Les Refuges

6 votes

  • 4/10 LES REFUGES est l’exemple même de ce qui se fait depuis quelques temps en matière de thrillers made in France et qui cartonne auprès des amateurs du genre. C’est un fait avéré, ça marche bien, quoi que j’en pense. LES REFUGES n’est donc ni pire ni meilleur que ce qu’on trouve par paquet de 12. Il s’agit d’un thriller balisé, calibré, planifié pour plaire au lecteur en lui donnant le sentiment agréable de conduire un véhicule hyper sophistiqué mais qui en fait se conduit avec deux doigts, quasi en mode pilote automatique, en donnant au lecteur une autonomie d’apparence. Tout est paramètre à l’avance, efficacement, il n’y a pas à se forcer dans l’implication, tout est mis en oeuvre pour vous soutirer ce que vous êtes venu chercher. Mais pour la nuance, la finesse d’analyse psychologique, faudra repasser.
    Je n’ai aucun reproche à faire sur le sujet en lui-même. Il n’est pas original, mais perso, je m’en tape, tout a été écrit sur tout et je crois qu’on peut faire du grand avec un thème archi rabattu. La construction ? Pas de critique là non plus. Elle est classique (va et vient passé/présent, alternances des personnages, souvenirs…), ça me va aussi. J’ai lu les 50 premières pages sans pester. La thématique, pas novatrice (mais là encore quelle importance ?) est par essence intéressante (la mutation victime/bourreau, la culpabilité ). Le problème, alors ? Bah juste l’essentiel de ce qui fait une bonne histoire, bien racontée : le traitement. Après 50 pages correctes, l’écriture légère et imagée de JEROME LOUBRY devient plus chargée, artificielle, pompeuse. Mais à ce moment là, j’ignorais encore combien cette écriture allait tout saborder. Pour un auteur novice, LES REFUGES peut aussi se voir comme une sorte de manuel, un guide du « comment écrire un thriller pour les NULS ». Pas de méprise, quand je dis « NULS », cela ne veut pas non plus dire que le lecteur qui a lu et apprécié ce roman est un idiot. Non. Cela veut dire (pour moi, j’entends), qu’il est surtout désireux à ce quelqu’un fasse tout le boulot à sa place, ce lecteur-là cherche pas être trop sollicité, il recherche un confort (cérébral), ne veut pas perdre la moindre info en route, ne pas être frustré, s’assurer que tout lui sera clairement (et même le plus clairement possible) expliqué, quitte à ce qu’on souligne au STABILO les effets, qu’on (lui) répète plusieurs fois, qu’on premâche l’aliment pour favoriser l’ingestion. Inconsciemment ou non, ce lecteur là est conquis d’avance, déjà sur les starting-block, prêt à vibrer, ressentir à peu de frais, sans trop se fouler, bref ne pas « se prendre la tête quoi, car c’est un thriller et pas une oeuvre artistique, alors pourquoi chercher à écrire joliment, hein ?". LES REFUGES remplit toutes les cases pour ça. Pour être encore plus clair, si LES REFUGES était un animal, il serait un chien. Pour aveugles. Le lecteur n’a qu’à se laisser faire, se laisser guider. Suivre les balises, les pointillés. C’est tout. Qu’il ou elle se rassure, aucun risque de se planter, il/elle comprendra tout, absolument tout (les faits, les pistes, les indices seront répétés pour bien ancrés tout ça dans la caboche du lecteur paresseux) et pas que l’intrigue, mais tout le reste (les sentiments, les personnages, leur caractère, leurs pensées, tout est surexpliqué) car même si