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La véritable histoire d'Emmett Dalton 1/2
Emmanuel Bazin, Antoine Ozanam
8/10 Tulsa, 1908 : Emmett Dalton est abordé par le représentant d’une société de production cinématographique pour qu’il contribue à un long-métrage sur l’existence de lui et de ses frères. Après le refus, Emmett se souvient de la réalité des faits, et ça commence le 27 novembre 1887.
Une idée pertinente de revisiter la réalité des faits, bien au-delà des lieux communs et autres fictions notamment véhiculés par la BD populaire. Au gré d’une esthétique épurée, on apprend qu’ils ont été marshals avant de devenir hors-la-loi, et ça a plus ou moins commencé dans un saloon. Une bande dessinée intelligente, presque apaisée, sans violence inutile ni pétarade superflue.aujourd'hui à 07:42 1
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Ces mensonges qui nous lient
7/10 A neuf ans, Jack a vu son père quitter le domicile familial parce qu’il avait trempé dans de sales affaires et qu’il allait intégrer le programme de protection des témoins. Un quart de siècle plus tard, Jack Givins vivote : ses romans ne se vendent pas et il vient d’échouer à être recruté par un journal. Une marshal lui fait alors une offre atypique et rémunératrice : écrire les biographies – fictives, donc – d’individus vivant désormais sous une fausse identité. Sa route et celle de son père pourraient à nouveau se croiser.
Linwood Barclay est un auteur que l’on ne présente plus, tant en raison de sa riche bibliographie que de la qualité de ses œuvres. Une fois de plus, il s’illustre ici par une histoire originale et un pitch qui allèche. Son ouvrage, presque choral, est une réussite du point de vue de la structure et de la mécanique : les engrenages sont remarquablement huilés, intelligemment enchevêtrés, et tous les personnages sont d’une belle texture humaine. Les chapitres sont courts et alertes, les pages défilent à toute allure, et on aboutit presque rapidement à un épilogue où l’émotion est palpable et manifeste. Cependant, malgré ses indéniables qualités, cet opus pêche par un léger manque de crédibilité durant son dernier quart, avec des ficelles un peu épaisses qui étaient en outre visibles longtemps auparavant.
Même s’il n’est pas exempt de menus défauts, ce thriller confirme, s’il en était encore besoin, tout le bien que l’on pense de Linwood Barclay, avec sa patte si particulière, son goût pour les histoires singulières et cette narration qu’il maîtrise avec un immense talent.avant hier à 06:27 2
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Cauchemar
8/10 Si le policier Noah Harper est en train de massacrer Conrad Haggerty de ses poings sous les yeux de son collègue et ami Drew, c’est pour lui faire avouer où est séquestré la jeune Alyssa Stone. Et Conrad crache le morceau et la gamine est récupérée. Douze ans plus tard, Noah tient un bar quand il est contacté par son ex-femme : l’oncle d’Alyssa, le père Frank, est inquiet depuis qu’elle a de nouveau disparu. Est-ce que le cauchemar est en train de se répéter à Acacia Pines ? Noah n’a plus le choix : il doit revenir sur place pour tirer ça au clair, quitte à mettre à jour une terrible entreprise.
