JohnSteed

105 votes

  • Des jours sans fin

    Sebastian Barry

    9/10 Dans ce western sensible, touchant et émouvant, Thomas McNulty relate son arrivée en Amérique, après avoir fui son Irlande natale où toute sa famille a péri, victime de la Grande Famine. Adolescent, avec son amant et ami indéfectible John Cole, il adossera robes sous grimage d’un noir pour gagner sa vie dans des spectacles devant les mineurs avant d’endosser l’habit militaire des Tuniques bleues pour conquérir l’Ouest sauvage. Ensemble ce couple hors norme se verra incorporer l’Union pendant la Guerre de Sécession et aider Lige Magan, un ancien ami soldat, dans son exploitation de tabac dans le Sud profond.
    Mais si ces péripéties sont aussi extravagantes, ce sont surtout les personnages aussi loufoques que remplis d’humanité qui constituent le plus grand intérêt de ce livre. Je pense notamment à l’adorable Winoma, la fille adoptive de Thomas et John, cette fille sioux arrachée à sa tribu qui fait preuve d’une envie de vivre à toute épreuve.

    Comme dans Candide, Sebastian Barry fait de Thomas McNulty un antihéros qui traverse les événements qui ont constitué le socle de l’Amérique. Mais c’est l’amour qui est présente à toutes les pages. Cet amour qui unit les hommes, qui fait croire en l’avenir, en la justice humaine. Des jours sans fin est un livre qui procure indubitablement du bonheur.

    12/06/2019 à 17:56 3

  • Glaise

    Franck Bouysse

    9/10 Franck Bouysse est un peintre en mots. Il arrive à trouver les mots justes pour décrire avec réalisme et humanisme ses personnages et les paysages cantaliens. Glaise est autant un livre qu’une peinture, autant un roman noir qu’une analyse sociologique de la vie rurale au début de cette Première Guerre mondiale. C’est à la fois touchant, dur, sensible et attachant. Et lire, à la fin du livre, les noms des héros tombés au combat inscrits sur le monument de Saint-Paul-de-Salers, lieu de cette histoire, montre que Franck Bouysse nous a offert un livre d’une exceptionnelle expérience littéraire.

    08/06/2019 à 13:18 6

  • Les Arpenteurs

    Kim Zupan

    9/10 Val Millimaki est un être désespéré. Dans le cadre de ses fonctions au bureau du Shérif du comté de Copper, il passe son temps à enquêter sur des délits ruraux et endure son quota d’heures dans le bâtiment de la prison adjacent au tribunal du comté. Mais il préfère le travail sur le terrain, au grand air, avec son chien de berger de trois ans, à pister les disparus. Mais depuis plusieurs semaines, il ne fait que découvrir des corps sans vie. De plus, son mariage avec sa femme Glenda bat de l’aile. Il a l’étrange sentiment qu’il subit sa vie. Acteur de rien. Il vient d’être affecté à la surveillance de nuit à la prison. Il retrouve John Gload, un dangereux tueur sexagénaire, qu’il a contribué à arrêter.

    Celui-ci s’entiche de ce policier renfermé et mélancolique. Chaque nuit, des discussions s’engagent de plus en plus personnelles. Une relation étrange et hors normes s’engagent alors entre les deux hommes. Elle ne s’achevera que sur une situation déroutante et morbide.

    Grâce à une écriture subtile, profonde et touchante, Kim Zupan développe dans Les Arpenteurs des personnalités complexes et torturées. Val Millimanki est un personnage que Simenon aurait pu créer : taiseux et à l’avenir noirci par un dur passé. John Gload, un prisonnier qui pourrait faire croire qu’une touche d’humanité subsiste encore dans les pires criminels.
    Les Arpenteurs ne laissera pas insensibles les lecteurs qui découvriront ce roman sombre à la beauté unique.

