religion et de mystères anciens, l’amenant à affronter des adversaires nombreux et retors. La plume de l’écrivain se montrait particulièrement fluide et assez efficace, notamment dans les descriptions géographiques. Le lecteur voyage au gré des investigations du commissaire, de la France à Venise en passant par l’Arizona et le désert saharien. Les fans de l’occultisme et autres complots, à la manière de Dan Brown ou Raymond Khoury y trouveront probablement de quoi nourrir leur imagination et passer un bon moment.
Néanmoins, pour les autres, la sauce ne prendra certainement pas. Dan Chartier a imaginé une intrigue complexe, certes très documentée, mais dont les ramifications, la pléthore d’intervenants et l’aspect dédaléen finissent par lasser. Car les thèmes évoqués, et tous finissant par avoir de l’importance dans ce scénario luxuriant, abondent : le nazisme et l’Ordre Noir, le rôle de Jésus-Christ, les Amérindiens, les crânes de cristal, les sociétés mayas, le Vatican, les manuscrits de la Mer Morte, les origines extraterrestres de l’humanité… Entrez tous et que le dernier ferme la porte ! Tout ce beau petit monde se retrouve dans une série magmatique d’interactions, se combat, s’entraide, ou exerce un troc. De ce méli-mélo d’idées si souvent évoquées au cinéma et en littérature, il fallait un angle d’approche puissant, simple et cohérent, mais ce n’est clairement pas cette voie qu’a choisie Dan Chartier. Tout y est touffu, abscons, et finit malheureusement par sombrer dans le ridicule. Par ailleurs, Marac devient crispant : qu’il doit être flatteur, au quotidien, d’être si instruit en combat, minéralogie, histoire, géographie, religion, etc. Rien n’échappe à ce surhomme de l’intellect, et l’on en vient, dans certains passages, à plaindre les pathétiques ennemis qui se mettent sur son chemin. Ajoutons à cela une fin bien trop abrupte et l’identité du commanditaire trop aisée à deviner.
Il en va de la littérature comme de la cuisine : certains plats souffrent de complications inutiles, d’ingrédients trop multiples, et de saveurs qui s’entremêlent au point de gâcher complètement le mets final. Cet opus en est la parfaite illustration : simplicité et volonté de rendre l’ensemble plus crédible et homogène auraient certainement servi le récit. Dan Chartier, décédé en 2007, en était capable.25/09/2012 à 18:43
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La Fille de nulle part
9/10 George Weaver est un agent immobilier que la vie a éprouvé. Difficultés de trésorerie, impasses professionnelles, et un mariage qui tourne désespérément en rond. Aussi, autant pour gagner un peu d’argent facile que pour rendre service à un ami, il accepte une mission : prendre des photographies d’un lieu où une jeune femme a été tuée huit ans plus tôt. Rapidement, George se prend de passion pour cette affaire, au point d’éprouver des sentiments pour la défunte, et cherche à mener l’enquête en solo. Mais il ignore encore à quel point cette énigme va le bouleverser…
Fredric Brown signait en 1951 ce roman noir particulièrement saisissant. La langue de l’auteur est simple, les phrases élémentaires, et c’est pourtant avec grand intérêt que le lecteur suit la progression du héros. De prime abord oisif, fauché par une existence qui a perdu toute saveur, il en vient à se prendre d’une passion trouble pour la victime. La manière, à la fois primaire et cohérente, dont il parvient à remettre en place les pièces du puzzle quant à la défunte, son identité, ses origines et ce qui lui est arrivé, lui permet de reprendre goût à la vie. Certes, il y a des passages qui semblent un peu creux, ou tout du moins qui n’apportent pas de véritable progrès à l’investigation, et l’on en vient parfois à se demander où Fredric Brown veut bien en venir.
Et arrive le final. Les deux dernières pages. Un véritable feu d’artifice, comme un incendie qui couvait derrière une porte close. Un accès qu’un détail dérisoire va ouvrir, pour envoyer des flammes vengeresses à la face de George Weaver comme à celle du lecteur. Un événement inattendu, impossible à deviner, et d’une efficacité remarquable. Un retournement de situation tellement incroyable, en deux temps, qu’il marquera probablement le lecteur un bon moment.
