El Marco Modérateur

3854 votes

  • Whalefall

    Daniel Kraus

    9/10 « Un mésothéliome » : Mitt, le père de Jay, lui qui était un plongeur expérimenté, souffrait de ce cancer et il a préféré se jeter dans l’océan. Parce que ses restes n’ont jamais été retrouvés, son fils décide d’aller les chercher, au large de Monastery Beach. La plongée commence normalement, jusqu’à ce qu’un calamar géant apparaisse, et le périple sous-marin devient un véritable cauchemar lorsque Jay aboutit dans l’estomac d’un immense cachalot. Il ne lui reste plus qu’une heure à vivre.

    Indéniablement, Daniel Kraus signe ici un roman mémorable. L’auteur s’est longuement documenté sur les divers sujets abordés – plongée, vie et anatomie des cétacés – et son récit n’en est que plus crédible et palpitant. Parallèlement, la plume de l’auteur est absolument sublime : chaque paragraphe est un pur bijou de littérature, magnifié de tournures élégantes et d’envolées lyriques qui ne contrarient pas pour autant la fluidité de l’ensemble. Avec son matériel minimal, Jay va affronter les profondeurs avant de lutter pour sa propre survie, pris dans les entrailles de ce puissant animal. Chaque péripétie devient palpitante autant que poétique et les nombreux flashbacks, expliquant les relations si ambivalentes entre notre malheureux naufragé et son père, viennent nourrir avec une rare intelligence ce livre singulier. Au-delà des caractéristiques évidentes du roman d’aventure, Daniel Kraus livre des passages remarquables sur les nécessaires interrogations de la place de l’homme au sein de la nature, et le style si magistral de l’écrivain les rend d’autant plus exaltés.

    Encensé par Gillian Flynn et Stephen Graham Jones, cet opus constitue un magnifique plaidoyer écologique, et il secoue autant qu’il enflamme. Il synthétise les vertus de la tragédie grecque et du blockbuster hollywoodien dans son acception la plus admirable. C’est à la fois prodigieux et stupéfiant. Un huis clos stomacal autant qu’abyssal aux accents presque bibliques.

    aujourd'hui à 06:41 2

  • Le Sacrificateur

    Paolo Antiga, Antoine Tracqui

    7/10 La docteure Jennie Lund répond à la demande d’interview d’une journaliste, et elle revient sur un cas monstrueux : un homme attaché à un poteau en pleine forêt, avec les membres sectionnés et énucléé, qui lui a permis de retrouver son oncle, le commissaire Oskar Sandström, le frère aîné de sa mère adoptive. Deux jours plus tard, le cadavre d’un individu supplicié de la même manière est découvert. C’est la piste du « blót » - un sacrifice issu de la mythologie nordique – qui va apparaître.
    Un graphisme léché et une ambiance très lourde pour un récit noir et serré qui rumine des éléments divers – interprétation des runes, rites sacrificiels, un sombre passé qui remonte à 1999 – mais le scénario marque parfois le pas, notamment à des éléments un peu téléphonés et des passages un peu trop gros (cf. le moment de la castagne de Jennie dans les bois face au tueur). Néanmoins, l’ensemble est vraiment bon et chaudement recommandable.

    hier à 19:48 1

  • Peurs en eau profonde

    Olivier Descosse

    7/10 J’ai replongé – à tous les sens du terme – avec bonheur dans l’œuvre d’Olivier Descosse. Ici, le pitch de la plongée, un univers que je ne connaissais absolument pas, m’a aiguillé vers la lecture de ce thriller aux qualités indéniables. J’y ai retrouvé la patte de l’auteur – très proche de celle de Jean-Christophe Grangé, dans le fond comme dans la forme, d’ailleurs – avec ce récit très bien construit et charpenté, mené de main de maître d’un bout à l’autre, jalonné de solides références en matière de plongée et de procédures légales – le fait que l’écrivain soit avocat n’y est évidemment pas étranger. Au programme : le monde de la plongée sous-marine, d’étranges tatouages avec sept lignes horizontales, un sombre passé dans le Groenland, des démons qui ne se sont pas assagis avec le temps, la piste d’une énorme murène, du plancton et de l’uranium, et un ouvrage qui se conclut dans une grotte sous-marine, en eau profonde, dans cette mer qui est également une éclatante métaphore du passé que Jean Sardi croyait englouti et révolu. Plus de cinq cents pages gobées en pleine apnée, mais le dénouement est venu apporter un immense bémol à l’ensemble : quand on connaît un peu ce type de littérature, une ficelle (une double, même, et de la taille d’un pipeline) apparaît rapidement, et elle s’est malheureusement confirmée dans le final, trop téléphoné, trop attendu, beaucoup trop cliché. Sincèrement dommage, ce qui ne retire rien néanmoins aux qualités intrinsèques de ce livre par ailleurs original et prenant.

