JohnSteed

792 votes

  • Les Instruments de la nuit

    Thomas H. Cook

    7/10 Paul Graves est un écrivain de romans policiers à succès. A ce titre, il a été invité par Allison Davies dans sa demeure, à Riverwood, pour passer un week-end. Fascinée par l’intuition de son personnage principal et récurrent de ses 14 livres, et attirée par son imagination débordante, Mlle Davies lui demande de lui trouver une réponse au meurtre à Riverwood de sa meilleure amie, Faye, assassinée quand elle avait 16 ans, soit plus de 50 ans auparavant. Elle souhaite surtout que la mère de Faye, très âgée, ne demeure pas dans le doute avant de quitter cette vie.

    Certes, une personne a été inculpée, un artisan qui travaillait sur un chantier dans le domaine. Mais il s’est suicidé avant d’être jugé. Et Mlle Davies pense fortement qu’il n’était pas le coupable.
    Paul Graves décide de chercher quelques éléments de réponses. Mais l’écrivain est hanté par les souvenirs de sa propre sœur assassinée par Kessler et son complice Sykes, noms dont il a affublé les personnages de ses romans. C’était le moyen d’exorciser ce traumatise car, âgé de 12 ans à cette époque il a assisté aux tortures que sa sœur s’est vue infliger par ces 2 bourreaux avant de la tuer, bourreaux qu’il n’a pas pu dénoncer, retranché dans le mutisme causé par la menace de ces tueurs.

    Paul Graves va essayer de reconstituer une histoire sur le meurtre de Faye, histoire dans laquelle vont se mêler ses personnages de romans et la propre mort de sa sœur. Les drames vont se télescoper, les personnages se mélanger, et c’est dans cette confusion, ce brouillard, que les vérités sur chaque affaire vont ressurgir.
    Un roman envoûtant où le lecteur suit les confusions de Paul Graves dans sa vie personnelle et dans ce cold case, dans la fiction et la réalité. De cette impuissance juvénile, Paul Graves saura faire montre de force pour briser les chaînes de cette mémoire sélective et de cette inconscience qui brouille le passé pour mieux l’accepter et faire face à l’inacceptable.

    Si cette histoire est parfois confuse, j’ai apprécié retrouver l’atmosphère sombre et mélancolique de l’univers de Thomas H. Cook. Deux cold case qui sont intéressants même si j’ai eu une « préférence » pour le drame vécu par Paul Graves.

    hier à 15:50

  • Hérésie

    Charles Willeford

    7/10 James Figueras est un jeune et brillant critique d’art aux Etats-Unis. Mais pour asseoir définitivement sa réputation sur ce domaine, il rêve d’écrire un article sur le plus célèbre mais tout autant mystérieux peintre français, Jacques Debierue.

    Un brillant avocat et amateur d’art, Joseph Cassidy, lui fait part qu’il accueille, de manière incognito, dans sa résidence secondaire de Miami, le peintre en question. Cassidy lui propose alors de rencontrer Jacques Debierue pour en faire un article qui, sans aucun doute, hissera James Figueras au rang du plus grand critique d’art au monde. Cassidy émet toutefois une condition : Figueras doit lui apporter une peinture ou autre œuvre que Jacques Debierue a réalisé dernièrement.

    Si vous êtes amateur d’art et un féru d’échanges sur l’art contemporain et le rôle du critique versus l’apport du journalisme d’art, Hérésie est fait pour vous. Car Charles Willeford a pris son temps pour tisser ce roman noir. Ce n’est qu’à la dernière partie du livre (environ le dernier quart, le livre comptant 170 pages) que le lecteur rentre dans la partie « suspense » et sombre du livre.

    avant hier à 13:07 2

  • Les Dynamiteurs

    Benjamin Whitmer

    7/10 Il y a un phénomène que je n’arrive pas à m’expliquer : Benjamin Whitmer fait toujours partie des auteurs dont je suis immanquablement toutes les sorties littéraires, mais, et c’est là le paradoxe, je n’ai jamais été emballé par aucun de ses livres. Il me manquait toujours un je-ne-sais-quoi pour parfaire mes lectures. Et Les Dynamiteurs ne dérogent pas à cet amère constat.

