3814 votes
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La Justice des serpents
François Boucq, Alexandro Jodorowsky
9/10 Un bourreau, mort mordu par un serpent corail. Puisque personne ne veut s’occuper du condamné, Ogre Jim, qu’il devait pendre, c’est Bouncer qui s’y colle. Le reste de la BD est un beau déluge scénaristique et esthétique : une fusillade dans le bar, un « Lord Diablo » qui a des conditions bien particulières pour son testament, un Indien venu venger la tribu « White Elk », un Noir qui entre en possession d’une concession minière, Noémie (la compagne de Bouncer) qui s’avère très bien connaître cet homme… Encore énormément de réussite, d’efficacité et de noirceur dans ce western qui, comme les autres tomes de la série, joue sur les codes du genre tout en se jouant d’eux. Un régal.
02/10/2022 à 18:14 2
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Le Dard du scorpion
Lincoln Child, Douglas Preston
8/10 Au Nouveau-Mexique, le shérif Homère Watts tire sur un pilleur de sépulture. Dans la tombe, une croix d’une grande valeur datant du XVIIe siècle et un cadavre aux traits déformés par la douleur ou la terreur. Corrie Swanson, jeune agente du FBI, participe à une fusillade au cours de laquelle une gamine de sept ans manque de perdre la vie. C’est alors qu’on lui confie l’enquête sur les circonstances de la mort de l’inconnu découvert dans la fosse. Aux côtés de l’archéologue Nora Kelly, elle va se lancer sur la trace d’un étrange trésor tout en approchant de terribles secrets liés à la bombe atomique.
Après Tombes oubliées, Douglas Preston et Lincoln Child nous invitent à la deuxième enquête de Nora Kelly, toujours avec la délicieuse Corrie Swanson dont la première apparition remonte aux Croassements de la nuit. Les deux écrivains, en habiles et éprouvés conteurs, nous entraînent dans un récit prenant et efficace, de la première à la dernière page, sans le moindre temps mort. Les chapitres alternent habilement, nous offrant notre lot de sensations fortes et d’arcanes : une ville fantôme (High Lonesome), l’énigme de ce cadavre (en réalité un dénommé James Doolin Gower, décédé aux alentours de 1945), un butin remontant à l’époque des conquistadors, le projet « Trinity » lié au premier essai d’une bombe atomique ainsi qu’un récit lié à Geronimo lui-même. Un beau bouquet d’intrigues agréablement liées, dont on n’obtient la résolution que dans le final. L’écriture des deux auteurs est exemplaire, cadencée et addictive, faisant qu’on ne lâche pas l’ouvrage avant de connaître le fin mot de tout cela. Il y a de bien beaux moments, comme la reconstitution faciale réalisée par Corrie ou un duel digne des plus mémorables avec ce jeune shérif Watts, charismatique en diable. Certes, quelques passages sont un peu capillotractés et certains personnages – notamment chez les militaires – sont assez stéréotypés, mais l’ensemble ne manque néanmoins pas de sel ni de piment : voilà le prototype de l’histoire de chasse au trésor bien menée, resuscitant chez le lecteur son âme d’enfant. Et quel régal, vers la fin, de voir apparaître l’inénarrable Aloysius Pendergast, le plus célèbres des agents fédéraux, qui viendra résoudra l’une des énigmes.
Un tome très réussi, qui nous fait déjà trépigner quant à la sortie du troisième opus de la série consacrée à Nora Kelly, L’Antre du diable.30/09/2022 à 06:59 3
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Qu'est-il arrivé au vol MH370 ?
