JohnSteed

855 votes

  • Shérif malgré lui

    Chris Offutt

    8/10 En attendant le rétablissement de sa sœur, Mick Hardin est devenu le shérif du comté. Il va devoir gérer quelques affaires : innocenter le mari de son ex soupçonné d’avoir tué le patron du bar qui ne voulait payer son groupe de musique ; régler un conflit « domestique » entre une belle-mère et sa bru qu’elle soupçonne se prostituer pendant que son fils travaille ; écarter un promoteur véreux qui fait tout pour revenir aux affaires…

    Mais Mick est un ancien soldat et le métier de shérif en est très éloigné. Il le sait et fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il s’armera de patience, de courage pour affronter une terrible vengeance qui va s’abattre contre lui.
    Parallèlement, on suit l’exil de Johnny Boy en Corse, où il apprend le français et la culture locale : celle du silence, de la solidarité mais du danger qui guette à chaque instant.

    Avec Shérif Malgré lui, on poursuit avec plaisir les aventures de Mick Hardin plus mélancolique que d’habitude, qui reconnaît qu’il doit laisser son passé au passé, que sa place n’est pas dans la police mais en Corse à profiter d’une retraite méritée.

    Un final dont je ne sais pas quoi penser : s’oriente-t-on vers une fin de la série ou l’auteur se laisse-t-il une énième porte de sortie ?

    avant hier à 17:06 4

  • Alec

    Arttu Tuominen

    7/10 Après « Delta noir », nouvelle saga de l’écrivain Arttu Tuominen intitulée « La trilogie de cristal ». Au titre évocateur, et au regard de l’explication de la genèse de cette série, on comprend que la drogue est le cœur même de cette trilogie.
    Avec Alec, le lecteur est confronté à deux temporalités dans cette histoire, qui, au final, et comme on s’en doute, n’en est qu’une.

    Juillet 2027, Tommi Kivi, inspecteur principal à la Police judiciaire d’Helsinki, a la charge d’enquêter sur le meurtre d’un caïd de la drogue.

    Mars 1992, Salla, ville frontière entre la Finlande et la Fédération de Russie, issue de la chute du régime soviétique à l’automne précédent. C’est la guerre ouverte entre gangs, entre mafia russe et caïds locaux pour asseoir son hégémonie dans ce poste frontière stratégique.

    Sami est inspecteur de la ville et va devoir enquêter sur la tuerie survenue dans une ferme isolée. Sa fille, Liina, qui se trouvait dans les parages, a pu photographier certains acteurs. Cette affaire, vite éclaircie par les autorités russes, venues apporter leur collaboration, ne va être que le début de cette tuerie où la drogue et l’argent sont au cœur de l’intrigue. Dans cette ville finlandaise où le déclin démographique se conjugue avec l’essor du chômage. La drogue et la chimère de l’argent facile ont de quoi attiser l’envi de la population locale…

    Ce n’est pas tant cette intrigue ou les règlements de compte à Ok Coral (les passages de l’histoire où cela tire à tout va !) qui m’ont séduit mais les quelques personnages clés : Sami, ce flic loyal pour lequel le code l’honneur signifie encore quelque chose face à cette corruption qui gangrène tous les habitants, dont le passé d’ancien soldat de la paix à l’ONU a laissé un passé douloureux ; et sa fille, Liina, cette lycée qui réussit ses contrôles sans ouvrir un livre, curieuse, intelligente, aimant les espaces et la nature, qu’elle aime parcourir à ski et photographier…

    L’intrigue ne m’a pas convaincue, la faute, je pense, à ma lecture récente de L’été des loups de Hans Rosenfeld, dont les thèmes centraux s’avèrent similaires. Mais Arttu Tuominen a su me faire découvrir ses grands espaces enneigés et la communion avec les animaux (et même faire de « l’auto-stop » avec un élan). Etant un de mes auteurs scandinaves préférés, je continuerai la suite de cette « trilogie de cristal », sachant que je serais, quoiqu’il en soit, charmé, si ce n’est pas l’histoire, au moins par la qualité de son écriture.

    02/11/2026 à 13:28 2

  • Les Trois Rivières

    Tiffany Quay Tyson

    8/10 C’est avec envie et curiosité que je voulais découvrir le nouveau livre de Tiffany Quay Tyson. L’auteure américaine m’avait séduit avec Un profond sommeil, son atmosphère sombre et angoissante et ses personnages aussi attachants qu’intrigants.
    Les Trois Rivières (qui s’avèrent être le premier écrit par l’auteure) reprend les mêmes ingrédients, avec l’histoire d’une famille miséreuse dans cette Amérique profonde, emprunte de mysticisme, de sorcellerie et d’attachement familial.