    03/06/2019 à 18:25 3

  • Bleu de Prusse

    Philip Kerr

    8/10 Automne 1956, la saison touche à sa fin au Grand Hôtel de Saint Jean-Cap-Ferrat où Bernie Gunther travaille en tant que concierge. Tandis qu’il prépare ses valises, il est approché par des membres de la Stasi. Ces derniers le menacent de s’en prendre à son ex-femme s’il ne remplit pas une mission spéciale : tuer Anne French.
    Même si cette dernière a su manipuler Bernie en lui faisant endosser la responsabilité d’un crime, l’ex-Kommissar de la Kripo ne peut accepter ce chantage. Une seule solution s’offre à lui : la fuite vers l’Allemagne. Une course poursuite s’engage entre Gunther et les membres de la Stasi, dont Friedrich Korsch. Ce dernier fut l’adjoint de Gunther en 1939. Le temps de sa cavale, il se remémore l’affaire qui les avait menés sur le Berghof, l’immense propriété luxueuse du Führer. Un ingénieur avait été tué sur la terrasse. Alors qu’Hitler souhaite venir y fêter son cinquantième anniversaire, Heidrich somme Gunther de découvrir le meurtrier dans la plus grande discrétion. Hors de question que l’on puisse apprendre qu’il est facile de tuer quelqu’un au nid d’Aigle.

    Philip Kerr nous comble dans cet épisode des aventures de Bernier Gunther. L’enquête, comme toujours, est rondement bien ficelée, le cadre historique très intéressant. Les remarques acerbes, le cynisme, les réflexions toujours aussi piquantes de Gunther sur le régime nazi, le peuple allemand, les Français,… sont aussi pertinentes que dérangeantes. Et on adore ça quand c’est écrit par Philip Kerr.

    31/05/2019 à 17:47 7

  • En attendant le jour

    Michael Connelly

    9/10 Renée Ballard est le nouveau personnage de Michael Connelly, le prolifique et talentueux écrivain américain. En attendant le jour est le premier polar de cette inspectrice qui, suite à un contentieux avec sa hiérarchie, s’est retrouvée à assurer ses fonctions de nuit.

    C’est ainsi qu’elle va se trouver à enquêter sur plusieurs affaires : le vol de cartes bancaires, l’agression d’un trans-genre, et une tuerie dans un bar de nuit.
    Connelly, comme à son habitude, offre un déroulement des enquêtes très maitrisé (on sent bien qu’il s’attache des conseils de vrais inspecteurs de police) sans oublier une part de suspense et de rebondissement, pour faire de ce livre (comme la majorité de son œuvre) un page-turner.

    Si les intrigues sont vraiment alléchantes, l’intérêt de ce polar réside également dans la découverte de la personnalité de l’inspectrice René Ballard : une acharnée du travail, au passé familial difficile et aux principes et aux valeurs indéboulonnables.

    Si Connelly a changé de personnage (pour élargir ou renouveler son lectorat ?), cela n’a pas changé son talent d’écrivain. Grâce à cette jeune et talentueuse inspectrice qui est promue à un bel avenir professionnel, l’auteur américain va pouvoir continuer à nous gâter de ses savoureux polars.

    26/05/2019 à 11:24 3

  • Twisted Tree

    Kent Meyers

    8/10 J’ai un attrait particulier pour tous les romans polyphoniques. J’apprécie cet exercice de style assez compliqué et qui (quand c’est réussi) force l’admiration. Il permet de dégager une dimension psychologique des personnages toujours intéressante.

    Avec Twisted Tree, Kent Meyers propose une démarche subtile en tissant une toile d’araignée où le centre serait cet enlèvement de Hayley Jo par le serial killer de l’autoroute I-91. Ce dernier a traqué sa proie en s’inscrivant sur les réseaux sociaux de filles anorexiques, les ANAS.

    Les chapitres se suivent en alternant les histoires d’autres habitants de Twisted Tree : cette caissière, ancienne missionnaire ; ce chauffeur routier qui téléphone à sa femme comment il a su éviter un troupeau de bisons ; cette femme qui a la hantise des crotales et qui verra conduire tétanisée un serpent sur ses genoux ; …
    Si Hayley Jo n’est pas au cœur de la vie des différents personnages, elle figure plus ou moins dans la vie de chaque membre de cette communauté. L’histoire et la tranche de vie des protagonistes constituent une pièce d’un puzzle qui, l’on s’en doute, éclaircira la destinée tragique de cette fille.

    Au final, Twisted Tree s’avère être un roman sombre et âpre dont la richesse se dévoilera aux seuls lecteurs les plus coriaces et persévérants.

