El Marco Modérateur

3825 votes

  • Mauvaise fille

    Blake Pierce

    7/10 Rebecca Thornfield est découverte morte dans une galerie d’art de San Francisco, le corps recouvert d’une fine pellicule d’or. L’agent du FBI Miles Sterling enquête sur ce qu’il pense être une série d’assassinats liés au tableau périodique des éléments quand il est mis sur cette affaire aux côtés de l’agent Victoria Stone. Le duo va alors s’approcher d’une tueuse qui pourrait bien appartenir à une grande coalition de justiciers autoproclamés.
    Autant certains ouvrages de Rylie Dar / Blake Pierce / Ava Strong / Kate Bold sont décevants, autant celui-ci s’illustre par un souffle d’originalité qui m’a bien plu, même si on peut inévitablement penser au film « Goldfinger ». Le récit est concis, le rythme intéressant, les dialogues sont assez travaillés et l’intrigue sort du lot avec de belles références au passé aurifère de San Francisco. De même, l’appartenance de la criminelle à une brigade de tueurs est plaisante et l’ensemble s’avère dynamique et fort distrayant. Bref, c’est un net cran au-dessus des productions littéraires des auteurs susnommés.

    hier à 19:30

  • Froide vendange

    Christophe Arleston, Serge Carrère

    7/10 Léo Loden et Tonton Loco viennent de piéger un faussaire revendant des contrefaçons de grands crus après une folle cavale. En vacances dans la région du Médoc, les nuages s’amoncèlent : des tensions familiales, une agression à coup de bouteille, le fils Peyras assassiné, un encagoulé qui attaque au volant d’un tracteur…
    Un seizième tome truculent, mélangeant les ingrédients attendus (les courses-poursuites avec plusieurs types de véhicules, l’humour, une intrigue tout à fait convenable). Le scénario est classique mais solide, et l’ensemble se lit avec beaucoup de plaisir. Une série vraiment attachante.

    04/04/2026 à 11:36

  • Sète à Huitres

    Serge Carrère, Loïc Nicoloff

    7/10 Etang de Thau : un ostréiculteur dénommé Etienne est découvert mort. En vacances dans les parages, nos héros vont être amenés à enquêter sur ce décès suspect.
    On retrouve les ingrédients traditionnels de cette série, de l’humour omniprésent aux courses-poursuites (bateau, moto, voiture, d’un balcon à un autre) au gré d’une intrigue sympathique qui tourne autour de l’ostréiculture, des empoisonnements aux OGM. Toujours aussi plaisant et distractif !

    04/04/2026 à 11:35

  • Le Refuge des affligés

    Céline Servat

    7/10 Tout commence par un mensonge : Manue accompagne son ami Marco dans ce qui doit être un lieu de thalassothérapie alors qu’elle l’amène là où un dénommé Vazken Barbarian dirige un centre de retraite spirituelle. Aux côtés de cinq autres participants, nos deux camarades vont percevoir des tensions avant la découverte d’un cadavre. Parallèlement, la gendarme Gabrielle Leseigneur enquête sur la mort d’un SDF dont l’assassin a tout fait pour dissimuler l’identité.

    Après La Vallée des égarés, Céline Servat nous revient avec ce roman où l’on retrouve nombre de protagonistes déjà connus, sans qu’il soit pour autant nécessaire d’avoir lu le précédent opus. Le livre est concis, dynamique, les chapitres sont très courts (quatre-vingts en tout), et l’ensemble se lit vraiment rapidement. L’intrigue est intéressante et, même si elle s’avère finalement assez classique, bénéficie des rebondissements certainement attendus par le lectorat. Il y sera notamment question du passé de ce territoire énigmatique, de l’ombre de celui que l’on surnommait « le Patriarche » et des pratiques qui allaient bien au-delà de l’admissible. Le style de l’écrivaine est agréable et on en vient presque à regretter qu’il n’y ait pas eu davantage de noirceur, d’éclats de fièvre ou de tension supplémentaire dans son écriture.