    avant hier à 19:24 2

  • Le Diable sur mon épaule

    Gabino Iglesias

    9/10 « Une leucémie » : c’est avec cette terrible annonce que commence ce roman. Mario et son épouse Melisa apprennent que leur fille Anita est malade. Pour pourvoir aux dépenses médicales, Mario renoue avec Brian, une vieille connaissance, et accepte un contrat en échange de six-mille dollars. Mais le malheur est obstiné : Anita meurt. Abandonné par sa femme, Mario va céder à la tentation de la violence et graduellement être brisé par l’engrenage du crime.

    Gabino Iglesias, déjà auteur de Santa Muerte et Les Lamentations du coyote, nous est revenu avec ce livre qui balance entre thriller et roman noir. Très rapidement, on est subjugué par la qualité de l’écriture : la plume est brutale, trempée dans le soufre, avec de puissants moments d’émotion ainsi que des passages d’une exceptionnelle tension psychologique. Les scènes d’action sont d’une rare violence et certains passages – le supplice de Rodolfo, ce gamin présumé miraculeux surnommé « El Milagrito » débité en petits morceaux pour qu’il porte chance à ses porteurs, ou encore cette sinistre et surprenante mise en scène des « décorations » des cadavres – marqueront durablement l’esprit des lecteurs. Dans le même temps, l’intrigue est forte, enténébrée, et Gabino Iglesias a soigné les rouages de cette mécanique qui va s’emparer de ses personnages pour mieux les broyer. Le final est amplement à la hauteur des attentes et les incursions du fantastique viennent autant surprendre que sublimer ce récit fiévreux et survolté.

    Un ouvrage impétueux, marqué du sceau du fléau et de la sorcellerie. L’auteur nous stupéfie avec cet opus sulfureux et diabolique.

    avant hier à 07:01 3

  • Kalmann

    Joachim B. Schmidt

    8/10 Raufarhöfn n’est qu’un minuscule point sur une carte, et ce village islandais risque de disparaître en raison des quotas qui lui sont imposés. Au sein de cette minuscule communauté, il y a un individu qu’il est impossible d’oublier. Il s’agit de Kalmann : il a trente-trois ans, il est légèrement handicapé, et il se balade avec une étoile et un chapeau de shérif ainsi qu’avec un mauser légué par son père qu’il n’a jamais connu. Pêcheur de requins qu’il prépare à la perfection, il tombe sur une nappe de sang qui appartient probablement à Róbert McKenzie, homme le plus riche du bourg et propriétaire de l’hôtel Arctic Henge.

    Ce roman de Joachim B. Schmidt a remporté plusieurs prix littéraires, dont le Prix Découverte Polars Pourpres 2023, et à sa lecture, on comprend vite pourquoi. Il s’agit d’un livre au rythme calme, apaisé, qui prend son temps pour planter le décor ainsi que les connexions entre les personnages. Indéniablement, Kalmann est un protagoniste atypique. Certains le qualifient de « simplet », il est encore vierge, est capable d’élans d’une colère parfois dirigée contre lui-même, et s’il a parfois des problèmes avec sa mémoire, il est très attachant. Figure locale, il va ici être confronté à une disparition inquiétante et la vérité va graduellement émerger au gré des relations avec les habitants de Raufarhöfn ainsi qu’avec l’arrivée de la policière Birna. L’écrivain n’a pas cherché un tempo cadencé, des effets pyrotechniques, des rebondissements hollywoodiens : c’est un authentique roman noir, parfois éclairé d’un humour lié aux facéties de Kalmann, avec des dialogues ciselés et intéressants, et la résolution – crédible et inattendue – cadre à merveille avec le reste de l’ouvrage. "Correctomundo", comme le dit régulièrement notre fier et singulier shérif autoproclamé.

    Un livre très original et immersif puisque le lecteur est directement placé dans l’esprit de ce héros si particulier. Une intrigue captivante et un humour bienvenu pour cette histoire agréablement insolite, comme si les frères Coen en étaient les auteurs.

