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Les Démoniaques
9/10 Lorsque j'ai fait dédicacer le livre, Mattias Köping m'avait prévenu en me demandant si je savais dans quoi je m'engageais, car c'était du lourd, du violent. Tout juste si je n'entendais pas Michel Audiard m'avertissant que mes yeux de lecteur allaient être pulvérisés aux quatre coins de Paris.... à ceci près que je me trouvais alors au Salon du Polar de l’Iris Noir de Bruxelles.
Cet avertissement est fait à sa juste valeur car il faut le concéder certaines scènes sont pour le moins violentes, crues, et pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs. Les autres vont adorer, car si elles peuvent déranger, ces scènes sont essentielles pour poser le roman, mettre dans l'ambiance délétère loin de toute morale et de comprendre la psychologie et le projet de Kimy.
Mattias Köping nous offre un très grand roman noir, bien serré, avec des personnages qui peuvent paraître cliché, mais qui ne doivent pas être loin de la vraie lie de notre société. Au fur et à mesure du roman, les personnages dévoilent leurs faiblesses, leur déchirure, ou au contraire se montrent de plus en plus Méphistophélès.
Si pendant les premières pages, l'écriture semble hachée c'est pour mieux montrer la rudesse et la brusquerie du monde dans lequel vit Kimy, mais très rapidement on s'habitue à l'ambiance et à cette écriture, à moins que ce ne soit celle-ci qui se fluidifie. On se prend à voir les pages défiler, l'ampleur de la gangrène affectant cette région, le projet de Kimy se monter et se dérouler.
Un roman puissant et épuisant, pour les amateurs du noir foncé.04/12/2019 à 21:23 4
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Le Cheptel
10/10 Le corps d'une jeune femme est retrouvé en Lozère. Au regard des éléments qu'ils détiennent, les enquêteurs de la SR de Nîmes se forgent rapidement un avis : elle a fait l'objet d'une chasse à l'homme... Pour le capitaine Merlot, d'Interpol, les conclusions médico-légales placent cette victime dans une longue série. Les gendarmes nîmois vont alors apprendre à leur grande stupéfaction, qu'Interpol tente depuis vingt-cinq ans de démanteler un réseau de trafic d'êtres humains.
Louis Barthes, notaire à la retraite, est à la recherche de sa sœur jumelle dont il ignorait l'existence. Ses démarches vont a peu à peu le faire remonter jusqu'à une poignée d'orphelins juifs dont la fuite vers l'Espagne s'est arrêtée dans les Pyrénées...
Jeune adolescent de 13 ans, surdoué, Bruno passe des vacances dans les Pyrénées quand il tombe dans un dangereux torrent et est emporté par les flots. Il parvient miraculeusement à s'extirper des eaux tumultueuses, et cherchant de l'aide, découvre une communauté vivant hors temps et hors réalité dirigée par une grande prêtresse qui se fait appeler Virinaë.
Trois fils que Céline Denjean tisse ensemble dans un suspens et une tension exceptionnels, et surtout avec sa remarquable maîtrise du récit révélée dans ses précédents romans.16/11/2019 à 11:51 11
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Cataractes
3/10 Mais qu'est-il arrivé Sonja Delzongle ? Où est l'auteure de Quand la neige danse et Boréal qui m'avait séduite de part l'ambience qu'elle instaurait dans ses romans, du dépaysement, des personnages forts, et surtout avant tout d'une bonne intrigue. Mais ici, rien de tout cela.
Le rythme du roman est inégal, mais le plus souvent l'histoire se traîne. Sonja Delzongle tente bien de relancer l'intérêt du lecteur, mais les rebondissements sont tellement incongrus ou pas du tout crédibles.
Au final, ce roman est plus un pamphlet sur l'ancien régime de la région de la Croatie - Bosnie - Yougoslavie.
Et ce final, d'un convenu, sans aucune surprise; sans parler de la scène finale qui non seulement n'apporte rien, tombe comme un cheveux sur la soupe et laisse un mauvais goût au roman.
Si vous êtes curieux de l'histoire de cette contrée dans l'ex-empire de l'Est, vous y trouverez sans doute un peu de plaisir; pour les autres....02/11/2019 à 19:56 2
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Les Refuges
9/10 Jérôme Loubry a tout compris pour fournir un très bon thriller.
