El Marco Modérateur

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  • Passager 23

    Sebastian Fitzek

    8/10 Le policier Martin Schwartz reçoit un coup de fil d’une personne âgée. Cette dernière l’invite en toute urgence à le rejoindre sur le Sultan des mers, un immense paquebot. Le nom résonne douloureusement aux oreilles de Martin : c’est sur ce bateau que son fils et sa femme ont disparu au cours d’une croisière cinq ans plus tôt. Et les révélations ne font alors que commencer.

    Avec des thrillers comme Thérapie, Ne les crois pas, Le Briseur d’âmes ou Le Somnambule pour ne citer qu’eux, Sebastian Fitzek s’est imposé comme un auteur majeur de la littérature policière. Dans cet opus, difficile de ne pas confesser que l’on est ballotté du début à la fin. Les premiers chapitres donnent le ton : un mystérieux chirurgien qui ampute la jambe d’un patient, Martin qui doit infiltrer une soirée où des séropositifs violent des gamins et pour laquelle il pousse le vice, afin de ressembler au psychopathe qu’il remplace, jusqu’à s’injecter des anticorps du VIH et s’arracher une incisive avec des tenailles, et le début du récit de la claustration d’une dénommée Naomi. La suite est à l’avenant de ce début tonitruant : des personnages interlopes qui cachent nombre d’ambiguïtés sous le masque de la normalité, des rebondissements incessants, des scènes sans cesse inattendues, et un rythme qui ne faiblit jamais. Les amateurs d’émotions fortes et de cadence soutenue seront aux anges. Dans le même temps, et comme évoqué précédemment, il faut avertir que ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains : il y a certains passages, souvent plus suggérés ou vus a posteriori qui savent se montrer très dérangeants et qui concernent la pédophilie et l’inceste. Bref, un roman sacrément relevé, épicé à outrance, et dont on ne ressort guère indemne. Et c’est justement là son principal défaut : certains lecteurs pourront reprocher à Sebastian Fitzek d’en faire trop. Trop de personnages torturés ou ambivalents, trop de moments où des surprises sont ménagées, trop de surenchères dans la violence psychologique. A la manière d’un cuisinier, dont le zèle le pousse à vouloir à tout crin éblouir ses clients avec un excès d’ingrédients, d’aromates ou de strates de saveurs, alors qu’une plus grande économie aurait pu être la bienvenue.

    Voilà bien un livre consistant, trépidant et marquant, qui ne peut en aucun cas laisser indifférent. Certains lecteurs le trouveront trop surchargé, tandis que ceux qui apprécient les thrillers machiavéliques seront plus qu’aux anges.

    13/10/2019 à 07:17 5

  • Chasseur de voleurs

    Agnès Laroche

    8/10 Sam, en fauteuil roulant, doit s’occuper de Maurice, le bouledogue de sa tante, pendant une quinzaine de jours. En compagnie de Nina et d’Agathe, à la fois sœurs et ses meilleures amies, ils décident d’aller au parc lorsqu’ils surprennent l’étrange manège d’un ado qui dissimule des affaires derrière un bosquet. Un voleur, et pris sur le fait ! Et si la réalité était un peu plus compliquée que ça ?

    Ce troisième opus de la série des apprentis détectives reprend, pour notre plus grand plaisir, les ingrédients qui ont fait le succès des précédents opus, à savoir Juju a disparu et Enquête et pickpocket. On retrouve la plume si enjouée d’Agnès Laroche, avec ses protagonistes fétiches, cette fois-ci aux prises avec un pickpocket. Le récit est court (environ quatre-vingts pages, joliment illustrées par Clotka) et ne ménage aucun temps mort. Nos héros, d’abord enthousiastes à l’idée d’avoir à leurs côtés un possible chien détective (sauf Nina, la sœur aînée, qui le trouve moche et lui reproche cette bave qui sort en permanence de sa gueule), vont être confrontés à ce mystérieux vol d’affaires, puis au contenu pour le moins alarmant du sac, avant de voir, progressivement, le brouillard se dissiper. Un ton alerte, très plaisant, sans la moindre fausse note ni violence, qui fait que les pages défilent à toute allure jusqu’à l’épilogue, nécessairement heureux et moral, sans être pour autant niais et moralisateur.

    Encore une réussite de la part d’Agnès Laroche, à qui l’on doit également d’autres ouvrages plus que recommandables pour la jeunesse, comme Le Fantôme de Sarah Fisher, Tu vas payer ou Cœurs en fuite.

    13/10/2019 à 07:14 1

  • La Porte d'ivoire

    Serge Brussolo

    8/10 Le vieux milliardaire Edmund Hofcraft s’est écrasé avec son avion au-dessus de la jungle congolaise. Sa fille et son bras droit organisent une opération d’exfiltration qu’ils confient à trois aventuriers : Tracy, ancienne infirmière militaire habituée aux conflits, Russel, fin tireur spécialisé dans les safaris, et Diolo, Africain et expert en pistage. Un aller-simple vers la folie.

