schamak

146 votes

  • La Souris Bleue

    Kate Atkinson

    8/10 J'ai terminé sur une excellente lecture. Des personnages creusés et attachants — ce n'est pas tant les intrigues qui accrochent que le ton mordant de cette écriture, qui passe avec drôlerie du raffinement à la crudité, mais qui sait aussi se montrer poignante. Atkinson a ce don rare de faire cohabiter l'ironie la plus acide et une vraie tendresse pour ses personnages, sans jamais que l'une désamorce l'autre. La mécanique polar reste presque secondaire face à cette voix singulière, capable de faire basculer une scène du grinçant à l'émotion pure en une phrase. Je retournerai chez Kate !

    23/08/2026 à 23:47 3

  • Une femme d'enfer

    Jim Thompson

    4/10 Comme toujours, c'est pas rose bonbon chez le père Jim : le scénario est famélique, et son personnage détestable à souhait. Noir, immoral et parfois rigolo, ce roman coche toutes les cases de la marque Thompson sans jamais vraiment décoller — clairement pas son meilleur. On sent l'auteur en pilote automatique, comme s'il retournait un territoire qu'il connaît par cœur sans prendre la peine d'y injecter une tension narrative digne de ses meilleurs textes. Reste cette noirceur crue, ce goût pour les êtres abjects qu'il ne juge jamais, et quelques éclats de cynisme qui font sourire malgré soi — de quoi sauver les meubles pour les inconditionnels, mais pas de quoi convaincre un néophyte.

    23/08/2026 à 23:46 1

  • Spécimen

    Pauline Clavière

    6/10 Après une première grosse moitié brouillonne et poussive, le roman est sauvé in extrémis par un procès intéressant et un petit twist qui éclaire un peu les motivation de l'héroïne.

    23/08/2026 à 21:57 1

  • Méchante

    Karine Sulpice

    6/10 Une écriture appliquée, un personnage un peu à la Tatie Danielle pour un roman qui se lit vite sans déplaisir malgré un scénario pas hyper convaincant (mais la méchanceté n'est-elle pas un mobile en soi ?)

    23/08/2026 à 21:54 1

  • Une saison de colère

    Sébastien Vidal

    7/10 Comme dans tous ses précédents opus, Sébastien Vidal fait la part belle à la Nature, cet écrin qu'il polit avec application et une poésie inventive, sans jamais se répéter — ce qui n'est pas une mince affaire sur plus de 250 pages.
    C'est à l'évidence dans le « dehors » qu'il est le plus à l'aise, là où sa plume s'exprime pleinement. Beaucoup de passages seraient à souligner tant ils sont beaux.
    Mais je trouve que ce nouveau roman marque aussi une vraie progression dans le « dedans » : l'intériorité de ses personnages, livre après livre, gagne encore plus en épaisseur et en finesse.
    Et à l'instar de ses précédents opus, on ne lui trouvera aucune posture, aucun opportunisme : Sébastien écrit ce qu'il est. De la sincérité, de l'authenticité pur jus. En tant que romancier, il nous raconte une histoire, déroule son intrigue, construit son climax — oui — mais à travers ses personnages, il exprime surtout ses convictions profondes, sa colère intériorisée mais prégnante, sa lucidité face à un monde qui se consume à petit feu.
    Avec ce livre, il signe probablement son roman le plus ouvertement engagé et politique, mais avec l'intelligence de ne jamais tomber dans le manichéisme — ici, le maire n'est pas un pourri, mais un gars qui n'a juste pas d'épaules, et les flics ne sont pas tous des brutes épaisses — ni dans le découragement.
    Sans naïveté, l'auteur ne désespère pas (enfin pas totalement) de l'Humanité ; il croit encore à la solidarité de quelques hommes justes — et juste quelques hommes.
    Les cent premières pages m'ont vraiment accroché, à l'image de la scène d'ouverture, très réussie. D'autres passages font également le job, comme l'exécution de la journaliste, d'une sécheresse efficace, sans larmoiement. Quelques clins d'œil musicaux et cinématographiques ont naturellement résonné en moi. Merci pour ça.
    Parmi tous les personnages qui gravitent dans ce récit, j'ai eu une préférence pour Jolene — enfin un vrai rôle féminin, qui manquait peut-être à la bibliographie de Sébastien ! — et j'ai bien aimé Julius, le coupeur de feu, ainsi que Jarod l'homme-écureuil.
    Forcément — on ne se refait pas —, j'ai aussi quelques réserves. Il y a un petit creux à mi-parcours, où le rythme retombe. Certains dialogues sont trop explicatifs. Et le dénouement m'a semblé un peu rapide, porté par quelques facilités scénaristiques et d'heureuses coïncidences qui m'ont fait tiquer .
    Au risque de surprendre : je trouve « Une saison de colère » plus accompli que son plus gros succès à ce jour, « De neige et de vent ».
    En faisant davantage confiance à son lecteur, en travaillant un peu plus la suggestion plutôt que l'explicitation, je suis convaincu que Sébastien produira encore de meilleurs ouvrages.