8/10 Le 8 mai 2014, le vol 370 de la Malaysia Airlines s’abîmait en mer avec à son bord 227 passagers et 12 membres d’équipage. Parmi tous ces disparus, il y avait le père de Paloma. De nos jours, alors que sa mère continue de mener l’enquête et fait partie d’une association de proches des victimes, l’adolescente a presque fini par faire son deuil de ce papa qui a disparu quand elle n’avait que cinq ans. Jusqu’au jour où elle reçoit un SMS de son père…
Pour son entrée dans le domaine du polar pour la jeunesse, le moins que l’on puisse dire, c’est que Sarah Barthère frappe fort. Il fallait oser exploiter le thème, sensible et délicat, de ce tragique fait divers qui est demeuré une énigme. Pourtant, l’écrivaine réussit son pari. Elle a habilement composé la jeune Paloma, qui oscille entre espoirs et doutes, accompagnée d’un inénarrable Vik, son meilleur ami. Dans le même temps, un autre protagoniste marque l’attention, en la personne de sa mère : à la fois forte et parcourue de lézardes, elle n’a jamais totalement perdu la foi et continue d’œuvrer afin de comprendre ce qui a bien pu se passer. L’enquête aéronautique est fidèlement restituée, brièvement mais avec efficacité, offrant un solide fondement à ce roman. Impossible de raconter ce qui va se passer après la réception de ce texto, mais tout juste peut-on vous dire que la suite du récit est très bonne : crédible, humain, passionnant. A la lecture du pitch, deux écueils étaient à craindre : une totale indélicatesse vis-à-vis des proches des disparus au gré d’une histoire risquant de rouvrir, dans la douleur, des plaies probablement jamais refermées, ou un déroulé complètement raté, hollywoodien dans la plus mauvaise des acceptions du terme, où ce qui constitue l’un des plus gros mystères de l’histoire de l’aviation civile aurait été résolu avec force raccourcis ou autres théories fumeuses. Remercions chaleureusement Sarah Barthère pour l’intelligence de son écriture et l’élégance de ses propos.
Un polar pour la jeunesse empreint de subtilité et d’émotion. On espère que Quel secret abrite le château de Fougeret ? sera du même niveau.29/09/2022 à 06:16 2
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Aniel
8/10 … où l’on retrouve Aniel toujours sévèrement blessé, dans une chaloupe avec son père Thorgal et d’autres accompagnateurs au moment où ils accostent sur un rivage. Dans la forêt, ils retrouvent de vieilles connaissances et vont devoir affronter une faune et une flore hostiles ainsi que les Yénhäas, une tribu de guerriers qui n’hésitent pas à utiliser des boucliers humains lorsqu’ils attaquent un village ennemi. Un épisode riche et distrayant, où même la tribu de ces guerrières prend une profondeur certaine avec ses traditions et ses caractéristiques, et qui se conclut sur le départ de l’un des protagonistes avec un personnage que l’on n’avait pas vu depuis bien des tomes. Une série aussi réussie scénaristiquement que graphiquement.
27/09/2022 à 18:39 1
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Perfect Crime tome 10
8/10 Tadashi Usobuki est de retour, pour mon plus grand plaisir ! Ça commence avec Sadao Nishimura, dont la fille, Rinka, est tombée amoureuse d’un homme qui ne lui plaît pas du tout. Sakura, une jeune femme victime de harcèlement sexuel sur son lieu de travail par Ikekoshi. Une lycéenne, Maika, aux prises avec les élèves de sa classe. De beaux moments de manipulation et d’assassinats joliment tordus tandis que se poursuit le jeu du chat et de la sourie entre le « héros » et Nanjô. Ce dernier va d’ailleurs être le jouet de Tadashi avant qu’une sorte de collaboration, encore un peu floue à la fin de cet opus, ne vienne clôturer ce dernier. Un petit régal, d’autant que ça faisait plus de deux ans que je ne m’étais pas replongé dans cette très bonne série.
25/09/2022 à 20:21 1
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Burke et Wills
8/10 Une BD très enthousiasmante à propos d'une histoire vraie et peu connue, au moins en France. Scénario au cordeau, esthétique léchée, des décors remarquablement restitués et de beaux moments humains, poignants, entre émotion, (tentatives de) survie et abnégation. Un régal de lecture d'un bout à l'autre doublé d'une belle leçon de vie.
23/09/2022 à 07:01 2
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Un dernier tour
8/10 … ou comment le cadavre d’une femme, remontant à la surface du lac Besson, va conduire, de fil en aiguille, avec d’autres cadavres retrouvés à la clef, à conduire le policier Paul Mourier à enquêter sur une série de meurtres en rapport avec le Tour de France. Un protagoniste singulier, sacrément amoché à la jambe et présentant une amnésie suite à la chute de son appartement en feu, n’ayant conservé de cet épisode nébuleux qu’une photo dans sa poche et deux balles de 9 mm. Une histoire très réussie – certains diraient probablement qu’elle est tirée par les cheveux, mais c’est un peu le jeu de ce type de littérature, forte et efficace, et qui tient en… douze pages. Et c’est là à mon avis son principal écueil, presque paradoxal : l’histoire est tellement bonne et prenante que je l’aurais volontiers imaginée en un format plus long, presque un roman, avec une belle adaptation télévisuelle à la clef.
