JohnSteed

758 votes

  • Dans la rue j'entends les sirènes

    Adrian McKinty

    9/10 Bien qu’ayant lu un peu dans le désordre les trois premiers livres de la série consacrée à l’inspecteur Sean Duffy, je n’ai pas vraiment été gêné dans la compréhension de l’histoire, chaque livre ayant sa propre enquête.

    Avec Dans la rue j'entends les sirènes, la deuxième histoire de la série, Sean Duffy enquête sur la découverte d’un cadavre dans une benne à ordure. Ce corps est démembré, rendant difficile son identification. Ayant été congelé, il rend également difficile de connaître la date du meurtre.

    Dans une Irlande du Nord du début des années 1980, ravagée par la guerre civile entre protestants et catholiques, où les attentats de l’IRA sèment la terreur, la Guerre des Malouines fait la Une de l’actualité. Sean Duffy va se trouver à mener une enquête compliquée sur un ancien soldat américain, et celui du propriétaire de la valise où le corps était enfermé, mort également, exécuté par un commando.

    Ce que j’apprécie dans la série Sean Duffy, c’est le ton léger de l’auteur où l’humour noir côtoie le cynisme, où les réflexions sur la société irlandaises se mélangent à celles de la vie quotidienne de Duffy, où le whisky se boit en écoutant Nick Drake, Blondie, les Ramones… Si les enquêtes sont intéressantes, elles ne sont pas que prétexte pour l’auteur a parlé du contexte politique, de la société irlandaise de l’époque. Elles font parties intégrantes du personnage et de son sens de la déduction.

    Une série à recommander, si cela est encore nécessaire de le suggérer.

    avant hier à 16:09 6

  • Une incroyable histoire

    William Irish

    7/10 Si William Irish a écrit des romans noirs à l’intrigue imparable, l’auteur américain est reconnu aussi pour le nombre foisonnant de ses nouvelles. Une incroyable histoire en est une, et par le sujet et le personnage a été cataloguée comme roman pour la jeunesse par l’Education Nationale. Cela ne doit empêcher tout à chacun de la lire. D’autant qu’elle se lit très facilement et prend pour thème « L’enfant qui criait au loup ».

    Buddy est un New-Yorkais de 12 ans et qui aime beaucoup les histoires. D’ailleurs, il en raconte beaucoup à ses parents. Et à force d’en raconter, ils ne savent plus faire la part belle entre la vérité et la fiction. Aussi, quand Buddy leur dit qu’il a vu leurs voisins tuer un homme et qu’ils l’ont découpé au rasoir, ils ne le croient absolument. En plus, c’est tellement gros. Buddy arrive à aller en douce au commissariat pour leur dévoiler le crime. Cela ne passe pas non plus… Enfermé chez lui par son père, Buddy craint, à juste titre, pour sa vie.

    Une incroyable histoire est vraiment une nouvelle attachante, classique, sans scénario alambiqué et qui se lit très vite. Une belle entrée en matière pour les plus jeunes lecteurs en quête de suspense.

    30/01/2026 à 10:52 1

  • Le Chanteur de gospel

    Harry Crews

    8/10 C’est l’effervescence à Enigma. Cette petite bourgade de Georgie attend avec impatience le retour dans sa terre natale du Chanteur de Gospel : ses frères et soeur Gerd, Mirst et Avel, le shérif, la populace mais également Willalee Bookatee Hull, ce Noir emprisonné pour avoir violé et tué MaryBelle, et Madame Carter, la défunte mère de MaryBelle, attendant près du corps dans la maison funéraire sa venue avant de l’enterrer.

    C’est peu dire que le Chanteur de Gospel est attendu comme un Messie. Depuis qu’il chante, les gens se trouvent convertis, et se tournent vers le Seigneur. Par sa voix et son chant, il enchante les gens. Tout le monde veut se rapprocher du Chanteur de Gospel, et toute pour des raisons différentes. Cette troupe de Freaks menée par Pied, qui reste dans le sillage du Chanteur, voyant une clientèle pour venir voir les Monstres de foire ; Didymus, son nouvel impresario, qui a éliminé le précédent homme d’affaires du Chanteur, pour lui ouvrir les voies du Seigneur. Car le Chanteur de Gospel aime assouvir sa passion de la chair. Et cette MaryBelle était un peu son amoureuse, sa raison de revenir à Enigma, même si le Chanteur de Gospel charmait beaucoup de femmes pendant ses tournées.