    26/07/2026 à 02:37 5

  • Dans la forêt du croque-mitaine

    Ivar Leon Menger

    2/10 « Dans la forêt du Croque-mitaine » est un thriller raté de bout en bout.
    Et surtout, c'est d'un chiant : rien à se mettre sous la mirette.
    L'atmosphère ? Aucune immersion, aucun poids, zéro angoisse : la faute à un style académique, scolaire, sans relief, à l'image des dialogues d'une rare indigence.
    La plume de l'auteur est vraiment médiocre, désolé de le dire aussi frontalement. Mais il n'y a pas une once de littérature dans ses 350 pénibles pages.
    La galerie de personnages qui défile lourdement au fil des courts chapitres est à l'image de cette écriture : sans véritable consistance.
    La plupart ont l'air dingues (volontairement, peut-être — mais rien n'en est fait), les autres simplement demeurés. En tout cas, tous insupportables de niaiserie.
    Résultat : on se fout complètement de ce qui peut leur arriver.
    Bref, on s'emmerde sévère devant cette intrigue certes classique (ce qui ne m'a jamais gêné) mais pas franchement captivante, où le nom du coupable est déjà éventé aux deux tiers du récit.
    Et après ? Les (ré)actions ridicules des protagonistes, les révélations au forceps, achèvent de plomber l'ensemble : plus rien ne vient rattraper ce naufrage « littéraire », ni réveiller cette lecture léthargique.
    Bref, c'est nul, mais d'un nul !

    13/07/2026 à 21:47 4

  • La plupart des hommes

    Simon François

    4/10 Me voilà bien emmerdé, tiens.
    Que Simon François veuille bien me pardonner : si son second roman, « La Proie et la Meute », fut une vraie et belle surprise, « La plupart des hommes » fut, après un prologue très prometteur, une cruelle déception.
    J'ai trouvé qu'il y avait un véritable fossé entre le travail fait sur l'extérieur (la nature, toujours présente et sublimée chez cet auteur) et celui, beaucoup plus laborieux, pardon de le dire, concernant l'intériorité et la psychologie des protagonistes. Je regrette toujours, chez certains auteurs, ce refus de laisser de la place au lecteur ; ici, tout est surligné, trop dirigé.
    Bref, une écriture joliment imagée d'un côté, et boursouflée de l'autre (que les dialogues — exercice à manier avec habileté et parcimonie pour donner de la densité aux héros — ne sauvent pas, bien au contraire). Lé déséquilibre est assez flagrant, j'ai trouvé. Les passages relatifs à la nature sont, de loin, les plus réussis (même si le trop est l'ennemi du bien), mais ne contrebalancent hélas pas ceux inutilement chargés consacrés aux personnages, auxquels j'ai eu toutes les peines à croire : l'amitié Kad-Gab ne crève pas les mirettes, Karine reste finalement assez creuse — on ne sait presque rien d'elle, ok, elle aime les bonbons, ouais, bon —, et certaines réactions m'ont semblé peu convaincantes. Et le plus important pour moi, à m'émouvoir de leur sort, je n'y suis jamais arrivé. Quand on ne ressent rien pour des personnages, gentils ou méchants, c'est assez mal barré en ce qui me concerne.
    En outre, l'intrigue, classique (ce qui n'est pas un problème en soi), ne m'a guère passionné, ce qui n'a pas favorisé mon immersion — la faute à un suspense peu prégnant, dont la plupart des tentatives de tension ont fait pshitt. Dommage.
    Le message social (et anticapitaliste : magouilles, exploitation des hommes, etc...), toujours présent, demeure éminemment sincère — aucun doute là-dessus —, et il est plutôt bien rendu, dommage qu'il soit asséné avec assez peu de subtilité mais il n'est jamais vain de rappeler cette déshumanisation et d'exprimer sa saine colère. D'autres critiques de la société sont abordées, plutôt survolées, histoire de cocher toutes les cases des dérives de notre société.
    Comme toujours, je me dois, par respect pour l'auteur et vis-à-vis de ma propre intégrité de lecteur, de donner un avis forcément subjectif, sans doute pas hyper constructif, mais sincère.
    Je n'écris pas ce retour de gaieté de cœur, d'autant que, sans connaître l'auteur, celui-ci m'apparaît franchement sympathique, et je ne doute pas un seul instant du travail effectué ni de ses intentions louables.
    J'aurais aimé aimer, mais voilà quoi.
    Et je m'en vais de ce pas me flageller avec des barbelés rouillés

