JohnSteed

781 votes

  • Le Géant inachevé

    Didier Daeninckx

    7/10 Muté au commissariat d’Hazebrouck, dans les Flandres, l’inspecteur Cadin se rend, suite à un appel téléphonique signalant des coups de feu, à la Rue sans nom. Arrivé sur place, il voit un homme s’apprêtant à fuir. Il s’agit de Guy Mallet. La victime s’appelait Laurence Cappel. Tous les deux se connaissaient du temps de leur adolescence, une amour de jeunesse. Guy Mallet l’avait fait rechercher par une agence de détectives privés. Et on connait la suite…

    Enfermé dans un silence, n’expliquant pas son geste, Guy Mallet fut interné dans un hôpital psychiatrique. Un an après les faits, Guy Mallet enregistre sur une cassette ses aveux et l’explication de son geste avant de mettre fin à ses jours. Mais cette vérité ne convient pas à l’inspecteur Cadin, qui va remonter toute l’histoire de ce drame. Car quelque chose cloche. Et au fil de ses recherches, ce sont plusieurs cadavres qui parsèment son enquête…

    Troisième volume de la série consacrée à l’inspecteur Cadin. A chaque épisode, le lecteur a droit à une visite touristique et culturelle de la région où le policier est muté. Ici, les Flandres et ses carnavals, sa bourgeoisie et les vestiges de la Deuxième Guerre mondiale, chers à l’auteur. L’inspecteur Cadin se dévoile peu mais la plume de DD est toujours limpide et s’avère être un régal de jeux de mots. Une histoire à l’intrigue secondaire mais on aime découvrir ses personnages secondaires, leurs vies…

    hier à 16:55 2

  • Meurtres pour mémoire

    Didier Daeninckx

    7/10 Pour son deuxième livre, et également le deuxième consacré à son personnage principal, l’inspecteur Cadin, Didier Daeninckx s’affirme en tant que dénonciateur de crimes politiques passés par la trappe de l’oubli, dans une société superficielle où il paraît tellement plus simple de fermer les yeux et d’oublier ce qui l’arrange.

    Le roman policier démarre à Paris, le 17 octobre 1961, ce jour où la répression policière tue des manifestants pacifiques algériens venus clamer leur mécontentement face au couvre-feu établi à leur encontre par le Gouvernement.
    Parmi les milliers de morts, Roger Thiraud, professeur d’histoire, est retrouvé assassiné, exécuté alors qu’il rentrait retrouver son épouse enceinte. « Roger Thiraud », pas plus franchouillard comme patronyme : une « tâche » dans ce bain de sang, et des victimes issues du Maghreb.

    Vingt ans après, son fils, parti de Drancy, Bernard Thiraud, en route avec son épouse vers le Maroc, fait une escale à Toulouse pour ses recherches. Il va être exécuté de la même manière. Pour l’inspecteur Cadin, il faut rechercher l’origine de ce mystère.

    Meurtres pour mémoire est un véritable polar historique où l’on retrouve au fil des chapitres, la guerre d’Algérie, des barbouzes, la déportation des Juifs à Drancy, magouilles des hommes politiques… Des ingrédients plutôt sombres pour un passé qui, début des années 1980, était encore dans la mémoire de beaucoup de Français.

    Avec Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx s’affirme comme auteur français de polar et impose son style. On regrettera, encore, que le personnage de Cadin ne soit pas plus dépouillé.

    hier à 16:54 1

  • Mort au premier tour

    Didier Daeninckx

    7/10 C’est après plusieurs lectures de livres de Didier Daeninckx, m’ayant permis de découvrir l’auteur et d’apprécier ses polars, que je me suis penché sur les débuts de sa carrière d’écrivain.

    Mort au premier tour est donc son premier livre. D’ailleurs, on le ressent à sa lecture. Si Didier Daeninckx impose son style, teinte sa prose d’un humour subtil et distille son histoire de faits méconnus de la Grande Histoire, il lui manque encore de la profondeur dans les personnages. Ici, il campe l’inspecteur Cadin dans cette France giscardienne de 1977. En poste à Strasbourg, il est chargé avec ses collègues d’assurer la sécurité autour des bureaux de vote. Les élections municipales s’annoncent tendues. D’ailleurs, le lendemain des résultats, le corps sans vie d’Alain Dientat dit L’Indien (à cause des deux syllabes principales de son patronyme Lain-Dien) est retrouvé sur le chantier de la centrale nucléaire de Marcheim.

    Ce militant écologiste fervent opposant au nucléaire avait vu la liste qu’il conduisait arrivée en tête et gagnée la ville. C’est donc logiquement que Cadin en charge de l’enquête va se tourner vers les adversaires politiques. Il cherchera également du côté de son passé de militant et du groupe extrémiste qu’il a côtoyé.

