athanagor Modérateur

274 votes

  • Âmes animales

    José Rodrigues dos Santos

    5/10 Tour de force : ce livre s'étale sur 500 pages mais l'histoire est ultra courte ! A mon avis, pas plus de 3h entre le meurtre et sa résolution (hors flash-back évidemment). Ça pourrait être hyper dynamique. Bé non. Il ne se passe quasi aucune action. Juste du partage de connaissances entre les personnages.
    JR Dos Santos, mon auteur portugais préféré, avait une fois de plus trouvé un super terreau pour faire vivre une belle aventure à Tomàs Norhona : les animaux sont nettement plus proches de l'homme dans leurs comportements qu'on ne le croit depuis toujours. Culture, compétences, intelligences, régionalisme, art, émotion,... Tout y passe !

    L'histoire se résume sur un timbre poste : un meurtre d'un soigneur d'animaux. Tout accuse la femme de Norhona. Elle s'enfuit face à la police. Son mari va tenter de prouver son innocence en... s'enfuyant aussi, histoire de montrer qu'il a 2 jambes en plus d'un cerveau. Sûrement.

    Notre héros, pour rappel, a sauvé le monde 3 fois minimum et personne autour de chez lui ne le connait !? Donc pas de bénéfice du doute face à cette éminence qui a pourtant ses entrées au CERN, dans les appartements du pape au Vatican (in Vaticanum) et chez la plupart des puissants de ce monde (in Furie divine), voire des extraterrestres (in Signe de vie). Mais face à la police portugaise, Tomàs n'est plus personne ! Bref...

    Ce livre n'est au final qu'une suite d'infos sur les animaux et par ricochet de l'environnement. Alors oui, on en apprend énormément (et même énormément ! Et j'ajouterai aussi énormément) comme toujours avec JR Dos Santos. Ici, le fond porte sur les animaux et le biais que les hommes ont créé dans l'analyse de ces êtres, quelles que soient leurs races. Mais la pauvreté de l'intrigue l'emporte sur les cours magistraaux des sachants qui vont parler des pages et des pages durant.
    Les sachants sont prétentieux et les apprenants sont parfois limite benêts ! Un duo pas des plus agréables pour s'identifier à l'un ou l'autre.

    Un point positif : j'ai découvert la potentielle existence d'un nouvelle organisation secrète très ancienne : la rose-croix à laquelle ont appartenus certains hommes très connus qui ont laissé leur trace dans l'Histoire pour de toutes autres raisons que la cause animale ; mais comme cette partie était plutôt sympa, je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de le découvrir.

    Pour revenir à mon plaisir de lecteur, cette fois-ci, alors que je n'y connais rien en "animaux", je n'ai pas adhéré à cette vision des choses. Certes, les animaux ont des émotions et autres attibus qu'on croyait propres aux humains, - ça n'est parfois même plus à démontrer - mais malgré l'effort de l'auteur pour convaincre des bien-fondés de cette théorie défendue (ou pas) du livre, je n'ai pas été touché.
    Sur le presque-même sujet des sentiments, de la connaissance et du langage homme/animal, Les fourmis de Werber (qui s'attardait alors sur un seul animal) m'a beaucoup plus embarqué même si moins "scientifique".

    Sur la cause animale et la maltraitance dont on voit parfois des images choquantes, on y a aussi droit pendant plusieurs chapitres assez répugnants car... très bien documentés. Celui qui ne flanchera pas un minimum sur sa prochaine tranche de jambon n'a pas de cœur. Pour ma part, je continuerai quand même à me nourrir de jambon et de poulets donc si j'étais la cible, c'est raté. Je pense qu'il convaincra tout juste les convaincus, même s'il est vrai que le sort que les hommes réservent aux animaux est souvent cruel et... inhumain.
    « Autrefois, les gens savaient qu'ils mangeaient des animaux puisqu'ils les voyaient se faire égorger devant eux. Ils voyaient, ils comprenaient et ils respectaient ce que cela voulait dire. »

    Donc pour cette histoire avec un fond et une forme pas assez convaincants pour moi, je la place sur l'échelon d'un honorable 5/10 dans mon échelle de goût et j'attends sagement son prochain titre avec impatience.
    Et j'ajouterais juste que je suis certain que la moyenne d'appréciation de ce livre sera au-dessus de mon propre échelon car il touchera sûrement pas mal de monde. Mais pas moi. Pas cette fois-ci en tous cas.

    06/06/2022 à 09:59 2

  • L'Affaire Caravaggio

    Daniel Silva

    9/10 Ça fait très très longtemps que je voulais découvrir les aventures de cet agent secret israélien qui évolue dans le domaine de l'art : Gabriel Allon.
    C'est chose faite avec cette histoire qui démarre avec le meurtre particulièrement sanglant d'un personnage trouble de ce marché où les secrets n'ont rien à envier aux espions les plus aguerris.

    Les chapitres sont très longs et plutôt lents mais c'est la première fois que ça m'enchante ! On est plongé dans un univers feutré, plein de mystères, sur lequel le temps n'a pas d'emprise. On voyage de pays en pays (beaucoup en France puis en Allemagne) et également dans le temps avec des détails tout sauf insignifiants sur la guerre en Syrie, mais aussi et surtout sur Van Gogh, Le Caravage et d'autres artistes qui forment une forêt dense de laquelle il est difficile de sortir une fois entré.

    Cet univers a tout pour offrir aux auteurs qui le maitrisent des possibilités infinies d'intrigues. Et Daniel Silva semble parfaitement calé en la matière. Des collectionneurs aux faussaires en passant par les restaurateurs et galeristes, intermédiaires troubles et milliardaires puissants, tout est admirablement intégré dans une histoire alambiquée mais très claire. On va passer de l'art à la finance, mais comme les passerelles sont fines et entremêlées entre elles, tout est fluide.
    A partir de la 2nde moitié du livre, ce sont exclusivement des rouages financiers, liés au terrorisme syrien qu'on va vivre. C'est probablement technique mais c'est super propre !

    Les dialogues donnent des coups d'accélérateur assez dingues et je n'arrive pas à savoir si ce sont justement ces joutes verbales ou les situations qui m'ont le plus enchantées. Probablement les 2 !

    Ce n'est pas la 1ere aventure publiée de Gabriel Albon (la 14e !), et c'est un peu dérangeant de voir fleurir ci et là des allusions à ses affaires précédentes dont on se demande si elles ont été traitées dans des tomes précédents ou juste des apports à la psychologie des personnages. C'est subtile, mais comme tout héros, ça contribue à forger son caractère et explique certaines de ses décisions.
    L'histoire m'intéressait, j'aurais du être plus attentif aux précédents tomes pour profiter pleinement des subtilités glissées et à oublier si jamais je veux lire les tomes passés.

