El Marco Modérateur

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  • Projet Iceworm

    Simon Mockler

    8/10 Novembre 1967, dans une base militaire souterraine du Groenland. Un terrible incendie survient, tuant deux soldats et brûlant grièvement au visage un troisième. Parce qu’il faut éclaircir la situation, la CIA demande au psychiatre new-yorkais Jack Miller d’interroger le survivant. Mais la vérité s’avèrera bien plus tortueuse et étonnante.

    Simon Mockler signe ici un thriller de haute volée. Dès les premiers chapitres, l’auteur montre l’étendue de son talent : des personnages ciselés, des dialogues au cordeau, un rythme cadencé et une ambiance immédiatement addictive. Le lecteur est aussitôt happé par l’atmosphère lourde et paranoïaque, le contexte de guerre froide, ce froid mutilant que le rescapé a apporté avec lui depuis le cercle arctique. Rapidement, des questions se posent : que s’est-il passé ? N’est-ce qu’un banal accident ? Un échauffement des esprits en un lieu rarement atteint par la lumière du jour ? Le résultat d’une expérimentation qui a mal tourné ? Jack Miller va repérer des incohérences, des zones d’ombre, des fractions de témoignage émanant de Connor Murphy trop faciles, et ce qu’il va découvrir en surprendra plus d’un. Simon Mockler, se fondant sur un authentique programme top secret mené par l’armée américaine, a tissé une intrigue particulièrement solide et prenante, avec de nombreux rebondissements à la clef, où certains détails observés par le protagoniste seront analysés avec brio. D’ailleurs, Jack Milelr constitue un personnage très intéressant : vétéran de la Seconde Guerre mondiale profondément meurtri par l’expérience du lance-flamme, il a perdu sa femme Miyoko au cours d’un tragique accident de la route dont il s’estime encore responsable. L’histoire se boucle avec intelligence, avec une dernière expédition au Groenland où Jack pourrait accéder à une forme de rédemption intime afin de, comme il y est écrit, pouvoir « tourner le volant à temps ».

    Un roman original et réussi, sans le moindre temps mort, dessinant au passage le portrait particulièrement saisissant et mémorable d’un psychopathe aussi tordu que redoutable.

    16/10/2025 à 06:46 5

  • La Constance de la louve

    Cécile Baudin

    8/10 Hiver 1835, à Saint-Alban, en Lozère : le corps du jeune Anatole Bousquet est retrouvé dans la neige, probablement mort de froid, non loin de l’asile psychiatrique où il officiait. Si un témoignage met en cause la présence d’un hypothétique dragon, les constatations font plutôt état d’un suicide ou d’une cruelle mise en scène. Victor Chastel, lieutenant de louveterie – il est d’ailleurs le petit-fils d’un homme lié à la Bête du Gévaudan – et juge de paix se met à enquêter avec l’aide de Marianne, une infirmière, et de Constance. Ce qu’ils vont découvrir fera ressurgir de sordides tractations du passé.

    Ce livre de Cécile Baudin séduit dès les premières pages. L’ambiance est particulièrement bien rendue, la langue est à la fois ciselée et enchanteresse, et c’est un pur régal littéraire que de sillonner ces terres glacées. Les décors sont rendus avec bonheur, les descriptions sont envoûtantes, et les personnages sont tous travaillés. Parallèlement, l’intrigue est d’une belle efficacité, faisant lentement remonter un passé datant des années 1810 au gré d’une langue riche et captivante. Victor Chastel, accompagné de son animal Auro, né du croisement d’une louve et d’un chien, compose un protagoniste prompt à l’action, à l’esprit éclairé et capable de belles déductions, tourmenté par sa jeunesse au cours de laquelle il a été confronté à des loups mais surtout à la sotte hostilité des Hommes. Cécile Baudin a construit une histoire redoutable, et le dénouement est amplement à la hauteur des attentes : cette résolution brille par son intelligence, sa crédibilité, et permet enfin de relier les décès suspects d’Anatole Bousquet, de Léopold de Rozasse et d’Albert Guérin, pourtant tous de prime abord de simples et tragiques accidents. Et même si l’écrivaine a parfois tendance à se laisser emporter par la maestria de sa plume – les personnages pensent et s’expriment tous comme des lettrés éclairés quels que soient leur rang ou l’éducation qu’ils ont reçue –, voilà un ouvrage indéniablement lumineux malgré les ténèbres qui s’y dissimulent.

