El Marco Modérateur

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  • #Scoop

    Yann Le Poulichet

    6/10 Baptiste Jourdain, journaliste au magazine Scoop, découvre dans les toilettes des bureaux de la revue le corps de Pascal Doumantier, égorgé. Aidé de la désirable commissaire Isabelle, Baptiste va user de ses connaissances du milieu médiatique pour appréhender le criminel.

    Yann Le Poulichet nous livre un cocasse roman policier. Dès le premier paragraphe, la victime du crime est découverte, et le style plein d’allégresse de l’auteur ne faiblit jamais. Fort d’une excellente culture journalistique – l’écrivain publie des articles dans Voici, les réparties risibles sont nombreuses et claquent efficacement. Les situations, portraits vitriolés des mœurs des journaux travaillant dans le people, sont sacrément bien senties, et l’on s’amuse autant que l’on s’instruit au gré des diverses mécaniques et méthodes de travail si particulières. Avec cet ouvrage, vous apprendrez tout des techniques employées : comment les paparazzis planquent, les moyens de payer les informateurs, ainsi que quelques éléments intéressants sur les dessous de la profession. En soi, l’intrigue n’est pas véritablement mémorable, mais Yann Le Poulichet nous régale sur un tout autre domaine : l’humour. L’histoire n’est en fait qu’un prétexte – habilement exploité – pour nous faire découvrir les coulisses de ce business parfois peu reluisant, avec à la clef une sacrée dose de second degré. Malgré cet aspect policier qui passe à l’arrière-plan, on passe un agréable moment aux côtés de ces reporters (souvent) de l’inutile.

    01/04/2017 à 09:41 1

  • 10 façons de bouleverser le monde

    Ouvrage collectif

    7/10 Dix auteurs ont relevé le défi de l’uchronie. L’un des grands intérêts de ce recueil est la diversité des sensibilités des écrivains. Certains, comme Pierre Pelot ou Fabrice Colin, ont choisi respectivement un épisode biblique et l’Egypte antique pour deux récits très réussis, où le blanc de la littérature domine. Jean-Marc Ligny s’attache à la rencontre très touchante entre les hommes de Cro-Magnon et ceux de Neandertal. La suite du recueil est bien plus tournée vers l’action. Michel Pagel met en scène un Pierre Corneille qui va jouer un rôle important dans le cours des événements. Johan Heliot imagine un monde où Napoléon a vaincu ses adversaires premiers avant d’envahir les Etats-Unis et de devenir un immonde tyran. Laurent Genefort, Xavier Mauméjean et Chris Debien signent chacun des écrits forts, nerveux et qui, à défaut d’être très originaux, seront peut-être ceux qui marqueront le plus les lecteurs en raison de leur efficacité. En revanche, les histoires de Alain Grousset et de Roland C. Wagner sont atypiques ; cependant, elles marquent un peu le pas par rapport aux autres, notamment en raison du fait qu’elles sont moins percutantes et parleront peut-être moins aux jeunes lecteurs auxquels s’adresse cet ouvrage.

    Riche et varié, entre littérature blanche, noire et fantastique, cet assortiment de nouvelles est un petit régal.

    05/04/2016 à 08:53 3

  • 100 jours en enfer

    John Aggs, Ian Edginton

    8/10 Il était à craindre que l’adaptation en bande dessinée de l’œuvre de Robert Muchamore donne lieu à une simple production commerciale, sans âme ni mérite. Cet ouvrage prouve le contraire : c’est aussi palpitant que la version romanesque, et l’histoire est ici servie par un graphisme expressif et panaché.

    15/10/2012 à 18:26

  • 1275 âmes

    Jim Thompson

    10/10 Nick Corey, shérif en chef du canton de Potts, est un homme que tout accable. Raillé par les uns, maltraité par les autres, sur le point de perdre son mandat, il se noie également dans des relations sentimentales qui ne le comblent pas. Lassé par cette situation déprimante, il se décide enfin à faire le ménage dans sa ville. Ce sera pour lui le début d’une lente reconquête de la commune.