    Quoiqu'il en soit, je n'ai pas été déçu. Cette saga me reverra ! J'ai appris des tonnes de techniques, tant sur la peinture, que la copie ou même les vols de tableaux et les circuits financiers troubles des dirigeants souvent encore au pouvoir dans leur pays (Syrie, Russie en tête) Aucun risque que je m'essaie à l'une de ces disciplines, mais c'est vraiment emballant !

    Je le pose donc délicatement sur un chevalet et me recule doucement pour admirer ce 9/10 dans mon échelle de goût.

    27/05/2022 à 11:11 1

  • Une journée avec Spencer Brooks

    R. J. H. Lascols

    7/10 Enorme, absurde, insolite et impossible.
    Ce sont les qualificatifs utilisés par les personnages pour décrire leur histoire.
    Et je trouve que c'est plutôt juste pour donner envie de s'intéresser à ce titre.

    Au début, on pense irrémédiablement aux séries Surival horrifique à succès telles que Lost, Wayward Pines (beaucoup) ou parfois même Walking dead voire, sous certains aspects, Westworld.
    Et puis, on touche au Prisonnier. Un peu à l'ambiance de Twin peaks.
    Bref, on touche à pas mal de productions à succès, et je me suis interrogé tout au long de ma lecture avec des rebondissements très surprenants voire déroutants.
    Mais je me suis laissé prendre au jeu. 340 pages qui défilent. Pas super vite mais avec suffisamment d'interrogations pour ne pas avoir envie de m'arrêter.

    Petite digression personnelle : quand je positionne un livre sur mon échelle de goût - je ne note jamais un auteur ou un livre, pour rappel ! -, je me fais régulièrement une idée avant la fin puis je repositionne mon curseur au grès des chapitres car je veux surtout me rappeler de mon plaisir de lecteur qui, par nature, fluctue selon ce que l'histoire arrive à éveiller en moi.
    Et là, mon appréciation était plutôt positive au fur et à mesure du livre, mais il me manquait un petit truc en plus. D'autant que l'auteur est décrit comme un élève de Werber. La promesse était un peu trop forte pour que j'approuve totalement.
    Mais...

    Jusqu'à ce que j'arrive aux 50 dernières pages.
    Là, tout s'est éclairé. Petit à petit. Avec délectation et brio. Ceci avec un savant mélange d'infos scientifiques et d'imaginaire, teinté de réalité. J'ai donc beaucoup beaucoup aimé cette fin !! Une idée digne de... Werber !
    On parle de littérature, de science, de neuro... Franchement, ça se termine presque trop bien.

    Donc, compte tenu de ce genre de suspense, et compte tenu surtout de cette fin, je me suis fixé sur un mémorable 7/10 qui agrémentera sûrement quelques rêves à venir.
    Et comme dit l'auteur : après ça, je risque de ne plus lire un livre de la même manière. Et là, je sais d'avance que la promesse va être tenue !

    01/05/2022 à 21:18 1

  • Jules

    Didier van Cauwelaert

    9/10 Comme le monde de Nemo a été un accélérateur d'acquisition de poissons clown, ce livre le serait tout autant pour des chiens comme Jules !
    Qu'il est bon ce chien. Qu'il est attachant. Qu'il est fort en rapports... humains.
    Drôle et tendre, et inversement, ce livre ne laissera personne insensible à Jules. Et inversement.

    24/04/2022 à 13:53 2

  • Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

    Jonas Jonasson

    7/10 J'ai eu l'impression de lire un remake libre de Forest Gump. Et quand bien même : c'était pas mal du tout ! Je me suis laissé porté par ses pérégrinations un peu lentes (il est vieux, donc normal !) mais très riches en histoires.

    24/04/2022 à 13:48 1

  • Douce, douce vengeance

    Jonas Jonasson

    8/10 Karma.
    Karma aurait pu être un des titres de ce livre.
    Un type banal mais surtout méchant et égoïste, a un plan pour gravir les échelons de la société et l'influencer de ses idées nauséabondes, lui qui à la base n'est rien, pas même sur le plus petit barreau d'une quelconque échelle sociale.

    Il ne s'embarrasse pas des problèmes : il n'en a pas, et quand il en croise un, il le règle sans chercher à savoir ce que l'autre ou les autres en penseront, tant que ça sert son fameux plan.

    Une femme utile ? Un enfant inattendu ? Un patron assez peu regardant ? Un métier pratique ? ... Tout ce qui peut lui servir de marche-pied, va lui permettre de filer droit vers son objectif.

    Son plan est parfaitement ficelé.

    Mais un jour, tout va s'enrayer, ses actions vont se retourner contre lui. Pas par le fruit du hasard, mais bien par la volonté de ceux qu'il a maltraités, enfin éveillés.
    Son ex-femme et son ex-fils (bé oui, j'ai dit qu'il était sans scrupules en laissant derrière lui tout ce qui ne lui servait plus à progresser vers les sommets !) vont chercher à se venger, aidés par Hugo, un entrepreneur providentiel qui vient d'ouvrir une agence de services fomentant des vengeances parfaites.

    En même temps, un guerrier Massaï débarque en Suède, et là s'arrête ce qui semblait être un conte pour se transformer en un excellent vaudeville.

    C'est doux, c'est acidulé, c'est malin, c'est du Gilles Legardinier suédois (compliment !) avec une base saupoudrée d'absurde de situation tel que croisé dans le film Alibi.com... Ça se lit super bien, on passe un moment agréable sur moins de 300 pages.
    L'histoire principale est entrecoupé de saynettes saugrenues de... douces vengeances dans lesquelles le fameux karma prend parfois le dessus.
    Un délice.

    Ceci est mon 2nd livre de Jonas Jonasson après Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, le roadmovie d'un Forrest Gump centenaire. Et nous sommes typiquement dans le même schéma : des personnages humains, une histoire à plusieurs branches, beaucoup d'humour et une morale sur une société décrite au naturel, sans chichi.
    Peu de dialogue, mais suffisamment pour sourire et rire (sans spoiler ceux qui le liront et juste pour raviver des souvenirs à ceux qui l'ont lu, je pense au zizi coupé, au lama, aux guerres des voisins, à ce bon vieux Matisse, à LA chèvre, l'inspecteur à 5, 4, 3, 2 jours de la retraite...). Tout est amusant ou cherche à l'être à celui qui veut profiter d'un bon moment de lecture.

    Dans mon échelle de gout, je le place sur l'échelon d'un amoral 8/10, avec des bonnes idées de vengeances et de business à piocher !