    19/05/2026 à 06:42 2

  • L'Affaire du cobra royal

    Sarah Barthère

    8/10 Raia et Ani sont deux enfants vivant à l’époque de l’Egypte antique : la première sert Néfertari, épouse de Ramsès II, tandis que le second est un apprenti scribe. C’est d’abord un cobra royal qui est découvert sur le point d’attaquer le pharaon avant qu’une armada de scorpions investisse ses appartements. Qui en veut ainsi au souverain ? Raia et Ani vont mener l’enquête.

    Ce premier tome de la série « Enquêtes à la cour de Pharaon » séduit dès les premiers instants. On retrouve avec plaisir la plume chevronnée et émérite de Sarah Barthère qui donne habilement corps à nos jeunes limiers, offrant également une belle texture, crédible et dépaysante, à cette capitale royale que fut Pi-Ramsès. L’intrigue est également habile et réussie, avec ce qu’il faut de rebondissements pour entretenir la tension autour de cette cabale. L’écrivaine a également eu la riche idée d’amorcer une quête des origines à propos de Raia, abandonnée lorsqu’elle fut bébé, et qui cherche encore à comprendre les raisons de cet acte : gageons que le deuxième tome, Une Reine en danger, poursuivra cette voie voire apportera quelques éléments de réponse.

    Voilà un polar jeunesse original et bien mené, qui saura autant divertir qu’instruire.

    18/05/2026 à 06:38 1

  • Sans retour

    Rylie Dark

    6/10 Un tueur en série s’amuse à assassiner des femmes et à faire prendre à leurs dépouilles des poses étranges en s’aidant de monticules d’argile. L’agente du FBI Carly See et son binôme Lyle Ramsey sont mis sur l’enquête tandis que la jeune femme dispose toujours de ce pouvoir de médiumnité. Une enquête qui va les mener dans les pas d’un prédateur qui voue une affection très particulière à Edgar Degas.
    Mon deuxième tome de la série consacrée à Carly See, et j’y retrouve le côté assez balisé de ce genre d’écrits : l’héroïne avec ce don/cette malédiction de visions qui lui est néanmoins fort utile dans le cadre de son travail, son collègue qui n’a pas encore tout à fait saisi les raisons des puissants pressentiments de Carly, ce tueur en série misogyne en diable, et un final qui aurait probablement gagné à se délester de quelques poncifs récurrents. Néanmoins, l’ensemble s’avère tout à fait correct, avec un bon rythme, une écriture suffisante pour soutenir le récit, et ainsi proposer quelques agréables heures de lecture. Un paradoxe, toutefois : j’ai pris presque plus de plaisir aux côtés de l’un des suspects – Shane Crawford, l’amateur de performances artistiques dont la sœur s’était suicidée en se pendant – qu’avec le véritable criminel. Bref, un roman policier tout à fait présentable.

    17/05/2026 à 07:43 1

  • La véritable histoire d'Emmett Dalton 1/2

    Emmanuel Bazin, Antoine Ozanam

    8/10 Tulsa, 1908 : Emmett Dalton est abordé par le représentant d’une société de production cinématographique pour qu’il contribue à un long-métrage sur l’existence de lui et de ses frères. Après le refus, Emmett se souvient de la réalité des faits, et ça commence le 27 novembre 1887.
    Une idée pertinente de revisiter la réalité des faits, bien au-delà des lieux communs et autres fictions notamment véhiculés par la BD populaire. Au gré d’une esthétique épurée, on apprend qu’ils ont été marshals avant de devenir hors-la-loi, et ça a plus ou moins commencé dans un saloon. Une bande dessinée intelligente, presque apaisée, sans violence inutile ni pétarade superflue.

    15/05/2026 à 07:42 3

  • Ces mensonges qui nous lient

    Linwood Barclay

    7/10 A neuf ans, Jack a vu son père quitter le domicile familial parce qu’il avait trempé dans de sales affaires et qu’il allait intégrer le programme de protection des témoins. Un quart de siècle plus tard, Jack Givins vivote : ses romans ne se vendent pas et il vient d’échouer à être recruté par un journal. Une marshal lui fait alors une offre atypique et rémunératrice : écrire les biographies – fictives, donc – d’individus vivant désormais sous une fausse identité. Sa route et celle de son père pourraient à nouveau se croiser.

