JohnSteed

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  • Ma Cousine Rachel

    Daphné Du Maurier

    9/10 Entrer dans l’univers littéraire de Daphné du Maurier est toujours, pour moi, un instant délicieux. L’atmosphère y est envoûtante, et l’écriture aussi précise que précieuse. L’intrigue prend le temps de se mettre en place, et le final est aussi inattendu qu’efficace. Bien que ne connaissant, à ce jour, que très peu sa bibliographie, je peux sans crainte affirmer que Ma Cousine Rachel (titre très balzacien!, même si aucun lien de parenté n’est avancé avec Le Cousin Pons) est une réussite.

    Plongeons-nous dans cette atmosphère, tout d’abord. Les Cornouailles, Angleterre, vers les années 1830, dans un grand domaine fermier. Philip Ashley a été recueilli et éduqué par son cousin Ambroise, plus âgé que lui, alors qu’il n’avait que 18 mois après la mort de ses parents. Ambroise fut un homme juste, équitable, rempli d’affection pour Philip. Ce dernier a tellement pris pour exemple voire modèle Ambroise que les deux cousins, si ce n’est leur différence d’âge, se ressemblent trait pour trait, même physiquement. Alors que Philip atteint ses vingt ans, Ambroise est vivement invité par son médecin à passer les hivers aux bords de la Méditerranée et profiter du climat plus sec de la région. C’est ainsi qu’Ambroise part pour Florence et laisse la gestion du domaine à Philip.

    Les deux cousins échangent par lettres et c’est de cette manière qu’Ambroise annonce la relation qu’il entretient avec la Comtesse Sangaletti, qui se fait appeler la cousine Rachel, du fait d’une lointaine parenté avec Ambroise. Les semaines passant, Ambroise se découvre une passion tardive et annonce plus tard à Philip leur mariage. Le jeune cousin en est tout chamboulé et voue une amertume non feinte à l’encontre de cette femme qui lui a pris son cousin. Il ne faut pas longtemps à Philip pour effectuer le voyage à Florence après avoir reçu une étrange lettre dans laquelle Ambroise le somme de venir à son secours, souffrant d’étranges maux, qui lui rappellent la tumeur au cerveau qui avait emporté son père. Mais surtout, il affirme que Rachel essaie de l’empoisonner. Le temps du voyage, Philip ne peut qu’apprendre la fin tragique d’Ambroise et la disparition de cette Rachel.
    De retour en Angleterre, Philip est en colère et en veut à cette Rachel qui a tué son cousin. Il se jure de le venger.

    Quelques semaines plus tard, Rachel débarque en Angleterre. Sermonné par son parrain et tuteur, Mr Kendall, Philip reçoit la cousine Rachel. Lui, qui détestait sans la connaître Rachel, tombe sous le charme de la cousine. Comme hypnotisé voire envoûté, il met désormais toutes les accusations d’Ambroise aux oubliettes. Pire, alors qu’Ambroise n’avait pas signé le nouveau testament en faveur de Rachel, Philip va avoir à cœur de réparer cette injustice. Oui, il éprouve pour Rachel des sentiments troublants, voire amoureux. Dans les affaires d’Ambroise, une lettre du défunt avertit Philip sur la prodigalité de cette cousine : « L’argent, Dieu me pardonne de dire cela, est l’unique chemin de son cœur ». Alors quand Philip commence à ressentir les étranges maux dont Ambroise est mort, il se rend compte qu’il s’est méprit sur sa cousine Rachel… ou pas…

    Daphné du Maurier est une magicienne du suspense. Il faudra attendre les tout derniers mots du livre pour apprendre le dénouement et comprendre toute cette histoire. Ma cousine Rachel fait partie des livres les plus envoûtants de l’autrice, à l’instar de Rebecca, une autre femme envoûtante. Mais c’est une autre histoire.

    19/05/2026 à 09:03 1

  • L'Arme à l'oeil

    Ken Follett

    8/10 Dans toute guerre, l’information est une arme importante. Les espions constituent donc un moyen incontournable pour traquer les renseignements sur l’ennemi (armes, armées, localisation,…). Aussi, l’Allemagne nazie a-t-elle envoyé quelques émissaires pour les intégrer dans la population anglaise et les mobiliser dès que nécessaire.