    18/04/2022 à 15:28 4

  • Les enfants sont rois

    Delphine de Vigan

    8/10 Mélanie Claux a vécu, comme hypnotisée, les aventures des habitants du premier Loft Story depuis son canapé. Elle va grandir dans l'espoir de devenir un jour la nouvelle Loana, celle qui a été couverte de gloire à sa sortie du loft. Et si la télé-réalité s'est refusée à elle malgré quelques tentatives ratées, elle sait ce qu'elle veut : devenir célèbre.

    Les premiers chapitres sont construits sur une écriture sèche, brute, hachée, directe et décousue qui fait référence à ce que la génération "loft Story" a vécu. A cela s'ajoutent des va-et-vient dans le passé et dans le présent, le tout entrecoupé de Story Instagram décrites visuellement et conformes à celles qui nous inondent sous forme de vlog et de vies plutôt banales mais très actives donc addictives.

    Le rythme de départ est spécial, pour ne pas dire déroutant.
    Si on ne sait pas de quoi le livre parlera, on se demande même où l'auteur veut en venir.
    Ça va durer une cinquantaine de pages.

    Et puis, retour définitif dans le présent, alors que Mélanie est devenue célèbre et riche en mettant en scène sa vie de famille parfaite, sa fille disparaît durant une partie de cache-cache, juste avant la traditionnelle storie qui va annoncer la sortie de leur nouvelle vidéo. Elle a 6 ans, son frère aîné 8.

    Clara Roussel, procédurière à la crim, entre alors dans la danse avec cette enquête qui démarre.
    2 mondes vont alors se dévoiler l'un à l'autre : celui qui est joué devant une caméra et celui qui est vécu, loin du paraître des réseaux sociaux.
    Les retours dans le passé ne sont plus que des flashbacks de quelques minutes, au gré de la découverte des vidéos de la famille, pour comprendre leur(s) vie(s), virtuelle et réelle.

    L'enquête va nous permettre de découvrir les 2 mondes qui se font face, et dont le "réel" ne soupçonne pas ce que le "virtuel" offre à ceux qui le fabriquent et le regardent.
    Cette enquête ne va pas pour autant s'arrêter au présent. On est parti d'un passé pas si lointain, pour s'étendre jusqu'à un futur tout proche, en 2030.

    C'est un récit fort sur l'image, sur l'évolution de notre société, sur les dérives d'une manière de vivre, de communiquer nouvelle et maîtrisée uniquement par ceux qui l'ont choisie. Rien de nouveau donc pour qui connait les réseaux sociaux et suit les stories Instagram, les chaînes YouTube mettant en scène les familles et enfants plusieurs fois par jour durant plusieurs années au point qu'on a l'impression de les connaître.
    Pour ceux qui n'ont jamais vu de vidéos d'unboxing (les enfants sont filmés en train de déballer des cadeaux), tout ça va leur sembler irréel.

    Les personnages sont très bien décrits au point où il est difficile de ne pas s'identifier. Parfois à l'un, parfois l'autre. On comprend tout le monde quand on est entre ces 2 mondes. C'est absolument dingue !
    On pense irrémédiablement à 1984. Forcément ! C'est un futur qui va se réaliser. On est même déjà dedans. On file vers une explosion des cas de troubles psy à la Truman Show.

    Je ne dirai pas que ce livre me fait peur. En tous cas, il me fait réfléchir sur les lois, inadaptées ou trop floues, pour protéger nos vies et celles des générations à venir. Et on ne parle pas ici seulement des vies numériques.

    Les frontières de l'intime se sont déplacées depuis quelques années, depuis l'avènement de la télé-réalité puis des réseaux sociaux. Et ces derniers en sont seulement encore à censurer des bouts de seins ou de fesses, mais ils ne censurent pas les enfants dont l'anonymat auquel chaque être humain à droit est déjà perdu. Définitivement.

    On se rend compte que toute l'intimité postée, affichée naïvement (ou vénalement, ou cupidement) cherche à générer du plaisir alors qu'au fond il génère tout autant angoisse et tristesse sur le long terme.
    Intéressant !

    Un éclairant 8/10 dans mon échelle de goût, avec une enquête bien menée et surtout, surtout, un sujet de société magistralement exposé qui ouvre un débat qui va devoir trouver des réponses plus claires et fermes pour sauver des vies.

    14/04/2022 à 18:49

  • L'Affaire Alaska Sanders

    Joël Dicker

    9/10 Direct.
    Happé, direct !
    C'est le propre de Joël Dicker. Il raconte des histoires humaines, réelles, à un rythme lent, intermittent, mais parfaitement juste.

    Cette nouvelle affaire après celle d'Harry Quebert pourrait laisser penser à une répétition facile de la part de Joël Dicker, surtout pour lui permettre de lancer "sereinement" sa toute nouvelle maison d'édition. Alors c'est vrai que tout est rassurant ici : mêmes personnages principaux et secondaires, même ville, même ambiance, même forme d'écriture par flashbacks incessants. Et alors ? C'est bien la même chose pour n'importe quelle bonne série, et pourtant personne ne s'en offusque. Et bien c'est pareil ici : je n'ai pas décroché un instant !
    Joël Dicker sait relancer ses histoires au(x) bon(s) moment(s). Systématiquement ! C'est bluffant.
    Un petit temps mort va se faire ressentir ? Paf ! La bonne phrase, la bonne accroche, le bon mot débarque. C'est instinctif, pur, chirurgical.

    Le premier tiers (et crois-moi, c'est quasi autant qu'un livre classique entier quand on lit un 700 pages de Dicker !) met tout en place et va même bien au-delà car tout est parfaitement bouclé, l'enquête, les preuves, le jugement. Tout !
    Puis un second tiers de détricotage méticuleux pour... tout reboucler autrement et tout aussi parfaitement.
    Puis...
    Bref, du plaisir suivi de plaisirs pour un polar magistral dans un style whodunit à l'anglaise, qui va devenir, si ce n'est déjà fait (sois-en certain) un style Dickerien pour bon nombre de futurs auteurs !

    D'aucuns vont forcément se plaindre de la facilité et l'abondance de références aux autres best-sellers de l'auteur. Et ? La facilité n'est-elle pas justement le plus dur à écrire, à inventer, à réinventer ? Je pense que si.
    En ça, ça tient du génie.
    J'aime vraiment lire cet auteur. Cette capacité d'écriture fluide et immersive m'a fait penser à ce que j'avais ressenti avec une autre saga : celle de Millenium de Stieg Larson. C'est pour dire !
    Et même remarque pour toute saga composée de titres pourtant indépendants : commencez d'abord par lire Harry Quebert et Le livre des Baltimore - même si ce n'est pas une obligation - juste pour savourer pleinement chaque allusion à certaines scènes non essentielles, mais amusantes.