    Un roman historique très réussi, à l’intrigue tortueuse et plausible, et l’on ne peut désormais attendre les prochains opus de Cécile Baudin qu’avec appétit.

    15/10/2025 à 06:59 4

  • La Psy

    Freida McFadden

    9/10 Tricia et Ethan forment un jeune couple tout juste marié, et ils ont décidé de déménager, s’intéressant à un manoir à vendre à quelques heures de route de Manhattan. La maison somptueuse mais inquiétante a appartenu à la célèbre psychiatre Adrienne Hale qui a mystérieusement disparu trois ans plus tôt. Pris par une neige redoutable, les époux doivent demeurer sur place et les premiers signes inquiétants apparaissent : des traces de pas, des bruits étranges, un tableau qui change de place… Quand Tricia découvre par hasard les enregistrements sonores des entretiens menés par l’ancienne propriétaire des lieux, elle vient de basculer dans un piège.

    Dès les premiers chapitres de ce thriller, on comprend le succès rencontré par Freida McFadden et notamment sa série consacrée à La Femme de ménage. L’écriture est simple et très facilement abordable, les personnages sont aisément accessibles, le rythme reste soutenu du début à la fin et l’histoire s’avère aussitôt addictive. Graduellement, au gré de ce récit à la première personne qui alterne les points de vue de Tricia et d’Adrienne, le lecteur découvre les sales petits mensonges du passé, les manipulations de cette psychiatre ainsi que le chantage dont elle a été victime, soulignant une personnalité à la fois prédatrice et poignante en raison de failles très humaines. La tension croît, la paranoïa s’installe au sein de cette demeure – le fait que ça soit un exemplaire du Shining de Stephen King qui permette d’accéder à une pièce secrète n’est certainement pas un hasard – mais c’est vraiment par la suite que Freida McFadden démontre son talent d’architecte littéraire : les rebondissements qui surviennent dans la dernière partie sont remarquables, le mécanisme est à la fois élémentaire et d’une redoutable efficacité, et l’épilogue constitue un pur délice d’immoralité.

    Un ouvrage très bien construit et palpitant qui se distingue par une belle mécanique et des twists adroits.

    14/10/2025 à 06:41 6

  • Memento vivere

    Ismaël Lemonnier

    8/10 Dans un bar miteux de Vitry-sur-Seine, le cadavre d’un fœtus est découvert dans les toilettes. La piste mène les enquêteurs vers un prêtre trouvé pendu et dont le corps disparaît rapidement de la morgue. Elément sidérant : l’embryon avait deux cœurs. Parallèlement, un adolescent sème la panique, accompagné de son chien – un tamaskan –, et tue des individus sans lien apparent. Les policiers Lucien et Anaïs, pourtant diamétralement opposés dans leurs natures respectives comme dans leurs manières de procéder, vont devoir faire équipe pour dénouer ces affaires.