Tout d'abord une histoire qui commence par une situation tout à fait banale, qui pourrait arriver à tout à chacun, mais qui rapidement va s'écarter de la normalité, prendre un aspect étrange, pour basculer totalement. Bien sûr, en lecteurs avertis que nous sommes, nous nous attendons à quels pièges dans le cheminent de la résolution de l'intrigue, mais l'auteur est très vicieux : fausse piste, nombreux rebondissements, faux-semblants, vous allez vous faire avoir dans les grandes largeurs mais surtout pour votre plus grand bonheur.
Ensuite, des personnages fort bien construits qui se dévoilent au fur et à mesure des pages. On découvre leur psychologie, leurs faiblesses, leur passé, mais aussi leur perception de la situation, par petites touches ou de petits indices disséminés de-ci de-là. On se prend d'affectation pour certains personnages, avant de les haïr. Jérôme Loubry malmène ses lecteurs tout comme ses personnages.
L'écriture est parfaitement fluide, efficace. On plonge entièrement et rapidement dans l'ambiance du roman. On se prend à tourner les pages, à ne plus pouvoir s'arrêter par désir de connaître la fin.25/10/2019 à 21:03 9
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Promenez-vous dans les bois
6/10 Ruth Ware a pour domaine de prédilection le roman psychologique légèrement teinté de thriller.
Promenez-vous dans les bois entre parfaitement dans ce schéma, avec un huis clos en forêt de copines fêtant un enterrement de jeune fille qui va dégénérer. Mais cette déviation ne va pas se faire ni de manière brusque ni dès le début du roman. Bien au contraire, l'auteure va y aller piano piano, en distillant petit à petit des éléments qui vont faire monter la tension parmi les convives avant de porter le coup fatal.
La psychologie est bien entendue centrale dans ce roman, car elle permet de comprendre les personnages, leur histoire et leur relation entre elles; et ce afin de découvrir la clé de l'intrigue, ou tout du moins de réduire la solution à deux candidats.
Mais ce roman ne conviendra pas aux amateurs de page-turnes, hyper-vitaminés. Promenez-vous dans les bois n'est pas de ces romans que vous avez du mal à lâcher. Par contre, il est excellent en tant que livre audio.24/10/2019 à 21:40 1
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Dans la brume écarlate
8/10 Si l'on devait résumer Nicolas Lebel, on dirait que cet auteur nous fournit régulièrement des romans policier de qualité, mêlant intrigue, originalité et humour. Une fois encore, cet auteur remplit astucieusement et de manière équilibré ce contrat. C'est avec une grande joie que l'on retrouve l'équipe du capitaine Mehrlicht, au physique de cinéma, au franc parler teinté de gouaille parisienne.
Il faut toutefois légèrement modéré mes propos puisque cette fois-ci, je n'ai pas retrouvé l'originalité : le thème du roman m'a trop fait penser au Sharko de Franck Thilliez. Cependant, contrairement à son confrère d'écriture, Nicolas Lebel va bien moins loin dans ce monde gothique déviant, en étant limite caricaturale en recourant à un "méchant" roumain faisant imanquablement pensé au Comte Dracula.
Cependant il nous fait découvrir quelques éléments historiques de la Roumanie, du temps où elle appartenait au bloc de l'Est.
Mais l'humour de l'auteur ne s'arrête pas là puisqu'il s'amuse également à prédire le lieu des futures sépultures d'hommes célèbres... au risque de se tromper (eh oui depuis l'écriture du roman, Jacques Chirac est décédé et n'est pas enterré au cimetière du Père Lachaise, mais dans celui du Montparnasse).
Un bon moment de lecture que je vous conseille.22/10/2019 à 21:07 6
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La Fille qui devait mourir
2/10 A la sortie du sixième tome de la série Millénium, La fille qui devait mourir, David Lagercrantz a annoncé qu'il était temps de tourner la page et de passer à autre chose. En fait je pense qu'il aurait du le faire bien plus tôt car malheureusement ce roman ne permet pas de relever le niveau de la série et s'éloigne une fois de plus de la recette qui avait fait de Millénium une série au succès planétaire.
Ce sixième, et donc théoriquement dernier, tome de la série n'est plus qu'une pâle copie des aventures de Lisbeth Salander et Michael Blomqvist. si l'on ôte les quelques pages d'action en début et fin de roman, le livre a un rythme d'escargot sous tranquillisant. L'intrigue est aussi fine d'une feuille de papier à cigarette. Quant au style, par moment j'avais l'impression de lire une page Wikipedia ou un récit d'aventure de montagnards.