    Un ouvrage sympathique et rythmé, avec un cadre original.

    03/04/2026 à 06:43

  • Écoute mes mensonges

    Amy Tintera

    7/10 Lucy Chase n’a plus le moindre souvenir de cette nuit qui s'est déroulée cinq ans auparavant. On l’a retrouvée hagarde, les habits maculés de sang, avant que le corps de Savannah Harper, sa meilleure amie, ne soit découvert. Il a été impossible à l’époque d’inculper Lucy ou d’identifier l’auteur de cet homicide. Mais un nouveau personnage entre en scène : Ben Owens, auteur de podcasts consacrés à des crimes non élucidés. Il est possible que la vérité surgisse enfin à Plumpton, dans le Texas.

    Ce roman à suspense de Amy Tintera séduit dès les premiers chapitres : le style de l’autrice, vif et piquant, utilise subtilement un humour bienvenu. Les allers-retours entre présent et passé ainsi que les extraits des podcasts ajoutent du dynamisme à l’ensemble. Dans le même temps, les personnages sont bien ciselés, dotés d’une véritable profondeur psychologique, et Lucy constitue une protagoniste à la fois ambivalente et pour laquelle on nourrit de l’empathie. Elle ignore totalement ce qui s’est passé, en finit même par douter d’elle-même et de son innocence, se confronte aux points de vue de toutes celles et ceux qui l’ont côtoyée. On a ainsi affaire aux membres de sa famille, aux camarades de la victime comme aux siens, et ces divers angles vont finir par esquisser des faux-semblants, des mensonges et, bien plus tard, la résolution. Si le récit est crédible et prenant, on regrette néanmoins, contrairement à ce que proclame Freida McFadden sur le bandeau présent sur la version poche de cette œuvre, que la fin ne soit pas davantage surprenante : le lecteur aurait probablement apprécié un ultime rebondissement ou un épilogue plus singulier.

    Voilà un roman assez classique et efficace, qui s’illustre notamment par sa vraisemblance et l’intérêt que l’on portera à ses personnages.

    02/04/2026 à 06:55

  • Le Monde perdu sous la mer

    Arthur Conan Doyle

    7/10 … ou l’incroyable aventure de trois personnages, partis pour explorer les fonds marins, mais dont l’espèce de bathyscaphe va être attaqué par une créature hostile. Ils parviendront suite à leur naufrage sous-marin à une civilisation que l’on croyait disparue – ou inventée – : l’Atlantide.
    Si, bien évidemment, Arthur Conan Doyle est célébrissime pour ses intrigues mettant en scène Sherlock Holmes, il a également composé d’autres récits, dont ce « Monde perdu sous la mer ». Une histoire jalonnée de nombreux éléments et données scientifiques, sans compter les multiples références à des animaux abyssaux, fort prenante à mes yeux durant les deux premiers chapitres, même si j’imagine que cela ne résisterait guère à une approche physique (on est simplement dans de la fiction, mais de la fiction semble-t-il étayée). En revanche, la suite m’a un peu déçu : de gentils Atlantes, maîtrisant de nombreuses technologies (électricité et projections de pensées, café synthétique, etc.), apaisés et instruits, bref, des êtres exceptionnels et sans défaut, dont l’une des leurs, Mona, rendra Cyrus Headley follement amoureux, c’est du cliché pur jus. Je comprends le souhait d’ACD de vouloir divertir autant que prévenir ses lecteurs des ravages d’une possible nouvelle guerre mondiale (ouvrage paru en 1929, rappelons-le), mais l’angélisme déployé m’a paru trop appuyé, trop caricatural, même si les mœurs et les goûts de l’époque doivent être bien différents des nôtres. En résumé, un ouvrage plutôt agréable à lire, sans plus toutefois, et dont le message fait nécessairement écho à la monstruosité de la décennie précédente et prophétisant malheureusement en partie celle à venir.

