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Les Agents
9/10 Dans un futur proche. Tour 35S, étage 122, secteur Y1, box 314. Des individus scrutent à presque longueur de journée des chiffres en cascade sur leur moniteur : ce sont des agents. Disciplinés, aseptisés, entièrement dévoués à la cause de leur entreprise, à mi-chemin entre des machines de travail et l’idée qu’ils se font de la race humaine. Ils vivent dans un univers où la verticalité des buildings où ils besognent rend la perspective de finir à la rue encore plus effrayante que la mort, et quand quelques-uns d’entre eux se jettent du haut du gratte-ciel, ils vivent ces suicides comme des mesures d’ajustement en plus de les convier à rester dans la droite ligne fixée par la maison mère. Finalement, il suffirait de peu de choses pour que tout implose…
J’avais déjà adoré « Suréquipée », mais à la lecture de cet ouvrage méconnu et brillantissime, je sens que je vais continuer à me faire la bibliographie de Grégoire Courtois. Une écriture remarquable, travaillée, soignée dans les moindres détails. Une vision terrifiante du monde du travail, exacerbée par des peurs moyenâgeuses, une souffrance inouïe dans ces box où sont parqués ces animaux de labeur mais une souffrance qui jamais ne dit son nom ni ne se manifeste dans la conscience de ses proies, et des personnages surpuissants (un qui s’est amputé les orteils, l’autre effarouché par toute pilosité, encore une autre qui s’automutile, etc.). De véritables trouvailles scénaristiques (la fusion possible des box pour que chaque guilde puisse gagner du terrain et donc de l’influence, l’éventualité de souscrire des prêts avantageux dès lors que la masse des agents s’accroît, ces nourritures fictives uniquement consommées selon la pratique réinventée de l’inédie, etc.). Grégoire Courtois livre un pur brûlot, une condamnation de l’absurdité du monde du travail, une satire à la fois épouvantable, instructive et extraordinaire de cette pénitence, qui passe par le biais d’une dystopie que n’auraient pas renié des auteurs de renom comme Philip K. Dick ou Serge Brussolo. Un final dantesque, explosif et meurtrier, où, après le dévoilement d’une machination, l’esclave réalise l’étendue de son malheur avant de revenir de son plein gré à sa servitude. Un véritable coup de cœur !25/06/2026 à 17:35 1
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Tenue décontractée exigée
7/10 La première mission pour John Lago, notre stagiaire accessoirement tueur à gage : dézinguer le réalisateur de cinéma Izzy Katz qui, au gré d’une belle manigance, a réussi à mettre dans ses poches trois cent cinquante millions de dollars.
Une nouvelle réussie, où l’humour coule à la fois dans les descriptions des personnages, les dialogues et les situations, et où notre héros nous narre, à la première personne – prenant parfois le lecteur à témoin – ce qui a été son contrat originel à l’âge de vingt-cinq ans. Un texte où le désopilant côtoie le sérieux, et la scène finale de la fusillade vient clore ce récit très agréable de manière pyrotechnique. Idéal pour se délasser et, qui sait, poursuivre avec l’autre ouvrage de l’auteur publié en France, « Guide de survie en milieu hostile ».23/06/2026 à 19:06
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Scarlett et Novak
8/10 Novak fuit. A ses trousses, deux hommes : Boris Bershow et Davor Suker. Il le sait parce que son « brightphone », une sorte de smartphone particulièrement technologique et puissant, vient de le lui signaler. Mais cette société uchronique à l’identité des uns et des autres est définie par des critères informatiques drastiques, le jeune Novak risque bien pire qu’une rouste ou un vol : s’il perd son portable, il sera déconnecté de la société.