David Lagercrantz, est-ce du à son contrat avec les héritiers, ne fait preuve d'aucune originalité, se laisse bercer par les modes du moment (usine à troll), ne prend même pas la peine de faire évoluer ses personnages en les contraignant à leur carcan habituel au point que cela en devient une parodie.
Bref un roman fait pour être une manne financière pour les héritiers et non pas pour un héritage littéraire. Économisez vos sous pour un autre roman que celui-là.12/10/2019 à 07:56 3
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L'Île du diable
5/10 Une nouvelle fois Nicolas Beuglet nous entraîne dans une histoire inspirée de faits réels avec un pan de l'histoire stalinienne. Cet aspect inconnu sur lequel très peu de personnes ont publié, est à la fois effrayant et très intéressant de connaître un élément (de plus) des travers et dérives de cette dictature.
L'histoire est trépidante et se déroulante à 200 à l'heure sous amphétamine, de la première à l'avant dernière page. D'ailleurs il est fortement recommandé d'avoir lu les deux premiers tomes, pour pouvoir embarquer dans cette aventure, car le rappel succinct en prologue du roman ne suffira pas à prendre le train en marche lancé à vive allure.
Malheureusement, je n'ai pas retrouver les autres qualités des deux premiers romans (Le cri, Complot) de Nicolas Beuglet. L'enquête est (trop) rapidement conduite, les éléments s'enchaînant presque naturellement sans écueil, les caractères des principaux personnages n'évoluent pas, la conclusion de l'enquête et de l'histoire trop rapide, trop convenue et sans grande originalité. Mais ce sont les raccourcis de récit employés par l'auteur qui m'ont le plus dérangés comme les analyses ADN faites sur le lieu du crime en un rien de temps, alors que l'on sait que cela met plusieurs heures voire plusieurs jours.
Un roman palpitant mais sans grande originalité en dehors des faits réels dont il s'inspire.29/09/2019 à 18:25 5
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Le Couteau
8/10 Jo Nesbo revient donc pour une douzième aventure d'Harry Hole. Je plains ce personnage dont la trame est plus qu'usée (en fait sa dernière aventure lui avait valu un doigt en titane) et dont son créateur va encore l'abîmer un peu plus. Abîmer est le terme qui se prête le mieux car dans ce nouveau roman, Harry Hole va être malmené en retrouvant ses démons éthyliques, en étant écarté de l'enquête du fait de sa proximité de la victime, sa femme, en étant confronté à son Moriarty (le fiancé) et lui faire toucher le fond, le projeter dans les abîmes, en le posant en tant que principal suspect.
L'originalité de ce livre est de sortir Harry Hole de sa zone de confort, de lui enlever le rôle de super-flic, de le confronter à toutes ses faiblesses, ses trous de mémoire. Il va devoir réfléchir sur sa personne, sa responsabilité dans l'affaire, la possibilité de rendre la justice par soi-même plutôt que recourir à celle du peuple. Bref il perd tout ses repères.
Si vous êtes plutôt de ceux qui appréciaient les romans dynamites, voire dynamités, il vous faudra patienter le dernier tiers du roman qui reprend les schémas narratifs habituels de Jo Nesbo. Tactique, rythmé, rebondissant, Harry Hole reprend du poil de la bête jusqu'à ce que .....
En conclusion, si ce Harry Hole n'est pas complètement le Harry Hole que nous avons connu dans les onze précédents épisodes du personnage favori de Jo Nesbo, ce livre est original dans la faiblesse du héros à laquelle nous ne sommes pas insensible.22/09/2019 à 20:46 7
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De bonnes raisons de mourir
8/10 Avec un titre comme De bonnes raisons de mourir, nous sommes pour le moins aguichés, attirés par ce roman dans lequel nous mettons beaucoup d’espoirs.
On se dit que l'on va avoir une intrigue policière assez classique, mais l'originalité provient du lieu dans lequel se trouve le corps : le village roche de la centrale nucléaire de Tchernobyl et fermé au public. Ce n'est pas ce faux-semblant de huis-clos qui va propulser l'enquête dans une autre dimension, mais bien l'ennemi invisible des lieux : la radiation. Car contrairement à un meurtre commis dans un univers "sain", on ne fait pas ce que l'on dans cette zone avec ce qui s'y trouve. IL faut déjà trouver des enquêteurs qui acceptent (ou sont contraints) de s'y rendre, pouvoir extraire des indices de la zone et les exploiter suivant certains protocoles. Ainsi on ne peut pas autopsier un corps irradié comme un autre.