Je ne découvre que maintenant la plume et l’univers de Paul Cleave, et j’ai adoré. Un roman très prenant dès les premières pages, avec un rythme fou et une magnifique maîtrise. J’ai beaucoup aimé le style du romancier qui m’a fait penser à celui de Lee Child – peut-être pour la narration à la première personne, les descriptions des scènes d’action, l’humour à froid du protagoniste, même si ce dernier, jusqu’au moment des faits, n’a encore jamais tué personne. L’histoire est également bien charpentée et la tension habilement entretenue. Graduellement, au fil de l’intrigue, comme on pèle un oignon, les couches du passé apparaissent et l’ampleur du projet se dévoile. Alors certes, il y a des passages un peu exagérés, notamment concernant la quasi-invincibilité de Noah – notamment lors de la baston près du lac ou dans le presque final aux abords de l’entrepôt, et le cœur de l’intrigue a déjà été en soi traité des centaines de fois au cinéma ou dans la littérature, mais j’ai amplement eu ma dose de sensations fortes, et toujours avec ce supplément d’âme, d’intelligence et de malice de la part de l’auteur. Ah, et comment ne pas évoquer la dernière page qui vient soudainement relever la saveur de ce livre et achever l’histoire avec un élément sinistre et inattendu ? La cerise (noire) déposée sur un très bon thriller.11/05/2026 à 19:25 1
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Disparition à Central Park
8/10 Bérénice, onze ans, et son frère cadet Edmond sont actuellement en vacances chez leur oncle Guillaume. Celui-ci travaille à Central Park et quand il emmène les deux Français sur place, c’est une véritable énigme qui les y attend : tous les animaux ont disparu autour de l’étang des tortues.
Les lecteurs connaissent fort bien Victor Guilbert, puisqu’on lui doit la série consacrée à Hugo Boloren. Il s’essaie donc ici à la littérature jeunesse et le moins que l’on puisse dire, c’est que c'est concluant. Le roman est concis, sans temps mort et très cadencé, le style impeccable, et les personnages sauront plaire : Bérénice est une enquêtrice très douée tandis que son frère s’est spécialisé dans l’invention d’objets. L’histoire est intelligemment construite et le dénouement vraiment original.
Victor Guilbert était connu dans le domaine de la littérature policière pour les adultes, et voilà qu’il signe un roman très réussi destiné à la jeunesse. Après Sur les traces du fantôme, l’épilogue annonce un troisième tome se déroulant dans la statue de la Liberté : on a déjà hâte d’y être.11/05/2026 à 06:29 1
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Le Sang de Némée
7/10 Hercule n’est pas ici ce célèbre héros ni le lion de Némée son équivalent mythologie : le premier est une sorte de mercenaire et le second un monstre mécanique. Alcoolique, colérique, sujet à la volonté de se suicider, on envoie Hercule sur la planète Argolide où il devra accomplir la première des douze missions qui lui sont imposées, après quoi il pourra retrouver son libre-arbitre. Il va sur place unir ses forces à Molorchos dont les siens ont été massacrés par la créature.
Un récit de SF sacrément léché du point de vue esthétique et qui offre une sympathique relecture du mythe d’Hercule. L’action ne manque pas même si ce premier tome plante le personnage principal et s’arrête alors qu’une confrontation est sur le point de se produire. Je suis curieux de voir comment ce triptyque va évoluer. Pour le moment, ça n’est pas renversant d’originalité mais c’est agréable à lire et divertissant.08/05/2026 à 07:51
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Santa Maladria
Jean-David Morvan, Ignacio Noé
9/10 Des conquistadors investissent un village, un homme au visage mutilé à leur tête, avant de faire un carnage puis de brûler les corps dans la tranchée où ils se trouvent. Une maladie rôde également, et ces deux événements sont probablement liés.
Un début silencieux qui rend d’autant plus monstrueux le massacre pratiqué, et une suite qui explique graduellement les raisons de la férocité du personnage central. Le passé du conquistador est marquant, le graphisme particulièrement réussi, et Jean-David Morvan, le scénariste, a eu l’intelligence de construire un récit haletant et nous évitant les habituels clichés du genre. C’est remarquable de sauvagerie.08/05/2026 à 07:50
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Hurlements
9/10 Juin 1846. Quatre-vingts personnes décident de se rendre en Californie. Pour la plupart, c’est l’appât de la réussite et de la richesse à venir qui guide ce vaste convoi. Pourtant, rien ne va se dérouler comme prévu. C’est d’abord un gamin qui disparaît avant d’être retrouvé mort dans d’atroces circonstances. Par la suite, les drames inquiétants se multiplient : des voix, des silhouettes dans la nuit, d’autres carnages. Il se pourrait bien que les caravaniers soient devenus la proie de quelque chose qui est affamé.
