JohnSteed

738 votes

  • Petite Sale

    Louise Mey

    8/10 « Petite sale » est le sobriquet qu’affublent ses maîtres et les autres personnes travaillant au Domaine des Demest à Catherine, la bonne à tout faire. C’est que Catherine n’est ni laide, ni belle, ne manque pas d’hygiène mais elle ne fait pas propre. En plus, elle ne parle pas beaucoup, se fait très discrète dans le service pour éviter d’attirer le regard du maître. Sauf ce soir-là, où Catherine avait la surveillance de la petite Sylvie, et ne retrouve plus la petite fille de 4 ans. C’est une certitude, Sylvie a été enlevée. Confirmation quelques jours après, c’est la demande de rançon qui arrive.

    Qui en veut donc à cette très riche famille de propriétaire foncier, de terres agricoles acquises après la 2nde guerre mondiale ? Tout le monde et personne : oui, tout le monde, car ces achats de terres ont laissé des familles sans ressource et convoite l’envie, développe la jalousie. Et personne car Demest fait marcher toute l’économie locale, il est le premier pourvoyeur d’emplois dans cette Picardie des années soixante.

    Gabriel, policier parisien, et son chef Dassieux sont appelés pour épauler les gendarmes et interroger tout un petit monde, du personnel local aux immigrés italiens, des habitants aux membres de la famille…Cette famille Demest et notamment ce patriarche qui fait régner d’une main de fer tout son monde au Domaine. C’est encore l’Ancien Régime qui sévit dans cette contrée. Silence, non-dits, secrets de famille,…

    Louise Mey que j’avais découvert avec le La deuxième femme, son précédent et remarquable roman noir, s’inscrit dans le polar rural, et côtoie les autres maîtres du genre. Je pense notamment à Franck Bouysse, mais avec un côté Simenon moderne. Sans atteindre la qualité de son précédent roman, l’autrice signe une brillante intrigue et peinture de la société française des années 60.

    03/07/2023 à 15:29 3

  • Pourquoi tu pleures ?

    Amélie Antoine

    8/10 Amélie Antoine écrit en post-face que ce livre a été long à écrire. Depuis plusieurs années, elle revenait et abandonnait l’écriture de ce roman. Mais tout en gardant, de manière obsessionnelle, en tête Lilas Colombel, le personnage principal de Pourquoi tu pleures ?

    Cette jeune maman se réveille en pleine nuit et découvre que son mari et sa petite fille de 4 mois ne sont pas rentrés. Ses appels et ses SMS restant sans réponse, elle avertit la police. L’enquête commence et dévoile au fil des pages des rebondissements et des secrets effrayants.

    Le livre alterne le déroulement de l’affaire et des extraits du journal intime de Lilas où elle écrit à son père disparu, et raconte sa vie et son amour pour Maxime, l’homme de sa vie, celui qui allait devenir son mari et le père de son enfant, et disparaître de sa vie.

    Une lecture prenante, intense et profondément éprouvante psychologiquement. Un livre que l’autrice a fort heureusement eu raison d’achever. Une histoire bouleversante et terrifiante : un livre marquant.

    29/06/2023 à 08:47 5

  • Une saison pour les ombres

    R. J. Ellory

    7/10 Jack (ou plutôt Jacques) Deveraux est un enquêteur dans les assurances. Installé au Québec, il reçoit un appel de la police de Jasperville. Son frère, Calvis, qu’il a laissé il y a 26 ans dans ce coin reculé du Canada, où règnent le froid, la nuit et l’obscurité la majorité de l’année, a été incarcéré.

    Jack abandonne tout pour le rejoindre et comprendre ce qu’a fait Calvis pour se retrouver dans cette situation. Le retour dans ce village de 5 000 âmes le plonge dans l’histoire de sa famille, venue dans cette citée minière, où l’hiver dure quasiment 9 mois dans l’année, dans les années 70. Il repense aux drames survenus peu de temps après : les morts de ces jeunes filles, éventrées, lacérées, que l’on retrouvait sur plusieurs années. Pour certains, les plus rationnels, les responsables ne pouvaient être que les loups, voire des ours, en tous les cas des bêtes sauvages qui s’en prenaient à ces jeunes filles. Pour d’autres, comme le grand-père de Jack, ce ne pouvait être que le wendigo, le mauvais esprit issu des légendes et contes du peuple inuit.