21/09/2022 à 18:43 3
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Double je
7/10 … ou la curieuse confession de Ganel Todanais à la policière Eulalie, déclarant qu’il a tué un artiste, Natan de Galois, qui expérimente le même processus de création que lui, à savoir un appareil qui transpose la voix humaine en œuvres créées par une imprimante 3D. Des accents à la Edgar Allan Poe (je ne serais pas surpris que Franck Thilliez ait lu « William Wilson » ou « Les Souvenirs de M. Auguste Bedloe », par exemple). Un beau suspense, allant crescendo, prenant et efficace, mais dont la fin est facilement devinable, presque téléphonée (le tour de passe-passe dévoilé page 247 du recueil dont est extrait ce texte, histoire de ne rien divulguer). Et comme je suis de ceux qui avaient deviné la fin, je me sens un peu frustré, d’autant que l’immense talent de l’auteur lui aurait amplement permis de trouver une autre clef de résolution.
19/09/2022 à 18:30 1
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Golgotha
7/10 Quatrième et dernier opus d'une série très distrayante, fidèle à son œuvre originelle, et qui tranche radicalement avec ce que je lis habituellement et en ce moment. Ici, les aspects mystiques/religieux et émotionnels sont encore plus marqués qu'avec les précédents tomes, pour une conclusion à la fois attendue pour qui a vu le film et néanmoins prenante, poignante et réussie.
19/09/2022 à 07:01 1
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Charybde et Scylla
8/10 … ou comment un dénommé John Doe nous fait basculer de l’autre côté du miroir, là où s’enchevêtrent l’imaginaire des écrivains, le processus de création artistique, et la puissance de la pensée chez les lecteurs. Une magnifique volée de pages, convaincantes et atypiques, renvoyant les créatures littéraires au rang de sous-individus que l’on peut exploiter à sa guise, quitte à les mutiler voire les tuer. Un univers qui tranche singulièrement – du moins est-ce mon avis – avec le reste de la bibliographie de Franck Thilliez, et j’ai beaucoup apprécié cette prise de risque, même éphémère, à classer à côté de « Prière d’achever » de John Connolly. En revanche, peut-être aurait-elle mérité des pages en plus pour développer ce thème, d’autant que je l’ai trouvé très bien imaginé et traité, ainsi qu’un côté un peu plus « thriller », car là, c’est presque de la littérature blanche. Mais ça n'en reste pas moins vraiment très bon.
18/09/2022 à 07:25 1
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Cheik Ilderim
7/10 Comme indiqué lors de mes votes pour les précédents tomes, l'auteur continue de suivre fidèlement la trame du film. Même si je connais plutôt bien le long-métrage et que, du coup, plus aucune véritable surprise n'émerge, je continue de bien me faire plaisir en redécouvrant le long-métrage via cette série.
16/09/2022 à 07:09 1
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Quintus Arrius
7/10 Comme indiqué dans mon vote pour le précédent tome, l'auteur a fidèlement suivi la trame du film et l'a découpé en quatre parties, bien équilibrées pour le moment au niveau de la narration. Même si je connais plutôt bien le long-métrage, je me fais bien plaisir en le redécouvrant via cette série. Une belle réussite tant dans le fond que dans la forme.
12/09/2022 à 21:05
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Prison School 005
3/10 « Je veux te voir faire pipi devant moi ! », est-il dit dès la première page. Le ton est donné : j’avais abandonné cette série parce que son mélange érotisme de bas étage, scatophilie, et autres déviances m’avaient fait lâcher la barre, et je me retrouve avec ce cinquième tome entre les mains. Le reste est à l’avenant : une femme qui humilie un personnage en lui urinant dessus, un tapis de souris muni de fesses gonflables, des vues plongeantes sous des jupes courtes à foison, des décolletés prodigieux et sans le moindre intérêt… C’est d’autant plus rageant que le dessin est d’une très belle qualité, presque paradoxal par rapport au fond qui est vain et puéril comme ça n’est guère permis. Nouvelle tentative de ma part de raccrocher à cette série, nouvelle déconvenue magistrale en ce qui me concerne.