    Quant à ceux qui se plaignent de lire une histoire trop ressemblante à Harry Quebert, j'aimerais juste savoir comment ils se comportent devant leur dessert préféré. Attendent-ils à chaque bouchée un goût différent de la dernière fois ou au contraire, veulent-ils retrouver la saveur éternelle, telle leur Madeleine de Proust, et se rappeler ainsi leurs meilleurs souvenirs ? Perso, je goûterai à cette madeleine aussi souvent qu'il nous sortira des titres comme celui-ci ! Pourvu donc qu'il ne se renouvelle pas ! Je veux à chaque fois retrouver ma madeleine de Dicker.

    Un succulent 9/10 pour ce nouveau titre qui confirme s'il est nécessaire le talent de raconteur d'histoire de Joël Dicker.
    Et pourquoi pas 10 ? Juste peut-être parce que je n'ai pas entièrement compris ce que faisait Harry Quebert ici. Quoique...

    03/04/2022 à 09:22 7

  • Le Passager sans visage

    Nicolas Beuglet

    8/10 Ça commence comme un Thilliez qui va maltraiter l'un de ses héros. On sent bien qu'on va souffrir car Nicolas Beuglet nous a attaché à Grace Campbell et il ne l'a déjà pas épargnée jusqu'alors. Il lui est arrivé des malheurs personnels, on le sait déjà. Et quand on découvre ici qu'elle va enquêter sur elle-même on sait qu'elle est blessée, abîmée et on va (vouloir !) découvrir pourquoi. Et tout ça, sans savoir qu'on va avoir mal avec elle à ce point.
    On va immédiatement entrer dans le vif du sujet sur le mystère non dévoilé sur son mal-être personnel qui a pourtant servi de moyen de pression dans l'épisode 1 (oui, franchement, quand les histoires sont aussi liées, la franchise d'un éditeur devrait être d'oser les appeler épisode et mettre un numéro comme il le ferait sur une saga familiale, par exemple ! Mais je vais en reparler plus loin)

    Dans la ligne directe de son enquête terminée, elle veut tout de suite reprendre sa vie en main pour la comprendre et donc nous faire découvrir par la même occasion ce qu'elle cache dans sa pièce secrète et qu'elle même ne sait pas expliquer car sa mémoire lui a fait défaut pour la protéger.

    Ça va aller vite donc je vais le décrire vite !

    On va s'engouffrer dans les méandres d'un réseau d'enlèvement d'enfants pour l'élargir de manière atroce vers de la pure pedocriminalité. Sectes, mythes, influenceurs, politiques, économie...
    Car elle est là l'horreur ! On découvre que tout est maîtrisé par un réseau sur-puissant, protégé et haut placé. Très haut placé, même !
    Et comble de l'atrocité, je suis tombé sur une vraie info, pile pendant ma lecture, qui annonçait le verdict du procès contre un magistrat chargé des affaires sur les enfants et pourtant apprécié : 1 an (1 an ???) de prison pour avoir cherché à faire entrer sa fille de 12 ans dans un tel réseau de détraqués sexuels ! La réalité qui dépasse la fiction !!

    Nicolas Beuglet dont je viens d'enchainer 2 titres à la suite, nous prouve que ça y est, le thriller français a bel et bien ses références et d'excellents représentants !
    Par contre, ne lisez surtout pas ce livre sans avoir lu l'épisode précédent de la vie de Grace Campbell !! C'est non seulement la suite directe, mais là où vous aurez lu tranquillement les 2/3 du livre, voilà que tout va basculer autour de la suite d'une partie de l'intrigue du 1er titre de la saga !
    Frustrant car lire celui-là avant le 1er gâchera à coup sûr le plaisir de découvrir la 1ere enquête pourtant fort bien pensée et originale.
    Et la fin de ce tome, même s'il y a une fin, laisse présager d'une suite directe également.
    Un complot mondial aussi tentaculaire ne peut se traiter en seulement quelques centaines de pages.

    Alors perso, je vous conseille vivement cette "saga" mais ayez conscience que les tomes sont très liés entre eux !! Voire même totalement dépendants, et dans un ordre bien précis.

    Attention aussi quand même, cette histoire vous fera voir les contes pour enfants légèrement différemment. Limite avec un certain dégout voire une crainte, et ce même si vous les avez déjà vus édulcorés sous forme de Disney !
    Ces histoires ouvrent quoiqu'il en soit à des grandes réflexions, tant sociétales, qu'économiques ou encore politiques.

    Un nouveau 8/10 dans mon échelle de goût, car placé au même niveau que Le dernier message, évoluant pourtant sur 2 terrains de jeu au dénouement liés mais totalement différents.

    20/02/2022 à 14:51 4

  • Le Dernier message

    Nicolas Beuglet

    8/10 Le premier quart du livre se déroule dans un couvent et est plutôt classique dans sa mécanique ; jusqu'à la description d'un meurtre plutôt glaçant et original qui m'a happée grâce à un style d'écriture très accrocheur !

    Ensuite, on change de dimensions (notez le pluriel !)

    D'abord changement de dimension du personnage principal, Grâce Campbell, dont on ne saura rien sur les souffrances qui l'ont façonnées mais ça ne dérangera que le lecteur tatillon sur les histoires auto-siffusantes - et perso, j'ai trouvé les questions sans réponse finale bien pensées et pas frustrantes car on se doute qu'il y aura une suite de la vie de cette nouvelle héroïne écorchée.
    Puis aussi un changement majeur de la dimension de l'enquête : passée d'un meurtre local à un génocide mondial voire universel !

    Et bien là où cela aurait pu déstabiliser l'ensemble de l'édifice et où d'autres auteurs auraient pu trébucher, ces changements sont super propres, et ce, malgré le grand écart opéré.
    C'est ultra bien rythmé. Lent au début dans ce monastère écossais, rapide au milieu dans les courses poursuites, et de nouveau lent une fois arrivés au... Groenland (oui, on voyage !)

    Sa théorie de l'evolution générale est très intéressante. Je ne dévoilerai rien sur elle, mais partir d'une singularité reconnue par tous en s'engouffrant dans une mini-faille également reconnue par la plupart des scientifiques, est parfaitement plausible pour explorer notre passé et notre avenir.
    Nicolas Beuglet dont je découvre l'oeuvre par ce titre m'a captivé !
    Plus prosaïquement, sa vision de l'évolution (ou régression ?) de l'homme avec les réseaux sociaux est assez effrayante si on veut y croire. Moi, non, mais bon, l'auteur donne des clés pour tout le monde, donc mon avis rejoint une partie de ses découvertes partagées.

