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La Couleur tombée du ciel
9/10 … ou comment le quotidien d’un village, Arkham, et surtout de la famille Gardner, fut bouleversé et traumatisé dans les années 1880 par la chute d’une météorite, accompagnée ensuite de phénomènes étranges et anxiogènes : la végétation, la flore puis les êtres humains vont être contaminés par cette chose anormale venue du ciel, dans ce que les autochtones appelleront ensuite la « lande foudroyée », même un demi-siècle plus tard. Une nouvelle majeure de H. P. Lovecraft, que j’avais lue quand j’étais adolescent, et que je viens de relire avec la même délectation. Une écriture particulièrement savoureuse et admirable, avec ce qu’il faut de gothique et de suranné, même si certaines des tournures peuvent, peut-être avec le recul et en raison des ans qui ont passé, paraître un peu déclamatoires. Mais, alors que je tourne la dernière de la cinquantaine de pages qui constituent cette histoire, je ne peux que confesser l’étrange ensorcèlement des mots du génial auteur, des ambiances si férocement croquées, et de cette atmosphère maudite et maléfique qui, un peu à la manière de l’aérolithe et de l’eau décrits dans le texte, exerceront encore sur moi une forte influence. Je vais de ce pas me ruer sur les autres nouvelles de Lovecraft.
07/04/2020 à 08:45 3
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Psychometrer Eiji tome 2
7/10 Eiji est sur la piste du tueur en série Moebius, et il pense même avoir deviné son identité. Toujours autant de panache dans l’histoire comme dans le graphisme, mêlant le sérieux avec quelques visages volontairement décalés façon manga humoristique. Un humour toujours présent (comme quand il souhaite avoir une vision en posant son doigt sur la culotte de Ryôko… mais découvre dégoûté qu’il s’agit de celle de sa grand-mère…). Puis une histoire de bombe, prévisible puisque 500 kg de dynamite ont été précédemment dérobées, éclate. Plus de noirceur et d’action, moins d’humour : je préfère, à titre personnel. Une fois encore, il faudra aller à l’opus suivant pour connaître la résolution de cette histoire de « pomme à retardement ». Rien de très novateur ni de mémorable, mais c’est distractif et plutôt bien écrit et dessiné.
07/04/2020 à 08:43 1
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La Disparition d'Annie Thorne
9/10 Adolescent, Joe Thorne a vécu une terrible épreuve : sa jeune sœur, Annie, a disparu avant de réapparaître quarante-huit heures plus tard. Nul ne sait exactement ce qui lui est arrivé, mais il a nettement senti que quelque chose en elle a changé. Désormais adulte, il revient à Arnhill, la ville de son enfance, pour y intégrer l’établissement où il va être professeur. L’occasion de retrouver de vieilles connaissances, mais également de tirer au clair certains mystères et régler des comptes avec le passé.
De C. J. Tudor, on connaît déjà l’excellent Homme craie, et c’est avec le même plaisir que l’on se laisse envoûter par les pages de ce roman. D’entrée de jeu, le lecteur est propulsé dans le vif – voire le mort – du sujet : deux policiers pénétrant dans un pavillon où une femme s’est suicidée après avoir tué son fils. Le reste de l’ouvrage est à l’avenant : dense, fort et noir, comme un remarquable café au parfum entêtant et saturé de substances tonifiantes. On suit donc Joe Thorne, ancien joueur invétéré, criblé de dettes et à la forte claudication, revenir sur les lieux qui l’ont tant marqué lorsqu’il était plus jeune, tandis que les spectres de temps non révolus ressurgissent. Les amours éconduites, les amitiés artificielles et toxiques, les mensonges dissimulés. Avec son art consommé des dialogues qui claquent, C. J. Tudor n’a guère son pareil pour rendre ses protagonistes aussitôt crédibles, avec leur part d’humanité et leurs terribles zones d’ombre. Avec quelques habiles flashbacks, on revoit ce qui a eu lieu en 1992, au temps de la fausse innocence, des camaraderies trompeuses et des élans avortés du cœur. Car il serait bien trompeur de n’en rester qu’au résumé de la quatrième de couverture : l’intrigue est bien plus complexe et dédaléenne que cela. C’est ainsi que l’on retrouve, vingt-cinq ans plus tôt, Joe, Stephen Hurst, Christopher Manning, Marie Gibson et Nick Fletcher, en train de faire une découverte qui changera à jamais leurs existences et déviera mortellement la trajectoire de leurs vies. On se souviendra longtemps de cet épisode du passé, épisode détonant qui engendrera de puissantes impulsions de lâcheté, ainsi que de certains personnages, dont Gloria, terrible femme de main et recouvreuse de dettes, aussi attirante que venimeuse.