    Melody Mahaffey, membre d’un groupe de pop chrétienne, quitte avec fracas les membres de la bande pour retourner auprès de son père mourant. Jeune fille enrobée que la vie a éloigné des plaisirs de la vie, et de l’amour véritable de sa famille, Melody veut être forte et prouver qu’elle sait ce qu’est une famille. Ne pas abandonner les siens, surtout quand ils en ont besoin. D’autant que son frère, Bobby, victime enfant d’un accident cérébral lors de son baptême, lui reproche de l’avoir abandonné et laissé seul avec ses parents. Et une mère dont l’amant lui fait du chantage affectif. Le retour à la maison s’annonce délicat.

    Obi n’avait pas d’autre choix que de vivre en marge de la société avec son fils, Liam. Abandonné par sa mère, ce petit garçon a un père qui fera tout pour rester à ses côtés, lui éviter qu’il soit retiré par les services sociaux. La seule solution fut de vivre dans la nature près des rivières où le gibier abonde et devient la seule source de subsistance.

    C’est par un étrange concours de circonstance comme seule Mère Nature sait le faire que ce petit monde va se retrouver à sauver leur existence.

    Ce (trop) court roman propose un épisode captivant des personnages réunis aux Trois Rivières. Encore une fois, l’écriture sensible et les personnages mis en scène par Tiffany Quay Tyson font mouche. Les Trois Rivières est un premier livre très séduisant.

    02/11/2026 à 11:58 2

  • Je pleure encore la beauté du monde

    Charlotte McConaghy

    8/10 Il y a des titres de livres que l’on peut qualifier de beau, voire magnifique, et accrocheur. Je trouve que celui-ci créé une belle émotion : il est beau, tristement beau même.
    A l’image de cette histoire dans laquelle nous plonge l’auteure australienne, celle d’Inti Flynn. Cette jeune biologiste œuvre à la réintroduction des loups dans les Highlands écossais pour le compte de la fondation WolfTrust. C’est peu dire que ce projet suscite des préoccupations de la part de la population locale et notamment des chasseurs et des éleveurs de moutons.

    On s’attache à Inti que la vie n’a pas épargné. Souffrant de synesthésie visuo-tactile, ayant vécu loin de sa mère avocate australienne, et de son père disparu au Canada, Inti s’occupe également de sa sœur jumelle, ne s’exprimant que par signes. On découvre la vie, que j’ai trouvé passionnante, des loups, et on suit le mystère des plus troublants (le meurtre d’un éleveur de la main de l’homme ou des griffes des loups ?).

    Charlotte McConaghy continue à écrire sur, son thème de prédilection, la nécessité pour l’homme de préserver la nature (ici la contribution des loups, en la matière) même si ici je suis resté perplexe sur cette fin qui laisse le pouvoir à l’Homme (même si j’ai bien compris la logique, mais moins la morale).

    Ce roman/polar écologique, un thème qui se développe à une vitesse impressionnante, vaut pour son personnage principal, (une femme aussi anti-héros qu’exemplaire, aussi attachante qu’effrayante, aussi humaine que sauvage) que pour sa construction (les temporalités magnifiquement gérées dont les mystères seront dévoilés à la fin). Charlotte McConaghy n’a pas fini de faire parler d’elle. Pour mon plus grand plaisir.

    26/10/2026 à 13:27 4

  • L'inconnue du quai de Javel

    Philippe Jaenada

    6/10 Félicitations ! Impressionnant!! Respect !!!

    Non, Monsieur Jaenada (à ce stade (et débutant seulement la rédaction de mon ressenti sur ma lecture, je ne sais pas si je vous les adresserais à l’issue de cet avis) ces mots ne vous sont pas destinés. Mais (excusez du peu (oui, c’est très prétentieux et égoïste)) à moi-même.

    Je suis parvenu (non sans mal (oh, ne vous inquiétez pas, je n’ai pas souffert (du moins physiquement))) à l’issue des 524 pages que compte votre livre, L'Inconnue du quai de Javel. Cela mérite bien un compliment pour ces quelque 13 heures (je vous épargne les minutes et encore plus les secondes (et ce n’est pas par mesquinerie (on ne se connaît pas (encore ?), je ne pense pas avoir ce défaut (je vous demande de me croire ou de demander à mes collègues de Polars Pourpres)))) passées à lire votre roman-enquête.

    Je ne vais pas m’appesantir (même s’il y aurait à dire) sur votre style, sur votre propension (j’allais dire manie (mais pas défaut, non, il ne faut pas exagérer quand même (certains, médisants, diraient que cela comble un vide du fond (un peu comme l’expression populaire « La culture, c’est comme la confiture… »)))) à mettre des parenthèses et sur vos digressions permettant d’allonger votre « histoire » (mais avez-vous pensé une seconde (oui, tiens, parlons-en) à l’impact écologique ?).