    Tout démarrait bien, pourtant. Ces personnages, ce contexte historique et géographique, il y avait tout pour me séduire. Benjamin Withmer nous plonge dans les bas-fonds de Denver, où un groupe de gamins, dont le narrateur, Sam, est pris en charge par Cora, une orpheline d’une quinzaine d’années. Squattant une usine désaffectée, qu’ils appellent L’Usine, ils multiplient les petits vols et autres entourloupes pour survivre et se protéger de ceux qu’ils appellent Les Têtes de Nœuds, à savoir les adultes. Une nuit, ils découvrent sur le toit de L’Usine un homme défiguré par des cicatrices causées par une déflagration : Goodnight. Ce dernier va les protéger des vagabonds qui veulent prendre l’Usine.

    Goodnight, qui ne parle plus, va être retrouvé par son acolyte et patron : Cole. Dans ce Denver où sévissent la pauvreté et tous les vices, Cole et Goodnight vont embarquer le jeune Sam dans un périple où vont se mêler prostituées, tripot, alcool, argent et meurtres. Sam qui ne souhaitait que protéger Cora et les enfants va être propulsé dans un monde qui n’est pas le sien. Celui de la violence et du meurtre pour sauver sa peau, sa vie tout en espérant retrouver celle qu’il aime : Cora.

    Passées les 100 pages, je me suis ennuyé. L’histoire tourne en boucle. Par contre, je ne peux pas contester que Benjamin Whitmer écrive très bien. Mais encore une fois, je n’ai pas été transporté par cette histoire. Mais je vais garder foi en cet auteur américain dont je sens un immense potentiel à sortir un livre, à écrire une histoire qui me conquerra une fois pour toute.

    04/05/2026 à 12:18 2

  • Le Bourreau et son double

    Didier Daeninckx

    7/10 Parce qu’il s’est approché de trop près des notables locaux lors de sa dernière enquête (cf Le géant inachevé), l’inspecteur Cadin s’est vu muté au commissariat de Courvilliers. En poste de nuit, il se rend dans une cité, alerté par le voisinage ayant entendu des coups de feu. Il découvre sur place un homme et une femme tués par balle. Si tout porte à croire que Claude Werbel s’est suicidé après avoir tué sa femme Monique, Cadin a l’intime conviction que ce scénario s’avère trop simpliste.

    Claude Werbel avait lancé une association d’entraide à destination des ouvriers de l’usine Hotch issus de l’immigration : logement, cours d’alphabétisation, prud’hommes, ciné-club, défense du consommateur… Et tout ça n’était pas bien par la direction. Pour Cadin, il convient de chercher si elle ne cherchait pas à déstabiliser Werbel.

    Didier Daeninckx parle de la condition ouvrière, des immigrés, et de la Guerre d’Algérie. On retrouve le même ton que les autres livres consacrés à l’inspecteur Cadin. Pas de surprise dans cet épisode, donc: pas de mauvaise, ni de très bonne…

    29/04/2026 à 13:17 1

  • Le Meurtre de la rue blanche

    Paul Colize

    7/10 Si Emma Toussaint est considérée comme la meilleure juge d'instruction de Bruxelles, c’est que son abnégation n’a d’égale que sa bonne intuition. D’ailleurs, le procureur du Roi M. Lerminiaux lui confie un dossier qui n’aboutit à rien depuis plusieurs mois : l’affaire Anselme.

    Cet avocat d’affaire fut retrouvé mort au Luxembourg avec une pièce de 5 francs suisse coincée dans la gorge. Mère d’un fils parti en backpacking en Australie, et célibataire, Emma Toussaint consacre ses jours et week-end à son métier. Assistée de son greffier, Fabrice Colet, aussi homosexuel que psychorigide et que fidèle à sa patronne, elle va chercher à démêler ce sac de nœuds que constitue cette affaire.

    Alors qu’il se penche sur le dossier Anselme, Fabrice reçoit un étrange et anonyme appel téléphonique. Une voix d’homme lui indique que sa patronne n’a pas inculpé la bonne personne et lui somme de reprendre le dossier le plus vite possible. Intrigué, et avec l’aval d’Emma Toussaint, il va reprendre ce dossier appelé « Le Meurtre de la rue blanche ».

    La trame porte donc sur les enquêtes de ces deux cold case. Ce livre de Paul Colize est, je trouve, un « polar » (avec les guillemets) au ton léger. C’est le duo improbable, cette juge d’instruction au tempérament rebelle et remplie de sarcasme et son acolyte, ce greffier qui ne comprend jamais l’humour décalé de sa patronne, mais toujours à chercher la vérité, qui rend intéressant la lecture de ce livre. Les « affaires » ne sont pas des plus recherchées et les enquêtes sont menées de manière superficielle. Le Meurtre de la rue blanche est ce genre de livre qui se lit aussi vite qu’il s’oublie si ce n’est, malgré tout, qu’on pourrait retrouver pour d’autres « aventures », et avec plaisir, le duo Toussaint/Colet, le final laissant une porte grande ouverte.