Une lecture expresse, évidemment liée à la brièveté de l’ouvrage, ce qui n’empêche nullement le sacré plaisir que j’ai eu à le lire. Découvrant par la même occasion la plume de l’auteur Alain Damasio (bien plus rude et sombre que ne le laisse augurer l’estampille « auteur pour la jeunesse »), j’ai découvert ce « brightphone », puissant calculateur, animé par l’intelligence artificielle dénommé Scarlett, ainsi que cette société où tout individu situé de l’autre côté de la fracture numérique est moins un paria qu’un individu risquant tout bonnement de ne plus exister – littéralement. L’histoire est concise, les enchaînements véloces et, même si j’aurais préféré davantage de pages voire de chapitres tant le pitch et le traitement de l’histoire étaient savoureux, j’ai dévoré ce thriller pour la jeunesse jusqu’au final qui est habilement et légitimement agrémenté d’une morale qui n’en dit pas le nom sur la réelle valeur des choses. Le dossier pédagogique qui accompagne cet opus, écrit par Fabien Clavel, mérite également le détour.22/06/2026 à 19:27 1
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Une épouse digne de confiance
6/10 Parce qu’elle doit financer ses études à l’université, la jeune Emily Juts accepte un poste d’aide à domicile chez les Sterling où la femme et mère de famille, Alicia, doit régulièrement prendre des médicaments. Rapidement, Emily se rend compte que ce manoir californien, bardé de nouvelles technologies, est saturé d’une étrange ambiance…
Ce premier roman de la série est plutôt agréable et réussi. Un postulat intéressant, une écriture très correcte, des personnages peu nombreux mais plutôt bien croqués, pour une intrigue plaisante. Je regrette quelques défauts (le fait qu’Emily n’ait finalement pas grand-chose à faire de ses journées, ce qui nuit à la crédibilité du récit, ou encore une résolution dont on peut se douter), mais l’ensemble est cohérent et assez prenant.21/06/2026 à 18:00
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Mort au couvent
4/10 Contrairement à Surcouf, je n’ai pas vraiment accroché à ce roman à énigme. Le cadre est original, et avoir pris un couvent mexicain de hiéronymites comme décor est loin d’être inintéressant. Après, j’ai rapidement déchanté. L’écriture est passable mais elle assure le minimum attendu et les personnages sont plutôt bien caractérisés. Mais le fait d’avoir autant appuyé le clin d’œil au « Nom de la rose » (le huis clos religieux, les meurtres suspects, jusqu’à l’intervention de l’Inquisition avec ce détestable Nicanor Romero qui n’est jamais qu’un avatar de Bernardo Gui) méritait un traitement louable, audacieux ou au contraire parodique, ce qui n’a jamais été le cas ici selon moi. Il faut attendre un tiers du livre pour que ça se déclenche avec le meurtre de sœur Felipa, l’ensemble donne l’impression d’être une pièce de théâtre au décor mal exploité (la carte au début de l’ouvrage ne sert à aucun moment), l’intrigue patine et se conclut de façon très tiède et insipide pour un mobile qui n’a rien d’original ni de mémorable. En plus, les nombreuses digressions culinaires de l’auteur ont fini par me lasser et conduire Oscar de Muriel à écrire des passages invraisemblables (« Maintenant qu’elle était propre, la plaie lui rappelait les tranches de bœuf fraîches qui pendaient dans les cuisines de San Hipolito »). Si l’on ajoute à ça un final abrupt, voilà un livre que j’ai trouvé très décevant, jouant sur des ressorts salement rouillés et prétextant un hommage à l’œuvre d’Umberto Eco pour se mettre en avant sans pour autant proposer de quoi s’élever à la hauteur de la cheville de l’opus précité.
19/06/2026 à 18:52
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Billy Summers
7/10 … ou comment le tueur à gages, après dix-sept contrats remplis, décide d’en exécuter un dernier. A priori, un travail facile : il s’agit d’endosser l’identité d’un prétendu auteur qui s’isole dans un immeuble et qui fera feu, lui qui a été un sniper d’exception en Irak, sur un témoin gênant. Pourtant, des obstacles vont se mettre en travers de sa route : une trahison, un passé qui lui remonte à la gorge quand il se prend au jeu de l’écriture autobiographique, et la rencontre avec la jeune Alice Reagan Maxwell.
