El Marco Modérateur

1779 votes

  • Laurie

    Stephen King

    7/10 Lloyd Sunderland, soixante-cinq ans, a perdu sa femme six mois plus tôt et se laisse aller. Sa sœur vient lui rendre visite, accompagnée d’une chienne qu’elle compte bien lui laisser, histoire de lui changer les idées. Un récit très sobre, habilement mené, et qui est d’un tact et d’une simplicité redoutable. Une tranche de vie, ou plus exactement, des tranches de vie, avec une belle relation entre Lloyd et ce chien qu’il appelle « Laurie ». Finalement, il ne se passe pas grand-chose dans les trois quarts de cette nouvelle, jusqu’à ce qu’intervienne un événement inattendu (ou du moins, inattendu à mes yeux) et qui vienne secouer la vie de notre héros et mette en relief quelques morales qui restent toujours dans l’implicite, et que chaque lecteur peut aller chercher lui-même. L’ouvrage est dédié à Vixen, le chien de la femme de Stephen King (merci à Pascal pour l’information), et l’on comprend d’autant mieux cette dédicace pour cet hommage, discret et dépouillé.

    06/12/2019 à 17:24 2

  • Old Boy 2

    Tsuchiya Garon, Minegishi Nobuaki

    9/10 Un deuxième tome où la tension ne retombe pas, tandis que notre héros anonyme, même s’il a trouvé un prénom d’emprunt, poursuit sa quête d’un certain restaurant et de sa prison clandestine. Beaucoup de nervosité et d’action dans cet opus, toujours aussi jouissif et addictif, avec des traits ciselés, une intrigue dense, et des réponses qui commencent à être apportées au lecteur tandis que d’autres questions se posent. Un véritable régal.

    06/12/2019 à 17:22 1

  • Virus L.I.V. 3 ou La mort des livres

    Christian Grenier

    9/10 … ou comment, dans un avenir assez proche, la société est dominée par les Lettrés, des caciques, grands gardiens des livres, ou plus précisément des univers livresques, au point d’avoir relégué au rang de pestiférés ceux qui défendent les images, à savoir les Zappeurs. Le hic, c’est quand se propage un mystérieux virus qui fait s’autodétruire les mots dès qu’ils sont lus, ainsi que du livre au lecteur. Pour contrecarrer cette épidémie, les Voyelles (les quarante membres permanents de l’AEIOU) vont demander à la jeune Allis, une auteure ayant réussi dans son ouvrage « Des Livres et nous » à tenter une passerelle idéologique entre Zappeurs et Lettrés, à infiltrer la zone détenue par les rebelles. Une incroyable expérience littéraire que ce roman, partant d’un postulat remarquable et atypique, proche des univers de Serge Brussolo. Là-dessus, viennent se greffer toute une série d’événements, de personnages ou d’interrelations intelligentes. Des protagonistes forts, comme Allis, sourde et muette, envoyée au casse-pipe par ce cénacle d’idéologues forcenés dans la banlieue parisienne. Un chef des ZZ (Zappeurs Zinzins), à l’identité bien dissimulée. Emma, représentante des voyelles, qui a vu son fils lui échapper pour rejoindre le camp des défenseurs des images. Il y a aussi de sacrées trouvailles, comme les Hommes-Ecrans, qui ont un écran incrusté dans la poitrine et qui communiquent avec leurs semblables avec des outils informatiques. C’est aussi une charge sévère contre le milieu trop militant de la littérature vue comme un totem, une religion, et de l’intolérance en général, ainsi qu’une satire du monde de l’Internet, avec ses mirages et ses usurpations (à noter que le roman date de 1998, et quand on comprend ce qui se cache derrière le pseudonyme de Mondaye avec laquelle tchatte régulièrement Allis, on se dit que Christian Grenier était un incroyable visionnaire en la matière). Paradoxalement, c’est aussi un hymne poignant à la littérature, à ses univers fertiles, aux représentations qu’elle provoque en chacun d’entre nous, notamment au fil des incursions virtuelles dans les ouvrages, dont ceux de Jules Verne, Ray Bradbury, Albert Camus, etc. Il y a également pas mal d’action et de suspense dans ce bouquin qui se destine en priorité aux jeunes mais que les adultes peuvent sans le moindre problème entreprendre (et je recommande d’ailleurs fortement cette lecture à tout le monde). Même si certains passages (notamment lors des expériences virtuelles vécues dans les récits, presque des infiltrations humaines) risquent d’être un peu ardues pour certains, voilà une inoubliable expérience de lecture, saturée de symboles, comme le rapprochement d’Allis et du gourou des ZZ, avec leurs handicaps si poignants. Réellement, une pépite, et je m’en veux vraiment de la découvrir plus de vingt ans après sa publication.