    Si revenir sur ces terres est une terrible épreuve pour Jack, ce n’est pas seulement parce qu’il va retrouver le seul survivant de sa famille qu’il a lâchement quitté la veille de ses 11 ans, c’est surtout parce qu’il va se confronter à ce qu’il a abandonné : le malheur qui collait à la peau de sa famille.
    Pendant plus de 26 ans, l’enquête au gré des officiers de police qui se succédaient régulièrement tous les deux ans, n’aboutissait pas. Pas assez de personnel, pas assez de moyens et surtout pas envie de trouver la vérité. Mais comprendre la situation de Calvis, c’est nécessairement trouver la vérité pour Jack. Ça passera par l’obligation d’arrêter de fuir les autres et de se fuir.

    Atmosphère sombre et glaciale tout du long de Une saison pour les ombres. Je regrette toutefois que le livre peine à démarrer, car pendant la première moitié, RJ Ellory se cantonne à dépeindre l’ambiance des lieux (JespèreVille devenant DesespèreVille) et de la famille Deveraux alors que l’intérêt réside plus dans l’enquête sur ces meurtres atroces. Ce livre que les critiques rapprochent au chef d’œuvre Seul le silence est loin de bénéficier d’une telle reconnaissance pour ma part.

    27/06/2023 à 11:25 7

  • Papillon de nuit

    R. J. Ellory

    9/10 Je viens de lire, ou plutôt de dévorer, ce livre en 4 jours (en mars 2017).
    Cette histoire d'amitié entre Daniel, un blanc, et Nathan, un black, à travers l'histoire des USA des années 50 aux 80's emmène le lecteur dans une bouleversante description de l'amitié.
    Daniel, dans le couloir de la mort, raconte son histoire d'amitié qui l'a emmené en prison. C'est une peinture forte du sentiment de culpabilité. De l'attachement. De l'amour. De conviction en période difficile. Et d'un homme confronté à la peine capitale: la mort.

    Je suis encore tout retourné par certains passages, et par certains personnages: la voisine "sorcière", le tyran gardien de prison,...
    L'atmosphère est pesante, lourde. Ce livre vous marque à vie. Comme une cicatrice qui se forme au fil des pages. Ne jamais oublier ce que l'Homme est capable de faire. Ne jamais oublier non plus que plus forte que la méchanceté, l'Amour est toujours là. C'est au final un livre empreint d'optimisme.

    Merci pour cette lecture, M Ellory. Sachez que je regarderai différemment les papillons de nuit, désormais.

    22/06/2023 à 17:16 6

  • Un Jumeau singulier

    Donald Westlake

    6/10 Daté de 1975, Un jumeau singulier possède un scénario attirant, voire alléchant. On retrouve la touche de Westlake qui met ses personnages dans des situations rocambolesques. Ici, un homme séducteur joue son jumeau afin de séduire de vraies jumelles richissimes. Un peu vaudeville, tant les rebondissements et les retournements sont nombreux. Tellement que l’intrigue semble tirée par les cheveux. Certes, cette lecture est divertissante quoiqu’avec quelques longueurs. Ce n’est toutefois pas le meilleur de Westlake, loin s’en faut.

    22/06/2023 à 11:43 2

  • Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils

    Jacques Expert

    8/10 Les livres de Jacques Expert sont addictifs. Même quand ils ont un dénouement qui, à mon goût, laisse le lecteur, au mieux, sur sa faim, au pire, dans une brutale déception. Addictifs car l’auteur sait malignement exploiter les pires cauchemars de l’être humain (la perte tragique de la chair de notre chair, nos chères « petites têtes blondes », nos enfants ; les innocents accusés à tort,… bref, ces terrifiantes injustices).

    Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils est, comme son le laisse supposer, une histoire de vengeance. Jacques Expert nous l’a fait vivre au travers des 4 principaux protagonistes : les couples des coupables et des victimes. Une vengeance du père dont le fils a été renversé par un chauffard qui s’est lâchement enfui en le laissant mourir dans un fossé. Une promesse faite à sa femme : tuer celui qui a osé laisser mourir leur enfant. Un roman court mais intense en émotion et en tension psychologique dont la fin, à mon grand plaisir, n’a pas été bâclée par l’auteur.

    19/06/2023 à 10:01 4

  • Qui a tué l'homme-homard ?

    J.M. Erre

    7/10 Ce livre est un concentré d’humour décalé, de remarques drôles, de personnages hors-normes et décapants. A commencer par le personnage principal, Julie, une jeune femme, tétraplégique, qui nous rapporte cette enquête en communiquant avec les protagonistes via son seul et unique doigt mobile. Julie est bourrée d’auto-dérision et de cynisme envers tous les suspects dans cette affaire, soit tous les habitants de Margoujols.

    La victime, c’est Joseph Zimm, retrouvé découpé en plusieurs morceaux, appelé l’homme-homard dû à sa morphologie et son aspect extérieur. Cet homme est un ancien freak show d’un cirque qui est venu s’échoué en 1945 avec tous les autres membres aussi difformes. La gendarmerie mène une enquête assez difficile, car non seulement tout le monde est susceptible d’en vouloir à la victime (il tenait un carnet avec tous les secrets de Margoujols) mais surtout parce que chacun s’accuse de ce crime.

    Un livre déjanté dans lequel chaque ligne est une drôlerie avec une remarque caustique ou une réplique plus jouissive que la précédente. Mais, à force, j’ai trouvé que ça faisait beaucoup, drôle mais épuisant. Bien que plus adepte d’un humour subtil distillé avec brio et parcimonie (comme chez Jacky Schwartzmann), je continuerai à découvrir cet auteur et d’autres de ses livres.

    15/06/2023 à 15:36 5

  • Le Présage

    Peter Farris

    9/10 Ce livre souffre de deux lacunes qui peuvent éloigner le lecteur : le titre (on ne peut pas faire plus énigmatique et surtout neutre) et surtout, à mon avis, la couverture. Tout est une affaire de goût, allez-vous me rétorquer. Certes. Je la trouve hideuse, voilà tout. Encore plus une fois refermé ce livre, car elle ne met pas en valeur ce chef d’œuvre.

    Car, passé ces deux obstacles, il convient de parler du fond. Peter Farris, auteur américain reconnu depuis la parution outre-Atlantique de ses 3 précédents livres, signe avec Le présage un roman aussi attachant que profond. Pour notre plus grand plaisir, Peter Farris s’est donné le champ libre pour exprimer tout son talent. Et il le fait admirablement tout du long de ces 500 pages. Et rassurez-vous, on ne s’ennuie pas une seule page. On ne se rend même pas compte du volume de l’ouvrage, l’histoire étant aussi prenante que fluide.

    Cynthia Bivins rend visite à son père Toxey placé dans une maison spécialisée, qui prend en charge les personnes atteintes de troubles cognitifs. Si la maladie d’Alzheimer n’est pas encore prononcée, les propos de Toxey laissent sa fille dubitative quant à leur véracité. Mais Toxey tient plus que tout à lui raconter un pan de sa vie.

    Début des années 70, Toxey travaille dans la quincaillerie locale, une bourgade du comté de Mercy Oaks en Géorgie. Originaire des Quarters, le quartier pauvre de la ville, Toxey se découvre une passion : la photographie. Son talent lui permet de rencontrer Fiona, une scientifique, qui souhaite écrire un livre sur le Lakutta, cette terre ancestrale qui rengorge autant de richesses faunistiques que culturelles et historiques. Et c’est aussi dans le Lakutta qu’a été découvert le corps sans vie et mutilé à hauteur du bassin d’une jeune femme afro-américaine.
    D’ailleurs Toxey se rend compte qu’il a croisé cette femme et qu’il l’a même photographié. Et ces clichés, Elder Reese, fils de la plus richissime des familles locales, les veut plus que tout. Il veut s’en servir pour couler son adversaire politique. Reese veut remporter coûte que coûte les prochaines élections qui lui ouvriront, il n’en doute pas, la porte vers le siège de la Maison Blanche…

    Peter Farris raconte dans Le Présage une histoire américaine qui, sous bien des traits, n’est pas si éloignée de la réalité contemporaine et de quelques hommes politiques. Un roman noir qui questionne sur nos sociétés, ses dérives politiques, ses violences, ses choix sur l’avenir et ses traits tirés sur le passé… A ce jour, Le présage est le meilleur livre de Peter Farris qui se pose là comme un auteur américain incontournable.