    24/05/2019 à 15:58 3

  • Dans l'ombre du brasier

    Hervé Le Corre

    8/10 Avec Dans l’ombre du brasier, Le Corre nous plonge dans une page de l’Histoire de France passée à la trappe des cours d’histoire : la Commune. Cette période insurrectionnelle du printemps 1871 à Paris, qui affronta Monarchistes et Républicains (à connotation « Rouge ») constitue le cœur même du roman.

    A la manière des Hugo et Zola, l’auteur français nous fait vivre, ressentir et participer aux tribulations des personnages du livre : les 3 camarades communards Le Rouge (rapport à ses cheveux, mais pas que), Adrien et Nicolas qui, soldats des régiments républicains, affrontent avec leurs tripes et leur sang les Versaillais lors de bombardements aussi dévastateurs que sanglants.
    La belle Caroline, qui aide les médecins à soigner les blessés des combats acharnés, et fiancée de Nicolas subira un drôle d’enlèvement que le commissaire Roques essaiera de résoudre.

    Le Corre propose plus qu’une lecture avec ce roman. Il arrive admirablement à nous faire ressentir avec tous nos sens les événements qui se déroulent tout au long des quelque 500 pages du livre : on respire, on est touché par notre peau, on entend les événements de la Commune. On devient presque un acteur du livre, tant les descriptions sont magnifiquement précises.

    18/05/2019 à 10:00 3

  • Station Eleven

    Emily St. John Mandel

    8/10 Un virus foudroyant, la grippe de Géorgie, anéantit la population mondiale en seulement quelques heures. Des survivants constituant des microcosmes tentent de continuer d’exister dans ce monde post-apocalyptique.

    C’est le cas d’une troupe de théâtre, la Symphonie Itinérante, dont fait partie Kyrsten. Les acteurs errent de cimetières de ville en cimetières de ville à la rencontre de survivants pour leur interpréter des œuvres de Shakespeare. C’est ainsi qu’ils arrivent à St Deborah by the Water près du lac Michigan. Dans cette ville fantôme, les comédiens ne retrouvent plus leurs anciens collègues qu’ils avaient laissé ici il y avait quelques mois à peine. Par contre, au milieu de ce chaos, ils apprennent l’existence d’un être tyrannique qui se trouve à la tête de cette petite communauté et qui se fait appeler le Prophète.

    Pendant ce temps, Jeevan traverse les bois. A l’aéroport de Severn City, depuis le moment du chaos où toute activité a cessé, des survivants constituent un musée de la civilisation comprenant les objets de l’ère pré apocalyptique : carte de crédit, téléphone portable, tabloïd,…

    Et au milieu de tout ça, une bande dessinée, Station Eleven, que Kyrsten possède depuis la dernière représentation du célèbre acteur Arthur Leander.
    C’est ce dernier qui constitue le fil de cette attachante histoire. Car dans ce roman qui alterne les aller retours entre moments pré et post apocalyptiques, tout part et revient vers Arthur Leander : les événements et les personnages qui traversent ou constituent sa vie :Miranda, la première femme d’Arthur Leander, Clark, Elisabeth, une autre ex-femme et son fils Tyler, Kyrsten, Jeevan…

    Ne venez pas trouver dans Station Eleven un livre de science-fiction, ou d’horreur. Non, ce livre, à l’architecture intelligente, est rempli d’un profond sentiment d’humanisme et d’espoir.

    11/05/2019 à 10:09 5

  • Dans la forêt

    Jean Hegland

    8/10 Dans la forêt est un roman diesel, un roman qui dévoile sa puissance au fil des pages. L’aspect post apocalyptique apparaît pour moi comme un prétexte pour l’auteure américaine d’évoquer la force et la puissance de la Nature, et de poser l’être humain comme une espèce vivante qui verra inéluctablement son extinction arriver. Dans la forêt est un roman attachant grâce à la qualité narrative de Nell, qui raconte les conditions dans lesquelles sa sœur, Eva, et elle construisent leur survie. Et la forêt constitue plus qu’un environnement propice dans cette lutte ou un membre à part pour les deux filles : elle est leur vie.

