El Marco Modérateur

3798 votes

  • Oseras-tu ?

    Alain Mounier

    4/10 Un troisième tome qui vient clore ce cycle premier, mais l’ensemble demeure assez mou et décevant : la révélation finale peut surprendre mais elle demeure une désillusion à mes yeux, d’autant qu’elle me paraît incomplète. Visiblement, la suite n’est pas parue, et le lecteur que je suis se retrouve du coup le bec dans de l’eau – et pas spécialement potable, cette eau, en plus. Globalement décevant, donc.

    hier à 07:57

  • Miracles

    Alain Mounier

    5/10 Erica Liebowicz essaie de reprendre de l’énergie au sein de la communauté qui l’a recueillie et elle est toujours sujette à des visions, notamment d’un carnage. Le côté surnaturel ressurgit avec davantage de force (les hommes poussés à retourner leurs armes contre eux), mais je continue de trouver cette série un brin bavarde et manquant de rythme. Vivement le troisième et dernier tome pour connaître le fin mot de cette histoire que j’espère surprenant.

    hier à 07:56

  • La prochaine fille

    Kate Bold

    6/10 Rachel Martinez a été la première victime d’un tueur en série qui s’en prenait à des SDF. La policière Meg Thorne, proche de la retraite et encore meurtrie par l’assassinat inexpliqué et irrésolu de son mari James, enquête sur ce cas alors que le prédateur est sorti de son inactivité.
    Un roman à suspense plutôt classique, avec son lot de fausses pistes et de rebondissements. Kate Bold maîtrise son sujet, c’est globalement attendu mais j’ai apprécié le fait que l’héroïne ne soit pas une profileuse omnisciente ni parfaite : pugnace, prête à prendre des libertés avec les procédures, elle doute, a peur, montre des fragilités. Le mobile du tueur n’a rien de renversant ni de mémorable mais ça tient la route et ça demeure vraisemblable. Bref, un ouvrage assez réussi et distrayant.

    avant hier à 07:35 1

  • La Vipère de Staline

    Maza, Richard D. Nolane

    5/10 Ce vingt-quatrième tome continue de jouer la montre et, même si les graphismes demeurent globalement intéressants et l’histoire plutôt agréable à suivre avec le retour des éléments paranormaux liés à la soucoupe volante, ça continue de s’étirer inlassablement en longueur. Je pense très sincèrement que seuls les fans de cette série seraient capables de dire avec précision en quoi le tome 21 est différent du précédent, ou ce que le 22 a de spécifique. Même l’intervention téléphonique finale de Staline pourrait relancer mon intérêt, mais j’ai été tant de fois déçu par le passé avec ce genre d’espoir que je crains d’être à nouveau dépité.

    11/02/2026 à 18:10

  • Nouveaux prédateurs

    Maza, Richard D. Nolane

    6/10 Un vingt-troisième tome qui commence dans le Nevada, et c’est le retour en trombe de la pilote qui se sent possédée par sa machine (« Je suis l’avion »). Etats-Unis, Roumanie, Allemagne, Algérie : on voyage beaucoup et cette BD est plus nerveuse que la précédente, mais j’ai vraiment l’impression que le scénariste tricote et dévide sa pelote un peu à vide. Je croise les doigts pour que la réanimation de l’appareil volant extraterrestre en fin d’ouvrage aille (enfin) apporter un coup de fouet à l’histoire.

    11/02/2026 à 18:09 1

  • Destins

    Magali Collet

    7/10 Une nouvelle écrite à la première personne. Deux semaines auparavant : Mathilde (la narratrice), mariée et mère de trois enfants, veut se suicider en sautant du haut d’un pont mais une femme l’interrompt et lui propose une sorte de pacte : ‘Donne-moi 5000 euros et 10 jours de ta vie. Dans 10 jours, je te ramènerai ici. » Une invitation à une sorte d’expérience menée avec deux inconnus, où il y sera question de trois photos quotidiennes, de claustration et de jeûne.
    Un récit très curieux, mêlant réalité du quotidien à une ambiance étrangement occulte, presque surréaliste, assez ouverte quant aux diverses interprétations possibles. L’écriture est vraiment belle et poignante, notamment, en quelques lignes habilement ciselées, sur les portraits psychologiques de Mathilde comme de l’adolescent de l’épilogue. J’y ai vu une sorte de référence aux écrits d’Edgar Allan Poe, presque une descendance, mais peut-être que l’absence de réponse franche quant à tous les tenants et aboutissants viendra flouer certains lecteurs : je fais partie de ces derniers.