Ce thriller d’Alma Katsu s’inspire de faits divers – l’expédition Donner – qui fut une véritable tragédie. L’autrice a procédé à une relecture des événements et, même si elle convient elle-même avoir pris de belles libertés avec la vérité, son récit n’en demeure pas moins prenant et haletant. Les personnages sont particulièrement bien caractérisés et ciselés – les flashbacks permettent notamment de comprendre les motivations de quelques-uns d’entre eux pour avoir voulu entreprendre un tel périple – et même s’ils sont nombreux, leur profil psychologique est solide et marquant. Les événements alarmants se succèdent, l’atmosphère s’alourdit, la tension croît et la cohésion du groupe se délite, laissant place à des comportements lâches, égoïstes ou barbares. Des tempêtes de sable aux incendies en passant par la lutte contre le froid, la faim, la soif et la désespérance apparaissent, et cette menace aux allures occultes – le na’it – ne sera pas le plus anodin des dangers. Le récit est bluffant de crédibilité, alerte et angoissant, et laissera dans l’esprit des lecteurs le souvenir fiévreux de nombreuses scènes marquantes, comme ce sacrifice d’une mère prête à abandonner sa propre chair pour que ses enfants survivent.
Un ouvrage fort et puissant, sans temps mort ni effet facile.07/05/2026 à 06:54 4
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Immersion
5/10 1999 à Pec (Kosovo) : Ana est enlevée par des hommes armés. Décembre 2007, à Pigalle : Zoran continue de chercher la jeune femme, et une inconnue abat un homme. Cannes-Ecluse, janvier 2003 : on propose à la jeune policière Claire Guillot d’infiltrer un réseau de prostitution.
Une histoire assez classique, un graphisme qui ne m’a pas spécialement séduit, des couleurs vraiment gueulardes, un récit un tantinet bavard : pas particulièrement convaincu par ce premier tome.05/05/2026 à 20:03 1
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La promesse, New York
7/10 Alors qu’il vient d’achever un discours dans le cadre de la campagne électorale pour devenir Président, Robert Sherman se fait tirer dessus sous les yeux de son père, Jay, et le flingueur est abattu. Alors qu’il attend des nouvelles de l’hôpital, un anonyme annonce à Jay qu’il va perdre sa fortune ainsi que ses enfants. Il s’interroge alors et revient sur son propre passé, notamment lié au policier Mike Mc Everett et à la façon dont il a failli basculer dans la grande criminalité.
Une esthétique réussie pour un scénario qui l’est tout autant, faisant remonter le passé du protagoniste jusqu’à cette banque dans laquelle il a autrefois travaillé. Un mélange de roman noir et de saga familiale pour ce premier tome efficace et prenant.05/05/2026 à 20:02 1
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Le Visiteur inattendu
7/10 Ma première pièce de théâtre écrite par l’immense Agatha Christie, et j’ai bien aimé cette lecture. Ou comment Laura Warwick est découverte une arme à la main par pur hasard par Michael Stocker près de son mari décédé d’une balle dans la tête. Décidé à l’aider, Stocker ne sait pas encore que les circonstances sont peut-être plus équivoques que de prime abord. Un suspense correct en huis clos avec quelques personnages intéressants (le défunt, devenu handicapé physique suite à l’attaque d’un lion, aigri et haineux, avec une forte propension à tirer sur les animaux du voisinage, ou encore son demi-frère Jean, gentiment demeuré). L’histoire est certes classique et le final, devinable, s’effectue en deux temps, avec donc des rebondissements agréables même s’ils ne sont pas révolutionnaires ou inouïs. Bref, un très sympathique divertissement qui n’a cependant pas l’éclat des œuvres majeures de la reine du crime.