Il aura fallu à Fredric Brown passer par le filtre d’un roman aux accents de faits divers, parfois lénitif, pour instaurer ce calme trompeur. Car quand survient le coup de théâtre final, il est d’autant plus incisif que rien, dans l’apparente banalité de l’histoire et des personnages qui la peuplent, ne nous y préparait. À n’en pas douter, cet ouvrage, méconnu, mérite très amplement d’être découvert.08/09/2012 à 08:47 4
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Clic mortel
8/10 Ce Clic mortel est à la fois efficace, nerveux et astucieux, en proposant aux collégiens une fiction angoissante, qui oblige à se poser des questions pertinentes quant au web et les usages qui en sont faits.
08/09/2012 à 08:44
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Stormbreaker
8/10 Redoutable concurrente de la série CHERUB écrite par Robert Muchamore, celle narrant les aventures d’Alex Rider a su trouver son public. Anthony Horowitz, écrivain spécialiste de la littérature jeunesse, a trouvé le concept, les mots et les personnages pour offrir de délicieuses heures de détente à ses fans.
08/09/2012 à 08:43
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Léviatemps
6/10 Un assez bon livre selon moi, même si je dois confesser que mes sentiments ont souvent alterné en fonction des passages. J’ai retrouvé avec plaisir la patte de Maxime Chattam, ce dynamisme, ce savoir-faire. Les chapitres alternent bien, le suspense est habilement orchestré et maintenu, et j’avais très souvent hâte de passer à la partie suivante. Pour ce qui est de la reconstitution historique et géographique, contrairement à certains avis et commentaires formulés par d’autres lecteurs, je ne l’ai pas trouvée trop démonstrative ni trop encombrante. Le Paris de l’époque m’est apparu très intéressant et vivant, sans trop d’ostentation érudite. J’ai eu en revanche plus de mal avec certains tics de l’auteur : les dialogues parfois ampoulés, où les personnages déclament plus qu’ils ne parlent, les assertions philosophiques un peu convenues à mon goût, et un protagoniste, Guy de Timée, qui ressemble un peu trop aux autres créatures littéraires de l’auteur, au point qu’ils finissent, à mes yeux, par tous s’apparenter. De ses déductions quant à la personnalité de l’assassin, ses motivations et son enfance, en passant par les analyses graphologiques (qui m’ont paru bien longues et souvent invraisemblables), tout cela m’a fait l’effet d’un lourd déjà vu, ou déjà lu, au point de perdre en crédibilité. J’ai eu aussi, pendant de très longs moments, l’impression que ce voyage dans le temps n’était que superficiel, que toute cette intrigue aurait pu se dérouler de nos jours, que Maxime Chattam se contentait de plaquer ce qu’il fait habituellement sur une époque différente, sans que ça ne soit réellement nécessaire, me donnant le sentiment que toute cette démonstration était purement artificielle. Mais à côté de ces défauts, il y a le final. Et là, j’avoue que je l’ai adoré. Une véritable petite perle, ce Léviatemps, ou plus exactement sa nature et son rôle, quoiqu’un peu trop téléphoné à cause du titre de l’ouvrage. Une idée très forte, avec un puissant impact visuel, que je ne vais pas oublier de sitôt. Je lirai avec plaisir l’autre partie du diptyque de l’auteur, « Le Requiem des abysses ».
26/08/2012 à 10:55 1
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Apokalypse
7/10 Il est difficile, devant ce genre d’ouvrage, de bouder son plaisir. Même si des poncifs ainsi qu’un manque d’austérité pourront nuire aux yeux de certains lecteurs, l’essentiel, voire plus, est bien présent : on ne s’ennuie pas un instant. Un bien bon moment de lecture, à la fois décomplexée et paradoxalement porteuse de réelles questions quant à la puissance nuisible des sectes.
26/08/2012 à 10:47
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Tirez pas sur le scarabée !
7/10 Réjouissant, divertissant, avec quelques pensées sous-jacentes de bon aloi, voilà un roman à la fois court et amusant qui, à défaut de révolutionner le genre, offre une approche atypique et plaisante de la littérature policière. La suite des enquêtes de Bug Maldoon est à suivre dans Un privé chez les insectes.