    Ce retour dans ce contexte chamboule le Chanteur de Gospel, et alors qu’il doit chanter pour ses fans, il va se retrouver à gérer plusieurs situations qui vont le dépasser, dans un final aussi explosif qu’inattendu.
    Harry Crews s’amuse à dépeindre les habitants d’un village rural empreint de mysticisme, de prédication et d’un sens de l’honneur à toute épreuve : on ne rigole pas de la bondieuserie ! Un roman déjanté, où les personnages sont aussi caricaturaux que décalés, drôles qu’inquiétants.

    Paru en 1968, Le Chanteur de Gospel inscrit à juste titre son auteur comme un écrivain à part dans le polar rural américain.

    29/01/2026 à 09:58 3

  • La Sirène du Mississippi

    William Irish

    9/10 Il s’appelle Louis Durand. Il s’est marié le 20 mai 1880 à La Nouvelle-Orleans, avec une femme venue de Saint Louis et qui disait s’appeler Julia Russel. Il ne l’avait pas vu auparavant, ayant fait connaissance uniquement par correspondance. Un mois après le mariage, elle disparaissait emportant avec elle tout le contenu du compte en banque de Louis Durand. Lui, cet homme d’à peine plus de trente ans, avait vu en cette jolie bout de femme blonde, d’à peine vingt ans, la femme de sa vie. Il fermait les yeux sur quelques incohérences dans le comportement de cette Julia, on le sait bien que l’amour rend aveugle. Ce départ de Julia, ce vol fut un coup de massue pour Lou. Pire que ce vol, c’était cette trahison.

    Lou n’a désormais qu’une envie : tuer celle qui lui volait ses sentiments. Alors, il part pour Saint Louis et retrouver Julia Russel. Mais la sœur de cette dernière est sans nouvelle depuis son départ pour rejoindre Louis Durand. Ce dernier se rend compte que la description de Julia ne correspond pas à la femme qu’il a épousée. Avec l’aide d’un détective privé, Louis va remonter la trace de la vraie Julia. C’est dans le bateau qui l’a embarqué pour La Nouvelle-Orleans qu’il sait qu’il trouvera réponse à ce mystère.

    Mais après un an de recherche, il est sans réponse. Et c’est un soir, un compagnon de bar lui propose de rencontrer sa nouvelle conquête. C’est ainsi qu’il va retrouver la trace de celle qui se fait appeler Julia. Louis Durand souhaite préparer sa vengeance. Mais il constate que les sentiments sont encore là. Et qu’il ne peut rien refuser à celle qui est encore sa femme. Oui, mais les obstacles vont parsemés et entravés leur escapade. Et la chute va être terrible….

    Une histoire attachante aux multiples rebondissements, au scénario implacable sans parler de ces deux personnages aux accents « Je t’aime, moi non plus ». On n’imagine pas comment Louis et cette femme peuvent à la fois se haïr et s’aimer, comment ils vont ensemble tout faire pour se détruire… William Irish signe un formidable livre et par là-même un classique du roman noir.

    26/01/2026 à 16:41 2

  • Misery

    Stephen King

    8/10 Si Stephen King ne fait pas partie de mes auteurs cultes, j’apprécie toutefois lire ses livres qualifiés d’incontournables comme l’est Misery. Loin de moi l’idée d’en faire le résumé, car ce qui compte dans les livres de l’Américain, ce sont l’ambiance, l’atmosphère qui se dégagent de la lecture de ce livre étouffant et angoissant.

    Stephen King développe toutes les étapes liées à la séquestration : l’incompréhension, l’assimilation, la colère, la révolte, la résignation, jusqu’à la délivrance et les conséquences psychologiques. Un roman prenant, où l’on découvre les techniques de l’écriture, un cas pratique du syndrome de Stockholm, et les techniques de mutilation. Un thriller où la psychologie des personnages (victime, agresseur) est bien développée. Même si j’ai été dubitatif sur certains aspects du roman, comme notamment, les fractures dont la douleur dure plusieurs mois… Mais comme l’écrit Stephen King, ce qui compte, ce n’est pas que l’histoire soit vraie mais vraisemblable.