    01/05/2019 à 17:30 3

  • Sans lendemain

    Jake Hinkson

    8/10
    Etaient-ce le cadre de l’histoire, le sujet abordé ou le style de Jake Hinkson (que je découvre avec ce livre) mais j’ai cru rentrer dans un polar à la sauce Thompson. Et ce fut un plaisir réel.

    1947, tout le monde rêve d’Hollywood, et particulièrement Billie Dixon. A défaut d’avoir obtenu un poste d’écrivaine de scénarios, Billie est chargée de distribuer des films de série B aux cinémas qui ne peuvent se payer des films des grands studios. Arrivée à Stock’s Settlement, une petite bourgade de l’Arkansas, Billy rencontre Claude Jeter, le propriétaire du cinéma local. Celui-ci lui explique que son cinéma fait l’objet d’une censure de la part du pasteur local, frère Obadiah Henshaw. Afin de pouvoir réaliser la commercialisation de ses films, Billy décide d’aller parler à cet homme d’Eglise et de le convaincre de lever cet embargo cinématographique. Elle tombe sur un fanatique religieux, qui ne cède en rien, et sur sa sublime et attirante femme, Amberly Henshaw. Les deux femmes se dévoilent leurs sentiments et se rapprochent physiquement. Dans cette époque et cette société puritaines, cet acte ne peut être que sans lendemain. Sauf pour ces femmes au courage fort et à la détermination exemplaire. Mais on avait averti Billie Dixon d’éviter l’Arkansas. Elle pourrait bien avoir des ennuis. Et effectivement tout ne va pas bien se passer. Manipulation, mensonges, meutres, Billie Dixon va se trouver dans une véritable descente aux enfers.

    27/04/2019 à 20:01 3

  • Par le vent pleuré

    Ron Rash

    9/10 Quand on lit les quelques lignes de la biographie de Ron Rash présentes dans Par le vent pleuré, son septième roman, il est précisé que l’auteur américain est un poète. C’est bien cette poésie qui ressort après la lecture de ce roman où la sensibilité des mots, les émotions des phrases et la beauté du verbe font de ce livre un roman d’une sensibilité et d’une profondeur rares et uniques.

    46 ans après, le corps de Ligeia Mosely est déterré par la rivière Tuckaseegee, à Sylva, une petite ville des Appalaches. Ayant appris la nouvelle par les journaux, Eugene Matney veut parler de manière urgente à son frère, Bill. C’est le dernier à avoir vu Ligeia en la mettant dans le bus en direction de Miami. Eugene a la conviction que son frère devenu un éminent neurochirurgien lui cache de terribles secrets. Dès lors, il se rappelle la rencontre avec cette fille qui aura bouleversé sa vie.

    En été 1969, Ligeia avait débarqué de Floride. Ses parents voulaient l’éloigner de toute drogue et alcool qui l’entouraient là-bas. Eugene et Bill, de sérieux adolescents, sous l’emprise de leur grand-père tyrannique, ont fait la connaissance de cette belle et insouciante fille qui leur proposait de découvrir les joies de l’amour, des drogues et de l’alcool. Eugene, le plus jeune, le plus sentimental et timide des frères, était celui qui a été le plus sensible aux charmes et à la personnalité libertine de Ligeia. Il a tout fait pour celle qui lui a fait découvrir ce qui sera pour lui la ruine de sa vie : l’alcool. Ligeia, rêvant de partir à Miami, s’est lancé dans le trafic de drogue pour obtenir l’argent nécessaire.

    Mais que cache Bill ? Pour Eugene, aucun doute. Tout prouve que ce ne peut être que son frère qui a tué Ligeia. Par jalousie, par crainte de compromettre son avenir en tant que médecin. Il lui appartient de lui faire dire la vérité.

    Les secrets de famille, la vérité enfouie depuis des années et qui refait peu à peu surface. Les faits qui reviennent petit à petit. On trouve là les ingrédients de Thomas H. Cook. Mais quand ce dernier semble se parodier voire se noyer livre après livre, Ron Rash sait nous transporter vers l’essentiel et la quintessence de ces thèmes dans un livre bouleversant.