    C’est ainsi que Henry Faber a été débarqué depuis plusieurs années à Londres. Il a réussi à « devenir » un parfait Anglais et possède à son actif plusieurs identités et couvertures (que l’on pourrait aussi appeler « légende ») qui lui permettent, incognito, de vivre, travailler et transmettre les informations à l’Abwehr, le service de renseignement de l'état-major allemand. Henry Faber est d’une efficacité redoutable et son arme favorite est le stylet qu’il plante discrètement dans l’oreille, le cou ou le cœur de son adversaire. C’est pour cela qu’il est surnommé Die Nadel, l'Aiguille et que le Führer Adolf Hitler ne jure que par lui. Aussi, l’état-major allemand étant convaincu que le prochain déparquement des alliés ne peut qu’avoir lieu dans le Pas-de-Calais, et Hitler ayant l’intime conviction qu’il se tiendra en Normandie, il attend que Faber lui apporte les preuves que les armes et armées déployées dans l’est de l’Angleterre ne sont que des leurres.

    Mais le MI-5, dans lequel le professeur Godliman est arrivé en 1940, est aux trousses de Faber. C’est à l’image d’une « aiguille dans une meule de foin », que Faber va être démaqué. Mais l’espion allemand a toujours une longueur d’avance sur ses poursuivants. Mais arrivera-t-il à temps à embarquer à bord du U-boot et envoyer à Hitler les preuves qu’il attend ?

    C’est un très bon roman d’espionnage qu’a écrit Ken Follett, même si le lecteur doit patienter près de 80 pages avant que l’intrigue commence. Le temps pour l’auteur de présenter les principaux protagonistes et d’installer cette course poursuite. Une attente récompensée car le lecteur pris dans la lecture, est malmené dans ce périple qui nous fait traverser l’Angleterre et l’Ecosse, avec plein de sentiments mélangés, y compris les sentiments amoureux. J’avais délaissé l’auteur depuis une dizaine d’années et ma lecture de sa série intitulée Le Siècle et j’ai eu plaisir à être, une fois de plus, transporté par l’histoire.

    18/05/2026 à 11:54 2

  • La Fenêtre des Rouet

    Georges Simenon

    9/10 Dominique habite le Faubourg Saint-Honoré dans un immeuble où, par nécessité financière, elle loue une chambre de son appartement. Sa vie de vieille fille est rythmée par celle des locataires, Albert Caille et sa jeune fiancée, Lina, leurs bruits du quotidien, leurs aller-venues. Elle regarde aussi à travers ses persiennes la vie dans la maison d’en face, celle des Rouet, Antoinette et son mari Hubert, récemment malade et constamment alité, et les parents Rouet à l’étage du dessus.

    Depuis le décès de son père, un an plus tôt, le Général Salès, veuf très jeune et à qui elle a consacré toute sa vie, Dominique est seule. Alors regarder, épier, imaginer la vie de ses locataires et des voisins Rouet, c’est un peu comme si elle vivait par procuration. Et la mort de Hubert ne l’étonne pas : Dominique a vue que ce drame se préparait. Oui, effectivement, elle a vu sa jeune épouse, Antoinette, versait les gouttes dans la plante de la chambre au lieu de les administrer et soigner son mari souffrant.

    D’ailleurs, Dominique voulait la dénoncer à la police. Mais cette lettre anonyme, elle a préféré l’envoyer directement à Antoinette. Juste pour l’avertir que quelqu’un savait. Pourquoi a-t-elle prévenu Antoinette ? Peut-être qu’en la dénonçant, sa vie allait s’arrêter en même temps qu’on arrêterait Antoinette ? Que la vie de Dominique n’aurait plus de raison de continuer, cette vie par procuration ?

    Avec La fenêtre des Rouet, Simenon offre un roman psychologique à la peinture sombre de la vie d’une femme, solitaire, dont la vie se résume à celle de ses locataires et surtout celle d’Antoinette Rouet qu’elle aurait aimé avoir eu : une existence au courage prononcé et à la liberté sans condition.

    18/05/2026 à 10:28 2

  • Rendors-toi, tout va bien

    Agnès Laurent

    9/10 Sur l’autoroute A31, ce vendredi soir de fin juin, Christelle a un terrible accident.
    Quelques heures plus tôt, en tout début de matinée, Guillaume, son mari, est arrêté par les gendarmes devant le bistrot où, comme chaque matin, il allait prendre son café avant d’aller au bureau. Cela devait arriver, il le sait. Responsable financier de l’entreprise de pêche à Sète, Il avait prévenu son patron : ce n’était plus possible de recruter au black. Il va tout expliquer… Lui, ce fils de bonne famille, ce père de deux jeunes filles et mari aimant de Christelle. Il ne va pas rester longtemps en audition. Non, ce n’est pas possible…

    Pendant ce temps, Christelle sait qu’elle doit partir. Ses filles se débrouilleront. Quand elles se lèveront, elles prendront leur petit-déjeuner et feront leurs sandwichs pour leur sortie scolaire. Elle va leur laisser un mot, car leur mère doit quand-même les rassurer.
    Toute cette journée va être racontée par Christelle et Guillaume, mais également tous les autres protagonistes qui vont partager cette effrayante journée où l’insoupçonnable va être dévoilé au compte-goutte au lecteur. Ce lecteur, que nous sommes toutes et tous, dévore les lignes, les pages pour essayer de comprendre ce qu’il se passe. Ce même lecteur qui va être manipulé, malmené pour mieux être transporté dans l’histoire de cette famille « classique » et confronté à ce terrible secret…

    Une histoire terrible qu’Agnès Laurent a construit de main de maître(sse) en dévoilant l’histoire de ce couple et de la famille parfaite. Un drame qui secoue et qui interroge le lecteur. Une réussite.