    Et si on en parlait (pas de l’impact environnemental (finalement, on va essayer de ne pas faire perdre le fil conducteur de mon avis au lecteur)) de cette histoire (enfin, ce n’est pas trop tôt !).

    Vous avez décidé de mettre à profit vos talents (si, vous en avez (vous nous rappelez même dans votre livre que vous avez obtenu (excusez du peu) le Prix Femina)) sur le rapport d’enquête de 350 pages menée par les inspecteurs. « Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c'est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse. Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes ». (Ceci est un copier-coller d’un extrait de la quatrième de couverture (je préfère qu’il soit indiqué ici, pour qu’il n’y ait pas d’animosité à mon encontre, et que l’on ne me reproche pas une quelconque facilité (après tout, vous avertissez également que vous avez utilisé l’IA (attention, Thélyson Orélien a eu quelques désagréments à ce sujet) pour quelques tournures de phrases))).

    Et vous épluchez (non pas les carottes pour une blanquette de veau (votre plat préféré (vous avez également un goût prononcé pour le pamplemousse jaune))) ce rapport d’enquête ainsi que les rapports des juges. Vous constatez que l’inspecteur-chef Ferrière a réalisé un travail rigoureux en explorant toutes les pistes, en interrogeant les principaux suspects, en interrogeant toutes les personnes, même les plus éloignées de Louise. Mais cette enquête reste sans suite.

    C’est alors que, comme le Commissaire Maigret (que vous avez pour l’occasion (moi, je me focalise plus sur les « romans noirs » de Simenon) tous lus), vous apportez une autre approche (plus sur la victime que sur les suspects) avec des techniques (heureusement) contemporaines (oui, vive Internet et l’informatique). J’ose avertir les lecteurs de Maigret que l’auteur dévoile quelques intrigues (non, mais vous avez pensé aux lecteurs qui n’ont pas encore lu tous les Maigret ?).

    Mais j’ai ressenti une lassitude (et vos digressions et autres parenthèses n’y ont rien changé) due, je le crains, à un manque de profondeur dans les personnages. C’est clinique, froid… Vos remarques et notes d’humour n’ont pas changé mon humeur, contribuant seulement à rendre plus longue ma lecture (oserais-je dire ce supplice ?). Seul le dernier chapitre (que je ne dévoilerai pas) m’a apporté le peu d’humanité et de tendresse que je pouvais attendre.

    Vous avez un talent certain, Monsieur Jaenada, par lequel je n’ai pas été touché.

    22/10/2026 à 17:48 1

  • Vertige

    Franck Thilliez

    7/10 Ces derniers jours, ayant besoin d’air, de m’aérer l’esprit, je me suis dit qu’un livre de Franck Thilliez serait idéal pour me changer les idées. Bon, je ne vais vous avouer que je me trouvais au fond du gouffre, contrairement au personnage principal, Jonathan Touvier.

    Cet alpiniste renommé se retrouve enchaîné, dans un environnement hostile, une sorte de cavité. Il pense qu’on a dû le droguer et le séquestrer dans ce qu’il pense être une cavité sous terre, où l’absence de lumière se conjugue à l’humidité et le froid. Outre la présence incompréhensible de son chien Pok, il constate que deux autres personnes se trouvent également séquestrées avec lui : Michel, dont le visage est enfermé par un masque, et Farid, un jeune homme.
    Après l’incompréhension de ces 3 hommes, ils explorent leur caverne et découvre quelques matériels qui pourront les aider à survivre (tente, réchaud, vivres,…) mais un étrange message les trouble : « qui ment ? » « qui tue ? » et « qui vole ? »…

    C’est un sentiment d’effroi qui traverse le lecteur. L’atmosphère confinée dans cette cavité est pesante. Sans lumière naturelle, et outre les interrogations (qui et pourquoi ?), c’est l’instinct primaire de survie qui va prendre le dessus. Et Franck Thilliez va développer, tout au long du roman et sans longueur ni lassitude pour le lecteur, les différentes étapes psychologiques de l’acceptation de leur sort : la mort. Mais si ces hommes ont conscience que leur tortionnaire leur souhaite une issue fatale, chacun voudra être le dernier…Et on est spectateur de ce drame : angoissé, dubitatif de cet enlèvement, mais rempli d’espoir que la fin peut ne pas être cette inéluctable mort. L’auteur saura, comme toujours, nous proposer un final qui fera la lumière à cette histoire. Ou pas…

    Vertige est un thriller psychologique maitrisé mais dont la conclusion ne m’a pas tant surpris que cela. Peut-être que quand on connaît les capacités de l’auteur à surprendre son lectorat, on s’attend à tout et spécialement à cette conclusion-là.

