Norbert

325 votes

  • Obia

    Colin Niel

    8/10 Autant avouer tout de suite que j'ignorais tout de la Guyane, jusqu'à sa localisation, et que par conséquent la lecture de cet "Obia" s'apparentait pour moi à un voyage en terre inconnue. Par chance, Colin Niel s'est avéré être le guide parfait pour cette aventure littéraire : aussi éloigné de l'auteur opportuniste en quête d'exotisme bon marché susceptible de colorer une énième intrigue policière, que du pseudo-spécialiste se regardant écrire, plus soucieux d'étaler à la vue de tous l'étendue de ses connaissances et transformant ainsi son texte en thèse.
    Tout au contraire, Colin Niel écrit, lui, sur ce coin d'Amazonie française comme un auteur barcelonais le ferait dans la capitale catalane ou un romancier des Appalaches dans son coin d'Amérique : en écrivant sur ce qu'il connait et en faisant de la Guyane un personnage à part entière, avec son histoire, son passé, ses difficultés, sa beauté et sa complexité.
    Niel dévoile les différentes facettes de cet autre territoire français un peu comme il le fait avec les personnages de son roman, par touches successives, avec justesse et sincérité.
    Et on retrouve la même maîtrise, la même habileté dans la construction de son intrigue, entremêlant passé et présent autour du fleuve Maroni.
    Un fleuve qui symbolise la frontière invisible entre Suriname et Guyane, et que n'ont cessé de traverser depuis des décennies les habitants de l'un comme de l'autre.
    Les Surinamiens par milliers dans les années 1980 pour fuir la guerre civile et ses massacres, tandis qu'aujourd'hui, les barons de la came qui bénéficient d'une planque idéale dans cet Etat faiblement peuplé refusant l'extradition, envoient leurs mules sur les rives françaises du Maroni, direction l'ouest et l'aéroport de Cayenne la capitale, avec pour objectif la métropole.
    Entre meurtres inexpliqués, trafic de drogue, course-poursuite échevelée auxquels se mêlent d'étranges fantômes d'une guérilla pourtant achevée depuis des années, Colin Niel déploie plusieurs fils narratifs, d'autant plus captivants que l'on pressent qu'ils vont se rejoindre tôt ou tard, et réserve de belles surprises au lecteur. Si le milieu du récit accuse une baisse de rythme assez conséquente, l'auteur enchaîne heureusement sur un retournement de situation totalement bluffant, pour une dernière partie pleine de suspense menée pied au plancher.
    Pas de doute, sous la plume de Colin Niel, la Guyane est définitivement une terre de polar à ne pas manquer !

    22/12/2016 à 12:13 12

  • Sauve-toi !

    Kelly Braffet

    8/10 Amateurs exclusifs d'intrigues policières, passez votre chemin. Avec "Sauve-toi !", on est en présence d'un pur roman noir, psychologique, quasi sociologique même, mais quel roman !
    Ce qui frappe dès les premières pages et rend ce texte si addictif, c'est la force incroyable de ses personnages, leur authenticité, leur ultra-réalisme, leur crédibilité à toute épreuve. Aucun artifice, aucun cliché, ici on colle au plus près de ces personnalités riches et complexes, pour lesquels on développe rapidement une empathie totale. Ils pourraient être nos voisins, nos collègues de travail, on pourrait les croiser dans la rue sans se retourner ou se questionner sur eux, ils ne sont ni super-héros ni incorrigibles losers. Loin d'être des freaks, ce sont des gens normaux, à ceci près que chacun traverse une (très) mauvaise passe.
    Avec son écriture sobre mais racée, tout en nuances, Kelly Braffet nous introduit dans leur quotidien et révèle leur fragilité, leurs difficultés, leurs vies décomposées.
    Mis en marge de la société par leur comportement ou par leur choix, leur destins vont se croiser et se recroiser, transformant leur vie en poudrière jusqu'à ce que, les frictions s'aggravant, celles-ci finissent par produire l'étincelle fatale.
    Ne tenez pas compte du résumé de 4eme de couverture, brouillon et peu engageant, plongez sans hésiter dans ce roman noir et âpre d'une grande subtilité, qui révèle Kelly Braffet comme un des grands talents du genre et une auteure à suivre de près.

