El Marco Modérateur

2145 votes

  • La Corde d'acier

    José Moselli

    4/10 Un avocat, maître Jacques Milcent, vient de disparaître. Deux jours plus tard, c’est au tour d’un banquier, Séraphin Bernardeau. Le lendemain, c’est le fabricant d’automobiles Henri Gordier qui s’évanouit dans la nature. Problème supplémentaire : deux autres hommes disparaissent et l’on découvre leurs corps bien loin de la France ou de Paris, les chevilles prises dans un lien d’acier. Un policier, Henri Fougeray, parviendra à résoudre ces mystères en série. Un récit fort agréable, empreint de dynamisme, avec des énigmes, de l’aventure, des poursuites, et une villa et un garage fort intrigants. Le policier est un personnage sympathique, ambitieux et tenace, même si le format de la nouvelle ne permet pas de lui octroyer une grande envergure. L’explication est paradoxale : les deux inventions exploitées sont à la fois originales (et indevinables), mais elles sont tellement grosses, tellement capillotractées, que la résolution finale perd toute saveur. Je ne parle même pas des concepts (après tout, pourquoi pas, ça existera peut-être dans plusieurs décennies ou plusieurs siècles…), mais quand l’un des comploteurs essaie d’en expliquer le fonctionnement en prenant l’exemple de ce qui est arrivé au collègue de Fougeray, là, c’est tout bonnement invraisemblable, voire ridicule et risible, et c’est du coup toute la démonstration qui tombe à plat dans cette même chute. Au final, une lecture plaisante mais gâchée par une résolution maladroite, et même grotesque par certains aspects, parce que je veux bien être mené en bateau par un tour de magie ou d’illusionnisme, mais pas pris pour une bourrique par un bonimenteur qui aura mal achevé sa manipulation.

    avant hier à 18:57

  • La Taupe rouge

    Julian Semenov

    9/10 Février 1945. Le IIIe Reich est à l’agonie. Face à la pression militaire, certains nazis tentent de sauver ce qui peut encore l’être, pour des raisons personnelles ou pour la patrie moribonde. Maxime Issaïev, alias Max von Stierlitz, est un agent secret soviétique, qui va tenter de déjouer ces complots et offrir à l’URSS, bannie de ces discussions, un rôle plus important.

    Les Occidentaux ne connaissent guère l’œuvre de Julian Semenov, auteur pourtant célébrissime de l’autre côté de l’Oural, dont l’œuvre a été transposée à la télévision et au cinéma, et à qui un musée est consacré en Crimée. D’ailleurs, la préface de Zakhar Prilepine, écrivain et homme politique, se révèle nécessaire pour comprendre l’homme que fut l’écrivain, quel aura été son parcours et sa philosophie. On assiste sans le moindre temps mort à ce qui s’est déroulé entre le 12 février et le 18 mars 1945 dans l’Allemagne en pleine déchéance, certaines élites cherchant à négocier une paix forcée avec les Anglais et les Américains pendant qu’il en était encore temps. On découvre également le personnage de Max von Stierlitz, officiellement « SS-Standartenführer, […] membre du NSDAP depuis 1933 […] implacable avec les ennemis du Reich », qui est en réalité un espion de l’URSS, et qui va utiliser le pasteur Schlag, entre autres, pour épier ces pourparlers et tout mettre en œuvre pour les stopper. C’est un individu flegmatique, assez philosophe et plutôt placide en apparence, ce qui ne l’empêche nullement d’être très rusé, perspicace et manipulateur, sans compter sa détermination sans faille : la première opération à laquelle il se livre dans le roman, avec une exécution à la clef, fixe d’emblée ce dont il est capable. Au-delà de l’intrigue, c’est aussi une remarquable radioscopie de la dictature nazie en pleine déliquescence qui nous est offerte, avec ses complots, ses coups bas, ses manœuvres et ses pressions, où chaque rat essaie de trouver sa planche de survie. Adolf Hitler, Hermann Göring, Heinrich Himmler, Joseph Goebbels, Reinhard Heydrich, mais également Winston Churchill et Joseph Staline : tous ces personnages interviennent dans le livre, en chair et en os, ou à travers des enregistrements ou transcriptions de leurs échanges. La fiction se marie à la perfection à la réalité, dans cet ouvrage de premier plan où l’on ne fait qu’entrapercevoir la solide connaissance par Julian Semenov des appareils politiques et d’espionnages des diverses nations concernées.