    12/05/2026 à 15:54 5

  • Le Train bleu s'arrête treize fois

    Pierre Boileau, Thomas Narcejac

    9/10 Parfois, mais rarement, je trouve que le duo français noie son intrigue dans des longueurs, par définition, superflues. L’histoire est bien pensée, le suspense est aussi surprenant que troublant. Mais à trop vouloir atteindre leur quota de pages, Boileau-Narcejac gâchent le récit d’un succès et de reconnaissance de leur lectorat (du moins, le mien).
    Dès lors, j’ai trouvé que le format des nouvelles, qui composent ce recueil, leur convient bien. Comme le sous-entend le titre, Le Train bleu s'arrête treize fois, on est en présence de 13 histoires qui ont pour cadre chacune des villes où s’arrêtait ce mythique train (Paris, Dijon, Lyon-Perrache, Marseille-Blancarde, Toulon, Saint-Raphaël, Cannes, Antibes, Nice, Beaulieu-sur-Mer, Monaco, Monte-Carlo et Menton). Le train n’est pas nécessairement présent dans ces nouvelles, et ne sert donc que prétexte aux auteurs à faire dérouler chaque histoire dans les villes susnommées.
    J’ai pris un immense plaisir à lire chacune d’entre elles, dont les différents thèmes (la vengeance, le crime passionnel, l’adultère, le vol, la mafia,…) offrent un twist final inattendu et qui fait mouche. Oui, il y a toujours un sourire pervers de satisfaction à la fin de ces nouvelles. Oui, il y a toujours du plaisir à lire du Boileau-Narcejac. Surtout quand c'est réussi, comme ici.

    12/05/2026 à 11:38 2

  • Vagabond

    Franck Bouysse

    7/10 Avec son écriture ciselée mais poétique qui lui est propre, Franck Bouysse nous (ra)conte la vie miséreuse et désœuvrée d’un guitariste dont le diable n’a pas voulu acheter l’âme, mais qui trime tous les soirs au fond d’un bar miteux à retranscrire les chansons des autres. Une vie remplie de fantômes, dont celui d’une femme qu’il voit au fond du bar mais qui n’existe pas, et d’une autre qui existe mais qu’il ne voit plus.

    Vagabond comporte des moments sensibles et profonds et d’autres où on se noie dans les formules un peu trop recherchées voire ampoulées (ici, il faut comprendre que certaines tournures de phrases/vocabulaires ne font pas naturelles), ce que j’ai regretté. Vagabond est l’œuvre d’un écrivain qui se cherchait encore, (peut-être ?), mais dont les livres suivants sont plus profonds et attachants.

    11/05/2026 à 16:29 1

  • Chevauchée avec le diable

    Daniel Woodrell

    8/10 « Notre combat nous avait entraînés jusqu’à des territoires où nous avions découvert des versions de nous-mêmes encore inconnues ». Ce combat est celui mené par des soldats de l’armée non régulière sudiste, dénommée Bushwhackers, pendant la Guerre de Sécession. Ce constat est celui fait par Jake Roedel, un jeune garçon d’origine hollandaise, qui s’est enrôlé dans ces combats pour dispenser des vengeances, piller les maisons des habitants pro-unioniste ou sauver ceux qui sont acquis à leur cause séparatiste.

    Daniel Woodrell nous dépeint des épisodes assez âpres, durs mais humains de ce groupuscule de soldats qui sont sans pitié, sans quartier avec l’ennemi mais qui ont gardé un semblant de camaraderie et d’humanité. C’est surtout pour Jake une entrée sans concession dans la vie d’adulte, une vie qui, jusqu’alors, ne lui avait rien épargné et qui se verra lui jouer un drôle de tour.

    Si la majeure partie du livre (pas celle que j’ai le plus aimée) nous distille d’une merveille écriture le quotidien difficile, dangereux et dur de ces hommes, c’est la dernière partie du livre que j’ai le plus apprécié, celle que l’on peut qualifier de « salut ».