    04/07/2026 à 22:25 3

  • À la table des loups

    Adam Rapp

    8/10 À la table des loups" est un ample roman américain comme j'aime. D'emblée, j'ai été attiré et le bandeau du grand Richard Ford m'a convaincu de me le procurer.
    De quoi ça cause ?
    D'une famille, les Larkin, classe moyenne catholique, l'éternel rêve américain en bandoulière — et soixante ans pour faire craqueler tout ce joli vernis puritain.
    L'auteur, Adam Rapp suit la fratrie de l'enfance aux années 2000 à travers une narration chorale et fragmentée, chaque chapitre bondissant dans le temps, alternant les points de vue. Myra l'aînée, infirmière en prison, colonne vertébrale du clan. Alec, ancien enfant de chœur, disparu dans les méandres de l'Amérique profonde. Lexy dans sa banlieue chic, Fiona dans la bohème new-yorkaise. Chacun court après un fragment du rêve, chacun le voit se dérober.
    Ce qui fascine ici, c'est la mécanique du mal — jamais spectaculaire, toujours domestique.
    Le puritanisme des parents Larkin n'est pas un rempart contre le vice, il en est le terreau. Et le baseball, presque élevé au rang de religion civique, tient lieu de ciment à une Amérique qui se lézarde de l'intérieur.
    Les loups du titre — tueurs en série, prédateurs sexuels, violences diffuses — ne surgissent pas de l'extérieur : ils rôdent depuis le début, ils étaient déjà à table.
    On en ressort mal à l'aise et, malgré soi, captivé.

    28/06/2026 à 22:47 6

  • Arrêtez-moi là!

    Iain Levison

    7/10 D’une plume acérée — mais moins mordante qu’à l’accoutumée — Iain Levison étrille la justice américaine et les médias avec une précision clinique et sans tomber dans la surenchère.
    L’histoire d’un gars lambda et chauffeur de taxi, inspirée d’un fait réel, a la sécheresse des tragédies ordinaires : celle d’un homme broyé par une machine judiciaire défaillante, indifférente à la vérité comme à la dignité humaine.
    Dans « Arrête‑moi là » titre à double fond, Levison refuse le spectaculaire ce qui rend le récit parfois un peu trop neutre et anesthésie son aspect révoltant. Le passage en prison, loin des clichés du genre, est traité sans pathos ni effets dramatiques : une simple suite d’absurdités administratives et d’humiliations banales.
    Le dénouement, amer au possible, confirme la thèse du roman : dans ce système-là, l’innocence ne protège de rien, et la sortie de l’enfer n’a rien d’une rédemption. Levison signe un récit bref, tendu par moments, où la colère affleure sous la sobriété.
    Un roman (mon 4ème de cet auteur) que j’ai lu rapidement et avec intérêt à défaut de m’avoir totalement embarqué

    08/05/2026 à 23:38 4

  • Les Saules

    Mathilde Beaussault

    7/10 "Les Saules" s’impose moins comme un roman d’enquête que comme une exploration sensible d’un territoire humain.
    Si la résolution de l’affaire apparaît rapide et secondaire, c’est parce que Mathilde Beaussault déplace volontairement le centre de gravité du récit : l’essentiel se joue dans la description d’un milieu rural âpre, où la rudesse des paysages se reflète dans celle des habitants.
    La structure en interrogatoires crée une dynamique particulière. Elle fragmente le récit, multiplie les points de vue et installe un rythme qui maintient une certain suspense tout en révélant progressivement les tensions sociales et les non-dits d’une communauté fermée. Les dialogues, souvent très justes, participent de cette immersion.
    L’écriture, sèche mais traversée d’une poésie brute, donne au roman sa singularité. L'autrice s’intéresse moins au spectaculaire qu’à la manière dont l’enfance, la différence et la violence sourde d’un village façonnent les êtres.
    Dans ce paysage sombre, la présence de Marguerite et de son amoureux maladroit Victor introduit une forme de contrepoint : deux enfants à part, dont la fragilité et la pureté offrent une lumière ténue mais essentielle.
    Ainsi, "Les Saules" se lit comme un roman noir où l’atmosphère, les voix et la matière humaine priment sur l’intrigue policière. C’est dans cette tension entre dureté et poésie que réside son principal attrait et sa force.