La presse a parfois comparé C. J. Tudor à Stephen King. L’argument peut se comprendre, mais il n’en demeure pas moins que cette écrivaine a un talent fou pour bâtir des intrigues fortes et mémorables, servies par des réparties incisives. À tel point que même avec seulement deux livres traduits en français comme arguments, elle peut désormais s’affranchir de tout rapprochement littéraire pour être manifestement reconnue comme un auteur de très grande envergure.31/03/2020 à 08:23 11
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Une poire pour la soif
8/10 Début des années 1940, à Corinth, un patelin perdu de la Caroline du Nord. Jack McDonald, comme la plupart de ses concitoyens, survit plus qu’il ne vit. On s’apprête à lui prendre son exploitation en raison d’un lourd arriéré d’impôts, et il ne voit vraiment pas comment trouver la somme nécessaire. Il accepte l’offre de Smut, en l’aidant dans le roadhouse qu’il érige à la lisière de la ville. Un tripot, où l’on peut boire, manger, danser et jouer. Mais la misère et l’appât du gain peuvent souvent mener les hommes au meurtre.
Unique ouvrage de James Ross, sorti en 1940 et acclamé par Raymond Chandler, il n’en est pas moins resté sans le moindre succès. Une déveine pour ce roman noir qui méritait un bien beau succès. L’écriture de l’auteur est remarquable, typique de l’époque : un style épuré, rongé jusqu’à l’os, employant de nombreuses formules populaires, collant avec une justesse remarquable au dénuement des personnages qu’il met en scène. Une immense majorité d’indigents, vivotant de petits boulots, sans le moindre espoir de pouvoir un jour quitter ce bled de malheur, et encore moins de faire fortune. Pour se consoler, il y a bien la gnôle et les filles, mais c’est bien tout. Alors, quand Jack – le narrateur – et Smut apprennent qu’il y a de l’argent à ponctionner à l’une de leurs connaissances, ils n’hésiteront pas longtemps, quitte à lancer un mécanisme qui les broiera. Des ressorts scénaristiques certes classiques, mais sacrément efficaces, d’autant que James Ross met en lumière des sentiments et attitudes toxiques sans jamais apporter le moindre jugement extérieur, tel un entomologiste décrivant avec des termes secs et cliniques le comportement des animaux qu’il observe.
Un roman typique qui saura ravir les amateurs du genre, tout en présentant cette étrange spécificité que d’être méconnu. Un peu comme on redécouvre un jouet inusité ou oublié dans un grenier, et qui présente donc d’autant plus d’attrait. Un opus qui mérite en conséquence que l’on s’y intéresse.31/03/2020 à 08:19 3
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L'Amie du sous-sol
9/10 Cela fait plusieurs jours que Létho, collégien, n’a plus vu sa camarade Alma dans son établissement. Est-elle malade ? A-t-elle des soucis ? Létho finit par la retrouver, elle lui avoue qu’elle est obnubilée par un mystère : elle est persuadée qu’il y a un fantôme tapi dans la Fabrique, c’est-à-dire l’ancienne miroiterie qui jouxte son appartement. Mais il y a des secrets qu’il vaut mieux ne pas essayer de comprendre.
Avec cet ouvrage, paru dans la même collection Hanté et le même jour que La Maison sans sommeil de Thibault Vermot, Rolland Auda frappe fort. Comme l’indique l’éditeur, Casterman propose une littérature pour les plus de dix ans, « pour ceux qui n’ont pas peur d’avoir peur ». L’essai est ici amplement transformé. L’auteur livre un récit à la fois dense et concis, parfaitement calibré pour satisfaire son jeune lectorat qui cherche un ouvrage fort et court. L’histoire est habilement menée, prenant son temps pour poser le décor, le socle de l’intrigue et ses personnages. Mais quand elle est lancée, c’est un délice de frissons et de suspense. Il faudra que Létho déploie des trésors de courage et de sagacité – même s’il sera aidé par Ahmed Lakhlef, un vieux chercheur de fantômes et dont les émissions sont consultables sur YouTube – pour démêler ce sombre récit de spectre. Car les émotions fortes seront au rendez-vous : les passages dans le souterrain, avec les apparitions, les étranges chorégraphies des sacs-poubelle, ou encore les moments passés près du gouffre constituent autant de scènes très cinématographiques et anxiogènes. Et que dire du final… Même s’il est proche de celui d’un film très connu, on se prend le twist final en plein visage, obligeant à une relecture totale du roman. Une sacrée réussite scénaristique.
