Un coin de ciel brûlait

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  • 8/10 Tanya Rigal, journaliste à Mediapart, se rend à Genève. L’homme avec qui elle avait rendez-vous a été retrouvé mort, tué dans sa chambre d’hôtel avec un pic à glace planté dans une oreille. Il s’appelle Franck Metzinger, ressortissant américain. Il voulait divulguer des séries de meurtres liées à des affaires de barbouzeries très graves. Elle apprend également qu’avant sa mort, cet homme lui avait envoyé à son bureau parisien un pli recommandé. Mais les services de l’Ambassade américaine sont sur cette affaire, en la personne de l’imparable Amanda Sharp.

    Elle va suivre cette affaire dans laquelle les meurtres au pic à glace vont se multiplier. Avec, toujours comme victimes, des drôles de personnages au passé très sombres et peu glorieux.

    30 ans plus tôt, Neal Yeboah vit paisiblement sa vie de jeune adolescent dans sa ville de Koidu, en Sierra Leone, quand sa ville est attaquée par des rebelles, qui tuent, violent et pillent. En essayant de porter secours à son père, il est contraint par le chef des rebelles, pour sauver sa vie, de tuer son père. Embrigadé de force, Neal va s’avérer être un véritable guerrier hors-pair, prenant un tel plaisir à tuer qu’il va être surnommé « Bande-à-la-guerre ».

    Dans ce roman sombre, Laurent Guillaume nous dresse un tableau sinon réaliste au moins désastreux de ce pays africain dont les populations sont massacrées par les rebelles dont les gouvernements successifs et instables n’ont comme ambition, le pouvoir et les mines de diamant qui constituent la principale richesse nationale. On suit le parcours de cet enfant-soldat et comment il va construire sa vengeance. On découvre comment des hommes véreux, voire des Etats, sans pitié massacrent la vie d’innocents, violent les femmes, enrôlent des enfants pour des pierres qui, dès lors, n’ont de précieuses que leur nom.

    L’auteur que je découvre par ce livre fait preuve d’un talent, à la fois, de conteur, de scénariste, de géopoliticien, d’historien pour offrir une lecture addictive qui m’a permis de découvrir l’âme d’un pays méconnu, la Sierra Leone.

    10/03/2026 à 14:00 JohnSteed (775 votes, 7.8/10 de moyenne) 3

  • 7/10 La qualité majeure de ce roman est son sérieux, sa rigueur. Fiction ou non, ça sent bon le réalisme, on y croit.
    Sa construction de facture classique - “classique” n’est jamais un gros mot - malgré des temporalités différentes, demeure solide, charpentée (comme son auteur Laurent Guillaume). Et mine de rien, le livre n’est pas exempt de surprises, et réserve son lot de révélations en terme d’identité. Il faut être attentif car les personnages sont nombreux, mais tout s’imbrique bien, c’est carré, très professionnel, ça suinte le métier, le savoir faire, tout ça renforcé avec l’expérience de l’auteur dont les connaissances du terrain ne laissent aucun doute. Du bon boulot.