    13/06/2023 à 16:31 12

  • Le Chant du silence

    Jérôme Loubry

    8/10 Si depuis le début de son écriture, Jérôme Loubry a su renouveler ses sujets et ses thèmes, je trouve que Le chant du silence peut se rapprocher de Le douzième chapitre. Il ne s’agit pas d’une critique ou d’une observation malveillante de ma part. Certainement pas, car j’ai beaucoup apprécié ce livre qui est bien réussi. Mais j’ai retrouvé ici les ingrédients de son deuxième livre (incidences du passé dans le présent, des jeunes protagonistes qui se retrouvent adultes, les secrets et les amours de jeunesse, l’innocence et l’immaturité de l’adolescence,…). Jérôme Loubry a, toutefois au fil de ses parutions, peaufiné son style, mûri sa plume.

    Outre une très belle histoire d’Amour, on plonge dans ce mystère que Damien tente de découvrir : des secrets qui ont été emportés dans la tombe de son père. Celui qui a été incarcéré pour meurtre a perdu, outre sa liberté, un fils. Damien n’a plus jamais voulu voir ni entendre parler de celui qui a trahi. Mais Franck, un ancien collègue du père, devenu gendarme, lui met le trouble sur les conditions de sa mort. Et tout un pan de la vérité va se découvrir et être rétablie.

    On savait que Jérôme Loubry était un auteur talentueux. Le chant du silence, véritable page-turner, consacre Jérôme Loubry dans la cour des auteurs maîtres dans les romans/polars où les secrets de famille, la rédemption constituent la trame de leur oeuvre : Thomas H. Cook et John Hart, principalement.

    12/06/2023 à 16:50 6

  • Le Carré des indigents

    Hugues Pagan

    8/10 Le carré des indigents s’inscrit dans une série consacrée à Schneider, un inspecteur de la criminelle dans la France des années 70. N’ayant pas lu les 3 précédents livres, je pense ne pas avoir été dérangé pour me plonger dans cet opus.

    Un livre bouleversant par tant de misère, de malheur. Si l’histoire écrite par Hugues Pagan est sombre, noire, désespérée, l’auteur enfonce encore plus le lecteur par son style et les mots qui obscurcissent toute lumière et éteignent toute forme d’espérance. Si le lecteur est en pleine déprime, ce livre risque de l’achever.
    En novembre 73, Claude Schneider revient dans sa ville natale pour prendre la tête de la criminelle dans le commissariat. A peine débarqué, il va devoir enquêter sur le meurtre de la jeune Betty, fille unique d’une famille qui avait déjà connu son lot de malheur. Schneider va prendre à cœur cette enquête qui l’emportera au plus dramatique de ce qu’une personne peut vivre.

    Si Hugues Pagan ne fait pas dans le style « feel-good » (vous l’aurez bien compris), le page-turner lui est également étranger. Il campe les personnages, l’intrigue (quitte à en ajouter 2-3 au fil du livre) et l’atmosphère (lugubre) au fur et à mesure des pages. Si le style de l’auteur est certes particulier, on pourra dire personnel aussi, c’est certainement pour écrémer son lectorat. Car, pour lire Le carré des indigents, le lecteur devra s’armer autant de courage que de persévérance. Le gage d’une qualité incomparable.

    06/06/2023 à 13:56 7

  • De mort lente

    Michaël Mention

    9/10 Michaël Mention est un auteur intransigeant, partisan, un perturbateur littéraire, qui secoue les lecteurs, qui sait mettre le doigt là où ça fait mal, où ça gêne : un réveilleur de conscience.