    01/04/2026 à 20:06 1

  • La Passion du crime

    Paul C. Doherty

    9/10 En 1358, un groupe de soldats anglais regroupés sous la bannière dite de la Via Crucis a ravagé la Normandie, en pillant notamment Lisieux et Avranches. Dans le Londres de 1382, des individus sont exécutés de façon symbolique et sauvage. Frère Athelstan comprend que ces meurtres remplissent une double fonction : ils constituent une croisade vengeresse et plagient des étapes de la Passion du Christ.

    Ce roman issu de la série consacrée à John Cranston et Frère Athelstan est un pur régal. On y retrouve nos deux protagonistes, d’excellents amis et limiers, confrontés à une vague de crimes horribles. Paul C. Doherty maîtrise admirablement son sujet, les lieux et l’époque sont restitués avec maestria, et l’énigme est jubilatoire. On se passionne pour ce récit où se mêlent représailles, enjeux géopolitiques – la France et la Couronne d’Angleterre pouvant aboutir à la paix si les soudards qui avaient dévasté la Normandie deux décennies plus tôt sont remis aux émissaires britanniques –, quête d’un trésor en or, etc. L’auteur rend chacun de ses personnages vivants, d’une belle épaisseur humaine et psychologique, et même les secondaires – les Enfants de Babylone, le Pêcheur d’hommes, le Maître des ombres – sont remarquablement travaillés. La narration est solide, l’aspect policier habilement ouvragé, et aucun temps mort ne vient ternir cet ouvrage.

    Un livre singulier, où la grande Histoire sert de toile de fond à une intrigue de premier plan. Une réussite indéniable.

    01/04/2026 à 07:04 2

  • Je suis un monstre

    Christine Adamo

    8/10 Tom est un gamin de sept ans. Ses parents ont divorcé, il aime son papa, beaucoup moins sa maman, il adore son chien Bismuth, il a de l’imagination à revendre et un esprit en constante effervescence. Oui, mais voilà : les problèmes s’accumulent autour de lui, parfois avec des morts à la clef, et il n’est pas dit qu’il n’y soit pas pour quelque chose dans certains cas. Il semblerait même qu’il y ait un second Tom dans sa tête, une voix pas particulièrement bienveillante. Son entourage direct va en faire les frais.

    Christine Adamo surprend dès les premiers paragraphes en plaçant le lecteur directement dans la tête de cet enfant à la fois bavard et doué d’une belle inventivité. Ce point de vue, immersif et prenant, relevait de la gageure et l’autrice s’est montrée à la hauteur de l’enjeu au gré d’une langue très particulière, joliment heurtée et enjouée, qui concourt amplement à la crédibilité de son récit. Tom, en môme espiègle et ingénieux, compose un protagoniste mémorable, parfois témoin d’imprévus létaux – comme la mort tragique de sa sœur Sarah, mais son rôle ne restera pas indéfiniment passif puisqu’il va passer à l’action. Les coups du sort, les accidents, il va les provoquer. « Toute façon, tu tues personne. Tu bazardes seulement ceux qui gênent. C’est pas pareil ». Poison, chute : il va puiser dans les multiples possibilités qui lui sont offertes pour faire le ménage. Christine Adamo n’a pas créé un mioche psychopathe, incapable du moindre sentiment, glacé comme une chambre froide ou stéréotypé : c’est un garnement sacrément déluré, bousculé par les codes hermétiques des adultes et agissant sans malveillance particulière, et paradoxalement, c’est ce qui rend sa nature si originale et marquante.

    Même s’il y a parfois quelques passages inutiles, voilà un roman osé, réussi et perturbant, sans violences inutiles ni poncifs. On espère très sincèrement qu’il saura trouver son lectorat.