    22/10/2026 à 11:33 4

  • Impact

    Olivier Norek

    7/10 Eco-polar dans lequel Olivier Norek dénonce l’affaiblissement des ressources de la planète, la dégradation des éco-systèmes et ainsi prédit la 5ème extinction imminente de masse que la Terre connaîtra.
    L’auteur français a su habilement marier son expérience de policier et son engagement environnementale en faisant prendre conscience des enjeux climatiques actuels à son fidèle lectorat.

    Virgil Solal, ce père meurtri à la suite de la naissance « mort-née » de sa fille, va vouloir engager une croisade contre les grands groupes, responsables de la pollution mondiale et des conséquences sur la population mondiale. Pour cela, il a fomenté séquestration du PDG et demande de caution : l’argent sera rendu au fur et à mesure que le groupe prendra des décisions en faveur de l’environnement.
    Le Bastion du 36, avec Nathan Modis, policier, et Diane Meyer, psychologue criminelle, sont chargés de trouver et capturer celui considéré comme terroriste par la police, mais héro par le monde entier.

    Un livre à la lecture rapide. Trop rapide, à mon goût, car ces thèmes de « complicité générale » des grands groupes, de « légitime défense » voire de « violence légitime » auraient pu être plus développés. La deuxième partie du livre consacrée au « procès » aurait dû être plus approfondie. On a le sentiment d’avoir eu une parodie de justice alors que les arguments juridiques et les plaidoyers de l’avocat montrent le contraire en soulevant des raisonnements et des développements intéressants voire pertinents.

    20/10/2026 à 17:14 4

  • En attendant le déluge

    Dolores Redondo

    9/10 La première phrase est un élément clé dans l’écriture d’un roman. L’incipit doit séduire le lecteur, l’accrocher à poursuivre sa lecture, l’immerger dans l’histoire.

    J’aurais aimé avoir le talent pour écrire au début de mon avis cette fameuse première phrase rendant hommage à Dolores Redondo de m’avoir captivé tout le long de ces 550 pages. J’aurais ainsi déclaré mon coup de cœur pour cette intrigue/traque de ce serial killer alias « Bible John », se déroulant en partie à Glasgow puis à Bilbao, en ces années 1983. J’aurais souligné la mise en lumière des premières notions de profilage qui en étaient, à cette époque, à leurs balbutiements. J’aurais indiqué que l’approche historique de ce pays basque en révolte avec l’ETA et son pendant irlandais, l’IRA, étaient bien contextualisés. J’aurais écrit avoir ressenti l’amour de l’auteure pour son pays, l’Espagne et ses traditions, ainsi que la notion religieuse voire mystique de certains passages, subtilement parsemés dans l’histoire.

    J’aurais ensuite évoqué les personnages, et notamment ce policier pugnace, Noah Scott Sherrington, qui, revenu d’entre les morts, aura à cœur de démasquer l’identité de ce meurtrier, dont l’origine est la maltraitance par sa tante, l’obligeant à laver son linge intime souillé de son sang menstruel. Dolores Redondo casse les codes et plonge directement son lecteur dans l’horreur. Elle ne l’épargne pas non plus en maltraitant son personnage principal, entre maladie incurable, enquête interrompue par des passages à l’hôpital, amour impossible,… Le lecteur est malmené, et de cet inconfort naît, de manière paradoxale, l’attachement à ce livre, son atmosphère angoissante et ses personnages humains et leur amitié, voire humanité.

    J’aurais ainsi avoué que mon côté romantique aurait été touché face à ces hommes et femmes dont les relations étaient aussi profondes que sincères ; que mon côté pudique m’aurait empêché de vous dévoiler que je me serais identifié à Noah avec sa peur d’aimer. J’aurais aussi caché que les paroles de la chanson Wouldn’t it be good ? de Nick Kershaw, servant de titres aux chapitres, auraient résonnées en moi.

    Mais voilà, je n’ai pas ce talent pour raconter tout ce qui m’a plu dans En attendant le déluge, et encore moins, trouver cette fameuse première phrase. Alors, je vous invite à plonger dans ce très beau polar, En attendant le déluge.

    15/10/2026 à 11:21 3

  • Le Garçon en pyjama rayé

    John Boyne

    9/10 C’est avec son dernier roman paru à ce jour, Les Eléments, que j’ai découvert cet auteur. John Boyne m’avait séduit avec son histoire, ou plutôt les histoires du livre. J’avais écrit pour Les Eléments qu’il s’agissait d’« un roman bouleversant ( …) d’une habilité dans sa construction et d’une sensibilité dans l’écriture. »
    Je pourrais faire un copier-coller de mon avis tant Le Garçon en pyjama rayé avec l’histoire de ce petit garçon de 9 ans est émouvant et rempli d’innocence. Bruno, transporté dans ce monde terrifiant des adultes, fait part de ses réflexions et remarques sur l’horreur et sur la stupidité humaine.