    06/12/2019 à 17:20 1

  • Le Mystère Baphomet

    Brice Cossu, Jean-Charles Gaudin

    6/10 Fin du 13ème, en France. Une troupe de troubadours viennent à l’invitation du seigneur Geoffroi. Sur place, deux assassinats : une créature a massacré ces marchands et lacéré leurs visages de ses griffes, laissant des traces de bouc dans son sillage. Serait-ce le terrible Baphomet ? Je ne suis pas un grand habitué des bandes dessinées, et c’est avec plaisir que je me suis lancé dans ce premier opus d’une série. Les traits sont fins, classiques mais séduisants, et sont vraiment agréables à regarder. L’ambiance médiévale – quoique beaucoup trop idéalisée et aseptisée – est plaisante, et l’intrigue se laisse lire avec plaisir. J’ai cependant deux reproches. La quatrième de couverture parle de Senelia, l’héroïne, en ces termes : « [elle] possède un don exceptionnel pour résoudre les énigmes les plus fantastiques ». Mouais… Elle est opiniâtre, très observatrice, n’a pas peur de scruter les cadavres pour découvrir des indices, mais de là à la décrire comme un limier surdoué et génial, c’est sacrément exagéré. Et même si l’histoire, purement policière, se tient plutôt bien, la concision de l’ouvrage fait que les pages défilent un peu trop vite, sans ménager de réel suspense, et la résolution de l’intrigue et la révélation de l’identité du criminel en deviennent finalement trop faciles. Mais je ne boude pas mon plaisir global, j’ai plutôt passé un agréable moment avec cette bande dessinée même si je n’ai pas été vraiment convaincu.

    06/12/2019 à 17:19 1

  • Détective Conan Tome 58

    Gosho Aoyama

    6/10 La suite et fin de l’énigme entamée dans l’opus précédent, toujours dans l’hôpital, avec des courses-poursuites, un incendie, le FBI et la CIA, une contamination majeure, une bombe, des explosions, et l’ombre de l’organisation des hommes en noir. Moi qui suis assez insensible aux histoires de complots, me voilà moyennement servi… En plus, moi qui apprécie habituellement les histoires courtes, bien rythmées, où l’on trouve toujours son bonheur dans ce bouquet de récits plutôt courts, tout un opus sur une même histoire, ça aura été de trop pour moi. Il y a bien des passages intéressants et qui ont réveillé mon attention (comme le coup du « Shilanpouli »), mais cet épisode, trop long à mes yeux, trop filandreux, trop bâti comme une histoire d’espionnage, et trop différent de ce que fait habituellement Gosho Aoyama, n’est pas en soi médiocre ni mauvais, mais il n’était pas à mon goût, tout simplement, en toute subjectivité.

    06/12/2019 à 17:18 1

  • Du bruit sous le silence

    Pascal Dessaint

    8/10 Maurice Tamboréro, demi de mêlée du Racing Club de Toulouse, est abattu d’une balle alors qu’il se déplace à vélo. Deux policiers mènent l’enquête : Elie Verlande, ayant quitté Dunkerque depuis peu, et Benoît Terrancle, natif de la ville rose et ancien rugbyman. Qui pouvait en vouloir à un homme et un sportif aussi respecté que celui que l’on surnommait « Tambo » ?