cela ne se soit pas, le roman est écrit au marqueur fluorescent. Bref, ne vous bilez pas JEROME LOUBRY se charge de tout. Il vous dictera (par le biais de ses personnages tous stéréotypés. Entre nous, qui peut croire à cette psy chevronnée et ce flic qui échangent comme deux ados prépubères ? ) ce qu’il faut penser, ressentir grâce au déluge ad nauseam d’adverbes, de qualificatifs, d’adjectifs, de points d’interrogations afin que vous fassiez votre les réactions de ses héros en prenant soin de ne pas vous laisser dans l’interprétation, ou l’incompréhension. Processus lourdingue d’identification. Vous l’avez compris, pour la subtilité, circulez y’a rien à voir. Le style LOUBRY pèse dix tonnes. Moi aussi, comme beaucoup de lecteur, j’aime être manipulé, qu’on joue avec moi, avec mes émotions. Je lis (presque que) pour ça. Le lecteur est un pantin consentant, et le romancier le marionnettiste. Donc, ce rôle de marionnette à la merci d’un marionnettiste, ça me va bien, je l’accepte avec plaisir. Encore faut-il que les fils soient transparents, et fins. Ici, les fils sont des cordes d’une épaisseur grossière, sans finesse, sans profondeur, un procédé prêt à l’emploi, bien rodé mécanique, conventionnelle, factice. Désincarné. Creux. Mais comme je l’ai dit au début, dans le monde du thriller (français notamment) ce procédé marche bien. JEROME LOUBRY l’a compris et sert (volontairement ou non) un repas prêt à consommer avec des personnages identiques (hommes, femmes, peu importe, ils pensent/s’expriment/réagissent tous pareils, avec des émotions très binaires, très compartimentés, très (pré)visibles, très manichéennes) Ne cherchez pas l’ambiguïté chez eux (et nulle part d’ailleurs), y’en a pas, zéro, nada, que tchi.
    Rien n’y fait, tout ce que j’ai lu m’a laissé aussi froid que si je m’étais enfilé une glace MIKO en guise de thermomètre et ce en dépit du contenu au demeurant horrifique, révoltant, terrible. Mais voilà, il faut savoir écrire, avoir une patte, une identité littéraire pour susciter l’effroi, la compassion, l’empathie et ce sans en faire des caisses ou être élitiste, je rappelle). Savoir transmettre, ou juste faire percevoir une émotion nécessite une certaine habileté, je trouve. De cela, nait la puissance évocatrice qui stimule l’imaginaire et le palpitant. Rien de tout ça chez LOUBRY qui déroule sa recette, son guide, son manuel avec des effets pompiers et gras comme des loukoums. Je passe rapidement sur les dialogues plaqués lourdement, inutilement bavards, grandiloquents, souvent ridicules (« on danse avec le diable » répétés maintes et maintes fois, LOUBRY a dû lire LE CHUCHOTEUR) limite risibles ; tout ça au détriment de tout réalisme (et tous les « bordel de merde » qui sonnent terriblement faux n’y changeront rien), ce qui rend les personnages (enfants comme adultes) agaçants, presque neuneu. LOUBRY répète l’envi les évènements histoire de s’assurer que « ça va lecteur, tu as tout bien pigé, dis ? ». Matraquage du lecteur au marteau pilon. Au cas où ça rentrerait pas… Je passe encore sur des formules que je croyais révolues (« il n’en croyait pas ses oreilles » et autres expressions qui sentent la naphtaline). Y en a pas mal de ces phrases d’un autre temps. Les dialogues sont à l’image de la narration, boursouflés à mort. Impossible de croire à des réactions aussi