    Bref, un thriller aux dimensions scientifiques bien agréable à lire et qui m'a donné, et c'est rare pour le souligner, envie d'enchaîner directement sur une autre aventure de cette héroïne dont l'auteur maltraite la vie comme un autre maître en la matière : Franck Thilliez. Et ceux qui lisent mes (trop) longs avis sauront que c'est un compliment !

    Un 8/10 plein de promesses dans mon échelle de goûts !
    Je suis déjà plongé dans la suite au moment où j'écris ces lignes et c'est du tout bon (ou horrible, c'est selon) !!

    12/02/2022 à 15:08 3

  • Les Mal-Aimés

    Jean-Christophe Tixier

    7/10 Des enfants entre 10 et 15 ans, qu'on a condamnés à une peine de redressement, et qu'on "déménage" dans le premier chapitre, vont finir par mourir jeunes et tous être enterrés dans un petit cimetière que les habitants du coin aimeraient voir déplacé plus loin de chez eux avec d'autant plus d'ardeur et d'empressement lorsque des actes malsains de tout ordre leur sont attribués, à ses jeunes morts, sous prétexte de vengeance car leur calvaire dans leur maison de redressement était plus ou moins connu mais personne n'a jamais voulu l'avouer ou y changer quoique ce soit.
    Vous avez trouvé cette phrase trop longue pour décrire une situation pourtant simple ? Alors n'entamez pas la lecture de ce livre car c'est ça tout le long.
    Vous trouvé le pitch intéressant ? Alors entamez la lecture de ce livre car l'intensité ne retombe jamais.

    Je découvre un auteur qui manie parfaitement le verbe. Des descriptions à tout rompre. Des énumérations en tous genres. Très (trop ?) peu de dialogues. Des zooms et des prises de vue incessantes à 360° de chaque scène, comme dans un script de cinéma où chaque plan est millimétré, détaillé et peaufiné. On est dans l'ambiance de fin du XIXe, début du XXe siècle, à la campagne. Le rythme, les odeurs, l'écoulement du temps, les distances, les activités, l'intérieur et l'extérieur des maisons, les habitants, tout est décrit de telle sorte à ce que notre imaginaire soit guidé vers exactement ce que l'auteur a en tête. Même les détails les plus insignifiants donnent du corps à nos impressions.
    Ça pourrait ne pas plaire à tout le monde, surtout aux créatifs qui veulent s'imaginer bien plus de choses par eux-mêmes, mais j'ai été étonné que ses détours pour arriver à faire avancer l'histoire me plaisent et même, à la limite, me bercent. Pas de rêves, car c'est vraiment atroce. Tout ce qui est décrit est cru. Réel. Personne n'est propre. Il y a des tonnes de non-dits. Presque que ça, d'ailleurs.

    Si ce n'est pas sa forme pour ceux qui aiment le genre, la force du livre réside surtout dans sa noirceur. Ça faisait longtemps que je n'avais pas lu un récit aussi sombre. Le fait qu'il manque cruellement de dialogues a surement joué sur mon ressenti, mais pas que. Il y a une tension permanente dans ce livre qui mêle (attention ça peut piquer) la petite maison dans la prairie, le pacte des loups, des souris et des hommes et le serment des limbes. Bref, un mélange détonnant dont je ne pourrais pas expliquer vraiment pourquoi ni comment il fonctionne.

    Au final, voici un très noir 7/10 dans mon échelle de goût.
    Pourquoi pas plus, me suis-je demandé à moi-même-centre-du-monde-de-mes-propres avis ? Probablement parce que sa noirceur était certes supérieure à son rythme, mais ce dernier était nettement trop lent. Beaucoup trop. Donc, cela provoque un déséquilibre trop prononcé pour gravir l'échelon supérieur de mon échelle personnelle. A lire quand même, pour l'ambiance que l'auteur a su créer avec son propre style !

    09/01/2022 à 00:00 4

  • L'Inconnue de la Seine

    Guillaume Musso

    8/10 Quel raconteur d'histoires ! Personne ne peut dire le contraire : tu commences Musso et tu es happé immédiatement.
    Il ne sera probablement pas un auteur étudié à l'école pour ses allitérations sonnantes, ses métonymies subtiles, ses synecdoques savoureuses ou antiphrases éclairantes, mais pour sa construction de récit, il est indéniablement redoutable !
    Et je critique, je critique, mais j'ai aussi l'honnêté de dire que je ne lui arriverai jamais à l'épaisseur de sa plante de pied en quelque figure de style que ce soit.

    Maintenant que j'ai dit ça, je précise un énorme point noir sur certains passages : il sait qu'il a de très très nombreux lecteurs et donc il en profite pour faire passer des messages. Il semble s'être fait plaisir. Et ça m'a gêné. Il défonce la maire de Paris à chaque chapitre durant la première partie ! Paris est ici décrite comme sale, peu accueillante, délabrée, à l'abandon. Délaissée par les touristes avertis. Je ne vis pas à Paris, mais j'ai trouvé ça puérile et un peu gratuit. Limite... politique. C'est peut être vrai, mais il y avait d'autres moyens de faire passer ce sentiment sur cette ville. Avec des figures de style par exem.. ho wait!

    Hormis ça, l'histoire va vite. Parfois, un peu trop. Trop facile, même. Les situations s'enchaînent bien mais sont un peu trop expéditives. Il laisse le plausible de côté. Il ne s'embarrasse pas des agissements de ses propres personnages et les fait emprunter les chemins qui arrangent son rythme. Un peu comme un jeu vidéo aux cinématiques calibrées avec des conversations qui se terminent sèchement puisque les concepteurs savent que plus serait superflu. Par exemple, il vire une stagiaire en 2 lignes sans ménagement dès sa première apparition mais comme sa présence est utile (et ça se sent venir 3 livres à l'avance !), il la fait réapparaître aux besoins de notre héroïne, puis disparaître soudainement. Tel le trombone Word dans la suite Office 95 (ok boomer !) Des tonnes de questions sur le pourquoi d'une telle situation ne trouveront jamais aucune réponse. D'aucuns diront qu'il faut se laisser porter par l'histoire mais là, même moi qui d'habitude y arrive bien, j'ai été chagriné.

    Pour le reste (oui, parce qu'il y a un gros reste et que là, j'avoue que je n'ai pas bien vendu l'affaire), c'est du tout bon !
    Les questions sont très bonnes. Les pistes suivies le sont toutes autant. Les personnages, bien que de surface très longtemps, sont attachants car troublants. Tous !
    D'ailleurs, ce qui est agréable, c'est qu'ils ne sont pas nombreux donc on maîtrise les ramifications qui servent l'épaisseur de l'histoire.
    Il part sur du fantastique pour basculer vers le réel. Et ça, j'aime ! Pas de faux-semblant ou de porte dérobée fantastique et trop facile. Un peu à la Thilliez (c'est un compliment, mais notez quand même bien le "un peu", sans quoi, je vous aurais autorisé à m'envoyer des cailloux)
    L'univers - que je ne devoilerai évidemment pas ici car il fait tout le charme de l'histoire lors de son devoilement - est bien traité et on apprend des choses.