    Inutile de présenter Serge Brussolo : une bibliographie imposante, une inventivité hors pair, et un sens expérimenté et inoxydable de la narration dans tous les types de littératures. Ici, il fait s’enfoncer ses protagonistes – et ses lecteurs – dans la géhenne végétale de l’Afrique. On retrouve avec plaisir sa plume enfiévrée et son goût pour les histoires démentielles, où chaque chapitre foisonne de rebondissements, d’anecdotes, de personnages sulfureux. Une incursion endiablée dans les terres originelles de l’humanité, saturées de fantômes affolants et de légendes. Y rôdent encore les spectres des dirigeants comme Mobutu Sese Soko ou Joseph Kabila, avec la violence et la corruption comme manières de diriger un pays. C’est aussi un « territoire de fièvres » comme l’indique l’auteur, avec ses coutumes, ses mythes, et sa sorcellerie. Edmund Hofcraft s’en est allé sur place à la recherche d’une rumeur persistante, comme quoi des soldats allemands, avec Adolf Hitler à leur tête, aurait quitté Berlin dans les ultimes jours de la Seconde Guerre mondiale pour y bâtir un bunker géant, à la recherche de diamants pour préparer la revanche de son idéologie. Canular ou réalité ? Entre les mains de bien d’autres écrivains, un tel postulat, complotiste à souhait, aurait tourné au grandguignolesque ; dans celles de Serge Brussolo, le ridicule devient or, ou plutôt diamant, pour coller à la contrée parcourue. Un îlot de nazis reclus sur eux-mêmes depuis plusieurs décennies, des singes combattifs et organisés en meute anthropophage, un volcan aux éruptions destructrices, des tribus sauvages qui ne cesseront de harceler l’embarcation des intrus : un véritable malström d’idées, certaines très originales, d’autres plus convenues, mais dont le dénominateur commun de toutes est d’emporter le lecteur vers des rivages noirs et incertains. Un festin de scènes marquantes, depuis la rencontre éphémère avec cet acteur sur le déclin qui souhaite s’exercer à la chasse aux prédateurs terrestres, jusqu’à ce final à plusieurs tiroirs, avec notamment la surprenante présentation d’une tête réduite.

    Un Serge Brussolo en pleine forme, fourmillant d’idées et de chimères, où, à défaut de constituer son meilleur ouvrage, assure, s’il en était encore besoin, qu’il était, est et restera l’un des meilleurs auteurs français. Tout simplement.

    13/10/2019 à 06:19 2

  • L'étonnante disparition de mon cousin Salim

    Siobhan Dowd

    9/10 … ou comment le cousin de Ted, Salim, disparaît alors qu’il était dans la grande roue de Londres, la « London Eye », puisqu’il était allé se placer dans l’une des nacelles mais n’en est pas descendu. Dit comme ça, cela ressemble à un crime en chambre close, et c’est un peu le cas, mais ce qui a principalement retenu mon attention, c’est la plume savoureuse de feu Siobhan Dowd, trop tôt disparue à l’âge de quarante-sept ans. Son style est un pur régal et, d’une certaine façon, la plume de l’écrivaine ainsi que la façon dont elle a traité son histoire s’apparente à la traditionnelle dichotomie entre « polar » et « roman policier », puisque ce sont les personnages, le contexte et le décor qui priment sur la résolution de l’intrigue. Ted, le cousin du disparu, est un autiste, et c’est ce protagoniste qui compose prioritairement mon coup de cœur pour ce livre. Il est obnubilé par les chiffres et la météorologie, brillant dans ses raisonnements et déductions, et saura faire preuve de courage, d’opiniâtreté et de sagacité. Parallèlement, il est obtus à tout ce qui est en rapport avec certaines formes de la réalité, se montre embarrassé dans nombre de situations et a parfois des réactions gentiment inappropriées. La relation qu’il a avec sa sœur, Kat, et ses parents, est merveilleusement décrite, et l’auteure a su à la fois peindre avec immensément d’humanité, de tact et de réalisme l’autisme de Ted sans jamais tomber dans les poncifs grossiers, maladroits et hautains par rapport à ce trouble. Aux termes de « cinquante-quatre heures et deux minutes de réflexion », Ted parviendra, avec l’aide importante de sa sœur, à résoudre le problème, après de nombreux raisonnements, actions et prises de risques. Le roman permet également de joliment croquer la capitale anglaise avec ses attractions, sa Tamise, ses buildings et son métro. Un style littéraire remarquable, un souffle de générosité et d’altruisme, et une réelle intelligence quant à l’observation des êtres humains font que j’ai achevé cet ouvrage avec à la fois un large sourire aux lèvres et une émotion prégnante aux tripes. Après, du strict point de vue policier, j’en viens presque à regretter que Siobhan Dowd ait développé les huit théories de Ted (quant à ce qui a pu se passer dans l’attraction, et il y en a même une neuvième qui arrive après) et que notre si sympathique héros se soit appuyé sur elles pour comprendre ce qui s’était passé, car la résolution va venir se fonder sur l’une d’entre elles, et donc en partie couper l’herbe sous le pied du final, ou au moins en diminuer l’impact. Mais c’est vraiment ergoter une fois ce magnifique livre, drôle et touchant, refermé.