    Que les amateurs des OSS 117 et adaptations cinématographiques de James Bond passent leur chemin. L’écrivain Julian Semenov nous propose un roman fameux, d’une immense érudition et pourtant accessible, sur la chute des Aigles du Reich et, de manière générale, sur les petits arrangements auxquels se livrent les rapaces quand ils se sentent proches du rang de proies.

    avant hier à 07:07 3

  • Cauchemar à Clown Palace

    R. L. Stine

    7/10 … ou comment Ray Gordon, un jeune ado toujours en action et intenable – surnommé parfois « Ray la grenade » – s’en va faire un stage chez son oncle Alex dans un cirque. Sur place, accueilli par le Clown Kitu – le nom de scène d’Alex une fois grimé, Ray va vite se rendre compte que quelque chose cloche, comme ces clowns qui disparaissent après avoir participé à une séance de tombe-à-l’eau, ou encore la présence inquiétante de Monsieur Tête-qui-rit et de l’énigmatique Epouvanteur. J’ai trouvé cet opus très réussi, notamment parce que, même si on retrouve le cahier des charges confié à R. L. Stine dûment rempli (cliffhangers à la fin des chapitres, écriture simple et prenante, univers gentiment anxiogène, pitch intrigant, etc.), je l’ai senti aussi plus « mûr », à savoir peut-être plus adulte. Ce que l’auteur a imaginé autour de la disparition de ces clowns et de la machination montée par l’Epouvanteur est bien trouvée, au point que cela aurait même pu être exploité dans un thriller pour des lecteurs bien plus âgés. Dans le même temps, certains éléments – comme l’humour volontairement décalé et à double sens des clowns – finissent par créer un climat délicieusement inquiétant et ténébreux, et qui s’achève avec une révélation que je n’attendais pas et qui m’a plu. Bon, certes, l’épilogue ne m’a pas paru très épatant, mais il est plutôt surprenant et plaira sans nul doute aux jeunes lecteurs auxquels ce livre se destine. Bref, sans constituer pour autant l’un des meilleurs ouvrages de l’écrivain, il est, à mes yeux, réussi et efficace, en plus de proposer un scénario original et dont on peut se souvenir plus longtemps que ceux d’autres livres de la série « Chair de poule ».

    23/01/2021 à 19:37 2

  • Détective Conan Tome 62

    Gosho Aoyama

    8/10 La résolution de l’intrigue, inachevée, du tome 61, où un détail « vestimentaire » va attirer l’attention de Shinichi : simple mais efficace. La suivante commence avec la découverte du corps d’un homme dans le cagibi de sa maison, visiblement étranglé : une aussi simple et efficace histoire, avec quelques détails bien sentis qui vont perdre le criminel. « Le Village de la haine » nous montre Conan retrouver sa taille normale, originelle, après y avoir été attiré par une lettre, tandis que l’on évoque un être curieux vivant dans la forêt : amnésique puis persuadé d’avoir agressé une femme avec un couteau. Une enquête plus longue qu’à l’accoutumée, riche de rebondissements et passionnante ! Enfin, la dernière, à peine amorcée, nous propose un meurtre en chambre close, ou, plus exactement, un meurtre en voiture close. Un très bon opus de la série !