    09/02/2026 à 18:51 2

  • Tapas ou ça casse !!!

    Christophe Arleston, Serge Carrère, Loïc Nicoloff

    6/10 Deux histoires dans ce 18e tome : « Rayon meurtre » et ‘L’évêché était fermé de l’intérieur ». Un homme essaie d’abattre une star de la télé lors d’une séance de dédicace avant de s’envoler en deltaplane : une vengeance et un chantage venus d’Afrique sont à l’œuvre. Dans la seconde histoire, des malfrats réalisent une prise d’otages au dernier étage d’un commissariat marseillais. Si le premier récit est intéressant, le second l’est à mes yeux beaucoup moins, mais on retrouve avec plaisir l’humour bienvenu, les courses-poursuites insolites et le ton débridé qui sied si bien à la série. Globalement plaisant malgré tout.

    07/02/2026 à 07:52

  • Une fois qu'il a vu

    Molly Black

    7/10 Alors qu’elle traquait un tueur en série – « L’Artiste », – l’agent spécial du FBI Claire King a été victime d’une explosion qu’il l’a envoyée dans le coma, son cerveau privé d’oxygène pendant dix-sept minutes. Elle a vécu une sorte d’expérience de mort imminente et est revenue parmi les vivants avec des hallucinations terribles qui pourraient bien lui être utiles dans le cadre de ses enquêtes. Là, un tueur en série laisse dans son sillage des cadavres de femmes sur lesquelles on retrouve à chaque fois un bandeau de fourrure sur les yeux.
    Un roman qui exploite assez bien le thème de l’EMI, des visions paranormales et de la médiumnité, avec une héroïne qui correspond au cahier des charges des ouvrages de Molly Black, Blake Pierce, Ava Strong et consorts. Le rythme est intéressant, les fausses pistes assez habiles (notamment avec ce magicien/prestidigitateur), et au-delà du côté formel plutôt réjouissant, c’est le mobile autant que la personnalité du tueur en série qui surprend par sa qualité : c’est un individu qui terrifie autant qu’il émeut, et sa rencontre finale avec Claire King est d’ailleurs réussie puisqu’elle nous épargne le cliché du monstre sanguinaire et définitivement psychopathe. La carte postale reçue à la toute fin du livre est certes attendue, mais l’ensemble est efficace, distractif, et plutôt au-dessus de la mêlée des différents auteurs précités.

    04/02/2026 à 19:19 1

  • 10 heures pour une vie

    Nathalie Somers

    8/10 Alex invite trois de ses amis – Inès, Sami et Léa – dans le manoir de son oncle qui a transformé l’édifice en escape game. Alors qu’une puissante tempête de neige s’amorce, voilà que Léa disparaît. La situation est d’autant plus alarmante que l’adolescente, diabétique, a besoin de sa piqûre journalière.

    Nathalie Somers signe ici un ouvrage très réussi. Sur le thème classique du huis clos et de la disparition inquiétante, elle brode une ambiance lourde de mystère, de menace et d’urgence. Les personnages sont bien campés, le récit trépidant, les dialogues claquent et la résolution s’avère convaincante. Le livre a en outre le bon goût d’être concis et ce format lapidaire se conjugue avec bonheur à ce tempo nerveux – à moins que ça ne soit l’inverse. Les épreuves que vont rencontrer et affronter les protagonistes sont efficaces, depuis les vents impétueux qui soufflent hors de cette effrayante citadelle à la retenue d’eau gelée.

    Un roman très bien imaginé et mené, où l’écrivaine s’illustre par la simplicité d’une intrigue et la totale absence de temps morts.