    1275 âmes est sans nul doute un chef-d’œuvre de la littérature policière bien qu’il ait été écrit il y a quarante ans. Les personnages sont tous magnifiquement rendus, l’intrigue est jouissive au possible, cynique et corrosive. Les travers des administrés de Nick Corey sont soulignés en quelques lignes et l’ensemble est parfaitement cohérent. Par ailleurs, Jim Thompson possède un véritable talent de narrateur, mettant en scène des individus qui se perdent dans leurs contradictions et leurs sournoiseries, criblant ses répliques et situations d’un humour ravageur. En cela, il constitue un excellent pendant à Le Démon dans ma peau, sombre et désespéré, achevant de faire de cette lecture une nécessité pour tout amateur de lecture noire.

    27/05/2008 à 18:34 2

  • 20 pieds sous terre

    Charlotte Erlih

    9/10 Un excellent roman, prenant de bout en bout, avec des pages très belles quant au deuil. Une écriture sobre, sombre et acérée, parfois très proche de la littérature adulte, qui magnifie une histoire intelligente. Une réussite totale, dont je ne regrette que l’épilogue, trop à l’eau de rose à mon goût, quand le récit tout entier baignait dans le noir.

    23/04/2016 à 11:18 3

  • 2030, l'Odyssée de la Poisse

    Antoine Chainas

    8/10 En cette année 2030, la société a souvent recours aux clones, notamment pour des expériences sexuelles pour les individus les plus âgés, et Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, cède à cette tentation. Or, il se trouve qu'un tueur en série s'en prend aux clones. Georgie l'Omnimorphe est l'un d'entre eux. Puisque que Gabriel s'est servi de lui pour satisfaire les appétits de stupre de Chéryl, sa copine, il décide de voler aux secours de son espèce, honnie par les humains. Le Poulpe a soixante-dix ans ? Tout le monde le croit mort et enterré ? On n'a jamais que l'âge de ses artères, et celles qui parcourent les tentacules du Poulpe ont encore beaucoup de jus libertaire à charrier.

    Deux-cent-soixante-neuvième enquête du Poulpe signée par Antoine Chainas, cet épisode ne déroge pas à la règle. On y retrouve Gabriel Lecouvreur, enquêteur au grand cœur et au goût prononcé pour la justice, avec de belles diatribes contre la société de consommation. Croisant son univers avec celui de l'anticipation, assez proche de Frères de chair de Michael Marshall Smith, Antoine Chainas réussit un opus qui répond parfaitement au cahier des charges, tout en y insufflant une âme propre. On se balade avec plaisir dans cette société où règne le capitalisme et où les clones sont relégués au rang de sous-hommes. D'ailleurs, la clef de l'énigme est une véritable perle, amenant le lecteur à réfléchir à des questions particulièrement profondes comme l'esclavage, quelle qu'en soit la forme, et la conscience de soi et des autres. Celles et ceux qui auront aimé Versus, Anaisthêsia, ou encore le très récent Une histoire d'amour radioactive, retrouveront avec joie la plume d'Antoine Chainas, féroce et crue. Sous l'apparente badinerie de certains propos s'ancrent de très justes préceptes sur la place de l'être humain au sein de la société. Certes, on pourra reprocher à Gabriel d'être un peu plus spectateur qu'acteur, lui-même devenant le jouet d'une machination, mais le ton, l'originalité du contexte temporel choisi pour cette enquête ainsi que l'efficacité de cette dernière achève de faire de 2030, l'odyssée de la poisse une excellente cuvée.

    Au sein de la bibliographie d'Antoine Chainas, cette investigation du Poulpe ne marque pas une pause, encore moins un changement. C'est une sorte de synthèse, concise et incisive, de deux univers : celui du Poulpe et celui d'Antoine Chainas. Une alchimie très aboutie où il serait bien difficile de bouder son plaisir.