    Pascal Dessaint, à qui l’on doit, entre autres, de grands succès comme Le Bal des frelons, Tu ne verras plus ou Un homme doit mourir, s’intéressait dans cet ouvrage, sorti en 1999, au milieu du rugby, avec le talent qu’on lui connaît. Sa plume est riche, admirable, offrant une immense profondeur à ses personnages et s’illustrant également dans des dialogues qui claquent et sonnent avec justesse. Deux protagonistes s’illustrent : Elie Verlande, fraîchement débarqué de son Nord natal, accompagné de sa vieille mère alcoolique et acariâtre, et en butte aux critiques acides de son frère. Il y a également Benoît Terrancle, un pur produit local, ancien rugbyman aux élans sportifs brisés, capables de sacrés coups de sang, et poursuivi par les ardeurs de la jeune Mathilde. L’enquête, de prime abord, semble passer au second plan, car c’est l’amour de Pascal Dessaint pour Toulouse et pour le ballon ovale qui transparaît. Un monde de dureté et d’engagement, où se mêlent également de puissantes valeurs humaines et des exigences morales inégalées. Même les lecteurs béotiens en la matière en comprendront assez rapidement les règles et leurs grandes lignes, notamment grâce au neuvième chapitre où Terrancle explique les lois du rugby à Verlande, notamment grâce à un dessin. On trouve également de savoureuses scènes, comme celles avec les deux policiers Gautran et Blondeau qui ne peuvent s’exprimer qu’en enchevêtrant leurs phrases. A mesure que les pages, prenantes, défilent, l’intrigue gagne en force, et quand elle en vient à se résoudre, elle s’avère à la fois plausible et surprenante. Et le final va bien au-delà de ce que l’on était en droit d’attendre : un épilogue muni de plusieurs tiroirs, sombres et marquants, dont aucun de nos deux limiers ne sortira indemne.

    Une véritable réussite littéraire, charpentée et originale, lauréate en 2000 d’un bien mérité Grand Prix de littérature policière dans la catégorie des romans français.

    03/12/2019 à 16:59 4

  • Nuits grises

    Patrick S. Vast

    8/10 Kevin et Pauline forment un couple au bord de la misère. Malgré tous leurs efforts, ils ne parviennent pas à s’en sortir. Aussi, à force d’insister, Victor, le fils de la propriétaire de leur logement, finit par obtenir ce qu’il désire : coucher avec la jeune femme. Mais Kevin est témoin de l’acte, et il profite de la première occasion pour tuer le pervers, avec l’aide de Suzy, leur voisine. Et c’est le début d’une mécanique qui va tous les broyer.

    Patrick S. Vast est un des auteurs français qui maîtrise le mieux le thème de l’engrenage. Des protagonistes tout ce qu’il y a de plus anodins, crédibles et parfois paumés, mettant en mouvement, à leur corps défendant, un terrible engrenage. La Veuve de Béthune (dont l’épigraphe de ce roman lui est dédié, dix ans après sa parution), Potions amères ou encore Passé double sont, à cet égard, des modèles du genre. Ici, on retrouve avec délectation le style de l’écrivain : une situation on ne peut plus plausible, une écriture encore plus sèche que d’habitude, presque rognée jusqu’à l’os, et une intrigue intelligemment bâtie, dont aucun des personnages ne sortira indemne. Une succession habile et imparable d’événements, interrelations, et malheureux coups du sort, tous adroitement entremêlés, et qui constituent autant de roues dentées qui viennent s’emboîter les unes aux autres. Un pitch désarmant de simplicité et dont Patrick S. Vast tire ce qu’il y a de plus efficace : une intrigue élémentaire et, paradoxalement, d’autant plus forte, sans le moindre temps mort, et s’achevant, deux cents quarante pages plus tard, sur un épilogue imparable, dont l’ultime phrase suffit à rebattre les cartes.