Rolland Auda s’impose, d’un coup d’un seul, comme un très grand écrivain. Espérons tout autant pouvoir relire le plus vite possible d’autres ouvrages de sa plume, comme de cette collection.31/03/2020 à 08:12 1
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Dr. DMAT tome 1
7/10 DMAT, pour « Disaster Medical Assistance Team », à savoir une équipe intervenant directement sur les lieux d’un drame ou d’un accident afin de sauver sur place le maximum de personnes. Cela commence par un carambolage dans un tunnel et se poursuit avec un immeuble en feu. Un graphisme très travaillé et réussi pour un pitch innovant, où l’on apprend d’entrée de jeu à connaître les différents personnages constituant cette équipe de secourisme de l’extrême. Cela donne lieu à des opérations chirurgicales effectuées au plus pressé, comme cet exemple de l’intubation trachéale où l’un des sauveteurs maintient carrément la langue du patient avec deux épingles à nourrice. Des moments difficiles pour ces médecins (sans que jamais l’esthétique du manga tourne au sanglant ou au vilain voyeurisme), et même les actes et termes médicaux sont bien expliqués (souvent avec un schéma). Je ne suis pas, de base, fan de tout ce qui est médical, mais là, ma curiosité est titillée. Je vais voir d’autres opus de cette série, vraiment originale et prenante pour le moment.
30/03/2020 à 08:44 1
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Psychometrer Eiji tome 1
7/10 Un tueur en série vient à nouveau de frapper : Moebius, avec sa manie de retourner les vêtements de ses victimes. Dans le même temps, Eiji Asuma a une vision à propos de ce dernier crime. Il s’avère vite qu’il a le don de « psychométrie », à savoir une forme de prescience. Il va faire équipe avec la belle policière Ryôko Shima. Mais la menace ne fait que s’amplifier pour Eiji quand c’est une jeune fille, dans la classe de sa sœur, qui est la nouvelle victime de Moebius. Une entame rapide, on est immédiatement dans l’intrigue. Un graphisme assez léché, même si le dessinateur se laisse aller de temps en temps à de courts délires érotiques et burlesques typiquement mangas. L’intrigue, assez classique (n’oublions pas que ça date de 1996, elle était peut-être plus originale à l’époque, comme le dénote notamment la scène du profil psychologique du criminel dressé par Ryôko, elle aussi un peu datée), tient bien la route, et est intéressante quand la médiumnité d’Eiji est complétée par le profilage mené par Ryôko. C’est un régal de suivre cette histoire, inachevée à la fin de cet opus, et qui donne envie d’en lire la suite. Je serai au rendez-vous d’autres mangas de cette série.
30/03/2020 à 08:43 1
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Détective Conan Tome 66
7/10 Suite et fin de l’intrigue amorcée dans le manga précédent, avec ce fameux « mur rouge », où la couleur prend un sens très particulier. Vraiment très intéressant. Puis un cadavre découvert après une séance de cinéma : une histoire vite résolue, ce qui n’empêche pas qu’elle est prenante et pertinente. Ensuite, une histoire de remise maléfique où Conan est persuadé d’avoir vu beaucoup de trésors à l’intérieur… alors qu’il n’y en a pas. Un peu gros, mais très ingénieux. Ensuite, une intrigue autour d’une amulette : assez faible à mes yeux. Enfin, une victime étranglée dans les toilettes, et l’opus s’achève sur cette macabre découverte. Vivement le tome suivant.
