El Marco Modérateur

3831 votes

  • La 1re femme : Homicide

    Molly Black

    7/10 « J’ai attrapé douze lapins que j’ai faits miens. […] Il y a douze crimes à résoudre. Vous trouverez le premier ici même. » : voilà ce qui est écrit sur la carte postale que reçoit l’agente du FBI Maya Gray, et la signature en bas de la missive lui indique que sa sœur Megan fait partie des otages. Direction Cleveland où elle va devoir coopérer avec l’inspecteur Marco Spinelli à la recherche de celui ou celle qui a étranglé Anne Postmartin, une danseuse.
    Un pitch intéressant et original pour ce roman de Molly Black qui inaugure la série consacrée à Maya Gray. Un roman assez balisé par la suite, où l’on retrouve les codes des auteurs que sont Blake Pierce, Ava Strong, Molly Black et autres. L’enquête est bien calibrée, le texte dynamique et un peu plus long qu’à l’accoutumée, et on peut se réjouir de dialogues bien ciselés et de quelques touches d’un humour bienvenu. L’histoire tient la route et, même si l’ombre d’un hypothétique « tueur de la pleine lune » plane sur cette affaire, on aboutit assez vite à une investigation menée au sein d’une petite troupe de danse, avec jalousies, actes blâmables, volontés de réussite, etc. Maya Gray est une protagoniste agréable à connaître et à suivre, mais on retiendra surtout l’idée de ces femmes captives que le geôlier ne libèrera qu’en cas de réussite de chacune des enquêtes sur ces cold cases. Pour résumer, un bon postulat et une suite certes convenue mais prenante et efficace si l’on accepte de faire fi des stéréotypes et de se couler dans un récit parfois trop jalonné pour véritablement surprendre ou totalement séduire.

    hier à 07:51

  • Une Famille d'enfer

    Steve Dillon, Garth Ennis

    9/10 Flashback en 1974, année au cours de laquelle son père a été assassiné avant le retour au présent. Un ton toujours aussi abrupt et décalé, et un graphisme si particulier qu’il en devient presque aussitôt une signature (hé, vous avez remarqué les clins d’œil à des œuvres de Roy Lichtenstein, avec les visages de profil dans la voiture ?). C’est à la fois fantasque et distrayant, loufoque et tragiquement sérieux, et esthétiquement très surprenant (m’selle Marie ou le cercueil au fond de l’eau valent rien qu’à eux leur pesant de cacahuètes). Et que dire du final, sacrément accrocheur !

    avant hier à 07:26 2

  • Esteban

    Yomgui Dumont, Franck Thilliez

    7/10 Esteban se retrouve plongé en pleine cauchemar, se voyant retourner dans sa famille comme si de rien n’était. Et voilà Esteban confronté à un cirque bien étrange mené par le mystérieux monsieur Mysticus avant une apparition à bord du… Titanic ! Un opus toujours aussi dynamique – au moins autant que les deux précédents – avec un graphisme au top et une belle nervosité tant dans le récit que dans l’esthétique. En revanche, je trouve l’ensemble un peu moins réussi que les précédents, notamment, comme le souligne jackbauer avec pertinence, parce qu’il y a presque autant de questions que de réelles réponses, et surtout à mes yeux parce qu’il n’y a pas de réelle explication quant à la symbolique du monde cauchemardesque (le cirque et le Titanic), contrairement à ce que l’on trouvait dans les tomes précédents. C’est un détail mais je trouve ça vraiment dommage.