    Je ressors toujours charmé par une lecture de DD. Je découvre, j’apprends, ici quelques faits historiques de cette région meurtrie par les guerres franco-allemandes, et ressens l’atmosphère de cette France rurale passée. Pas le meilleur de Daeninckx, mais tous les livres du Français sont à lire !

    avant hier à 12:00 2

  • Elles

    Lisa Lutz

    8/10 « Ce n’est pas moi qui l’ai tué. Je n’ai pas d’alibi. Vous allez devoir me croire sur parole ». En lisant ces quelques phrases posées à même la couverture de ce livre, on pourrait penser être tombé sur un polar dont le sujet est une enquête où le personnage principal va devoir chercher à prouver seul son innocence pour un crime qu’il n’a pas commis. D’ailleurs le début de ce livre le laisse penser. Tanya Dubois trouve son mari mort au bas de l’escalier. Après avoir vainement tenté de le réanimer, elle décide de quitter le domicile, la seule solution pour elle.

    Si cela interroge le lecteur, quelques lignes plus loin, on découvre qu’elle appelle un certain M. Oliver qui lui fournit nouvelles carte bleue et carte de sécurité sociale avec une nouvelle identité. On comprend que cette jeune fille n’est pas à son coup d’essai et qu’elle est coutumière des changements d’identité. Devenue Amelia Keen, elle tente dans une autre ville de se construire une nouvelle vie.

    Ainsi, tout le long du roman, on suit cette jeune fille, ces changements d’identité, ces « elles », rendus nécessaires dès qu’elle sent qu’elle est traquée. On comprend qu’elle ne veut pas qu’on retrouve sa trace. Lisa Lutz distille au compte-goutte quelques indices sur son passé, via quelques échanges de vieux courriels adressés entre deux personnages inconnus, Jo et Ryan.

    Un roman captivant, mené tambour battant, oppressant jusqu’aux 100 dernières pages, où l’on comprend mieux cette intrigue. J’ai regretté quelques longueurs, me suis interrogé pourquoi, à un moment quelconque, cette jeune fille dit qu’il est temps de revenir, sans explication ou circonstance particulière. J’ai même imaginé une fin différente, moins glamour, où elle serait arrêtée pour meurtre. Mais ne boudons pas le plaisir de cette lecture de Elles qui mérite le détour.

    25/03/2026 à 15:24 1

  • Ainsi va le monde

    Jake Hinkson

    9/10 Attention, cet avis n’est pas du tout objectif. Je préfère avertir tout lecteur que je suis un fan de Jake Hinkson. Son nouveau polar intitulé Ainsi va le monde est une réussite. Ce livre se laisse lire facilement et avec plaisir.

    Cette histoire est racontée par plusieurs protagonistes :
    - Alice Hardy, enseignante universitaire, est victime d’une agression dans une ruelle de Chicago. En état de légitime défense, elle donne un coup de couteau dans le cou de l’agresseur, le blessant mortellement. Sortant de chez son amant, et enfin de ne pas mettre à jour sa relation adultérine, elle décide de ne pas alerter la voiture de police qui venait de passer juste à ce moment-là. D’ailleurs, elle décidera de taire ces faits, à part à son amant. Quelques minutes plus tard, revenant sur les lieux du drame avec son amant elle constatera que son agresseur n’est plus là, ni le couteau. De retour chez elle, elle décide de jeter ses habits souillés de sang et déchirés à la poubelle. Le lendemain et les jours d’après, Alice, rongée par la culpabilité, souhaite savoir si les médias font état d’un mort dans une rue. Mais aucun signe d’un meurtre par blessure au cou dans une rue.
    - Owen Pall est l’archétype du parfait détective privé loser. C’est le mal-aimé de la police de Chicago, car il ne traite que des cas de femmes trompées. En plus, en faisant chanter le mari trompeur, il peut se faire deux fois plus de thunes. Mais là, en suivant un mari soupçonné de tromper sa femme, il l’enregistre avec sa caméra en train d’agresser au couteau une femme qui, en se défendant le laisse avec une grosse blessure au cou. Il sent qu’il tient quelque chose qui pourrait faire envoler sa carrière…

    Ce résumé tient en seulement quelques pages. On découvre rebondissements sur rebondissements (sans parler du final insoupçonnable) cette histoire sans comprendre où Jake Hinkson va emporter son lecteur. C’est parfois drôle, parfois émouvant, quelques fois horribles… L’écrivain américain déballe un panel de sentiments qui tient en haleine celle ou celui qui ouvrira Ainsi va le monde. Parfois, on se dit qu’on pourrait tenir un scénario d’un film, dont les frères Coen pourraient admirablement tirer. Mais, à chaque instant, on sait que l’on tient quelque de bon et jouissif. C’est tout simplement le talent de Jake Hinkson.