    Avec De mort lente, l’auteur français s’attaque à l’industrie chimique, à ces groupes de multinationales qui n’hésitent pas, pour faire du profit, à dissimuler certaines données sensibles à la santé publique, à développer le lobbying auprès des instances du pouvoir, à acheter certains membres dirigeants, à faire pression sur les chercheurs scientifiques qui n’iraient pas dans leur sens…

    De mort lente est un roman, certes, mais au regard des références et sources présentées tout du long des pages et des exposés, le lecteur se rend compte que le thème est aussi réel que sérieux et contemporain. Loin d’une fiction quelconque inventée pour alimenter une polémique stérile. Seuls les protagonistes ont été créés ainsi que le scénario, qui paraissent ainsi plus que probables.

    Toutefois on n’est pas dans un reportage ou un documentaire, ce roman est très rythmé alternant l’histoire de ce couple, Nabil et Marie dont le fils, Léonard est atteint de troubles autistiques, et les chercheurs scientifiques chargés par la Commission européenne d’instaurer une réglementation sur les perturbateurs endocriniens.

    Cette famille soupçonne l’usine ChimTek installée près de chez eux d’être à l’origine des problèmes thyroïdiens de la mère. Ils se tourneront vers les médias et notamment le journal Le Monde, dont Frank, jeune journalistique, va se charger de faire toute la lumière sur le sujet et aider cette famille dans son combat.
    Philippe Fournier, imminent scientifique, est appelé à devenir membre d’une commission créée spécifiquement à Bruxelles devant rendre un rapport sur les perturbateurs endocriniens.

    Mais le combat est rude et sans pitié, tout aussi inégal. Un livre passionnant que Michaël Mention a écrit et qui se dévore, tant l’auteur a su y mettre tout son talent.

    05/06/2023 à 11:02 7

  • Stop work

    Morgan Navarro, Jacky Schwartzmann

    7/10 Fabrice Couturier est un cadre commercial à l’ancienne chez Rondelles SA. A « l’ancienne », parce que Fabrice fait sa pause déj’ au resto, apéro et digeo compris, quitte à l’offrir aux jeunes stagiaires. A « l’ancienne », Fabrice attend patiemment que l’on nomme directeur des ventes, poste vacant, et qu’il convoite avec moults fayotages auprès du PDG.

    Mais voilà, tout ne va pas se passer comme prévu. Et la direction EHS (Environnement, Hygiène et Sécurité) qui pond des règles de sécurité aussi absurdes que risibles (si ce n’est qu’elles sont malheureusement bien réelles) va en faire les frais.

    Une BD très sympathique qui met en avant les absurdités du monde de l’entreprise, et notamment ses normes d’hygiène et de sécurité. Une lecture obligatoire pour les amateurs de (peut-être) l’auteur le plus désopilant de l’hexagone.

    31/05/2023 à 13:37 2

  • Le Coffre

    Jacky Schwartzmann

    6/10 Alors qu’il va bientôt faire valoir ses droits à la retraite, Gendron, gendarme à la Section de recherche à Lyon, se voit confier l’enquête sur la mort d’une femme retrouvée dans un coffre de toit.
    Les différentes avancées sur cette morte vont axer ses recherches vers la Roumanie. Aussi une collaboration avec la police roumaine, menée de manière très diplomatique (comprendre « chacun reste dans son pays »), va déboucher sur une résolution d’une intrigue gérée de manière très particulière, voire originale.

    L’écriture à quatre mains est née lors d’une rencontre des deux auteurs lors d’un salon du livre en France. Chacun a écrit un chapitre, construisant ainsi, sur une petite 150aine de pages, Le coffre.

    J’avoue que je n’ai pas réussi à retrouver l’inspiration et la verve de Jacky Scharztmann, qui animaient ses autres livres. Si quelques mots, références font sourire, cette sensation a été vite étouffée par les chapitres écrits par son comparse, lourds, longs et sans intérêt. Et je ne parle pas de l’histoire que je n’ai trouvée très passionnante.

    31/05/2023 à 12:28 4

  • Les Malvenus

    Audrey Brière

    7/10 Le cadre historique (fin de la Première guerre mondiale) et la situation géographique (village isolé de Bourgogne) constituent une trame oppressante . C’est dans ce contexte qu’est retrouvé dans la cave de la vieille Mélanie le cadavre de TS (Thomas Sorel). Il a été égorgé et, personnage très antipathique, tout le monde aurait pu vouloir le tuer.