    Avec ce roman, Ismaël Lemonnier frappe très fort. Dès les premiers chapitres, le lecteur bascule dans une littérature très particulière qui multiplie les vents contradictoire : l’aspect sordide de certains passages est aussitôt contrebalancé par un humour noir, parfois très léger. L’intrigue est très intéressante, présente de nombreuses fausses pistes et s’avère rapidement tentaculaire, avec des rebondissements qui durent jusqu’au final. L’auteur semble avoir conçu son œuvre comme un puzzle dont il a ensuite éparpillé les pièces avec entrain. Les deux personnages centraux marquent l’attention. Anaïs, en jeune femme policière très bordeline, adepte des scarifications et d’un langage souvent leste, ne se séparant jamais de sa boule prétendument magique qui lui donne des indications à propos des pistes en cours, cohabite intelligemment avec Lucien, enquêteur obnubilé par son rythme cardiaque et à la vie aussi rangée que celle d’un moine. Ismaël Lemonnier préserve quelques habiles surprises à propos de ces protagonistes, et la totalité de leurs passés ne sera révélé qu’à la fin du livre. Même si le récit est parfois surchargé (des dialogues volontairement trop grivois ou des individus caricaturaux, comme l’influenceuse Dakota), on ne peut que saluer le talent de narrateur de l’écrivain et sa belle inventivité.

    Un thriller qui alterne verve croustillante et moments noirs, scènes d’action et passages poignants. Une réussite où l’exigence de vivre est soulignée par la pluie de cadavres et de violences qui s’abat tout autour de ce parapluie littéraire.

    13/10/2025 à 06:47 2

  • Dead Zone

    Stephen King

    8/10 Cinquante-cinq mois : c’est le temps que John Smith a passé dans le coma après l’accident subi alors qu’il était à bord d’un taxi. Il en revient sonné physiquement mais surtout doué de visions : l’alliance de son ancienne copine, le sort de la mère de l’un de ses chirurgiens (le docteur Weizak), l’incendie en cours chez sa kiné. Il peut donc voir l’avenir, et ce don – autant qu’une malédiction – va s’avérer crucial avec Greg Stillson, politicien populiste et détraqué qui ouvrira certainement une guerre mondiale une fois qu’il aura été élu.
    Un livre majeur de Stephen King, remarquable dans son écriture, sa clairvoyance scénaristique (d’autant qu’il date tout de même de 1979). Une bien belle mécanique, une idée lumineuse à sa base, et un déroulé imprenable. Je regrette certaines longueurs (notamment lors de la loterie, au début), et d’autres éléments trop vite abordés (la traque de l’étrangleur de Castle Rock, qui en est à son sixième crime), mais l’ensemble est vraiment fort. Et l’auteur, malicieux, glisse une référence espiègle à la p. 422 de l’édition poche : « Il a mis le feu par la seule force de sa volonté ! Comme dans le livre Carrie ! ». Bref, une réussite.

    08/10/2025 à 19:22 5

  • La Dent du serpent

    Craig Johnson

    8/10 Un ouvrage dont le titre est issu d’une citation de William Shakespeare, et un plaisir intact de retrouver Walt Longmire et les siens. Une intrigue intéressante, mêlant religion, personnages farfelus ou retors, et toujours ces répliques qui font mouche. J’ai été particulièrement sensible à Rockwell, protagoniste qui prend dans l’histoire bien plus de place que Cord, contrairement à ce que laisse penser le résumé de la quatrième de couverture, dont le phrasé, les facéties, le passé étrange et sa totale inadéquation avec les mœurs de ses contemporains (tordante, cette obsession pour le film « Mon amie Flicka »). L’histoire est prenante, le scénario travaillé, et le rebondissement autour des réelles préoccupations de cette Eglise apostolique de l’Agneau de Dieu vraiment chouette. Mais c’est surtout la joie de retrouver la plume de Craig Johnson, mêlant humour, fort attachement au Wyoming, émotion et une pincée d’action : le final, au chevet de Vic, l’illustre brillamment.

    06/10/2025 à 20:17 5

  • La Mer et la nuit

    Nicolas Delestret, Jean-David Morvan

    5/10 Un enfant qui arrive en pleine neige avec un nourrisson dans les bras dans un refuge et qui satisfait sa faim, et on comprend vite, comme indiqué au début de ce premier tome de la série, que c’est « d’après » Victor Hugo et non « de », avec l’arrivée cocasse de samouraïs dans l’histoire et autres éléments typés steampunk. J’aime bien les idées ainsi que les lectures audacieuses, mais là, je n’ai pas vraiment accroché, voire vraiment pas accroché, à ce mélange des genres et à cette histoire qui partait d’après moi dans tous les sens. Pas certain d’être du voyage pour les tomes suivants.