Un schéma assez classique qui se déroule au gré d’un sacré pavé (un peu plus de sept-cents pages dans sa version poche), et qui illustre surtout à mes yeux la plume si protéiforme et talentueuse de Stephen King. Des passages sont certes un peu longuets et l’ensemble aurait pu mériter la coupe de bien des dizaines de pages, mais l’auteur a su insuffler une dimension particulièrement humaine à ses protagonistes. De nombreux passages me resteront longtemps en tête (le coup salvateur de la chaussure rose d’enfant, ce personnage dégueulasse qu’est Klerke, ou le final). Bref, peut-être pas l’ouvrage clé dans la bibliographie de ce génial écrivain, mais une relecture habile et pleine de tact qui démontre, s’il en était encore besoin, que Stephen King a de l’imagination à revendre et que son style à lui seul peut revitaliser un récit qui aurait pu tourner à la pénible redite de tant d’autres romans.16/06/2026 à 19:07 2
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Dans son esprit
7/10 Lucy Crimson travaille à l’université où ses talents pour le profilage ont intéressé le FBI qui l’a mise à contribution. Elle confie une ancienne affaire à une de ses plus brillantes étudiantes, Madison Hayes, et celle-ci va s’approcher d’un peu trop près du tueur.
Le scénario est assez classique mais le traitement est bon : l’histoire s’avère un peu plus originale que certaines proposées par la même autrice, il y a des éléments qui convainquent (le coup des emplois du temps des précédentes victimes ou encore le mobile de l’assassin), et si l’ensemble n’atteint pas des sommets, ça reste néanmoins globalement prenant et réussi.15/06/2026 à 18:15
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Bis Repetita
7/10 Comme elle le dit elle-même dès le début de ce deuxième tome, Emmy sait qu’elle fait partie des êtres qui vivent aux abords d’Harrow County, mais elle ne s’est jamais sentie aussi seule. Un dessin très particulier (coloré, les visages manquent parfois sciemment de finesse tandis qu’un soin particulier semble avoir été porté aux monstruosités ainsi qu’à certains décors) et une BD plaisante à suivre. Néanmoins, malgré la juxtaposition de saynètes, j’ai eu du mal à saisir le fil directeur de l’histoire, à moins qu’il ne s’agisse finalement que des relations si singulières d’Emmy avec ces entités occultes. Globalement plaisant.
13/06/2026 à 07:24
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Matrices
8/10 Une jeune femme enceinte inconnue, percutée par un véhicule. Ses dernières paroles : « Escape from the car, save the others ». Les gendarmes Louise Caumont et sa comparse Violaine Menou mènent l’enquête, sans encore savoir qu’elles vont déboucher sur un infâme trafic.
Mon premier ouvrage de Céline Denjean, et je me suis régalé. Le style est simple, direct, ça va à l’essentiel, et la construction m’a semblé millimétrée. L’histoire est vraiment intéressante, le récit sans le moindre temps mort, et c’est surtout Louise qui retient l’attention avec son caractère volcanique, ayant vécu une véritable tragédie dans un escalier plusieurs décennies plus tôt. Les passages mettant en scène les jeunes proies au Nigéria sont à la fois glaçants et poignants, les soixante chapitres passent à toute vitesse, et un ultime rebondissement vient éclairer l’histoire d’une dernière déflagration. Contrairement à ce que prétend Franck 28, il n’y a pas l’ombre d’une fausse piste (lit-il seulement tous les romans qu’il commente ?) et même les personnalités détestables comme celle du docteur Schwarzenberg ou du patriarche Temperville sont prenantes. Bref, une très bonne lecture, il faudra que je me penche davantage sur l’œuvre de Céline Denjean.10/06/2026 à 19:31 1
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Plus fort qu'elle
7/10 « Allez, debout, je ne vais pas le répéter » : ce sont les derniers mots qu’entend Cécile Maisonnave, née de Saint-Seurin, dans la nuit du 22 mai avant de recevoir un coup à la tête et de tomber au bas des escaliers, morte. Son mari, Patrick, beau gosse tchatcheur invétéré et fêtard, avait noué une relation avec Raphaëlle, sa secrétaire. Est-ce l’époux adultérin qui a assassiné sa femme ? La maîtresse de Patrick ? Etaient-ils de mèche ? Au gré de ce roman, avec des flashbacks, des extraits de témoignages, des points de vue émanant des divers protagonistes, des cotes du dossier d’instruction, la vérité sera révélée.