    Je vous avais prévenu que mon avis n’était pas du tout objectif. Quoique…

    23/03/2026 à 15:35 7

  • Le Singe d'Harlow

    Ludovic Lancien

    7/10 Si la lecture du Singe d’Harlow est rapide et facile, notamment grâce à des chapitres courts faisant la part belle aux dialogues, je me suis souvent perdu dans cette énigme complexe et dans la multitude des personnages, notamment des enquêteurs.

    Toutefois, on sent le potentiel et le talent de l’écrivain qui sera confirmé par son second roman, Les Oubliés de Dieu, que j’ai lu avant celui-ci et que j’ai beaucoup plus apprécié. D’ailleurs l’ordre de lecture ne m’a pas paru gênant dans la « compréhension » de l’enquête et l’histoire des personnages récurrents.

    Je ne retiendrai dans Le Singe d'Harlow que la théorie de ce chercheur, car cette histoire de ce justicier s’inspirant de la mythologie grecque s’avère un peu grandiloquente voire surréaliste (par exemple ce meurtre dans une station fantôme du métro dont le corps du mort sera mis dans des sacs en plastique et une partie évacuée dans les chiottes). Un livre dont il ne me restera pas grand-chose dans quelques jours.

    19/03/2026 à 16:54 1

  • Galadio

    Didier Daeninckx

    9/10 Dans l’Allemagne des années 1930, Ullrich n’est pas un adolescent qui correspond aux critères du nouveau régime nazi. Il est né d’un père soldat sénégalais, Amadou Diallo, venu avec les troupes françaises, assurer le strict respect du Traité de Versailles, dans la région de Duisbourg.

    En mémoire de ce père parti, démobilisé sans savoir qu’il allait avoir un fils, sa mère a accolé à son prénom, celui de Galadio, frère d’Amadou, habitant dans le Soudan français, chez qui elle envoyait désespérément des lettres dont elle n’avait aucun retour.

    A cause de sa couleur de peau, Ullrich/Galadio va être victime et témoin de cette montée du nazisme, et, à travers ses péripéties, le lecteur découvre des faits assez méconnus de l’histoire. Acteur de films pour la propagande nazie, il va avoir l’opportunité de retrouver ses racines africaines.

    Avec Galadio, Didier Daeninckx signe un livre poignant rempli de faits historiques méconnus, pour ma part, du moins (par exemple cet Etat libre du Goulot, issue d’une erreur topographique des Alliés qui voulaient occuper la Rhénanie). Didier Daeninckx signe, encore une fois, un livre dont la lecture s’avère, pour moi, incontournable.

    17/03/2026 à 09:50 3

  • La Mort sur ses épaules

    Jordan Farmer

    8/10 Dans cette bourgade de Pennsylvanie dénommée Lynch, l’activité minière, principale source d’emploi, a cessé et laissé sur le carreau toute une population en désarroi. Et d’ici cinq ans, tous pensent que, sans nouvelles perspectives d’essor économique, soit tout le monde quittera la ville ou un grand nombre de jeunes feront l’objet d’incarcération pour tout type de crime.

    Et à ce jour, niveau criminalité, Ferris Gilbert règne en maître et, de sa boîte de strip-tease, organise trafic en tout genre. Quand son frère, Huddles, est arrêté pour possession d’armes et de drogue, et incarcéré à la Carcasse, surnom donné au centre de détention pour mineurs, Ferris n’a qu’une obsession : faire sortir son frère.
    Ferris ordonnera à Terry, afin que ce dernier règle sa dette de jeu, de liquider le shérif, auteur de l’arrestation de Huddles. Il fera pression également sur Jason Felts pour qu’il adresse à Huddles un colis très spécial.

    Jason Felts travaille à la Carcasse, au titre de conseiller psychologique. Jason est atteint de nanisme, et a une relation extra-conjugale avec Sharon, la femme de son collègue en charge de la sécurité de la Carcasse, Sir Hendricks.

    Jordan Farmer signe un roman noir assez plaisant et donne envie de connaître la suite de son œuvre, La Mort sur ses épaules n’étant à ce jour son seul roman publié en France. Ce livre s’inscrit dans la lignée des auteurs que sont David Joy ou Chris Offutt, qui décrivent le déclin d’une Amérique rurale, dans laquelle la criminalité prend de plus en plus d’ampleurs, et où la population perd espoir et voit dériver sa vie dans un avenir sombre.

    La Mort sur ses épaules est un premier roman qui est rempli de promesses d’un écrivain dont, je l’espère, on écoutera beaucoup parler dans les prochaines années.