    22/01/2021 à 17:42 1

  • Silencer tome 2

    Buronson, Yuka Nagate

    8/10 On retrouve Iba et Shizuka aux trousses de l’escroc qui a décampé en emportant avec lui les économies (obtenues par corruption et trafics) du policier, mais aussi celles d’un gangster. Résolution de cette affaire, avant que le duo d’enquêteurs en marge s’intéresse à un suicide collectif dissimulant une sordide histoire de viols. On en apprend un peu plus sur le passé de Shizuka, notamment au cours d’un enlèvement. Escroquerie, tripot clandestin, réapparition de la « division 39 » : un scénario toujours aussi sombre, un ton très cadencé, des personnages peu recommandables et hautement attrayants, et un graphisme léché qui souligne avec talent l’action et le suspense. Un pur régal.

    21/01/2021 à 19:11 1

  • Mission exploration

    Agnès Laroche

    8/10 Vous incarnez Marlo, un jeune astronaute qui participe à un voyage d’exploration sur la lointaine planète Andelka afin d’en vérifier l’habitabilité. Mais rapidement, vous vous rendez compte que la quasi-totalité de l’équipage a disparu, mis à part Alma. Que s’est-il passé ? A vous de devenir l’enquêteur, de comprendre la situation, et de sauver les autres membres de l’expédition.

    On connaissait déjà fort bien [per|Laroche+Agnès], avec notamment ses très réussis [pol|Le Fantôme de Sarah Fisher], [pol|Sauve-toi Nora !], [pol|Cœurs en fuite] ou [pol|Chasseur de voleurs]. Elle a également lancé la collection Les mystères dont vous êtes les héros, dont ce Mission exploration est le quatrième opus. Le décor est très rapidement planté, et le suspense est presque immédiat. Comme dans tous les ouvrages de ce type, le lecteur – qui est donc également acteur grâce à sa réflexion, ses déductions et son flair – se voit proposer à la fin de chaque chapitre le choix entre deux possibilités, l’emmenant alors sur des routes indépendantes. Mais ici, on ne retrouve pas les écueils que l’on peut parfois trouver. Les bifurcations sont nombreuses, radicalement différentes, menant parfois à l’échec sans qu’il soit possible de revenir en arrière, comme dans les jeux vidéo où il est possible de sauvegarder la progression et revenir à l’endroit voulu. En outre, l’ouvrage ne propose pas moins de vingt-trois fins possibles, dont certaines, peu satisfaisantes aux yeux de l’écrivaine, sont qualifiées de « Pas mal ! », engageant le lecteur à réessayer jusqu’à obtenir un succès plus franc. Traduction : cet opus se montre consistant, résistant, et si addictif que l’on se fera un plaisir, voire un devoir, de recommencer, encore et encore, pour tester toutes les possibilités offertes.

    Un livre-jeu particulièrement réussi et solide, et qui permettra même aux moins jeunes de retrouver leur âme d’enfant. Une bien belle réussite.

    21/01/2021 à 06:58 3

  • Anguilles démoniaques tome 1

    Yusuke Ochiai, Yu Takada

    8/10 Parce qu’il est endetté jusqu’aux yeux, Masaru Kurami se voit obligé de travailler pour le patron de la « Chiwaki Enterprise » qui le débarrassera de ses découverts en échange de quoi Masaru va devenir son homme de main en récupérant des créances en son nom. Il va maintenant devoir transporter un colis d’une cinquantaine de kilos dont il ignore le contenu exact avant d’être relooké pour avoir vraiment la tête de l’emploi. Sept chapitres sombres et qui s’emboîtent habilement pour brosser le portrait en clair-obscur (au sens moral comme esthétique) de Masaru, devenant graduellement le chien de chasse de son boss. Pas mal d’éléments marquants, comme l’insalubrité de Kuromu, le visage brûlé de Hide qui vient même hanter les pensées de Masaru, le contenu mystérieux de ces colis transportés, ou les amours visiblement naissantes de notre recouvreur de dettes. Je suis séduit par cet opus et j’essaierai de me procurer les suivants.