    30/03/2026 à 06:28 2

  • Absinthe : l'affaire Gouffé

    Yann Botrel

    8/10 13 août 1889 : on retrouve une tête humaine en forte décomposition dans un sac puis la malle qui a servi à transporter le corps. Cette affaire va déchaîner les passions et marquer l’esprit de ses contemporains. Et c’est dans un climat délétère que va se dénouer ce crime épouvantable.

    Cette affaire véridique est ici réexploitée par Yann Botrel qui, il le confesse au début comme à la fin de son ouvrage, a injecté dans son récit autant d’éléments authentiques que de passages fictifs. On est saisi par la solidité des recherches documentaires de l’auteur qui croque avec talent l’ambiance de l’époque, les soubresauts dans la société, les psychologies des divers protagonistes ainsi que les nombreux rebondissements de ce fait divers. Certains personnages sont vraiment marquants, comme les policiers Goron, Jaume et Soudais, tandis que le profil des coupables, après avoir longtemps été traqués, fait littéralement froid dans le dos autant qu’ils intriguent par leur apparente inoffensivité. On se rend compte près d’un siècle et demi plus tard qu’au-delà de l’apparente banalité du crime, ce fut toute la population qui fut secouée, des simples citoyens aux édiles politiques. Yann Botrel multiplie les points de vue, des enquêteurs aux avocats et magistrats – les plaidoiries, pourtant courtes, sont extraordinaires – en passant par les journalistes, avec cette histoire qui orienta les investigations de l’Angleterre aux Etats-Unis en passant par Cuba et l’Argentine.

    Un très bon livre, oscillant volontairement et avec intelligence entre la rigueur de l’ouvrage documentaire et la fièvre du roman à suspense. Une radioscopie très réussie de la société, avec également la naissance de la science médico-légale avec la présence remarquée du médecin Alexandre Lacassagne et d’Alphonse Bertillon, ainsi que d’Emile Zola qui nous narre certains pans de cette sordide affaire criminelle.

    27/03/2026 à 07:01 2

  • Time Bomb Teacher tome 1

    Yanagi Takakuchi

    7/10 « Je suis une femme ordinaire », avoue Azusa Tsukumo, professeure de chimie dans un lycée. Mais sa vie bascule quand sa sœur Ruka, avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle, disparaît, certainement enlevée par des yakuzas (ce qu’Azusa a entendu au téléphone au moment du kidnapping ne laisse guère de doutes à ce sujet). La bombe qu’elle a concoctée dans sa Thermos démontre sa maîtrise de la chimie, ce qui va faire que le mafieux Yoroizuka va lui proposer une alliance.
    Scénario pas conventionnel, graphisme intéressant, un bon rythme dans le récit mêlant chimie, baston (cf. la bagarre avec le colosse dans l’immeuble) ainsi que l’émotion, et un intéressant parallèle humain en fin d’ouvrage. Une chouette découverte.