    02/02/2026 à 06:39 2

  • Sur ses talons

    Blake Pierce

    7/10 Kari Blackhorse revient sur ses terres natales, dans une réserve indienne de l’Arizona, pour y officier en tant qu’inspectrice. Son père était au FBI et sa mère a été assassinée dans des conditions qui n’ont toujours pas été éclaircies. C’est d’abord un professeur en minéralogie qui est retrouvé tué selon un rituel indien mais qui a, semble-t-il, été mal interprété et exécuté. Kari va alors devoir fait la part entre son identité indienne et son savoir-faire d’enquêtrice pour mettre fin aux agissements d’un tueur qui ne fait que débuter sa croisade meurtrière.
    Un roman intéressant de la part de Blake Pierce (ou de l’un des écrivains de l’ombre regroupés sous ce pseudonyme), avec une écriture efficace, un cahier des charges certes attendu mais convenablement rempli, un suspense prenant et l’absence de temps morts. Cet ouvrage se distingue notamment du reste des autres livres de l’auteur par un style un peu supérieur, un sens de l’action (cf. la confrontation finale) et une belle cohérence de l’ensemble. Certes, le coup du sachet de médecine dans l’épilogue pourra faire sourire parce que poussant un peu loin le curseur de la mythologie indienne, mais cet écueil mis à part, c’est globalement très positif.

    01/02/2026 à 07:42 1

  • Le Silence des nonnes

    Marie Capron

    8/10 La commissaire Priya Dharmesh est en train de poursuivre ce parcours du combattant administratif pour adopter Lison Ober quand elle reçoit un coup de fil étrange : douze nonnes se sont enfermées dans leur carmel. Sur place, la découverte est vertigineuse : les sœurs se sont entredévorées. La piste d’un produit toxique susceptible de conduire des individus à la folie anthropophage surprend, mais le doute n’est plus permis lorsqu’un autre carnage du même genre se déroule dans une boîte libertine.

    Après La Fille du boucher, Marie Capron est revenue en 2024 avec cet ouvrage qui met à nouveau en scène l’enquêtrice Priya Dharmesh. C’est « une petite bonne femme d’un mètre soixante, d’origine réunionnaise », qui a cinquante-quatre ans, un sacré caractère et qui souhaite adopter l’adolescente qu’on avait découverte dans le précédent tome de la série. On retrouve dans cette histoire ce ton si particulier, où les saillies d’un humour à froid côtoient les moments assez glauques, où les réflexions sévères quant à notre société jouxtent des moments d’une belle et généreuse humanité. L’intrigue est très prenante, avec cette drogue concoctée par les petits-enfants d’un chimiste acoquiné à la French Connection et qui va intéresser des agents prêts à semer une profonde discorde dans le pays. Les chapitres sont nerveux, font alterner les points de vue des divers protagonistes, et il n’y a aucun temps mort à déplorer. Marie Capron nous gratifie de moments forts, comme la découvertes des nonnes ou encore cet épilogue, ouvertement inspiré par l’épisode d’Ulysse et de ses camarades tentant de résister aux appels des sirènes. La tension et la paranoïa des habitants du pays sont habilement rendues et cet ouvrage s’achève sur une note poignante.

    Un roman aussi réussi et audacieux que le précédent, ce qui n’est pas peu dire.

    30/01/2026 à 06:37 3

  • Corde et cicatrice

    Marc Zosso

    7/10 L’analyste financier Peter Baldwin a été retrouvé, pendu par les pieds, égorgé et le pénis dans la bouche. Une inconnue a été découverte à ses côtés, gravement blessée. Les deux policiers Wu Ping et Matt Murphy, avec leur collègue Stanley Zhong, tous les trois regroupés dans une cellule d’enquête très particulière baptisée « MP3 », vont commencer à remonter le fil d’une cabale politico-financière de grande ampleur.

    Ce premier tome de la série Opium séduit très rapidement. Le style de Eric Zosso est fluide, souvent enjoué, et le rythme ne manque pas. On y découvre deux protagonistes – Stanley Zhong n’apparaissant qu’assez peu – que l’on aura plaisir à retrouver par la suite : Ping, fin gastronome, adepte du thé comme des proverbes, et drogué aux paris de mah-jong, et Matt, richissime, amateur d’alcool et de call-girls, qui va faire de surprenantes trouvailles quant à sa famille. L’histoire est bien troussée et originale, nous faisant naviguer des sphères politiques au milieu de la finance en passant par de sombres pratiques boursières – les spéculations à la baisse sont intelligemment explicitées – et des corruptions à grande échelle. Eric Zosso pose efficacement les fondements d’une série qui réjouit et que l’on a hâte de suivre même si quelques écueils, dans le fond (des clichés quant à certains personnages) comme dans la forme (des répétitions inutiles, des points d’exclamation surnuméraires ou encore quelques dialogues qui sonnent faux), viennent légèrement ternir le tableau.