    08/05/2026 à 23:36 5

  • Balanegra

    Marto Pariente

    7/10 Balanegra, de Marto Pariente, est un polar/roman noir dans la plus pure tradition du genre. L’écriture est sèche, brutale, nerveuse — à l’image de son personnage principal, Coveiro, ex-tueur à gages reconverti en fossoyeur. Pas de fioritures ni de dialogues interminables : ici, on agit d’abord et on parle ensuite, quand on parle.
    L’humour, lui, est aussi noir que le reste, notamment grâce au duo improbable Bobby et Bobby, aussi hilarant dans ses chamailleries que redoutable dans son efficacité. On croirait voir surgir des silhouettes tout droit sorties d’un film de Tarantino. Les personnages secondaires ne sont pas en reste : tous sont croqués avec une précision cynique, tous un peu barrés, tous parfaitement à leur place dans ce chaos organisé. Et au milieu de ce joyeux carnage, un cochon tourne, observe, et ajoute encore une touche d’absurde.
    Si le dénouement paraît un peu rapide, le roman n’en reste pas moins un pur plaisir de lecture, un western moderne transplanté dans un trou perdu d’Espagne, où la poussière, la violence et l’ironie se mêlent sans jamais faiblir.

    01/05/2026 à 08:14 5

  • Fay

    Larry Brown

    5/10 "Fay" est un roman qui m’a laissé une impression plus que mitigée, voire une vraie frustration. J’y ai trouvé une longueur difficile à justifier au regard de l’histoire racontée. Larry Brown propose ici un roman initiatique centré sur une jeune fille de 17 ans, mais je dois avouer que je n’ai jamais réussi à m’attacher à elle, ni à ressentir pleinement l’intensité de son parcours. Cette distance émotionnelle a rendu la lecture d’autant plus laborieuse.
    Comme souvent chez Brown, chaque geste, chaque mouvement, chaque silence est minutieusement décortiqué. C’est une marque de fabrique qui peut être fascinante lorsqu’elle sert la tension ou la profondeur psychologique. Mais dans "Fay", cette minutie finit par alourdir un récit déjà lent par nature. Là où cette lenteur pourrait créer une atmosphère immersive, elle devient ici ennuyeuse. De nombreux passages m’ont semblé redondants, dispensables, comme si le roman s’étirait sans véritable nécessité, au détriment du rythme et de l’impact émotionnel.
    J’apprécie habituellement les récits qui prennent leur temps, ceux qui s’installent dans la durée pour mieux révéler leurs personnages. Mais ici, la lenteur ne m’a pas paru au service de quelque chose : elle m’a plutôt donné l’impression d’un cheminement qui tourne à vide, sans tension interne suffisante pour maintenir mon intérêt.
    J'ai vraiment peiné à le finir (un mois).
    En refermant le livre, je reste donc avec le sentiment d’être passé à côté de ce que Brown voulait transmettre, ou peut-être que c’est le roman qui est passé à côté de moi. Quoi qu’il en soit, une vraie déception, surtout venant d’un auteur dont j’apprécie habituellement la sensibilité brute et la capacité à saisir l’humanité dans ses zones les plus grises comme ce fut le cas avec le magnifique "Père et fils".