    Une autre réussite littéraire de la part de Patrick S. Vast, sombre et pertinente, où l’auteur intègre également une note sociale, voire sociologique, ou comment des êtres désemparés, gangrénés par la misère, en viennent à commettre l’irréparable, sans pour autant jeter l’anathème sur leurs malheureuses âmes.

    03/12/2019 à 16:39 3

  • Un Noël de Maigret

    Georges Simenon

    7/10 … ou comment notre célébrissime commissaire, en repos avec son épouse, en vient à enquêter à la demande de deux dames habitant en face de chez lui, parce que la jeune nièce de l’une d’entre elles (en réalité, presque sa fille adoptive) a vu un Père Noël s’introduire dans sa chambre pour soulever les lames de son parquet. Malgré la concision du texte (une nouvelle de quatre-vingt-dix pages environ), on retrouve sans mal le ton de Georges Simenon, la maestria de ses mots si frêles et comptés, et paradoxalement si puissants et évocateurs. L’intrigue, en soi, marque un peu le pas, et ne constitue pas le point le plus fort du récit, puisque certains éléments sont aisément devinables, et l’auteur abandonne une partie de sa noirceur et de son acidité, mais elle n’en demeure pas moins très lisible. Ce qui a plus retenu mon attention, c’est au contraire la bonhommie de Maigret (cf. ses relations avec Lucas qui s’identifie avec bonheur avec celui qu’il considère comme son mentor), la bienveillance de sa relation ai apaisée avec son épouse (qui est ici un personnage à part entière), et surtout cet épilogue, les dernières lignes, si fortes et poignantes, où l’on comprend que l’absence auprès du couple Maigret est un véritable crève-cœur. Un petit bonheur d’émotion, moins de pure littérature policière.

    01/12/2019 à 17:28 2

  • Je suis CharLiberté !

    Arthur Ténor

    9/10 … ou comment des adolescents du collège Rousseau, choqués par l’attentat sanglant contre le journal satirique « Charlie Hebdo » décident de fonder le leur, dans leur établissement, et intitulé « CharLiberté ». J’aime beaucoup la plume d’Arthur Ténor, et j’étais curieux de voir comment il allait traiter ce sujet, brûlant, d’autant qu’il s’adresse à des jeunes, son lectorat privilégié. Je n’ai pas été déçu : une maîtrise indéniable du rythme, du choix des mots, de la peinture des personnalités, de celle des sentiments. Il y a également pas mal d’humour, dans les réparties notamment, et de réelles notions abordées avec tact, intelligence et humanité. L’idée pouvait devenir une coquille vide, une accumulation de clichés, voire une transposition dans l’univers des jeunes de propos adultes, mais il n’en est rien : c’est élégant, bien tourné, avec des réflexions juste (notamment avec « l’ultrareligieuse », l’épisode de la vendetta contre la maison de Tom, ou encore le contremploi de Joé, brute épaisse devenant membre du comité de rédaction, avec un habile jeu sur les « intellos »). Cependant, si tout ça peut paraître gentillet, il y a la fin : inattendue, forte, déchirante, et qui fait un lien puissant et fort symbolique avec la tragédie du Charlie. Un opus fort, dont l’épilogue ainsi que tout le déroulé fait amplement réfléchir et mûrir de légitimes pensées quant à la liberté d’expression, la pluralité, et tout ce qui compose une société où tout le monde doit admettre et respecter son voisin et son prochain, tout en gardant son libre-arbitre.

    01/12/2019 à 17:26 2

  • Les Arènes

    Bruno Gazzotti, Fabien Vehlmann

    6/10 Un opus qui commence avec une esthétique que j’ai trouvée médiévale (mais certainement due aux décors, bien troussés), voire proche de celles de péplums (influencé que je suis par les costumes des maîtres des lieux) et réussie. Mais pour ce qui est du scénario, comme les autres lecteurs, j’ai trouvé ça un peu faible, quelque part entre du survivalisme face aux épreuves et du Fort Boyard. Finalement, ça me fait penser à un opus-entracte, comme on en trouve parfois dans certaines séries, soit de transition, soit pour que le scénariste et/ou le dessinateur puissent s’offrir une (légitime) pause entre deux tomes plus percutants. Bref, rien de dramatique non plus, pas un opus pour rien, mais avec ce goût de déjà-vu et de déjà-lu, ça ne m’a vraiment pas mis les poils.