    L'inspecteur Matthias Lavau est dépêché pour aller sur place, revenant ainsi sur ces terres où les sœurs des Ursulines ont accueillis et élevé cet orphelin, comme beaucoup d’autres, constituant la majorité des villageois de Haut-de-Cœur. Il va mener cette enquête, secondé par la troublante Esther.

    Loin des univers de Lemaître ou de Vargas vendus par l’étiquette alléchante de la couverture, Les Malvenus peut malgré tout séduire par une intrigue plaisante. Je déplore toutefois que les personnages principaux, Matthias et Esther, n’aient pas été plus développés. On leur découvre des traits mystérieux qui auraient mérité d’être plus fouillés et en faire des personnages plus attachants. Peut-être l’auteure se laisse matière à écrire d’autres livres avec ces mêmes personnages ?

    25/05/2023 à 10:13 5

  • Bois aux Renards

    Antoine Chainas

    8/10 J’avais pris quelques dispositions pour pouvoir enchaîner les 530 pages du nouveau roman d’Antoine Chainas. Au regard des critiques élogieuses des premiers lecteurs de ce Bois aux renards, je voulais être entièrement disponible pour ce moment de lecture que j’espérais être un véritable moment de bonheur, voire de plaisir. Mes quelques derniers jours de vacances avaient donc pour objectif, entre autres, de lire la dernière œuvre de l’auteur français.

    Et j’ai beaucoup aimé cette histoire, comment elle commence, à la manière des meilleurs Boileau-Narcejac ou de Robert Bloch, ces auteurs qui ont donné matière aux films d’Hitchcock : on rentre dans le livre avec des protagonistes, Bernadette et Yves, des tueurs en série très particuliers, un couple très amoureux, que l’on suit pendant le long du livre mais qui ne sont pas réellement les personnages principaux de Bois aux renards. Non, l’histoire ce n’est pas non plus cette fille séquestrée qui arrive à s’enfuir de la torture de ce couple. Ce n’est pas non plus les habitants de ce petit village juché dans la montagne, ces personnes qui vivent recluses en communauté, voire de manière sectaire. Je pourrais continuer ainsi à dérouler l’histoire et les personnages. Ce Bois aux renards est une somme de tous ses personnages, de ses histoires qui se recoupent, de son ambiance, de son atmosphère et de ses légendes. C’est un tout indissociable. En tant que tel, ce Bois aux renards est fascinant.

    Mais je n’ai pas vraiment apprécié le style (voulu ?) ampoulé, grandiloquent, excessif dans les choix des tournures ou du vocabulaire qui sied mal, je trouve, c’est complément subjectif, à l’histoire.

    Mes notes donc : 9 pour l’histoire et 7 pour la narration = 8

    23/05/2023 à 16:08 9

  • Le Cimetière de la mer

    Aslak Nore

    8/10 Vera Lind, grande fortune du Danemark, fut une romancière avec un petit talent. Elle fut surtout la seule héritière de défunt son mari, l’immense armateur Thor Falck. Son fils, Olav, tout jeune bébé et elle firent partie des quelques rescapés du naufrage du DS Princesse Ragnhild, causé par une mine anglaise le 23 octobre 1940.

    Alors que l’anniversaire du naufrage va se tenir prochainement, Vera Lind se suicide dans des conditions mystérieuses. Si le suicide ne fait pas de doute, le fait que l’on ne retrouve pas son testament laisse la famille dans une incompréhension totale. Pour Olav, la perte du testament ne constitue pas une gêne quelconque : étant le seul héritier direct, comme le prévoient les statuts des sociétés, il demeure l’unique dirigeant des sociétés.
    Mais il va autrement pour sa fille, Sasha. Très proche de sa grand-mère, ne comprenant pas ce geste désespéré, elle va tenter d’apporter la lumière sur l’histoire de son aïeule. Vera Lind avait, avant de se donner la mort, rencontré et beaucoup échangé avec Hans Falk, fils du premier mariage de Thor, mais laissé de toute succession de la richesse de son père. Sasha va découvrir que le dernier livre écrit par Vera Lind, Le cimetière de la mer, ayant été censuré par les autorités, contient toutes les réponses et la vérité sur sa famille. Sa grand-mère lui laisse un message dont elle devra exécuter le jeu de piste pour mettre la main sur le seul exemplaire encore disponible. Elle pourra ainsi comprendre toute la vie de sa famille.