    19/01/2021 à 19:41 1

  • Tista tome 1

    Tatsuya Endo

    6/10 Stabano Frapechino : c’est le parrain qui vient d’être abattu à New York par un sniper qui a réussi à dégommer sa cible à plus de mille yards dans un véhicule en mouvement, et l’on prête déjà ce tir remarquable à « Sœur Militia ». Mais cette tueuse professionnelle est dissimulée sous l’identité de Tista Lone, une jeune fille un peu paumée mais mue par une forme d’idéologie colorée par la religion. Un manga assez vitaminé, riche en action et autres fusillades, mais un peu plus plan-plan du point de vue de l’intrigue, même si les connotations et autres références religieuses réhaussent l’ensemble.

    18/01/2021 à 16:56 1

  • Goth

    Ôiwa Kendi, Otsuichi

    7/10 Une affaire criminelle secoue les médias : un tueur sectionne les mains de ses victimes. Adultes, enfants, pattes d’animaux, tout y passe. Morino et Kamiyama, deux lycéens aux attraits communs pour la mort, vont sceller leur étrange connexion via cette histoire qui les connecte de façon très intime. Un professeur qui démembre ses victimes (son identité est un peu trop vite révélée) et d’autres criminels bien tordus nous permettent de faire connaissance avec ces deux adolescents, alors que la jeune fille dissimule un pan sacrément douloureux de son passé. Des traits un peu fades à mes yeux (mais peut-être est-ce dû au fait que ce manga date de 2003), mais une histoire plutôt surprenante, par moments assez gore, et qui m’a surtout marqué – et surpris – dans le long final, avec la résolution de l’affaire concernant Morino, et l’avant-dernière page très dure, magnifiant la relation si spéciale entre les deux protagonistes.

    17/01/2021 à 19:49 2

  • Il pleut bergère...

    Georges Simenon

    9/10 … ou le récit de Jérôme Lecœur qui, enfant a vécu une succession d’événements mémorables alors que sa ville normande était battue par une pluie noire : son amitié atypique avec Albert Ramburges, avec lequel il n’a pourtant jamais échangé un mot ni ne l’a même touché, simplement en l’observant depuis sa fenêtre ; l’arrivée dans le foyer de la venimeuse et horrible tante Valérie qui souhaite récupérer sa maison pour la léguer aux parents de Jérôme, mais uniquement pour pouvoir y vivre à leurs côtés ; et l’ambiance fiévreuse lié à un récent attentat orchestré par les anarchistes et dont Gaston, le père d’Albert, pourrait être l’un des instigateurs. Mais Jérôme a des soucis de mémoire, recolle les morceaux comme il peut, et ça n’est quand dans les dernières pages que tout se résoudra en parlant avec sa mère, désormais bien âgée, notamment à propos de ce qui est arrivé à Albert, Gaston et Valérie. Ainsi résumé à la va-vite, ce roman peut donner l’impression d’être fiévreux, endiablé, mais on est chez l’immense Georges Simenon, ici, et cette fièvre, pourtant bien présente, cède le pas à un récit en apparence calme, assagi, parfois kaléidoscopique, dont le narrateur recoud les morceaux à mesure qu’il s’en souvient. Ce qui m’a le plus marqué dans cet opus, c’est d’ailleurs ce paradoxe, encore plus qu’avec toutes mes autres lectures des ouvrages du maître belge : cet étonnant paradoxe, puisqu’il y a beaucoup d’événements, et dans le même temps, on a l’impression qu’il ne s’y passe rien. C’est une remarquable tranche de vie, avec même plusieurs tranches puisqu’il y a diverses vies qui sont étudiées, et je retiendrai volontiers ce feu d’artifice flamboyant. Le personnage de tante Valérie, dont les descriptions physiques sont de petits bijoux d’acide, sans compter son âme envenimée, malveillante, prête à instiller le poison de son fiel en tous lieux et en toutes occasions, que ça soit dans sa propre famille comme lors des manifestations en fin d’ouvrage. La relation sibylline entre les deux enfants, si baroque puisqu’au final, ils ne se connaissent pas. Jérôme, en enfant qui sait se protéger du monde des adultes en retrouvant son univers aérien et innocent, ce qui ne l’empêche nullement d’affronter verbalement sa tante ou tenter de venir en aide à une femme en étant sur le point de lui offrir de la nourriture. La foule, animaux en meute, masse sombre et abêtie, satisfaite de pouvoir hurler avec ses semblables, que ça soit pour souhaiter le lynchage d’un homme dont ils ne savent rien ou pour demander la mort de policiers, comme ça, pour rien. Et puis, il y a aussi des moments de pure grâce, qu’elle soit profondément poignante (quand Jérôme découvre l’existence d’un autre membre de sa famille et qui n’a pas survécu), d’un humour à froid particulièrement inattendu (ah, le coup des poireaux…) ou quand Georges Simenon évoque la force des souvenirs, le passé, les troubles mémoriels, le tout à travers les yeux et les mots d’un gosse dont les attitudes et réparties sont retranscrites avec maestria. Bref, un roman qui aura eu un immense impact sur moi et dont je me souviendrai encore très longtemps, et selon moi l’un des meilleurs de Simenon.