    16/03/2026 à 12:14 2

  • À mains nues

    Paola Barbato

    6/10 Je viens de fermer le livre, la dernière page lue, que je reste sans voix et sceptique. Dès les premières pages, je savais que ce livre n’allait pas me plaire. N’étant pas du genre à abandonner, plus par respect pour le livre et son auteure, que par fierté déplacée, je continuais ma lecture. Le sujet du livre m’a tout simplement écœuré par sa propension à écrire sur la violence gratuite, la torture malsaine, et présenter ces actes dénoués de moral. Et surtout je n’ai pas su comprendre le comportement de ces hommes qui, enlevés, se soumettent si facilement à ceux qui les séquestrent et se battent à la mort, comme des gladiateurs des temps modernes. Comme des chiens, qui sont appelés ainsi dans le livre, qui lèchent la main de leurs maîtres.

    Et comment ce sujet peut-il être encore plausible dans notre société occidentale ? Car même si, et je le souhaite, ce livre est une fiction, j’ose imaginer que cela ne peut être vraisemblable. On découvre, certes, que des hommes se battent pour de l’argent, dans des combats de ce genre. Mais des hommes séquestrés ? Et que dire des snuff-movies ? Cela dépasse ma capacité à accepter ce genre de chose.

    J’ai essayé de comprendre la volonté de l’auteure à prendre ce sujet comme toile de fond de ce roman. Perte de temps pour ma part. Je n’ai pas compris. J’ai terminé la lecture, secoué, mais pas emballé.

    12/03/2026 à 17:27 7

  • Un coin de ciel brûlait

    Laurent Guillaume

    8/10 Tanya Rigal, journaliste à Mediapart, se rend à Genève. L’homme avec qui elle avait rendez-vous a été retrouvé mort, tué dans sa chambre d’hôtel avec un pic à glace planté dans une oreille. Il s’appelle Franck Metzinger, ressortissant américain. Il voulait divulguer des séries de meurtres liées à des affaires de barbouzeries très graves. Elle apprend également qu’avant sa mort, cet homme lui avait envoyé à son bureau parisien un pli recommandé. Mais les services de l’Ambassade américaine sont sur cette affaire, en la personne de l’imparable Amanda Sharp.

    Elle va suivre cette affaire dans laquelle les meurtres au pic à glace vont se multiplier. Avec, toujours comme victimes, des drôles de personnages au passé très sombres et peu glorieux.

    30 ans plus tôt, Neal Yeboah vit paisiblement sa vie de jeune adolescent dans sa ville de Koidu, en Sierra Leone, quand sa ville est attaquée par des rebelles, qui tuent, violent et pillent. En essayant de porter secours à son père, il est contraint par le chef des rebelles, pour sauver sa vie, de tuer son père. Embrigadé de force, Neal va s’avérer être un véritable guerrier hors-pair, prenant un tel plaisir à tuer qu’il va être surnommé « Bande-à-la-guerre ».

    Dans ce roman sombre, Laurent Guillaume nous dresse un tableau sinon réaliste au moins désastreux de ce pays africain dont les populations sont massacrées par les rebelles dont les gouvernements successifs et instables n’ont comme ambition, le pouvoir et les mines de diamant qui constituent la principale richesse nationale. On suit le parcours de cet enfant-soldat et comment il va construire sa vengeance. On découvre comment des hommes véreux, voire des Etats, sans pitié massacrent la vie d’innocents, violent les femmes, enrôlent des enfants pour des pierres qui, dès lors, n’ont de précieuses que leur nom.

    L’auteur que je découvre par ce livre fait preuve d’un talent, à la fois, de conteur, de scénariste, de géopoliticien, d’historien pour offrir une lecture addictive qui m’a permis de découvrir l’âme d’un pays méconnu, la Sierra Leone.

    10/03/2026 à 14:00 3

  • Des vies volées

    Susan Allott

    7/10 Je vais commencer mon commentaire par la note finale de l’auteure anglaise expliquant les raisons de l’écriture de ce livre et notamment de la localisation de son action en Australie. Susan Allott souhaitait pallier le silence de l’Angleterre sur les violences commises sur les peuples aborigènes et autochtones par les colons anglais. Aucun cours ou leçons d’histoire ne relatent ces épisodes, et ne font que dessiner de vaillants et courageux Anglais apprivoisant la nature sauvage pour construire leur avenir. Ce qu’elle a découvert également, c’est une page moins glorieuse mais effrayante dans laquelle, jusque dans les années 1970, les enfants aborigènes étaient retirés de force à leur famille, pour qu’ils se « fondent » dans la culture occidentale, ou dite « civilisée » voire « moderne ».

    Susan Allott ne fait pas de ce fait historique la trame même de ce roman noir, mais le dénonce en l’évoquant de manière épisodique. Le fond de ce polar est un cold case dans lequel Joe Green est impliqué, 30 ans plus tard. La police de Sydney découvre qu’il est la dernière personne à avoir vu vivante sa voisine de l’époque, Mandy, officiellement déclarée morte. Vivant à Londres, Isla, la fille de Joe décide d’aller à Sydney et soutenir ses parents.