    24/10/2010 à 11:30

  • 25 crimes presque parfaits

    Guillaume Lebeau

    3/10 Une bien belle déception. Autant « 25 mystères en chambre close » était, à mes yeux, satisfaisant, autant ce tome me semble sans grand intérêt. Des histoires confuses, aberrantes, ou beaucoup trop simplistes, sans jamais vraiment solliciter les neurones. Deux solutions à ces énigmes : si on trouve, c’est (très) facilement ; si on ne trouve pas, c’est que cela fait appel à des éléments tellement éloignés d’une résolution scientifique ou cartésienne que le lecteur se sent floué. Quelques histoires surnagent à peu près, mais ça reste sacrément maigre pour dire que ce volume est convaincant. Je retenterai néanmoins l’aventure dans cette collection.

    08/09/2015 à 20:08 1

  • 25 mystères en chambre close

    Guillaume Lebeau

    6/10 Vingt-cinq nouvelles qui ne brillent pas particulièrement par leur originalité. J’ai retrouvé que pas mal d’entre elles avaient vu leur résolution déjà imaginée par des auteurs fameux comme John Dickson Carr. En soi, donc, rien de véritablement novateur. Néanmoins, j’aime beaucoup ce concept de livre-jeu. Cela peut permettre de s’amuser, en un temps très court, à imaginer la solution de l’énigme. Le lecteur fan de ce genre de mystère littéraire, dont je fais humblement partie, y trouvera également du plaisir en se confrontant à ces petits problèmes, un peu comme un musicien ferait ses gammes histoire de ne pas perdre la main.

    08/09/2015 à 20:02

  • 29 février

    Rémi Stefani

    8/10 Riche et singulier, l’univers de Rémi Stefani échappe aux classifications usuelles. Mélangeant le noir et l’humour, le surréaliste et le vraisemblable, le suspense et l’émotion, ce 29 février fait partie de ces ouvrages destinés à la jeunesse assurément marquants. Une délicieuse petite perle, aussi rare que le sont les 29 février…

    14/09/2013 à 08:47

  • 5150, Rue des Ormes

    Patrick Senécal

    9/10 Suite à un accident de vélo, le jeune Yannick Bérubé demande de l'aide aux habitants d'une maison voisine, les Beaulieu. Il découvre par pur hasard un corps dans l'une des chambres, et le cours du temps s'envole : il est agressé et séquestré par cette famille de psychopathes, parmi lesquels on trouve Michelle, l'adolescente au charme vénéneux, Anne, la petite fille aux yeux de ténèbres, Maude, la mère obnubilée par Dieu, et surtout Jacques, le père de famille, dévoré de l'intérieur par sa passion pour les échecs et une certaine vision de la justice. Pour Yannick va commencer un long calvaire...

    Auteur des remarquables La loi du talion et Le passager, Patrick Senécal donne à nouveau une magistrale leçon d'effroi. Les divers personnages sont remarquablement campés et façonnent une inquiétante galerie de portraits. Le scénario, de prime abord classique, se révèle très vite prenant et excitant, et le lecteur a bien du mal à lâcher les pages tant le suspense est intéressant. Par ailleurs, ce qui retient l'attention, c'est l'écriture de Patrick Senécal : pas d'envolées lyriques ni de figures de style inoubliables. Son style est dépouillé, efficace, épousant brillamment les terreurs et les incohérences du protagoniste, et rendant cette descente aux enfers pertinente et réaliste, par paliers successifs. De nombreuses scènes morbides viennent ponctuer l'histoire, rappelant parfois Misery de Stephen King, avec quelques passages assurément inoubliables comme la découverte du contenu de la cave ou l'affrontement final entre Yannick et son geôlier.

    5150, rue des Ormes est donc un thriller de très haute volée, bien conçu et marquant. La tension psychologique et l'imagination de Patrick Senécal sont de véritables modèles du genre, achevant de placer cet auteur parmi les meilleurs du genre.