On l'aura compris sous couvert d'une enquête policière Morgan Audic, un peu comme Olivier Norek dans Surface, souhaite nous faire découvrir un pays, ses coutumes, ses pratiques. Dans De bonnes raisons de mourir c'est avant tout de dénoncer la gestion de cet accident nucléaire qui a impacté la région et ses habitants, mais le monde dans son ensemble; tant sur le moment mais aussi et surtout de nos jours. Il est incroyable de voir le laxisme des autorités corrompues ou focalisées sur leur désir de pouvoir.
Ce roman donne plus d'informations géo-politiques sur la Russie et l'Ukraine que la plupart des journaux et magasines d'informations de la presse écrite ou télévisuelle.
S'il y avait un défaut dans ce roman serait la symétrie des deux équipes enquêtant sur ces morts, au risque parfois de troubler le lecteur et de le tromper dans l'identification de l'équipe. Mais cela ne devrait arriver que si vous lisez ce livre par petits bouts, avec de fréquents arrêts. Autant dire que cela ne devrait que très rarement se produire une fois que vous serez pris par l'histoire et l'ambiance du livre.04/09/2019 à 20:38 8
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Les 7 Jours du Talion
9/10 Voici un livre comme je les aime.
Un livre qui vous prendre les tripes, qui arrive à instaurer un suspense alors que les issues possibles à cette histoires sont très limitées. On est suspendu à la progression de l'enquête, à ces petits indices qui rapproche l'enquêteur du kidnappeur, mais également à la découverte de toute la machinerie mise en place tant pour la vengeance que pour l'égarement des policiers.
C'est également un livre qui offre des personnages forts, qui vont s'affronter : le père face au tueur, le kidnappeur face au policier. Ces affrontements revêtent différent formes, psychologiques ou physiques, mais qui dans tous les cas vont laisser des traces chez les protagonistes. Pour les âmes sensibles, même si les tortures sont impressionnantes, elles ne sont qu'épisodiques et brèves; donc vous devriez pouvoir lire ce roman quitte à sauter quelques paragraphes.
Enfin, il y a la réflexion que suscite ce livre : doit-on appliquer (restaurer, autoriser) la peine de mort pour des meurtriers d'enfant. Si cette question n'est pas récente pour les français, puisque ce cadre fût soumis l'abolition de la peine de mort au début des années 80 avec l'affaire Thierry Henry; et qui revient régulièrement dans les media. L'auteur apporte une réponse que je trouve fort intéressante et que je vous laisse découvrir en lisant Les 7 jours du Talion.21/08/2019 à 18:52 7
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Le Prieuré de Crest
5/10 Le prieuré de Crest n'est ni excellent ni mauvais, il est simplement bon.
Si l'intrigue et l'enquête sont assez banales et ne présentent pas de grande surprise, le grand intérêt du roman réside dans les personnages. Que ce soit du côté des gendarmes ou bien des sujets de l'enquête, ils sont variés, complexes, attachants ou haïssables, drôles ou sérieux.Leur variété constitue une des grandes forces de ce livre.
Ce roman est tout de même une belle découverte dans les relations des gendarmes, entre ceux de la campagne proche des habitants et ceux des villes appelés en renfort sur les enquêtes complexes rompus aux dernières techniques d'enquête.
Sans être un roman psychologique, la solution se trouve de ce côté. Car le sujet du livre tourne autour du fait que des femmes victimes des hommes désirent ne vivre qu'entre elles, sorte d'amazones modernes. Sans doute que l'origine de ce livre se trouve dans la déferlante MeToo et BalanceTonPorc qui a envahi le monde médiathèque quelques moins précédents la sortie de ce livre.