    Encore un bon Musso, maître es story-telling, auquel j'attribue un festif 8/10 dans mon échelle de goût car l'histoire m'a vraiment captivé, pile calquée sur le calendrier de Noël, donc dans mon actualité !

    27/12/2021 à 15:57 4

  • Opération tonnerre

    Ian Fleming

    6/10 Tout y est. Avec en plus, la mysoginie de James Bond à son paroxysme !
    Toutes les bases de la série sont là. Même les excès d'alcool, de cigarettes, les courses poursuites, les jeux de cartes incompréhensibles.
    On voit apparaitre Blofeld, l'ennemi juré qui représente SPECTRE. Domino, une des plus connues des James Bond Girls dont on ne sait pas de quel côté la classer. Félix Leiter, l'estropié de la CIA. Les Bahamas. Les plongées sous-marines. Le luxe. La chaleur. La guerre froide. Les chantages. Quand je vous dis que tout y est, il manquera éventuellement pour les fans des films, des gadgets. Mais les voitures sont là avec d'ailleurs LA course poursuite avec une femme (crime de lèse-majesté pour notre cher James) est même encore plus palpitante que celle du film.

    Certaines scènes sont très longues. Ne servent quasiment à rien pour l'histoire mais apporte un peu plus au caractère de l'espion le moins secret de la planète. Et c'est fort dommage que ça traine, vu la qualité de certaines autres histoires. S'il avait été le premier de la série, pas sûr qu'il y en ait eu d'autres.
    A mon avis, ce livre aurait pu largement être une nouvelle, plus concentrée, plus directe.
    J'ai lu ces 300 pages en 5 mois, avec 5 ou 6 autres livres avant de le terminer (et pour confirmer les scènes inutiles : ça n'est même pas dérangeant car on y replonge sans souci tellement l'histoire est faiblarde)

    Un petit 6/10 dans mon échelle de goût, pour ce qui est pour moi la moins bonne des histoires de James Bond jusqu'à présent.

    23/12/2021 à 20:18 3

  • Le Manuscrit de Birkenau

    José Rodrigues dos Santos

    8/10 Dans cette suite directe du magicien d'Auschwitz, les portes des camps de concentrations sont fermées, blindées, non seulement par des barbelés mais aussi par la folie de quelques hommes ; et nous sommes bloqués à l'intérieur, au cœur de l'enfer. L'enfer, le vrai, celui que seul l'homme peut créer car même le diable n'est pas aussi sadique sur la durée.

    JR Dos Santos a rendu réelle la... réalité. Cette atrocité des camps de concentration. Le "travail" d'anéantissement des allemands, tout comme celui de certains prisonniers eux-mêmes.
    C'est abominable alors que, comme le dit l'auteur, c'est forcément plus faible que ce qu'ont vécu ceux qui sont allés au bout de ces souffrances, autrement dit jusqu'à la mort.
    Je suis bouleversé. J'ai appris à l'école, comme tout le monde, ce qu'a été la 2nde guerre mondiale. Mais jamais on ne nous raconte l'histoire de cette manière (et dans un sens, tant mieux, car on y revient avec notre propre moyen, et c'est forcément plus puissant).

    JR Dos Santos, dans ce roman historique, ce témoignage indirect, nous donne à réfléchir à quel point certains prisonniers ont réussit à faire de la douleur une raison de vivre, juste pour témoigner. Sans ces quelques rescapés, quels qu'aient été leurs "travaux" dans les camps, comment aurions pu nous obliger à nous souvenir ? Comment garder conscience de ce qu'il s'est passé réellement ?

    J'ai terminé ce livre la veille d'écrire cet avis. 24h après l'avoir refermé. Ca ne m'arrive que très rarement mais là, j'ai eu vraiment besoin de ce temps. Je suis choqué. Pas tant de découvrir cette survie, mais plus de... l'avoir observée !
    Cette manière de nous raconter l'enfer de l'humanité apporte plus qu'une suite de faits. On mélange les personnages réels avec de la fiction mais c'est plus que certain que ces situations sont arrivées : amour, amitié, entraide, accomplissement de son devoir, trahison, révolte, assassinat,...

    Les survivants disent que la vraie honte, la grande honte, c'est de vouloir encore vivre.
    Avec ce genre de livre-mémoire, je pense au contraire que c'est leur plus grand héritage : celui du devoir de mémoire. Sans leur rage de vivre, coûte que coûte, en voyant même leur propre entourage mourir sous leurs yeux, ou pire (oui, c'est possible dans certaines situations décrites dans le livre) nous n'aurions peut-être pas su autant de choses. Je ne dis pas qu'on sait tout car je pense que, malgré ce niveau d'abomination, les tortionnaires ne sont jamais à bout d'imagination)

    N'oublions jamais ! Surtout nous qui ne l'avons pas vécu.
    N'oublions jamais ! Pour ne surtout pas le vivre.
    N'oublions jamais ! En le partageant en masse sans refaire l'Histoire.

    12/12/2021 à 17:56 6

  • Un Millionnaire à Lisbonne

    José Rodrigues dos Santos

    9/10 La puissance d'un récit aussi fort que la vie de cet homme méconnu en France qui a pourtant révolutionné de nombreux secteurs dont celui principalement du pétrole.
    On reprend directement là où le tome 1 s'était arrêté. Mais tout bascule des la première page avec la mort de Kaloust Sarkisian. Mais ce n'est pas pour autant la fin du récit puisqu'on découvre la suite de son journal, lu pour nous par son fils.

    On commence cette 2nde et dernière partie de son journal par le récit du génocide arménien par les Turcs et de l'interieur. Et quelle horreur ! Je peux dire que j'en ai lu des thrillers (que ce livre n'est absolument pas, il faut le rappeler : c'est une biographie romancée) mais là, j'avais du mal à lire certains passages extrêmement crus et immersifs. On imagine ainsi parfaitement grâce à la plume de JR Dos Santos la douleur de ce peuple qui a subit ces traitements ignobles.

    La suite est nettement moins inhumaine et rend un bel hommage à cet homme d'affaires visionnaire que j'ai découvert ici. Son amour pour l'art et la négociation sont parfaitement retranscrits. C'était un plaisir de naviguer entre chacune de ses passions, par lesquelles il est arrivé àchaque fois par hasard ou opportunisme mais quasi-systématiquement avec succès.