    26/03/2026 à 19:24

  • L'Homme de Londres

    Georges Simenon

    8/10 Louis Maloin, paisible aiguilleur maritime à Dieppe, est le témoin d’une scène inattendue : il voit un inconnu en frapper un autre au visage avant que le corps de la victime puis une valise ne viennent tomber dans l’eau du port. Maloin parvient à récupérer le bagage qui contient une fortune, l’équivalent de 540000 francs. Dès lors, avec un assassin en liberté et ce magot qui peut lui faire perdre la tête, Maloin va-t-il parvenir à rester le même ?
    Un ouvrage typique de la bibliographie de l’immense Georges Simenon : une écriture élémentaire mais efficace, prenante et acide, une intrigue sombre qui met en lumière de petites gens, une mécanique simple et fort crédible, et une noirceur imparable. Louis Maloin, en aiguilleur maritime, retient l’attention : alcoolo, assez dur avec sa femme, étourdi par le montant du butin et capable d’achats frénétiques et inconsidérés pour les membres de sa famille afin de prouver qu’il n’est pas que cet homme dont les revenus suffisent à peine à faire vivre son foyer. Parallèlement, le jeu du chat et de la souris avec cet Anglais, Pitt Brown, monte-en-l’air assez commun voire minable, que la poisse poursuit et dont la fin de vie est à l’image de son existence, est bien trouvé et orchestré. Et c’est juste ce final, calamiteux, presque grotesque et absurde, qui vient souligner l’incongruité de la vie de ces deux protagonistes. Georges Simenon excelle dans la description des gens ordinaires, parfois piteux, à qui le destin réserve un sort encore moins enviable que le reste de leur inutile tour de manège sur Terre. Un très bon roman noir – un de plus ! – qui a en outre l’avantage d’être beaucoup moins célèbre que d’autres écrits par l’intemporel auteur belge, ce qui accroît l’effet de surprise à sa lecture autant que l’appétit pour ce mets méconnu.

    25/03/2026 à 19:42 1

  • Duel sur Mig Alley

    Jean-Michel Arroyo, Frédéric Zumbiehl

    6/10 Un deuxième tome qui commence avec de beaux duels aériens, et même en parachute, l’un de nos héros se fait pourchasser par un avion ennemi. L’esthétique fait aussi datée que le propos, mais à défaut d’être très original, les péripéties sont nombreuses, le rythme est soutenu, et malgré de nombreuses invraisemblances (l’atterrissage du vieux coucou sur le train en mouvement), l’ensemble est bien distractif.

    21/03/2026 à 19:00 1

  • Une putain d'histoire

    Bernard Minier

    6/10 Un peu déçu par ce qui est arrivé à Henry Dean Walker, seize ans, dont on a retrouvé la petite copine, Naomi, sur une plage de l’île isolée de Glass Island après avoir été « traînée dans un chalut ». Autant j’apprécie l’œuvre et le style de Bernard Minier – dont je consomme un ouvrage chaque année –, autant je trouve qu’ici, l’ensemble m’a paru un bon cran au-dessous de ses autres livres. Un récit qui commence plutôt bien mais pas mal de facilités, des exercices avec la syntaxe et l’écriture qui m’ont semblé artificiels, des éléments épars déjà lus bien des fois ailleurs et qui, une fois assemblés, ont formé à mes yeux un puzzle trop confus, inutilement épais et beaucoup trop invraisemblable. Entre les mamans d’Henry, le chantage à l’échelle de l’île, ce Grant Augustine dont l’ombre inquiétante met trop de temps à se concrétiser, Oates et consorts qui ne m’ont vraiment pas fait trembler, et tout le reste, non, trop d’ingrédients en viennent à tuer le goût du plat. D’accord, le final est vraiment intéressant, mais tant de pages (près de 600 dans mon édition poche) pour en arriver à ça, j’ai trouvé le chemin bien trop longuet pour un terminus bien en deçà de mes attentes.

    19/03/2026 à 19:03 2

  • House of Windows

    John Langan

    9/10 Roger Croydon a disparu. Bien après cet événement inexpliqué, tout le monde se demande encore ce qui s’est passé. Une seule personne sait réellement ce qui lui est arrivé : Veronica. Et elle est enfin décidée à raconter la vérité. Le narrateur va recevoir ses aveux, et ça passera nécessairement par l’existence de Belvedere House, la si mystérieuse maison occupée par le couple.