Un roman policier agréable, petite parenthèse de fraîcheur entre deux romans plus noirs.12/08/2019 à 21:03 2
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Robe de marié
9/10 Ce roman policier, ou plus exactement un roman noir, témoigne que les qualités de Pierre Lemaitre étaient déjà présentes bien avant son obtention du Prix Goncourt
Déjà au niveau de l'histoire, Pierre Lemaitre s'amuse avec son lecteur en l'embarquant dans une première moitié du livre dans la descente aux enfers d'une jeune femme qui fuit les conséquences de ses actions qu'elle aurait commis dans ses périodes d'amnésie; puis de procéder à un brusque revirement sur lequel je ne m'étendrais pas pour vous laisser la surprise.... et la suivante. Il eut été une époque où ce genre de scenario aurait plu à des cinéastes comme Alfred Hitchcock.
L'histoire s'articulant autour d'une aventure, l'auteur a évidemment bien architecturé ses personnages tant sur leur psychologie, leur passé, leur fonctionnement, leur réflexion, leurs actions et réactions. On les imagine parfaitement, on ressent chacun de les sentiments, on frissonne avec, pour, eux.
D'ailleurs si vous pensiez que pour une fois le titre d'un roman de Pierre Lemaitre était bien choisi, en fait il s'agit d'une faute d'orthographe. L'auteur a donné cette information lors d'une entrevue: le personnel de l'édition s'en est aperçu alors qu'un certain nombre de livres avait déjà été tiré. Finalement, il a admis que le hasard avait bien fait les choses.
La version audio par laquelle j'ai découvert ce livre est très excellente. Les deux lecteurs (une voix féminine pour Sophie, une masculine pour l'homme) ont une diction parfaite, le jeu juste nécessaire qui permet de laisser l'imagination de l'auditeur agir.11/08/2019 à 20:36 9
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Empire des chimères
2/10 Ce roman est un roman clivant : ou bien vous allez l'adorer ou bien vous allez le trouver mauvais. D'ailleurs les notations sur les sites marchands ou les critiques sur les blogs reflètent bien ce point. Cela vient essentiellement de la lenteur du roman : si les personnages sont bien construits et en peu de détails révèlent bien leur physique, leur caractère et leur passé. Mais les personnages seuls ne font pas d'un livre un bon roman.
Si l'idée de départ est originale et rapidement posée dans l'histoire, elle ne s'étoffe pas au fil de pages. Si l'auteur charme bien son lecteur au point où celui n'a qu'une envie d'en savoir plus, la déception de ce dernier ne fait que croître car rien ne se passe, rien n'évolue, et les liens entre ces univers parallèles sont si ténus qu'au final il est en droit de se demander si finalement il n'y a pas deux histoires indépendants dans ce livre. Si l'auteur voulait "brouiller dans leurs esprits la frontière entre fiction et «vraie vie»" comme l'annonce la quatrième de couverture, cela est réussi mais on en saisit pas l'intérêt.
Quand au style, il faut bien l'avouer, il est lourd. Certaines phrases font leur poids au point où parfois elles en deviennent incompréhensibles et obligent le lecteur à revenir en ailleurs (quand il en a le courage). Même un lecteur rapide comme moi se verra englué dans le récit à l'image des personnages du roman dans leur petit village.
Quelques points positifs tout de même.
La lenteur du roman aura un effet soporifique sur votre lecture, les presque 700 pages passent lentement, le roman vous fera du profit. Usé comme le personnage du roman avec qui je partage le même prénom, après plus de 15 jours j'ai décidé de passer à la vitesse supérieure pour terminer les 100 dernières pages en recourant à la lecture rapide . et je crois ne pas avoir raté grand chose.
Et puis le vocabulaire. Si le style est le cours, la phrase est riche, riche de mots inhabituels qui feront progresser votre vocabulaire si tant est que le dictionnaire qui est prêt de vous les connaissent (ce qui n'est pas le cas du dictionnaire fourni sur les liseuses Kobo).
Un roman que je déconseille aux amateurs de page-turners aux intrigues tarabiscotées.10/08/2019 à 07:41 4
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Luca
8/10 Alors que Bernard Minier a publié dans la même période un thriller exploitant également l'IA, Franck Thilliez dépasse cet autre auteur en évitant les écueils de son confrère. Ainsi, Franck Thilliez a su vulgariser l'IA et les autres "nouvelles techniques" introduites dans ce livre, sans tomber dans une présentation à la Wikipédia que seuls les initiés sauraient comprendre (mais sans y trouver d'intérêt). Sans doute son passé d’ingénieur en informatique lui a permis d'avoir du recul sur le sujet et de se concentrer ainsi sa vocation première : conteur d'intrigue policière.