    Si ce livre est catalogué « jeunesse » et destiné au lecteur à partir de 12 ans, je conseille cette lecture à tous les adultes afin de ne pas oublier qui ils ont été, leur âme d’enfant, leur curiosité et les renvoyer à la vision d’un monde injuste. Un miroir qui met en lumière la monstruosité de l’humain.

    12/10/2026 à 09:22 7

  • Le septième siffleur

    Colin Niel

    7/10 Fiona, femme de Tormod Dingwall, travaille à la distillerie locale. Les journées à l’usine terminée, elle aide son mari à l’exploitation agricole. Cette ferme dans les Highlands écossais se transmet de génération en génération. Mais, la vie s’avère difficile pour Fiona : l’exploitation marche moins bien depuis le Brexit, et l’absence de subventions européennes, son couple bat de l’aile, et elle vient d’apprendre que son fils, Spencer, est atteint d’une maladie incurable qui lui fait perdre progressivement et irrémédiablement la vue.
    Alors, la rencontre avec Bonnie, cette ornithologue londonienne est un salut. Et sa découverte des courlis et de la possibilité de les refaire nicher sur les terres du domaine va lui apporter courage et espoir.

    Willy aussi est un passionné des gibiers d’eau et des courlis. Mais lui, il les chasse dans cette baie de Somme qu’il admire en tant que terrain de chasse.

    Hamza, jeune adulte marocain, est persécuté par son père de suivre ses traces en tant que guide touristique dans la Merja Zerga, lagune réputée pour sa richesse faunistique.

    Trois personnages, trois lieux, trois comportements différents face à ses oiseaux rares et vulnérables mais dont leurs destins vont être totalement bouleversés suite à leur rencontre avec ces oiseaux, car ils vont à jamais voir leur vie radicalement changer et leur apporter une autre vision de leur vie.
    Le septième siffleur est un beau et vibrant roman mais qui manque cette touche guyanaise qui sied bien à l’auteur.

    08/10/2026 à 17:38 2

  • Ici, maintenant

    Tom Newlands

    8/10 Roman social qui vaut aussi bien pour le style direct et percutant de l’auteur écossais dans sa peinture de l’Ecosse des années 90 que pour son personnage principal, Cora Mowat, une jeune adolescente attachante, courageuse et bouleversante.

    Tom Newlands nous transporte à Muircross où la misère de ses habitants côtoie la débrouille et les petits trafics. Cora Mowat vit avec sa mère, handicapée physique. Elle va apprendre par ses professeurs qu’elle doit consulter un psy : Cora a tendance à agir trop vite, et sans réfléchir à ses actes. Un problème qu’elle ne souhaite pas trop rapporter à la maison où les fins de mois sont déjà assez difficiles, les allocations étant les principales sources de revenus.

    Peu de temps après la rencontre de Gunner, le nouveau compagnon de sa mère, cette dernière est victime d’un accident mortel. Cora va vivre avec Gunner, devenu volontairement son tuteur. Ensemble, ce duo va cohabiter tant bien que mal, comme une sorte d’entente cordiale, alors que Cora est en pleine adolescence, a une vie sentimentale chahutée, une vie scolaire chaotique et ses troubles qu’elle souhaite combattre seule avec force et détermination.

    Ici, Maintenant est une belle fresque de cette adolescente seule à affronter, sans repère, sa maladie et cette misère sociale, au jour le jour, avec courage, fermeté et un brin d’humour décalé.

    08/10/2026 à 17:12 4

  • White River

    Ian McGuire

    9/10 Après ses deux premiers remarquables livres, Ian McGuire nous embarque, encore une fois, dans une aventure vertigineuse et passionnante.
    Avec White River, l’écrivain anglais déroule son histoire dans le Grand Nord américain, à la conquête de l’or.

    Nous sommes en 1766, les territoires ne sont pas encore fixés. Dans un comptoir anglais, le Gouverneur organise, de manière clandestine, une expédition composée de trois hommes, les plus fidèles et vigoureux. Objectif : atteindre les Terres stériles pour s’assurer qu’il existe bel et bien des filons d’or.
    Tom Heain, Abel Walker, et, avec à leur tête, le terrifiant et impitoyable John Shaw s’enfoncent, aidés par un groupe d’Indiens, dans les terres les plus reculés pour arriver avec les beaux jours.

    Mais est-ce la fièvre de l’or, l’orgueil de l’homme ou la cruauté naturelle de l’humain, ou cette Nature sans foi ni loi, mais cette expédition va devenir un véritable cauchemar, et subir les pires sauvageries.