    12/04/2026 à 07:55 2

  • Au revoir là-haut

    Pierre Lemaitre

    9/10 … ou la terrible descente aux enfers des deux soldats Albert Maillard et Edouard Péricourt, en novembre 1918 (donc juste avant l’armistice), qui sortiront meurtris de ce conflit, en partie à cause de la guerre elle-même, mais aussi en raison du comportement assassin et belliciste de leur capitaine Henri D’Aulnay-Pradelle. Revenu à la vie civile avec le visage ravagé, Edouard se fait passer pour mort grâce à un tour de passe-passe administratif de son camarade mais ni l’un ni l’autre ne parviennent à se réinsérer dans la vie civile ni ne digèrent la manière dédaigneuse dont sont traités les vétérans. Dessinateur de talent, Péricourt va mettre au point une arnaque de grande ampleur, aidé par son ami et complice, dont ils ne sortiront néanmoins pas indemnes. Je ne découvre que maintenant ce Prix Goncourt de 2013, ayant déjà préalablement visionné son adaptation cinématographique (au passage, très fidèle). Je dois bien reconnaître que j’y suis allé un peu à reculons : je ne m’imaginais que moyennement découvrir un ouvrage capable de « dépoussiérer » le thème de la Première Guerre mondiale tant il y a eu de magnifiques et poignants écrits à ce sujet auparavant, et je craignais autant un ouvrage irrévérencieux et donc déplacé. Le film m’avait beaucoup plu, le livre a donc été un pur régal à mes yeux. Une plume remarquable, des trouvailles nombreuses, depuis la scène de survie avec la tête de cheval sous terre aux masques de Péricourt en passant par cette escroquerie aux monuments aux morts qui vient cruellement faire écho à celle de ce pourri de D’Aulnay-Pradelle avec ses tombeaux mal référencés et aux tailles volontairement réduites. Pierre Lemaitre met ici l’accent sur la cupidité humaine dans ce qu’elle a de plus ignoble, notamment en raison des circonstances historiques et sociales désagrégées, mettant en lumière ce qu’il y a de plus vil. C’est également une peinture au vitriol de l’accueil réservé aux anciens, maltraités psychologiquement et physiquement par cette boucherie, et dont certains vont naturellement se tourner vers le crime pour survivre voire prendre leur revanche sur celles et ceux qui les ont oubliés. Je retiendrai donc en priorité cet acide qui baigne les mots et maux de l’écrivain comme un puissant liquide amniotique, une relecture certes impertinente mais ô combien frappante d’originalité, et aussi de beaux passages poignants, des premières pages décrivant une scène de guerre à certaines personnalités parfois secondaires du livre comme Merlin, ce comptable des trépassés, rabaissé dans sa fonction mais pour autant incapable de tricher, mettant à nu l’escroquerie de l’ancien capitaine. Quelques éléments divergent par rapport au film, notamment vers l’épilogue (Péricourt, la fin de vie de D’Aulnay-Pradelle, le sort de Merlin, etc.), mais à l’instar du film qu’il a généré, un roman fort, probablement nécessaire, qui remue autant les tripes que l’âme.

    09/04/2026 à 18:42 5

  • La Morsure du clown

    Chrysostome Gourio

    8/10 Alors qu’il avait six ans, Malone a été victime d’une agression très singulière : il a été mordu à la joue par Pierrot le Pitre, un des nombreux pantins représentant des clowns que collectionnait sa grand-mère. Sept ans plus tard, encore marqué par cette attaque, il voit encore d’un œil méfiant le cirque qui vient d’arriver près de chez lui. Il semblerait d’ailleurs que le sinistre auguste qui l’a blessé n’en ait pas fini avec lui.

    Chrysostome Gourio arrive dans la collection « Hanté » de Casterman avec ce livre particulièrement prenant. L’écriture est un pur régal, suscitant de beaux moments de tension comme des éclats de fièvre dignes de la littérature adressée à des adultes. L’auteur joue avec habileté sur les codes du genre, multipliant d’ailleurs des clins d’œil appuyés au célébrissime Ça de Stephen King comme autant de beaux hommages, et ce dès la dédicace initiale. Le suspense est entier, certains passages sont même excellents – comme la mort très particulière du monstre – et cet ouvrage concis a amplement de quoi enchanter – et faire frissonner – les jeunes comme les moins jeunes.

    Chrysostome Gourio signe un roman très réussi et angoissant, prenant habilement appui sur les stéréotypes du genre pour mieux les exploiter et emmener ses lecteurs vers de délicieux moments d’effroi. Coulrophobes, s’abstenir.

    08/04/2026 à 06:57 2

  • Crime à grande vitesse

    Johan Heliot

    8/10 Les jeunes Louise et Maël ont embarqué dans un TGV, direction Paris. Elle n’est intéressée que par la lecture, lui par ses playlists de musique rock. Pourtant, un événement va les sortir de leurs bulles respectives : un homme est retrouvé inanimé, un dépôt blanchâtre sur les lèvres. Il a probablement été empoisonné et il ne reste qu’une heure avant le terminus du train.