    Linwood Barclay est un auteur que l’on ne présente plus, tant en raison de sa riche bibliographie que de la qualité de ses œuvres. Une fois de plus, il s’illustre ici par une histoire originale et un pitch qui allèche. Son ouvrage, presque choral, est une réussite du point de vue de la structure et de la mécanique : les engrenages sont remarquablement huilés, intelligemment enchevêtrés, et tous les personnages sont d’une belle texture humaine. Les chapitres sont courts et alertes, les pages défilent à toute allure, et on aboutit presque rapidement à un épilogue où l’émotion est palpable et manifeste. Cependant, malgré ses indéniables qualités, cet opus pêche par un léger manque de crédibilité durant son dernier quart, avec des ficelles un peu épaisses qui étaient en outre visibles longtemps auparavant.

    Même s’il n’est pas exempt de menus défauts, ce thriller confirme, s’il en était encore besoin, tout le bien que l’on pense de Linwood Barclay, avec sa patte si particulière, son goût pour les histoires singulières et cette narration qu’il maîtrise avec un immense talent.

    13/05/2026 à 06:27 2

  • Cauchemar

    Paul Cleave

    8/10 Si le policier Noah Harper est en train de massacrer Conrad Haggerty de ses poings sous les yeux de son collègue et ami Drew, c’est pour lui faire avouer où est séquestré la jeune Alyssa Stone. Et Conrad crache le morceau et la gamine est récupérée. Douze ans plus tard, Noah tient un bar quand il est contacté par son ex-femme : l’oncle d’Alyssa, le père Frank, est inquiet depuis qu’elle a de nouveau disparu. Est-ce que le cauchemar est en train de se répéter à Acacia Pines ? Noah n’a plus le choix : il doit revenir sur place pour tirer ça au clair, quitte à mettre à jour une terrible entreprise.
    Je ne découvre que maintenant la plume et l’univers de Paul Cleave, et j’ai adoré. Un roman très prenant dès les premières pages, avec un rythme fou et une magnifique maîtrise. J’ai beaucoup aimé le style du romancier qui m’a fait penser à celui de Lee Child – peut-être pour la narration à la première personne, les descriptions des scènes d’action, l’humour à froid du protagoniste, même si ce dernier, jusqu’au moment des faits, n’a encore jamais tué personne. L’histoire est également bien charpentée et la tension habilement entretenue. Graduellement, au fil de l’intrigue, comme on pèle un oignon, les couches du passé apparaissent et l’ampleur du projet se dévoile. Alors certes, il y a des passages un peu exagérés, notamment concernant la quasi-invincibilité de Noah – notamment lors de la baston près du lac ou dans le presque final aux abords de l’entrepôt, et le cœur de l’intrigue a déjà été en soi traité des centaines de fois au cinéma ou dans la littérature, mais j’ai amplement eu ma dose de sensations fortes, et toujours avec ce supplément d’âme, d’intelligence et de malice de la part de l’auteur. Ah, et comment ne pas évoquer la dernière page qui vient soudainement relever la saveur de ce livre et achever l’histoire avec un élément sinistre et inattendu ? La cerise (noire) déposée sur un très bon thriller.

    11/05/2026 à 19:25 1

  • Disparition à Central Park

    Victor Guilbert

    8/10 Bérénice, onze ans, et son frère cadet Edmond sont actuellement en vacances chez leur oncle Guillaume. Celui-ci travaille à Central Park et quand il emmène les deux Français sur place, c’est une véritable énigme qui les y attend : tous les animaux ont disparu autour de l’étang des tortues.

    Les lecteurs connaissent fort bien Victor Guilbert, puisqu’on lui doit la série consacrée à Hugo Boloren. Il s’essaie donc ici à la littérature jeunesse et le moins que l’on puisse dire, c’est que c'est concluant. Le roman est concis, sans temps mort et très cadencé, le style impeccable, et les personnages sauront plaire : Bérénice est une enquêtrice très douée tandis que son frère s’est spécialisé dans l’invention d’objets. L’histoire est intelligemment construite et le dénouement vraiment original.

    Victor Guilbert était connu dans le domaine de la littérature policière pour les adultes, et voilà qu’il signe un roman très réussi destiné à la jeunesse. Après Sur les traces du fantôme, l’épilogue annonce un troisième tome se déroulant dans la statue de la Liberté : on a déjà hâte d’y être.