    19/01/2026 à 13:47 5

  • Salt River

    James Sallis

    7/10 Dernière escapade dans la série consacrée à John Turner. Salt River ne déroge pas au style et au ton de James Sallis déployés dans les 2 opus précédents ; qui faut avoir lus dans l’ordre. Comme toujours, les faits ne sont que prétexte pour John Turner à prendre du recul sur son existence. Il faut dire qu’il n’a pas été épargné par la vie. Mais, j’ai ressenti beaucoup plus de mélancolie dans ces pages, d’introspection et de réflexions sur l’existence. Et c’est ce qui m’a le plus séduit dans cette série. Plus que les histoires, c’est le style, l’écriture, la prose de James Sallis.

    Pour preuve, voici quelques « pépites » :
    - « On dit que si tu regardes au fond de l’abîme, l’abîme regarde au fond de toi. A mon avis, c’est faux. A mon avis, l’abîme se contente de te faire un clin d’œil. »
    - « T’es une pochette d’allumettes, Turner. T’arrêtes pas de t’enflammer toi-même. En même temps, je ne sais pas comment tu fais, mais tu te débrouilles toujours pour enflammer les autres. »
    - « Le genre humain s’est toujours acharné à trouver un concept unique capable de tout expliquer : religion, visites d’extraterrestres, marxisme, théorie des cordes, psychologie,… »
    - « Une fois de plus, je fus frappé de constater combien nous sommes peu nombreux à réellement faire des choix dans la vie, à avoir ne serait-ce que la possibilité d’en faire. Tant de choses sont préétablies, dictées par notre ADN, notre milieu et notre caractère, notre éducation, l’influence des personnes que nous rencontrons… Et tant d’autres ne sont dues qu’au hasard – là où les courants nous portent. On a beau tenter de se convaincre qu’on est des agents libres, essayer de travestir la vérité en l’enrobant de grands débats sur la nature, la culture, la socialisation ou la destinée, le fait est là. »

    15/01/2026 à 16:43 2

  • Cripple Creek

    James Sallis

    7/10 La lecture de la série ayant pour personnage principal John Turner vaut plus pour les dialogues sur le sens de la vie, de l’évolution de la société, sur la signification des choses, que pour l’enquête policière, qui, finalement, ne sert que de prétexte à James Sallis à écrire.

    Le point de départ, cette arrestation d’un chauffard qui transport un sac comportant 20.000 $, se noie au fil des pages par les histoires du passé de John Turner. Comme dans le livre précédent, c’est ce qui me plaît le plus : découvrir cette personnalité, l’histoire de John Turner, policier à Memphis, son passage en prison et son métier de psychologue. Et puis également, les personnages secondaires : ici, on découvre la fille de John Turner, elle-même policière, son amie Val, avocate dans les affaires sociales, et ses collègues. On rentre dans l’intimité du personnage et découvre le poids de son passé.

    Je vais de ce pas me plonger dans le dernier (le plus court) des livres de la série qu’il convient de lire dans l’ordre et me délecter des dialogues pertinents et remplis de bon sens de John Turner.

    14/01/2026 à 13:24 3

  • Bois mort

    James Sallis

    7/10 Ce que j’apprécie le plus dans les séries des polars, ce sont les personnages récurrents que leur auteur distille. En règle générale, ils ont un passé sombre, un entourage nébuleux et un avenir fragile. Avec sa série consacrée à John Turner, James Sallis met en scène le faux jumeau américain de Jack Taylor (tiens, les mêmes initiales !) né de la plume de l’irlandais Ken Bruen. Avec le goût de la boisson en moins. Mais un passage dans la police qui a laissé des marques et un goût pour des répliques lumineuses, et une philosophie de la vie unique.

    Après sa sortie de prison, John Turner est venu vivre dans la campagne du Tennessee. Son passé l’a suivi, et le shérif local, comme le maire, font appel à ses anciennes compétences d’enquêteur pour avoir sa vision sur un meurtre. Celui d’un jeune vagabond trouvé mort empalé par un pieux.

    Comme l’écrivain irlandais, James Sallis se sert du prétexte de cette enquête policière pour dérouler, de manière alternative, l’histoire de John Turner, et la vérité sur cette affaire. C’est d’ailleurs, à mon avis, le passé du personnage qui est le plus attrayant dans ce livre. Comme sa personnalité faite de principes, de bienveillances et de clairvoyance. Et c’est aussi pour ce John Turner que je vais poursuivre la lecture de cette série, en espérant que l’enquête s’avérera plus passionnante.

    12/01/2026 à 13:36 2

  • Conspiration

    Luke McCallin

    7/10 Avec Conspiration, Luke McCallin signe ce que l’on appelle dans le milieu des séries télévisées, un préquel. En effet, on retrouve dans ce livre son personnage principal, Gregor Reinhardt, le policier de la Kripo, rencontré dans les livres précédents pendant la Seconde Guerre mondiale, désormais tout jeune lieutenant de 19 ans pendant la Première Guerre mondiale.