    28/11/2016 à 12:53 9

  • Trop de morts au pays des merveilles

    Morgan Audic

    5/10 Un premier roman plutôt prometteur, l'auteur faisant preuve d'un savoir-faire indéniable appuyé sur de bonnes idées, et une mise en situation habile et mystérieuse tout au long de la première partie. Dommage que la seconde partie soit gâchée par une véritable avalanche de rebondissements à la Harlan Coben - souvent assez peu vraisemblables d'ailleurs - qui perdent en plus de leur intérêt et de leur impact à cause de personnages pas assez fouillés. Un problème de surdosage qui, je l'espère, sera réglé pour les prochains romans de Morgan Audic.

    12/11/2016 à 08:31 7

  • Le Matériel du tueur

    Gianni Biondillo

    4/10 Quelle déception, ce roman ! Pourtant, j'étais rentré dedans avec un "à priori" ultra-positif suite au résumé et au fait que ce soit un polar italien. Mais dès les premières pages, gros problème : impossible de se concentrer sur un personnage ou le début de l'intrigue, avec un auteur qui n'en finit plus d'aligner des digressions à propos de tout et n'importe quoi, que ce soit de la manière de faire des pâtes (pourtant j'adore ça et, dans le même esprit mais sans digressions à chaque paragraphe, Alessio Viola a même réussi à me donner quasiment faim lors de certains passages de son magnifique "Celui qui ne dormait pas"), de l'architecture d'un pont, bref : tout, absolument tout était sujet à longueurs et digressions jusqu'à ce que, enfin, à partir de la 70ème page, comme si on venait de lui administrer sa dose de neuroleptique, l'auteur se calme soudainement (et enfin !).
    Une fois ces 70 premières pages passées, le récit gagne en rythme, en efficacité, et pourtant je suis complètement passé à côté. Je n'ai accroché ni aux personnages, ni à l'intrigue plus ou moins confuse, et j'ai terminé le bouquin avec cette désagréable impression d'être totalement passé à côté... Pourtant, outre le défaut majeur mentionné quant au verbiage au début du roman, le potentiel était là. Peut-être que je ne l'ai pas lu au bon moment, qui sait, toujours est-il que ce Matériel du tueur n'aura pas réussi à me convaincre.

    05/03/2016 à 13:58 7

  • La Fille du train

    Paula Hawkins

    6/10 Bien que déçu par une fin plutôt convenue - j'espérais un ultime rebondissement plus "théâtral", peut-être - c'est dans l'ensemble un assez bon thriller psychologique. Même si le style et l'écriture sont basiques, l'auteur parvient à accrocher son lecteur grâce à un récit choral qui donne la parole à plusieurs personnages et autant de versions différentes ; grâce à ce qui est déjà devenu Outre-Atlantique un sous-genre en lui même, où le narrateur principal - ici la narratrice - n'est pas totalement "digne" de la confiance du lecteur, dans le sens où celui-ci est amené à douter de la véracité de son récit ; et enfin grâce à mon avis aux portraits de trois femmes qui, pour une fois, échappent aux stéréotypes principalement anglo-saxons de la "self-made woman" qui réussit tout dans sa vie professionnelle ou personnelle. Ici, au contraire, les personnages féminins ne sont pas exempts de failles, ne sont pas forcément exemplaires et, par conséquent, apparaissent comme beaucoup plus humaines.
    Meilleur selon moi que "Les Apparences", mais loin d'être inoubliable pour autant, "La Fille du train" fait partie, avec "À la vie, à la mort" de Colette McBeth - publié en janvier dernier aux Escales et que j'ai toutefois largement préféré car bien plus efficace jusqu'à la fin -, des deux "domestic thrillers" globalement assez réussis de l'année.