Autant je n’avais pas aimé du tout, du même auteur, « Le Jour de ma mort » et « En Manque », autant ce roman m’a beaucoup plu. Un style simple, direct, presque dicté par l’immédiateté des événements relatés comme dans un documentaire portant sur un sordide fait divers. Une belle mécanique, élémentaire, crédible, mettant à nu la passion croissante et dévorante de Raphaëlle pour son amant, les émotions contradictoires de ce dernier, et les rouages d’un amour fervent, monstrueux, carnassier. L’intelligence de Jacques Expert, c’est justement de montrer tous les points de vue, également ceux des proches des deux potentiels suspects, y compris des personnages de l’arrière-plan comme la codétenue de Raphaëlle ou l’urgentiste qui va lier une soudaine et profonde amitié avec l’amante. Des individus plutôt bien bâtis, même si j’ai souvent eu envie d’en baffer certains pour leur caractère imbuvable ou leur côté geignard. Un récit à la fois prenant, riche et diablement plausible, probablement nourri par l’expérience de l’écrivain en matière de journalisme et des maux du quotidien de notre société. Finalement, au-delà de mon indéniable plaisir, je n’ai qu’un bémol, c’est la chute, moins sur sa nature en elle-même que sur son « révélateur ». Un élément certes inattendu même s’il y avait effectivement, dès le premier chapitre, des petits cailloux laissés par Jacques Expert pour l’annoncer. Ce que je reproche, c’est le fait qu’il s’agit d’un truc un peu gros de la part du fautif/de la fautive, une initiative vraisemblable mais qui résonne comme un déclencheur comme on en trouve dans certains épisodes de Columbo : une sacrée gaffe de la part du coupable. Néanmoins, un bon ouvrage, plaisant et au suspense intact d’un bout à l’autre, glaçant et bien mené comme un article portant sur une affaire réelle comme les journaux d’actualité nous en relatent malheureusement trop souvent.09/06/2026 à 18:47
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Apparition
3/10 Alexander Kreskine est un grand habitué des salles de spectacle où il régale son public de ses shows d’illusionniste. Samuel Baranev, âgé de vingt-cinq ans, est ouvreur et il ferait n’importe quoi pour approcher le maître afin que celui-ci devienne son mentor. Les deux hommes vont finir par se rencontrer et une étrange relation d’apprentissage va les lier.
Inutile de tourner autour du pot : ce livre m’a méchamment déçu. Il est assez court et les chapitres le sont également, mais pour le reste, j’ai trouvé ça d’une rare platitude. L’écriture est rudimentaire, jalonnée de répétitions, et sans requérir de la haute littérature, c’est parfois d’une facilité embarrassante. L’univers de la magie n’est que survolé (pas de véritable recherche de la part de Viktor Vincent dans le domaine, moi qui espérais un solide contenu en la matière), des approximations (cf. l’épisode du cheval découpé : non, un organisme animal mort depuis trois jours ne saigne plus, et encore moins « comme l’eau d’une piscine que l’on aurait éventrée »), et les psychologies des protagonistes, pâlement illustrées par cette plume exsangue, restent à l’état de clichés, sans profondeur ni tiédeur. En outre, je m’attendais à un final renversant, un épisode inattendu qui viendrait rebattre, même tardivement, les cartes du récit, mais il n’y a rien du tout, sinon un épisode très quelconque – et au passage, une scène pompée à un des épisodes de la série « Columbo ». Pour résumer, une écriture médiocre et une histoire très décevante là où je m’attendais à une intrigue faustienne.04/06/2026 à 19:25 2
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Le Manteau de neige
7/10 Une femme – la grand-mère de la protagoniste, Katia Devillers, tue son époux d’un coup de couteau dans la gorge. Le drame est d’autant plus incompréhensible que cette femme semblait complètement amorphe depuis de très longues années. Katia, encore lycéenne, en plus d’être haptophobe, va vite être la victime de cauchemars, d’hallucinations et de visions, la faisant à la fois basculer dans le passé comme dans un début de démence.