    11/05/2026 à 14:05 2

  • Les Instruments de la nuit

    Thomas H. Cook

    7/10 Paul Graves est un écrivain de romans policiers à succès. A ce titre, il a été invité par Allison Davies dans sa demeure, à Riverwood, pour passer un week-end. Fascinée par l’intuition de son personnage principal et récurrent de ses 14 livres, et attirée par son imagination débordante, Mlle Davies lui demande de lui trouver une réponse au meurtre à Riverwood de sa meilleure amie, Faye, assassinée quand elle avait 16 ans, soit plus de 50 ans auparavant. Elle souhaite surtout que la mère de Faye, très âgée, ne demeure pas dans le doute avant de quitter cette vie.

    Certes, une personne a été inculpée, un artisan qui travaillait sur un chantier dans le domaine. Mais il s’est suicidé avant d’être jugé. Et Mlle Davies pense fortement qu’il n’était pas le coupable.
    Paul Graves décide de chercher quelques éléments de réponses. Mais l’écrivain est hanté par les souvenirs de sa propre sœur assassinée par Kessler et son complice Sykes, noms dont il a affublé les personnages de ses romans. C’était le moyen d’exorciser ce traumatise car, âgé de 12 ans à cette époque il a assisté aux tortures que sa sœur s’est vue infliger par ces 2 bourreaux avant de la tuer, bourreaux qu’il n’a pas pu dénoncer, retranché dans le mutisme causé par la menace de ces tueurs.

    Paul Graves va essayer de reconstituer une histoire sur le meurtre de Faye, histoire dans laquelle vont se mêler ses personnages de romans et la propre mort de sa sœur. Les drames vont se télescoper, les personnages se mélanger, et c’est dans cette confusion, ce brouillard, que les vérités sur chaque affaire vont ressurgir.
    Un roman envoûtant où le lecteur suit les confusions de Paul Graves dans sa vie personnelle et dans ce cold case, dans la fiction et la réalité. De cette impuissance juvénile, Paul Graves saura faire montre de force pour briser les chaînes de cette mémoire sélective et de cette inconscience qui brouille le passé pour mieux l’accepter et faire face à l’inacceptable.

    Si cette histoire est parfois confuse, j’ai apprécié retrouver l’atmosphère sombre et mélancolique de l’univers de Thomas H. Cook. Deux cold case qui sont intéressants même si j’ai eu une « préférence » pour le drame vécu par Paul Graves.

    07/05/2026 à 15:50 1

  • Hérésie

    Charles Willeford

    7/10 James Figueras est un jeune et brillant critique d’art aux Etats-Unis. Mais pour asseoir définitivement sa réputation sur ce domaine, il rêve d’écrire un article sur le plus célèbre mais tout autant mystérieux peintre français, Jacques Debierue.

    Un brillant avocat et amateur d’art, Joseph Cassidy, lui fait part qu’il accueille, de manière incognito, dans sa résidence secondaire de Miami, le peintre en question. Cassidy lui propose alors de rencontrer Jacques Debierue pour en faire un article qui, sans aucun doute, hissera James Figueras au rang du plus grand critique d’art au monde. Cassidy émet toutefois une condition : Figueras doit lui apporter une peinture ou autre œuvre que Jacques Debierue a réalisé dernièrement.

    Si vous êtes amateur d’art et un féru d’échanges sur l’art contemporain et le rôle du critique versus l’apport du journalisme d’art, Hérésie est fait pour vous. Car Charles Willeford a pris son temps pour tisser ce roman noir. Ce n’est qu’à la dernière partie du livre (environ le dernier quart, le livre comptant 170 pages) que le lecteur rentre dans la partie « suspense » et sombre du livre.

    06/05/2026 à 13:07 2

  • Les Dynamiteurs

    Benjamin Whitmer

    7/10 Il y a un phénomène que je n’arrive pas à m’expliquer : Benjamin Whitmer fait toujours partie des auteurs dont je suis immanquablement toutes les sorties littéraires, mais, et c’est là le paradoxe, je n’ai jamais été emballé par aucun de ses livres. Il me manquait toujours un je-ne-sais-quoi pour parfaire mes lectures. Et Les Dynamiteurs ne dérogent pas à cet amère constat.

    Tout démarrait bien, pourtant. Ces personnages, ce contexte historique et géographique, il y avait tout pour me séduire. Benjamin Withmer nous plonge dans les bas-fonds de Denver, où un groupe de gamins, dont le narrateur, Sam, est pris en charge par Cora, une orpheline d’une quinzaine d’années. Squattant une usine désaffectée, qu’ils appellent L’Usine, ils multiplient les petits vols et autres entourloupes pour survivre et se protéger de ceux qu’ils appellent Les Têtes de Nœuds, à savoir les adultes. Une nuit, ils découvrent sur le toit de L’Usine un homme défiguré par des cicatrices causées par une déflagration : Goodnight. Ce dernier va les protéger des vagabonds qui veulent prendre l’Usine.