    12/10/2019 à 08:53

  • La Poupée assassinée

    Nan Hamilton

    8/10 … ou comment Roy Morgan, beau gosse tueur à gages et karatéka, mû par une violente pulsion pédophile, en vient à se jeter sur la jeune et belle Yumi Kobota, avant que le chaos ne se déclenche suite à cette agression. Pour une fois, je suis très heureux qu’un résumé de quatrième de couverture soit aussi faux, de même que le titre, ce qui m’a permis d’être rapidement surpris par le déroulé du récit, où il n’est nullement question de la mort de Yumi ni de « preux chevaliers » (que l’on pouvait comprendre comme étant des samouraïs ou des yakuzas avec un peu d’ironie). La terrible rencontre entre ce pervers de Morgan, assassin à la solde d’une mafia, et de la sourde-muette Yumi va engendrer à la fois une série de morts chez les mafieux et une enquête menée par deux policiers : Ohara, d’origine japonaise (mais que tout le monde pense, de prime abord, être irlandais si l’on pense que son nom s’écrit O’Hara) et Washington, un Noir assez décontracté et costaud. Un duo de limiers assez frais et qui se complètent l’un l’autre, Washington faisant son entrée au sein du service « Vols – Homicides ». La plume de Nan Hamilton est très agréable, aucun mot de trop, et une enquête menée à toute allure, riche en péripéties, qui préserve de purs instants de grâce (la rencontre entre Ohara et Yumi où cette dernière s’exprime par de simples gestes en raison de son double handicap, le cérémonial du suicide plus loin dans le roman, etc.), d’éphémères incursions dans la culture nippone (notamment lorsque Ohara est aux côtés de son épouse) et de très brefs passages laissant à voir le sort des Américains d’origine nippone lors ou juste après la Seconde Guerre mondiale. Pas mal de noirceur malgré la présence de salvateurs traits d’humour, notamment dans la relation entre les deux enquêteurs, de l’humanité également (par exemple dans les ultimes chapitres lorsqu’il s’agit de parler de la mère de Yumi, Hana) et des rebondissements quant à l’identité de l’assassin, sans jamais tomber dans la surenchère stérile d’effets faciles. Donc, beaucoup de sobriété pour une efficacité exaltée, une idée de départ alléchante et un traitement fort convaincant. Une réussite.

    12/10/2019 à 08:47

  • Ichi The Killer tome 1

    Hideo Yamamoto

    8/10 L’un des quartiers les plus pourris du Japon, avec des malfrats chinois, coréens, thaïlandais ainsi que des yakuzas. D’entrée de jeu, on est fauché, voire désarçonné par le graphisme très noir, le style dur et agressif, les dialogues particulièrement crus, et la violence avec force projections de sang. Dans le même temps, on fait la connaissance d’Ichi, un tueur assez particulier. Jeune, aux traits presque juvéniles, qui peut pleurer après avoir achevé un contrat, en apparence et en société fragile mais utilisant ses jambes comme des matraques et tuant grâce à elles et à sa maîtrise du taekwondo, dont la rencontre avec le gamin près de la cabine téléphonique vaut en soi son pesant de cacahuètes, et qui éjacule sur les lieux de ses exécutions. D’autres personnages bien tordus (ce gangster masochiste qui met un anneau aux parties génitales de deux de ses sbires pour les punir, un autre qui a conservé une balle reçue en pleine tête et qui fait que son comportement s’apparente à celui d’un alcoolique, un troisième amateur de nécrophilie…) pour un manga sombre, saturé de violence et de protagonistes torturés, avec des scènes explicites de sexe, hautement inconvenant, et que je conseille donc fortement.

    12/10/2019 à 08:39 1

  • L'Empreinte du mal tome 1

    Aya Kanno

    5/10 Un bouquin à l’esthétique qui a un peu vieilli (il date de 2005), que j’ai découvert par hasard, et qui m’a fait penser, à certains égards, à un film noir à l’ancienne qui aurait été transposé en manga. Mais ni l’intrigue, ni les graphismes ne me marqueront véritablement. Ca se laisse lire, c’est certain, mais je ne retiendrai aucune scène particulière ; un manga qui m’a laissé assez froid.