    Jeux de pouvoir, conspiration, décryptage de la société danoise, Aslak Nore propose une saga familiale très intrigante, un roman rempli de mystères. A aucun moment, même si je déplore quelques longueurs, on ne s’ennuie à la lecture de ce livre très séduisant. On découvre des personnages aussi complexes qu’attachants, une histoire mêlant les petites et la Grande, le passé et le présent. J’appréhendais de me perdre dans les membres de la famille (avec une langue danoise moins facilitante) mais la présence d’un arbre généalogique facilite la compréhension des liens familiaux. Somme toute, un livre plaisant.

    22/05/2023 à 15:45 3

  • Pension complète

    Jacky Schwartzmann

    8/10 Dino Scala, originaire de la banlieue la plus craignos de Lyon, est allé tenter l’aventure au Luxembourg. Mais si celle-ci a tourné court, il y a fait la connaissance de Lucienne, une riche septuagénaire, de près de 30 ans son aînée. Du coup, Dino, sans un rond ni travail, passe pour le gigolo de service. Mais rien ne va plus pour Dino. Il se coltine sa belle-mère, victime d’un AVC, et puis il y a la venue de Jean-Pierre (alias Chiant-Pierre), un aide à domicile qui lorgne sur les deux vieilles. Sa vie tourne en rond, et se rend compte qu’il vit trop aux dépends de l’argent de Lucienne. Et il n’aime pas quand on le lui fait remarquer. Suite à une altercation sur ce sujet, et pour éviter plainte et poursuite judiciaire, Lucienne demande à Dino de se mettre quelque temps au vert.

    Dino décide d’aller à Saint Tropez, passer quelques jours sur le yacht de Lucienne. Mais suite à des soucis techniques, il se trouve coincé au camping de la Ciota, les Naïades. Il y rencontre un Prix Goncourt, Charles Desservy, qui tente d’écrire son prochain roman. Le séjour de Dino sera perturbé, entre Chiant-Pierre qui tente de prendre sa place au Grand-Duché, les meurtres qui se déroulent dans le secteur… Bref, rien ne va plus pour lui. Mais Charles Desservy est un ami, un grand ami qui veut le bien de Dino.

    Plonger dans les histoires de Jacky Schwartzmann constitue toujours un agréable moment de lecture, faite de situations drôles accompagnées de propos tout aussi satiriques que subtils. Pension complète est rempli d’humour et de personnages décalés. Un régal.

    22/05/2023 à 14:11 5

  • Kasso

    Jacky Schwartzmann

    8/10 Jacky Toudic doit quitter sa ville d’adoption, Marseille, pour retrouver sa ville natale, Besançon, où sa mère, atteinte d’Alzheimer, doit intégrer un EPHAD spécialisé. C’est l’occasion de retrouver la maison familiale, où toutes les pièces débordent de livres, résultats de parents anciens prof de philo, et les quelques rares potes longtemps perdus de vue, pour raconter les sempiternels souvenirs d’ados et rapporter les nouvelles des uns et des autres (#copainsdavant). Histoire de conjuguer l’utile à l’agréable, via Tinder, aussi pécho une rencontre d’un soir. Pas difficile pour Jacky, étant son sosie parfait, qui se fait passer pour Mathieu Kassovitz. D’ailleurs, Jacky en a toujours joué, en a même fait son « métier ». Car on peut le qualifier d’arnaqueur professionnel. Et ce soir, c’est Zoé qu’il rencontre. Et qui part tout de suite après avoir « juste » pris un verre, partie sans « au revoir-merci ». De quoi vexer le mâle et la recontacter. Et ça matche entre les deux. Zoé, avocate fiscaliste, va pouvoir aider Jacky à monter ses arnaques. Et même réaliser un gros coup : arnaquer des millions pour la réalisation du film La haine 2…