    Par un jeu d’aller-retours passé/présent, on découvre les relations des différents protagonistes et la vérité sur cette affaire.

    Si le livre ne constitue pas un polar original, l’intrigue est classique mais bien menée, et le suspense est bien soutenu, tant on souhaite connaître la vérité. Un roman qui pourrait trouver son intérêt final et son originalité par le seul élément historique présent au début de cet avis.

    06/03/2026 à 13:06 2

  • Dans la gueule de l'ours

    James A. McLaughlin

    8/10 Lauréat du Grand Prix de la littérature policière 2020 et récompensé par le Edgar Award du Meilleur premier roman en 2019, Dans la gueule de l’ours suscite, au premier abord, si ce n’est un intérêt, au moins une curiosité. C’est d’ailleurs grâce à ces prix que j’ai décidé de me plonger dans sa lecture.

    Aussi, pendant seulement 3 jours, le temps de le lire en entier, j’ai été attiré par, non cette histoire somme toute banale voire classique d’homme en cavale et se cachant des truands qu’il a trahis, cette atmosphère qui se dégage de cette nature omniprésente.

    Rice Moore a été recruté par la propriétaire d’une réserve privée d’une forêt des Appalaches. Il a en charge d’assurer la protection de la faune et de la faune, et notamment et chasseurs d’ours. Depuis quelques temps, les ours sont la proie des braconniers à la recherche des vésicules de ces animaux, véritable pépite pour la population chinoise. Les ours de la réserve sont la proie de tueries abominables. En temps normal, il est chargé d’effectuer différents relevés sur la nature, au fil des saisons, pour préserver cette forêt endémique. Mais après la découverte du cadavre d’un ours dépecé, Rice Moore va donc chercher, de manière discrète, ceux qui chassent ces animaux protégés. De manière discrète, car pour préserver son passé, il ne cherche pas à se faire remarquer et être la cible, même en tant que témoin, des policiers locaux.

    On découvre ainsi au fil des pages le passé et ce qui a poussé Rice Moore à se cacher, sa passion pour la nature, cette forêt préservée dans ces collines que l’on imagine aussi majestueuses que riches de sa faune et sa flore. On découvre ce personnage aussi complexe que rempli de valeurs. Toutefois, cette intrigue se décante dans les dernières pages qui s’avèrent beaucoup plus rythmées.

    Dans la gueule de l’ours est ainsi pour moi un livre qui impose au lecteur un effort pour rentrer dedans. Un livre qui se mérite et qui ne se dévoile qu’au fil des pages, qu’à l’avancée dans cette histoire, avec des passages très immersifs (Rice Moore et son camouflage ghillie, comprenant branches, herbes, terres… ; la description des animaux et des arbres,…), et beaucoup de sensibilité, voire de poésie.

    06/03/2026 à 10:57 4

  • Le Jeu de la rumeur

    Thomas Mullen

    8/10 Dans ce Boston de 1943, où l’attaque de Pearl Harbor résonne encore, l’industrie américaine est en pleine effort pour fabriquer les armes, les navires de guerre… Mais c’est peu dire que l’implication des Etats-Unis dans cette guerre ne fait pas l’unanimité. Une belle frange de la population voit d’un mauvais œil le fait de combattre à côté de l’ennemi juré, l’URSS. Il n’y a qu’un pas à franchir pour qualifier de communistes ceux qui veulent combattre en Europe, contre ceux qui sont bons catholiques, à l’instar de l’Allemagne. L’antisémitisme bat son plein ; les violences envers la communauté juive sont quotidiennes.

    D’ailleurs, un ouvrier juif travaillant dans une usine d’armement est trouvé assassiné dans une ruelle, avec une serviette signée de la croix gammée mise dans sa poche.

    Devon Mulvey, agent du FBI, mène l’enquête sur les espions qui compromettraient l’effort de guerre.

    La journaliste Anne Lemine s’occupe de la rubrique « La Clinique des rumeurs » dans le journal local, Le Boston Star. Elle cherche à rétablir la vérité sur toutes les rumeurs entendues, sachant qu’au regard du contexte, elles portent sur les Juifs, les femmes travaillant à proximité des soldats,… tout ce qui s’avère négatif à l’ambiance générale.

    Et les parcours de Devon et d’Anne vont se percuter. Anne, à l’esprit combattante et téméraire, va bousculer les principes de Devon issu d’une famille bien établie à Boston, toujours à la recherche d’établir la vérité.