    19/12/2015 à 18:06 11

  • Le Dernier Arbre

    Tim Gautreaux

    10/10 Ce roman est un véritable bijou, et une sacrée découverte ! Une très belle plume puissamment évocatrice porte ce texte magnifique, absolument captivant et totalement immersif tant il transporte le lecteur dès les premières pages dans un voyage au fin fond des bayous de Louisiane dans les années 1920. À la fois sombre avec ses flambées de violence, poisseux et poignant, baigné d'une atmosphère moite saisissante, Le Dernier Arbre véhicule une palette riche en sensations et en émotions diverses, à travers des personnages éblouissants qui, tous, touchent le lecteur en plein coeur, y compris lors de scènes plus lumineuses. La relation, pourtant compliquée au début, entre ces deux frères est fascinante.
    Ce premier roman exceptionnel de Tim Gautreaux possède un grand souffle romanesque et révèle l'un des plus grands talents de la littérature américaine, qui n'a pas à rougir des comparaisons faites avec Faulkner ou, plus proche de notre époque, Ron Rash.
    À découvrir sans faute pour tous les amateurs de grands romans noirs... et de belle littérature américaine !

    10/12/2015 à 11:07 10

  • L'Alignement des équinoxes

    Sébastien Raizer

    4/10 Un roman que j'ai beaucoup aimé et qui m'a passionné pendant au moins la moitié du livre, par contre j'ai été de plus en plus déçu par la suite de "l'évolution" de l'intrigue qui ne tient pas du tout ses promesses, qui commence à s'embourber pour finir par une fin très décevante.
    L'aspect "alignement des équinoxes" et "phénomènes qui nous dépassent", si intéressant et passionnant au début finit par retomber totalement à plat, à tel point que je me suis dit : "tout ça pour ça ?!".
    Du coup, non seulement à la fin on ne voit pas très bien la nécessité d'une suite, mais personnellement ce sera sans moi.
    Au final, après avoir fondé de grands espoirs sur cette intrigue si originale, passionnante et "exaltante" dans la première moitié du roman, tout retombe petit à petit à plat ensuite pour se finir de manière expéditive et baclée, finalement de manière très classique et qui, surtout, ne répond à aucune des questions soulevées pendant tout le récit. En réalité une sorte de non-résolution, un retour à zéro déconcertant et très décevant, qui m'a donné l'impression d'un roman... totalement vain.
    Dommage, car il y avait vraiment un potentiel assez impressionnant, à la base.

    23/11/2015 à 06:16 7

  • Né sous les coups

    Martyn Waites

    9/10 Un formidable roman noir d'une rare puissance. Le choc se produit dès les premières pages. Après un prologue fulgurant et violent, le premier chapitre de la première partie commence par deux pages de description d'un match de foot pendant lequel un joueur marque un but. La description est tout simplement à couper le souffle. Et le reste du récit est à l'avenant, prenant le lecteur aux tripes jusqu'à la fin.
    Une écriture puissante et racée, des personnages forts qui prennent vie au fil des pages, une intrigue noire et sociale implacable, qui se met peu à peu en place et captive l'attention du lecteur pour mieux montrer les dégâts causés par la folle politique dictatoriale, criminelle et ultralibérale de Thatcher.
    Vous pensez que le sujet en tant que tel ne vous intéresse pas, et donc que vous n'accrocherez pas ?
    Détrompez vous : Martyn Waites est aux commandes, la construction de son récit est imparable, ses personnages plus vrais que nature, le drame terrible - d'autant plus qu'il est basé sur la réalité - et de plus en plus palpable. L'auteur nous offre un superbe roman noir et âpre qui témoigne de la déliquescence de la société anglaise sous les coups de boutoir de l'ultra-libéralisme, tout en lui insufflant une puissance romanesque, une intensité dramatique, un suspense et une tension crescendo dignes d'un grand thriller. Une lecture marquante, poignante et édifiante dont on ressort sonné. Martyn Waites est à coup sûr une révélation éblouissante, une voix originale avec laquelle il faudra désormais compter, et son premier roman, énorme coup de coeur, en est la preuve !
    À découvrir d'urgence, à l'heure où paraît enfin en France son second roman, "La Chambre blanche".

    09/09/2015 à 14:01 11

  • Les Géants

    Benoît Minville

    6/10 J'ai apprécié ce roman sur la Côte Basque, qui met en scène deux familles qui essaient de joindre les deux bouts et surtout de faire bloc en préservant l'amitié et la solidarité.
    L'une d'entre elles va devoir faire face à un secret de famille qui éclate avec la sortie de prison du grand-père. On s'attache vraiment aux personnages, notamment ces jeunes liés par l'amitié depuis l'enfance, et pour certains par l'amour depuis peu, sans oser le révéler au grand frère et meilleur ami.
    Des gens ordinaires qui font bloc face aux coups durs de la vie, des jeunes qui se battent pour réaliser leurs rêves, jusqu'à un final digne d'un western moderne, avec course au trésor et flinguage tous azimuts.
    Un roman assez captivant et inter-générationnel qui met en avant les valeurs d'amitié, de fidélité, de solidarité et de résistance, dans une ambiance de plage et de surf particulièrement dépaysante.
    Une lecture qui fait du bien !