    Quiconque apprécie la littérature jeunesse connaît Johan Heliot, qui a d’ailleurs consacré bien des ouvrages aux adultes. Ici, le clin d’œil à Agatha Christie est explicite puisque Louise est justement en train de lire Le Crime de l’Orient-Express. L’ouvrage est concis (une centaine de pages assez aérées), le rythme tonique, les deux gamins sont fort sympathiques et les rebondissements sauront plaire. Entre déguisements, usurpation d’identité, un dossier accablant qu’il faut à tout prix – au choix – protéger ou détruire, et la présence d’un pickpocket, les adolescents auront fort à faire. Et puisqu’il était question de la notoriété de Johan Heliot, on ne peut que louer son sens de la narration et le tempo imprimé à cette histoire.

    Un très bon polar destiné à la jeunesse, à la fois classique et endiablé, et dont la résolution repose sur un sujet d’actualité brûlant.

    07/04/2026 à 06:27

  • Mauvaise fille

    Blake Pierce

    7/10 Rebecca Thornfield est découverte morte dans une galerie d’art de San Francisco, le corps recouvert d’une fine pellicule d’or. L’agent du FBI Miles Sterling enquête sur ce qu’il pense être une série d’assassinats liés au tableau périodique des éléments quand il est mis sur cette affaire aux côtés de l’agent Victoria Stone. Le duo va alors s’approcher d’une tueuse qui pourrait bien appartenir à une grande coalition de justiciers autoproclamés.
    Autant certains ouvrages de Rylie Dar / Blake Pierce / Ava Strong / Kate Bold sont décevants, autant celui-ci s’illustre par un souffle d’originalité qui m’a bien plu, même si on peut inévitablement penser au film « Goldfinger ». Le récit est concis, le rythme intéressant, les dialogues sont assez travaillés et l’intrigue sort du lot avec de belles références au passé aurifère de San Francisco. De même, l’appartenance de la criminelle à une brigade de tueurs est plaisante et l’ensemble s’avère dynamique et fort distrayant. Bref, c’est un net cran au-dessus des productions littéraires des auteurs susnommés.

    06/04/2026 à 19:30

  • Froide vendange

    Christophe Arleston, Serge Carrère

    7/10 Léo Loden et Tonton Loco viennent de piéger un faussaire revendant des contrefaçons de grands crus après une folle cavale. En vacances dans la région du Médoc, les nuages s’amoncèlent : des tensions familiales, une agression à coup de bouteille, le fils Peyras assassiné, un encagoulé qui attaque au volant d’un tracteur…
    Un seizième tome truculent, mélangeant les ingrédients attendus (les courses-poursuites avec plusieurs types de véhicules, l’humour, une intrigue tout à fait convenable). Le scénario est classique mais solide, et l’ensemble se lit avec beaucoup de plaisir. Une série vraiment attachante.

    04/04/2026 à 11:36 1

  • Sète à Huitres

    Serge Carrère, Loïc Nicoloff

    7/10 Etang de Thau : un ostréiculteur dénommé Etienne est découvert mort. En vacances dans les parages, nos héros vont être amenés à enquêter sur ce décès suspect.
    On retrouve les ingrédients traditionnels de cette série, de l’humour omniprésent aux courses-poursuites (bateau, moto, voiture, d’un balcon à un autre) au gré d’une intrigue sympathique qui tourne autour de l’ostréiculture, des empoisonnements aux OGM. Toujours aussi plaisant et distractif !

    04/04/2026 à 11:35 1

  • Le Refuge des affligés

    Céline Servat

    7/10 Tout commence par un mensonge : Manue accompagne son ami Marco dans ce qui doit être un lieu de thalassothérapie alors qu’elle l’amène là où un dénommé Vazken Barbarian dirige un centre de retraite spirituelle. Aux côtés de cinq autres participants, nos deux camarades vont percevoir des tensions avant la découverte d’un cadavre. Parallèlement, la gendarme Gabrielle Leseigneur enquête sur la mort d’un SDF dont l’assassin a tout fait pour dissimuler l’identité.