    25/04/2019 à 15:27 4

  • Les Fantômes de Manhattan

    R.J. Ellory

    7/10 Loin des romans que RJ Ellory nous avait habitué à lire jusqu’à là, Les fantômes de Manhattan n’est pas un livre policier, ni d’espionnage, même pas noir. Pas de meurtre, pas d’enlèvement. Juste une libraire, Annie O’Neil, qui rencontre un mystérieux monsieur, M. Forrester, qui lui donne de manière hebdomadaire des lettres de son père, décédé alors qu’elle n’avait que 7 ans, qu’il n’a pu envoyer à son épouse. Ces missives sont données à Annie en même temps que des fragments d’une ébauche de livre réalisé dans le cadre du Club de lecture, que Forrester et le père d’Annie fréquentaient.

    Entre ses soirées passées avec son vieil ami, Jack Sullivan, ancien reporter journaliste ayant couvert la guerre du Vietnam, et David Quinn, l’Amour rencontré de façon incongrue dans sa librairie, la belle trentenaire new-yorkaise va ainsi lire les lettres de son regretté père et partager l’histoire saisissante et incroyable racontée dans ce livre.

    Les fantômes de Manhattan, bien qu’édité chez nous il y a peu, est le deuxième livre écrit par RJ Ellory. Si le suspense et la tension habituels sont certes peu présents, la plume de l’auteur sauve cet opus d’une lassitude, de faits un alambiqués et d’une intrigue cousue de fil blanc. En d’autres termes, on peut adorer ce livre si on n’y cherche pas forcément à passer des nuits blanches.

    24/04/2019 à 16:52 5

  • Seules les bêtes

    Colin Niel

    9/10 Rentrer dans ce roman noir, c’est se prendre en pleine figure le désespoir des différents protagonistes qui, de près ou de loin, portent la responsabilité de la disparition de Evelyne Ducat. La disparue était mariée à un notable, un gars du coin parti à la capitale à sa majorité puis revenu vivre dans la vallée après avoir fait fortune à l’étranger. Dans cette région dure du Causse, où l’hiver porte avec sa neige son lot de désespoir, les habitants se confient peu.

    Tour à tour, certains vont cependant prendre la parole et raconter leur histoire et leur vie qui apporteront la lumière à cette sombre disparition : Alice, l’assistante sociale au service des agriculteurs locaux, va trouver en Joseph, un amant qui comblera son vide d’amour ; Joseph, éleveur d’ovins, comble le vide de son existence avec les morts ; Maribé la romantique parisienne qui, par amour, va se trouver une âme de néo-rurale et développer son activité de surcyclage ; Armand, un arnaqueur par messagerie, trouvera finalement que ses messages peuvent sauver les causes les plus perdues.

    Colin Niel arrive avec force et talent à nous convaincre que du désespoir, des destins tragiques peuvent naître l’amour. Après tout, la nature a horreur du vide. L’amour aussi. Seules les bêtes est certes un roman noir mais aussi un roman d’amour.

    24/04/2019 à 16:03 7

  • L'Année du lion

    Deon Meyer

    9/10 Dans ce livre qualifié post apocalyptique, le plus intéressant est la mise en place d’une nouvelle communauté, Amanzi, et avec elle les différents courants politiques avides de pouvoir. Deon Meyer fait sienne des différentes pensées politiques, sociologiques voire philosophiques sur les fondements de la société. On pense bien évidemment à Hobbes, ou à Rousseau avec son Contrat social.

    C’est un roman passionnant mais qui, comme d’autres avis le pointent, souffre d’une explication sur l’origine du virus et des membres du complot tirée par les cheveux. Dommage.

    26/02/2019 à 15:29 6

  • En ce sanctuaire

    Ken Bruen

    7/10 Après plusieurs années d’abstinence dans la lecture des « enquêtes » de Jack Taylor, je retrouve avec ce livre tout ce qui fait l’attrait du personnage de Ken Bruen : le cynisme de cet enquêteur irlandais, écorché vif et autodestructeur, au verbe acerbe.
    Jack Taylor reçoit une lettre d’une personne se faisant appeler Benedictus annonçant les meurtres qu’elle va commettre et indiquant qu’il est le seul à comprendre le sens de cette « mission » et qu’il en sera le témoin privilégié.
    L’Irlandais boiteux prend au sérieux cette lettre même s’il veut vérifier si cela peut être une farce ou non en allant en rendre compte au commissariat. Pour le surintendant Clancy, ceci n’est pas sérieux. Jack Taylor ne veut pas laisser tomber l’affaire. Mais ses démons refont surface : la drogue et l’alcool. Lui qui ne s’est toujours pas remis du décès tragique et accidentelle d’une petite fille dont il avait la garde, éprouve remord et culpabilité.