    12/10/2019 à 08:38 1

  • Au coeur du maelström

    Bruno Gazzotti, Fabien Vehlmann

    7/10 Ça commence fort, avec la concrétisation du dernier événement de l’opus précédent, tendre et poignant. Et l’action se poursuit, avec des animaux toujours aussi malveillants, et deux jeunes archers. Beaucoup de péripéties et de révélations, avec un final très intéressant autour d’un mystérieux « monde des limbes ». Un épisode charnière et qui, a posteriori, me donne enfin une sorte de cohérence qui parcourt les tomes précédents.

    12/10/2019 à 08:34

  • Docteur Holmes

    Stéphane Bourgoin

    7/10 Côté pile : Herman Webster Mudgett, ou H. H. Holmes, médecin au physique agréable, aux belles paroles, irréprochable. Côté face : l’un des pires tueurs en série américain, jugé coupable et pendu pour vingt-sept crimes, même si certaines hypothèses portent ce nombre à plus de deux cents. Stéphane Bourgoin revient sur ce cas mémorable, permettant au lecteur de comprendre l’ampleur de « l’œuvre » de ce monstre. Psychopathe, mû par l’appât du gain, H. H. Holmes s’est illustré dans diverses escroqueries qui ont attiré l’attention de certains policiers et d’agents d’assurances. Dès son jeune âge, il dérobe « le corps d’un nouveau-né qu’il emporte jusqu’à son logement pour le disséquer à loisir ». Farfelu, persuadé que l’on peut étirer à volonté tout corps humain afin de créer une race de géants, il est également diablement malin, bâtisseur d’une grande et belle demeure qu’il fait aménager selon ses désirs… morbides. Des chausse-trappes, des escaliers dérobés, des pièces en cul-de-sac, des fours crématoires, et un ingénieux système lui permettant de savoir où se trouvent ses proies dans l’habitation. Un esthète du crime, allant presque de lui-même au-devant des ennuis tant il s’est cru intelligent. Pourtant, ce livre documentaire de Stéphane Bourgoin revient avec beaucoup de minutie et force détails sur tout ce que ce tueur a réussi à réaliser avant de se faire prendre. Un ouvrage qui compense sa relative concision (environ cent trente pages) par un luxe de renseignements, dates et lieux qui permettent de saisir l’envergure du personnage. Certes, quelques passages manquent un peu de chair (notamment les deux chapitres sur les interrogatoires) tandis que l’on aurait peut-être apprécié un peu plus de profondeur psychologique pour définitivement cerner cette créature démentielle, mais voilà un livre costaud, professionnel et entraînant, que l’on dévore d’un bout à l’autre. A noter, pour l’anecdote, que ce tueur en série a déjà inspiré au moins deux romans : Le Boucher de Chicago de Robert Bloch et Le Diable dans la ville blanche d’Erik Larson, et qui devrait sous peu apparaître à la télévision sous les traits de Leonardo DiCaprio.

    06/10/2019 à 10:36 2

  • La Nuit des poupées

    Guy Tristan

    7/10 Langon sur Cher, un petit village non loin de Romorantin. Un entomologiste aux allures de SDF, Alexandre Farge, est obligé de faire une halte en raison d’une panne de sa deux-chevaux. Mais est-ce réellement le hasard qui a contraint cet inconnu à s’arrêter ici ? Un crime datant de vingt ans pourrait bien rouvrir ses plaies et libérer une vague de violence.

    Ce roman de Guy Tristan est une délicieuse découverte. L’auteur communique son amour des mots grâce à de jolies phrases, belles et poétiques, travaillées et si agréables à lire. L’intrigue, également intéressante, oscille entre l’univers de Georges Simenon et celui de Claude Chabrol, avec cette faune si particulière de notables de province prêts à tout pour protéger un lourd secret collectif dont ils ne sont guère fiers et qu’ils souhaitent ne pas voir déterré. Et la venue de ce pauvre hère, captivé par l’étude des carabes, sera le détonateur venant mettre le feu à un explosif trop longtemps enfoui. Guy Tristan décrit avec intelligence ses personnages, leurs attitudes, leurs zones d’ombre, et entretient habilement le suspense jusqu’aux dernières pages, avec de nombreuses références à l’adaptation cinématographique de La Nuit du chasseur de David Grubb émaillant le récit. Comme l’indique le titre, il y sera question de poupées (dont le ventre de l’une d’elles viendra offrir l’identité du tueur), mais aussi de cartes à jouer, avec des as laissés sur les lieux des crimes. Docteur, notaire, vedette locale de football, femme facile, etc. : tous les protagonistes seront, à un moment ou un autre, suspectés, avec la résolution finale, certes classique mais efficace. Tout au plus pourra-t-on reprocher à Guy Tristan cette propension à user de jolis termes qui nuisent, de temps en temps, à la crédibilité de certains dialogues, puisque tous les personnages en viennent à adopter la même élocution si littéraire.