Je découvre ici la plume de Nicolas Leclerc, et elle est vraiment très réussie. L’ambiance est habilement reconstituée, les personnages tiennent la corde (notamment dans la famille, d’Alexandre à Laura, en remontant même vers certains pans hideux du passé de la « dynastie sanglante »), le tout offrant un adroit roman à la nette consonance fantastique. Cependant, je regrette que le mal dont souffre Katie – l’haptophobie – n’ait pas davantage été exploité dans le récit – même si l’explication finale est intéressante et permet en quelque sorte de retomber sur ses pattes. Un ouvrage très maîtrisé et authentiquement prenant, mais auquel il manque peut-être cette originalité que je cherchais justement dans cette phobie de la jeune héroïne.03/06/2026 à 05:41 2
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Morte à l'intérieur
7/10 L’agent spécial du FBI Kelsey Hawk est une dure à cuire et douée d’un sacré culot, et c’est justement cette audace que lui reproche amèrement son supérieur Granger quand elle est intervenue seule pour procéder à une arrestation. Il la catapulte dans le Dakota du Nord où l’on vient de découvrir une femme enfermée dans une sculpture de glace – la première victime d’un tueur en série particulièrement attiré et marqué par le froid…
Un roman à suspense de Kate Bold plutôt bien mené, classique dans le fond comme dans la forme, répondant au cahier des charges présenté aux auteurs (ou IA ?) Blake Pierce, Ava Strong et consorts. L’ensemble procure ce qu’il faut de fausses pistes et de moments de tension, mais il se distingue néanmoins par quelques dialogues bien sentis, un prédateur qui use d’une méthode d’exécution plutôt originale, et des références locales intéressantes (des fêtes de l’hiver aux œuvres de Gary Greff avec son « Autoroute enchantée »). Bref, un ouvrage réussi.01/06/2026 à 19:33
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Exigence
3/10 Jacob Vandiveer, trente-cinq ans et héritier d’une fortune d’un milliard de dollars, est retrouvé mort dans le yacht de sa compagne, Natasha Blake, qui engage la détective privée Daisy Fortune pour qu’elle retrouve l’assassin. Pour l’enquêtrice, direction le monde des riches ainsi que Rhodes, en Grèce.
Un roman très décevant, perclus de poncifs sur l’univers des ultrariches, où les personnages sont survolés, sans la moindre épaisseur. L’intrigue s’avère également mollassonne, sans coup d’éclat ni la moindre originalité, et lorsque l’identité du coupable apparaît, cela se fait sans fièvre ni frisson – du moins en ce qui me concerne. Une écriture pâlichonne pour une histoire qui l’est tout autant, et c’est évident que je ne poursuivrai pas cette série qui commence sacrément mal.30/05/2026 à 07:21 2
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Indemne
9/10 Sofiane Barkat, urgentiste, voit sa vie basculer dans un restaurant parisien. Il y dîne avec sa compagne quand une fusillade éclate : Clara Lebrun décèdera peu après. Fracassé par cette tragédie, Sofiane plonge encore plus profondément lorsqu’il apprend que sa conjointe était enceinte. La volonté de vengeance prend le pas sur le deuil : il va détruire les monstres, quitte à en devenir un lui-même.
Ce roman de François Rabes stupéfie dès les premiers chapitres : le scénario paraît de prime abord assez convenu, mais ce qui surprend et envoûte, c’est la qualité de l’écriture. Tout y est noir, haché, ciselé, charpenté : sans conteste, l’auteur dispose d’un formidable talent. Dans le même temps, les personnages sont particulièrement denses, avec de magnifiques descriptions psychologiques, depuis les membres du clan de Torrès – les Gitans – jusqu’à ceux des Rahmouni – les Maghrébins que Sofiane va infiltrer pour mieux faire imploser – en passant par les membres des forces de l’ordre. L’écrivain signe de magnifiques passages sur le deuil, l’amour, l’absence, la trahison, et propose des scènes mémorables, comme cet accident simulé dans une cage d’ascenseur ou encore cette exécution barbare à l’aide de la roue d’un scooter. L’intrigue est très solide, proposant même des rebondissements surprenants, bien loin des stéréotypes du genre, et l’on ne saura jamais assez remercier François Rabes de nous avoir épargné un énième récit purement hollywoodien, pyrotechnique ou maladroitement divertissant sur un thème pourtant éculé.