    En cette année 1918, Reinhardt va être invité par ses supérieurs à suivre une enquête sur un attentat visant plusieurs militaires allemands réunis secrètement. Il va être confronté à une résolution expéditive. Mais animé par la quête de la vérité, il va être résolu à poursuivre l’enquête à ses risques et malgré les menaces et autres dangers.

    Si, dans sa postface, l’auteur anglais réfute d’avoir écrit un livre historique, Conspiration, outre une enquête aussi intéressante que, il faut bien se l’avouer avec ses 600 pages, fastidieuse, propose de présenter la période de la fin de cette Guerre. On découvre le front russe, la mutinerie des soldats russes à La Courtine (Creuse), la vie des tranchées, la vie à Berlin, les effets post-traumatiques des soldats allemands (appelés à l’époque « l’obusite »), les conditions hygiéniques des soldats allemands (notamment l’accent mis sur les terribles poux infestant les soldats)…

    Luke McCallin a écrit une suite, tant espérée, des enquêtes de Gregor Reinhardt. Mais Conspiration souffre, à mon regret, d’une enquête qui s’englue au fil des pages, par une volonté, je pense, de l’auteur à vouloir apporter beaucoup d’éléments sur cette terrible Guerre. Espérons que, puisqu’il est annoncé la poursuite des enquêtes de Gregor Rhienhardt qui se dérouleront dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, les enquêtes soient plus passionnantes et moins foisonnantes d’éléments factuels qui écrasent l’histoire (avec un petit h) écrite par un auteur somme toute très talentueux.

    06/01/2026 à 13:53 2

  • Cinq ciels

    Ron Carlson

    7/10 J’ai découvert Ron Carlson avec Le Signal, un roman où se mêlaient nature sauvage, nostalgie amoureuse et mission hors-la-loi. Ce fut un véritable plaisir et une agréable découverte confirmés avec la lecture d’une autre œuvre de l’Américain, Retour à Oakpine. C’est donc tout naturellement que j’ai voulu me pencher sur Cinq ciels.

    Mais, ma lecture débutant, je me demandais quel était le sujet de ce livre. On découvre Darwin, chef d’équipe, qui recrute deux « étrangers » de la ville de Mercy, située en plein Idaho : Arthur Key, un technicien réputé des effets spéciaux et cascades pour le cinéma ; Ronnie Panelli, un tout jeune garçon, petit délinquant ayant fugué de chez lui. Darwin les a embauchés pour construire une mystérieuse structure (dont la nature se dévoilera au fil des pages) dont le chantier s’écoulera jusqu’à la fin de l’été.

    Au fil et à mesure de l’avancée des travaux, les 3 protagonistes se découvrent et leurs blessures se dévoilent. Ce chantier est un exutoire et cette amitié naissante, un pansement qui soignera les plaies laissées par la vie. Une vie fragile comme les plaies qui peuvent se rouvrir à la moindre blessure.

    Ce fut une lecture déconcertante car, si comme toujours, la plume de Ron Carlson est un régal en matière de sensibilité et d’ouverture au milieu naturel que constitue l’Idaho, Cinq ciels ne regorgent d’aucune intrigue ou de suspens. Il y a des morts et des bagarres, mais, je le précise si besoin, on est loin du roman noir. Cinq ciels propose un roman sur l’amitié, le pardon et la reconstruction de soi, avec pour toile de fond un paysage sauvage et préservé.

    05/01/2026 à 13:20 4

  • Généalogie du mal

    Jeong You-jeong

    9/10 Quand Yujin se réveille ce matin dans son lit, il se rend compte que ses habits sont couverts de sang. Pas dû à un saignement de nez. Il est littéralement souillé par du sang. C’est l’incompréhension. Qu’est-ce qui a pu lui arriver ? Il ne semble pas blessé : seuls ses habits sont imprégnés de sang. Sautant de son lit, il découvre des traces de pas ensanglantés. Elles le mènent vers son lit. Il en déduit qu’il en est l’auteur. Mais d’où provient ce sang ? En descendant vers le rez-de-chaussée du duplex, il constate que sa mère est morte, la gorge tranchée.