    Je continue à découvrir l’œuvre de Jacky Schwartzmann et je savoure une fois de plus sa prose satirique remplie de réflexions et de propos mélangeant humour noir et ton décalé. Parsemé ici et là de références musicales, littéraires ou cinématographies que je partage, histoire de génération, je pense. C’est irrésistible et rafraichissant. L’histoire est moins rythmée que celle de ma précédente lecture, Demain c’est loin, mais toujours aussi prenante. Les sourires et les rires sont toujours au rendez-vous et on referme le livre en essayant d’avoir en stock un autre Jacky Schwartzmann pas très loin, car le manque se fera ressentir très rapidement.

    17/05/2023 à 10:32 9

  • Les magiciennes

    Pierre Boileau

    7/10 Pierre Doutre a passé toute son enfance loin de son père et de sa mère, placé en internat chez les Jésuites à Paris. Seules quelques visites sporadiques de son père cassent la routine. Jusqu’à l’annonce du décès de ce dernier et le départ de Pierre pour assister aux obsèques. Il découvre le véritable métier de son père : prestidigitateur dans un cirque parcourant les plus grandes villes d’Europe. Il rencontre également celle qui n’est jamais venue le retrouver durant toute son éducation, sa mère, Odette.

    Pierre ne souhaite plus rentrer à Paris, et, fasciné par ce monde du cirque, poursuivre la carrière de son père. Mais Pierre doit tout apprendre. C’est la découverte des jumelles Hilda et Greta qui va le motiver à réaliser un spectacle de magie avec les deux sœurs. Ils vont rencontrer un succès remarquable. Lui amoureux transi des jumelles, qu’il ne discerne pas, qui ne parlent pas la même langue, va instaurer un jeu de séduction qui va tourner au drame. Hilda est retrouvée morte, une corde au cou lui ayant ôté la vie.
    C’est la descente aux enfers pour Pierre : le décès de Hilda sonne, outre son amour pour la frangine, l’arrêt du spectacle. La déprime le guette. En hommage à cet amour perdu, il montera un dernier spectacle, la représentation de sa vie…

    Le duo apporte avec Les magiciennes une atmosphère de magie avec ce cirque, ces personnages touchants et ces spectacles fascinants formés par ce trio d’amoureux Pierre, Hilda et Greta. Je regrette cette intrigue qui ne se développe que vers la fin de ce livre. Je m’imaginais une machination machiavélique, comme dans Sueurs froides, les ingrédients étant présents, mais je n’ai lu qu’un pâle roman noir.

    16/05/2023 à 14:57 3

  • Cinq cartes brûlées

    Sophie Loubière

    8/10 C’est en parcourant les lauréats du Prix Landerneau que j’ai découvert à la fois ce livre et cette autrice que je ne connaissais ni l’un ni l’autre. Cinq cartes brulées a remporté ce Prix décerné par les Espaces culturels Leclerc en catégorie Polars, en 2020. Sophie Loubière signe avec ce roman psychologique d’une intensité rare et éprouvante pour le lecteur.

    La romancière française nous dévoile la vie de Laurence Graissac, cette fille dont on apprend page après page, comment la vie fut dure pour elle. Et dès le début, dès sa naissance avec une sœur jumelle morte née. Le prénom dont elle fut baptisée en référence à une défunte tante suicidée. Oui, tout est sombre dans la vie de Laurence, d’autant qu’elle a un frère aîné qui ne l’épargne pas, la rabaisse au quotidien. Il n’y a que vers son père qu’elle peut se tourner, celui qu’elle aime par-dessus tout. Au point que cet amour va être la cause de la désintégration de la famille. Laurence va être la cause de la déchéance de la famille et ni son frère ni sa mère ne lui pardonneront. Elle construira sa vie faite de harcèlements et de convoitise dont elle saura mettre à profit et à en jouer de manière terrifiante.

    Cinq cartes brulées ne dévoile son mystère que page après page. Un roman noir dont le rebondissement final scotche le lecteur d’un dénouement aussi inattendu qu’effrayant.

    15/05/2023 à 14:17 3