    28/12/2009 à 10:33 2

  • 6000 tome 1

    Koike Nokuto

    8/10 Un manga saturé d’hallucinations et de beaux moments d’angoisse, passés à 6000 mètres sous la surface de l’eau dans une structure où a eu lieu un étrange accident trois ans plus tôt. Un graphisme très travaillé pour une intrigue soutenue qui s’achève ici avec l’ouverture du garde-manger et une étrange découverte. Je souhaite que les opus suivants soient à la hauteur scénaristique et esthétique de celui-ci.

    08/08/2017 à 08:55 1

  • @pocalypse

    Christian Grenier

    7/10 Un beau matin, le monde tourne au bug. Les distributeurs de billets, les ordinateurs, les réseaux téléphoniques, l’électricité, tout tombe en panne. Logicielle, inquiète de l’absence du commissaire Delumeau, découvre son cadavre ainsi que celui de sa mère à leur domicile. Et si ce chaos préfigurait l’@pocalypse, un vaste cataclysme informatique ?

    Dernier ouvrage de la série consacrée à Logicielle, cet @pocalypse offre les divers ingrédients qui ont fait le succès public et critique de cette saga. Auteur expert en la matière, Christian Grenier sait ravir ses fans, avec un récit bien troussé, des chapitres courts qui s’enchainent parfaitement, et également la joie de voir apparaître les personnages récurrents. Prenant pied juste après Hacker à bord, cet opus se lit dans la continuité des précédents, et le lecteur appréciera d’apprendre de nombreux éléments à propos des protagonistes. Le scénario tient bien la route, le suspense est habilement mené, et l’on sera sans mal sensibilisé au cours du monde et ses dérives, à travers l’apparition du collectif des Anonymous. Certes, la tension aurait pu être davantage saisissante au lieu de creuser les liens entre les personnages, mais ce choix narratif régalera les aficionados de la série.

    Encore une fois, Christian Grenier réjouit ses lecteurs grâce à cette intrigue intelligente. La plume chevronnée de l’auteur ainsi que son imagination continuent de porter cette saga parmi les plus appréciées des jeunes, à juste titre.

    25/07/2013 à 14:03

  • @ssassins.net

    Christian Grenier

    8/10 Quand l’enquêtrice Logicielle se voit proposer une nouvelle investigation, elle croit d’abord à un canular. Jean Perrault, professeur de français et spécialiste du théâtre, lui demande de retrouver l’assassin d’un de ses ancêtres : Cyrano de Bergerac ! Un nouveau programme informatique, intitulé « Troisième Monde », a permis de reconstituer le Paris de l’époque où vivait son aïeul, avec la possibilité de s’y immerger de manière virtuelle grâce à des avatars que l’on peut contrôler. Après des hésitations légitimes, Logicielle accepte. Cependant, elle se rend vite compte que cette affaire dépasse le simple cadre évoqué. Qui sont ces avatars surgis de nulle part et manipulés par des inconnus aux desseins ambigus ? Comment se fait-il que certaines immersions dans cet univers contrefait puissent se réaliser subitement sans la puce créée à cet effet ? Y a-t-il un lien avec ces attentats visant des centrales nucléaires ?

    Christian Grenier fait partie des auteurs majeurs de la littérature policière française. La série des enquêtes de Logicielle est d’ailleurs l’une de celles préférées par ses jeunes lecteurs, et cet opus ne vient pas démentir ce succès, tant critique que public. On retrouve avec plaisir Logicielle, inspectrice chevronnée, passionnée de nouvelles technologies, et accompagnée d’une solide équipe de lieutenants. L’intrigue est prometteuse, avec ce postulat audacieux d’un crime à résoudre, survenu en 1655. L’idée de la réalité virtuelle est très excitante, et son exploitation ne l’est pas moins ; en jouant sur les deux ères, Christian Grenier parvient à insuffler un réel dynamisme à son récit, et les considérations scientifiques à propos du programme informatique rendent l’ensemble plausible et séduisant. Conjointement, une autre enquête apparaît, avec une conspiration menée par une secte qui n’a plus rien de virtuel. Assurément, Christian Grenier connaît ses lecteurs ainsi que leurs attentes, et parvient une fois de plus à les combler grâce à une histoire atypique, riche en rebondissements, et qui tient la corde jusqu’au dernier chapitre.