02/05/2026 à 19:25
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Le Voisin invisible
3/10 Eliza Bennett a tout pour être heureuse : un mari aimant et riche, une belle maison, une entreprise de fleuristerie qui s’annonce prometteuse… Pourtant, certains signes négatifs apparaissent : une inconnue qui apparaît, une dénommée Rachel Wells qui tourne autour de son homme, des retraits réguliers d’argent sur le compte joint du couple… Les apparences seraient-elles trompeuses ?
Ce roman de Kate Bold qui inaugure une série ne m’a vraiment pas plu. L’écriture à la première personne se veut immersive mais notre protagoniste se force parfois à faire des phrases un peu ampoulées sans que ça ne soit élégant ni ne serve le récit. Il y a de nombreuses coquilles – des passages pas traduits, d’autres sans ponctuation, des tirets cadratins qui se font la malle – et le fond n’est guère plus appétissant : l’intervention du détective privé est sans grand intérêt, les rebondissements sont assez plats, et vu le nombre si limité de personnages, l’identité des criminels ne stupéfie pas et la nature du secret est à la fois banale et si mal amenée que ce ressort m’a fait soupirer. Bref, une belle déception.29/04/2026 à 19:40 1
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Orlandu
Luc Jacamon, Benjamin Legrand, Tim Willocks
6/10 Une scène de bataille d’entrée de jeu, et certains passages sont vraiment saturés de fureur, mais comme Polarbear et gamille67, j’ai eu du mal – comme avec le précédent tome – avec l’histoire, peut-être parce que quelques tomes en plus auraient mérité leur place, ou tout bonnement parce que le roman originel – que je n’ai jamais lu – n’était guère transposable. Je regrette également la fin, trop flottante pour moi – mais encore une fois, peut-être que l’ouvrage qui est ici adapté était plus clair à ce sujet.
24/04/2026 à 07:46 2
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La 2ème Lune
6/10 Un univers postapocalyptique (la préface explique tout mais que tout ça est inutilement complexe pour pas grand-chose…), où les animaux qui apparaissent sont en réalité des véhicules motorisés. Un mélange assez prenant de SF, de fantastique et de steampunk, assez pauvre en dialogues et à l’esthétique charmante. Malheureusement, je n’ai pas vraiment réussi à me laisser transporter dans ce monde trop artificiel à mon goût, et surtout où le scénariste ne m’a jamais vraiment fait pénétrer dans son univers.
22/04/2026 à 07:28
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Torrents
8/10 1984 : des morceaux de corps de femmes, dispersés au gré de la Vissalès, une rivière. Le chirurgien Pierre Neyrat devient rapidement le suspect numéro un, d’autant que pèsent également sur lui le soupçon de l’inceste et la mort atroce de sa première épouse. François Neyrat, auteur naissant de BD et fils du suspect, est d’autant plus touché que sa première compagne, Emilie Goulard, a été tuée en août 1979. Il faudra remonter le cours de l’histoire de la famille Neyrat, quitte à faire un détour par les atrocités de l’Occupation et de la Résistance.
Je découvre ici la plume et la bibliographie de Christian Carayon, et j’ai rapidement été happé par l’histoire. Un récit très bien écrit, chargé de sens et de références au cycle de l’eau, assurément sombre, et, au gré des quatre parties où les voix se juxtaposent plus qu’elles ne s’imbriquent vraiment selon moi, la réalité va lentement apparaître, des abominations commises par les extrémistes et pseudo résistants aux collabos en passant par les détraqués du sexe. J’ai beaucoup apprécié les passages liés à la dénonciation des atrocités commises par les moralistes de la vingt-cinquième heure et autres revanchards de la toute fin de la Seconde Guerre mondiale comme les saloperies perpétrées par le collabo Rivière (prenant un plaisir plus que malsain à balancer des prisonniers juifs du haut d’un pont et faisant sauter leurs corps avec des explosifs avant qu’ils ne touchent l’eau). En revanche, je suis un peu plus sceptique quant à l’ultime quart du récit qui, même s’il multiplie les révélations, oublie en partie le passé qui ne nourrit que lointainement la partie consacrée aux cadavres déversés par la rivière. Néanmoins, l’ensemble demeure très solide, fort lorsqu’il s’attache à porter un éclairage si ambivalent sur les relations entre les membres de la famille Neyrat, et saturé de symboliques liées à l’élément liquide.20/04/2026 à 07:53 2
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Les Moissonneurs de la mer
6/10 Audierne, 1894 : une évocation de la vie des gardiens de phare autant que des goémoniers, au gré de dessins agréablement surannés même s’ils sont souvent assez figés. La mort du dénommé Calec ajoute même une légère dose de polar, mais c’est surtout une belle évocation de l’époque autant que de ses mœurs, avec une touche bienvenue de nostalgie. Rien d’extraordinaire, une lecture néanmoins agréable.