    02/08/2015 à 12:38 7

  • Le Village

    Dan Smith

    8/10 Un thriller haut de gamme qui mêle traque, survie, aventures, évènements historiques, dans un récit d'une extraordinaire efficacité, riche en rebondissements et en surprises.
    Les personnages sont parfaitement campés, parfois en proie à des dilemmes moraux, des drames ou des émotions que le lecteur, en totale empathie, ressent également, et d'ailleurs d'autant plus fortement que son imagination et son ressenti sont sollicités avec brio par l'absence de pathos et la retenue remarquable dont sait faire preuve l'auteur dans ses descriptions.
    À l'aide de son écriture simple et directe, fluide et très visuelle, Dan Smith nous immerge dès les premières pages dans un récit aussi original qu'addictif, tendu et mouvementé, riche en surprises, en suspense mais aussi en moments d'humanité au sein d'une époque et d'un environnement hostiles qui en manquent cruellement.
    Une réussite totale pour ce roman puissant, mené d'une main de maître jusqu'à la dernière ligne.

    27/05/2015 à 07:24 7

  • Fleur de cimetière

    David Bell

    7/10 Un thriller psychologique qui possède une construction et un suspense d'une redoutable efficacité. On s'attache à ce père au fur et à mesure car il est hors de question pour lui de rester les bras ballants et d'accepter que sa fille soit oubliée et que tout ne continue pas à être fait pour trouver la vérité, explorer et vérifier toutes les pistes. Pour lui, elle ne peut pas être morte, par conséquent il ferait tout pour la retrouver.
    Un polar très addictif.

    28/02/2015 à 12:12 2

  • Les Chiens de Belfast

    Sam Millar

    6/10 Première enquête de Karl Kane, privé à Belfast, personnage attachant et bourru, spécialiste en réparties cinglantes, en butte avec les autorités - et particulièrement la police - dont il soupçonne la corruption, ce qui va d'ailleurs lui être démontré ici à un niveau encore jamais vu.
    Un roman rythmé, qui alterne les points de vue à l'aide de courts chapitres, traversé d'éclairs de violence brutale mais aussi éclairé par l'humour noir et les dialogues savoureux de Sam Millar.
    Du pur hard-boiled version irlandaise qui, malgré quelques petites imperfections au niveau de l'intrigue vers la fin, tient le lecteur en haleine et possède une saveur autrement plus authentique que tant de pâles copies formatées et fabriquées à la chaîne qui envahissent les librairies.

    10/02/2015 à 06:52 5

  • Chambre 507

    J. C. Hutchins, Jordan Weisman

    5/10 Un "petit" thriller divertissant, plutôt fun et bien troussé, avec des personnages intéressants et dont le principal intérêt vient de son flirt très léger avec le surnaturel. Dommage que le potentiel initial de l'intrigue ne soit pas plus exploitée. Si sa fin ouverte (les auteurs avaient peut-être prévu d'en faire une série ?) fera grincer des dents les lecteurs trop rationnels mais ne constitue pas en soi un problème ; ce qui est plus gênant et frustrant vient en revanche du fait qu'un grande partie des questions que l'intrigue avait soulevée sur le passé familial du héros ne trouve au final aucune réponse. Pas inoubliable (loin de là), pas indispensable, mais pas mauvais non plus et assez rafraîchissant.

    06/01/2015 à 07:42 3

  • Les Mensonges

    Karen Perry

    8/10 Une belle découverte. Roman intimiste, tout en subtilités et en émotions, avec une belle écriture fluide et des personnages attachants aux fêlures et tourments très finement dépeints.
    Là où "Les Apparences" de Gillian Flynn m'avait laissé de glace avec sa mécanique trop carrée et bien huilée, le roman de Karen Perry aura su me toucher jusqu'à sa toute fin grâce à une véritable épaisseur romanesque et une dissection minutieuse des failles et imperfections du quotidien d'un couple qui vire lentement mais sûrement vers la tragédie. Une réussite.