    La nouvelle saga de Thomas Mullen est, comme avec Darktown, un écrivain qui établit sa trame de polar dans un contexte historique attrayant et intéressant. Ici, l’entrée en guerre des Etats-Unis attisent les haines, les groupuscules extrémistes emploient la manière forte. Le Gouvernement établit des lois totalitaires pour « contrôler » voire enrayer les libertés publiques (celle de la presse, notamment). Une presse confrontée à un sujet très contemporain des « fake news ». Un sujet finalement contemporain : rien n’a changé, dans l’Histoire, et dans la pensée humaine confrontée aux conflits.

    Et comme toujours, c’est un plaisir et un intérêt à découvrir cette page des Etats-Unis, de la société, du quotidien de ces hommes et femmes, comme les alertes aux sous-marins, les conflits religieux et politiques. La population américaine était déchirée face à ce conflit mondial, trop loin de chez eux, alors qu’elle paiera un lourd tribut pour combattre le nazisme et faire gagner la liberté. Thomas Mullen a toujours ce souci de la précision des faits, des références historiques (comme il l’indique dans sa note en fin d’ouvrage). Une nouvelle saga dont j’attends avec impatience la suite.

    04/03/2026 à 15:18 3

  • Le Criminel

    Jim Thompson

    9/10 L’œuvre de Jim Thompson est pléthorique et comprend autant de romans que de nouvelles. Et, bien évidemment, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Il y a ainsi des romans de l’Américain qui font l’unanimité (L’Assassin qui est en moi, Pottsville, 1280 habitants notamment). Il y en a qui surprennent par leur discrétion mais qui ne démériteraient pas de faire partie des meilleurs crus.

    Pour moi, Le Criminel ferait partie des livres qui gagnerait à avoir plus de reconnaissance dans l’œuvre de Jim Thompson. Dans Le Criminel, l’auteur dénonce comment les médias et les gens de pouvoir peuvent faire fi de la recherche de la vérité et de la présomption d’innocence si une affaire peut servir leur intérêt financière et politique.

    A travers différents protagonistes (les parents du jeune accusé, l’avocat, les parents de la victime, le juge et les journalistes), Jim Thompson raconte comment Bob Talbert, jeune adolescent accusé du viol et du meurtre de sa jeune voisine, va se voir écraser et manipuler par la machine médiatique, toujours avide de sensationnalisme et d’audience, synonyme de vente et de leadership. Par effet domino, ce sont tous les hommes de loi, avocats et juges ambitieux, qui vont aussi voir dans cette affaire une opportunité pour faire rebondir leur carrière.

    Le Criminel est un magnifique roman noir et glaçant de Jim Thompson dont la vision de son pays est aussi pertinente qu’effrayante.

    25/02/2026 à 15:46 4

  • Et mon tout est un homme

    Pierre Boileau, Thomas Narcejac

    8/10 « Le récit qu’on va lire est authentique ». Voici, par ces quelques mots de mise en garde, comment on découvre ce récit, ou plutôt, ce rapport que Garric adresse au Président de la République. Il souhaite écrire la vérité sur l’Affaire René Myrtil.

    Garric, chef de cabinet du Préfet de Police, est sommé de suivre une opération des plus importantes et secrètes. Immense chirurgien d’origine tchèque, Anton Marek va greffer tous les éléments et parties d’un même corps humain sur des accidentés de la route. Et le corps dont les organes vont être prélevés est celui de René Myrtil, prisonnier condamné à mort et volontaire dans cette expérience dont l’enjeu est stratégique pour la puissance de la France.
    En ce week-end de Pâques, connu pour être des plus accidentogènes, les blessés sont triés sur le volet pour pouvoir recevoir, qui du bras gauche, du bras droit, et des jambes… et même la tête de René Myrtil.

    Ainsi, le bras gauche fut greffé à un homme, Gaubrey ; le bras droit est greffé à un prêtre (avec un tatouage « Lulu ») ; la jambe gauche (très poilue !!!) à une femme, Simone Gallart ; la jambe droite à un marchand de meubles, Etienne Eramble ; la tête à un employé de banque (que René Myrtil, notable dévaliseur de banque devait connaître !) ; le cœur et les poumons à un étudiant, Roger Mousseron ; et le reste (oui, tout le reste, car il y avait des restes, bien évidemment !!!) fut greffé à Francis Jumauge.

    Marek, très satisfait de la réussite de l’opération, attend pendant plusieurs jours que les organes greffés soient acceptés par les différents receveurs. Mais voilà, par un phénomène étrange, un par un, ils se suicident ou trouvent la mort dans des circonstances étranges. Et chacun voit que René Myrtil veut reprendre possession de son corps !!

    Et mon tout est un homme est un véritable bijou d’humour noir. Boileau-Narcejac dévoile une autre de leur qualité en faisant sourire le lecteur. Un roman à part de leur œuvre dédié au suspense et aux scénarios machiavélique mais qui n’en reste pas moins vivement recommandable.