    @ssassins.net est donc un très bon roman policier, pour les jeunes comme pour les moins jeunes, à la fois divertissant et visionnaire. Parallèlement aux vertus intrinsèques de son œuvre, Christian Grenier fait partie de ces auteurs qui ne sacrifient pas les valeurs de leurs écrits en raison de l’âge du public auquel ils les destinent. Les jeunes lecteurs ont aussi leurs exigences de qualités littéraires ; ils veulent du panache, de l’originalité, de la crédibilité, une soif tout à fait légitime qu’ils ressentiront également lorsqu’ils deviendront adultes. Le fait qu’@ssassins.net puisse pareillement être lu par des lecteurs plus âgés est ainsi la démonstration que Christian Grenier est un écrivain qui sait s’adresser à plusieurs générations avec les mêmes mots et le même talent.

    18/02/2012 à 18:53

  • A bout de course !

    Donald Westlake

    7/10 Parker est sur un nouveau coup. Après avoir dû abandonner un casse à cause d’un partenaire portant un micro, voilà que Beckham lui en propose un autre : quatre fourgons vont convoyer une colossale somme d’argent à l’occasion de la fusion de deux banques. Mais un plan aussi alléchant ne peut que présenter des failles, dont certaines ont la taille d’un canyon…

    N’importe quel amateur de littérature policière connaît Donald Westlake. Dans le pire des cas, il n’en a qu’entendu parler. Dans la meilleure des perspectives, il s’est déjà régalé d’au moins un de ses romans. Ici, on retrouve la patte si caractéristique de l’écrivain : une écriture remarquable d’efficacité, avec une forte économie de moyens et de vocabulaire. L’essentiel est retranscrit en mots simples, accessibles, sans la moindre fioriture, et les chapitres défilent à une vitesse effarante. Ce qui est aussi typique de l’auteur, c’est cette manière si personnelle de créer, en quelques coups d’une plume effilée, des protagonistes croustillants et de les nouer ensuite par des relations interpersonnelles qui vont les faire se télescoper au gré du récit. Parker, en cambrioleur froid et professionnel. Beckham, ancien amant de la femme du directeur de la banque et en cheville avec un étrange médecin pour se forger un alibi en béton lors du hold-up. Reversa, une détective bien plus perspicace qu’on ne le pense. Roy Keenan et sa collaboratrice Sandra Loscalzo, deux chasseurs de primes prêts à tout pour retrouver le mouchard qui avait fait capoter le premier casse de Parker. McWhitney, ayant sur le dos ce duo de chasseurs de primes et prêt à tout pour s’en défaire. Elaine Langen, l’épouse du banquier, qui révèle des ressources inattendues pour protéger son ancien compagnon. Avec une rare maîtrise, Donald Westlake va faire se côtoyer tous ces individus et en désintégrer certains, pour notre plus grand bonheur.

    Si l’intrigue, très classique, n’est assurément pas la qualité maîtresse de ce roman, c’est néanmoins un régal que de se plonger dans une œuvre de Donald Westlake. Son imposante bibliographie s’apparente à un grenier où s’accumulent des coffres que l’on ouvre et dont on (re)découvre toujours avec ravissement les contenus.

    22/02/2016 à 20:12 3

  • A cause de la Nuit

    James Ellroy

    9/10 Un livre bien trop puissant pour rester dans l'ombre des autres oeuvres de James Ellroy. Style, psychologie, intrigue, densité : un thriller passionnant !