    Goodnight, qui ne parle plus, va être retrouvé par son acolyte et patron : Cole. Dans ce Denver où sévissent la pauvreté et tous les vices, Cole et Goodnight vont embarquer le jeune Sam dans un périple où vont se mêler prostituées, tripot, alcool, argent et meurtres. Sam qui ne souhaitait que protéger Cora et les enfants va être propulsé dans un monde qui n’est pas le sien. Celui de la violence et du meurtre pour sauver sa peau, sa vie tout en espérant retrouver celle qu’il aime : Cora.

    Passées les 100 pages, je me suis ennuyé. L’histoire tourne en boucle. Par contre, je ne peux pas contester que Benjamin Whitmer écrive très bien. Mais encore une fois, je n’ai pas été transporté par cette histoire. Mais je vais garder foi en cet auteur américain dont je sens un immense potentiel à sortir un livre, à écrire une histoire qui me conquerra une fois pour toute.

    04/05/2026 à 12:18 3

  • Le Bourreau et son double

    Didier Daeninckx

    7/10 Parce qu’il s’est approché de trop près des notables locaux lors de sa dernière enquête (cf Le géant inachevé), l’inspecteur Cadin s’est vu muté au commissariat de Courvilliers. En poste de nuit, il se rend dans une cité, alerté par le voisinage ayant entendu des coups de feu. Il découvre sur place un homme et une femme tués par balle. Si tout porte à croire que Claude Werbel s’est suicidé après avoir tué sa femme Monique, Cadin a l’intime conviction que ce scénario s’avère trop simpliste.

    Claude Werbel avait lancé une association d’entraide à destination des ouvriers de l’usine Hotch issus de l’immigration : logement, cours d’alphabétisation, prud’hommes, ciné-club, défense du consommateur… Et tout ça n’était pas bien par la direction. Pour Cadin, il convient de chercher si elle ne cherchait pas à déstabiliser Werbel.

    Didier Daeninckx parle de la condition ouvrière, des immigrés, et de la Guerre d’Algérie. On retrouve le même ton que les autres livres consacrés à l’inspecteur Cadin. Pas de surprise dans cet épisode, donc: pas de mauvaise, ni de très bonne…

    29/04/2026 à 13:17 2

  • Le Meurtre de la rue blanche

    Paul Colize

    7/10 Si Emma Toussaint est considérée comme la meilleure juge d'instruction de Bruxelles, c’est que son abnégation n’a d’égale que sa bonne intuition. D’ailleurs, le procureur du Roi M. Lerminiaux lui confie un dossier qui n’aboutit à rien depuis plusieurs mois : l’affaire Anselme.

    Cet avocat d’affaire fut retrouvé mort au Luxembourg avec une pièce de 5 francs suisse coincée dans la gorge. Mère d’un fils parti en backpacking en Australie, et célibataire, Emma Toussaint consacre ses jours et week-end à son métier. Assistée de son greffier, Fabrice Colet, aussi homosexuel que psychorigide et que fidèle à sa patronne, elle va chercher à démêler ce sac de nœuds que constitue cette affaire.

    Alors qu’il se penche sur le dossier Anselme, Fabrice reçoit un étrange et anonyme appel téléphonique. Une voix d’homme lui indique que sa patronne n’a pas inculpé la bonne personne et lui somme de reprendre le dossier le plus vite possible. Intrigué, et avec l’aval d’Emma Toussaint, il va reprendre ce dossier appelé « Le Meurtre de la rue blanche ».

    La trame porte donc sur les enquêtes de ces deux cold case. Ce livre de Paul Colize est, je trouve, un « polar » (avec les guillemets) au ton léger. C’est le duo improbable, cette juge d’instruction au tempérament rebelle et remplie de sarcasme et son acolyte, ce greffier qui ne comprend jamais l’humour décalé de sa patronne, mais toujours à chercher la vérité, qui rend intéressant la lecture de ce livre. Les « affaires » ne sont pas des plus recherchées et les enquêtes sont menées de manière superficielle. Le Meurtre de la rue blanche est ce genre de livre qui se lit aussi vite qu’il s’oublie si ce n’est, malgré tout, qu’on pourrait retrouver pour d’autres « aventures », et avec plaisir, le duo Toussaint/Colet, le final laissant une porte grande ouverte.