    Petit à petit, Ian McGuire fait monter le suspense, développe ses personnages aussi égocentriques que pernicieux. On sent, chapitre après chapitre, que cette soif de l’or va engendrer maléfice sur maléfice, avec un final inattendu mais impitoyable.

    Avec White River, on a la preuve que Ian McGuire est un écrivain talentueux.

    08/10/2026 à 16:24 5

  • Un sombre été

    Vera Buck

    9/10 1 € : c’est le prix que Tilda, une Allemande, achète une maison à Botigalli, village sarde désert. 1 €, c’est le prix de la paix, à la suite du drame professionnel et familiale qu’elle a vécu chez elle en Allemagne. C’est le prix de sa reconstruction, de sa nouvelle vie, ici en Sardaigne.
    Bon, Botigalli n’est pas totalement dépeuplé. Y vit encore un homme âgé et grabataire, Silvio, accompagné par son aide à domicile, la discrète signora Cossu. Tilda découvre que Bottigalli a vécu un terrible drame. Depuis, la légende de la Madre Piangente y a pris sa source, et les villages voisins l’entendent hanter Botigalli à la recherche de son enfant volé.

    Enzo est journaliste et visite tous les dimanches Silvio dans sa maison à Botigalli. Il veut lui faire révéler la terrible affaire à l’origine du massacre qui s’est tenu en 1982. Il voit la possibilité d’écrire un roman et de rencontrer le succès.

    En 1982, Franca est une adolescente effrontée et courageuse dans ce Botigalli, où les jeunes suivent la Coupe du monde et les succès de l’équipe nationale italienne. Elle est préoccupée par la disparition depuis le 11 juillet d’une jeune femme, Alessia Bianchi. Elle suspecte que sa bande de garçons qu’elle côtoie y soit impliquée…

    Vera Buck s’inspire de faits réels pour faire de ce roman un polar aussi captivant que terrifiant où les enlèvements crapuleux d’enfants voisinent avec les « mariages réparateurs ». Un livre puissant qui dénonce le système patriarcal ancestral et souligne le courage de ces femmes qui ont voulu dénoncer ces lois italiennes aussi archaïques que déshonorantes.

    08/10/2026 à 14:25 3

  • Les maisons parachutées

    Didier Daeninckx

    9/10 Inspecteur au commissariat de Nevers, Philippe Orbec, en ce mois d’octobre 1947, doit enquêter sur l’assassinat de trois hommes, dont les corps ont été déterrés par des ouvriers d’un chantier, au lieu-dit Les Essarts.
    Ce lieu au passé douloureux pour Orbec, car c’est à cet endroit que son père, le commissaire Charles Orbec, avait perdu la vie, quelques semaines avant la Libération, tué pas des résistants.

    Encore une fois, l’auteur français ouvre les portes à l’Histoire en parsemant son enquête de faits sinon tenus « secrets » au moins isolés des livres scolaires d’histoire de la France. C’est ainsi que l’on va découvrir le « rôle » du camp de Mauthausen, le plan nazi relatif à l’effondrement de l’économie britannique, le contingent de savants allemands dans la ville nivernaise de Decize,…

    Didier Daeninckx signe encore une fois un très bon polar comme il en a le talent (encore trop méconnu ou estimé ?). Je trouve que ses romans sont plus que des polars, qu’ils sont de véritables devoirs de mémoire. Car, on avait l’impression de connaître la Seconde Guerre mondiale mais avec l’auteur français, on découvre que l’on a encore à apprendre sur cette triste période. Didier Daeninckx nous prouve qu’il y a toujours des histoires de notre Histoire à raconter.

    08/10/2026 à 13:46 3

  • Ce qui se joue

    Caroline Hinault

    9/10 A la demande de la ministre de l’Éducation Nationale, et au regard de la pandémie qui touche exclusivement les enseignants, Reverdy, attaché au ministère, est chargé d’établir, de façon immersive, un rapport sur l’établissement scolaire où enseignait le patient zéro.

    Nous sommes à la rentrée scolaire 2027, dans le lycée Aimé Césaire, en Normandie. Pour établir ce rapport, Reverdy suit les cours dispensés par Mme Boukary, professeur de français, auprès des élèves de la classe de 2nde F. Outre sa mission d’observation, Reverdy doit essayer d’analyser les paramètres et causes possibles d’immunité pour le corps enseignant. Ce Fatum, nom donné à ce qui est faussement désigné comme virus, fait perdre le langage, après que la victime entende s’immiscer dans sa tête La Marche Funèbre de Chopin. Puis la victime ne s’exprime plus que par l’onomatopée « poï-poï ».