    Après La Vallée des égarés, Céline Servat nous revient avec ce roman où l’on retrouve nombre de protagonistes déjà connus, sans qu’il soit pour autant nécessaire d’avoir lu le précédent opus. Le livre est concis, dynamique, les chapitres sont très courts (quatre-vingts en tout), et l’ensemble se lit vraiment rapidement. L’intrigue est intéressante et, même si elle s’avère finalement assez classique, bénéficie des rebondissements certainement attendus par le lectorat. Il y sera notamment question du passé de ce territoire énigmatique, de l’ombre de celui que l’on surnommait « le Patriarche » et des pratiques qui allaient bien au-delà de l’admissible. Le style de l’écrivaine est agréable et on en vient presque à regretter qu’il n’y ait pas eu davantage de noirceur, d’éclats de fièvre ou de tension supplémentaire dans son écriture.

    Un ouvrage sympathique et rythmé, avec un cadre original.

    03/04/2026 à 06:43 1

  • Écoute mes mensonges

    Amy Tintera

    7/10 Lucy Chase n’a plus le moindre souvenir de cette nuit qui s'est déroulée cinq ans auparavant. On l’a retrouvée hagarde, les habits maculés de sang, avant que le corps de Savannah Harper, sa meilleure amie, ne soit découvert. Il a été impossible à l’époque d’inculper Lucy ou d’identifier l’auteur de cet homicide. Mais un nouveau personnage entre en scène : Ben Owens, auteur de podcasts consacrés à des crimes non élucidés. Il est possible que la vérité surgisse enfin à Plumpton, dans le Texas.

    Ce roman à suspense de Amy Tintera séduit dès les premiers chapitres : le style de l’autrice, vif et piquant, utilise subtilement un humour bienvenu. Les allers-retours entre présent et passé ainsi que les extraits des podcasts ajoutent du dynamisme à l’ensemble. Dans le même temps, les personnages sont bien ciselés, dotés d’une véritable profondeur psychologique, et Lucy constitue une protagoniste à la fois ambivalente et pour laquelle on nourrit de l’empathie. Elle ignore totalement ce qui s’est passé, en finit même par douter d’elle-même et de son innocence, se confronte aux points de vue de toutes celles et ceux qui l’ont côtoyée. On a ainsi affaire aux membres de sa famille, aux camarades de la victime comme aux siens, et ces divers angles vont finir par esquisser des faux-semblants, des mensonges et, bien plus tard, la résolution. Si le récit est crédible et prenant, on regrette néanmoins, contrairement à ce que proclame Freida McFadden sur le bandeau présent sur la version poche de cette œuvre, que la fin ne soit pas davantage surprenante : le lecteur aurait probablement apprécié un ultime rebondissement ou un épilogue plus singulier.

    Voilà un roman assez classique et efficace, qui s’illustre notamment par sa vraisemblance et l’intérêt que l’on portera à ses personnages.

    02/04/2026 à 06:55

  • Le Monde perdu sous la mer

    Arthur Conan Doyle

    7/10 … ou l’incroyable aventure de trois personnages, partis pour explorer les fonds marins, mais dont l’espèce de bathyscaphe va être attaqué par une créature hostile. Ils parviendront suite à leur naufrage sous-marin à une civilisation que l’on croyait disparue – ou inventée – : l’Atlantide.
    Si, bien évidemment, Arthur Conan Doyle est célébrissime pour ses intrigues mettant en scène Sherlock Holmes, il a également composé d’autres récits, dont ce « Monde perdu sous la mer ». Une histoire jalonnée de nombreux éléments et données scientifiques, sans compter les multiples références à des animaux abyssaux, fort prenante à mes yeux durant les deux premiers chapitres, même si j’imagine que cela ne résisterait guère à une approche physique (on est simplement dans de la fiction, mais de la fiction semble-t-il étayée). En revanche, la suite m’a un peu déçu : de gentils Atlantes, maîtrisant de nombreuses technologies (électricité et projections de pensées, café synthétique, etc.), apaisés et instruits, bref, des êtres exceptionnels et sans défaut, dont l’une des leurs, Mona, rendra Cyrus Headley follement amoureux, c’est du cliché pur jus. Je comprends le souhait d’ACD de vouloir divertir autant que prévenir ses lecteurs des ravages d’une possible nouvelle guerre mondiale (ouvrage paru en 1929, rappelons-le), mais l’angélisme déployé m’a paru trop appuyé, trop caricatural, même si les mœurs et les goûts de l’époque doivent être bien différents des nôtres. En résumé, un ouvrage plutôt agréable à lire, sans plus toutefois, et dont le message fait nécessairement écho à la monstruosité de la décennie précédente et prophétisant malheureusement en partie celle à venir.