    28/04/2026 à 14:41 1

  • Stasi Block

    David Young

    7/10 Karin Müller est envoyée dans la nouvelle ville construite depuis peu, Halle-Neustadt : des jumeaux, frère et sœur, viennent d’être enlevés à la maternité. Dans cette République Démocratique d’Allemagne (RDA) de 1975, on n’est pas peu fier de vanter un faible taux de criminalité, et où la notion de SDF est inexistante. Tout le monde a un emploi, un logement. La clé de réussite de ce régime socialiste réside en un point fondamentale : le mensonge savamment cadenassé par un régime d’Etat policier, et son ministère de la Sécurité d'État, la STASI, qui surveille tout et tout le monde.

    Aussi, Karin Müller, la lieutenante de la police d’Etat, n’est pas surprise quand on lui ordonne de mener une enquête discrète, même si elle est étroitement surveillée, de ce rapt d’enfant. Si tout le monde espérait les retrouver sains et saufs après quelques jours, c’est l’effroi quand le frère est retrouvé mort dans une valise, lancée d’un train.
    L’enquête cadenassée va s’avérer difficile pour Karin Müller, dont la vie personnelle va être bouleversée par la révélation sur ses origines et sur sa grossesse dont elle pensait qu’elle ne pourrait plus avoir lieu.

    Stasi Block est le second volet de la série consacrée à l’inspectrice Karin Müller, mais qui peut être lu à part. Pour ma part, j’avais lu Stasi Child il y a 9 ans de cela, et cela ne m’a pas gêné pour la compréhension de cette enquête. Toutefois, j’avais été beaucoup plus emballé par le premier volet. Passé l’effet de surprise quant au cadre historique et géographique (peu de polar a pour cadre la RDA des années 1970), j’ai trouvé avec Stasi Block une enquête poussive, qui peine à avancer, l’aspect politique est moins présent, je trouve (mais bon, mes souvenirs datent et peuvent être moins réalistes). Au final, un bon roman.

    27/04/2026 à 14:40 2

  • La Sacrifiée du Vercors

    François Médéline

    6/10 Je vais faire partie de celles et ceux qui ont moyennement adhéré au style de l’auteur. N’ayant lu que ce seul livre de François Médéline, je ne peux savoir si celui-ci a employé ce ton uniquement pour La Sacrifiée du Vercors ou s’il s’agit de l’écriture même de l’auteur français. Mais je ne l’ai pas apprécié.

    Il multiplie, par moment sur certaines parties du livre, les phrases courtes (sujet verbe complément). Voulait-il créer un rythme soutenu à l’action ? Créer une tension ? Mais je n’ai pas eu le sentiment que cette formule était employée à bon escient. Voire même que c’était fatigant pour le lecteur. A part procurer un effet de style, cela n’apporte rien à l’histoire. Comme certains jargons, des vocables pompeux, parsemés de ci de là, qui m’a ennuyé. Je pourrai comparer tout cela à la fameuse expression relative à « la confiture et la culture ». Moins l’histoire est longue, plus on l’étale.

    Car parlons du fond, de cette intrigue. Si l’histoire tient en quelques lignes, (une jeune fille est retrouvée morte, violée et rasée, dans un ravin en plein Vercors, en septembre 1944, alors que la libération par les Résistants vient de se terminer), je tiens à souligner qu’elle aurait pu être plus passionnante, plus surprenante. Si le lecteur peut deviner rapidement le coupable de cette épuration, les personnages présentés par François Médéline sont aussi caricaturaux qu’intéressants. Dommage qu’ils n’aient pas été plus développés. Comme le contexte géographique et historique. Je reste sur ma faim.

    20/04/2026 à 15:15 2

  • Le Facteur fatal

    Didier Daeninckx

    8/10 5ème et dernier tome de la série consacrée à l’inspecteur Cadin. Intitulé Le Facteur fatal, il tire son nom d’une des sept nouvelles ou plutôt mini-enquêtes que compose ce livre.

    Si j’avais regretté dans les quatre précédents volumes le manque de profondeur dans le personnage principal, ici Didier Daeninckx apporte plus de poids dans l’inspecteur Cadin, dont on apprend avec plus de sa vie et de sa personnalité.

    Les mini-enquêtes se déroulent dans des époques et à des endroits différents, mais qui ne sont pas inconnus au lecteur, car elles font références à la carrière de l’inspecteur., à Strasbourg en 1977, Hazebrouck en 1980, …

    Ces mini-enquêtes sont à l’image des précédentes enquêtes de la série mais en condensé, de ce fait : elles sont intéressantes mais l’intérêt de ce dernier tome est que le découvre le destin de cet inspecteur. Un livre plus intimiste et plus sombre que les précédents volets.