    28/04/2026 à 14:41 1

  • Stasi Block

    David Young

    7/10 Karin Müller est envoyée dans la nouvelle ville construite depuis peu, Halle-Neustadt : des jumeaux, frère et sœur, viennent d’être enlevés à la maternité. Dans cette République Démocratique d’Allemagne (RDA) de 1975, on n’est pas peu fier de vanter un faible taux de criminalité, et où la notion de SDF est inexistante. Tout le monde a un emploi, un logement. La clé de réussite de ce régime socialiste réside en un point fondamentale : le mensonge savamment cadenassé par un régime d’Etat policier, et son ministère de la Sécurité d'État, la STASI, qui surveille tout et tout le monde.

    Aussi, Karin Müller, la lieutenante de la police d’Etat, n’est pas surprise quand on lui ordonne de mener une enquête discrète, même si elle est étroitement surveillée, de ce rapt d’enfant. Si tout le monde espérait les retrouver sains et saufs après quelques jours, c’est l’effroi quand le frère est retrouvé morts dans une valise, lancée d’un train.
    L’enquête cadenassée va s’avérer difficile pour Karin Müller, dont la vie personnelle va être bouleversée par la révélation sur ses origines et sur sa grossesse dont elle pensait qu’elle ne pourrait plus avoir lieu.

    Stasi Block est le second volet de la série consacrée à l’inspectrice Karin Müller, mais qui peut être lu à part. Pour ma part, j’avais lu Stasi Child il y a 9 ans de cela, et cela ne m’a pas gêné pour la compréhension de cette enquête. Toutefois, j’avais été beaucoup plus emballé par le premier volet. Passé l’effet de surprise quant au cadre historique et géographique (peu de polar a pour cadre la RDA des années 1970), j’ai trouvé avec Stasi Block une enquête poussive, qui peine à avancer, l’aspect politique est moins présent, je trouve (mais bon, mes souvenirs datent et peuvent être moins réalistes). Au final, un bon roman.

    27/04/2026 à 14:40 1

  • La Sacrifiée du Vercors

    François Médéline

    6/10 Je vais faire partie de celles et ceux qui ont moyennement adhéré au style de l’auteur. N’ayant lu que ce seul livre de François Médéline, je ne peux savoir si celui-ci a employé ce ton uniquement pour La Sacrifiée du Vercors ou s’il s’agit de l’écriture même de l’auteur français. Mais je ne l’ai pas apprécié.

    Il multiplie, par moment sur certaines parties du livre, les phrases courtes (sujet verbe complément). Voulait-il créer un rythme soutenu à l’action ? Créer une tension ? Mais je n’ai pas eu le sentiment que cette formule était employée à bon escient. Voire même que c’était fatigant pour le lecteur. A part procurer un effet de style, cela n’apporte rien à l’histoire. Comme certains jargons, des vocables pompeux, parsemés de ci de là, qui m’a ennuyé. Je pourrai comparer tout cela à la fameuse expression relative à « la confiture et la culture ». Moins l’histoire est longue, plus on l’étale.

    Car parlons du fond, de cette intrigue. Si l’histoire tient en quelques lignes, (une jeune fille est retrouvée morte, violée et rasée, dans un ravin en plein Vercors, en septembre 1944, alors que la libération par les Résistants vient de se terminer), je tiens à souligner qu’elle aurait pu être plus passionnante, plus surprenante. Si le lecteur peut deviner rapidement le coupable de cette épuration, les personnages présentés par François Médéline sont aussi caricaturaux qu’intéressants. Dommage qu’ils n’aient pas été plus développés. Comme le contexte géographique et historique. Je reste sur ma faim.

    20/04/2026 à 15:15 2

  • Le Facteur fatal

    Didier Daeninckx

    8/10 5ème et dernier tome de la série consacrée à l’inspecteur Cadin. Intitulé Le Facteur fatal, il tire son nom d’une des sept nouvelles ou plutôt mini-enquêtes que compose ce livre.

    Si j’avais regretté dans les quatre précédents volumes le manque de profondeur dans le personnage principal, ici Didier Daeninckx apporte plus de poids dans l’inspecteur Cadin, dont on apprend avec plus de sa vie et de sa personnalité.