    01/04/2026 à 20:06 1

  • La Passion du crime

    Paul C. Doherty

    9/10 En 1358, un groupe de soldats anglais regroupés sous la bannière dite de la Via Crucis a ravagé la Normandie, en pillant notamment Lisieux et Avranches. Dans le Londres de 1382, des individus sont exécutés de façon symbolique et sauvage. Frère Athelstan comprend que ces meurtres remplissent une double fonction : ils constituent une croisade vengeresse et plagient des étapes de la Passion du Christ.

    Ce roman issu de la série consacrée à John Cranston et Frère Athelstan est un pur régal. On y retrouve nos deux protagonistes, d’excellents amis et limiers, confrontés à une vague de crimes horribles. Paul C. Doherty maîtrise admirablement son sujet, les lieux et l’époque sont restitués avec maestria, et l’énigme est jubilatoire. On se passionne pour ce récit où se mêlent représailles, enjeux géopolitiques – la France et la Couronne d’Angleterre pouvant aboutir à la paix si les soudards qui avaient dévasté la Normandie deux décennies plus tôt sont remis aux émissaires britanniques –, quête d’un trésor en or, etc. L’auteur rend chacun de ses personnages vivants, d’une belle épaisseur humaine et psychologique, et même les secondaires – les Enfants de Babylone, le Pêcheur d’hommes, le Maître des ombres – sont remarquablement travaillés. La narration est solide, l’aspect policier habilement ouvragé, et aucun temps mort ne vient ternir cet ouvrage.

    Un livre singulier, où la grande Histoire sert de toile de fond à une intrigue de premier plan. Une réussite indéniable.

    01/04/2026 à 07:04 2

  • Je suis un monstre

    Christine Adamo

    8/10 Tom est un gamin de sept ans. Ses parents ont divorcé, il aime son papa, beaucoup moins sa maman, il adore son chien Bismuth, il a de l’imagination à revendre et un esprit en constante effervescence. Oui, mais voilà : les problèmes s’accumulent autour de lui, parfois avec des morts à la clef, et il n’est pas dit qu’il n’y soit pas pour quelque chose dans certains cas. Il semblerait même qu’il y ait un second Tom dans sa tête, une voix pas particulièrement bienveillante. Son entourage direct va en faire les frais.

    Christine Adamo surprend dès les premiers paragraphes en plaçant le lecteur directement dans la tête de cet enfant à la fois bavard et doué d’une belle inventivité. Ce point de vue, immersif et prenant, relevait de la gageure et l’autrice s’est montrée à la hauteur de l’enjeu au gré d’une langue très particulière, joliment heurtée et enjouée, qui concourt amplement à la crédibilité de son récit. Tom, en môme espiègle et ingénieux, compose un protagoniste mémorable, parfois témoin d’imprévus létaux – comme la mort tragique de sa sœur Sarah, mais son rôle ne restera pas indéfiniment passif puisqu’il va passer à l’action. Les coups du sort, les accidents, il va les provoquer. « Toute façon, tu tues personne. Tu bazardes seulement ceux qui gênent. C’est pas pareil ». Poison, chute : il va puiser dans les multiples possibilités qui lui sont offertes pour faire le ménage. Christine Adamo n’a pas créé un mioche psychopathe, incapable du moindre sentiment, glacé comme une chambre froide ou stéréotypé : c’est un garnement sacrément déluré, bousculé par les codes hermétiques des adultes et agissant sans malveillance particulière, et paradoxalement, c’est ce qui rend sa nature si originale et marquante.

    Même s’il y a parfois quelques passages inutiles, voilà un roman osé, réussi et perturbant, sans violences inutiles ni poncifs. On espère très sincèrement qu’il saura trouver son lectorat.

    30/03/2026 à 06:28 2

  • Absinthe : l'affaire Gouffé

    Yann Botrel

    8/10 13 août 1889 : on retrouve une tête humaine en forte décomposition dans un sac puis la malle qui a servi à transporter le corps. Cette affaire va déchaîner les passions et marquer l’esprit de ses contemporains. Et c’est dans un climat délétère que va se dénouer ce crime épouvantable.