18/04/2026 à 07:39
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Tokyo Summer Of The Dead tome 2
4/10 Une entame assez plan-plan, où les jeunes femmes empêchent les mains de zombies de franchir le bouclier de fortune constitué par la porte. Le reste de ce deuxième tome s’avère tout aussi classique voire attendu, avec des clichés à la pelle et surtout un total manque de tension, de frissons et autres caractéristiques de la littérature de ce genre. Mis à part l’épisode des créatures en feu, je ne retiendrai absolument rien de ce manga sans saveur ni originalité, et je vais m’arrêter là pour de bon avec cette série.
16/04/2026 à 07:57
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La 1re femme : Homicide
7/10 « J’ai attrapé douze lapins que j’ai faits miens. […] Il y a douze crimes à résoudre. Vous trouverez le premier ici même. » : voilà ce qui est écrit sur la carte postale que reçoit l’agente du FBI Maya Gray, et la signature en bas de la missive lui indique que sa sœur Megan fait partie des otages. Direction Cleveland où elle va devoir coopérer avec l’inspecteur Marco Spinelli à la recherche de celui ou celle qui a étranglé Anne Postmartin, une danseuse.
Un pitch intéressant et original pour ce roman de Molly Black qui inaugure la série consacrée à Maya Gray. Un roman assez balisé par la suite, où l’on retrouve les codes des auteurs que sont Blake Pierce, Ava Strong, Molly Black et autres. L’enquête est bien calibrée, le texte dynamique et un peu plus long qu’à l’accoutumée, et on peut se réjouir de dialogues bien ciselés et de quelques touches d’un humour bienvenu. L’histoire tient la route et, même si l’ombre d’un hypothétique « tueur de la pleine lune » plane sur cette affaire, on aboutit assez vite à une investigation menée au sein d’une petite troupe de danse, avec jalousies, actes blâmables, volontés de réussite, etc. Maya Gray est une protagoniste agréable à connaître et à suivre, mais on retiendra surtout l’idée de ces femmes captives que le geôlier ne libèrera qu’en cas de réussite de chacune des enquêtes sur ces cold cases. Pour résumer, un bon postulat et une suite certes convenue mais prenante et efficace si l’on accepte de faire fi des stéréotypes et de se couler dans un récit parfois trop jalonné pour véritablement surprendre ou totalement séduire.14/04/2026 à 07:51
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Une Famille d'enfer
9/10 Flashback en 1974, année au cours de laquelle son père a été assassiné avant le retour au présent. Un ton toujours aussi abrupt et décalé, et un graphisme si particulier qu’il en devient presque aussitôt une signature (hé, vous avez remarqué les clins d’œil à des œuvres de Roy Lichtenstein, avec les visages de profil dans la voiture ?). C’est à la fois fantasque et distrayant, loufoque et tragiquement sérieux, et esthétiquement très surprenant (m’selle Marie ou le cercueil au fond de l’eau valent rien qu’à eux leur pesant de cacahuètes). Et que dire du final, sacrément accrocheur !