30/03/2020 à 08:42 1
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Cette vie derrière nous
Charlie Adlard, Robert Kirkman
7/10 L’aventure se poursuit, cette fois-ci dans un décor de neige et avec l’apparition de zombies dits « rôdeurs », c’est-à-dire nomades et errants. Un graphisme toujours aussi efficace et des psychologies qui se creusent chez les protagonistes, tandis qu’ils débouchent à Wiltshire Estates, un ensemble pavillonnaire visiblement préservé. Mais ils n’ont pas vu le message laissé à l’entrée et recouvert par la neige. Bref, ça ne réinvente toujours rien dans le domaine (sauf peut-être l’idée de l’entassement dans la grange), mais c’est très distractif, et ça me va très bien ainsi.
30/03/2020 à 08:41 3
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L'Empreinte
9/10 Un fait divers épouvantable, et en même temps si banal : Ricky Langley a étranglé le jeune Jeremy et dissimulé son cadavre pendant plusieurs jours. Ricky a également un passé pédophile, et sa confession conclut définitivement son cas. Alexandria Marzano-Lesnevich, étudiante en droit, est férocement opposée à la peine de mort avant de souhaiter avec ardeur que le coupable périsse, aussi s’intéresse-t-elle à cette affaire, avant de se rendre compte qu’elle et Ricky ont bien des points communs.
Premier ouvrage de l’auteure qui narre à la première personne, cette Empreinte est un bijou de justesse intellectuelle et émotionnelle. De prime abord, on aurait pu penser à un énième livre où un étudiant/journaliste/avocat parvient à rebattre les cartes du procès en découvrant des éléments cruciaux dans les dossiers. Ce n’est pas le cas ici : l’écrivaine va se rendre compte à quel point elle et le suspect ont tant et tant en partage. S’ouvre alors des pages furieuses, incendiaires et incendiées, avec des tranches de vie, secrets de famille et autres horreurs. Un enfant tué d’un accident de voiture, un autre lancé à moto contre un train, une femme alitée et couverte de plâtres mais qui va tout de même accoucher, un grand-père incestueux, une sœur dont on ne révèle que tard l’existence avant d’annoncer qu’elle est décédée à sa naissance, etc. Presque des histoires en miroirs, des résonances, où l’écrivaine distingue les plaies chez Ricky Langley et commence à imaginer que ses plaies, multiples et profondes, semblables aux siennes, font de lui un semblable. Dans le même temps, on ne peut qu’encenser Alexandria Marzano-Lesnevich pour son sérieux et remarquable travail de documentation, reconstituant avec précision et humanité le parcours du criminel, comme le sien, avec un style singulièrement beau et délicat.
Un livre détonnant, stupéfiant de maîtrise et de densité humaine, où Alexandria Marzano-Lesnevich s’impose, en un seul opus, comme une plume d’exception.24/03/2020 à 08:16 3
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Phobia
Ouvrage collectif
8/10 Quatorze auteurs ont prêté leur plume pour ce recueil de nouvelles dont le fil rouge est la phobie, et dont une partie des recettes est reversée à l’association ELA. Un beau bouquet de textes dans lesquels on peut piocher à l’envi. Celle de Nicolas Beuglet (« Le Refuge ») met immédiatement dans l’ambiance : ce sera noir. Après une courte pause avec une histoire loufoque, celle de Jean-Luc Bizien portant sur l’arachnophobie, on replonge aussitôt dans les peurs, parfois intimes, et toujours dépeintes avec des coloris sombres. Armelle Carbonel et son « Lis mes nuits… », Johana Gustawsson, Eric Maravélias ou Maud Mayeras nous offrent de petits bijoux de ténèbres, avec des récits forts et marquants, où la psychologie et ses lézardes nous entraînent dans un tourbillon d’émotions contraires. Olivier Norek nous séduit également avec « Verdict », où une émission de téléréalité extrême nous fait nous confronter aux notions de famille et de dignité. De véritables réussites où, à chaque fois, les écrivains livrent ce qu’ils ont de meilleur pour contribuer à ce spicilège.
Néanmoins, malgré les indéniables qualités d’ensemble et la variété des intrigues proposées, on regrette que certains textes soient assez éloignés du thème central qu’est la phobie. Sonja Delzongle, avec son « Phobia », nous narre le début de la fin du monde grâce à des observations et réflexions de plusieurs personnages, témoins de l’arrivée d’un astre noir qui va ravager la Terre. Niko Tackian charme en très peu de pages avec cette fiction où un chat va jouer un rôle mortel et inattendu. Ian Manook, dans une verve croustillante à la Michel Audiard et à la Frédéric Dard, nous livre un dialogue certes savoureux où il est question de retrouvailles entre deux gangsters, d’un pactole mis au chaud, de vengeance et de poison, mais où la phobie n’apparaît que de manière capillotractée.