télécommandées, des formules aussi ampoulées.Les personnages secondaires n’ont aucune consistance (Patrice le soi-disant ami du flic, par exemple). Je passe aussi les facilités scénaristiques (les explications ultra limpides et perspicaces et détaillées d’une gamine traumatisée histoire encore de faciliter le travail au lecteur, ces « refuges » où on entre et on sort un peu comme un chat tiens…), les pistes abusivement embrouillées (plus ça fait complexe, plus on se dit que c’est foutrement génial, c’est bien connu). Je passe enfin sur le dénouement. Bof. Une nouvelle couche sur un mille-feuilles déjà bien écoeurant. Et puis, n’est pas LEHANE qui veut, hein ? L’auteur a pourtant mis le paquet : il m’a parlé pêle-mêle d’atrocités, de viol à répétition, de suicides, de cervelle qui éclate etc…Pourtant, je n’ai pas plus sourcillé que si je lisais ma liste de courses AUCHAN. Plus l’auteur insistait en essayant de me tirer les larmes ou des frissons, plus je m’éloignais du récit en soufflant devant la mise en scène ultra théâtralisée, cette écriture-parpaing, tellement lourd tout ça, tellement mal fichu. Comme disait un célèbre auteur, je ne crois pas forcément à ce qu’on me raconte, mais COMMENT on me le raconte. Et là, j’ai parcouru avec une indifférence teintée d’ennui ces tragédies, ces horreurs illustrées avec des phrases débitées machinalement en enfilade, sans densité, sans aspérités, sans intensité, sans sincérité, sans conviction, sans vie, comme si le fait de dire des mots chocs suffisaient à créer le choc. Bah non, monsieur LOUBRY, ça ne marche pas comme ça (avec moi du moins).
    Pour finir, si LES REFUGES est un roman médiocre, il n’est pas une bouse absolue. Il est juste un produit fade et en même temps indigeste, chargé en sucre à donf. On en trouvera des comme ça, mieux ou moins bien, encore et encore. Par palettes. Hélas. Il essaie de flirter (dans la thématique) avec SHUTTER ISLAND, mais LOUBRY est à des millards d’années du thriller de Denis Lehane.
    Voilà, je l’ai lu, et déjà il ne m’en reste rien. Quand on sait ce que ça raconte, c’est assez paradoxal, mais ça démontre bien que sans style, la pire des histoires n’a aucun impact véritable et durable. Le succès public de ce roman ne m’étonne pas. Il n’est pas dénué d’application (mine de rien, il y a du boulot), ça se lit sans trop d’effort (même si j’étais pressé d’en finir, d’ailleurs on peut sauter des paragraphes et des passages entiers tant l’auteur meuble inutilement son récit), ça ne manque pas de soin, d’inventivité ou d’originalité dans le récit.
    C’est juste dépourvu de personnalité, d’âme et d’émotion. De style, en somme. D’art, tout simplement.
    Une seule chose me surprend. Que celles et ceux qui - comme moi - lisent très occasionnellement du thriller puissent y éventuellement y trouver de quoi combler leur dimanche pluvieux, je le conçois (moi même, j’en relirais un du même genre dans 6 mois ou un an). Ce que je m’explique moins, c’est comment des férues de ce genre (thriller), de ceux et celles qui s’en enfilent par intraveineuses depuis des années, peuvent encore, indépendamment de l’intrigue (qui je le redis n’est pas plus stupide qu’une autre) se laisser encore séduire par un traitement aussi scolaire et ennuyeux. C’était donc ça le prix COGNAC, le thriller de l’année, la claque du moment ? Sérieusement ?