11/09/2022 à 08:09
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Kamuya Ride tome 1
3/10 Le premier tome d’une série qui m’a laissé particulièrement froid : cette idée de personnage ayant réussi à terrasser les dieux était intéressante, mais on sombre rapidement dans le plat. Graphisme terriblement grossier et sans le moindre éclat, histoire oscillant mollement entre fantasy, superhéros et magie, dialogues si mauvais qu’ils en deviennent ridicules… « Le monde des hommes commence ici », est-il écrit dans l’une des dernières planches : ça me fait hyper plaisir de le savoir, mais en ce qui me concerne, ma lecture de Kamuya Ride s’arrête également ici.
10/09/2022 à 08:16 1
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Le Truck infernal
Alain Henriet, Daniel Pecqueur
4/10 Dernier tome de la série. Mille concurrents au départ de la course, il n’y en a plus que deux cents. Je retrouve ici les mêmes défauts, presque récurrents, des précédents tomes : un net manque de dynamisme (les scènes d’exfiltration du début sont plus que mollassonnes, la suite avec la fusillade sur l’autoroute l’est également), un scénario façon patchwork sans grand intérêt, des moments déjà vus ou lus ailleurs des centaines de fois, et un final particulièrement décevant, sans âme ni bouquet final. C’est d’ailleurs peut-être, à mes yeux, le plus mauvais des six tomes.
07/09/2022 à 18:46 1
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Heads tome 4
8/10 Jun-ichi Naruse a une nouvelle crise de violence, et il se fait kidnapper peu de temps après, une épreuve dont il sort avec un solide appétit de vengeance. Un opus ainsi qu’une série qui se termine avec maestria et noirceur, avec une prise d’otage là où tout a commencé, largement à la hauteur de mes attentes.
07/09/2022 à 18:45 1
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Gyo tome 1
7/10 Un jeune couple, Kaori et Tadashi, assailli par des odeurs écœurantes et des mouvements d’air suspects qu’ils attribuent rapidement à… des poissons à pattes d’insectes. Et ça n’est que le début d’une bien plus vaste invasion de ces bestioles (dont un requin également à pattes et un cachalot). Un scénario gentiment WTF mais clairement assumé, comme un clin d’œil complice aux nanars cinématographiques du genre. On a son lot de scènes à suspense (l’intrusion du squale dans la maison), d’horreur (la bête qui s’est hybridée à un bras ou Kaori après sa transformation), et les explications scientifiques (les expériences sur les machines de combat et les gaz). Ça demeure fantasque et un peu vieilli esthétiquement, mais ça se laisse néanmoins bien lire en plus de trouver le moyen de tirer son épingle du jeu dans la vaste œuvre bibliographique sur ce thème.
06/09/2022 à 19:36 1
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Les Fêlures
9/10 Roxane Leprince et Martin Jouanneaux, jeunes amoureux, avaient décidé d’en finir avec un double suicide. Une double injection de morphine afin de quitter une scène qui ne voulait pas d’eux. Malheureusement, Roxane survit. Incompréhension de la part de leurs deux familles qui ne comprennent pas la radicalité de ce geste. Suspicion de la part des Jouanneaux. Garance, la sœur de Roxane, autant que les deux policiers chargés des premières investigations, ont également du mal à interpréter un tel acte. Alors il va falloir pénétrer l’intimité de ces deux amants pour déchiffrer leur geste. Quitte à découvrir de sinistres fissures dans les diverses versions des faits…
Barbara Abel nous a habitués à l’excellence, depuis son premier ouvrage L’Instinct maternel à Et les vivants autour en passant par Je sais pas ou encore Derrière la haine. Ici, reprenant le thème des bienaimés cherchant à fuir un microcosme qui les a déçus voire maltraités, l’écrivaine nous convie au lent décorticage de relations humaines à la fois fortes et imprévisibles. Les divers personnages qui peuplent voire hantent ce roman sont tous remarquables, excellement bien campés, et d’une rare justesse psychologique. Odile, la mère du défunt, est une génitrice castratrice, patronne acérée et maman étouffante. Martin, son fils, assez fragile et manipulable, qui a cru pouvoir retrouver une forme d’autonomie psychologique dans des velléités littéraires mais demeure sous le joug de sa procréatrice. Garance, l’aînée de Roxane, compose une jeune femme à la fois forte et fragile, consommatrice sexuelle d’hommes et incapable de s’attacher sentimentalement à l’un d’eux. Il y a également la mère de Roxane et de Garance, comédienne ratée, alcoolique et fumeuse invétérée, qui leur a fait vivre un enfer et qui est depuis décédée. Hervé Blache et Mathieu Cherel, les deux policiers en charge d’une investigation qui pourrait vite avorter si la thèse du double suicide est avérée. Mais est-ce réellement le cas ? Au gré de ce récit choral de toute beauté, haletant et sans le moindre temps mort, Barbara Abel nous entraîne vers des flashbacks et autres chemins de traverse qui constituent autant de sentiers boueux, de voies incertaines et de ruelles fallacieuses au terme desquelles la vérité émergera. Un dénouement puissant et marquant, qui est d’autant plus réussi qu’il est à l’image de l’ensemble du récit : réaliste, d’ailleurs si crédible qu’il fait froid dans le dos.