    John Langan nous avait déjà ensorcelés avec son remarquable The Fisherman, et J’ai lu a eu l’excellente idée de proposer cet ouvrage, écrit sept ans plus tôt. Celles et ceux qui ont apprécié le style et l’univers si particuliers de l’auteur seront ici en terrain connu. L’écrivain maîtrise son récit, dense, intense, languissant, prenant le temps de bâtir l’atmosphère lourde et angoissante, de tisser des textures subtiles et poisseuses. On découvre le portrait de Roger Croydon, brillant universitaire, passionné par l’œuvre de Charles Dickens, et qui s’est violemment brouillé avec son fils, Ted, qui mourra à Kaboul au cours d’une mission militaire. John Langan construit son histoire brique après brique, sans précipitation ni effets faciles, et l’ensemble profite en retour d’une belle crédibilité. Et il en fallait, de la vraisemblance, pour graduellement faire basculer son lectorat dans ce narratif si singulier, où Belvedere House va devenir un personnage à part entière. Mieux – ou pire, selon les points de vue : elle se commue en une entité complexe, cryptique, occulte, qui s’élève bien au-delà des poncifs du genre. Probablement féru des ouvrages de Stephen King, Howard Phillips Lovecraft et Edgar Allan Poe, l’auteur nous régale avec ces hallucinations, ces phénomènes de hantise et de possession, ces expériences de « Bizarrerie Mutuelle », qui trouveront leur conclusion au cours d’une marche désespérée vers un fleuve. L’onirisme et le cauchemardesque s’entremêlent avec brio, et l’épilogue (intitulé « Trois fins ») achève de démontrer la belle ingéniosité de l’écrivain.

    John Langan est décidément un brillant architecte littéraire qui continue de nous envoûter avec ses livres. Un récit brillant, qui refuse tout tempo cadencé et préfère la lente constriction à la rupture précipitée des cervicales de ses proies.

    16/03/2026 à 07:07 2

  • Encore en vie

    Ava Strong

    6/10 La jeune agente du FBI Faye Perez (elle n’a pas encore trente ans) a déjà une solide réputation de professionnelle dans son domaine, et on l’envoie dans les Bahamas en raison d’une série de crimes qui semble s’amorcer : c’est déjà la deuxième victime que l’on retrouve noyée, des traces de ligatures autour du cou. Devant faire équipe avec le collègue Xander Jackson, elle va se retrouver confrontée à un serial killer pour le moins résolu à mener sa quête et qui n’en a pas fini avec sa noria de corps de femmes abandonnés.
    Une enquêteuse douée, adjointe à un agent un peu brut de décoffrage, un prédateur déterminé et dangereux, pour un ouvrage court, qui va à l’essentiel, et globalement satisfaisant. Certes, il y a les clichés du genre (le duo explosif avec de sacrées étincelles avant une véritable coopération, une héroïne avec ses déboires amoureux, hantée par sa petite sœur disparue et qui se manifeste sous des formes spectrales ou hallucinatoires) mais pour de la lecture distractive, ça fait le job. Point très positif : le tueur. Son mobile est vraiment original (bien vu, le coup de l’astronomie et de son usage), en plus de ne pas être, pour une fois, une bête psychopathe mais un être meurtri pour lequel le lecteur nourrira finalement une forme d’empathie. Bref, du plutôt bon. En revanche, un point problématique : le résumé nous vend une dénommée Lily Dawn… qui s’appelle ici Faye Perez (en VO, c’est bien Lily Dawn) ! Une erreur de traduction ? Un choix conscient et assumé ? Très étrange…

    15/03/2026 à 19:33 1

  • Le jour du chasseur

    Ed Brisson, Kev Walker

    6/10 L'héroïne s’est jurée de venger le meurtre de ses deux parents qui sont morts lors de l’assaut massif mené par un Predator. Depuis, elle sillonne l’espace et traque cette créature. Hantée par des cauchemars récurrents où sa famille est assassinée, elle va se faire chasseuse et le monstre va devenir sa proie.
    Une relecture sympathique de la franchise. J’aurais préféré quelque chose plus en rapport avec le film originel – le seul qui en vaille véritablement la peine pour son côté primitif et, je dois humblement le reconnaître, la nostalgie qu’il suscite en moi. Néanmoins, c’est un pari plutôt réussi et bien mené. « Ça fait quinze ans que j’attends ce moment », crache-t-elle vers la fin de ce premier tome de la série : l’ensemble n’est pas follement original mais il a un indéniable côté distractif et régressif.