Voilà un roman noir d’une incroyable maîtrise, admirable dans la forme comme dans son propos. Un petit bijou de noirceur, peuplé de personnages singuliers dont aucun ne sortira indemne.26/05/2026 à 06:48 2
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Le Picte
8/10 Brigantus, le soldat picte, a été fait prisonnier et ceux qui l’ont capturé se demandent et hésitent quant à ce qu’ils doivent faire de lui. Pendant ce temps, des éclaireurs de l’armée romaine puis un détachement beaucoup plus conséquent sont en approche du village où notre héros est reclus.
Un second tome aussi réussi que le précédent, aux teintes si particulières (avec de magnifiques nuances de gris) et au scénario efficace. Le protagoniste trouvera-t-il la rédemption ? Les autochtones cèderont-ils à la trahison (je pense notamment à Gallaid) ? Brigantus trouvera-t-il enfin la lumière ? Une conclusion très estimable, empreinte d’humanité, avec d’ultimes planches fortes et mémorables dans une mer en furie.25/05/2026 à 18:18 1
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Whalefall
9/10 « Un mésothéliome » : Mitt, le père de Jay, lui qui était un plongeur expérimenté, souffrait de ce cancer et il a préféré se jeter dans l’océan. Parce que ses restes n’ont jamais été retrouvés, son fils décide d’aller les chercher, au large de Monastery Beach. La plongée commence normalement, jusqu’à ce qu’un calamar géant apparaisse, et le périple sous-marin devient un véritable cauchemar lorsque Jay aboutit dans l’estomac d’un immense cachalot. Il ne lui reste plus qu’une heure à vivre.
Indéniablement, Daniel Kraus signe ici un roman mémorable. L’auteur s’est longuement documenté sur les divers sujets abordés – plongée, vie et anatomie des cétacés – et son récit n’en est que plus crédible et palpitant. Parallèlement, la plume de l’auteur est absolument sublime : chaque paragraphe est un pur bijou de littérature, magnifié de tournures élégantes et d’envolées lyriques qui ne contrarient pas pour autant la fluidité de l’ensemble. Avec son matériel minimal, Jay va affronter les profondeurs avant de lutter pour sa propre survie, pris dans les entrailles de ce puissant animal. Chaque péripétie devient palpitante autant que poétique et les nombreux flashbacks, expliquant les relations si ambivalentes entre notre malheureux naufragé et son père, viennent nourrir avec une rare intelligence ce livre singulier. Au-delà des caractéristiques évidentes du roman d’aventure, Daniel Kraus livre des passages remarquables sur les nécessaires interrogations de la place de l’homme au sein de la nature, et le style si magistral de l’écrivain les rend d’autant plus exaltés.
Encensé par Gillian Flynn et Stephen Graham Jones, cet opus constitue un magnifique plaidoyer écologique, et il secoue autant qu’il enflamme. Il synthétise les vertus de la tragédie grecque et du blockbuster hollywoodien dans son acception la plus admirable. C’est à la fois prodigieux et stupéfiant. Un huis clos stomacal autant qu’abyssal aux accents presque bibliques.22/05/2026 à 06:41 4
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Le Sacrificateur
7/10 La docteure Jennie Lund répond à la demande d’interview d’une journaliste, et elle revient sur un cas monstrueux : un homme attaché à un poteau en pleine forêt, avec les membres sectionnés et énucléé, qui lui a permis de retrouver son oncle, le commissaire Oskar Sandström, le frère aîné de sa mère adoptive. Deux jours plus tard, le cadavre d’un individu supplicié de la même manière est découvert. C’est la piste du « blót » - un sacrifice issu de la mythologie nordique – qui va apparaître.