    16/03/2026 à 21:38 2

  • Danser encore

    Charles Aubert

    8/10 Une écriture sobre, retenue, pudique : c’est ainsi que Charles Aubert raconte l’histoire de Johann Rukeli Trollmann, celle d’un homme, d’un boxeur, et d’un peuple tzigane broyé, comme tant d’autres, par la folie barbare nazie.
    Cette sobriété n’est pas un choix esthétique, mais une nécessité. Elle épouse la force, la beauté et la candeur de Trollmann, cet homme-arbre, et laisse affleurer, en filigrane, une poésie discrète où la nature — muette mais parlante — console, répare et accompagne.
    Avec un sens du métier qui ne sacrifie jamais la sincérité, Charles Aubert alterne douceur et violence, caresse et impact, sans jamais chercher à magnifier ou à sublimer artificiellement ce qu’il raconte. Il sait que la matière humaine et historique qu’il manipule se suffit à elle-même, qu’elle impose humilité et justesse, et qu’un style trop démonstratif aurait sonné faux, presque déplacé.
    "Danser encore" est un roman court et un hommage aussi vibrant que poignant, qui ne vous frappe pas comme un uppercut au foie ni comme un crochet à la mâchoire. Il agit autrement : il remue en profondeur, creuse une entaille intime, juste là, du côté du cœur, une blessure lente, silencieuse, qui continue de saigner longtemps à l'intérieur après la dernière page.
    Grand merci.

    28/02/2026 à 20:10 3

  • On ne mange pas les cannibales

    Stéphanie Artarit

    4/10 Premier abandon (après 120 pages) de l'année.
    Ecriture assez quelconque sur une intrigue assez invraisemblable.
    Zéro émotion pour un intérêt très relatif.
    Je zappe.

    17/01/2026 à 14:24 1

  • Crime

    Meyer Levin

    10/10 Mon dernier livre lu cette année aura été un immense roman.
    Osons le dire : un chef-d'oeuvre.
    Fondé sur un authentique fait divers dont Meyer Levin fut l’un des premiers témoins, CRIME (doublement adapté à l'écran par Richard Fleischer et Alfred Hitchcock) ne se contente pas de raconter brillamment, dans le Chicago des années 20, une affaire criminelle hors norme — scindée en deux parties (« le crime du siècle » puis « le procès du siècle »). Levin dissèque avec une précision presque clinique la psyché de ce duo de jeunes assassins, aussi brillants qu’immatures, et entraîne le lecteur dans une réflexion vertigineuse sur la responsabilité, la morale et les zones d’ombre de l’esprit humain.
    Ce qui frappe, c’est la manière dont Levin mêle reportage, roman et essai : son écriture, sobre et tendue, donne au récit une puissance documentaire tout en conservant une vraie intensité dramatique. La seconde partie, centrée sur le procès, devient un véritable théâtre d’idées où la plaidoirie virtuose de l’avocat Jonathan Wilk prend des allures de méditation philosophique (tout en restant très accessible) sur la justice et la peine.
    Un texte d’une modernité époustouflante, précurseur du true crime littéraire, et qui continue de résonner longtemps après la dernière page.
    Il n'est pas si fréquent qu'un roman vous regarde droit dans les yeux.
    CRIME vient de le faire.
    Et magistralement !

    05/01/2026 à 21:14 6

  • La Nounou

    Evelyn Piper

    6/10 Ce roman écrit en 1966 comporte les même qualités que « Bunny Lake a disparu » du même auteure à savoir une écriture agréablement désuète qui donne un certain cachet au récit, une ambiance étrange et des personnages qui le sont tout autant, et enfin une certaine habileté à distiller le doute sur leurs intentions ; le tout dans une espèce de mise en scène qui ressemble à une pièce de théâtre.
    On regrettera le dernier tiers où tout cela tourne au vaudeville grand-guignolesque qui atténue la tension.
    Cela reste globalement un assez bon roman noir à la sauce Hitchcockienne comme on en lit guère plus aujourd’hui.

    05/12/2025 à 07:18 2

  • Le Chant du prophète

    Paul Lynch

    8/10 J’ai mis 50 pages pour m’habituer au parti pris quant à la forme - volontairement resserrée dans sa narration (pour renforcer le caractère oppressant et anxiogène), peu ou pas de sauts de paragraphes, pas de guillemets, les dialogues s’alignent à la suite - ce qui rend au début la lecture difficile voire confuse.
    J'ai donc un peu galéré, mais Dieu merci, j’ai persévéré et je ne l’ai pas regretté.
    A travers la lutte de Eilish, citoyenne irlandaise, mère courage et héroïne malgré elle, qui va, petit à petit, plonger dans une espèce d'état second, « Le Chant du Prophète » roman dystopique, va provoquer en vous une multitude d’émotions dont notamment l’inquiétude et la colère.
    Comme le dit un autre brillant auteur - Colum McCann - la grande force de ce récit est d’avoir su rendre l’invraisemblable plausible.
    Servi par de longues phrases empreintes de poésie sombre, cette histoire de basculement progressif vers la dictature fait frissonner et rappelle combien nos démocraties sont fragiles, notre liberté faussement réelle et terriblement précaire.
    Que nous en soyons tous conscients.
    Nous ne sommes et serons jamais véritablement à l’abri.
    Très fort.