    02/01/2015 à 20:25 2

  • Je suis Pilgrim

    Terry Hayes

    7/10 Un gros thriller d'espionnage globalement divertissant. Toutefois, on n'échappe pas à quelques longueurs souvent inévitables avec ce genre de gros pavés - celui-ci aurait incontestablement mérité un bon dégraissage - ni à quelques rebondissements et résolutions d'énigme frisant parfois le grotesque. Assez agaçant, tout comme l'est cette vision réductrice - et fausse - des Etats-Unis en tant que sauveurs du monde - alors qu'ils n'en sont que les gendarmes auto-proclamés et les impérialistes les plus agressifs - et qui s'accompagne ici d'un mépris à peine voilé pour à peu près tous les autres pays. Voilà pour les défauts. Cependant, Terry Hayes parvient à emporter le morceau grâce à son talent évident de conteur et son astucieux parti-pris d'épaissir son personnage principal à l'aide d'amples flashbacks sur son parcours atypique au sein du monde complexe et plutôt fascinant du renseignement américain. Au final, pour peu qu'on ait du temps devant soi et qu'on le prenne pour ce qu'il est - c'est-à-dire un pur divertissement - ce roman se démarque sans peine de la production industrielle et standardisée de thrillers US qui envahissent les tables des libraires et se lit avec un certain plaisir. Même si, une fois la dernière page tournée, on est quand même soulagé de l'avoir terminé.

    05/12/2014 à 06:55 9

  • Les Apparences

    Gillian Flynn

    7/10 Un roman long à démarrer, dont le premier rebondissement intéressant n'intervient qu'au bout de 200 pages. À partir de là, et encore plus une fois commencée la seconde partie, le récit devient enfin un page-turner qu'on dévore facilement pour une raison principale : savoir comment tout cela va se terminer. Cependant, j'avais déjà plus ou moins anticipé le principal retournement de situation de la seconde partie, et si le récit ne manque pas de machiavélisme et d'intérêt, je n'ai pas été au final totalement convaincu. La fin est sans éclat, là où on espérait un dernier rebondissement vraiment bluffant, et j'ai donc terminé ces Apparences en étant à vrai dire globalement un peu déçu, par rapport au thriller plein de rebondissements et à la tension insoutenable que je m'imaginais lire.

    11/10/2014 à 15:31 3

  • La Maison des chagrins

    Víctor Del Árbol

    8/10 La Maison des chagrins est vraiment un fabuleux et magnifique roman noir, porté par une écriture puissante, élégante et racée, ainsi que des personnages qui crèvent le papier, et dont l'auteur dissèque la psychologie complexe sous les yeux ébahis du lecteur.
    L'intrigue, en apparence simple, se révèle être en réalité un véritable monument de construction virtuose, en ne dévoilant son ampleur, sa profondeur et ses multiples intrications que petit à petit, comme les pièces disparates d'un grand puzzle que le lecteur assemblerait naturellement en suivant le récit captivant de Del Arbol, mais qui, au fil des rebondissements et des retournements de situation, laisserait transparaître au final un tableau d'ensemble vertigineux et terrifiant, radicalement différent de l'image que l'on croyait recomposer initialement.
    Magistral, éblouissant, passionnant, glaçant et souvent poignant, La Maison des chagrins est comme une gigantesque et diabolique boîte de Pandore que plusieurs personnes auraient ouverte au nom de la vengeance, croyant ainsi pouvoir apaiser la souffrance qui les ronge, celle du deuil impossible de leur enfant ou de l'être qu'ils aimaient, mais dont ils auront à supporter en retour l'incroyable cruauté de la vérité, laquelle les obligera en plus à regarder dans le miroir l'insoutenable reflet de leur véritable personnalité.

    Victor Del Arbol s'impose comme l'un des très grands auteurs de romans noirs, à suivre de près.
    Et sa Maison des chagrins fait partie de ces grands romans qui cloueront le bec, en les ridiculisant, de tous ceux qui oseront encore affirmer aujourd'hui que le polar n'est pas tout à fait de la littérature...