    24/02/2026 à 14:28 1

  • Sortis des bois

    Chris Offutt

    8/10 Sortis des bois : pour se faire accepter par sa belle-famille, Gerald part dans le Nebraska chercher son beau-frère, Ory, hospitalisé après s’être fait tirer dessus par une femme.

    Melungeons : Goins est adjoint au shérif. Il a l’étrange visite d’un homme, dénommé Gipson, qui tient plus que tout à se faire coffrer. Un dialogue se tiendra entre les deux hommes sur les origines des personnes du territoire et notamment sur les Melungeons, venus peuplés les collines et des hostilités entre les clans Gipson et Mullins.

    Moscow, Idaho : Tilden et un ancien taulard du nom de Baker, sont chargés de déterrer des cercueils d’un cimetière, à la place duquel sera construit une autoroute. Baker raconte comment sa vie en prison lui manque.

    Deux cent onze partout : un mec s’est fait virer de chez sa petite amie. Déambulant dans la nuit, il fait le point sur sa relation amoureuse et sa vie.
    De l’eau dans tous les sens : Routier, Zules traverse l’Oregon quand il doit s’arrêter : une digue ayant lâché, la route est inondée. Ayant fait escale Crawsfordville, il aidera les habitants à lutter contre l’inondation de la ville, avant de se faire arrêter par le shérif.

    Chouette rayée : ayant quitté le Kentucky depuis sept ans, cet homme travaille pour l’université de Greeley, Colorado. Il mène une vie paisible, seul. Tous les jours, après le travail, il va boire quelques verres au Pig’s Eye. C’est là qu’il rencontre Tarvis. Ce dernier lui demande s’il peut empailler une chouette rayée.

    Exercice de tir : Ray est revenu dans son Kentucky natal, ayant quitté les chaînes de montage de Chrysler. Dans sa maison, dans les collines, Ray voit l’éboueur qui lui propose de racheter un fusil. L’affaire conclue, il propose à son père, Franklin, avec qui il est assez distant, de tester la nouvelle arme.

    Epreuve de force : c’est la loose. Quand ils souhaitaient prendre quelques jours de repos, Lynn et lui, il se fait arrêter par la police et du coup, les voilà fauchés et coincés à Great Falls. La seule solution est pour Lynn de faire l’Epreuve de force, un combat de boxe pour femmes.

    Dans ces 8 nouvelles, Chris Offutt raconte l’histoire d’hommes emprisonnés par la vie, déracinés ou revenus dans le Kentucky, mais dont la vie n’a pas gâté. Des hommes solitaires, dont l’auteur américain dépeint avec merveille leur nostalgie et leur déboire.

    23/02/2026 à 17:11 3

  • Corvée de bois

    Didier Daeninckx

    8/10 Avec Corvée de bois, Didier Daeninckx raconte l’histoire d’un jeune étudiant à La Sorbonne qui, pour échapper à la prison, est incorporé dans l’armée et envoyé en Algérie. Corvée de bois est un prétexte pour l’auteur français de dépeindre cette société française des années 50, de dénoncer les massacres perpétués par les soldats français contre les civils et les reporters, ainsi que les tortures envers les rebelles algériens.

    Corvée de bois est aussi une rencontre de Daeninckx avec le dessinateur TIGNOUS qui a été victime de l’attentat terroriste contre Charlie Hebdo en janvier 2015.

    23/02/2026 à 14:03 3

  • La mort en écho

    Barbara Abel

    9/10 3 époques, 3 femmes, 3 drames et un même lieu, source de toute cette histoire : « Le Cheminot ».

    « Le Cheminot » est le nom par lequel cette bâtisse fut baptisée, après la mort de Madeleine, rappelant son véritable amour, et son meurtrier, Simon, le cheminot. Cette maison que Victor Simonet offre comme dot à sa fille, Madeleine, pour son mariage avec Gilbert Leleux. Un mariage forcé, comme si cela allait effacer l’amour que Madeleine avait pour Simon, dont elle porte leur enfant, Bertrand. On est en 1930, et c’est le début d’un drame en 3 actes.

    En 1960, Marie et Thomas achètent « Le Cheminot ». Ce jeune couple qui n’aspire qu’à construire une vie paisible voit son existence troublée par l’arrivée d’un étrange visiteur venu voir « Le Cheminot ».

    En 1990, c’est aussi un étrange voisin qui s’installe dans le logement au-dessus de chez Manon et Théo. Ce Nino Darmont s’immisce trop dans la vie du couple, au goût de Manon.