13/04/2026 à 07:26 2
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Esteban
Yomgui Dumont, Franck Thilliez
7/10 Esteban se retrouve plongé en pleine cauchemar, se voyant retourner dans sa famille comme si de rien n’était. Et voilà Esteban confronté à un cirque bien étrange mené par le mystérieux monsieur Mysticus avant une apparition à bord du… Titanic ! Un opus toujours aussi dynamique – au moins autant que les deux précédents – avec un graphisme au top et une belle nervosité tant dans le récit que dans l’esthétique. En revanche, je trouve l’ensemble un peu moins réussi que les précédents, notamment, comme le souligne jackbauer avec pertinence, parce qu’il y a presque autant de questions que de réelles réponses, et surtout à mes yeux parce qu’il n’y a pas de réelle explication quant à la symbolique du monde cauchemardesque (le cirque et le Titanic), contrairement à ce que l’on trouvait dans les tomes précédents. C’est un détail mais je trouve ça vraiment dommage.
12/04/2026 à 07:55 2
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Au revoir là-haut
9/10 … ou la terrible descente aux enfers des deux soldats Albert Maillard et Edouard Péricourt, en novembre 1918 (donc juste avant l’armistice), qui sortiront meurtris de ce conflit, en partie à cause de la guerre elle-même, mais aussi en raison du comportement assassin et belliciste de leur capitaine Henri D’Aulnay-Pradelle. Revenu à la vie civile avec le visage ravagé, Edouard se fait passer pour mort grâce à un tour de passe-passe administratif de son camarade mais ni l’un ni l’autre ne parviennent à se réinsérer dans la vie civile ni ne digèrent la manière dédaigneuse dont sont traités les vétérans. Dessinateur de talent, Péricourt va mettre au point une arnaque de grande ampleur, aidé par son ami et complice, dont ils ne sortiront néanmoins pas indemnes. Je ne découvre que maintenant ce Prix Goncourt de 2013, ayant déjà préalablement visionné son adaptation cinématographique (au passage, très fidèle). Je dois bien reconnaître que j’y suis allé un peu à reculons : je ne m’imaginais que moyennement découvrir un ouvrage capable de « dépoussiérer » le thème de la Première Guerre mondiale tant il y a eu de magnifiques et poignants écrits à ce sujet auparavant, et je craignais autant un ouvrage irrévérencieux et donc déplacé. Le film m’avait beaucoup plu, le livre a donc été un pur régal à mes yeux. Une plume remarquable, des trouvailles nombreuses, depuis la scène de survie avec la tête de cheval sous terre aux masques de Péricourt en passant par cette escroquerie aux monuments aux morts qui vient cruellement faire écho à celle de ce pourri de D’Aulnay-Pradelle avec ses tombeaux mal référencés et aux tailles volontairement réduites. Pierre Lemaitre met ici l’accent sur la cupidité humaine dans ce qu’elle a de plus ignoble, notamment en raison des circonstances historiques et sociales désagrégées, mettant en lumière ce qu’il y a de plus vil. C’est également une peinture au vitriol de l’accueil réservé aux anciens, maltraités psychologiquement et physiquement par cette boucherie, et dont certains vont naturellement se tourner vers le crime pour survivre voire prendre leur revanche sur celles et ceux qui les ont oubliés. Je retiendrai donc en priorité cet acide qui baigne les mots et maux de l’écrivain comme un puissant liquide amniotique, une relecture certes impertinente mais ô combien frappante d’originalité, et aussi de beaux passages poignants, des premières pages décrivant une scène de guerre à certaines personnalités parfois secondaires du livre comme Merlin, ce comptable des trépassés, rabaissé dans sa fonction mais pour autant incapable de tricher, mettant à nu l’escroquerie de l’ancien capitaine. Quelques éléments divergent par rapport au film, notamment vers l’épilogue (Péricourt, la fin de vie de D’Aulnay-Pradelle, le sort de Merlin, etc.), mais à l’instar du film qu’il a généré, un roman fort, probablement nécessaire, qui remue autant les tripes que l’âme.
09/04/2026 à 18:42 5