Une bien agréable corolle de fleurs, où la concision des histoires permet d’y butiner et d’y découvrir de bien agréables moments de folie, de suspense et d’anxiété, malgré la présence de quelques épisodes, non pas plus faibles, mais un peu trop éloignés du fil conducteur du recueil. Phobie or not phobie…24/03/2020 à 08:10 3
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L'Abomination de Dunwich
9/10 … ou la terrible destinée, dans un village perdu du Massachusetts, de Wilbur Whateley, issu d’une lignée d’individus abâtardis, probablement consanguins. Un physique qui le rapproche de l’animal, une taille qui croît de façon exponentielle et aberrante, et un esprit affûté qui le porte à s’intéresser rapidement à des textes démoniaques, avant que n’apparaisse, dans ce patelin isolé, en 1928, une anomalie irrationnelle qui défraie l’entendement. Je me replonge avec un plaisir total dans les écrits de l’immense H. P. Lovecraft, dont la plume ne cesse de m’ensorceler. Un univers très étrange, lourd des mots employés, où plane toujours des menaces (les apparitions des engoulevents sont magistrales) ainsi qu’un certain nombre de non-dits. Je ne suis pas près d’oublier les descriptions de Wilbur, tout au long des paliers des ans passés, de sa fin, et de cette chose fantasmagorique près de Sentinel Hill (décrite à la fois avec des termes précis, mais, par la magie du vocabulaire de l’auteur, est enveloppée d’une accablante écharpe de mystère). Vraiment brillantissime, même si (une broutille) je suis un peu plus circonspect sur sa façon, artificielle à mes yeux, de rendre le patois et les mots morcelés prononcés par certains autochtones.
23/03/2020 à 08:16 4
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NeuN tome 2
8/10 Toujours le même régal esthétique, avec des traits remarquables, où s’entremêlent la noirceur et une relecture terrifiante de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. L’entame de ce manga met davantage l’accent sur les enfants que dans le précédent, et certains passages, comme le discours d’Adolf Hitler, sont sidérants de réalisme et d’effroi. Au terme de cet ouvrage relatant les expérimentations sur les gamins (38 d’entre eux sont morts) et apportant plus d’informations sur ce mystérieux « humain synchronisé », je conserve ce même appétit de voir ce que l’opus suivant va me réserver.
23/03/2020 à 08:15 1
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Assassination Classroom tome 2
7/10 Il ne reste que onze mois avant la mise à exécution de la menace de Kuro. Irina Jelavic, professeure d’anglais, apparaît, avec sa plastique irréprochable, mais sa profession de tueuse est vite annoncée. Sera-t-elle de taille face à ce monstre si rapide et intelligent ? Toujours autant d’humour, c’est vraiment distrayant, et ça ne se prend pas la grosse tête : très agréable entre deux romans noirs ou thrillers. Une légère pointe d’érotisme (Irina étant censée troubler la créature) alors qu’un autre point faible de Kuro est mis à jour. Fort sympathique, je vais poursuivre avec les autres tomes.
23/03/2020 à 08:14 2
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Alice in Murderland tome 1
6/10 Parce que la tea party mensuelle est une institution au sein de la famille Kuoni, Stella quitte précipitamment son cours pour s’y rendre afin de retrouver ses huit frères et sœurs. Sauf que cette fois-ci, la donne a changé : leur mère, Olga, exige qu’ils s’entretuent, afin que le dernier survivant prenne possession de l’empire industriel et politique de l’empire familial, ainsi qu’une recette d’un produit, l’Elysium, permettant probablement l’immortalité. Un graphisme typiquement manga, assez fouillé, et je me suis vite laissé embarquer par l’histoire. Pas mal d’action, avec de nombreuses références (« Alice au pays des merveilles », Wolverine, Jack l’Eventreur, vampires, « Le Petit Chaperon rouge », etc.). Du point de vue scénaristique, j’ai trouvé ça au final original mais pas particulièrement vibrant. Cela n’a rien d’objectif, c’est juste que ce n’est que moyennement mon genre de came. Mais je continuerai encore, ne serait-ce qu’avec quelques opus supplémentaires, histoire de confirmer ou d’infirmer ce premier sentiment.