    Cette affaire véridique est ici réexploitée par Yann Botrel qui, il le confesse au début comme à la fin de son ouvrage, a injecté dans son récit autant d’éléments authentiques que de passages fictifs. On est saisi par la solidité des recherches documentaires de l’auteur qui croque avec talent l’ambiance de l’époque, les soubresauts dans la société, les psychologies des divers protagonistes ainsi que les nombreux rebondissements de ce fait divers. Certains personnages sont vraiment marquants, comme les policiers Goron, Jaume et Soudais, tandis que le profil des coupables, après avoir longtemps été traqués, fait littéralement froid dans le dos autant qu’ils intriguent par leur apparente inoffensivité. On se rend compte près d’un siècle et demi plus tard qu’au-delà de l’apparente banalité du crime, ce fut toute la population qui fut secouée, des simples citoyens aux édiles politiques. Yann Botrel multiplie les points de vue, des enquêteurs aux avocats et magistrats – les plaidoiries, pourtant courtes, sont extraordinaires – en passant par les journalistes, avec cette histoire qui orienta les investigations de l’Angleterre aux Etats-Unis en passant par Cuba et l’Argentine.

    Un très bon livre, oscillant volontairement et avec intelligence entre la rigueur de l’ouvrage documentaire et la fièvre du roman à suspense. Une radioscopie très réussie de la société, avec également la naissance de la science médico-légale avec la présence remarquée du médecin Alexandre Lacassagne et d’Alphonse Bertillon, ainsi que d’Emile Zola qui nous narre certains pans de cette sordide affaire criminelle.

    27/03/2026 à 07:01 2

  • Time Bomb Teacher tome 1

    Yanagi Takakuchi

    7/10 « Je suis une femme ordinaire », avoue Azusa Tsukumo, professeure de chimie dans un lycée. Mais sa vie bascule quand sa sœur Ruka, avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle, disparaît, certainement enlevée par des yakuzas (ce qu’Azusa a entendu au téléphone au moment du kidnapping ne laisse guère de doutes à ce sujet). La bombe qu’elle a concoctée dans sa Thermos démontre sa maîtrise de la chimie, ce qui va faire que le mafieux Yoroizuka va lui proposer une alliance.
    Scénario pas conventionnel, graphisme intéressant, un bon rythme dans le récit mêlant chimie, baston (cf. la bagarre avec le colosse dans l’immeuble) ainsi que l’émotion, et un intéressant parallèle humain en fin d’ouvrage. Une chouette découverte.

    26/03/2026 à 19:24

  • L'Homme de Londres

    Georges Simenon

    8/10 Louis Maloin, paisible aiguilleur maritime à Dieppe, est le témoin d’une scène inattendue : il voit un inconnu en frapper un autre au visage avant que le corps de la victime puis une valise ne viennent tomber dans l’eau du port. Maloin parvient à récupérer le bagage qui contient une fortune, l’équivalent de 540000 francs. Dès lors, avec un assassin en liberté et ce magot qui peut lui faire perdre la tête, Maloin va-t-il parvenir à rester le même ?
    Un ouvrage typique de la bibliographie de l’immense Georges Simenon : une écriture élémentaire mais efficace, prenante et acide, une intrigue sombre qui met en lumière de petites gens, une mécanique simple et fort crédible, et une noirceur imparable. Louis Maloin, en aiguilleur maritime, retient l’attention : alcoolo, assez dur avec sa femme, étourdi par le montant du butin et capable d’achats frénétiques et inconsidérés pour les membres de sa famille afin de prouver qu’il n’est pas que cet homme dont les revenus suffisent à peine à faire vivre son foyer. Parallèlement, le jeu du chat et de la souris avec cet Anglais, Pitt Brown, monte-en-l’air assez commun voire minable, que la poisse poursuit et dont la fin de vie est à l’image de son existence, est bien trouvé et orchestré. Et c’est juste ce final, calamiteux, presque grotesque et absurde, qui vient souligner l’incongruité de la vie de ces deux protagonistes. Georges Simenon excelle dans la description des gens ordinaires, parfois piteux, à qui le destin réserve un sort encore moins enviable que le reste de leur inutile tour de manège sur Terre. Un très bon roman noir – un de plus ! – qui a en outre l’avantage d’être beaucoup moins célèbre que d’autres écrits par l’intemporel auteur belge, ce qui accroît l’effet de surprise à sa lecture autant que l’appétit pour ce mets méconnu.