    11/01/2021 à 19:32 4

  • Dilemme

    Sandrine Roy

    8/10 Nathan Lemonnier, sept ans, est le seul survivant du massacre de sa famille. Un inconnu s’est introduit dans la maison familiale avant de perpétrer un carnage. Nathan est confié aux bons soins d’Agathe Delcourt, pédopsychologue, tandis que l’enquête revient au lieutenant Louis Salvant-Perret et à ses collègues. Cet homicide multiple fait écho à une affaire similaire, ayant eu lieu quatorze ans plus tôt : le tueur serait-il de nouveau à l’œuvre ?

    Principalement connue pour sa série consacrée à Lynwood Miller, Sandrine Roy nous gratifie avec ce Dilemme d’un roman à suspense autonome. On est aussitôt plongé dans l’ambiance, avec ce tourmenteur, visiblement enflammé dès qu’il est question d’écologie, de surpopulation ou de gabegie, en 2000, avant la survenue, bien des années plus tard, d’autres carnages. C’est alors que l’on découvre une plume particulièrement enthousiasmante, et bien moins sombre et froide que ne le laissait augurer l’entame du livre : Sandrine Roy s’inscrit bien davantage dans le sillon de Laurent Scalese que de Maxime Chattam, pour résumer. Aucune surenchère sanglante ni pyrotechnie insensée, sans compter que les divers protagonistes ne sont pas tourmentés ni fissurés comme on a tant l’habitude de le voir ailleurs. Par exemple, Louis, surnommé « Le Prince du central », est un type presque sans histoire, toujours calme et poli même lorsque la situation se corse, et dont les frictions avec sa fille France-Alix ne vient pas bouleverser son métier. On apprécie également Maud Cortès, lieutenant au cœur immense ou encore Hébrard, sympathique version policière de Jean-Claude Dusse, toujours prêt à conclure mais n’arrivant jamais jusqu’à cette ligne d’arrivée. Cependant, l’intrigue n’en demeure pas moins soutenue, avec de nombreux rebondissements et autres interrogations (à quoi correspondent ces initiales retrouvées sur l’envers des matelas ?), maintenant un haut niveau de suspense. Et la fin de l’ouvrage est également solide, avec une résolution de l’énigme fort habile.

    Un roman d’une très bonne tenue, inspiré, où Sandrine Roy aligne astucieusement quelques références à ses auteurs apparemment préférés, comme Fred Vargas, Pierre Lemaitre ou Christian Blanchard. L’ouvrage idéal pour un bon moment de lecture décomplexée, loin des ombres américaines du thriller.