    15/03/2026 à 07:53 1

  • Upgrade

    Blake Crouch

    8/10 Dans un futur proche, l’agent Logan Ramsey intervient au domicile d’un suspect et tombe sur une bombe d’un genre étrange qui explose. Peu de temps après les faits, il commence à manifester d’inquiétantes transformations : ce sont d’abord ses os qui deviennent plus épais avant que ses facultés cognitives ne soient à leur tour améliorées. Ce n’est qu’après sa capture puis son évasion qu’il va découvrir l’ampleur du complot mis à jour.

    Blake Crouch a déjà séduit un large lectorat avec des ouvrages fort réussis comme Dark Matter, Récursion ou encore sa série Wayward Pines. Ici, il s’attaque au techno-thriller mettant en jeu la génétique, les enjeux liés au transhumanisme, et les dérives de la science en général. Le style de l’auteur est rapidement identifiable et apprécié : des phrases courtes qui claquent, des alinéas qui soulignent le dynamisme du récit, une belle documentation sur laquelle s’assoit cette narration prenante. Logan Ramsey discernera la gravité des événements liés à l’histoire de sa propre famille – sa mère et sa sœur y étant étroitement mêlées – et le tempo va aller crescendo jusqu’à l’assaut de ce building new-yorkais. Blake Crouch maîtrise son sujet, nous livre de belles scènes d’action parfaitement chorégraphiées où ses aptitudes intellectuelles et physiques vont s’illustrer dans le domaine du combat, du savoir et de la lecture du langage corporel. Néanmoins, certains passages paraissent un peu longs et téléphonés, comme si l’auteur avait cherché à cocher toutes les cases du blockbuster hollywoodien, quitte à opter pour les stéréotypes du genre.

    Un thriller réussi et hautement énergique, installé sur de solides connaissances scientifiques, et qui saura régaler les amateurs du genre. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il s’agisse là d’une œuvre de pure fiction et non d’un roman prophétique.

    13/03/2026 à 08:04 2

  • Code mortel

    Ava Strong

    3/10 L’agent du FBI Daniel Walker doit enquêter sur une étrange affaire : un tueur en série cambriolant des musées américains et assassinant au passage des membres de la sécurité. Conscient qu’il doit comprendre le mobile de ce monstre – qui tient nécessairement à l’art –, il prend à ses côtés Remi Laurent, une professeure émérite en la matière. Tous deux vont devoir remonter la piste d’un mystérieux cryptex qui pourrait révéler un secret majeur.
    Disons-le tout de suite : ce roman d’Ava Strong n’est guère emballant. Ava Strong a voulu sortir en partie de sa zone de confort pour mêler le traditionnel récit de tueur en série avec une histoire à la Dan Brown, mais la fusion n’a pas pris. Daniel Walker, en quadragénaire en surpoids, amateur de cheeseburgers dès le petit-déjeuner, ne convainc jamais avec sa belle érudition liée à des études supérieures. Dans le même temps, Remi Laurent n’est guère plus concluante, enquillant les clichés du genre comme s’ils étaient nécessaires, voire indispensables. Pire, le serial killer tient du copier-coller presque évident de Silas, le moine assassin du « Da Vinci Code », avec une spécificité qui m’a bien fait marrer : il est ventriloque (oui oui, comme je vous le dis…). Dans le même temps, je n’ai jamais cru un seul instant à cette poursuite, stéréotypée à l’extrême, et puisqu’il s’agit d’une série, ce premier opus n’offre guère de réponses décisives. Non, vraiment, je n’ai pas du tout accroché à ce roman un peu confus, bourré de fautes de français et invraisemblable.