    Les mini-enquêtes se déroulent dans des époques et à des endroits différents, mais qui ne sont pas inconnus au lecteur, car elles font références à la carrière de l’inspecteur., à Strasbourg en 1977, Hazebrouck en 1980, …

    Ces mini-enquêtes sont à l’image des précédentes enquêtes de la série mais en condensé, de ce fait : elles sont intéressantes mais l’intérêt de ce dernier tome est que le découvre le destin de cet inspecteur. Un livre plus intimiste et plus sombre que les précédents volets.

    16/04/2026 à 14:07 2

  • Les Brumes de Riverton

    Kate Morton

    5/10 Qu’il est parfois désolant de découvrir une quatrième de couverture qui résume de manière outrageuse voire trompeuse l’histoire du livre.

    J’espérais dans Les Brumes de Riverton une lecture d’un roman énigmatique, aux multiples secrets de vieilles familles anglaises, où l’histoire familiale croise la Grande Histoire, et surtout aux multiples rebondissements, comme dans les meilleurs livres de Robert Goddart, en qui je voyais en Kate Morton, son alter ego australien.

    Même si certains faits sont bien présents dans ce livre, best-seller de l’Australienne Kate Morton, je n’ai ressenti aucune attirance pour cette histoire, qui semble très éloignée de toute forme d’intrigue ou de mystère, tant tout semble cousu de fil blanc.
    On lit cette histoire par la voix de Grace Bradley qui, à raison d’un film devant retracer la vie à Riverton, retrace ses souvenirs et les événements vécus par cette femme de ménage au service de la famille Hatford.

    Je peux comprendre l’engouement que ce livre a suscité chez certains lecteurs ou lectrices aimant découvrir les secrets des familles nobles anglaises de la bouche d’une misérable personne. Car on découvre les préparations des fêtes annuelles, les relations entre les familles et leur évolution au gré des années, et puis cette histoire (que certains qualifieront d’extraordinaire) de la vie de Grace…

    Mais je me suis ennuyé ferme. Aucun suspens, toute l’histoire est convenue. Le style de l’écrivaine australienne qui peint certains évènements sur plusieurs pages est fastidieux et ne présente qu’à la fin du livre ce que l’on avait déjà appris dans le résumé du livre. Déception pour ma part.

    16/04/2026 à 12:37

  • Dernier cri

    Hervé Commère

    8/10 Après Les Intrépides, roman « blanc » sentant l’après-COVID, Hervé Commère a repris sa plume noire pour servir à son large et fidèle lectorat ce Dernier Cri.
    Roman noir foisonnant, où se côtoient différents thèmes sociaux et environnementaux (on croise des ZADistes, des sans-papiers, travailleurs clandestins, entrepreneurs qui vont rimer éthique et activité textile made in France,…).

    Ce polar commence de manière somme toute « classique » : Etienne Rozier, ancien flic reconverti en barbouze ou, plus éthiquement parlant, garde du corps pour personnes importantes, part en week-end à Amsterdam rencontrer sa maitresse, Anna Duffosé, ancienne camarade de classe, renouvellement retrouvée. Après leur après-midi où se sont déroulés de multiples ébats amoureux, après la douche, Etienne, voit sa maitresse morte, étranglée sur le lit. C’est la sidération pour cet homme marié et père de famille qui se voit déjà inculpé à tort, sans ne pouvoir prouver son innocence. Aussi, il ne trouve pas d’autre solution, lui le coupable tout désigné, de fuir et de mener une enquête sur le vrai coupable. Il décide de poursuivre la piste d’une organisation mafieuse que Anna, journaliste d’investigation, suivait dans une usine textile basée à Elbeuf. Etienne va ainsi mener une enquête âpre et délicate, alors que la police est à ses trousses, au sein de cette usine d’habit éthique dénommée Tout Concorde.

    C’est une lecture haletante que nous a contacté Hervé Commère. Ce polar ne laisse aucun moment de répit au lecteur. Tout va très vite (trop ?), l’intrigue est dosée de manière subtile et intelligente, laissant la place aux différents thèmes sociaux évoqués ci-dessus, ou à plusieurs personnages marquants.

    Bien évidemment, on n’échappe pas à quelques passages facilitant le bon déroulement de l’histoire, mais, Hervé Commère signe avec Dernier Cri un polar marquant, qui aurait pu, à mon goût, contenir quelques pages supplémentaires afin d’approfondir quelques personnages, ceux qui pensent plus à leur fin de mois, comme ceux qui pensent plus à la fin de leur monde.