    Un roman à suspense d’une belle tenue, singulier et exotique, qui a en outre le mérite d’être concis et équilibré.

    29/01/2026 à 06:56

  • La Guerre aux deux visages

    Christian Chavassieux, Cédric Fernandez

    5/10 Une BD documentée et un dessin très agréable, coloré et avenant, mais certains éléments m’ont fait tiquer : l’ensemble est à mon sens trop épuré et ne montre pas assez la sauvagerie des uns ni la cruauté des autres, les dialogues et commentaires sont trop travaillés pour sembler spontanés et donc crédibles, et je n’ai strictement rien ressenti par rapport à Cortés – son caractère, sa foi, les missions qu’il s’est fixées, etc. – au point d’avoir eu le sentiment qu’il était ici un peu désincarné, sans chair, sans densité. Bref, c’est certainement subjectif, mais personnellement, c’est une déception.

    28/01/2026 à 19:50

  • Oeil pour oeil

    M. J. Arlidge

    9/10 En Angleterre, des personnes ayant purgé leur peine peuvent désormais vivre sous une nouvelle identité garantie par les institutions. Malheureusement, ce secret ne semble pas aussi solide que ça quand des individus s’en prennent à l’un d’entre eux qui préfère se suicider en se jetant du haut d’un pont plutôt que de subir une justice expéditive. Emily essaie de renouer avec la normalité auprès de son adolescent de fils, Sam, tandis que Jack peine à se réinsérer dans la société. Seront-ils les prochaines cibles des délations et des représailles ?

    On connaît principalement l’auteur M. J. Arlidge pour sa série consacrée à Helen Grace, mais il nous régale également avec cet ouvrage indépendant. On retrouve avec un immense plaisir le style et la mécanique de l’écrivain : des chapitres très courts et nombreux (ici, 141 !), une rythmique imparable, des points de vue qui alternent avec allant, et des engrenages scénaristiques parfaitement huilés. L’histoire est immédiatement prenante et s’appuie sur des faits solides (M. J. Arlidge rappelle au début du livre que neuf personnes bénéficient actuellement de ce système de protection au Royaume-Uni), et cette histoire prend une saveur très particulière en raison de cette vraisemblance. D’ailleurs, les questions naîtront nécessairement dans l’esprit des lecteurs : un fautif a-t-il le droit à une seconde chance ? Certains spécimens incurables méritent-ils d’être éliminés ? Ces interrogations légitimes se manifestent au gré de ces portraits croisés, de proches des victimes comme de leurs bourreaux, où des êtres lucides quant à leurs terribles méfaits et désireux de se racheter côtoient des monstres ignobles pour qui la rédemption n’est pas un objectif. On se souviendra ainsi longtemps de Mike dont la gamine handicapée a été massacrée par deux adolescentes, du destin de Jack ou encore du comportement d’Olivia, une agente de probation.

    Un tempo remarquable qui vient souligner un récit exemplaire, bien loin des stéréotypes du genre, avec un large éventail de psychés fracassées, d’individus égarés et de prédateurs à peine ensommeillés. Un thriller de très haute volée où l’aspect policier jouxte de puissantes réflexions humaines.

    27/01/2026 à 06:52 4

  • L'Affaire Echallier

    Michel Montheillet, Stanislas Petrosky

    8/10 Février 1888, à Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Claude Moiroux va mourir : le malheureux a été agressé par balles et à coups de marteau. Avant de trépasser, il confie l’identité de son assassin. Le professeur Alexandre Lacassagne, assisté par son fidèle ami Ange-Clément Huin, vont cependant vite se rendre compte que des éléments clochent, notamment dans le domaine médico-légal.