Dire qu'une nouvelle fois Franck Thilliez nous livre un grand roman policier serait trop facile, mais il faut bien le reconnaître que c'est le cas. Une intrigue bien ficelée, avec de nombreux rebondissements, des personnages originaux (dans tous les sens du terme) même si on adore retrouver le requin Sharko. J'avoue avoir particulièrement apprécié découvrir le nouveau 36 depuis le déménagement de la criminelle aux Batignoles, c'est le premier auteur à le faire.
Ce roman est également l'occasion de découvrir les dernières méthodes d'investigation,leurs limites face à l'imagination des criminelles ou de ces nouvelles technologies. Mais c'est avant la réflexion que suscite l'auteur dans ce livre sur le devenir de l'homme et du flou juridique aux regards de ces nouveautés technologiques, comportementales et sociétales.
Pour les sceptiques qui penseraient que Luca est un roman d'anticipation, le jour même où j'écris ces mots, le Japon vient d'autoriser la création d'embryons humains-animaux. La réalité dépasse la fiction, ou la folie de notre monde ne permet pus à la fiction d'être d'anticipation ou d"calée bien longtemps.01/08/2019 à 18:40 6
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Le Maître des limbes
9/10 Tout d'abord, une petite précision mais qui a son importance : Le maître des limbes est bien la suite des Limbes; et même si tous les éléments du premier tome sont rapidement rappelés dans ce second volet, il est préférable de lire ces deux livres dans l'ordre pour en apprécier leur juste valeur.
Je ne sais pas si initialement Olivier Bal avait écrit les deux tomes d'affilée au moment de la publication du premier volet, mais j'ai noté une nette amélioration du style entre les deux livres. En effet, le rythme du récit est beaucoup plus maîtrisé et le livre bien plus agréable à lire. Malgré ses presque 600 pages, il y a très peu de passages lents. Le livre alterne entre les différents points de vue des personnages principaux (alors que dans les Limbes tout s'articulait autour d'un personnage principal James). On profite alors des histoires personnelles, du déroulement du monde réel, des récits oniriques et du monde des limbes.
En exploitant toutes les potentialités spatio-temporelles, sans faire de jeu de mots laids, l'auteur donne une nouvelle dimension tant aux conséquences des manipulations des rêves, des prises de contrôle des dormeurs, qu'au niveau de la guerre de pouvoir pour contrôler le (nouveau) monde. Si au démarrage, on pourrait trouver des points communs avec le roman Sleeping Beauties de Stephen King, Olivier Bal va beaucoup plus loin que le maître de l'horreur, sur certains points, ce Maître des limbes m' a fait penser à Ubik de Philip K. Dick, mais en plus abordable.
Ce roman ne serait rien sans ses personnages admirablement construits, avec des passés différents, des mentalités tantôt opposées tantôt complémentaires, par moment attachants puis haïssables, ou inversement. Ils sont à l'image du roman tout en faux-semblants et qui s'inscrivent dans un système bien complexe.
Un très grand roman qui confirme les quantités narratives et fantastiques d'Olivier Bal qui espérons-le pour lui saura nous combler dans de futurs romans abordant d'autres domaines.28/07/2019 à 21:32 4
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Vindicta
9/10 Bien que bénéficiant d'une forte communauté de lecteurs fans, mes premières expériences de lecture de Sire Cédric m'avait laissé en demi-teinte. Avec Vindicta, Sire Cédric, ou plus exactement Cédric Sire à partir de ce roman, entre dans le clan fermé des grands du thriller.
Si pour vos vacances, ou pour faire oublier que malheureusement vous ne pouvez en prendre, vous cherchez un roman qui vous prenne aux tripes, Vindicta est fait pour vous.
Ce roman a toutes les composantes d'un grand roman à suspense : des morts à la pelle, des personnages, attachants de par leur fragilité et leur humanité, ou bien avec de fortes personnalités, une intrigue bien ficelée, et un rythme de go fast littéraire, le tout saupoudré de conflits entre services des forces de l'ordre, d'un psychopathe fantomatique et insaisissable.
Là où le sorcier Cédric Sire (jeu de noms avec son ancien nom Sire Cédric, Sire C., Circée) est d'une très grande habileté et devient un nouveau maître du thriller, il nous charme de son chant de conteur meurtrier comme son homonyme homérien. Peu d'indices sont déposés tout au long du roman (en fait il n'y en a que deux), mais pris dans l'ambiance du roman, tout comme moi, vous risquez de passer à côté sans les remarquer, et alors de profiter d'un formidable final.