    La mission de Reverdy est essentielle, car perdre le langage pour les professeurs, c’est ne plus dispenser le savoir. Ne plus enseigner, c’est ne plus inculquer les connaissances, ne plus apprendre aux élèves à combattre, à ne pas développer son esprit critique, à comprendre certaines valeurs, et le monde. C’est accepter les idées fausses, racistes, sexistes qui déciment les époques et les sociétés : c’est ne pas comprendre la vie, et c’est voir s’écrouler l’humanité.

    Dans Ce qui se joue, Caroline Hinault développe de manière alarmante et effrayante la perte du langage qui de manière pernicieuse gangrène notre société. Elle ne fait pas que l’éloge du monde enseignant, par l’intermédiaire de cette admirable professeure de français (que l’on aurait aimé avoir), l’auteure souhaite souligner la formidable beauté de la langue et surtout du français, de la lecture, et de son expression sous différentes formes…

    J’ai beaucoup aimé ce livre, cette histoire d’amour, entre deux personnes, entre la professeure et ses élèves, entre les élèves et ce français qui leur fait briser certaines chaînes… Une vibrante ode à la lecture, un incommensurable amour à la Liberté, à l’Amour et à la vie. Un livre poLITique, en quelque sorte.

    07/10/2026 à 13:41 3

  • Maudite soit la guerre

    Gwenaël Bulteau

    8/10 Paris, janvier 1917. Le corps sans vie d’un homme, un certain Ménard, est retrouvé dans son appartement, abattu d’une balle, assis dans son fauteuil, pipe dans une main, boîte d’allumettes dans l’autre, une véritable mise en scène.

    Soubielle, du Quai des Orfèvres, est chargé de l’enquête. Ce Ménard, sensé travailler dans une usine d’armement, est inconnu du personnel. Un traître, un espion à la solde des Allemands ?

    Pendant ce temps, les poilus en permission profitent de Paris et de leur marraine de guerre. Jean-Jo est rentré du front chez lui pour quelques jours. Sa fille, Jeanne, voit cela d’un très mauvais œil. D’autant qu’il a embarqué chez eux un camarade ramassé dans la rue. Jeanne aspire à devenir une grande actrice dans le milieu théâtrale. Son petit ami, Maxence, attend la conscription pour aller au front et faire son devoir. En attendant, avec son pote Octavio, c’est combine, magouille et petits larcins.

    La mère de Maxence, Alice, seul au foyer, travaille dans une usine d’armement. Maxence l’a surpris à enlacer Tassin, un ami de son père, qui lui se bat au front. De quoi le révolter…

    Gwenaël Bulteau multiplie les personnages, qui ont tous un lien dans cette aventure policière très bien orchestrée et dans un cadre historique bien détaillé. Le lecteur ressent bien cette atmosphère d’un Paris éloigné de la guerre, et qui regarde les soldats permissionnaires comme des étrangers. Un Paris qui subit le quotidien d’une guerre que les habitants ne veulent pas voir. Maudite soit la guerre propose une enquête où la menace de l’espionnage et du sabotage est quotidienne.

    Gwenaël Bulteau montre encore une fois son talent d’écrivain et de créateur de suspense.

    24/09/2026 à 15:22 6

  • Sable Mouvant

    Henning Mankell

    8/10 L’annonce de sa maladie fut une nouvelle qui a profondément bouleversé Henning Mankell. Ce cancer l’a questionné sur l’existence et sur sa propre vie. L’occasion pour lui de faire le point sur les évènements qui ont marqué son parcours, ses souvenirs les plus profonds et de faire part de ses réflexions, de ses pensées profondes voire fondements de l’Homme.

    Si le thème cher à l’auteur suédois de l’écologie est au cœur de ses écrits (notamment, les incidences millénaires sur les générations futures de l’enfouissement dans son pays des déchets nucléaires), le lecteur que je suis a pu découvrir parsemés ici et là quelques éléments de sa vie (exemple, l’abandon de ses études, sa vie parisienne, son amour pour le théâtre et l’Afrique,…).

    Sable mouvant, (titre évocateur sur le sentiment de l’auteur qui l’a mis face à la Mort, elle qui prend le contrôle de notre Être) n’est pas une biographie mais, comme il l’écrit, propose des fragments qu’il a pioché dans son existence, et qui ont fait de lui Henning Mankell.
    C’est touchant et émouvant voire, pour moi, instructif, quand l’auteur explique l’origine du tableau Le Radeau de la Méduse, ou bien Le concile cadavérique de Laurens, nous fait découvrir la préhistorique marionnette de Brno, l’église ensablée de Skagen,…

    Un livre d’une écriture profondément sensible d’un des mes auteurs préférés. Sable mouvant n’est pas réservé qu’aux connaisseurs de l’auteur mais peut être une porte ouverte vers la magnifique œuvre d’Henning Mankell.