    16/04/2026 à 12:08 4

  • Vies et morts de Stanley Ketchel

    James Carlos Blake

    9/10 J’ai passé un formidable moment dans la lecture de ce livre, biographie romancée de Stanley Ketchel, champion US de boxe dans la catégorie des poids moyens au début du XXème siècle. James Carlos Blake a écrit la vie de Stanislaus Kaisel en offrant les moments phares de ce fils d’immigré polonais qui a fui la ferme familiale après avoir laissé pour mort ce « père » violent, une fourche plantée dans l’abdomen.

    Fuyant une arrestation pour meurtre, il devient hobo, traversant à bord de trains de marchandises les Etats-Unis. Il changera régulièrement de nom et adoptera finalement celui de Ketchel, en hommage à une putain/danseuse de saloon, une blonde vénitienne devant laquelle il était en admiration.

    Son talent en tant que bagarreur hors-pair le fera remarquer dans les saloons et lui permettra de faire une carrière de boxeur. Sans que cela alourdisse et encombre la lecture, on suit avec passion la transcription des combats de Ketchel et sa quête toujours plus vers les sommets de titres et de gloire.

    La vie de Ketchel fut courte, s’arrêtant à 24 ans, mais des plus trépidantes. « Boxe, sexe et alcool » pourrait-elle se résumer.

    Véritable conteur de talent, James Carlos Blake nous peint un personnage attachant malgré ses vices et nous livre un livre des plus captivants. J’ai dévoré ces 380 pages sans avoir eu l’impression d’un moment d’ennui ou de lassitude, émerveillé par la faculté de l’auteur à nous faire dévorer les différents épisodes de la vie de Stanley Ketchel, à croiser des personnages et faits historiques (Jack London, un des Frères Dalton, Roosevelt, par exemple) et à être triste en voyant la fin tragique de ce boxeur. Peu importe que vous aimiez ou non la boxe. Ce livre, ni polar ni noir ni à suspense, est un délice de biographie romancée.

    13/04/2026 à 14:16 2

  • Le Géant inachevé

    Didier Daeninckx

    7/10 Muté au commissariat d’Hazebrouck, dans les Flandres, l’inspecteur Cadin se rend, suite à un appel téléphonique signalant des coups de feu, à la Rue sans nom. Arrivé sur place, il voit un homme s’apprêtant à fuir. Il s’agit de Guy Mallet. La victime s’appelait Laurence Cappel. Tous les deux se connaissaient du temps de leur adolescence, une amour de jeunesse. Guy Mallet l’avait fait rechercher par une agence de détectives privés. Et on connait la suite…

    Enfermé dans un silence, n’expliquant pas son geste, Guy Mallet fut interné dans un hôpital psychiatrique. Un an après les faits, Guy Mallet enregistre sur une cassette ses aveux et l’explication de son geste avant de mettre fin à ses jours. Mais cette vérité ne convient pas à l’inspecteur Cadin, qui va remonter toute l’histoire de ce drame. Car quelque chose cloche. Et au fil de ses recherches, ce sont plusieurs cadavres qui parsèment son enquête…

    Troisième volume de la série consacrée à l’inspecteur Cadin. A chaque épisode, le lecteur a droit à une visite touristique et culturelle de la région où le policier est muté. Ici, les Flandres et ses carnavals, sa bourgeoisie et les vestiges de la Deuxième Guerre mondiale, chers à l’auteur. L’inspecteur Cadin se dévoile peu mais la plume de DD est toujours limpide et s’avère être un régal de jeux de mots. Une histoire à l’intrigue secondaire mais on aime découvrir ses personnages secondaires, leurs vies…

    01/04/2026 à 16:55 3

  • Meurtres pour mémoire

    Didier Daeninckx

    7/10 Pour son deuxième livre, et également le deuxième consacré à son personnage principal, l’inspecteur Cadin, Didier Daeninckx s’affirme en tant que dénonciateur de crimes politiques passés par la trappe de l’oubli, dans une société superficielle où il paraît tellement plus simple de fermer les yeux et d’oublier ce qui l’arrange.