    01/12/2019 à 17:25 1

  • Old Boy 1

    Tsuchiya Garon, Minegishi Nobuaki

    9/10 Je connaissais de nom de manga ainsi que le film qui en a été tiré, mais je n’avais pas lu l’un ni vu l’autre. J’ai aussi vu les critiques élogieuses de Fredo et de gamille67 (merci à eux !), alors je me suis lancé dans l’aventure, et je n’ai vraiment pas été déçu. Malgré un graphisme qui a un peu vieilli (il a plus de vingt ans), ce premier opus est étourdissant. Ou comment un homme est séquestré, pour on ne sait quelle raison, pendant dix ans dans une cellule contenue dans un building japonais, à l’étage « 7,5 », avec une télévision et la possibilité de faire de la musculation comme seules compagnes, et est libéré subitement pour une raison tout aussi ténébreuse. Cet « homme sans nom », comme le dit le titre du troisième chapitre, va se poser de légitimes questions tandis que des inconnus continuent de lui tourner autour. Un scénario béton et très addictif, une esthétique certes un peu datée mais toujours sombre et très efficace, pour un manga très fort qui me donne envie de me ruer sur le tome suivant !

    01/12/2019 à 17:23 2

  • Détective Conan Tome 57

    Gosho Aoyama

    7/10 La résolution de la dernière intrigue présente dans le tome 56, avec également une pendaison. Un autre meurtre en chambre close, élégamment résolu, d’autant que la victime était réduite à un atroce dilemme. Un chanteur d’un groupe de hard rock, digne avatar de Kiss, dont le manager est retrouvé poignardé. Le cœur de l’intrigue consiste à savoir où se trouve un miroir : une démonstration de physique permettra de résoudre l’énigme. Les hommes en noir ressurgissent dans la dernière enquête, proche de l’espionnage, mais qui me laisse, à ce stade, assez froid, peut-être parce que cette histoire d’hommes en noir ne m’a jamais passionné. Mais dans sa globalité, objectivement, c’est de nouveau un bon opus de la série dédiée au détective Conan.

    22/11/2019 à 20:17

  • Détective Conan Tome 56

    Gosho Aoyama

    8/10 Ce cinquante-sixième tome commence par la découverte du cadavre d’un célèbre romancier, M. Moroguchi, visiblement empoisonné dans une chambre close. Au programme, une résolution astucieuse et à rebondissements de la manière dont le meurtrier a glissé, depuis la fenêtre entrouverte, une clef dans la main de la victime. Une vieille sorcière vivant dans une chaumière isolée dans la forêt accueille nos héros qui ont crevé, avant qu’une jeune femme ne soit égorgée. Si les motivations du tueur sont très classiques, l’arme du crime l’est beaucoup moins. Puis une intrigue très plaisante à propos d’un maquettiste, sans mort ni sang, avec un endroit pour le moins amusant où se cache le criminel. La dernière histoire, mêlant chantage, médecine, et famille m’a laissé un peu plus indifférent, mais peut-être que sa suite et fin, dans l’opus suivant, renversera en moi la vapeur. Encore du (très) bon Conan !