    11/01/2021 à 07:14 4

  • Lady Elliot Island

    Christophe Guillaumot

    7/10 Clara est une youtubeuse, influenceuse presque professionnelle, mais son jeune âge ne l’empêche pas de déjà tomber dans les travers de ce milieu : acide, cassante, entourée de sa meute de suiveurs, elle ne voit le monde que du haut de sa tour dorée. Pour son anniversaire, son père lui offre six billets d’avion pour rejoindre Lady Elliot Island, à l’est de l’Australie. Parce qu’il lui reste deux billets sur les bras après avoir confié les autres à ses proches, elle organise un jeu sur les réseaux sociaux pour dégoter les deux derniers voyageurs, qui seront deux inconnus. Mais sur place, l’île réserve de bien mauvaises rencontres et autres incidents : en voudrait-on à Clara ?

    De Christophe Guillaumot, on connaît surtout ses polars destinés aux adultes, comme Chasses à l’homme ou Abattez les grands arbres, et voilà qu’il se lance dans la littérature pour la jeunesse. On est immédiatement pris par le récit : des chapitres qui s’enchaînent brillamment, un rythme qui ne faiblit pas, et des personnages décrits avec un nécessaire vitriol. Clara est très bien croquée : imbue d’elle-même, ne se considérant qu’à l’aune de la fallacieuse et insipide « popularité » des réseaux sociaux, méprisant avec une morgue inouïe celles et ceux qui ne font pas partie de sa caste, et ce ne sont pas ses récents problèmes de vue qui la portent à plus d’humanité. Mais dès que nos jeunes débarquent sur l’île, les imprévus se multiplient : une araignée dans la chambre de Clara, les communications hors service, un incendie, un vol… Le ton policier est réussi, l’ambiance délicieusement oppressante, et la faune locale ne fait qu’accroître cette atmosphère anxiogène. Cependant, Christophe Guillaumot se perd un peu dans le dernier tiers : quelques passages existentiels et presque chamaniques, avec la présence d’un Aborigène, même s’ils sont agréables, débarquent dans le récit de manière inattendue et pas nécessairement harmonieuse. D’autre part, les motivations du saboteur, même si elles sont crédibles, sont sans réelle originalité, au point de décevoir. Mais il n’en demeure pas moins que la peinture du milieu artificiel dans lequel baigne notre héroïne est une réussite.

    A mi-chemin entre le polar et la littérature blanche pour les adolescents, une nouvelle corde à l’arc de Christophe Guillaumot, dont on espère déjà d’autres polars pour la jeunesse.

    07/01/2021 à 18:53 2

  • La Prof de la mort

    R. L. Stine

    4/10 … ou comment le jeune Tommy Farrelly, issu d’une famille où chaque membre est dressé, plus qu’éduqué, à s’extirper du lot et à devenir un winner, doit se rendre sur l’île des Gagnants afin de se parfaire. Sauf que sur place, cela tourne à l’affrontement constant entre tous ces ados challengers, sous la houlette de Madame Maaargh, une professeure à l’allure de monstre qui prétend qu’elle mangera le perdant de cette compétition. On est ici en terrain connu, avec tout l’univers de R. L. Stine synthétisé en un seul opus : des cliffhangers à chaque fin de chapitre, une écriture simple et efficace, un scénario apte à alerter les jeunes esprits amateurs de sensations fortes, une structure prenante, et une entité plutôt inquiétante en la personne de cette enseignante cannibale. Malgré tout, j’ai trouvé cet opus un cran en-dessous de la moyenne des autres « Chair de poule » : un univers trop déjanté, presque artificiel, dont je me suis senti exclu d’entrée de jeu, des tentatives d’humour qui m’ont laissé froid, des rebondissements un peu maigres, et un final en deux temps dont le premier a confiné à mes yeux au grotesque tant il était téléphoné, et le second prévisible et sans réelle saveur. Bref, il me fait penser à la composition d’un élève trop sûr de lui, finalement assez scolaire, restant dans sa zone de confort, et jouant une énième fois une partition connue d’avance et sans le moindre piment.