    04/10/2025 à 08:03 1

  • Les Ephémères tome 1

    Jeff Lemire

    8/10 Un village envahi par des nuées d’éphémères. Un homme blessé, Lee David Simard, recherché par les forces de police, qui se réveille au beau milieu d’un champ et qui s’évanouit en atteignant un corps de ferme avant de rencontrer la jeune Fran Fox. Le criminel va se transformer en insecte dans le silo où il se croyait à l’abri.
    Un récit étrange, souligné par un graphisme épuré, d’où émerge une amitié singulière entre la gamine et le malfrat en cavale devenu un éphémère géant. Ça rappelle le film « La Mouche » mais également « Un Monde parfait ». Une chouette histoire pour ce premier tome, attendrissante et parfois poignante.

    02/10/2025 à 05:46 2

  • The X-Files Archives tome 1

    Charlie Adlard, Stefan Petrucha

    6/10 A New-York, un homme blessé fait une étonnante confession avant de se défenestrer. Mulder et Scully enquêtent sur cette histoire car l’inconnu prétend avoir volé le dernier secret de Fatima au Vatican.
    La première de plusieurs nouvelles, fidèles à l’esprit de la série, qui nous font passer par le Kansas avec un phénomène ufologique, Toungouska et le Nouveau-Mexique, avec ce qu’il faut de surnaturel, de complotisme et de mystères. Ça ne vaut probablement pas les épisodes télévisés originels mais ça se laisse agréablement lire.

    28/09/2025 à 20:01 1

  • La Comtesse Volodine

    Olivier Berlion

    6/10 Tony Corso est détective privé à Saint-Tropez et il vient juste de calmer les ardeurs d’un paparazzi ayant pris en photo un couple probablement adultère sur la plage. La Comtesse Héléna Volodine, l’engage pour retrouver « un ami très cher », Ricci Caponi. Mais l’affaire est un peu plus complexe…
    Un privé gouailleur qui se trimballe en chemise hawaïenne parmi la jet set tropézienne et multiplie les punchlines (plutôt bien trouvées, d’ailleurs) au gré d’une esthétique correcte et d’un scénario plutôt attendu : c’est détendant à défaut d’être franchement original. Distractif, sans plus.

    28/09/2025 à 19:59 1

  • L'Evangile du Serpent

    Pierre Bordage

    9/10 Un roman ambitieux, fort et singulier, qui repose sur une sorte de réinterprétation de la Bible, avec le retour d'un Messie atypique qui va profondément modifier les perceptions morales et existentielles des personnages qui le côtoient. Une écriture remarquable qui sert un récit intelligent et audacieux, pour ainsi dire choral, et qui pose des questions nombreuses et pertinentes sur notre société, notre civilisation ainsi que l'avenir du monde. Un ouvrage difficilement classable, mais pour ma part, je le range dans la catégorie des œuvres majeures, tout simplement.