    11/05/2026 à 06:29 1

  • Le Sang de Némée

    Looky, Jean-David Morvan

    7/10 Hercule n’est pas ici ce célèbre héros ni le lion de Némée son équivalent mythologie : le premier est une sorte de mercenaire et le second un monstre mécanique. Alcoolique, colérique, sujet à la volonté de se suicider, on envoie Hercule sur la planète Argolide où il devra accomplir la première des douze missions qui lui sont imposées, après quoi il pourra retrouver son libre-arbitre. Il va sur place unir ses forces à Molorchos dont les siens ont été massacrés par la créature.
    Un récit de SF sacrément léché du point de vue esthétique et qui offre une sympathique relecture du mythe d’Hercule. L’action ne manque pas même si ce premier tome plante le personnage principal et s’arrête alors qu’une confrontation est sur le point de se produire. Je suis curieux de voir comment ce triptyque va évoluer. Pour le moment, ça n’est pas renversant d’originalité mais c’est agréable à lire et divertissant.

    08/05/2026 à 07:51

  • Santa Maladria

    Jean-David Morvan, Ignacio Noé

    9/10 Des conquistadors investissent un village, un homme au visage mutilé à leur tête, avant de faire un carnage puis de brûler les corps dans la tranchée où ils se trouvent. Une maladie rôde également, et ces deux événements sont probablement liés.
    Un début silencieux qui rend d’autant plus monstrueux le massacre pratiqué, et une suite qui explique graduellement les raisons de la férocité du personnage central. Le passé du conquistador est marquant, le graphisme particulièrement réussi, et Jean-David Morvan, le scénariste, a eu l’intelligence de construire un récit haletant et nous évitant les habituels clichés du genre. C’est remarquable de sauvagerie.

    08/05/2026 à 07:50

  • Hurlements

    Alma Katsu

    9/10 Juin 1846. Quatre-vingts personnes décident de se rendre en Californie. Pour la plupart, c’est l’appât de la réussite et de la richesse à venir qui guide ce vaste convoi. Pourtant, rien ne va se dérouler comme prévu. C’est d’abord un gamin qui disparaît avant d’être retrouvé mort dans d’atroces circonstances. Par la suite, les drames inquiétants se multiplient : des voix, des silhouettes dans la nuit, d’autres carnages. Il se pourrait bien que les caravaniers soient devenus la proie de quelque chose qui est affamé.

    Ce thriller d’Alma Katsu s’inspire de faits divers – l’expédition Donner – qui fut une véritable tragédie. L’autrice a procédé à une relecture des événements et, même si elle convient elle-même avoir pris de belles libertés avec la vérité, son récit n’en demeure pas moins prenant et haletant. Les personnages sont particulièrement bien caractérisés et ciselés – les flashbacks permettent notamment de comprendre les motivations de quelques-uns d’entre eux pour avoir voulu entreprendre un tel périple – et même s’ils sont nombreux, leur profil psychologique est solide et marquant. Les événements alarmants se succèdent, l’atmosphère s’alourdit, la tension croît et la cohésion du groupe se délite, laissant place à des comportements lâches, égoïstes ou barbares. Des tempêtes de sable aux incendies en passant par la lutte contre le froid, la faim, la soif et la désespérance apparaissent, et cette menace aux allures occultes – le na’it – ne sera pas le plus anodin des dangers. Le récit est bluffant de crédibilité, alerte et angoissant, et laissera dans l’esprit des lecteurs le souvenir fiévreux de nombreuses scènes marquantes, comme ce sacrifice d’une mère prête à abandonner sa propre chair pour que ses enfants survivent.

    Un ouvrage fort et puissant, sans temps mort ni effet facile.

    07/05/2026 à 06:54 4

  • Immersion

    Laurent Astier

    5/10 1999 à Pec (Kosovo) : Ana est enlevée par des hommes armés. Décembre 2007, à Pigalle : Zoran continue de chercher la jeune femme, et une inconnue abat un homme. Cannes-Ecluse, janvier 2003 : on propose à la jeune policière Claire Guillot d’infiltrer un réseau de prostitution.
    Une histoire assez classique, un graphisme qui ne m’a pas spécialement séduit, des couleurs vraiment gueulardes, un récit un tantinet bavard : pas particulièrement convaincu par ce premier tome.