    19/09/2014 à 08:58 10

  • Ils vivent la nuit

    Dennis Lehane

    9/10 Une très belle fresque sur l'Amérique de la Prohibition, avec ses trafics, sa corruption, ses gangsters et leurs organisations, qui n'avaient déjà rien à envier à ceux de la drogue et de ses cartels qui s'installera un peu plus tard. En suivant l'apprentissage puis l'essor de Joe Coughlin, dont les origines irlandaises ainsi qu'un père commissaire de police ne le prédestinaient pourtant pas particulièrement à embrasser à cette époque la vie hors-la-loi, Dennis Lehane dresse avec le talent qu'on lui connait le portrait aussi complexe que fascinant d'un homme qui souhaite vivre comme bon lui semble et refuse les règles que lui impose la société, un homme en quête de libertés, d'aventures et de richesses, mais aussi et surtout en quête d'amour. Et c'est à travers ce personnage éblouissant de Joe Coughlin que Lehane parvient à s'émanciper du simple roman de gangsters pour offrir à ses lecteurs un roman noir aussi ambitieux que réussi. Avec une narration d'une fluidité exemplaire, il déroule un récit parfaitement maîtrisé, puissamment visuel et même étonnamment cinématographique - peut-être trop, diront certains. En effet, il n'y a pas une seule scène dans Ils vivent la nuit que l'on n'imagine pas aisément retranscrite à l'écran.
    Tout comme il n'y a pas un seul chapitre de cet excellent roman noir dont on ne se délecte pas...

    13/09/2014 à 17:35 6

  • Pur

    Antoine Chainas

    3/10 Personnellement, il ne me reste aucune sensation de Pur, plusieurs mois après l'avoir lu, et seuls me restent en tête la pauvreté de son intrigue, le grotesque de son final, le vide absolu de ses personnages-Playmobil, sans parler du message vomitif qui sous-tend le roman, comme quoi les Français sont de méchants névrosés, racistes et xénophobes, le même message culpabilisant qui nous est asséné à longueur de temps par les médias, certaines politiciens et autres officines communautaires spécialisées dans le marché lucratif de la victimisation.
    En réalité, Pur n'est qu'une grossière caricature de la société française, écrite par un auteur aveuglé par l'idéologie gauchiste, et incapable de la moindre analyse objective.
    Au sujet de ces fameuses "gated communities", mieux vaut lire cent fois l'excellent Utopia, de Ahmed Khaled Towfik, qui lui avait eu l'ouverture d'esprit d'analyser que ce phénomène de la multiplication de ces "communautés/lotissements fermés et surveillés" étaient en fait une conséquence logique de l'effondrement de la classe moyenne dans une société.
    Bref, un roman vide, creux et grotesque, des personnages inexistants divisés entre méchants et gentils, une intrigue poussive qui se termine par un bain se sang ridicule, autrement dit une solution bien facile pour Chainas de tenter de clore son misérable roman.
    Peut-être serait-il préférable pour tous que Chainas, désormais à l'aise dans la traduction de romans anglo-saxons, se décide à s'y consacrer pleinement et définitivement, plutôt que de nous infliger des romans aux allures de tracts pour le NPA, Le CRIF ou la Licra...

    21/08/2014 à 15:45 2

  • Hollywood Zero

    Dominique Forma

    6/10 Un bon petit polar. Dominique Forma crée des personnages hauts en couleurs et, dans ce roman, se sert de son expérience personnelle - il a vécu plus d'une quinzaine d'années aux USA et à Los Angeles, où il a cumulé les expériences dans le cinéma jusqu'à devenir réalisateur de films - pour nous montrer l'envers du décor hollywoodien.
    Petites frappes, grosses arnaques, femme (vraiment) fatale, un Los Angeles bien loin des couchers de soleil magnifiques que l'on a l'habitude de voir, avec ses quartiers glauques et sa faune interlope forment le décor et l'ambiance de cet Hollywood Zero.
    Les dialogues sont vifs, les losers nombreux et le récit rythmé, on passe un bon moment de lecture avec ce roman qui a en plus le mérite de nous montrer l'autre face d'Hollywood et de Los Angeles.

    17/08/2014 à 13:56 3