    22/11/2019 à 20:15

  • Détective Conan Tome 47

    Gosho Aoyama

    7/10 Une femme découverte morte dans une voiture constitue l’entame de cet opus, à la résolution classique et sympathique, sans plus, où la réelle identité de Shinichi ne cesse de menacer d’être découverte. Un cambrioleur poursuivi qui se suicide en se jetant du haut d’un immeuble, mais est-ce réellement un suicide ? Une explication intéressante, peut-être un peu tirée par les cheveux, mais qui demeure plutôt crédible et intelligente. Un épisode mettant en scène des magiciens en pleine compétition, et un meurtre apparemment insoluble. Le dénouement est étonnant, et il l’est d’autant plus qu’il est particulièrement simple et efficace, à la manière, finalement, de nombre de tours d’illusionnisme. Dans l’ensemble, un tome vraiment bon, et qui vaut surtout, à mes yeux, pour sa dernière histoire.

    22/11/2019 à 20:13

  • Détective Conan Tome 38

    Gosho Aoyama

    6/10 Suite et fin de l’intrigue présentée dans l’opus précédent, où notre jeune détective use d’armes et gadgets amusants. Puis une histoire de poupées à collectionner et d’un rouleau de valeur qui disparaît : c’est astucieux (comme l’emplacement de ce fameux rouleau), mais ça reste à mes yeux un brin trop gentillet et volontairement badin, sans plus. Une intrigue dans le milieu du catch professionnel où un pugiliste est retrouvé mort dans sa loge, poignardé. Heureusement qu’une caméra a filmé l’agression ; mais dit-elle la vérité ? Une intrigue classique, même si ce décor sportif l’est bien moins, avec une résolution simple mais efficace. Enfin, une histoire de séquestration et de code secret : c’est rondement mené mais j’ai trouvé la patte purement policière assez faible et prévisible. En résumé, rien de bien sensationnel selon moi, mais ça demeure plaisant.

    22/11/2019 à 20:12

  • Détective Conan Tome 22

    Gosho Aoyama

    8/10 Suite et fin de l’intrigue entamée dans l’opus précédent (comme assez souvent), avec ce meurtre en chambre close de l’intendant de la maison, où notre jeune détective et Hattori rivalisent de perspicacité, pour un final à rebondissements où l’on retrouve à la fois l’héritage de John Dickson Carr et de Columbo. Puis une énigme dans un train où un homme est abattu d’une balle dans la tête, présentant d’étranges similitudes avec un roman jamais publié et écrit par le propre père de Shinichi dix ans plus tôt. Un mystère riche et habile, adroitement démêlé : toujours un peu les mêmes ficelles (sans jeu de mots), mais ça marche toujours avec une étonnante facilité. L’ombre d’un tueur en série plane sur la troisième et dernière intrigue, un homme qui semble avoir jeté son dévolu sur Sonoko. Une intrigue un peu plus classique à mon goût, mais riche en émotions fortes pour nos héros, et qui est savoureuse quand on comprend la méprise et raison pour laquelle le criminel cherche à tuer Sonoko. Encore une fois, une très bonne cuvée de la série, toujours aussi addictive !

    22/11/2019 à 20:11

  • Killing Kate

    Alex Lake

    7/10 Kate Armstrong a peur. Dans sa ville de Stockton Heath, un tueur en série sévit. Il étrangle, énuclée et viole ses victimes… Des femmes qui ressemblent toutes à Kate. Sera-t-elle sa prochaine victime ?

    Derrière le pseudonyme d’Alex Lake se dissimule un « écrivain britannique à succès », proclame la maison d’édition. Ici, l’auteur joue à plein la carte de la crédibilité, sans fioriture ni grands effets littéraires. Une écriture simple, sans recherche particulière, donnant à voir des personnages communs – sans que ce terme ne soit péjoratif. Mais ce sont les circonstances qui le sont moins : un tueur en série, visiblement en chasse après des dames étant presque les sosies de l’avocate Kate. Est-elle au centre des préoccupations du monstre ? N’est-ce qu’un hasard ? Une machination ? Kate, après avoir tout juste quitté Phil, son compagnon depuis dix ans, se demande si ce dernier ne serait pas l’assassin, poursuivant ainsi une œuvre de vengeance à l’égard de celle qui l’a abandonné. La peur va alors s’emparer d’elle, avec une paranoïa croissante, et des pans du passé se révéler, faisant le lien avec le court prologue intitulé « Quatre Filles dans le Vent ». Si certains passages sont un peu lents et desservis par un style réduit à sa plus simple expression descriptive, Alex Lake réserve néanmoins une belle surprise quant aux motivations du serial killer, grâce à une pirouette assez habile. Même si on a déjà vu ce subterfuge auparavant chez des écrivains aussi variés que Georges Simenon ou Lee Child pour ne citer qu’eux, à défaut d’être novatrice, cette ficelle est ingénieuse et inattendue.