    04/06/2005 à 08:07 1

  • À feu et à sang

    Ross MacDonald

    7/10 … ou la pénible enquête de Weather, juste après la Seconde Guerre mondiale, revenu dans la ville où son père a été assassiné il y a peu. Une plume typique – le livre a été publié en 1948 – des anciens romans noirs, forts et courts comme des cafés très serrés. Pas mal d’humour dans les réparties, mais surtout de l’humour noir, désabusé, qui claque comme des morsures. Et puisque l’on parle de sang et de douleur, il y en a beaucoup dans ce livre, avec de nombreuses scènes de bastons, de tabassages et de personnages torturés, même si Kenneth Millar évite le piège du voyeurisme ou de la surenchère. Il y sera question de quête, où le personnage principal apprendra à mieux connaître son défunt père, tout en se débattant au beau milieu d’une ville engluée dans les corruptions, les chantages et les manigances diverses. Seul point de luminosité dans cette nébulosité : l’amour de John pour Carla. Une passion douloureuse et houleuse qui achève ce roman à l’intrigue finalement très classique, mais rondement menée, intelligemment bâtie, et qui m’a permis de passer un bon moment de lecture.

    04/07/2018 à 14:16 2

  • A l'oreille d'Atlas

    Charlotte Bousquet

    7/10 … ou comment la jeune Pénélope en vient à devoir s’occuper d’un jeune barbe (un cheval d’origine d’Afrique du Nord), Atlas, alors que ce dernier semble être fougueux, rétif à tout contact humain, au point que Pénélope pense qu’il a été victime de maltraitance par le passé. Une écriture très belle, mettant en scène principalement des ados crédibles quoique parfois archétypes (Gillian, la noiseuse snob, et Néo, le rebelle qui cache en réalité un cœur en or ainsi qu’une ancienne tragédie), et beaucoup de maîtrise dans le récit de cette écrivaine, Charlotte Bousquet, dont j’apprécie beaucoup la plume et le style, ainsi que la richesse et la variété de ses ouvrages. C’est finalement une triple quête pour Pénélope : comprendre la fêlure d’Atlas (rien d’exceptionnel à ce niveau-là, le drame ancien ne rebat pas les cartes de la littérature mais a amplement le mérite d’être plausible), celle de Néo, et renouer des liens avec tous les êtres, humains comme animaux, qui l’entourent dans ce roman court mais très plaisant. Même si je n’éprouve que peu d’inclination pour les chevaux (alors que ce livre pour la jeunesse se destine en priorité aux amateurs de balades équestres), j’avoue avoir été conquis par la sobriété du récit et l’humanité déployée par l’auteure.

    24/07/2019 à 08:37 1

  • À la poursuite du trésor

    Hervé Hernu

    7/10 Deux semaines après les événements survenus dans Sous le clair de lune, Léo n’en a pas fini avec les tourments. Un inconnu se met à creuser des trous dans le jardin de la maison où lui et sa famille viennent d’emménager. Si son chien, Goofy, est un temps suspecté, Léo n’y croit pas. Serait-ce lié à son énigmatique voisine, Rébecca Hoyt ?

    Pour ce deuxième ouvrage dédié à la jeunesse, Hervé Hernu continue d’enchanter. C’est toujours un régal que de retrouver Léo, espiègle et attachant, Badou, son ancien ennemi devenu camarade et acolyte inspecteur, ainsi qu’Antoine. Comme précédemment, si l’histoire n’est pas en soi d’une originalité à tomber par terre, elle maintient néanmoins aisément l’attention, et ce jusqu’au dénouement. Entre poursuites, scènes de tension et quelques rebondissements bien sentis, le lecteur ne quittera pas des yeux ces pages enjouées, où ces gamins, malicieux et ne reculant pas devant l’adversité, sauront démêler l’écheveau de cette histoire. D’ailleurs, la ligne finale semble annoncer un nouveau tome des enquêtes de Léo Lemoine. On ne peut déjà que s’en féliciter.

    20/03/2017 à 18:25 2

  • A la recherche d'Affelok

    Christine Vauchel

    7/10 A la ducasse de Saint-Omer, les membres du Clan du Hip-Hop vivent d’agréables moments dans les attractions. Mais Nicolas y perd son porte-monnaie : le début, pourtant anodin, d’une série d’événements qui va conduire notre équipe de gamins à prouver l’innocence d’Elvis, un SDF.