    25/03/2026 à 19:42 1

  • Duel sur Mig Alley

    Jean-Michel Arroyo, Frédéric Zumbiehl

    6/10 Un deuxième tome qui commence avec de beaux duels aériens, et même en parachute, l’un de nos héros se fait pourchasser par un avion ennemi. L’esthétique fait aussi datée que le propos, mais à défaut d’être très original, les péripéties sont nombreuses, le rythme est soutenu, et malgré de nombreuses invraisemblances (l’atterrissage du vieux coucou sur le train en mouvement), l’ensemble est bien distractif.

    21/03/2026 à 19:00 1

  • Une putain d'histoire

    Bernard Minier

    6/10 Un peu déçu par ce qui est arrivé à Henry Dean Walker, seize ans, dont on a retrouvé la petite copine, Naomi, sur une plage de l’île isolée de Glass Island après avoir été « traînée dans un chalut ». Autant j’apprécie l’œuvre et le style de Bernard Minier – dont je consomme un ouvrage chaque année –, autant je trouve qu’ici, l’ensemble m’a paru un bon cran au-dessous de ses autres livres. Un récit qui commence plutôt bien mais pas mal de facilités, des exercices avec la syntaxe et l’écriture qui m’ont semblé artificiels, des éléments épars déjà lus bien des fois ailleurs et qui, une fois assemblés, ont formé à mes yeux un puzzle trop confus, inutilement épais et beaucoup trop invraisemblable. Entre les mamans d’Henry, le chantage à l’échelle de l’île, ce Grant Augustine dont l’ombre inquiétante met trop de temps à se concrétiser, Oates et consorts qui ne m’ont vraiment pas fait trembler, et tout le reste, non, trop d’ingrédients en viennent à tuer le goût du plat. D’accord, le final est vraiment intéressant, mais tant de pages (près de 600 dans mon édition poche) pour en arriver à ça, j’ai trouvé le chemin bien trop longuet pour un terminus bien en deçà de mes attentes.

    19/03/2026 à 19:03 2

  • House of Windows

    John Langan

    9/10 Roger Croydon a disparu. Bien après cet événement inexpliqué, tout le monde se demande encore ce qui s’est passé. Une seule personne sait réellement ce qui lui est arrivé : Veronica. Et elle est enfin décidée à raconter la vérité. Le narrateur va recevoir ses aveux, et ça passera nécessairement par l’existence de Belvedere House, la si mystérieuse maison occupée par le couple.

    John Langan nous avait déjà ensorcelés avec son remarquable The Fisherman, et J’ai lu a eu l’excellente idée de proposer cet ouvrage, écrit sept ans plus tôt. Celles et ceux qui ont apprécié le style et l’univers si particuliers de l’auteur seront ici en terrain connu. L’écrivain maîtrise son récit, dense, intense, languissant, prenant le temps de bâtir l’atmosphère lourde et angoissante, de tisser des textures subtiles et poisseuses. On découvre le portrait de Roger Croydon, brillant universitaire, passionné par l’œuvre de Charles Dickens, et qui s’est violemment brouillé avec son fils, Ted, qui mourra à Kaboul au cours d’une mission militaire. John Langan construit son histoire brique après brique, sans précipitation ni effets faciles, et l’ensemble profite en retour d’une belle crédibilité. Et il en fallait, de la vraisemblance, pour graduellement faire basculer son lectorat dans ce narratif si singulier, où Belvedere House va devenir un personnage à part entière. Mieux – ou pire, selon les points de vue : elle se commue en une entité complexe, cryptique, occulte, qui s’élève bien au-delà des poncifs du genre. Probablement féru des ouvrages de Stephen King, Howard Phillips Lovecraft et Edgar Allan Poe, l’auteur nous régale avec ces hallucinations, ces phénomènes de hantise et de possession, ces expériences de « Bizarrerie Mutuelle », qui trouveront leur conclusion au cours d’une marche désespérée vers un fleuve. L’onirisme et le cauchemardesque s’entremêlent avec brio, et l’épilogue (intitulé « Trois fins ») achève de démontrer la belle ingéniosité de l’écrivain.

    John Langan est décidément un brillant architecte littéraire qui continue de nous envoûter avec ses livres. Un récit brillant, qui refuse tout tempo cadencé et préfère la lente constriction à la rupture précipitée des cervicales de ses proies.

    16/03/2026 à 07:07 2