    Après L'Affaire de l'île Barbe, Stanislas Petrosky est revenu en 2023 avec ce deuxième roman de la série Surin d’Apache. On renoue donc avec Alexandre Lacassagne, personnage ayant réellement existé et qui fut, entre autres, un des pionniers de l’anthropométrie criminelle. Il est accompagné de son loyal compagnon Ange-Clément qui a de plus en plus de mal à dissimuler son passé, avec notamment le détestable sous-inspecteur Auguste Jacob qui se rapprochera dangereusement de la vérité (la scène de détatouage est marquante). Parallèlement à cette belle relation de complicité et de loyauté entre le praticien et son disciple, l’intrigue est vraiment réussie : au gré des quelque cent-cinquante pages, l’auteur montre les balbutiements de la science médico-légale, depuis l’analyse des projectiles balistiques à l’usage de cadavres pour vérifier certaines hypothèses. L’histoire s’avère très crédible et prenante, chargée d’émotions contradictoires, et mise en valeur par une écriture intéressante.

    Stanislas Petrosky continue de nous enchanter avec cette série originale, chaque année donnant lieu à un tome : on ne saurait demander mieux.

    26/01/2026 à 06:57 3

  • La Princesse des abysses

    Patrizio Evangelisti, Patrick Mallet

    6/10 New York, 1892 : on évoque dans un club privé la figure de Cornelius Shiel, érudit, grand collectionneur de livres. Hector Travis, après réception d’une lettre envoyée par ce mystérieux individu, va à sa rencontre : leur entretien va montrer au visiteur les capacités magiques de son hôte.
    Un premier tome au ton ésotérique clairement assumé, aux dessins agréables mais parfois un peu trop bavard. C’est original et assez intéressant, mais le côté magique est un peu trop appuyé selon moi. Est-ce que Satan sera finalement libéré ? A voir dans les opus suivants, mais je ne sais pas encore si je vais poursuivre cette série.

    24/01/2026 à 18:59 1

  • Le Monstre

    Tomm Bulyne, Cee Cee Mia

    6/10 Après une entame prenant pied à Tchernobyl en 1986, retour sur cette île qui abrite des ados orphelins zombis. Séance sous-marine, proposition de manger un cerveau encore sanglant, escalade et dégustation d’œufs d’oiseaux, séances d’alimentations carnassières, etc. seul le rapide flashback sur la contamination prénatale sort un peu du lot. Distractif, certes, mais un peu décevant.

    22/01/2026 à 19:12

  • Point de fuite

    Estelle Tharreau

    9/10 « Alerte rouge tempête » : c’est ce message qui apparaît durant la nuit et prend un aéroport en otage. Dans cet écrin de technologies vaincues par les forces de la Nature, différents personnages apparaissent. Isabella, une femme qui attend le retour de son vétéran de mari, un landau à ses côtés. Adèle Bess, une réceptionniste qui a une étrange relation avec la chambre 217 et le gamin qui s’y trouve. Le capitaine de police Tanabé avec son adjoint Teïki Stalenhag. Un steward qui attend de pouvoir rallier Cotonou. Des criminels qui cherchent à quitter leur passé comme le pays. Au matin, les ténèbres auront volé en éclats.

    Estelle Tharreau est une écrivaine qui a déjà largement séduit avec des ouvrages majeurs comme La Peine du bourreau, Il était une fois la guerre ou encore Le dernier festin des vaincus. Ce nouveau roman est au moins aussi puissant que les précédents. L’histoire allèche, les chapitres défilent à un rythme soutenu et font alterner les points de vue des divers protagonistes. On retrouve la langue si admirable de l’écrivaine, à la fois nerveuse et si subtile, creusant les psychologies des personnages et magnifiant de nombreux passages – ceux mettant en scène les engins luttant contre les affres météorologiques sont de purs bijoux de littérature. Le lecteur perd souvent pied au gré des faces de ce prisme qui se présentent à lui et c’est un remarquable puzzle qui finit par apparaître au terme de ce prodigieux opus. Il y aura du sang, des larmes, des explications et des éclaircissements, mais ça sera surtout une série de révélations particulièrement bien menées. Indéniablement, Estelle Tharreau est une autrice rouée autant qu’exquise, et cette nouvelle performance artistique ne fait que confirmer tout le bien que l’on pense d’elle.