    25/09/2025 à 07:03 1

  • Les Derniers hommes

    Pierre Bordage

    8/10 Un sacré pavé (671 pages dans l’édition que j’ai eue) pour cette œuvre de science-fiction très dense et prenante. Le portrait saisissant et particulièrement bien écrit d’une humanité postapocalyptique où Solman, sorte de médium boiteux, est en charge de l’une des plus précieuses ressources pour l’espèce humaine, à savoir l’eau. Comme pour « Les Guerriers du silence », je ne suis pas spécialement un fan ni un expert en SF et surtout, je ne maîtrise pas suffisamment son univers et ses codes pour apprécier à sa juste valeur ce roman. Néanmoins, beaucoup de qualités sautent aux yeux, même à ceux du béotien en la matière que je suis : une écriture forte, un décor magnifiquement planté, une belle combinaison entre anéantissement et espérance, et surtout le magnifique portrait de Solman, Aquariote, à la fois meurtri par son don vécu comme un anathème et qui a pourtant sur ses épaules voûtées par le poids de la responsabilité qui est désormais la sienne un rôle majeur pour l’humanité. Une œuvre grandiose, sublimement écrite et menée, que j’ai dégustée par petites lectures afin d’en apprécier tout le sel, sans que ce fractionnement ne vienne gâter le plaisir global que j’ai ressenti. Vraiment très bon.

    25/09/2025 à 06:03 1

  • Le Passager du Polarlys

    Georges Simenon

    7/10 Le capitaine Petersen, à bord de son « Polarlys », un bateau dit « mixte » (pouvant transporter des voyageurs comme des marchandises), va connaître une équipée comme il n’en a jamais vue : un corps que l’on croît jetée à l’eau, un policier qui le rejoint dans un canot en toute discrétion, un passé remontant à Montparnasse quand une jeune femme, Marie Baron, est décédée d’une overdose, une jeune femme attirante, Katia Storm, qui échauffe le sang des mâles, et celui plus particulièrement du jeune Cornélius Vriens, le second de Petersen… Car c’est bien à bord du bateau que tout va se jouer et se démêler…
    Un ouvrage qui surprend dans l’immense bibliographie du non moins immense Georges Simenon, puisque, s’il l’on met de côté la langue et l’ambiance, on a davantage affaire à un bon vieux whodunit à l’anglaise. Peu de passagers, donc peu de coupables possibles, donc un suspense qui n’est pas si brûlant que cela, mais ça n’est indéniablement pas le propos de l’auteur : on vit véritablement à bord de ce navire, avec ses odeurs, ses balancements, sa hiérarchie, etc. Dans le même temps, l’écriture de l’écrivain ne surprendra pas ses fans : minimaliste mais adéquate, parfois tranchante dans les descriptions (a)morales et psychologiques. A mes yeux, une agréable surprise que ce Cluedo en milieu marin, loin d’être un polar lisse, où Petersen cherche « le rapport avec Sternberg, qui était mort, avec le petit corps nu de Marie Baron trouvé dans un atelier de la rue Delambre, le rapport avec l’assassin », même si ça ne restera pas mon ouvrage préféré de cet auteur.

    23/09/2025 à 05:55 2

  • Polonium 210

    Martin Eden, Andrea Mutti

    1/10 Simon Gourevitch provoque la colère du chef du Kremlin en annonçant qu’il va « utiliser la moitié de [sa] fortune pour fomenter un coup d’Etat en Russie » : c’est le point de départ d’un carrousel qui emporte les services secrets, la politique, et bien entendu, le Polonium 210 qui donne son nom à ce tome.
    Un opus assez faiblard qui multiplie les passages pornos trash (ça n’est pas que je sois spécialement prude, mais quand c’est du cul pur qui n’ajoute strictement rien, je n’en vois strictement pas l’intérêt), au gré d’une intrigue qui s’inspire ouvertement de l’affaire Alexandre Litvinenko (la photo ultraconnue de l’opposant sur son lit d’hôpital est reprise à plusieurs moments) – donc sans la moindre originalité ni inventivité. Il y a presque autant de bavardages que de scènes de fellation – ce qui n’est pas peu dire. Bref, j’ai trouvé ça vulgaire, presque dégueulasse, soporifique et de très mauvais goût, en plus d’exhumer le cadavre d’Alexandre Litvinenko pour mieux s’en servir et proposer cette soupe imbuvable. Ignoble.