    16/04/2026 à 14:07 2

  • Les Brumes de Riverton

    Kate Morton

    5/10 Qu’il est parfois désolant de découvrir une quatrième de couverture qui résume de manière outrageuse voire trompeuse l’histoire du livre.

    J’espérais dans Les Brumes de Riverton une lecture d’un roman énigmatique, aux multiples secrets de vieilles familles anglaises, où l’histoire familiale croise la Grande Histoire, et surtout aux multiples rebondissements, comme dans les meilleurs livres de Robert Goddart, en qui je voyais en Kate Morton, son alter ego australien.

    Même si certains faits sont bien présents dans ce livre, best-seller de l’Australienne Kate Morton, je n’ai ressenti aucune attirance pour cette histoire, qui semble très éloignée de toute forme d’intrigue ou de mystère, tant tout semble cousu de fil blanc.
    On lit cette histoire par la voix de Grace Bradley qui, à raison d’un film devant retracer la vie à Riverton, retrace ses souvenirs et les événements vécus par cette femme de ménage au service de la famille Hatford.

    Je peux comprendre l’engouement que ce livre a suscité chez certains lecteurs ou lectrices aimant découvrir les secrets des familles nobles anglaises de la bouche d’une misérable personne. Car on découvre les préparations des fêtes annuelles, les relations entre les familles et leur évolution au gré des années, et puis cette histoire (que certains qualifieront d’extraordinaire) de la vie de Grace…

    Mais je me suis ennuyé ferme. Aucun suspens, toute l’histoire est convenue. Le style de l’écrivaine australienne qui peint certains évènements sur plusieurs pages est fastidieux et ne présente qu’à la fin du livre ce que l’on avait déjà appris dans le résumé du livre. Déception pour ma part.

    16/04/2026 à 12:37

  • Dernier cri

    Hervé Commère

    8/10 Après Les Intrépides, roman « blanc » sentant l’après-COVID, Hervé Commère a repris sa plume noire pour servir à son large et fidèle lectorat ce Dernier Cri.
    Roman noir foisonnant, où se côtoient différents thèmes sociaux et environnementaux (on croise des ZADistes, des sans-papiers, travailleurs clandestins, entrepreneurs qui vont rimer éthique et activité textile made in France,…).

    Ce polar commence de manière somme toute « classique » : Etienne Rozier, ancien flic reconverti en barbouze ou, plus éthiquement parlant, garde du corps pour personnes importantes, part en week-end à Amsterdam rencontrer sa maitresse, Anna Duffosé, ancienne camarade de classe, renouvellement retrouvée. Après leur après-midi où se sont déroulés de multiples ébats amoureux, après la douche, Etienne, voit sa maitresse morte, étranglée sur le lit. C’est la sidération pour cet homme marié et père de famille qui se voit déjà inculpé à tort, sans ne pouvoir prouver son innocence. Aussi, il ne trouve pas d’autre solution, lui le coupable tout désigné, de fuir et de mener une enquête sur le vrai coupable. Il décide de poursuivre la piste d’une organisation mafieuse que Anna, journaliste d’investigation, suivait dans une usine textile basée à Elbeuf. Etienne va ainsi mener une enquête âpre et délicate, alors que la police est à ses trousses, au sein de cette usine d’habit éthique dénommée Tout Concorde.

    C’est une lecture haletante que nous a contacté Hervé Commère. Ce polar ne laisse aucun moment de répit au lecteur. Tout va très vite (trop ?), l’intrigue est dosée de manière subtile et intelligente, laissant la place aux différents thèmes sociaux évoqués ci-dessus, ou à plusieurs personnages marquants.

    Bien évidemment, on n’échappe pas à quelques passages facilitant le bon déroulement de l’histoire, mais, Hervé Commère signe avec Dernier Cri un polar marquant, qui aurait pu, à mon goût, contenir quelques pages supplémentaires afin d’approfondir quelques personnages, ceux qui pensent plus à leur fin de mois, comme ceux qui pensent plus à la fin de leur monde.

    16/04/2026 à 12:08 4

  • Vies et morts de Stanley Ketchel

    James Carlos Blake

    9/10 J’ai passé un formidable moment dans la lecture de ce livre, biographie romancée de Stanley Ketchel, champion US de boxe dans la catégorie des poids moyens au début du XXème siècle. James Carlos Blake a écrit la vie de Stanislaus Kaisel en offrant les moments phares de ce fils d’immigré polonais qui a fui la ferme familiale après avoir laissé pour mort ce « père » violent, une fourche plantée dans l’abdomen.

    Fuyant une arrestation pour meurtre, il devient hobo, traversant à bord de trains de marchandises les Etats-Unis. Il changera régulièrement de nom et adoptera finalement celui de Ketchel, en hommage à une putain/danseuse de saloon, une blonde vénitienne devant laquelle il était en admiration.