    Une biographie longue, mais rythmée, splendide, passionnante et remarquablement écrite (c'était ma principale critique des premiers titres de cet auteur que je lirai quoiqu'il publie !) qui dépayse, décoiffe et subjugue sur celui que le Times avait nommé "l'homme le plus mystérieux de l'époque".
    Je n'ai plus de mots, si ce n'est : foncez, car cette vie vaut le coup d'être découverte avec en prime apprendre des tas de choses sur les plans économiques, sociaux et artistiques de notre Histoire pas si lointaine.

    01/11/2021 à 11:04 4

  • Le Magicien d'Auschwitz

    José Rodrigues dos Santos

    8/10 JR Dos Santos, après un magistral diptyque sur la vie méconnue et passionnante de Kalouste Gulbenkian, nous embarque comme spectateur d'autres vies dont les histoires s'intègrent dans la grande Histoire.
    On va suivre de près la vie d'un magicien juif - Herbert Levin, dit Levini - au temps de la toute puissance des nazis régnant en maître sur l'Europe de l'ouest au début de la 2nde guerre mondiale. Et en parallèle, celle d'un soldat portugais enrôlé dans l'armée nazi par le jeu des hasards amoureux.

    A chaque ligne de la première partie, on se demande non pas si mais quand Nivelli va se faire démasquer en tant que juif. On le sent, on le sait, on doute, on se sécurise, on souffle, on s'arrête, on respire, on s'inquiète de nouveau... C'est une remarquable mise en abyme de ce que les juifs ont dû vivre pendant des années (et continuent à vivre dans encore de trop nombreux endroits du monde).

    Comme souvent dans ses livres, JR Dos Santos nous inonde d'informations en provenance de ses recherches, parfois de manieres assez lourdes avec les mêmes mécanismes que ceux savamment appliqués dans sa saga Norohna : un héros qui sait tout, et attend les relances de son interlocuteur ébloui par tant de connaissances dans tous les domaines, même ceux parfois très éloignés du sien. Et un autre très benet qui ne se rend compte de rien des horreurs que lui-même vit pourtant au plus près.

    Mais comme toujours, ça passe très bien !
    On apprend des choses.
    Il met encore ici parfaitement en pratique sa fameuse maxime : "la fiction est plus puissante que le journalisme pour raconter la vérité."
    J'ai donc beaucoup appris sur les rapports (de folie !) qu'entretenaient les nazis avec la magie, l'occultisme ou encore leurs délires de descendance avec les Atlantes, forcément ancêtres des aryiens puisque rien ne prouve le contraire. On est dans une jolie forme de complotisme à l'ancienne, qui sert leurs propres intérêts sordides.

    Le récit se partage en 2 lieux, mais un seul temps : l'un avec la famille Levin, l'autre avec un soldat portugais sur le champ de bataille et dans les camps de concentration en fin de seconde guerre mondiale.
    Les 2 histoires sont d'une force rare. On vit les atrocités de toute part.
    Je n'ai jamais lu de livre de guerre et j'ai ressenti ce que chacun devait probablement vivre selon le côté d'où il était placé. Puissants "témoignages".
    Auschwitz, Birkenau, les camps dans leur horreur crue, mais, comme on vit avec la famille Levin (mari, femme et 1 enfant), à la limite de "La vie est belle" quand le père rassure comme il le peut les siens. Jusqu'au moment des illusions perdues, les explications de pourquoi il n'y a pas eu de révoltes possibles, l'organisation interne... Horreurs illisibles, qu'on veut lire pour ne surtout pas oublier. Le temps qui passe, c'est la vérité qui s'enfuit. La lecture de ce genre de récit permet de ralentir cet oubli qui finira par arriver car ainsi est faite la nature humaine.

    J'entame la suite car oui, la "mauvaise" (car on sait que ça va être encore pire) surprise après 400 pages, c'est que c'est aussi un diptyque.

    Un 8/10 dans mon échelle de goût pour ce premier tome. Et je précise une fois encore que ce n'est pas une note que je donne comme un prof à mes lectures, donc à leur auteur, mais bien un positionnement dans ma bibliothèque personnelle ! Car un récit comme celui-là doit être lu, enseigné, partagé, rappelé, quelle que soit la manière de l'écrire et ne mérite donc aucun jugement sur sa qualité intrinsèque, propre à chaque lecteur selon ses connaissances, croyances et avis sur l'Histoire.

    01/11/2021 à 11:02 6

  • L'Espion français

    Cédric Bannel

    9/10 Voilà un livre de très haut-vol !
    Une scène d'intro anthologique. Une enquête à la frontière des réseaux terroristes qui va nous faire voyager entre Paris et l'Afghanistan. Des personnages abîmés où qu'ils se trouvent sur la planète. Des enlèvements crapuleux ou sordides qui servent de prétexte à n'importe qui. Tout y passe et de manière on ne peut plus naturelle dans ces territoires où la corruption est aussi présente que les grains de sable dans le désert.

    De Paris et sa DGSE, avec ses espions noirs, ceux qui ont une vie à côté. À l'Afghanistan avec ses islamistes rigoristes qui veulent faire passer leur message au milieu d'une population qui ne demande qu'à vivre.

    On n'entre pas ici dans une enquête sur du terrorisme, mais on vit avec, il est partout autour. Cela rend cette enquête très réaliste.

    C'est la 4e enquête de ce Qomaandaan Afghan, Oussama Kandar, et si chaque personnage a sa part d'ombre, sans exception, c'est toujours ce pays magnifique qui fait office de personnage principal.

    Tout s'enchaîne très vite et avance à bon rythme. Chaque chapitre est horodaté et donne une impression de quasi-temps réel.
    Pour arriver sur une fin qui va se dérouler en plusieurs temps. C'est d'ailleurs aussi ça qui m'a rendu cette histoire très "agréable" car quitter ce pays trop vite aurait été encore plus... brutal que tout le reste.

    Durant ces 9h en Afghanistan, avec autant de détails, sur la vie (et la mort ?) sur place, ainsi que dans les arcanes de l'espionnage à la française me font dire que Cédric Bannel est un écrivain tres très bien renseigné.
    Vivement la suite, Qomaandaan !

    Un très dépaysant 9/10 dans mon échelle de goût, en matière de polars d'espionnage.

    14/08/2021 à 19:52 6

  • La Vague

    Todd Strasser

    7/10 Ça commence par un jeu et finit en dictature, nous annonce la couverture.
    Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir, nous rappelle la préface.
    Tout est dit dans ces 2 phrases.

    Un prof d'histoire qui n'arrive pas expliquer l'inexplicable à ses étudiants va tenter une expérience avec eux. Il va pouvoir les faire répondre, du moins se projète-t-il, à la question "pourquoi si les allemands n'étaient pas tous Nazis, ne se sont-ils pas rebellés contre ces seulement 10% qui ont fait basculer le monde dans l'horreur absolue ?"