    Yujin est sidéré. Il souhaite avant toute chose comprendre ce qu’il s’est passé, si l’auteur de ce massacre est encore dans les murs, et pourquoi un tel acharnement. Il se refuse d’appeler la police à qui il ne pourrait donner aucune explication. Il essaie donc de se remémorer la soirée de la veille. Lui qui souffre d’épilepsie tente de rassembler ses souvenirs. Aussi, pour trouver la clé qui lui permettra d’ouvrir sa mémoire, il a besoin de temps. Alors que son frère adoptif doit revenir prochainement de son voyage professionnel, il tente de savoir s’il peut être l’auteur du meurtre de sa mère. Pour lui permettre de comprendre, il a besoin de délai supplémentaire. Aussi, il décide d’effacer toutes les traces de sang à la javel et de dissimuler le corps de sa mère, et taire à son frère l’absence de leur mère.

    Yujin tente, petit à petit, d’élaborer les hypothèses probables de ce meurtre, le mobile et la personne qui a pu commettre l’incommensurable. Son frère adoptif, sa tante, les deux personnes qui lui posent des questions suspectes ? Il en arrive à la seule conclusion qu’une seule personne a pu tuer sa mère….

    Je découvre par ce livre, à la fois, le polar coréen, et cette autrice avec ce qui est, semble-t-il, son best-seller.

    C’était une gageure de faire réfléchir pendant 500 pages (en version poche) son personnage principal sur ce meurtre, sur l’élaboration des différents scénarios, à exclure des pistes et à ne retenir que l’essentiel. On est loin d’une version « sherlockholmesienne » de la résolution de l’intrigue. Ici, c’est un roman psychologique et introspectif. Et à l’instar de Yujin, j’ai élaboré des raisonnements mettant en balance les différentes pistes, des hypothèses, des déductions. Pas un instant, je ne me suis lassé et au contraire eu plaisir à plonger avec lui dans les troubles de la mémoire, dans cette intrigue et dans la quête de son histoire. Un très bon livre, mais conseillé aux seul.es amateurs de polars psychologiques.

    31/12/2025 à 10:00 3

  • La Loi des collines

    Chris Offutt

    8/10 3ème épisode de la série consacrée à ce policier militaire, Mick Hardin, dans ses collines du Kentucky. A 39 ans, Mick vient de prendre sa retraite de l’armée. Il revient sur sa terre familiale, Rocksalt, avant de partir en Corse où il souhaite y aller en villégiature. Sa sœur Linda est toujours shérif de la ville. S’il a quitté ses fonctions de policier militaire, ses compétences d’enquêteur vont être sollicitées quand il va devoir revêtir l’insigne de shérif adjoint et se plonger dans les meurtres liés aux combats de coqs et d’autres liés à des anciennes histoires familiales.

    Bien que représentant de l’ordre, Mick Hardin va faire appliquer sa propre loi, la seule qu’il connaisse et qui marche au Kentucky, la loi des collines. Il réglera ces affaires en son âme et conscience, quitte à fermer les yeux et arranger les faits, et laisser filer quelques criminels.

    C’est toujours un régal de retrouver la plume de Chris Offutt qui écrit avec passion son Kentucky, ses collines, ses oiseaux, et celles et ceux qui y vivent. La Loi des Collines offre une histoire emprunte d’humanité, de rudesse, des traditions séculaires. Un peu en mode « pilotage automatique », l’auteur américain propose un 3ème épisode convenu, sans surprise, mais toujours plaisant. Je vais attendre le prochain tome de cette série, Chris Offutt ayant eu la bonne idée de poursuivre les aventures de Mick Hardin.

    31/12/2025 à 09:14 4

  • Si loin de toi

    Tess Sharpe

    8/10 J’ai découvert Tess Sharpe avec son second livre, Mon Territoire, mettent en scène la courageuse et forte Harley, sous fond de trafic de drogue : un roman sombre dans lequel sa jeune autrice faisait preuve d’autant de maitrise que de maturité.

    Dans ce premier roman, Si Loin de Toi, Tess Sharpe prend également comme personnage principal une jeune fille, Sophie, que la vie n’a pas épargnée. Miraculée d’un accident de voiture à la suite duquel elle est devenue accro aux opiacés, elle a ensuite, contrairement à son amie Mina, échappée à la mort.
    Le lecteur est invité à découvrir, chapitres après chapitres qui alternent passé-présent, la naissance de cette idylle, et la quête de l’origine de ces drames.
    Cette jeune autrice fait preuve d’une écriture et d’un style remarquable. La présentation de cette intrigue est bien ficelée, et les deux jeunes filles sont très attachantes.