    20/09/2025 à 07:45 1

  • Celle qui en savait trop

    Linwood Barclay

    7/10 Keisha Ceylon a un don de médium : en tant que « chercheuse d’âmes perdues », c’est-à-dire médium, elle vient au secours de familles éplorées qui ont perdu l’un des leurs. C’est du moins ce qu’elle parvient à leur faire croire : en réalité, c’est une gentille escroc, et son dernier coup, monté grâce à la participation du fils soi-disant disparu, Justin Taggart, en est un bel exemple. Aussi, quand Ellie Wendell disparaît à son tour, Keisha se propose d’aider le mari et la fille enceinte de celle-ci, elle croit avoir dégoté de nouveaux pigeons. Sauf que sous le plumage de la palombe, se trouve peut-être le pennage de l’oiseau de proie.
    Linwood Barclay, j’adore. Je n’ai pas lu beaucoup de ses ouvrages mais ceux que j’ai eu la chance de consulter ont été de petits bonheurs. Ici, dès le début, je me suis régalé, notamment grâce aux nombreux rebondissements qui éclatent dès le premier tiers du bouquin, tordant habilement le cou des codes du genre et proposant une lecture cadencée, d’autant plus que le style enlevé s’y prête parfaitement et que le livre est plutôt lapidaire. Pas mal d’humour, des personnages parfois stéréotypés mais qui collent bien à ce que l’on attend de ce type de littérature, des twists bien amenés et des engrenages subtilement construits. En revanche, je suis assez déçu par les deux derniers chapitres (l’avant-dernier, en réalité) : un peu trop capillotracté, pas assez vraisemblable selon moi, et si l’ensemble de l’ouvrage est cynique et bien huilé, ces quelques pages trop inconcevables et presque attendues viennent presque contredire tout ce que l’auteur avait construit précédemment. Bref, un roman à suspense original, adroitement construit et rapidement lu, mais dont le final m’a un dépité. Je serai néanmoins au rendez-vous d’autres livres de Linwood Barclay. Je ne verrai pas de sitôt une aiguille à tricoter ou des jantes de voitures de la même manière.

    17/09/2025 à 05:51 1

  • Le Fantôme de l'auditorium

    R. L. Stine

    8/10 Mary Rogers et son ami Patrick Milton vont jouer dans une pièce de théâtre de fin d’année, mais le lieu où elle sera jouée – un auditorium – jouit d’une sinistre réputation : depuis soixante-douze ans, l’endroit serait le jouet d’une malédiction depuis la disparition d’un enfant de leur âge. En outre, les sabotages s’accumulent, les messages menaçants également : et si un véritable fantôme était à l’œuvre ?

    Un ouvrage « Chair de poule » franchement réussi R. L. Stine maîtrise clairement son récit comme les ingrédients qui le constituent. L’ensemble est sans temps mort, les rebondissements sont nombreux – entre la présence de cet énigmatique gardien et celle de la professeure en passant par ce prétendu spectre – et il y a là largement de quoi satisfaire l’attention du jeune lectorat qui est visé. En outre, comme l’a souligné mamboo, le suspense est total jusqu’au final, et c’est littéralement le dernier mot – plus exactement le prénom cité – qui vient en définitive lever le voile sur l’identité de l’instigateur. Une belle réussite.