    11/03/2026 à 19:30 1

  • De pierre et de chair

    Vanessa Trüb

    7/10 Le corps d’Aurélie Dutroit, dix-sept ans, vient d’être découvert par une sportive. L’inspecteur Nathan Redlink et son équipe mènent l’enquête sur cette adolescente qui avait disparu et dont la dépouille présente une caractéristique stupéfiante : son cœur a été remplacé par une pierre. Les policiers vont alors s’intéresser à un trafic de drogue ainsi qu’à une famille dont plusieurs membres par le passé semblent avoir été victimes d’une malédiction létale.

    Ce roman de Vanessa Trüb séduit dès les premiers paragraphes. L’autrice, qui est aussi une pasteure suisse, dispose d’une plume agréable qui sait dispenser de beaux moments d’humanité comme des passages très sombres sans jamais tomber dans une sinistre surenchère. En effet, la colonne vertébrale de ce récit tourne autour d’une famille particulièrement malsaine – le chapitre liminaire permet au lecteur de comprendre que les « porcs » décrits par l’écrivaine vont revenir au premier plan. Les personnages des policiers – de Nathan à Jacques en passant par Ajda – sont réussis et le format compact du livre comme de l’histoire est très appréciable. On regrette d’évidents écueils – l’intrigue autour des passeurs de drogue n’est qu’une digression et Vanessa Trüb reconnaît elle-même dans ses remerciements que « les descriptions des services de police […] ne reflètent guère la réalité », ce qui dessert la vraisemblance de l’ensemble. Néanmoins, le scénario est habile et cette vendetta qui se déploie sur plusieurs générations s’avère prenante.

    Un roman de facture somme toute classique mais malin et bien construit.

    10/03/2026 à 06:48 3

  • Obsessions

    Emilie Chani

    9/10 C’est à chaque fois le même rituel : le corps d’un homme est découvert, une main rabattue sur le cœur, un mouchoir dans l’autre, et un envoûtant parfum de jasmin planant sur la scène de crime. Le commandant de police Victor Dufresne sait que le tueur a un message à délivrer, des démons à éconduire et à vaincre. L’enquête va tourner à l’obsession.

    Ce roman d’Emilie Chani impressionne dès les premiers chapitres : comment peut-on à la fois être aussi jeune et n’en être qu’à son premier ouvrage et disposer d’une plume si éclatante ? Les mots claquent, tous soigneusement choisis et ciselés, créant une atmosphère lourde d’angoisse et de sentiments ambivalents au gré d’un tempo cadencé. Les personnages palpitent d’humanité, de crédibilité, leurs failles en sont presque palpables sous les doigts du lecteur qui fait défiler ces pages d’une noirceur remarquable. Nina Fabre compose une protagoniste édifiante, brisée par une jeunesse soumise aux violences familiales et au harcèlement scolaire, tâchant par la suite de trouver l’élu de son cœur qui deviendra le bourreau de son corps. Parallèlement, le policier Dufresne est brillant dans ses profils psychologiques, meurtri par le décès de sa compagne Louisa lors d'un accident automobile et dont il porte encore le deuil. L’écrivaine a construit une intrigue de prime abord classique mais qui s’extrait sans mal de tout ce qui a déjà été précédemment écrit sur le sujet grâce aux ténèbres qui enveloppent ce récit, à l’indéniable talent de sa narration et à l’absence de tout temps mort. Les liens qui unissent Nina et Valentine sont équivoques, toxiques, et ce final dans un cimetière s’illustre par sa sobriété comme par son côté hautement symbolique.

    Quelque part entre le roman à suspense et le noir, Emilie Chani impose sa présence au sein du paysage littéraire par ses aptitudes certaines à faire vivre ses personnages et à les laisser encore en vie dans l’âme de son lectorat une fois le livre achevé. Un ouvrage saisissant de maîtrise qui est également une sorte de plaidoyer féministe rédigé en lettres de feu.

    09/03/2026 à 06:39 3