    Un décollage à toute allure, une destination encore inconnue et mystérieuse, des instruments de bord qui semblent devenus fous, des turbulences singulières et malgré tout, un atterrissage de toute beauté : voilà un voyage livresque que l’on ne peut que très chaudement recommander !

    22/01/2026 à 06:55 5

  • Comme si nous étions des fantômes

    Philip Gray

    8/10 Au lendemain de la Première Guerre mondiale, parce qu’elle n’a pas de nouvelles d’Edward Haslam, son amoureux, Amy Vanneck décide de se rendre en France, à Amiens, afin de découvrir ce qui s’est passé. Alors que les soldats luttent encore pour retrouver les corps, les identifier et leur offrir une sépulture décente, treize corps sont retrouvés, visiblement massacrés, du côté de Two Storm Wood. Même si le conflit est terminé, la mort n’a pas fini sa moisson.

    Difficile de ne pas penser au livre Un long dimanche de fiançailles de Sébastien Japrisot en lisant le pitch de cet ouvrage lauréat du Prix Découverte Polars Pourpres 2023, mais là s’arrête la comparaison. Philip Gray s’est appuyé sur une très solide documentation pour construire son récit, et si certains thèmes ont déjà été exploités par le passé, d’autres, comme l’emploi des coolies chinois, l’usage de l’opium ou des drogues de « marche forcée » le sont bien moins. Les différents personnages sont bien caractérisés – d’Amy à son amie Catherine Page qui cherche son frère, en passant par Edward, confronté aux abominations de la guerre, à Mackenzie qui a la lourde tâche de s’occuper de ces charniers à ciel ouvert que sont les anciens théâtres des opérations, en passant par Rhodes, Farrer, ou encore le prévôt Westbrook. Certains moments sont d’une éclatante beauté morale quand d’autres sont d’une grande cruauté, à l’instar de la découverte de la victime soumise au lingchi, des raids réalisés en silence par Edward et ses hommes avec des armes spécifiques – mélanges de coup-de-poing américain et de couteau –, ou encore la révélation d’une enfance soumise à des épisodes barbares, ce qui a conduit à la genèse d’un psychopathe. Le récit mêle suspense et émotion, alterne avec intelligence différents points de vue ainsi que plusieurs époques.

    Un thriller réussi, tour à tour poignant et surprenant, sauvage et effroyable. Philip Gray, en conteur adroit, nous narre une histoire qui se mêle avec panache à celle qui s’écrit avec une lettre majuscule, et dont un autre ouvrage, La Maison aux neuf serrures, est récemment paru chez Sonatine.

    20/01/2026 à 06:38 6

  • Les Cols des Amériques

    Thomas Cantaloube

    4/10 Si j’ai applaudi des deux mains de voir la série « Le Poulpe » renouvelée, je dois malheureusement dire que ce premier tome m’a vraiment déçu. Gabriella est une protagoniste sympathique, et le cahier des charges de la série originelle est également repris avec intelligence (l’ombre de Pedro, le cuistot Vlad qui est toujours là, le bistrot aussi mais qui a changé de spécialités, etc.) et des repères conservés pour notre plus grand plaisir. Mais dire que l’intrigue est maigrichonne tient de l’euphémisme poli : des méchants qui le sont tellement que ça en devient vraiment risible, des gentils forcément tous libertaires, des clichés à la pelle, un humour à peine présent, des détours inutiles (la manif, le flirt de la protagoniste avec le photographe, le coup des jumelles dotées d’un traceur GPS) et un final tellement banal qu’il est aussitôt oublié. Je trouve également que ce premier tome se prend les pieds dans le tapis dès son titre : il trouve son explication dans le dernier tiers de l’ouvrage et demeure donc cryptique jusqu’à ce point, ce qui est à mon humble avis une faute de goût comme une erreur majeure de présentation. Bref, un renouvellement alléchant mais qui ne propose pas à mes yeux une exhumation décente. Le thanatopracteur – Thomas Cantaloube – est pourtant doué mais il était ici cruellement en panne d’inspiration : la plus appropriée des attitudes aurait été de laisser le mort dormir en paix. J’ai sous la main « Faut pas prendre les enfants de la rue pour des connards sauvages » et j’espère que le résultat sera davantage concluant.

    19/01/2026 à 05:47 2