26/08/2012 à 10:46
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Les égarés des catacombes
8/10 L’aliéniste Simon Bloomberg se retrouve dans les souterrains de Paris, avec un compagnon d’infortune. Persuadé qu’il va y mourir, il se souvient. Récemment, la violence l’a enveloppé. Un couple qui se déchire. Ulysse prêt à en découdre avec des importuns. Sarah horrifiée quand un de ses courtisans use de brutalité pour affronter des crapules. Les exemples se multiplient. Chaque individu semble sauvagement envahi par sa part d’ombre. Et pendant ce temps, un traquenard se refermait lentement sur Bloomberg…
Après La Chambre mortuaire et La Main de gloire, ce troisième ouvrage poursuit sur la brillante lancée de la série consacrée à la Cour des Miracles. En quelques traits, on retrouve avec délectation le style de Jean-Luc Bizien. Les lieux et l’époque du Paris de la fin du dix-neuvième siècle sont brillamment reconstitués, avec une belle économie de moyens, et sans jamais pour autant apparaître fade ou terne. Les personnages conservent tout leur allant, et ce roman se distingue d’ailleurs des précédents par cette focalisation sur les rapports qu’ils entretiennent entre eux : Sarah Englewood, la belle et jeune employée de maison, Simon Bloomberg, cet aliéniste brillant toujours poursuivi par le doute et rongé par la mort de sa femme, Ulysse, ce si doux et innocent colosse… Dans sa postface, l’auteur explique d’ailleurs que ce livre se voulait singulier dans la série, un moment que l’on interprète volontiers comme une parenthèse, un moment privilégié pour interroger les protagonistes ainsi que le lecteur quant au problème suivant : d’où provient la violence ? L’intrigue imaginée par Jean-Luc Bizien permet en partie d’y répondre, grâce à une histoire concise, sombre, et tragiquement crédible, un guet-apens tout en subtilité.
Vienne la nuit, sonne l’heure offre donc au lecteur la possibilité de voir les créatures littéraires de Jean-Luc Bizien s’émouvoir, se questionner et douter, encore plus que par le passé. Ouvrage charnière, il fournit cette respiration nécessaire à la saga de la Cour des Miracles, pour engager un approfondissement des natures et devenirs des personnages, sans pour autant délaisser une enquête criminelle, solide et plausible.26/08/2012 à 10:39 1
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Infiltrés
7/10 Adam Verne est un adolescent de quinze ans, vivant dans un fauteuil roulant. Hacker de génie, il passe les brèches informatiques de la CIA par bravade, et devient alors la proie des services secrets. Ces derniers l’assurent de leur indulgence s’il opère pour eux. La mission : participer à une course en Europe et récupérer un virus biologique hyper dangereux.
Roman de Laurent Queyssi paru dans la collection Thrillers de Rageot, cet opus marque rapidement par l’énergie qui l’anime. Le lecteur bascule presque instantanément dans l’aventure, d’une partie de jeu vidéo à un double enlèvement, que suivent les tractations avec les services d’espionnage. Le style est direct, clairement tourné vers l’action et le visuel, et l’on suit les péripéties d’Adam avec entrain. Plusieurs histoires s’entremêlent, du hacking à la course en passant par la recherche des criminels. Assurément, Laurent Queyssi connait le public auquel il s’adresse, et l’auteur offre à cet égard tout ce qu’il faut pour satisfaire son lectorat.
Certes, quelques passages sont on ne peut plus invraisemblables, mais ce n’est clairement pas ce qui est recherché par l’écrivain. Les rebondissements sont multiples, les scènes basculent de l’une à l’autre sans temps mort, et l’on achève vite ce livre de deux-cent-trente pages.
Voilà encore un roman qui répondra pleinement aux attentes des jeunes lecteurs, essentiellement les collégiens. C’est vif et malin à défaut d’être plausible, et l’on en prend vraiment plein les yeux. De nombreux passages sur les méthodes employées par les hackers sont sidérants, et le final, très hollywoodien, à grand renfort d’improbables technologies, achève cet écrit avec un grand point d’exclamation.26/08/2012 à 10:34 1
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Les Secrets d'une voleuse
8/10 Pas la moindre scène sanglante ni susceptible d’effrayer les plus jeunes lecteurs : tout se joue avec retenue et intelligence, s’adressant clairement à de jeunes collégiens. On se réjouit également de l’humour, omniprésent, dans les répliques comme dans les situations, et de l’entrain qu’Éléonore Cannone apporte au récit. Son style, direct et espiègle, offre de bien agréables moments de jubilation.