    Un roman à suspense bien mené, intéressant, même si des scènes auraient gagné à être plus échevelées, sombres ou approfondies, pour un ouvrage à réserver en priorité aux fans de Mary Higgins Clark pour son côté sentimental et au traitement finalement assez sage.

    20/11/2019 à 17:14 1

  • Pièges à la gym !

    Christian Grenier

    8/10 Joyeuse et Albane, les deux maîtresses de notre fameux chat Hercule, se préparent avec Lola, une de leurs amies, à une compétition de gymnastique. Mais voilà que le sort semble s’acharner sur Lola : un sol subitement glissant, des fraises Tagada offertes par un admirateur inconnu, un certificat médical qui disparaît… Et si la jeune fille était en réalité la victime d’une personne jalouse de ses talents ?

    Ce roman extrait de la série consacrée au chat policier Hercule est, une fois de plus, une admirable réussite. Christian Grenier, dont on ne présente plus la bibliographie si généreuse à l’attention des jeunes, nous régale avec ce court opus. Le ton y est toujours badin, malicieux et enjoué, et nous permet de retrouver Hercule, délicieux en limier à quatre pattes. Ici, il accompagne ses amies les jumelles et va se retrouver confronté à quelqu’un qui ne veut pas que du bien à Lola. Dans le même temps, il va devoir côtoyer un perroquet, Olaf, et un chien, Diabolo, aussi costaud que généreux. L’intrigue, typique de la série, séduira sans mal les aficionados, avec un rythme allègre, pas mal d’humour et un ton bienveillant (l’épilogue est d’ailleurs caractéristique de cette inflexion altruiste, sans jamais pour autant verser dans la niaiserie).

    Un très bon petit polar, simple, divertissant et efficace. Un régal pour les jeunes comme pour les moins jeunes.

    20/11/2019 à 17:09 1

  • Les Fils d'Odin

    Harald Gilbers

    8/10 Début 1945. Alors que l’Allemagne nazie vit ses ultimes semaines, Hilde, amie de Richard Oppenheimer, se voit accusée du meurtre et de la mutilation de son ex-mari Erich Hauser. Pour l’ancien commissaire et désormais veilleur dans une banque, il est impossible que cette femme soit coupable, aussi se met-il à enquêter sur ce crime. Une investigation qui va le mener jusqu’à une société secrète particulièrement dangereuse.

    Après Germania, voici le deuxième volet de la série consacrée à Richard Oppenheimer. Harald Gilbers signe un ouvrage particulièrement saisissant, très documenté, qui rend presque palpable l’ambiance si particulière dans le Berlin de cette fin de Seconde Guerre mondiale. Les bombardements, la paranoïa croissante, la terrible peur de l’invasion soviétique, les luttes intestines entre opposants et partisans du régime en place, tout est rendu avec beaucoup de talent et d’intelligence, dans un ahurissant panorama d’apocalypse et d’épouvante. Dans le même temps, l’intrigue est également bien construite. Hauser, ancien médecin à Auschwitz, revient avec une proposition de trafic, sept cent vingt litres de morphine contre de l’argent, et c’est au terme d’un échange qui tourne mal que l’on retrouvera Hauser mort, privé de sa tête et de ses mains. Règlement de comptes mafieux ? Trafiquants trop gourmands ? Exécution politique ? Toutes les pistes seront abordées au gré de ce roman de plus de cinq cents pages, vif et noir. Certains passages retiendront certainement l’attention du lecteur, comme les mécanismes de la justice lors du procès de Hilde, où certains zélés adeptes du régime hitlérien tentent encore de se distinguer, les quelques pages abominables consacrées aux expérimentations des sulfamides sur les prisonniers, ou les moments de pure angoisse pour la population berlinoise lorsqu’approchent les bombardiers alliés et qu’il faut au plus vite rejoindre les abris collectifs (dans le même genre, on peut également s’orienter vers Blackout Baby de Michel Moatti).