    Ce livre très court est une version romancée d'une expérience réelle qui va déraper (volontairement ?) pour nous faire comprendre que l'oubli est vraiment la pire des choses à faire si on veut éviter les mauvais hoquets de l'Histoire.

    Comme pour 1984, il faut lire ce livre pour comprendre pourquoi personne n'a le droit intellectuellement parlant de clâmer qu'on vit dans une dictature. Mais bon, je doute que ceux qui le dise aient la jugeotte suffisante pour comprendre que cela s'adresse à eux. Donc aucun risque de froisser personne avec ce vœux pieux.

    Quoiqu'il en soit, ces 2h30 sont vraiment au service de la mémoire collective, pour nous rappeler, à nous tous qui n'avons pas vécu ces atrocités, qu'il faut que ce marqueur de l'humanité qu'a été le pouvoir des Nazis (et des dictatures dans leur ensemble) reste bien ancré en nous et ne doit surtout plus se reproduire.

    Le style d'écriture est plutôt banal. La fin aurait mérité de prendre un peu plus son temps mais finalement, la vraie fin est celle qui s'étalera bien au-delà de la dernière page, dans notre esprit, dans notre mémoire.

    Avec ses petits défauts et ses grandes qualités, ce sera donc un 7/10 dans mon échelle de goût pour cette vague en forme de lame de fond.

    08/08/2021 à 23:05 1

  • Remède de cheval

    Marion Chesney

    7/10 Après un thriller bouleversant d'un atroce réalisme, retour à une autre réalité, celle de la campagne anglaise avec le tome 2 des enquêtes d'Agatha Raisin.
    Comme un des personnages le dit à Agatha, cette enquête est typiquement celle de 2 retraités qui ne savent pas quoi faire de leur temps. Et moi, je suis à fond derrière eux en espérant qu'ils continuent à creuser tellement on s'amuse à perdre notre temps joyeusement.

    Les habitants sont très anglais. Les attitudes sont très anglaises. Les réflexions sont très anglaises. Les paysages, l'enquête, le rythme... Anglais comme tout bon Agatha Christie.
    Quel plaisir que ce dépaysement attachant.

    Sourire aux lèvres à chaque réplique, c'est vraiment LE whodunit idéal pour passer un bon moment.

    L'histoire est un prétexte, comme pour le tome 1, pour se balader de situations en situations. On suit avec autant de plaisir les petites saynètes intermédiaires que l'enquête principale (qui se décantera seulement à la fin, sans jamais avoir vraiment évolué tout le reste du livre).
    Cette saga a tout d'une bonne sitcom policière.

    Agatha Raisin s'enamourache de son voisin dans un chapitre 1 tordant !
    Voyant qu'il ne s'intéresse pas à elle, elle se retourne dans le chapitre 2 vers le tout nouveau vétérinaire du village, qui meurt alors qu'il était en pleine opération médicale sur un cheval un peu trop nerveux. Mort accidentelle ? Seule Agatha en doute. Par conviction ou juste pour passer du temps avec son voisin ? Même elle s'interroge sur sa posture mais persiste malgré tout à clamer haut et fort qu'il a été assassiné.
    Et finalement, on est là, tous ensemble, à avancer d'un long chapitre à un autre sans s'en rendre compte dans une trop courte lecture de seulement 3 heures mais dont on sait qu'il reste encore suffisamment d'autres histoires pour s'en réjouir !

    Un guilty pleasure de 7/10 dans mon échelle de goût, qui me fera revenir vers les tomes suivants car on en ressort... vivant.

    08/08/2021 à 09:02 1

  • Toutes blessent, la dernière tue

    Karine Giebel

    10/10 En France, l'esclavage a été aboli en 1848.

    Si Tama avait su lire, avait su le sens du mot aboli, avait compris qu'elle était esclave, elle aurait bien ri dès son arrivée dans cette famille sans humanité.
    Et si elle avait ri, elle aurait sûrement eu une punition, des châtiments corporels et psychologiques hors-normes.

    Nous faisant témoins de ces atrocités, le premier tiers est détestable pour le lecteur que j'ai été.
    Pas sur le plan de l'écriture, ni du rythme - au contraire - mais bel et bien sur le fond. L'histoire de cette petite fille qui s'adresse à nous comme si on lisait son journal trop intime, sans pouvoir rien n'y faire, m'a donné envie de lui dire que ses rêves de fuite devaient se concrétiser. J'aurais voulu entrer dans le livre, l'aider, je regrettais même de le refermer en me disant que si je la laissais là, j'étais moi-même coupable de la laisser dans cette situation. C'est la 2e fois de ma vie de lecteur que ça m'arrive !
    Puissance 1000 !
    Une réussite du genre.

    Ce n'est pas la seule histoire de démarrage car ces premiers chapitres ultra-courts s'alternent avec une autre intrigue, plus lente, plus sèche, plus mystérieuse.

    Le second tiers est plus abominable. Encore plus gênant, si tant est que ça puisse l'être.
    On veut maintenant détourner le regard. Presque s'arrêter.
    Mais non, on continue encore car on veut l'aider, on veut qu'elle s'en sorte. C'est inhumain. C'est réel. C'est en France. C'est aujourd'hui.

    Le dernier tiers nous fait enfin comprendre les 2 histoires imbriquées.
    Sans réelle surprise.
    Juste des réponses. Les 2/3 du livre avaient réussi à nous plonger dans une horreur indicible, à vomir. Je n'ai jamais ressenti ça. Je trouve à peine les mots pour décrire ma lecture. Cette plongée dans l'enfer.
    Ce n'est pas inventé, c'est vrai. Tout est vrai. On veut tuer nous-mêmes. On craint de découvrir qu'un jour une personne qu'on a croisée a infligé tout ça a un être humain, de découvrir quelqu'un qui l'a subi.

    Penser que certains tortionnaires ont peut-être lu ce livre est insoutenable de potentialité vu le nombre de lecteurs de Karine Giebel. Un vrai échantillon représentatif de la société doit sûrement contenir de tels sous-humains.

    Âmes sensibles, lisez vraiment autre chose. En 40 ans de lectures, je n'ai jamais lu un livre où les personnages souffraient autant. Jamais ! En 20 ans de thrillers non plus. Jamais !

    J'enchaîne toujours un livre après avoir tourné la dernière page d'une histoire. Là, je vais laisser tranquille ces personnages que j'ai accompagné pendant 10 heures. Je passerai à autre chose plus tard. Pour eux. Pour moi.

    Un dérisoire 10/10 pour la puissance de ce récit réaliste qui m'a retourné le bide et l'esprit.

    25/07/2021 à 18:54 6