Donc c'est avec un grand oui que nous anoblissons Sire Cédric, Cédric Sire, dans le cénacle des maîtres du suspense.28/07/2019 à 09:46 9
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Macbeth
3/10 Si transposer un classique de la littérature, en l’occurrence Macbeth, dans l'univers du roman noir est à la fois une idée originale et une intention louable, cela ne contraint l'auteur à s'écarter de ses habitudes. Ici, on a à faire à une histoire beaucoup moins dynamique, à moins de réalisme, auxquels j'étais habitué dans la série des Harry Hole. Le style est moins fluide, plus emprunté au point, l'auteur cherchant même à reprendre certaines formulations ou des dialogues de l’œuvre originale.
L'histoire revient toujours à une lutte de pouvoir avec une adaptation moderne de certains caractères (le sorcier devenant le principal fabricant et dealer de drogue), mais les rebondissements, les retournements de situation, en total décalage avec la réalité de notre temps, feraient passer Jo Nesbo comme un mauvais auteur de romans noirs recourant aux clichés et effets sensationnels, alors qu'il ne nous a pas habitué à cela.
Si l'histoire n'est pas à la juste valeur de l'écrivain, les qualités rédactionnels de celui-ci se révèlent tout de même dans la mise en place de l'atmosphère, la création des personnages ou la localisation de l'histoire dans une cité relativement anonyme pour que chacun puisse identifier à la sienne.
Ce livre est donc à réserver aux amateurs d’œuvres classiques curieux de voir ce travail de transposition ainsi qu'aux aficionados de Jo Nesbo pour dire qu'ils ont lu l'intégralité de l’œuvre de cet auteur. Mas pour ceux qui désireraient découvrir ce maître du roman policier, lancez vous dans la série des Harry Hole.27/07/2019 à 21:03 3
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La Dame de Reykjavik
5/10 La dame de Reykjavik de Rognar Jonasson est à l'image des romans policiers islandais : classique, lent et humain.
Il s'inscrit dans la pure tradition des whodunit où l'enquête se déroule tranquillement. D'ailleurs le rythme est une composante marquante des romans islandais, à croire que toute la vie est comme paralysée par la neige, même en période estivale.
La grande force de roman se situe plutôt dans le personnage principale, cette policière à la veille de la retraite, à qui l'on retire du jour au lendemain tous ses dossiers, et qui se jette corps et âme dans une dernière affaire, un cold case. Son regard sur sa carrière, l'évolution de son métier, les sacrifices consentis, mais également la peur de sa nouvelle vie.
Ayant découvert ce livre dans sa version audio, si la lectrice a une diction parfaite, elle a trop tendance à jouer le texte au détriment de laisser une part d'imagination au lecteur.01/07/2019 à 20:58 2
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La Voie des âmes
5/10 Autant vous avertir de suite, je suis partagé sur ce livre. Si l'idée de départ d'une enquêteur qui peut avoir la possibilité de susciter sa femme témoin d'un crime en échange de ses services, c'est surtout la lenteur du roman au regard de l'épaisseur du livre qui m'a fait temporairement suspendre sa lecture.
Pourtant tous les éléments étaient réunis pour faire de ce livre un très grand roman, qui plus est original : de bons personnages avec leurs faiblesses respectives, une incursion originale du fantastique dans le monde policier, une "explication" sur les raisons de serial killers ou de meurtres inexpliqués.
Malheureusement, alors que je suis arrivé à mi-livre, le deal n'a toujours pas été présenté. Le roman se traîne en longueur et présente certaines lourdeurs comme la liste exhaustive des avenues new-yorkaises parcourues par les héros. Si ce genre de détail fonctionne bien, par petites touches, chez des auteurs comme Stephen King, pour renforcer la projection du lecteur dans le roman, ici elle nuit à la fluidité et au rythme du roman.
Bref, si je ne suis pas totalement charmé ni par ce livre et ni par le style de Laurent Scalese, il faudra que je me motive à le terminer pour avoir un avis final et tranché. En attendant, pour les amateurs de romans policier psychologique, nuancé de fantastique et de romance, devraient y trouver leur compte.29/06/2019 à 12:20 1