    Après Le Mystère de l’abbaye et Micmac cabots, Christine Vauchel livre ici le troisième tome des enquêtes du Clan du Hip-Hop. Le ton y est très badin, typique de l’innocence de nos trois intrépides camarades, dont le ralliement s’exprime ainsi : « Yo tope là, l’amitié n’attend pas, les copains d’abord, les copains d’accord ! ». Si la disparition du porte-monnaie de Nicolas peut sembler, de prime abord assez anodine pour bâtir une intrigue policière, d’autres éléments vont venir s’y agglomérer et constituer un ensemble solide : l’étrange comportement de Pierre, l’oncle de Nicolas, un pauvre hère en la personne d’Elvis, un cambriolage trop facile dans un musée et la disparition d’une statuette qui donne son nom au livre. Christine Vauchel parvient sans le moindre mal à lier ces données disparates et emmène sans mal les lecteurs, nécessairement jeunes, vers l’épilogue de ce roman habile et décontracté. L’humour est bien présent, capable de réjouir le public auquel se destine l’ouvrage, et même si certains passages sont un peu attendus et l’intrigue policière parfois trop vite expédiée, c’est un petit délice.

    Christine Vauchel poursuit donc sa série avec un plaisir qu’elle communique à ses lecteurs, et l’on ne pourra ainsi que chercher une autre sympathique heure de lecture avec le quatrième tome de la série, Phoque en série.

    25/03/2019 à 18:30 2

  • À la recherche de Rita Kemper

    Luna Satie

    9/10 Rita Kemper était une star adulée, chanteuse et muse d'un groupe de rock aux accents sombres. Elle a fini par se suicider sur scène. Par la suite, le FBI a découvert dans la serre de sa propriété les cadavres de trente-neuf de ses fans, décapités. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le propre corps de la jeune femme a mystérieusement disparu. Le gouvernement a fait interdire les disques de son groupe, craignant un phénomène meurtrier de masse qui ensanglanterait le pays, provoqué par la noirceur de ses textes. Mais l'histoire ne s'arrête hélas pas là. Mary Blake apprend que son mari, Gregory, journaliste spécialiste de la chanteuse, vient de mourir dans des circonstances étranges aux côtés de l'un des membres du groupe auquel appartenait Rita Kemper. Cette dernière est-elle encore en vie ? Est-ce son ombre terrifiante qui continue de semer le chaos ? Y aurait-il un ultime secret que l'on chercherait à enterrer définitivement ? Mary Blake n'a plus qu'une seule solution : suivre les pas de son époux décédé pour tenter de comprendre l'incompréhensible.

    A la recherche de Rita Kemper est l'unique ouvrage écrit par Luna Satie. L'écrivaine n'avait alors que vingt-cinq ans en 2002 quand elle signait cet opus hors du commun, et son talent et sa maturité explosent littéralement au visage du lecteur. Le style est ténébreux, glauque, et le récit à la première personne fait basculer dans un univers d'une rare opacité, rappelant les meilleurs ouvrages de Gillian Flynn ou Mo Hayder. Tous les personnages sont désenchantés, tourmentés, meurtris dans leur chair et leur conscience comme autant de cadavres qui s'ignorent. Et même quand l'humour intervient, il est à l'instar du livre : noir, presque désespéré. L'intrigue est particulièrement originale et riche, offrant de véritables instants forts et un suspense savamment entretenu. Il faut attendre les ultimes pages du livre pour voir éclore la vérité, à la fois très crédible et profondément déstabilisante, achevant de marquer les esprits d'un jet de vitriol en pleine âme.

    Assurément, A la recherche de Rita Kemper est une œuvre folle, presque fétide, croquant les pires pans de l'âme humaine. Luna Satie signe un véritable brûlot de littérature noire dont on ne peut sortir qu'essoufflé, voire troublé. Une pépite qui n'a rien à envier aux standards anglo-saxons, et qui peut même servir de jalon tant le génie et la virtuosité de Luna Satie sont patents. Une chose est certaine : quiconque aura lu cette perle ne pourra que se souvenir durablement de Rita Kemper et des démons qu'elle aura invoqués.

    08/11/2010 à 20:05