    Le roman policier démarre à Paris, le 17 octobre 1961, ce jour où la répression policière tue des manifestants pacifiques algériens venus clamer leur mécontentement face au couvre-feu établi à leur encontre par le Gouvernement.
    Parmi les milliers de morts, Roger Thiraud, professeur d’histoire, est retrouvé assassiné, exécuté alors qu’il rentrait retrouver son épouse enceinte. « Roger Thiraud », pas plus franchouillard comme patronyme : une « tâche » dans ce bain de sang, et des victimes issues du Maghreb.

    Vingt ans après, son fils, parti de Drancy, Bernard Thiraud, en route avec son épouse vers le Maroc, fait une escale à Toulouse pour ses recherches. Il va être exécuté de la même manière. Pour l’inspecteur Cadin, il faut rechercher l’origine de ce mystère.

    Meurtres pour mémoire est un véritable polar historique où l’on retrouve au fil des chapitres, la guerre d’Algérie, des barbouzes, la déportation des Juifs à Drancy, magouilles des hommes politiques… Des ingrédients plutôt sombres pour un passé qui, début des années 1980, était encore dans la mémoire de beaucoup de Français.

    Avec Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx s’affirme comme auteur français de polar et impose son style. On regrettera, encore, que le personnage de Cadin ne soit pas plus dépouillé.

    01/04/2026 à 16:54 2

  • Mort au premier tour

    Didier Daeninckx

    7/10 C’est après plusieurs lectures de livres de Didier Daeninckx, m’ayant permis de découvrir l’auteur et d’apprécier ses polars, que je me suis penché sur les débuts de sa carrière d’écrivain.

    Mort au premier tour est donc son premier livre. D’ailleurs, on le ressent à sa lecture. Si Didier Daeninckx impose son style, teinte sa prose d’un humour subtil et distille son histoire de faits méconnus de la Grande Histoire, il lui manque encore de la profondeur dans les personnages. Ici, il campe l’inspecteur Cadin dans cette France giscardienne de 1977. En poste à Strasbourg, il est chargé avec ses collègues d’assurer la sécurité autour des bureaux de vote. Les élections municipales s’annoncent tendues. D’ailleurs, le lendemain des résultats, le corps sans vie d’Alain Dientat dit L’Indien (à cause des deux syllabes principales de son patronyme Lain-Dien) est retrouvé sur le chantier de la centrale nucléaire de Marcheim.

    Ce militant écologiste fervent opposant au nucléaire avait vu la liste qu’il conduisait arrivée en tête et gagnée la ville. C’est donc logiquement que Cadin en charge de l’enquête va se tourner vers les adversaires politiques. Il cherchera également du côté de son passé de militant et du groupe extrémiste qu’il a côtoyé.

    Je ressors toujours charmé par une lecture de DD. Je découvre, j’apprends, ici quelques faits historiques de cette région meurtrie par les guerres franco-allemandes, et ressens l’atmosphère de cette France rurale passée. Pas le meilleur de Daeninckx, mais tous les livres du Français sont à lire !

    31/03/2026 à 12:00 2

  • Elles

    Lisa Lutz

    8/10 « Ce n’est pas moi qui l’ai tué. Je n’ai pas d’alibi. Vous allez devoir me croire sur parole ». En lisant ces quelques phrases posées à même la couverture de ce livre, on pourrait penser être tombé sur un polar dont le sujet est une enquête où le personnage principal va devoir chercher à prouver seul son innocence pour un crime qu’il n’a pas commis. D’ailleurs le début de ce livre le laisse penser. Tanya Dubois trouve son mari mort au bas de l’escalier. Après avoir vainement tenté de le réanimer, elle décide de quitter le domicile, la seule solution pour elle.

    Si cela interroge le lecteur, quelques lignes plus loin, on découvre qu’elle appelle un certain M. Oliver qui lui fournit nouvelles carte bleue et carte de sécurité sociale avec une nouvelle identité. On comprend que cette jeune fille n’est pas à son coup d’essai et qu’elle est coutumière des changements d’identité. Devenue Amelia Keen, elle tente dans une autre ville de se construire une nouvelle vie.

    Ainsi, tout le long du roman, on suit cette jeune fille, ces changements d’identité, ces « elles », rendus nécessaires dès qu’elle sent qu’elle est traquée. On comprend qu’elle ne veut pas qu’on retrouve sa trace. Lisa Lutz distille au compte-goutte quelques indices sur son passé, via quelques échanges de vieux courriels adressés entre deux personnages inconnus, Jo et Ryan.