26/08/2012 à 10:27 1
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Boulogne stress
8/10 Bertrand Chaze est cadre dans une boîte qui se consacre à l’événementiel. Harcelé par son patron qui lui demande de l’aider à virer un collègue trop vieux à ses yeux, il finit par accepter. Rongé par les remords, ses angoisses ne vont pas s’arrêter là : un nouveau membre dynamique débarque, décidé à faire le ménage. Il y a aussi une épouse en proie aux doutes, une secrétaire qui aimerait bien mettre la main sur Bertrand, des policiers qui ne savent pas comment mener l’enquête sur le suicide de quatre employés de l’entreprise, etc. Inutile de se le cacher : il va y avoir des drames…
Troisième ouvrage policier de Patrick S. Vast après les très bons Béthune, 2 minutes d'arrêt et La veuve de Béthune, on retrouve dès les premières pages le style si typique de l’écrivain. Des personnages dépeints avec une grande économie de mots. Des descriptions concises. Une plume si empressée – au sens positif du terme – de mettre en exergue la mécanique de l’écrivain plutôt que de se perdre dans les détails qu’il arrive fréquemment que de nombreuses péripéties surviennent en quelques paragraphes. L’intrigue est toujours aussi bien imaginée, avec des interactions abondantes entre les protagonistes, et débouchant sur des catastrophes. Patrick S. Vast ne déçoit pas le lecteur, avec ce nouvel opus rythmé, au scénario original, et mettant en scène des individus qui vont, pour la plupart, être broyés au gré de ce récit, psychologiquement, socialement, ou physiologiquement.
Telle une machine infernale, l’écrivain met en place les rouages qui vont prendre les êtres entre leurs mâchoires. Même si certaines interférences entre ces personnages sont parfois peu crédibles, il faut reconnaître à Patrick S. Vast un talent rare : son style littéraire est inimitable et ses histoires rapidement reconnaissables. Peu d’écrivains peuvent se targuer d’une telle qualité, raison pour laquelle il est difficile de bouder son plaisir.10/08/2012 à 16:27
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Retour à Baskerville Hall
Philippe Chanoinat, Frédéric Marniquet
2/10 Trois ans après les événements qui ont secoué Dartmoor, de vieux fantômes réapparaissent. La silhouette effrayante d’un chien monstrueux, un voleur qui file entre les doigts de la police après sa sortie de prison, un couple en proie à la panique… Seuls Sherlock Holmes et son fidèle ami le docteur Watson peuvent démêler cette énigme, aussi bourbeuse que les paysages de cette sinistre lande.
Le scénariste Philippe Chanoinat et l’illustrateur Frédéric Marniquet ressuscitent l’un des plus grands limiers de l’histoire littéraire à l’occasion de cette bande dessinée. Reprenant l’intrigue du Chien des Baskerville écrite par Arthur Conan Doyle – un résumé est d’ailleurs proposé en début d’ouvrage afin de resituer l’histoire, cet opus rend hommage aux personnages créés environ cent-dix ans plus tôt. On retrouve les excentricités de Sherlock Holmes, son don pour les observations, les analyses et les déductions. Par ailleurs, les lieux sont bien rendus, et le scénario tient plutôt la route, jouant à la fois sur l’originalité et l’héritage dont il est issu.
Cependant, des écueils subsistent. En « osant » reprendre l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, il fallait réaliser une bande dessinée forte, puissante, marquante. C’est raté. Les dessins de Frédéric Marniquet manquent cruellement d’expressivité et l’esthétique paraît très datée, tant du point de vue des couleurs que du graphisme. Les scènes croquées sont trop souvent banales esthétiquement, et tous les décors finissent par se ressembler. Quant aux scènes de tension, d’action ou celles où surgit la bête, elles ne provoquent pas de frissons ni de fièvre. Les attaques du molosse sont aussi impressionnantes qu’un pet de hamster. En outre, l’intrigue aurait certainement mérité un meilleur dosage de la part de Philippe Chanoinat : elle semble de prime abord basique, au point de décevoir, reprenant des éléments éculés et rassemblés comme dans un puzzle maladroit. Et quand l’élucidation apparaît, c’est une véritable cascade qui noie le lecteur, au point de rendre ces éclaircissements trop brutaux. Le scénario aurait également pu être plus incisif, pour se mettre à la hauteur des écrits d’Arthur Conan Doyle. Tout paraît un peu trop plat, sage, voire quelconque.