23/03/2020 à 08:13 1
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Iboga
7/10 … ou comment Jefferson Petitbois, enfant de la balle et condamné pour le meurtre de onze SDF et le viol d’une jeune femme, échoue en prison avant de lentement se confier sur son parcours criminel et sa relation avec un dénommé Max et la terrible drogue qu’est l’iboga. Je découvre la plume de Christian Blanchard avec ce livre dédicacé et offert par des copains, et je suis plus que séduit. Des mots, souvent simples, mais qui éclatent, lacèrent, forent. On y suit les vingt-trois années de détention de Max, et les rencontres qu’il va faire : un gardien avec lequel il va se lier d’amitié, Jean, la psychiatre Marie-Jeanne Delaboissière, le maton raciste et cruel Chef Martin, etc. Pour le coup, des personnages pas spécialement originaux, mais qui permettent, à mes yeux, de bien mettre en relief la sociabilité naissante et à géométrie variable de Jefferson, en fonction de ses interlocuteurs. C’est également l’occasion d’une plongée dans sa psyché et la genèse du tueur qu’il est, indéniablement, échappant de peu à la guillotine, avant de lentement se laisser aller à des confidences, avec la psy, avec Jean, et surtout avec lui-même. L’emprise de ce terrible et mystérieux Max (existe-t-il seulement ?), l’usage répété de cette drogue qu’est l’iboga et les ravages sur l’entendement (et l’organisme, mais c’est une autre histoire…) de Jefferson, et, au final, comment ce gosse abandonné et terriblement réticent aux bras que lui offre une société qui l’a rejeté, pris sous l’aile d’un oiseau de très mauvais augure, en est venu à devenir une herbe folle puis une plante carnivore. Une œuvre employant des termes assez simples, je l’ai déjà dit, mais qui s’emboîtent habilement pour construire ce sentier de sang et de mort, jusqu’au final, dans les toutes dernières lignes du roman. J’aurais aimé quelques profils psychologiques plus atypiques dans les personnages que Jefferson côtoie, quelques rebondissements (même si ça demeure un roman noir et non un à suspense), une exploitation plus scientifique ou approfondie de cette drogue et du rituel bwiti, ou alors des révélations plus détonantes ou inattendues, bref, un peu plus de piment ou de surprenant pour ce portrait qui n’en demeure pas moins réussi, décrit à la première personne, et, à sa façon, savoureux.
16/03/2020 à 08:46 3
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Détective Conan Tome 65
7/10 La suite et fin de l’intrigue entamée dans l’opus précédent, avec l’apparition de Kaito Kid : rien d’exceptionnel, mais j’ai bien aimé les diverses manipulations autour de ce coffre-fort ancien et réputé inviolable. C’est dynamique, quoi. Ensuite une attaque dans une banque et une prise d’otages : rien de très nouveau avec cette idée de cambriolage et de substitution preneurs d’otages / otages, mais ça reste très agréable. Puis deux amis de Conan sont pris en stop, mais la conductrice et son passager semblent manigancer quelque chose à propos du jeune détective : un rebondissement inattendu quant à l’identité de ces deux personnages permet de basculer sur l’enquête du « mur rouge » maculé d’un rouge sang. Lequel de ces quatre artistes en résidence a ainsi pu ligoter ses deux victimes ? Une intrigue très prenante, quoiqu’inachevée, qui donne très envie d’en lire la conclusion dans le tome 66.
16/03/2020 à 08:44 1
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Fool's Paradise tome 2
7/10 La machination de Sela apparaît de manière évidente aux yeux de l’un des personnages. Un enlèvement vient relancer l’intrigue, et la manipulation (ou plus exactement, sa motivation) se montre également. Un graphisme toujours aussi réussi et une intrigue intéressante car originale et ayant le mérite de poser de légitimes questions quant à la violence, l’engagement individuel, la société, et le fait que l’Enfer est décidément bien souvent pavé de bonnes intentions.