    Un roman captivant, mené tambour battant, oppressant jusqu’aux 100 dernières pages, où l’on comprend mieux cette intrigue. J’ai regretté quelques longueurs, me suis interrogé pourquoi, à un moment quelconque, cette jeune fille dit qu’il est temps de revenir, sans explication ou circonstance particulière. J’ai même imaginé une fin différente, moins glamour, où elle serait arrêtée pour meurtre. Mais ne boudons pas le plaisir de cette lecture de Elles qui mérite le détour.

    25/03/2026 à 15:24 1

  • Ainsi va le monde

    Jake Hinkson

    9/10 Attention, cet avis n’est pas du tout objectif. Je préfère avertir tout lecteur que je suis un fan de Jake Hinkson. Son nouveau polar intitulé Ainsi va le monde est une réussite. Ce livre se laisse lire facilement et avec plaisir.

    Cette histoire est racontée par plusieurs protagonistes :
    - Alice Hardy, enseignante universitaire, est victime d’une agression dans une ruelle de Chicago. En état de légitime défense, elle donne un coup de couteau dans le cou de l’agresseur, le blessant mortellement. Sortant de chez son amant, et enfin de ne pas mettre à jour sa relation adultérine, elle décide de ne pas alerter la voiture de police qui venait de passer juste à ce moment-là. D’ailleurs, elle décidera de taire ces faits, à part à son amant. Quelques minutes plus tard, revenant sur les lieux du drame avec son amant elle constatera que son agresseur n’est plus là, ni le couteau. De retour chez elle, elle décide de jeter ses habits souillés de sang et déchirés à la poubelle. Le lendemain et les jours d’après, Alice, rongée par la culpabilité, souhaite savoir si les médias font état d’un mort dans une rue. Mais aucun signe d’un meurtre par blessure au cou dans une rue.
    - Owen Pall est l’archétype du parfait détective privé loser. C’est le mal-aimé de la police de Chicago, car il ne traite que des cas de femmes trompées. En plus, en faisant chanter le mari trompeur, il peut se faire deux fois plus de thunes. Mais là, en suivant un mari soupçonné de tromper sa femme, il l’enregistre avec sa caméra en train d’agresser au couteau une femme qui, en se défendant le laisse avec une grosse blessure au cou. Il sent qu’il tient quelque chose qui pourrait faire envoler sa carrière…

    Ce résumé tient en seulement quelques pages. On découvre rebondissements sur rebondissements (sans parler du final insoupçonnable) cette histoire sans comprendre où Jake Hinkson va emporter son lecteur. C’est parfois drôle, parfois émouvant, quelques fois horribles… L’écrivain américain déballe un panel de sentiments qui tient en haleine celle ou celui qui ouvrira Ainsi va le monde. Parfois, on se dit qu’on pourrait tenir un scénario d’un film, dont les frères Coen pourraient admirablement tirer. Mais, à chaque instant, on sait que l’on tient quelque de bon et jouissif. C’est tout simplement le talent de Jake Hinkson.

    Je vous avais prévenu que mon avis n’était pas du tout objectif. Quoique…

    23/03/2026 à 15:35 8

  • Le Singe d'Harlow

    Ludovic Lancien

    7/10 Si la lecture du Singe d’Harlow est rapide et facile, notamment grâce à des chapitres courts faisant la part belle aux dialogues, je me suis souvent perdu dans cette énigme complexe et dans la multitude des personnages, notamment des enquêteurs.

    Toutefois, on sent le potentiel et le talent de l’écrivain qui sera confirmé par son second roman, Les Oubliés de Dieu, que j’ai lu avant celui-ci et que j’ai beaucoup plus apprécié. D’ailleurs l’ordre de lecture ne m’a pas paru gênant dans la « compréhension » de l’enquête et l’histoire des personnages récurrents.

    Je ne retiendrai dans Le Singe d'Harlow que la théorie de ce chercheur, car cette histoire de ce justicier s’inspirant de la mythologie grecque s’avère un peu grandiloquente voire surréaliste (par exemple ce meurtre dans une station fantôme du métro dont le corps du mort sera mis dans des sacs en plastique et une partie évacuée dans les chiottes). Un livre dont il ne me restera pas grand-chose dans quelques jours.

    19/03/2026 à 16:54 1

  • Galadio

    Didier Daeninckx

    9/10 Dans l’Allemagne des années 1930, Ullrich n’est pas un adolescent qui correspond aux critères du nouveau régime nazi. Il est né d’un père soldat sénégalais, Amadou Diallo, venu avec les troupes françaises, assurer le strict respect du Traité de Versailles, dans la région de Duisbourg.