    Un ouvrage d’une très belle tenue, et qui, à défaut de révolutionner le genre, procure un savoureux moment de lecture.

    02/10/2019 à 17:34 2

  • Un Crime sous les étoiles

    Robin Stevens

    8/10 Dans leur pensionnat de Deepdean, les jeunes filles observent un magnifique feu d’artifice lorsqu’un drame survient : Elizabeth est retrouvée morte. Assassinée. Les premières constatations laissent penser qu’elle a marché sur un râteau et que l’impact à la tête lui a été fatal. Mais les apparences sont souvent trompeuses. Daisy Wells et Hazel Wong se décident à mener l’enquête.

    Voilà le quatrième opus de la série consacrée au club de détectives Wells et Wong, et c’est toujours un plaisir que de retrouver ces policières en herbe. La plume de Robin Stevens met habilement en valeur les psychologies de ses personnages, avec suffisamment de tact et de profondeur pour les rendre aussitôt crédibles. Ici, c’est le principe des « préfètes » et de la « préfète-en-chef » qui attire l’attention, à savoir des élèves désignés pour faire régner l’ordre dans le pensionnat et les dortoirs. Et comme tout pouvoir s’accompagne souvent de dérives, les cinq préfètes-en-chef, sous la direction d’Elizabeth Hurst, vont vite devenir cassantes et autoritaires, au point de déclencher l’hostilité de nombre de leurs camarades. Dès lors, toutes ces personnes qui haïssaient la victime constituent autant de coupables potentiels. Et si l’on ajoute à cela un odieux trafic de secrets, la situation en devenait nettement explosive. Robin Stevens joue avec adresse de ces informations qui devraient rester dissimulées (homosexualité, problèmes physiques, triches aux examens, cachotteries familiales, etc.), avec les rancœurs qui en découlent, mais aussi les envies larvées ou affichées d’exterminer leur détentrice. Nos deux héroïnes devront donc comprendre qui avait le plus à perdre pour tenter de discerner la criminelle. Ici, Hazel commence à s’affranchir de l’emprise de sa camarade Daisy, devient de plus en plus autonome, et amorce une correspondance avec Alexander, ce qui aiguise la jalousie de son amie.

    Une nouvelle réussite de la part de l’écrivaine avec ce roman so british, destiné avant tout à la jeunesse mais que les adultes pourront lire avec une joie égale.

    02/10/2019 à 16:48 2

  • Gataca

    Franck Thilliez

    9/10 J’y ai retrouvé la même flamme et la même dynamique, presque échevelée, du « Syndrome [E] », et je me suis régalé. Les notions abordées (anthropologie, paléontologie, génétique, maïeutique, latéralité, tueurs en série, violence, tribu primitive, autisme, etc.) m’ont passionné, et j’ai appris pas mal d’éléments au fur et à mesure de cette enquête conjointe de Sharko et de Lucie. Un véritable cocktail, détonnant, tellement saturé d’événements et autres péripéties que ça fiche littéralement le vertige, voire l’overdose. Moi qui suis habituellement peu client des thrillers un peu « surchargés, là, je ne peux que m’incliner devant tant de maestria, et surtout, de maîtrise : quand on le relit, quand on reprend le déroulé à tête reposée, date après date, un enchaînement après un autre, la structure tient le test, ce qui est remarquable, car les éléments de construction sont sacrément nombreux. Pas le moindre temps mort, un vrai train de marchandises, et cette cadence m’a parfois surpris (par exemple, dès l’entame, j’ai trouvé que le sort réservé à l’une des filles de Lucie était un peu trop vite expédié, surtout du point de vue émotionnel et scénaristique, mais ça n’est bien évidemment que subjectif). Léger bémol de mon humble point de vue d’amateur lointain de thrillers : si je n’avais guère adhéré au côté « complotiste » du « Syndrome [E] », cette sorte de surcharge scénaristique, comme d’autres souffrent d’une surcharge pondérale, alourdit un peu l’ensemble, car les moments de respiration manquent un peu. Mais on ne peut qu’être exigeant et difficile après une lecture d’une telle qualité.