    Toutefois, je déplore ce final que je trouve « tiré par les cheveux » (par exemple, la présence de l’hélicoptère est too much à mon goût et apporte un incohérence à cet épisode) qui gâche cette histoire qui aurait pu, à mon avis, aboutir à un sans-faute.

    31/12/2025 à 08:45

  • Le Dernier des Iroquois

    Joseph O'Connor

    7/10 Eddie Virago quitte son Irlande natale pour Londres. Lui, le beau gosse, part seul avec sa guitare et sa crête d’Iroquois, et surtout ses rêves de succès dans sa quête de prochain nouveau groupe de musique.

    Sur le bateau qui l’emporte conquérir le monde londonien des années 90, il rencontre Marion. Ce qui ne devait être qu’une simple rencontre va perdurer. Ces deux tourtereaux qui ne s’avouent pas leurs sentiments prennent ensemble une chambre au Brightside Hotel, tenu par cet attachant Indien, Monsieur Patel.
    Entre galères, petits boulots, embrouilles, parties de sexe intenses, alcool, Eddie se rend compte que Marion et lui, cela commence à devenir sérieux. Ils auront beau se cacher leurs sentiments, se mentir, cet Amour les fuira malgré tout. Et comme toute histoire irlandaise, ce n’est jamais le bonheur qui gagne.

    Joseph O’Connor signe avec Le Dernier Iroquois un roman sur le difficile apprentissage du monde adulte, sur l’acceptation et le courage d’aimer sur le fond d’une peinture d’un Londres et d’une Irlande en profonde mutation. Une lecture plaisante même si ce livre n’intéressera que les amateurs de l’écrivain irlandais ou d’histoire de punk à l’eau de rose.

    30/12/2025 à 11:31 1

  • Topographie de la terreur

    Régis Descott

    8/10 A travers l’enquête menée par le personnage principal, Gerhard Lenz, commissaire à la Kripo, sur le meurtre de deux médecins, Régis Descott nous dépeint la société berlinoise en 1943, en mettant en avant les actes isolés de la résistance allemande face au régime nazi.
    On vit les terribles bombardements des Berlinois, le quotidien fait de dénonciations, découvre l’homme prêt à tout, comme de dénoncer les Juifs alors que l’on l’est soi-même.

    Tout dans ce livre, richement documenté, est vrai, même si tout est présenté de manière romancée : les réseaux clandestins pour sauver des Juifs cachés dans des caisses de meubles embarqués dans des trains ; caches dans les caves ou greniers des immeubles à Berlin,…
    Si tout est véridique dans ce livre, il ne faudrait pas en oublier cette enquête qui met en avant sous un autre aspect, une autre forme de résistance.

    Je découvre avec cette Topographie de la terreur son auteur, Régis Descott qui a eu le talent de proposer un énième roman policier avec pour cadre le IIIème Reich sans tomber dans le cliché ou la copie cachée. Il a fait de ce livre une œuvre majeure pour ne pas oublier que la haine humaine n’a pas de limite mais qu’il y aura toujours chez l’homme, courage et résistance.

    30/12/2025 à 10:37 3

  • Le dossier Anténora

    Jean-François Muracciole, Lucie Muracciole

    9/10 C’est cette photo en noir et blanc qui illustre la couverture qui est à l’origine de ma lecture de Le Dossier Anténora. Je la trouve vraiment aussi magnifique que mystérieuse et troublante. Que regarde cette femme au regard fuyant dans ce bus qui traverse Paris, ignorant cet homme assis en face d’elle ? Une couverture tout aussi romantique qu’intrigante.

    Le Dossier Anténora est l’œuvre du couple Muracciole, Lucie et Jean-François. Ils nous offrent un roman trépidant avec pour cadre ce Paris de Mai 68. Et les faits sont multiples :
    - Des scientifiques sont assassinés,
    - Jim Clyde, astronaute américain, s’entraîne pour la Mission Apollo 12, est envoyé en congé forcé à Paris avec sa femme : il délaissera madame à l’hôtel et s’enfuira avec son ancienne maitresse parisienne, Laure, mettant en alerte la CIA,
    - Le Clan des DS noires dévalise les banques parisiennes et se prend pour les Robins des Bois modernes,
    - Un professeur qui vient d’éditer une nouvelle traduction de La Divine Comédie de Dante craint pour sa vie,
    - Des espions russes qui sillonnent les pavés parisiens,…
    - Au cœur de tous ces événements, le commissaire Pujaud fera la lumièresur ces affaires, qui, comme on s’en doute, vont s’entrechoquer.
    Avec des chapitres courts et rythmés, cette multitude de personnages et d’événements intrigants, on ne s’ennuie pas une seconde et avale avec gourmandises ces 570 pages.