Un roman époustouflant de tact et de vraisemblance, jouant habilement la partition des faux-semblants sur une portée qui devait pourtant être celle des évidences. Car c’est tout le génie de Barbara Abel : au-delà de sa plume extraordinaire, elle met en lumière ces fêlures qui craquellent le vernis des apparences humaines et d’où sourdent les petites lâchetés, les sombres désillusions, les amours éconduites et autres émotions viciées.06/09/2022 à 06:55 6
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La Pitié des bourreaux
François Boucq, Alexandro Jodorowsky
9/10 Un début explosif : Seth et Bouncer dans les montagnes enneigées avant de rejoindre une terre sacrée indienne, l’explosion d’une banque, l’attaque d’une diligence, un homme ayant combattu à mort un ours, une éventration pour nourrir des charognards… Explosif ! Bouncer commence l’apprentissage de la violence et de la domestication de la peur à son neveu. Ce dernier va même découvrir l’amour… avec la fille de l’assassin de ses parents. Esthétiquement remarquable, scénaristiquement addictive : une série qui me séduit méchamment !
05/09/2022 à 18:57 3
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Porn is born
8/10 Rachida Achouri n’a pas le profil traditionnel de ses collègues policiers. Arabe, douée d’un sacré franc-parler, nymphomane, elle n’en reste pas moins un membre émérite des forces de l’ordre. Lors d’un banal cambriolage, elle commet l’irréparable : elle assassine les deux voleurs ainsi que leur victime, Yvon Dessuther, le manitou d’un parti d’extrême droite dont une diatribe bien raciste provoque la colère de Rachida et son coup de feu. Déclarée décédée lors de l’interpellation, elle est enrégimentée de force par le capitaine Alexis Dervieux, un instructeur particulièrement sévère qui compte faire de sa nouvelle recrue une arme fatale pour l’État. Quitte à faire d’elle, pour les besoins des opérations, une star du porno ou une call-girl…
Stanislas Petrosky, qui nous régale déjà avec sa série consacrée à Requiem, nous revient avec un nouveau personnage destiné à devenir la protagoniste d’une nouvelle saga. Dès les premiers paragraphes, nous voilà prévenus : l’auteur va évoluer dans le grivois et le décomplexé. Sexe, humour potache, écriture centrée sur la dérision : un cocktail détonnant qui n’est pas sans rappeler les enquêtes du Poulpe, Frédéric Dard et autres joyeuses plumes de la gaudriole. Le reste de l’intrigue colle d’ailleurs à merveille aux attentes d’un lectorat avide d’histoires décoincée, peu avares en scènes gentiment libidineuses et écarts assumés. Indéniablement, Stanislas Petrosky n’y va pas avec le dos de la cuillère – plutôt avec le creux d’une louche bien épaisse – et nous convie aux premiers pas de Stella, incorporée contre son gré pour résoudre un cas épineux : un psychopathe se baladant avec une glacière content le virus Ebola et, parallèlement, grand amateur de masochisme. Court – un peu moins de deux cents pages, voici un roman égrillard et destiné à distraire sans la moindre retenue, ressuscitant ce qu’il y a de meilleur dans la littérature qui ne se prend pas au sérieux et secoue les zygomatiques sans jamais s’imposer le moindre filtre.
Alors, puisque cet ouvrage amorce probablement une série, peut-on dire pour autant que A Star Is Porn, donnant dès à présent envie de suivre cette Stella si délurée ? Assurément oui. Même si l’intrigue aurait pu être plus travaillée, l’essentiel est là : des rires, une histoire prenante et surtout, un bon moment passé en compagnie de cette policière atypique et de cet auteur qui mérite amplement d’être davantage connus.05/09/2022 à 07:09 3