    Chapitre après chapitre, on découvre l’histoire de ces 3 femmes dont 2 (Madeleine et Marie) écrites de leur main. Page par page, on découvre les drames, la vérité, et chaque moment douloureux de leur vie parsemée de rancœur, de haine et de mort, mais de leur cause : l’amour.

    Barbara Abel a écrit avec La mort en écho un livre touchant par tant de souffrance et de malheur à cause de quelque chose, l’amour, qui ne devrait être cause que de joie, de rire et de bonheur. Le style et la mise en scène de cette histoire sont formidablement portés par le talent de la Belge. Même si l’histoire est convenue, La mort en écho présente une intrigue au charme indéniable.

    19/02/2026 à 17:37 5

  • Ceux qui méritent de mourir

    Carlos Salem

    8/10 Ancien inspecteur, détaché auprès de la Commission européenne à Bruxelles par sa hiérarchie, Severo Justo est appelé par le Ministre de l’Intérieur espagnol pour mettre sur pied une Brigade Criminelle internationale. Le motif ? Traquer un tueur en série qui sévit à Madrid et qui s’en prend aux criminels jamais poursuivis ou relaxés, et qui se fait appeler Personne.

    Pour les hauts responsables politiques, cette Brigade servira surtout de fusible, car cette affaire quand elle sera dans les mains des médias, fera l’effet d’une bombe. Un tueur en série en Espagne ? On n’a jamais vu ça ! Severo Justo servira de prétexte à sauver les apparences du chef du Gouvernement. Un policier qui ne sait pas mentir, prêtre défroqué, qui a perdu sa femme et sa fille, tuées par un chauffard dans Madrid, est un homme accablé, servant idéalement de pâture à la Presse.
    Pour mener à bien cette enquête, Severo Justo s’entoure de personnes hautement improbables mais compétentes : Dolores, une mamie (!) hackeuse ; Dalia, une psychothérapeute aux troubles de la personnalité ; Caronte, médecin légiste qui entend les cadavres lui parler…

    Personne tue sans règle apparente : banquier véreux, architecte corrompu, évêque pervers,… Et il envisage de rendre justice à Severo Justo en lui offrant sur un plateau le chauffard-meurtrier de sa femme et sa fille… Mais quelle justice ce policier aux principes infaillibles va-t-il choisir ?

    Carlos Salem m’a encore une fois charmé avec ce polar aussi drôle qu’attachant. Que ce soit avec cette histoire de vengeur/tueur en série, ces personnages aussi décalés que drôles, des situations loufoques… Oui, pas le temps de s’ennuyer avec Ceux qui méritent de mourir. L’auteur espagnol a eu la bonne idée de faire de Severo Justo, un personnage d’une nouvelle série. J’attends avec plaisir le prochain livre. En espérant qu’il soit aussi réussi que celui-ci.

    17/02/2026 à 12:36 3

  • Les Oubliés de Dieu

    Ludovic Lancien

    8/10 Il existe plusieurs critères qui me font aimer une lecture : outre une intrigue prenante et originale et des personnages attachants, il y en a particulièrement un que je place au-dessus des autres : celui qui m’apprend des faits, des choses ou me fait découvrir ce que je ne savais pas.

    Les Oubliés de Dieu cochent à peu près toutes les cases, et notamment le dernier. Je ne connaissais pas la tératologie, ou de manière plus commune et moins savante, l’étude des malformations des êtres vivants. Certes, j’avais bien évidemment connaissance de ces images d’hommes et femmes, des siamois par exemple. Mais j’avoue (et j’en ai bien évidemment honte), pour moi, cela s’arrêtait à un phénomène de foire, des freaks shows,… J’ai pu prendre conscience, grâce à cette lecture, que ces malformations humaines peuvent recourir plusieurs aspects et concernent près de 40 millions de personnes à travers le monde. L’Histoire nous a montré l’intérêt humain et inhumain que nos sociétés ont eu pour ces êtres humains différents. S’ils ont alimenté les légendes (La Bête du Gévaudan), décrié par la Religion catholique comme étant des « créatures du Diable », ils ont fait l’objet d’œuvre de charité (La Petite Maison de la Divine Providence à Turin), ou d’extermination par les Nazis (Gnadentod).

    Ludovic Julien se sert de ce thème de la tératologie comme sujet central dans ce polar intense et rythmé. On ne s’ennuie pas dans cette lecture tant on est poussé à enchaîner les pages et les chapitres. J’ai trouvé des similitudes avec Jean-Christophe Grangé dans ce « page-turner » : thème original, scènes de crime horribles, flics hors-pairs à la déduction implacable, rythme effréné de l’enquête… Jusqu’au dénouement trop facile où le coupable dévoile tout dans le moindre détail les fait et ses motivations, ce que je déplore plus que tout et qui m’oblige à ne pas mettre une meilleure note.

    13/02/2026 à 10:42 5