    06/01/2021 à 19:50 3

  • Firefly tome 2

    Koike Nokuto

    7/10 Le sillon fantastique se creuse davantage, et les membres de la famille apprennent quelques règles de survie et reçoivent des explications quant au dérèglement local de la situation. Les relations se crispent sacrément après le décès de Terumi, et les premières créatures apparaissent. L’aspect anxiogène est encore bien présent, le graphisme mi oriental mi occidental soigné, mais une fois la surprise du premier tome passée et le décor déjà planté, j’ai trouvé cet opus (un tout petit peu) moins bon, car moins surprenant. Néanmoins, la scène finale avec la découverte de la trappe et de ce qu’elle contient maintient habilement le suspense et l’envie de poursuivre la série.

    06/01/2021 à 19:49 1

  • Doubt volume 3

    Yoshiki Tonogai

    7/10 Après tant de temps après le tome 2 (dont j’avais gardé un souvenir plutôt sympa), je replonge dans cet univers anxiogène de folie et de paranoïa. Le suspense est bien maintenu, et l’identité du tueur revêtant un masque de lapin demeure inconnue malgré quelques pistes. Le graphisme est léché et a plutôt bien vieilli, et l’intrigue, sans être renversante d’originalité, saisit bien l’attention. Quelques bons moments, comme cet affrontement presque final dans les toilettes. Le seul hic, à part le léger manque d’originalité, est que j’ai un peu oublié l’intrigue depuis le temps, ce qui fait que j’ai eu du mal à me remémorer les deux opus précédents, et donc leurs tenants et aboutissants.

    06/01/2021 à 19:48 1

  • Secret d'état

    Jack Heath

    8/10 Parce que sa famille a désespérément besoin d’argent, Jarli Durras accepte de participer à une proposition émanant du Ministère de la Défense australien : utiliser la fameuse application qu’il a développée afin de vérifier si l’interlocuteur ment ou pas lors de la conférence de presse du Ministre. Sauf que Jarli ne se doute absolument pas du fait qu’il est tombé dans un piège.

    Troisième épisode des Chroniques de Kelton, ce Secret d’Etat séduit à la même vitesse que les deux précédents opus, à savoir d’entrée de jeu. On y découvre Jarli et son camarade Doug en train de s’adonner au combat de robots avant que le passé de Doug ne revienne à la surface de manière imprévue. Jack Heath, à qui l’on doit également beaucoup d’autres ouvrages pour la jeunesse ainsi que l’excellent Mange tes morts, nous revient en très grande forme, avec cette intrigue aux nombreux rebondissements, où se mêlent diverses histoires et questions mystérieuses. Qui est cet étrange « Ninja rouge » dont la silhouette hante les nuits de la ville de Kelton ? Le magnat Plowman cache-t-il certains secrets ? Quel est le lien avec cette histoire de raid manqué et d’adolescents ayant disparu ? Toutes ces interrogations connaîtront leurs réponses au gré de cet opus particulièrement nerveux et enlevé, mais où jamais l’action ne devient pesante au point d’écraser les autres fondements que sont la réflexion ou les sentiments. Jack Heath parvient à nous emmener du début à la fin de l’ouvrage sans que l’on s’en rende compte, avec un final sacrément étourdissant autour de la révélation de l’identité – provisoire – de Cobra, l’un des hommes de main du terrible Viper.

    Un opus d’une grande tonicité, riche en événements, nourrissant avec intelligence la série. On a déjà hâte de connaître la suite.

    05/01/2021 à 09:29 3

  • No Guns Life tome 3

    Tasuku Karasuma

    7/10 Le troisième tome d’une série qui continue de me réjouir, et c’est toujours un plaisir que de retrouver Jûzô, même si ce début d’opus le met dans une situation particulièrement peu enviable. Le premier combat face à l’autre robot (Armed Sai) est un peu longuet même s’il est brillamment dessiné, mais juste après, l’intrigue ne reprend que de plus belle (notamment avec « La Racine »). Un projet d’attentat terroriste dans un train clôture presque cet opus assez vitaminé.