    05/05/2026 à 20:03 1

  • La promesse, New York

    Stephen Desberg, Griffo

    7/10 Alors qu’il vient d’achever un discours dans le cadre de la campagne électorale pour devenir Président, Robert Sherman se fait tirer dessus sous les yeux de son père, Jay, et le flingueur est abattu. Alors qu’il attend des nouvelles de l’hôpital, un anonyme annonce à Jay qu’il va perdre sa fortune ainsi que ses enfants. Il s’interroge alors et revient sur son propre passé, notamment lié au policier Mike Mc Everett et à la façon dont il a failli basculer dans la grande criminalité.
    Une esthétique réussie pour un scénario qui l’est tout autant, faisant remonter le passé du protagoniste jusqu’à cette banque dans laquelle il a autrefois travaillé. Un mélange de roman noir et de saga familiale pour ce premier tome efficace et prenant.

    05/05/2026 à 20:02 1

  • Le Visiteur inattendu

    Agatha Christie

    7/10 Ma première pièce de théâtre écrite par l’immense Agatha Christie, et j’ai bien aimé cette lecture. Ou comment Laura Warwick est découverte une arme à la main par pur hasard par Michael Stocker près de son mari décédé d’une balle dans la tête. Décidé à l’aider, Stocker ne sait pas encore que les circonstances sont peut-être plus équivoques que de prime abord. Un suspense correct en huis clos avec quelques personnages intéressants (le défunt, devenu handicapé physique suite à l’attaque d’un lion, aigri et haineux, avec une forte propension à tirer sur les animaux du voisinage, ou encore son demi-frère Jean, gentiment demeuré). L’histoire est certes classique et le final, devinable, s’effectue en deux temps, avec donc des rebondissements agréables même s’ils ne sont pas révolutionnaires ou inouïs. Bref, un très sympathique divertissement qui n’a cependant pas l’éclat des œuvres majeures de la reine du crime.

    02/05/2026 à 19:25

  • Le Voisin invisible

    Kate Bold

    3/10 Eliza Bennett a tout pour être heureuse : un mari aimant et riche, une belle maison, une entreprise de fleuristerie qui s’annonce prometteuse… Pourtant, certains signes négatifs apparaissent : une inconnue qui apparaît, une dénommée Rachel Wells qui tourne autour de son homme, des retraits réguliers d’argent sur le compte joint du couple… Les apparences seraient-elles trompeuses ?
    Ce roman de Kate Bold qui inaugure une série ne m’a vraiment pas plu. L’écriture à la première personne se veut immersive mais notre protagoniste se force parfois à faire des phrases un peu ampoulées sans que ça ne soit élégant ni ne serve le récit. Il y a de nombreuses coquilles – des passages pas traduits, d’autres sans ponctuation, des tirets cadratins qui se font la malle – et le fond n’est guère plus appétissant : l’intervention du détective privé est sans grand intérêt, les rebondissements sont assez plats, et vu le nombre si limité de personnages, l’identité des criminels ne stupéfie pas et la nature du secret est à la fois banale et si mal amenée que ce ressort m’a fait soupirer. Bref, une belle déception.

    29/04/2026 à 19:40 1

  • Orlandu

    Luc Jacamon, Benjamin Legrand, Tim Willocks

    6/10 Une scène de bataille d’entrée de jeu, et certains passages sont vraiment saturés de fureur, mais comme Polarbear et gamille67, j’ai eu du mal – comme avec le précédent tome – avec l’histoire, peut-être parce que quelques tomes en plus auraient mérité leur place, ou tout bonnement parce que le roman originel – que je n’ai jamais lu – n’était guère transposable. Je regrette également la fin, trop flottante pour moi – mais encore une fois, peut-être que l’ouvrage qui est ici adapté était plus clair à ce sujet.

    24/04/2026 à 07:46 2

  • La 2ème Lune

    Massimiliano Frezzato

    6/10 Un univers postapocalyptique (la préface explique tout mais que tout ça est inutilement complexe pour pas grand-chose…), où les animaux qui apparaissent sont en réalité des véhicules motorisés. Un mélange assez prenant de SF, de fantastique et de steampunk, assez pauvre en dialogues et à l’esthétique charmante. Malheureusement, je n’ai pas vraiment réussi à me laisser transporter dans ce monde trop artificiel à mon goût, et surtout où le scénariste ne m’a jamais vraiment fait pénétrer dans son univers.

    22/04/2026 à 07:28