    Son talent en tant que bagarreur hors-pair le fera remarquer dans les saloons et lui permettra de faire une carrière de boxeur. Sans que cela alourdisse et encombre la lecture, on suit avec passion la transcription des combats de Ketchel et sa quête toujours plus vers les sommets de titres et de gloire.

    La vie de Ketchel fut courte, s’arrêtant à 24 ans, mais des plus trépidantes. « Boxe, sexe et alcool » pourrait-elle se résumer.

    Véritable conteur de talent, James Carlos Blake nous peint un personnage attachant malgré ses vices et nous livre un livre des plus captivants. J’ai dévoré ces 380 pages sans avoir eu l’impression d’un moment d’ennui ou de lassitude, émerveillé par la faculté de l’auteur à nous faire dévorer les différents épisodes de la vie de Stanley Ketchel, à croiser des personnages et faits historiques (Jack London, un des Frères Dalton, Roosevelt, par exemple) et à être triste en voyant la fin tragique de ce boxeur. Peu importe que vous aimiez ou non la boxe. Ce livre, ni polar ni noir ni à suspense, est un délice de biographie romancée.

    13/04/2026 à 14:16 2

  • Le Géant inachevé

    Didier Daeninckx

    7/10 Muté au commissariat d’Hazebrouck, dans les Flandres, l’inspecteur Cadin se rend, suite à un appel téléphonique signalant des coups de feu, à la Rue sans nom. Arrivé sur place, il voit un homme s’apprêtant à fuir. Il s’agit de Guy Mallet. La victime s’appelait Laurence Cappel. Tous les deux se connaissaient du temps de leur adolescence, une amour de jeunesse. Guy Mallet l’avait fait rechercher par une agence de détectives privés. Et on connait la suite…

    Enfermé dans un silence, n’expliquant pas son geste, Guy Mallet fut interné dans un hôpital psychiatrique. Un an après les faits, Guy Mallet enregistre sur une cassette ses aveux et l’explication de son geste avant de mettre fin à ses jours. Mais cette vérité ne convient pas à l’inspecteur Cadin, qui va remonter toute l’histoire de ce drame. Car quelque chose cloche. Et au fil de ses recherches, ce sont plusieurs cadavres qui parsèment son enquête…

    Troisième volume de la série consacrée à l’inspecteur Cadin. A chaque épisode, le lecteur a droit à une visite touristique et culturelle de la région où le policier est muté. Ici, les Flandres et ses carnavals, sa bourgeoisie et les vestiges de la Deuxième Guerre mondiale, chers à l’auteur. L’inspecteur Cadin se dévoile peu mais la plume de DD est toujours limpide et s’avère être un régal de jeux de mots. Une histoire à l’intrigue secondaire mais on aime découvrir ses personnages secondaires, leurs vies…

    01/04/2026 à 16:55 3

  • Meurtres pour mémoire

    Didier Daeninckx

    7/10 Pour son deuxième livre, et également le deuxième consacré à son personnage principal, l’inspecteur Cadin, Didier Daeninckx s’affirme en tant que dénonciateur de crimes politiques passés par la trappe de l’oubli, dans une société superficielle où il paraît tellement plus simple de fermer les yeux et d’oublier ce qui l’arrange.

    Le roman policier démarre à Paris, le 17 octobre 1961, ce jour où la répression policière tue des manifestants pacifiques algériens venus clamer leur mécontentement face au couvre-feu établi à leur encontre par le Gouvernement.
    Parmi les milliers de morts, Roger Thiraud, professeur d’histoire, est retrouvé assassiné, exécuté alors qu’il rentrait retrouver son épouse enceinte. « Roger Thiraud », pas plus franchouillard comme patronyme : une « tâche » dans ce bain de sang, et des victimes issues du Maghreb.

    Vingt ans après, son fils, parti de Drancy, Bernard Thiraud, en route avec son épouse vers le Maroc, fait une escale à Toulouse pour ses recherches. Il va être exécuté de la même manière. Pour l’inspecteur Cadin, il faut rechercher l’origine de ce mystère.

    Meurtres pour mémoire est un véritable polar historique où l’on retrouve au fil des chapitres, la guerre d’Algérie, des barbouzes, la déportation des Juifs à Drancy, magouilles des hommes politiques… Des ingrédients plutôt sombres pour un passé qui, début des années 1980, était encore dans la mémoire de beaucoup de Français.

    Avec Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx s’affirme comme auteur français de polar et impose son style. On regrettera, encore, que le personnage de Cadin ne soit pas plus dépouillé.

    01/04/2026 à 16:54 2