    avant hier à 17:53 schamak (53 votes, 6.2/10 de moyenne) 6

  • 9/10 Une fois la dernière ligne lue, on ne peut qu’émettre un « waouh ». Alors que l’on s’est précipité pour découvrir le fin mot de cette histoire, on la termine complément ahuri. Cette histoire est déstabilisante. Et ce dénouement nous amène à nous interroger sur notre bonne compréhension du livre voire à nous donner envie de reprendre tout depuis le début. Les refuges est un livre obsédant. A l’image des personnages, Sandrine et Damien, on est hanté, manipulé, trahie par tant de mensonges, et de faux semblants.
    Jérôme Loubry signe là un roman psychologique qui restera gravé dans ma mémoire.

    07/11/2019 à 19:53 JohnSteed (160 votes, 7.9/10 de moyenne) 7

  • 9/10 De la bombe ! The thriller de l'année 2019 ! De ceux qui rendent les nuits blanches, qui font sonner le réveil une heure plus tôt pour poursuivre cette satanée lecture qui hante les soirées.
    J'ai adoré de la première à la dernière ligne ! La construction de ce roman est au top : il est composé de quatre récits successifs, quatre histoires différentes, toutes aussi addictives et surprenantes les unes que les autres et qui se complètent pour former au final un grand puzzle où toutes les pièces s'emboîtent à la perfection en piégeant le lecteur.
    La première partie, sur l'île, est mystérieuse à souhait, la seconde, dure et émouvante, la troisième, perturbante. Enfin, la toute dernière, est totalement inattendue. Et puis il y a un beau travail sur les atmosphères (celle de l'île, de la cave, du bunker) et sur la psychologie des personnages.
    Les éléments du récit sur lesquels Jérôme Loubry insiste (les chats, le chocolat chaud, les pendules...) ne sont pas du tout de l'ordre du détail et la manière dont l'auteur les replace plusieurs fois par la suite en modifiant leur "rôle" est juste géniale. Très très judicieux et jouissif !
    Il est difficile de parler de ce genre de roman sans trop en dévoiler alors le mieux, c'est que vous le lisiez !

    06/11/2019 à 16:37 Ironheart (518 votes, 7.5/10 de moyenne) 9

  • 9/10 Jérôme Loubry a tout compris pour fournir un très bon thriller.

    Tout d'abord une histoire qui commence par une situation tout à fait banale, qui pourrait arriver à tout à chacun, mais qui rapidement va s'écarter de la normalité, prendre un aspect étrange, pour basculer totalement. Bien sûr, en lecteurs avertis que nous sommes, nous nous attendons à quels pièges dans le cheminent de la résolution de l'intrigue, mais l'auteur est très vicieux : fausse piste, nombreux rebondissements, faux-semblants, vous allez vous faire avoir dans les grandes largeurs mais surtout pour votre plus grand bonheur.

    Ensuite, des personnages fort bien construits qui se dévoilent au fur et à mesure des pages. On découvre leur psychologie, leurs faiblesses, leur passé, mais aussi leur perception de la situation, par petites touches ou de petits indices disséminés de-ci de-là. On se prend d'affectation pour certains personnages, avant de les haïr. Jérôme Loubry malmène ses lecteurs tout comme ses personnages.

    L'écriture est parfaitement fluide, efficace. On plonge entièrement et rapidement dans l'ambiance du roman. On se prend à tourner les pages, à ne plus pouvoir s'arrêter par désir de connaître la fin.

    25/10/2019 à 21:03 QuoiLire (188 votes, 6.7/10 de moyenne) 6

  • 8/10 Pas la claque tant attendue après avoir lu et entendu autant de critiques rarement aussi élogieuse mais tout de même une très bonne lecture. Je dois reconnaître le talent de l'auteur menant d'une façon magistrale son intrigue jusqu'au toutes dernières pages. Le fait est que j'avais deviné la chute bien trop tôt dans le récit et que je n'ai pas eu l'effet surprise escompté.

    04/10/2019 à 17:03 LeoLabs (137 votes, 7.5/10 de moyenne) 7

  • 8/10 Conte d'une folie ordinaire...
    Cette histoire est folle, d'autant plus folle qu'à aucun moment, on ne s'imagine où est ce que son auteur entend nous mener ( par le bout du nez )...
    Si Jérôme Loubry pose ses jalons comme autant de mirages, pour mieux nous trimballer, son récit, qui oscille entre l'onirique et le tragique, saura vite vous faire baliser...
    J'ai complètement plongé dans l'histoire de Sandrine, pris par l'incroyable mécanique psychologique, dupé par ce jeu de faux-semblants...
    Ballotté par son témoignage glaçant, quel ballot j'ai été...
    Le dernier rebondissement est peut-être de trop, galvaudant légèrement ce formidable tour de passe-passe d'un auteur à suivre...

    23/09/2019 à 18:22 jackbauer (522 votes, 7.1/10 de moyenne) 9