    La violence retranscrite est sèche, aride à l’image du paysage, de la nature. Ne pas sublimer stylistiquement cette violence est sans doute un parti pris (si l’auteur me lit, il me confirma ou pas).
    Le romancier ne dévie jamais de son histoire et de son objectif premier, à savoir construire, maitriser son récit, son intrigue, en refusant de tomber dans l’esthétisme bling bling qui pourrait altérer l’implacable dureté des évènements ; faire du littéraire pour du littéraire ne semble pas l’intéresser. L’écriture est soignée, mais c’est vrai que j’aurais aimé quelques “fulgurances artistiques” ; un amoureux de l’Afrique comme l'auteur était capable je pense de glisser quelques trouvailles esthétiques et poétiques en guise d'hommages (à moins que ceux-ci m'aient échappés).
    J’ai lu sans jamais m’ennuyer et malgré les imbrications, les différents camps, les enjeux politiques, on ne se perd pas trop. Contrairement à ce que pense Neal lorsqu’il dit devant un diamant “tout ce sang versé pour ça”, ce n’est pas qu’une affaire de gros sous, ou plus exactement de gros cailloux. Sans rien dévoiler, les conséquences sont autrement plus terribles qu’une effroyable guérilla entre des rebelles et l’armée de la Sierra Leone. Mais, c’est aussi l’histoire d’une vengeance, la vengeance de l’enfance sacrifiée.
 Et d'une amitié qui survit aux années, aux douleurs, aux pertes. Parce que l'homme aux gros biceps et au gros cigare (oui, j'aime prendre des risques en parlant des auteurs, ex-flic de surcroit) semble être aussi un homme au gros coeur. Un sentimental.
    Des bémols ? Oui, légers, mais rien qui ne parasite la lecture.
    Ses portraits féminins sont peut-être assez convenus, (j’ai préféré la froideur calculatrice de Amanda à Tanya, embarquée dans cette historie et rattrapée par les souvenirs et la culpabilité, mais qui dont l’intériorité finalement n’est pas assez creusée même je sais gré à Laurent Guillaume de m’avoir épargné une love story cul cul entre la journaliste et son ami et collègue (oublié son nom). Enfin, les dialogues un peu trop verbeux, explicatifs et uniformes (tout le monde cause un peu pareil), j’ai senti que l’auteur y semblait moins à son aise que dans le registre narratif. Je n’imagine pas des tueurs sanguinaires (Cobra, Colonel Mosquito, Charles…) aussi bavards. Ressenti personnel, encore une fois.
    Le portrait de Neal, lui, est réussi car en dépit de ses actes, il a conservé des sentiments assez “purs” (il tombe amoureux, capable de pitié comme abattre quelqu’un pour l’empêcher qu’il ne soit torturé, il n’est ni fier ni honteux de ce qu’il a fait) et des principes qui n’en font pas une crapule absolue (il ne tue ni les gosses, ni les femmes) ; oui, sous son coeur cuirassé de guerrier et d’assassin, demeure un vestige d’enfance mutilée, des blessures, et une culpabilité qu’il ne pourra jamais oublier. Son rapport quasi filial qu’il entretient avec certains de ses mentors rebelles (notamment le vieux sergent) renvoie toujours l’image de cet enfant en quête de socle, de figures paternels, c’est assez touchant. En tout cas, cette ambivalence est bien rendue.
    En résumé, UN COIN DE CIEL BRULAIT est un solide roman mi aventure mi-thriller, mais aussi un drame humain sans concession sur l’horreur des guerres avec en filigrane l’histoire de ces enfants sans enfance embrigadés et broyés par les hommes ; un roman qui m’a diverti avec efficacité et intelligence - et là encore, le combo n’est ni aisé ni fréquent - il mérite d’être lu. 



    09/02/2025 à 10:43 schamak (135 votes, 6.2/10 de moyenne) 3

  • 8/10 Un bon 8 pour cette histoire de vengeance qui nous emmène en Sierra Léone. Il est question des diamants et de leur prix du sang, d'enfants soldats et d'hommes avides de pouvoir et d'argent.
    Cet auteur a le don de se renouveler et c'est très agréable.

    20/02/2022 à 18:58 calimero13 (1210 votes, 7.4/10 de moyenne) 6

  • 9/10 J'ai acheté ce livre lors du festival Polars du Sud à Toulouse suite à une brillante conférence sur le Polar et la guerre ou participait l'auteur Laurent Guillaume.
    C'est avec un grand plaisir que j'ai dévoré le bouquin...je dois avoir un petit problème vu le thème: la guerre civile en Sierra Leone et le parcours d'un enfant soldat sur trois décennies.
    Rien ne lui sera ni ne nous sera épargné, âmes sensibles s'abstenir, certains sont passages sont très durs...mais j'ai aimé ça.
    Je vous le conseille à sang pour sang.

    23/10/2021 à 14:44 TaiGooBe (189 votes, 7.6/10 de moyenne) 7

  • 8/10 Un livre formidable par l'histoire que les protagonistes traversent, même si la fin est un peu facile je n'ai pas regretté cette lecture.

    15/07/2021 à 17:14 tduvi (405 votes, 7.5/10 de moyenne) 3