    04/01/2021 à 20:58 1

  • La Pourpre et l'or

    Philippe Delaby, Jean Dufaux

    7/10 Lors d’un combat de gladiateur, le fils de Claude, demande à ce que l’on épargne un Nubien, et ce dernier deviendra son ami. Dans l’ombre, des complots se nouent pour obtenir le pouvoir, notamment Agrippine qui souhaite tuer son époux afin de faire monter sur la plus haute marche du pouvoir son fils Néron. Une évocation qui semble bien tenir la route du point de vue historique (je ne suis pas expert en la matière), avec un graphisme un peu désuet mais qui se laisse encore bien admirer, et une biopsie de la société romaine antique dans ce qu’elle peut avoir de plus dur (les empoisonnements, les combats de gladiateurs, des meurtres commandités, etc.). A noter, pour les âmes sensibles, des scènes de nudité (pas de sexe, juste de nudité) et une tête tranchée dans l’une des dernières pages. Également à noter en fin d’ouvrage : un glossaire intéressant et une bibliographie instructive. A mes yeux, rien de renversant ni de franchement mémorable, mais ça reste très agréable, et ça me change de mes lectures du moment.

    03/01/2021 à 17:16 2

  • Teleski qui croyait prendre

    Florian P. Dennisson

    8/10 … ou comment Gabriel Lecouvreur, alias « Le Poulpe », en vient à découvrir la mort de Guillaume Verdannet, nabab de Courchevel, torturé et assassiné chez lui après ce qui ressemble à un cambriolage qui aura mal tourné. Sauf que, bien évidemment, la réalité va bien au-delà des apparences. Je n’avais pas lu d’opus du Poulpe depuis un sacré bail (depuis la disparition de la collection, en fait), et c’est avec plaisir que je me suis replongé dans cet univers si particulier, d’autant que l’auteur, Florian P. Dennisson, explique dans sa postface qu’il s’est régalé à écrire ce livre alors qu’il était susceptible d’être publié aux grandes heures des éditions Baleine. Au programme : une famille qui dissimule bien ses secrets, un tenancier de boîte de nuit qui cache également son jeu, la très chic ville de Courchevel, la belle Anaïs, et une sordide histoire qui ressort des égouts du passé. J’ai adoré la façon dont l’écrivain s’était fondu dans le cahier de charges du détective libertaire, avec le style et le ton, les passages obligés, les personnages récurrents, l’ouvrage qui lit Gabriel et qui sert de colonne vertébrale au récit, etc. Une petite exception : l’épilogue, un exercice inédit à ma connaissance). Une enquête intelligemment bâtie et construite, avec du suspense, les chausse-trapes, les coups tordus, les alliés du Poulpe (ici, un Irlandais et ses cambrioleurs Robin des bois). Bref, beaucoup de plaisir pour moi avec ce rejaillissement de la série, même pirate, en espérant très sincèrement qu’il y en aura d’autres. Un regret ? Oui : le nombre faramineux de fautes d’orthographes et de coquilles.

    17/12/2020 à 18:31 2

  • Ichi The Killer tome 9

    Hideo Yamamoto

    8/10 Maintenant qu’ils savent qu’Ichi est dans leur immeuble, ses trois adversaires n’ont plus qu’à le trouver. Après une dernière communication téléphonique avec son ancienne « victime », Ichi se lance dans la bataille. La confrontation avec le dernier des jumeaux est un peu trop expédiée à mon goût mais celle avec Kakihara tient toutes ses promesses, jusqu’à ce que Kaneko vienne s’interposer. Un très bon moment dans la série, d’autant que le dernier tome, en approche, réserve l’affrontement entre Ichi et Kakihara qui promet d’être autant physique que psychologique.

    17/12/2020 à 18:29