    28/09/2019 à 18:05 7

  • Monster tome 1

    Naoki Urasawa

    8/10 Le chirurgien Tenma travaille à Düsseldorf et est un brillant médecin. Il est heureux en amour (vivant avec la fille du directeur de l’hôpital), mais ressent le terrible dilemme de la priorité des vies à sauver, en opérant avec succès un chanteur d’opéra alors que se mourait un individu lambda. Nouveau choix cornélien : opérer un garçon, Johann, dont les parents ont été assassinés, ou le maire de la ville. Se pliant à une éthique ressuscitée chez lui, il sauve l’enfant. Sa jumelle, Eva, ne cesse de dire « Tuer » dans un état second, tandis que le docteur Tenma redécouvre les attraits authentiques de sa profession et, d’une certaine manière, de sa foi, tandis qu’il perd sa compagne ainsi que le poste élevé qu’il avait à l’hôpital. Trois médecins meurent, et une affaire surprenante apparaît neuf ans plus tard. Malgré une esthétique un peu datée (le manga date de 1995), le graphisme est très soigné (notamment les scènes d’opérations), évite toute surenchère de violence, et les questions posées autour de la médecine et de la morale sont pertinentes et intemporelles. Même si, après tourné les dernières pages, je ne vois pas du tout comment la série va évoluer, j’ai été à la fois charmé et appâté par l’intrigue, sobre et sombre.

    28/09/2019 à 18:02 1

  • Black Lagoon tome 1

    Rei Hiroe

    6/10 Un manga qui commence, dès les premières planches, par un bon coup de poing donné par l’un des pirates à l’un des otages du bateau : ça commence vite et bien. L’existence d’une mystérieuse disquette, avec un contenu non moins mystérieux et embarrassant, apparaît. Pas mal d’action d’entrée de jeu et un graphisme plutôt sympa, avec une pirate dont le physique est sacrément pompé sur celui de Lara Croft (probablement un clin d’œil). Si l’ensemble se lit bien, facilement et rapidement, je n’ai pas plus accroché que ça à l’histoire, je ne sais pas trop pourquoi. Manque d’originalité dans les dessins, le traitement scénaristique, ou l’esprit de ce manga ? Sympa, mais ça n’est pas dit que je tente l’aventure d’autres opus.

    28/09/2019 à 18:01 1

  • Prophecy Tome 3

    Tetsuya Tsutsui

    7/10 Troisième et dernier tome de cette courte série, qui commence autour d’une boisson énergisante, « Quantum », qui est assez controversée. Nos quatre justiciers, toujours cagoulés de journaux, et annonçant leur méfait rédempteur sur Internet, vont jouer leur partie vengeresse jusqu’au bout, avec un événement qu’ils avaient concocté en secret et qui a le mérite d’être surprenant et mémorable. Même si j’ai connu Tetsuya Tsutsui encore plus inspiré, tant au niveau du graphisme que du scénario, je me suis, une fois de plus, laissé prendre jusqu’à la page finale, où un simple parapluie peut avoir une utilité plus qu’inattendue.

    28/09/2019 à 18:00 1

  • NeuN tome 1

    Tsutomu Takahashi

    8/10 Un manga qui fait d’autant plus froid dans le dos qu’il reprend, dès l’entame, des personnages réels, comme Himmler, Joseph Goebbels, et bien évidemment Adolf Hitler. Une esthétique très particulière, mélangeant finesse des détails et parfois une sorte de flou dans les postures ou les corps en mouvements, que j’adore. Des passages très violents et marquants pour cet ouvrage où treize enfants, créés artificiellement, sont porteurs de l’ADN du Führer. J’ai cru reconnaître le trait si particulier du « neuvième enfant », tel que l’on représente le Gavroche de Victor Hugo, peut-être est-ce un clin d’œil. Cette histoire concernant « l’opération 12feld », « le domaine de Dieu » et autres éléments qui offrent autant de pistes alléchantes pour les prochains opus que je me ferai un plaisir de lire.

    22/09/2019 à 20:06 3

  • Au Nom du Bien

    Jake Hinkson

    9/10 Comté de Van Buren. Le pasteur Richard Weatherford est un homme respecté de tous ses paroissiens et de sa famille. Aussi, quand Gary Doane le fait chanter en échange de l’amnésie du jeune homme pour un ancien plaisir de la chair avec le révérend, ce dernier imagine déjà sa réputation démolie s’il ne lui donne pas les trente mille dollars attendus. Mais il y a des engrenages, inattendus et mortels, auxquels nul homme ne peut échapper, même un homme de Dieu.