    Un livre fort et prenant, même si cette secte ésotérique, contrairement à ce que laisse supposer le titre, n’entre finalement que peu – ou tard – en ligne de compte dans l’intrigue. Un roman qui plonge son lectorat dans une atmosphère particulièrement troublée et anxiogène, et qui donne envie de se ruer sur sa suite, Derniers jours à Berlin.

    20/11/2019 à 17:03 3

  • Un Homme est passé

    Howard Breslin

    9/10 … ou comment l’arrivée impromptue d’un étranger dans le village perdu de Black Rock en vient à bouleverser la monotonie de ses habitants et mettre à jour un tragique fait divers. Tout commence dans une ambiance délicieusement surannée (l’ouvrage datant de 1954), et qui fait immanquablement penser à celles de nombreux westerns, ne seraient ces quelques marques de modernité comme la présence de voitures. Le dénommé Macreedy, vétéran de la Seconde Guerre mondiale, en vient à provoquer la stupeur des habitants de Black Rock en s’arrêtant du train passant par leur village, puisque jamais personne ne s’arrête ici. Les regards s’impatientent, les esprits moulinent, les questions se multiplient : qui est cet inconnu et que veut-il ? On apprendra que Macreedy souhaite rencontrer un vieil Américain d’origine japonaise, Mishu Komako, mais on ignore encore pourquoi. Mais la ville est sous la coupe de Reno Smith, propriétaire terrien (notamment de l’immense ranche le Triple Bar), et il est fort probable que ce dernier a des choses à cacher, ainsi que certains autochtones. La langue de Michael Niall est admirable, et certains passages, notamment dans les premiers chapitres, se boit plus qu’elle ne se lit : c’est sombre, c’est froid (aussi froid que le décor n’est brûlant dans ce patelin isolé en plein désert), et en même temps, agrémenté de belles formules. Un passage résume bien le côté pesant et immobile de ce village : « Oh !... On vient toujours chercher quelque chose dans nos parages. Pour l’historien, c’est le « Far West ». Pour les écrivains, c’est l’ « Ouest sauvage ». Pour les hommes d’affaires, c’est l’ « Ouest inexploité ». Mais pour nous, ce pays c’est notre Ouest à nous : nous l’aimons comme il est. Et tout ce qu’on demande, c’est qu’on nous laisse tranquilles ». Lentement, par petites touches, Macreedy, trouvant quelques bonnes âmes, va finir par affronter psychologiquement puis physiquement Reno et ses sbires (la confrontation entre le héros et Coley Trimble dans le neuvième chapitre est en soi un délice), avant que la lumière ne finisse progressivement par apparaître. Une intrigue remarquable, qui brille par sa vraisemblance et sa simplicité, et qui, dès les années 1950, donnait une belle leçon d’humanité et de lutte contre le racisme, sans jamais tomber dans la diatribe ampoulée. Macreedy saura certes trouver des compagnons mais aussi des traîtres, des petits marquis locaux perclus d’hypocrisie et trop attachés à ces privilèges pécuniaires octroyés par Reno et sa manne. A mes yeux, un petit bijou qui condense ce qui se fait de mieux en la matière : une plume riche et, paradoxalement, toujours sur la retenue, une histoire mémorable, des personnages denses, et, au-delà de l’aspect purement policier, une enquête qui fait mouche, toujours dans cette fausse ambiance de Far West. Ce roman a été adapté en 1955, je vais tâcher de me le voir.

    17/11/2019 à 18:47 2