    Historien de profession, Jean-François Muracciole accompagné de son épouse nous offre un roman où se mêlent enquêtes policières et événements historiques. Les personnages secondaires (comme Léontine et l’auteur des Barbouze, Lefranc, la femme de Pujaud, Josette,…) sont très plaisants voire attachants. Un roman injustement méconnu mais qui mérite, par sa qualité, que la lumière soit faite sur Ce Dossier Anténora.

    30/12/2025 à 10:19 2

  • Les Marches de l'Amérique

    Lance Weller

    9/10 Le 10 avril 1815 naquit à Plymouth, dans l’état du Massachusetts, Tom Hawkins. Ce petit garçon silencieux qui, quand il ouvrait la bouche avec parcimonie, explorait l’âme des gens, va devenir un tueur d’hommes. Dans cette Amérique dont les frontières ne sont pas encore arrêtées, c’est la loi du plus fort qui règne. Si Tom Hawkins est parti à l’Ouest, ce n’est pas tant pour son esprit aventurier, ni en tant que chasseur de territoires. S’il est parti de chez lui, c’est qu’il a tué son père, et qu’il a dû fuir et loin.

    Son périple lui permettra de retrouve Pigsmeat (son véritable nom est pire que ce surnom), son voisin avec qui il bâtira sa réputation, dont les meurtres trouvent leur origine dans les maux de tête dont il souffre atrocement.

    Ensemble, ils croiseront le chemin de Flora. Cette métisse est devenue la propriété de Boss, dont il donnera un semblant d’éducation, et qu’il enfermera dans une chambre pour son usage privé et exclusif. Esclave sexuelle, elle deviendra la prostituée qui va pouvoir trouver sa liberté.
    Les Marches de l’Amérique est un livre qui se déguste. Lance Weller raconte cette Marche de l’Amérique vers sa construction, faite au prix du sang, de la poussière et par des personnes aussi désœuvrées que sauvages. C’est l’histoire de Tom Hawkins et de Flora.

    Exit les dialogues à foison, et les phrases courtes et à la lecture rapide : la prose de l’écrivain américain est contemplative, descriptive, et très poétique. Chaque personnage a une histoire propre, dont le périple est composé d’épisodes aussi savoureux qu’effrayants. Une Conquête de l’Ouest vue à travers des âmes aussi torturés que belles. Encore une fois, un très beau livre de Lance Weller.

    29/12/2025 à 14:08 2

  • Les Filles de Roanoke

    Amy Engel

    6/10 Suite au suicide de sa mère, la jeune Lane est recueillie par ses grands-parents, à Roanoke, dans le Kansas. Du haut de ses 16 ans, Lane ne comprend pas la mise en garde que lui avait adressé sa mère sur Roanoke. Cette propriété familiale construite par son grand-père, grâce à la fortune du pétrole sur les terres, est très accueillante. Ces grands-parents qui n’avaient pas encore rencontré leur petite-fille sont ravis et empressés de voir Lane et de l’accueillir : c’est véritablement l’amour qui resplendit dans cette demeure.

    Lane y fait la connaissance de sa cousine, Allegra. En pleine adolescence, ces 2 filles s’entendent merveilleusement, comme 2 sœurs. Elles font tourner la tête de tous les jeunes de la ville : comme toutes les filles de Roanoke, avant elles, elles sont resplendissantes et attirantes. « Avant elles », oui, car toutes les femmes, à savoir leur mère, et donc tantes, étaient magnifiques mais ont disparu, décédées par suicide, principalement.

    Quelques années plus tard, après avoir fui Roanoke pour la Californie, Lane est sommée par son grand-père de revenir à Roanoke : Allegra a disparu. Lane, par culpabilité d’avoir laissé Allegra seule à Roanoke, et aussi par attirance pour cette demeure familiale, revient chez ses grands-parents. Elle y retrouve son grand-père, pour qui l’amour de sa petite-fille ne s’est pas altéré avec le temps. Mais Lane sait pourquoi elle a fui Roanoke : pour vivre. Car celles qui n’ont pas fui sont mortes. L’amour est une prison, un sentiment égoïste qui détruit de l’intérieur, qui dévore les filles de Roanoke, car ici, il s’agit d’un sentiment voire une obsession dévorante de puissance.