    21/09/2026 à 12:10 1

  • Au coeur des ombres

    Liam Higginson

    9/10 Carwyn et Rhian, un couple de fermiers proches de la retraite, tentent tant bien que mal de vivre de leur élevage de moutons, dans les montagnes du Pays de Galles. Ce couple uni, rempli de bienveillance et d’amour, l’un pour l’autre, va sombrer dans les tourments d’un drame sans fond.

    Carwyn porte secours à un couple de randonneurs égarés dont la femme s’est foulé la cheville, son pied étant coincé dans un trou dans un coin isolé et reculé du domaine agricole. Carwyn, intrigué par cette cavité, creuse et tombe sur une tête sculptée en pierre. Cette tête le fascine, voire l’envoûte. S’il y voit une occasion de se faire de l’argent, le couple accumulant les factures impayées étant victime des huissiers, Carwyn pense que le site regorge de trésors cachés, issus des ancêtres gallois.

    Carwyn qui porte haut les valeurs et les origines galloises se consacrent à ses fouilles…de manière quasi obsessionnelle.

    Au cœur des ombres est un roman dont la tension progresse au fil des pages. On ne soupçonne pas, au début de la lecture, avoir une telle fin. On découvre le couple, Carwyn et Rhian, auquel on s’attache et leur histoire. On s’interroge sur les événements troublants qui arrivent et dont le couple est victime. On est face à des faits mystérieux dont on n’a pas d’explication, le tout dans un cadre aussi idyllique que tragique, ces montagnes hostiles, cette ferme isolée, loin de tout et de tout le monde.

    Liam Higginson, à l’image du Horla de Maupassant, a su insuffler progressivement une ambiance angoissante dans cette histoire qui devient, au fil des pages, de plus en plus intrigante, mystérieuse, envoûtante et effrayante

    21/09/2026 à 10:40 2

  • Week-end à Zuydcoote

    Robert Merle

    8/10 Robert Merle met d’entrée de jeu son lecteur dans l’ambiance de la débâcle. Des files de voitures abandonnées. Un soldat qui pousse une charrette avec le cadavre d’une femme. Des gradés français qui tentent de forcer le passage. Des invectives entre les protagonistes. Et le jeune Julien Maillat, soldat français qui regarde ces échanges. Maillat est spectateur. Spectateur de cette drôle de guerre. De cette fuite des soldats anglais qui attendent, sous la mitraille, que les bateaux venus d’Angleterre, viennent les ramener au pays. Et les soldats français se retrouvent dans des camps de fortune sur les plages, un peu livrés à eux-mêmes. Maillat, Dhéry, Pierson et Alexandre vivotent ou survivent, un camp sanitaire où il pique un peu de vin, des conserves,…

    Durant 4 demi-journées, du samedi matin au dimanche après-midi, Robert Merle nous fait vivre la vie de ce petit groupe de soldats, avec leurs interrogations, leurs cohabitations avec la population locale et notamment la jeune Jeanne que Maillat sauve d’un viol.

    J’ai été impressionné par la qualité de l’écriture et la maitrise des personnages et du cadre. J’ai de suite pensé à Steinbeck quand j’ai lu les toute premières pages. On ressent l’angoisse et la tension comme l’incompréhension de ces soldats quasi abandonnés à leur triste sort, dont la mort est devenue sinon une partenaire du moins une fatalité.

    15/09/2026 à 17:14 1

  • La Porte du large

    Pierre Boileau, Thomas Narcejac

    7/10 Quand Méribel se suicide, Saivre y voit une opportunité pour prendre son identité. Les deux hommes se connaissaient bien, d’une part, parce qu’ils étaient beaux-frères, et, d’autre part, parce qu’ils étaient associés dans une affaire immobilière. Et c’est parce qu’il a détourné une grosse somme d’argent, et que Maupré a décidé de la faire chanter, que Méribel a décidé de mettre fin à ses jours.

    Liberté. C’est parce qu’il voulait plus que tout vivre libre, et se sentir vivre pour une fois que Saivre a décidé de prendre l’identité du mort.
    Il a bien conscience que cette idée est absurde. Car, même si le mort est défiguré, la police va découvrir très vite la supercherie. Et, car c’est se désigner de fait coupable, coupable d’une mort dont il n’est absolument pas l’auteur. Prenant ce risque, Saivre se cache à La Porte du large, complexe immobilier vers La Baule dont il a été l’investisseur. Mais, cloitré dans un appartement, il ne pourra que constater qu’il va devenir victime d’un surprenant et inattendu coup monté.

    Duperie, manigance, meurtres,… le duo français n’épargne pas le lecteur dans cette histoire sombre d’usurpation d’identité. Un petit polar sans prétention qui apporte son petit lot de mystère, de tension et de surprises. Un roman méconnu mais intéressant de Boileau-Narcejac.

    09/09/2026 à 12:07 1