    16/09/2025 à 05:55 2

  • Le Jour des cendres

    Jean-Christophe Grangé

    8/10 « Samuel Wending a été tué dans la chapelle et je le démontrerai », pense Ivana Bogdanovitch, policière infiltrée au sein d’une communauté anabaptiste alsacienne, tandis que son collègue et mentor, le commandant Pierre Niémans, officie à l’extérieur de l’isolat. L’effondrement de la chapelle a tué la victime mais il semblerait que les apparences ne soient pas aussi claires que ça. Avec, au bout d’un long chemin de sang et de cendres, la révélation d’une sinistre pratique.
    J’ai retrouvé avec un immense plaisir Jean-Christophe Grangé dans ce roman plutôt court et très intéressant, où l’on retrouve immédiatement la patte et l’univers de l’écrivain : phrases sèches et travaillées, tirets quadratins exploités comme une ponctuation qui claque, personnages parcourus de lézardes, intrigue sordide, etc. J’avais vu le téléfilm mais je ne suis pas d’accord avec celles et ceux qui ont vu dans cet ouvrage une simple novellisation : il y a au contraire un rythme, un effort d’écriture, des psychologies creusées bien supérieures à ce que l’on sous-entend habituellement par la qualification de « novellisation » au sens péjoratif du terme. Des chapitres nombreux (76) et lapidaires, un suspense qui va crescendo, et pas mal de révélations détonantes dans la dernière vingtaine de pages (du labo à la justification des meurtres, de la révélation biblique des peintures à la découverte de l’identité du criminel). OK, qui a vu le téléfilm (moi y compris, évidemment) ne sera pas surpris outre mesure, de même que l’auteur réexploite un sujet qu’il avait déjà traité par le passé, mais ici, tout se tient et fait froid dans le dos, avec un véritable socle de documentation (l’écrivain est très à son aise dans les domaines de la religion et des arts, par exemple : je resterai longtemps marqué par le cliché qu’il évoque et que je ne connaissais pas, « Tomoko Uemura in Her Bath »), pour cette histoire forte et ramassée qui s’avère, au final, sacrément atroce. Et en plus, la fin tient la route. Un très bon moment de lecture pour moi.

    15/09/2025 à 05:52 1

  • Un jour dans la vie d'Eduardo Chavez

    Paolo Bisi, Cédric Rassat

    7/10 Los Angeles, 9 août 1969 : deux individus découvrent un massacre dans une villa, avant que la bonne ne prévienne la police. Progressivement, on découvre Charles Manson et sa « famille », avec les écarts sexuels, les relations avec certaines personnalités – ici, Steve McQueen –, etc.
    Un premier tome à l’esthétique plutôt sage et qui pose le décor ainsi que les personnages, où l’on s’étonne presque de la sérénité qu’affichent les proches du gourou tandis qu’ils bousillent au couteau leurs victimes. Une série intéressante – les auteurs indiquent qu’il y a du véridique comme du fictif – que je poursuivrai avec plaisir.

    14/09/2025 à 08:44 1

  • Colombie

    Luc Brahy, Eric Corbeyran, Vanessa Postec

    6/10 Paris, 2012 : Agnès Desroches, aromatologue, a l’impression de stagner dans l’entreprise qui l’emploie. Quand on lui propose de rejoindre Ethic Café, elle accepte. On la retrouve l’année suivante en Colombie pour créer des cafés uniques.
    Un premier tome original qui panache pas mal d’éléments (culture du café, oiseaux jacus étrangement décédés, manipulations financières, Antonio Alvarez qui cogne Agnès, incendie criminel) … Et c’est justement ce patchwork trop hétéroclite qui m’a un peu déçu, à moins que les épisodes suivants ne proposent une belle réunification. Mais au moins, le sujet est intéressant même si son traitement, à ce stade, me semble manquer de saveur.

    14/09/2025 à 08:42 1

  • Le sabre de Bin-Laden

    César, Martin Eden

    4/10 Trois mois après les attentats du 11 septembre, un conseiller du Président demande à Malko de mener l’enquête sur un Américain qui a participé à cette attaque et qui compte bien remettre le couvert. Il s’agit de John Turner qui avait travaillé pendant trente ans pour la CIA et aussi fait ses armes avec Ben Laden pendant la guerre contre la Russie.
    Une intrigue plutôt honnête sans pour autant renverser le genre, qui a cependant le mauvais goût de multiplier inutilement les scènes de sexe, sans compter son lot de passages hautement invraisemblables (l’attentat déjoué dans l’avion, l’homme bardé d’explosifs dans la dernière planche qui explose à moins de deux mètres du héros sans faire plus de dégâts qu’un gros pétard). Bref, pas folichon, tout ça.

    13/09/2025 à 20:16 1