    Après L’Enfer de Church Street, L’Homme posthume et Sans lendemain, voilà le quatrième ouvrage traduit en France de Jake Hinkson. Un roman qui surprend déjà par sa structure : chaque chapitre, narré à la première personne, permet d’avoir le point de vue de l’un des protagonistes. Et ils sont nombreux et croustillants. Le pasteur, bien évidemment, qui aura cédé au péché du sexe et s’en mord à présent les doigts, perclus de contradictions, et capable des pires atrocités pour l’abrogation de son errance charnelle. Son épouse, Penny, qui doute de la réalité de son union avec Richard, malgré les apparences qu’ils s’emploient à sauver. Gary, jeune homme sur le fil du rasoir. Sa copine, Sarabeth Simmons, qui a une étiquette sur laquelle est écrit « fille facile » dans le dos alors qu’elle est probablement plus vertueuse que nombre des ouailles du comté. Brian Harten, sans-le-sou, et qui aimerait bien pouvoir lancer un commerce de spiritueux dans le coin, même si les esprits et la loi n’y sont pas encore prêts (notez le titre original du livre : Dry County). Et il y a également Tommy Weller, ancienne gloire locale du baseball, propriétaire de plusieurs commerces, beau-père de Sarabeth et à la l’arrogance si ample qu’il a fait ériger une statue à son effigie. Des personnages crus, troubles, très crédibles, qui vont être entraînés dans un curieux et létal manège. Des interactions remarquables, pertinentes, sur fond de chantages, d’intimidations, d’appâts du gain, de rédemptions et d’amours incertaines, et tous ces pions vont être mus par une terrible mécanique scénaristique qui n’en laissera aucun indemne. Il y a du venin dans les mots de Jake Hinkson, de l’acide, et il se plaît à narrer les duplicités d’une population aux allures innocentes, bienveillantes et justes, alors qu’y sont enkystés tant d’idées pécheresses, élans coupables et autres rancœurs fétides. Et c’est justement là que la plume de l’auteur se commue en scalpel pour mettre à jour ces tumeurs perfides. C’est comme si l’auteur avait déposé un fallacieux vernis de probité au-dessus de sentiments décomposés avant de briser cet enduit à coups de marteau pour en laisser s’échapper les remugles nauséabonds, à moins que cette couche ne se soit fracturée d’elle-même en raison des forces maléfiques à l’œuvre, tapies en deçà de ces apparences trompeuses.

    Un style sobre et direct, sans la moindre fioriture, au service d’une histoire si noire qu’il eût été vain de vouloir l’embellir. Une réussite littéraire de la part de Jake Hinkson, en plus d’apporter un éclairage mordant sur les faux-semblants de toute société.

    22/09/2019 à 08:43 3

  • Les Corps brisés

    Elsa Marpeau

    9/10 Sarah Lemire est dans la pleine force de l’âge lorsque la voiture de rallye qu’elle pilote s’écrase sur le bas-côté. Elle y laisse la vie de son copilote et l’usage de ses jambes. Envoyée dans un centre de rééducation, elle tente, tant bien que mal, de se reconstruire, physiquement et mentalement. Mais la disparition inattendue de Clémence, sa voisine de chambre, la pousse progressivement dans les retranchements de la paranoïa : en ce lieu isolé, quelqu’un aurait-il kidnappé la malade ?

    Elsa Marpeau, qui a déjà signé, entre autres, Les Yeux des morts, Et ils oublieront la colère et Son autre mort, livrait ce roman en 2017. Un livre dont elle indique, d’entrée de jeu, qu’il est inspiré de l’affaire des « torturées d’Appoigny ». Et c’est tout la noirceur et la cruauté d’un terrible fait divers, certes romancé, qui s’étale progressivement sous les yeux du lecteur. L’écriture est remarquable, riche de lyrisme et de beauté, au point que l’on en vient, fréquemment, à relire certains passages tant ils sont poétiques et succulents. Sarah, pour qui la vitesse et la fusion avec son destrier mécanique, constituaient les seuls points de gravité, doit réapprendre à vivre, différente, handicapée, sans même pouvoir espérer recouvrer la moindre motricité des membres inférieurs. Elle va donc se confronter aux longues séances de kinésithérapie, avec un psychologue, ou cet étrange médecin que tout le monde surnomme « docteur Lune ». Dans le même temps, elle va cohabiter avec d’autres pensionnaires : brisés dans leurs chairs en raison d’accidents, combattant la maladie, rééduquant leurs organismes affaiblis par de terribles calamités. Une forme de fraternité des corps et des âmes va naître de cette proximité, au point que Sarah va rapidement s’inquiéter suite à la disparition de son amie Clémence. Fugue ? Enlèvement ? Des soupçons de kidnappings apparaissent dans l’esprit de la jeune femme en raison de cet endroit esseulé et anxiogène, et la suite ne fera que, malheureusement, lui donner raison. Les derniers chapitres sont à cet égard particulièrement durs, tendus, à la limite du dicible : avec des termes toujours choisis avec tact et empreints de charme, Elsa Marpeau va dépeindre l’envers du décor. Sordide, inhumain, nauséabond, abjectement mercantile et insensible. Un monde destructeur, disloqué, anomique, luciférien. Une onde de choc de mots et de maux traversera probablement le lecteur, lui vrillant âme et tripes, et le suspendant au fil des pages jusqu’à ce que la dernière d’entre elles ne soit tournée.

    Un roman d’une rare cruauté, sans jamais que cette férocité ne se fasse de manière gratuite ou voyeuriste. C’est tout autant un incroyable cri d’espoir et d’amour – puisqu’aucun de ces deux sentiments n’est totalement éclipsé du récit – qu’un hurlement primaire jaillissant de geôles anonymes et invisibles, comme savent, mille fois hélas, nous le rappeler les médias.