16/03/2020 à 08:44 1
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Au Feu, les Pompiers
9/10 Une série d’incendies criminels vient embraser la ville de Southampton. Aucun fil directeur en les victimes, ni dans les zones touchées. Mais après les blessés, des décès sont à compter. La commandant de police criminelle Helen Grace et son équipe enquêtent sur cette affaire, qui réserve encore autant de combustions que de surprises.
Ce quatrième volet de la série consacrée à Helen Grace séduit d’entrée de jeu. La plume de M. J. Arlidge est un festin : une écriture sèche et haletante, des chapitres diablement courts (cent quarante-deux pour un peu moins de cinq cents pages), et une variété des points de vue qui alternent à un rythme effréné. On se prend de passion pour l’héroïne, particulièrement douée, sagace et opiniâtre, et meurtrie par des penchants sadomasochistes. Les personnages sont tous léchés, croqués avec beaucoup de simplicité et de crédibilité, offrant ainsi une vaste palette humaine de tourments et d’épaisseurs psychologiques : l’écrivain évite avec intelligence le piège des individus sans âme, piètres faire-valoir des principaux protagonistes. On notera, notamment, la présence d’Emilia Garanita, journaliste machiavélique, prompte à dégainer des articles provocants. L’intrigue est singulière, parfaitement charpentée, jalonnée de multiples rebondissements, et qui allie vraisemblance et subtilité : sans vouloir rien dévoiler, le dénouement est en soi un modèle d’intelligence et d’étonnement, avec à la clef un épisode très poignant.
Malgré son titre français très dispensable, cet ouvrage de M. J. Arlidge est un véritable bijou de malice et d’émotion. De quoi amplement donner envie de s’attaquer à d’autres opus de la série.15/03/2020 à 08:01 5
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Salut à toi ô mon frère
7/10 Dans la famille Mabille-Pons, je demande la mère et le père, respectivement infirmière saugrenue et au farouche engagement politique, et clerc de notaire dont la modération vient tempérer les élans de son épouse. Ils ont six enfants, dont Rose, travaillant dans un salon de coiffure où elle lit des textes pour le grand plaisir des clientes. Mais au sein de cette progéniture, il y a également Gus, adopté, d’origine colombienne, qui vient de s’illustrer lors du braquage d’un bureau de tabac et qui a disparu juste après. Il est le coupable parfait aux yeux de tous, sauf à ceux de sa famille. Et c’est notamment Rose qui prend le sentier de la guerre pour retrouver son frangin et prouver son innocence.
Huit ans après La Guerre des vanités, Marin Ledun revient dans la ville de Tournon, mais sur un ton bien différent de ses autres ouvrages. En effet, l’auteur, entre autres, des puissants Modus Operandi, Marketing viral, Les Visages écrasés et L’Homme qui a vu l’homme opère un virage osé dans sa bibliographie, en signant cet opus sacrément décontracté et jubilatoire. Des personnages croustillants, qui n’engendrent à aucun moment la mélancolie. Des dialogues cocasses. Des situations drolatiques. De délicieux moments d’humour, d’autant plus réussis qu’ils étaient vraiment inattendus de la part d’un écrivain aussi engagé, et aux écrits habituellement si sombres. On retiendra de nombreux moments très amusants, comme les relations tendues, même si cela n’empêche nullement un profond attachement, entre les Mabille-Pons, ou encore les échanges de SMS entre Rose et le lieutenant Personne, devenu son amant, où le policier se voit opposer à chacun de ses messages des propositions coquines. Dans le même temps, si la forme est indéniablement distractive et réjouissante, l’intrigue déçoit un peu. Elle se réduit même à une portion indigente tandis que de nombreux clichés – certes assumés et répondant toujours aux engagements politiques et sociétaux de Marin Ledun, comme le racisme, la lutte contre les inégalités, les préjugés, etc. – sont véhiculés au gré des chapitres. Mais soyons parfaitement honnêtes : quand s’achève l’ouvrage, on en retient bien plus son souffle de décontraction que son aspect purement policier, et on est sincèrement heureux d’avoir davantage mobilisé ses zygomatiques que ses cellules grises.
Un bon moment de détente littéraire, ponctué de nombreuses références littéraires, cinématographiques et musicales, qui démontre une autre facette du talent de Marin Ledun. On retrouvera d’ailleurs bien volontiers la suite des aventures de Rose dans l’ouvrage La Vie en Rose.15/03/2020 à 07:53 6