    En mémoire de ce père parti, démobilisé sans savoir qu’il allait avoir un fils, sa mère a accolé à son prénom, celui de Galadio, frère d’Amadou, habitant dans le Soudan français, chez qui elle envoyait désespérément des lettres dont elle n’avait aucun retour.

    A cause de sa couleur de peau, Ullrich/Galadio va être victime et témoin de cette montée du nazisme, et, à travers ses péripéties, le lecteur découvre des faits assez méconnus de l’histoire. Acteur de films pour la propagande nazie, il va avoir l’opportunité de retrouver ses racines africaines.

    Avec Galadio, Didier Daeninckx signe un livre poignant rempli de faits historiques méconnus, pour ma part, du moins (par exemple cet Etat libre du Goulot, issue d’une erreur topographique des Alliés qui voulaient occuper la Rhénanie). Didier Daeninckx signe, encore une fois, un livre dont la lecture s’avère, pour moi, incontournable.

    17/03/2026 à 09:50 3

  • La Mort sur ses épaules

    Jordan Farmer

    8/10 Dans cette bourgade de Pennsylvanie dénommée Lynch, l’activité minière, principale source d’emploi, a cessé et laissé sur le carreau toute une population en désarroi. Et d’ici cinq ans, tous pensent que, sans nouvelles perspectives d’essor économique, soit tout le monde quittera la ville ou un grand nombre de jeunes feront l’objet d’incarcération pour tout type de crime.

    Et à ce jour, niveau criminalité, Ferris Gilbert règne en maître et, de sa boîte de strip-tease, organise trafic en tout genre. Quand son frère, Huddles, est arrêté pour possession d’armes et de drogue, et incarcéré à la Carcasse, surnom donné au centre de détention pour mineurs, Ferris n’a qu’une obsession : faire sortir son frère.
    Ferris ordonnera à Terry, afin que ce dernier règle sa dette de jeu, de liquider le shérif, auteur de l’arrestation de Huddles. Il fera pression également sur Jason Felts pour qu’il adresse à Huddles un colis très spécial.

    Jason Felts travaille à la Carcasse, au titre de conseiller psychologique. Jason est atteint de nanisme, et a une relation extra-conjugale avec Sharon, la femme de son collègue en charge de la sécurité de la Carcasse, Sir Hendricks.

    Jordan Farmer signe un roman noir assez plaisant et donne envie de connaître la suite de son œuvre, La Mort sur ses épaules n’étant à ce jour son seul roman publié en France. Ce livre s’inscrit dans la lignée des auteurs que sont David Joy ou Chris Offutt, qui décrivent le déclin d’une Amérique rurale, dans laquelle la criminalité prend de plus en plus d’ampleurs, et où la population perd espoir et voit dériver sa vie dans un avenir sombre.

    La Mort sur ses épaules est un premier roman qui est rempli de promesses d’un écrivain dont, je l’espère, on écoutera beaucoup parler dans les prochaines années.

    16/03/2026 à 12:14 2

  • À mains nues

    Paola Barbato

    6/10 Je viens de fermer le livre, la dernière page lue, que je reste sans voix et sceptique. Dès les premières pages, je savais que ce livre n’allait pas me plaire. N’étant pas du genre à abandonner, plus par respect pour le livre et son auteure, que par fierté déplacée, je continuais ma lecture. Le sujet du livre m’a tout simplement écœuré par sa propension à écrire sur la violence gratuite, la torture malsaine, et présenter ces actes dénoués de moral. Et surtout je n’ai pas su comprendre le comportement de ces hommes qui, enlevés, se soumettent si facilement à ceux qui les séquestrent et se battent à la mort, comme des gladiateurs des temps modernes. Comme des chiens, qui sont appelés ainsi dans le livre, qui lèchent la main de leurs maîtres.

    Et comment ce sujet peut-il être encore plausible dans notre société occidentale ? Car même si, et je le souhaite, ce livre est une fiction, j’ose imaginer que cela ne peut être vraisemblable. On découvre, certes, que des hommes se battent pour de l’argent, dans des combats de ce genre. Mais des hommes séquestrés ? Et que dire des snuff-movies ? Cela dépasse ma capacité à accepter ce genre de chose.

    J’ai essayé de comprendre la volonté de l’auteure à prendre ce sujet comme toile de fond de ce roman. Perte de temps pour ma part. Je n’ai pas compris. J’ai terminé la lecture, secoué, mais pas emballé.

    12/03/2026 à 17:27 7