L’idée de renouer avec Le Chien des Baskerville était osée. Pour réussir cette gageure, il fallait à la fois de l’énergie et de l’inventivité, ce qui n’est pas le cas ici. L’hommage rendu et les allusions aux livres d’Arthur Conan Doyle prouvent que Philippe Chanoinat et Frédéric Marniquet maîtrisent leur sujet et l’univers de l’écrivain, mais ce Retour à Baskerville Hall demeure bancal et bien faible. La décence voudrait parfois que l’on n’exhume pas les morts, ou alors que les fossoyeurs aient la correction de ne pas dégrader le corps du défunt à cette occasion.02/08/2012 à 17:13
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L'Aiglon ne manque pas d'aire
7/10 Valdémar Aigle, antiquaire dans le quartier du Marais, s’occupe de la liquidation de l’héritage de Lucien Michepape. Parmi ses effets, il découvre des documents signés de Napoléon II. Ce dernier, abandonné par sa mère et livré à l’oubli suite au décès de son père, s’était retrouvé dans l’ennui et la certitude de mourir dans l’anonymat des grandes cours européennes. Cependant, il semblait avoir lentement repris goût à la vie grâce à un stratagème qui lui aurait permis de revenir sur le devant de la scène diplomatique mondiale…
Voilà un roman à suspense très original. Là où d’autres, avatars plus ou moins heureux de Dan Brown ou de Raymond Khoury, se seraient lancés dans un énième livre mettant en scène un complot lié à l’Histoire, Patrick Weber signe un ouvrage délicieux, à la langue colorée, empli d’humour et de second degré. La cabale existe, certes, mais elle est souvent reléguée au second plan d’un scénario qui met en lumière des personnages atypiques, résolument détonants. L’ironie et l’absurde se côtoient dans ce récit qui mêle descriptions du Marais et de sa faune, interventions de protagonistes presque théâtraux dans leurs actes et attitudes, et narration de la vie de Valdémar. À rythme cadencé, l’histoire s’entrecoupe de lettres laissées par Napoléon II, qui mettent lentement en lumière le plan du fils de Napoléon Ier pour échapper à l’amnésie des dirigeants de son époque.
L’intrigue est bien imaginée, ménageant quelques rebondissements bienvenus et un final émaillé d’une symbolique pertinente. Le roman est assez court, se lit vite, et offre un contrepoint intéressant aux ouvrages du même genre, qui se montrent parfois trop ambitieux, au risque de perdre en crédibilité. Finalement, le seul reproche que pourront faire certains lecteurs à Patrick Weber tient justement à cette approche mineure de sa propre intrigue : à force de chercher l’humour et la distanciation avec ses condisciples, l’auteur risque de se priver d’un lectorat qui aurait peut-être désiré plus de nervosité ou de sérieux dans la résolution de l’histoire.
Patrick Weber fait donc la part belle à la décontraction et l’amusement, et évite ainsi les poncifs d’un ixième thriller conjuguant quête historique et cabale ésotérique. Le ton est assumé, avec entrain et efficacité, et brille dans le paysage littéraire comme une bien agréable facétie.27/07/2012 à 19:04
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Le Serpent de feu
9/10 Les deux détectives Trelawney et Singleton enquêtent sur une disparition bien étrange : le corps d’un homme momifié a quitté le lieu où il reposait, au grand dam des deux thanatopracteurs. Encore plus bizarre est le lien qui est rapidement fait entre ce cadavre et le meurtre d’un politicien engagé contre les ligues fascistes. Un mort peut-il être le criminel, comme l’atteste un témoin qui semble digne de foi ?
Quatrième ouvrage de la série consacrée à ces détectives de l’étrange après Le Fantôme de Baker Street, Les portes du sommeil et Le Diable du Crystal Palace, cet ouvrage réunit tous les ingrédients qui ont fait le succès de cette saga. L’ambiance est rapidement plantée, les us et coutumes de cette période délicieusement reconstitués, et les deux protagonistes sont très attachants. Le lecteur plonge rapidement dans une intrigue de prime abord insoluble : comment un défunt pourrait-il se montrer si vivant ? Et c’est un des nombreux talents de Fabrice Bourland : l’auteur est capable, avec habileté et sans tomber dans les poncifs du genre, de rendre crédible une atmosphère fantastique, à tous les sens du terme d’ailleurs. Les rebondissements sont nombreux et ingénieux, avec une enquête qui mène vers les milieux du cinéma, du spiritisme et de la politique. Le scénario est adroit, et la résolution osée et efficace. Certains passages, notamment vers la fin, sont mémorables, et unissent avec un brio indéniable les genres fantastique et policier.
Voilà encore un opus signé Fabrice Bourland qui mérite amplement le détour : histoire audacieuse, reconstitution historique érudite sans devenir bavarde ou ostentatoire, et dénouement remarquable. On en vient même à se demander s’il ne s’agit pas là de son meilleur ouvrage à ce jour.27/07/2012 à 19:00 1