    05/12/2025 à 07:11 2

  • Le Dieu des Bois

    Liz Moore

    8/10 En construisant son récit sur plusieurs temporalités, Liz Moore entretien un suspense efficace qui ne faiblira pas sur ces 500 pages.
    Mais la force du DIEU DES BOIS réside surtout dans ses personnages, tous suffisamment développés pour les rendre tangibles.
    Les dialogues sont bien tenus, à l'image d'une écriture de qualité et bien dosée entre une description en mode nature writing et l'avancée de l'enquête policière ; le tout favorisant pleinement l'immersion.
    Et contrairement à bon nombre de thriller (même si ce roman, bien plus riche dans ses thématiques - entre drame familial, critique sociale et patriarcale, solidarité et entraide féminine - est plus que ça), le roman préfère semer les fausses pistes que d'enfiler des twist finaux.
    Je comprends mieux pourquoi l'éditer Buchet Chastel s'y est intéressé : un thriller captivant, avec des personnages bien campés, ET bien écrit, c'est tellement rare que ça ne se refuse pas.

    05/12/2025 à 07:07 6

  • La Position du tireur couché

    Jean-Patrick Manchette

    8/10 A notre époque, je suis quasiment certain que beaucoup de lecteurs de polars ou de romans noirs, biberonnés au rythme haletant, aux rebondissements incessants, aux dialogues/punchlines abondants, aux intrigues alambiquées, aux cascades spectaculaires, et aux twist finaux sur-explicatifs..., ne trouveraient rien de bien excitant à dire ou à trouver dans ceux formellement épurés - écriture à l'os - aux tonalités jazzy, aux personnages en apparence binaires, hyper violents, mais aussi puérils voire burlesques de Jean Patrick Manchette.
    Je ne parle même pas de comment serait perçus les personnages masculins par les mouvements féministes.
    Et pourtant, dans ce roman (comme dans "le Petit bleu de la côte ouest" du même auteur), la grille de lecture est bien plus fine, le héros plus complexe (Martin Terrier, tueur brutal mais aussi éjaculateur précoce et limite débile profond à la fin de l'ouvrage !) et les femmes (personnage de Anne), derrière leur belles silhouettes, sont bien plus libres, plus courageuses et plus futées que ça.
    Je pourrais développer mon argumentaire sur tout ce que ce livre recèle de nihilisme mordant, de désenchantement, d'ironie blasée, d'idéalisme blessé, mais je ne le ferai pas.
    Je dirais seulement, même en ne le prenant qu'à son premier degré et uniquement comme un divertissement rudimentaire, c'est un bouquin d'une redoutable efficacité.
    Lisez Manchette, quoi.
    PS : j'ai récemment découvert que ce livre avait été adapté au cinéma par Robin Davis ; "Le choc" avec Delon et Deneuve : un navet total.

    04/12/2025 à 13:59 2

  • Toutes les nuances de la nuit

    Chris Whitaker

    7/10 Ce fut long, parfois trop, mais une fois la dernière page tournée, je me dis que j’ai tout de même lu un bon et beau roman, à la fois sombre - mais jamais glauque de par l’absence de détails scabreux - et lumineux, porté par des personnages assez attachants et profonds décrits avec beaucoup d’application et d’affection par l’auteur ; une affection qui transpire pour chacun d’entre eux, les principaux comme les seconds rôles.
    Ce sont essentiellement tous ses portraits, d’enfants devenus adultes, qui font la force du roman même si l’intrigue, classique, qui s’étire sur plusieurs décennies, conservera son attrait et son suspens, en dépit de quelques grosses ficelles.
    On pense en effet à des films comme "Mystic River" de Eastwood concernant la thématique de l’enfance abîmée et de ses traumatismes, mais aussi à des romans comme « Stand by me » de Stephen King sur cette amitié si singulière que développe les gosses.
    D'autres sujets sont abordés et la nature, comme souvent, joue aussi sa partition.
    Je craignais une plume mièvre et de par son avalanche de drames, des effets tire-larmes.
    Il n’en est - presque - rien.
    800 pages que l’on sent parfois passer, mais qui, finalement, aboutissent à une agréable lecture, mais pas le chef-d’œuvre annoncé un peu partout.

    04/12/2025 à 13:57 7