    Dans les opus avec Jack Taylor, l’enquête n’est jamais le cœur du livre. C’est ce personnage de Jack Taylor qui cherche aussi bien à sombrer qu’à se tirer de ses situations désastreuses. Après on apprécie ou non ce genre de littérature. Moi j’aime ce genre de lecture. Mais dans « En ce sanctuaire », un peu plus de profondeur et de longueur n’auraient pas été superflues. Alors, je vais tâcher de lire les livres suivants…

    25/02/2019 à 15:38 3

  • Power

    Michaël Mention

    9/10 Après avoir achevé Power, je me précipite pour découvrir un peu plus l’auteur. Avec un patronyme et un titre comme ceux-ci, je m’attendais à trouver une multitude de sites américains. Mon préjugé était renforcé par le fait que je ne voyais qu’un auteur des USA pour pouvoir aussi bien parler de ce pan de l’histoire du Black Panther Party, cette organisation qui a combattu la ségrégation et le racisme vécus par la communauté afro-américaine dans les 60’s. Alors que ne fut pas ma surprise de constater que Michael Mention est un auteur français et qui plus est avec une œuvre riche depuis la parution de son premier roman en 2008.

    Oui, Michael Mention écrit admirablement comment les Black Panthers se sont créés, ont vécu, mené leurs actions et leur révolution et ont vu leur parti disparaître. Si la première partie du livre « What we want », qui s’attache à retracer l’historique de la naissance du mouvement, fut âpre et lassante, tout s’accélère après. On ne rentre pas dans ce livre. Il nous aspire dans l’histoire grâce à Charlene, militante active et extrême de la première heure du Black Panther Party, Neil, officier de police qui trouve légitime le combat de la communauté noire, et celle de Tyrone, recruté par le FBI pour infiltrer le mouvement.

    Ce roman offre un véritable coup de poing au lecteur, nous balade dans l’histoire des USA. Et ça rocke, ça groove avec les différents morceaux de soul, de funk ou de rock qui rythment le livre que l’on avale sans s’en rendre compte. Une véritable et belle découverte de l'auteur et une lecture passionnante et attachante.

    03/02/2019 à 13:57 10

  • Juste après la vague

    Sandrine Collette

    8/10 Ce roman de Sandrine Collette est étouffant, oppressant, angoissant, terrifiant. L’auteure française sait exploiter nos peurs pour nous obliger à ne pas arrêter notre lecture avant la dernière page. Dans cette immensité du vide laissé après le passage d’une immense vague dévastatrice, une famille de parents avec ses 9 enfants seuls rescapés de leur île doit affronter la mer, ses tempêtes, sa solitude et ses mystères pour retrouver une terre ferme synonyme de vie. Cependant un terrible choix doit s’opérer. La barque ne pouvant contenir que 8 membres de la famille, il faudra laisser 3 enfants sur cette île vouée à disparaître sous l’eau. Avec la promesse (vaine ?) de revenir les chercher.

    On rentre dans ce livre comme dans un huis-clos où la peur affronte le courage, le désespoir la force et la mort l’amour. Et toutes les pages sont empreintes de vie et d’espoir malgré les doutes et la culpabilité. Et la plume de Sandrine Collette sublime cette histoire, et c’est ici son talent, qu’elle rend complément vraisemblable.