Un graphisme léché et une ambiance très lourde pour un récit noir et serré qui rumine des éléments divers – interprétation des runes, rites sacrificiels, un sombre passé qui remonte à 1999 – mais le scénario marque parfois le pas, notamment à des éléments un peu téléphonés et des passages un peu trop gros (cf. le moment de la castagne de Jennie dans les bois face au tueur). Néanmoins, l’ensemble est vraiment bon et chaudement recommandable.21/05/2026 à 19:48 1
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Peurs en eau profonde
7/10 J’ai replongé – à tous les sens du terme – avec bonheur dans l’œuvre d’Olivier Descosse. Ici, le pitch de la plongée, un univers que je ne connaissais absolument pas, m’a aiguillé vers la lecture de ce thriller aux qualités indéniables. J’y ai retrouvé la patte de l’auteur – très proche de celle de Jean-Christophe Grangé, dans le fond comme dans la forme, d’ailleurs – avec ce récit très bien construit et charpenté, mené de main de maître d’un bout à l’autre, jalonné de solides références en matière de plongée et de procédures légales – le fait que l’écrivain soit avocat n’y est évidemment pas étranger. Au programme : le monde de la plongée sous-marine, d’étranges tatouages avec sept lignes horizontales, un sombre passé dans le Groenland, des démons qui ne se sont pas assagis avec le temps, la piste d’une énorme murène, du plancton et de l’uranium, et un ouvrage qui se conclut dans une grotte sous-marine, en eau profonde, dans cette mer qui est également une éclatante métaphore du passé que Jean Sardi croyait englouti et révolu. Plus de cinq cents pages gobées en pleine apnée, mais le dénouement est venu apporter un immense bémol à l’ensemble : quand on connaît un peu ce type de littérature, une ficelle (une double, même, et de la taille d’un pipeline) apparaît rapidement, et elle s’est malheureusement confirmée dans le final, trop téléphoné, trop attendu, beaucoup trop cliché. Sincèrement dommage, ce qui ne retire rien néanmoins aux qualités intrinsèques de ce livre par ailleurs original et prenant.
20/05/2026 à 19:24 2
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Le Diable sur mon épaule
9/10 « Une leucémie » : c’est avec cette terrible annonce que commence ce roman. Mario et son épouse Melisa apprennent que leur fille Anita est malade. Pour pourvoir aux dépenses médicales, Mario renoue avec Brian, une vieille connaissance, et accepte un contrat en échange de six-mille dollars. Mais le malheur est obstiné : Anita meurt. Abandonné par sa femme, Mario va céder à la tentation de la violence et graduellement être brisé par l’engrenage du crime.
Gabino Iglesias, déjà auteur de Santa Muerte et Les Lamentations du coyote, nous est revenu avec ce livre qui balance entre thriller et roman noir. Très rapidement, on est subjugué par la qualité de l’écriture : la plume est brutale, trempée dans le soufre, avec de puissants moments d’émotion ainsi que des passages d’une exceptionnelle tension psychologique. Les scènes d’action sont d’une rare violence et certains passages – le supplice de Rodolfo, ce gamin présumé miraculeux surnommé « El Milagrito » débité en petits morceaux pour qu’il porte chance à ses porteurs, ou encore cette sinistre et surprenante mise en scène des « décorations » des cadavres – marqueront durablement l’esprit des lecteurs. Dans le même temps, l’intrigue est forte, enténébrée, et Gabino Iglesias a soigné les rouages de cette mécanique qui va s’emparer de ses personnages pour mieux les broyer. Le final est amplement à la hauteur des attentes et les incursions du fantastique viennent autant surprendre que sublimer ce récit fiévreux et survolté.
Un ouvrage impétueux, marqué du sceau du fléau et de la sorcellerie. L’auteur nous stupéfie avec cet opus sulfureux et diabolique.20/05/2026 à 07:01 4