    Je me suis ennuyé pendant les 80% de ce livre. Amy Engel ne cueille pas à froid son lecteur : il apprend très vite ce qui ce trame dans cette histoire aussi malsaine que répugnante. Aussi, il lit des chapitres alternant passé-présent à la découverte des personnages, et ce que les amis d’Allegra et de Lane sont devenus. Ce n’est pas très passionnant ni intriguant. Seules les 80 dernières pages offrent un peu d’intérêt sur une histoire de secret familial abjecte mais ce livre n’offre aucune originalité, surprise ou fascination.

    19/12/2025 à 12:13 2

  • Au nord de la frontière

    R. J. Ellory

    8/10 En ce 15 août 1992, au petit matin, Victor Landis apprend la mort de son frère, Franck, ce frère qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années, à cause d’une « histoire de grande personne ». En même temps que ce drame, il découvre que Franck a laissé une veuve et une fille, que Victor ne connait pas. Leur seul point commun, à part celui d’être devenus des étrangers ? Les 2 frères sont devenus shérif ; Victor dans cette petite ville de Georgie, appelée Blairsville ; Franck à Trenton.

    Victor apprend que Franck est mort dans des circonstances étranges que la police locale, les collègues de Franck de surcroît, ne semble pas pressée d’éclaircir : accident de voiture avec délit de fuite ou meurtre, alors que le corps semble avoir subi plusieurs passages de roues ?

    Victor aurait aimé laisser cette affaire loin de lui, à l’image de ses relations fraternelles. Mais sa « nouvelle » nièce de 11 ans dont il fait la connaissance lors des obsèques lui fait promettre de découvrir la vérité.

    La vérité ? Quand il commence à se pencher sur cette affaire, il découvre que Franck semblait être en étroite relation avec les frères Russell, des truands notoires du coin. Tout le monde a l’air de vouloir étouffer l’affaire.

    C’est alors que la découverte de corps de jeunes filles permet à Victor de passer à autre chose. Mais plus il s’éloigne de l’affaire de son frère, plus celle-ci lui revient en pleine figure.

    Victor va devoir faire preuve de force de caractère afin de changer sa vision des choses, et notamment faire fi de son passé avec son frère. La seule perspective pour lui de trouver la vérité dans ces affaires qui semblent être de véritables bourbiers.

    Au Nord de la frontière est un polar très addictif de RJ Ellory dans lequel le personnage principal est confronté à un problème de conscience lié à son histoire fraternelle. Ici le Shérif est taiseux, solitaire confronté à un passé douloureux et à des affaires macabres. Un livre à plusieurs temps qui se déguste différemment, avec une motion particulière pour cette nièce à la force et au tempérament bien trempé, qui montre que les blocages psychologiques sont une erreur de l’âge.

    16/12/2025 à 09:43 4

  • Le Dernier Arbre

    Tim Gautreaux

    9/10 Dans ce roman dense, Tim Gautreaux propose de suivre la vie à Nimbus, en Louisiane, dans cette exploitation forestière. Dans ce microcosme, la vie s’organise avec ses déboires, et notamment via la mafia sicilienne qui accapare le saloon, son débit de boisson et ses jeux de carte. Byron, constable et ancien soldat de la Grande Guerre, meurtri psychologiquement, essaie de faire régner un semblant d’ordre, toujours à portée de main son phonographe à écouter des chansons mélancoliques.

    Sommé par son père de retrouver son frère, Byron, Randolph va devenir le patron de la scierie à Nimbus. Dans cette grande et riche famille d’exploitant forestier, les traditions familiales sont importantes. Remettre Byron dans le droit chemin et poursuivre le commerce du bois est une gageure. Randolph va ainsi tenter de raisonner son frère. Il va être confronté à cette violence et la vengeance imparable de la mafia. Il y rencontrera un univers humide et rude, des hommes et des femmes courageux bien que miséreux.

    L’auteur nous dépeint des personnages forts (je pense, entre autres, à cette gouvernante, May, pour qui avoir un enfant d’un blanc lui offrira une nouvelle vie) et des moments intenses, et des passages forts (cette confession de Byron sur les batailles en France et son traumatisme). C’est aussi un cadre oppressant avec cette forêt aussi riche qu’hostile que l’on voit disparaître, jusqu’au dernier arbre.

    15/12/2025 à 11:38 5