    30/01/2019 à 14:57 10

  • Évasion

    Benjamin Whitmer

    7/10 Benjamin Withmer présente son Evasion à la manière d’un film aux multiples acteurs et chapitres courts, créant un rythme soutenu et ne laissant pas un personnage du roman prendre plus de place qu’un autre. Car le héro du livre est bien l’évasion et la prison d’Old Lonesome (le titre original du livre) avec tous les ingrédients nécessaires : les 12 détenus évadés dont le ténébreux Mopar, le traqueur, les journalistes, le directeur de la prison, la hors la loi,…

    Ils cachent tous une sombre personnalité et le temps de la traque on va découvrir chacune de leur facette, qui ne sera pas belle à lire. Car à Old Lonesome n’est pas une cité où il fait bon vivre. Car là-bas, on ne vit pas. « On survit. C’est tout ce qu’il y a. Il n’y a rien dans ce monde qui vaille qu’on vive pour lui, mais on le fait quand même. On n’y pense pas, on se contente d’avancer. On survit et on espère seulement qu’on pourra s’accrocher à un bout de soi-même qui vaille qu’on survive ».

    Evasion est désespérément sombre et glacial.

    27/01/2019 à 15:43 7

  • My Absolute Darling

    Gabriel Tallent

    8/10 Une de mes connaissances, un lecteur assidu, m’indiquait dernièrement que les meilleurs livres étaient ceux qui dérangeaient. Une fois ma lecture de My absolute darling achevée, j’ai immédiatement repensé à cette remarque, car ce premier livre de Gabriel Tallent dérange indubitablement.

    My absolute darling raconte l’histoire ressentie et vécue par Turtle alias Croquette alias Julia Alveston. Cette jeune adolescence est élevée par son seul père, Martin, de manière décalée voire sectaire. Il lui apprend la survie et l’utilisation des armes à feu plus que l’orthographe considérant la fin proche et incontournable du monde. Ce père manipule psychologiquement sa fille qu’il considère comme son amour absolu, depuis la mort de sa femme et mère de Turtle. Cette dernière, déstabilisée, manque de confiance en elle. Et le fait que son père abuse d’elle sexuellement la perturbe au point qu’elle ressent pour son père autant de l’attachement très fort que du profond dégoût. Elle planifie sa fuite qui échoue par crainte de la réaction de Martin. Lui, il ne veut qu’elle et ne peut pas considérer que Turtle ne puisse pas l’Aimer autant en retour. L’arrivée de Cayenne, une petite fille « trouvée » par Martin, va servir de déclencheur. Turtle va devoir puiser au plus profond d’elle-même pour pouvoir se sortir et se libérer de cette situation.

    Pendant plus de 450 pages, Gabriel Tallent nous fait partager la torture et le tiraillement entre haine et amour de Turtle pour son père. Chaque mot et chaque expression sont choisis par l’auteur qui a mis plus de 8 ans pour achever son livre. Et on le ressent à la lecture qui, du coup, peut paraître longue et fastidieuse. Alors, ce livre qui est immanquablement dérangeant par le sujet abordé est-il pour autant un très bon livre ?

    Ce fut pour moi une lecture d’un livre pesant qui, même après la fin, m’interroge encore. Tant sur l’écriture, les personnages et leur approche psychologique ou la fin de l’histoire. A l'image de Turtle pour son père, nous sommes nous aussi tiraillés entre amour et haine pour ce livre. Certainement le signe d’un livre plus complexe qu’il n’y paraît.

    23/01/2019 à 12:18 5

  • La Veuve blanche

    Jérémie Guez

    7/10 Ancien soldat américain de la Guerre en Irak, Murphy réside à Amsterdam après avoir voulu suivre un amour qui l’a plaqué à peine arrivé en Hollande. Depuis, pour vivre, il est devenu chauffeur de prostituées pour le compte de Dekkers.
    Après avoir fumé un peu de White Widow ( de la Veuve blanche), histoire de passer une soirée relax, Murphy conduit Demi chez son client, crâne rasé, bras recouverts de tatouages, habitant sur une péniche. Continuant sa tournée, il revient à l’embarcadère pour récupérer Demi. Or la péniche n’est plus là. Murphy s’acharne à chercher la jeune fille. Mais c’est aussi sa liberté et l’amour qu’il souhaite trouver.

    Une belle histoire d’amour entre deux exclus. Le sujet n’est certes pas très original, mais ici, sous la plume de Jérémie Guez, le rythme de l’histoire et la tension font mouche. Et les pastels de Miles Hyman (à qui l’on doit notamment la formidable adaptation du Dalhia Noir de James Ellroy en BD) qui illustrent la nouvelle sont toujours un régal pour les yeux.

    16/01/2019 à 20:15 3