    22/09/2019 à 08:41 1

  • La Légende de Jack

    Hervé Gagnon

    8/10 Trois ans après le dernier meurtre connu de Jack l’Eventreur, Montréal est parcourue d’un terrible frisson : Martha Gallagher, une prostituée, est retrouvée morte. Son corps n’est plus qu’un charnier de violences et de barbaries. Elle est d’ailleurs la première d’une longue liste de victimes, toutes étant de malheureuses professionnelles du sexe. L’insaisissable tueur en série aurait-il traversé l’Atlantique ?

    Ce premier opus de la série consacrée à Joseph Laflamme séduit immédiatement. Grâce à une écriture simple, sans fioriture, et néanmoins fort efficace, Hervé Gagnon dépeint habilement le Montréal de la fin du dix-neuvième siècle, avec son lot de misères sociales et de quartiers malfamés, où les pauvres hères côtoient des êtres interlopes. Joseph Laflamme est un personnage intéressant : orphelin, la trentaine, usé par la précarité et les abus de gin, vivant avec sa sœur Emma, ce pigiste n’est jamais parvenu à se faire une place au journal Le Canadien. Mais cette affaire, particulièrement sanglante et glauque, pourrait bien lui permettre de devenir célèbre. Au passage, remercions l’auteur de nous avoir épargné les clichés malheureusement si récurrents en la matière : Joseph n’est pas nécessairement un intrépide combattant de la liberté de la presse, et s’il ressent à un moment que sa vie et celle de sa sœur sont en danger, il ne mettra guère de temps à accepter de quitter le devant de la scène médiatique. Les ouvrages mettant en scène Jack L’Eventreur sont déjà assez nombreux pour que l’on puisse décemment implorer les nouveaux venus d’être originaux, dans le fond ou dans la forme. Hervé Gagnon le fait ici avec beaucoup d’habileté : la voie dans laquelle il s ‘engage n’est pas totalement innovante, mais il introduit quelques éléments intéressants, offrant au passage une relecture efficace de l’histoire de cet ignoble tueur en série, tout en assumant sans le moindre complexe le caractère purement fictif de cette intrigue. En entremêlant enjeux politiques, pratiques franc-maçonnes, lutte des polices et perversions sexuelles, il parvient à tirer son épingle du jeu. Notons au passage un coup de cœur pour l’un des protagonistes de l’histoire, même s’il est secondaire : Margaret Smith, policière de Scotland Yard, borgne et à jamais stérile après avoir échappé à Jack L’Eventreur, son mari ayant été lâchement abattu par le monstre.

    Lorsque l’on ressuscite des morts, il faut savoir éviter les banalités et le manque de tact. Hervé Gagnon a réussi cette gageure, accompagnant cette résurrection par l’avènement d’un Joseph Laflamme qu’il nous tarde déjà de retrouver dans d’autres opus.

    22/09/2019 à 08:35 3

  • Panique au poulailler !

    Christian Grenier

    7/10 En vacances en Dordogne, les sœurs Joyeuse et Albane ont emmené leur fidèle compagnon, Hercule, un chat qui est également un détective hors pair. Voilà que l’on s’en prend aux œufs du poulailler de Thibaut, leur camarade, qui disparaissent chaque nuit. L’œuvre d’un animal ou d’un voleur humain ? Hercule enquête.

    Ce roman issu de la série consacrée au chat policier Hercule est, une nouvelle fois, une délicieuse réussite. Christian Grenier, en plus d’avoir imaginé un limier récurrent original, continue de faire vivre intelligemment les investigations qui le mettent en scène. Ici, il s’agit de la disparition d’œufs dans un poulailler. Le postulat peut paraître mince, mais l’auteur l’exploite à fond, avec une maîtrise et un discernement qui ne pourront qu’emporter l’adhésion du lectorat auquel se destine l’ouvrage, « à partir de 8 ans » comme le signale l’éditeur. Des indices, des suspects, des rebondissements, et ce qu’il faut de suspense pour retenir d’un bout à l’autre l’attention : voilà un contrat amplement rempli. En outre, en plus des touches d’humour (principalement des jeux de mots), Christian Grenier imagine des personnages amusants et dont on pourra se souvenir, comme les trois frères de l’entreprise OAGO (comprenez « Œufs A GOgo » dont les prénoms commencent tous par un L, qui travaillent dans une ferme d’élevage intensif où sont exploitées plus de six mille poules, et qui semblent ne pouvoir achever une phrase qu’à trois, en se complétant.

    Voilà encore un roman réussi qui, en plus d’offrir un agréable moment distractif, sait mettre en relief, sans jamais être moralisateur, la nécessité d’une alimentation raisonnée et d’un sain comportement envers les animaux.

    22/09/2019 à 08:31 2