jackbauer

783 votes

  • Etats Primitifs

    Alec Covin

    6/10 Dans les trilogies, souvent, le second volet est pareil au membre de la famille qui doit composer avec un aîné et un cadet : il doit se démarquer pour exister, sous peine d'être transparent...
    Reconnaissons alors à Alec Covin le mérite de tenter quelque chose de complètement différent par rapport aux Loups de Fenryder, pour éviter l'écueil du déjà-vu : tant au niveau du décor, que des protagonistes, il se concentre ici sur l'aspect politique, et presque institutionnel, des Loups, dont les velléités de putsch s'affirment à visage découvert...
    Pourtant, malgré une ambition louable, et sans aller jusqu'à hurler avec les Loups, je n'ai pas retrouvé le même plaisir de lecture que lors du précédent volume...
    Toutes les petites imperfections, déjà constatées dans le premier épisode, mais occultées par une progression dramatique certaine, occupent ici le devant de la scène, la faute à une espèce d'attentisme beaucoup plus marqué...
    La mise en œuvre du grand projet prend trop de temps et pousse l'auteur à combler les trous par des biais narratifs pas toujours crédibles...
    En mêlant les genres, le mélange dérange quand il donne lieu à d'assez mièvres séquences, ou d'obscurs passages socio-psychologiques...
    Il faut attendre la toute fin du roman pour retrouver la veine horrifique qui avait si sombrement irrigué le corps de l'intrigue des Loups de Fenryder, et qui, là, fait défaut...

    02/06/2019 à 10:01 2

  • Les Loups de Fenryder

    Alec Covin

    8/10 Après avoir relu ce roman, découvert il y a quelques années, je me fais la réflexion que les souvenirs qui me sont restés sont à la hauteur de la très bonne impression originelle...
    J'éprouve une fascination assez incroyable pour ce récit d'horreur, apparenté aux écrits de Stephen King ou de Dan Simmons, et à l'efficacité et à l'intérêt imparables...
    Une ambiance anxiogène, et l'ambition d'Alec Covin de ferrailler avec ces auteurs anglo-saxons sur leur propre territoire, à la manière de, de façon complètement assumée et décomplexée...
    Une franche réussite, qui ne se dément pas quelques années après, avec cette seconde lecture...

    24/05/2019 à 23:01 3

  • 11 Juin

    Matthieu Biasotto

    8/10 Rien n'est jamais ce qui paraît être dans les romans de Matthieu Biasotto, hormis l'affection sincère que l'on éprouve pour ces trajectoires fauchées par la vie, la compassion qui modèle ces destinées fracassées...
    L'auteur adore manipuler son monde, en plaçant ses personnages dans des situations qu'ils ont l'illusion d'avoir choisi, et le lecteur en porte à faux, vis-à-vis d'une réalité travestie...
    Son 11 juin a des allures de 1er novembre, cette commémoration du deuil impossible, cette dé(fête) du souvenir...
    Une date à marquer du pire noir pour Maud, celui qu'elle porte, et qui pousse à une vendetta inutile et stérile...
    La souffrance en partage, le soulagement en otage, la justice en rage et la vérité volage : sur l'échéancier du ressenti, l'auteur coche les bonnes cases quand il s'agit de nous faire partager les émotions des acteurs de son récit...
    Avec ce 11 juin, Matthieu Biasotto prend date...

    20/05/2019 à 17:25 4

  • Luca

    Franck Thilliez

    9/10 C'était inéLUCtAble : le règne des machines offre à Franck Thilliez l'occasion de s'affirmer, presque définitivement, comme le grand ordonnateur du thriller scientifique...
    Une enquête policière génialement modifiée, d'où les coupables sont absents, et qui le voit s'intéresser à un sujet qui pourrait paraître délirant, s'il ne s'appuyait sur des données et des faits établis, et si la course au modernisme ne s'effectuait au pas cadencé : une forme de terrorisme connecté, dont nous sommes, à la fois, les victimes et les responsables....
    ADN, GPA, PMA, GAFA... Autant d'initiales qui rendent capitales les nombreuses thématiques abordées, dessinant les contours d'une investigation hypnotique, ne nécessitant aucun GPS...
    En contrepoint de cette perquisition au cœur de l'IA, Thilliez réussit, sans artifice, et avec beaucoup d'intelligence, à nous impliquer émotionnellement au sein du groupe Sharko, plus qu'il ne l'avait jamais fait auparavant...
    Une brigade ( des cauchemars), plus qu'un simple duo, qu'il vient régénérer avec l'arrivée d'un nouveau personnage féminin, à la cuirasse aussi abîmée que celle de ses coéquipiers du 36... 
    En gagnant ses galons d'héritier de l'indéboulonnable Franck Sharko, Nicolas Bellanger occupe le devant de la scène et offre à l'auteur la possibilité d'offrir une retraite dorée à son héros récurrent, un peu comme s'il préparait l'après Sharko / Hennebelle... 
    Avec Luca, Thilliez se permet, s'il était encore possible, d'upgrader son niveau d'exigence pour nous fournir un thriller d'exception...

    16/05/2019 à 22:48 12

  • Les Anges de Babylone

    Ghislain Gilberti

    8/10 On est un peu au milieu du gué avec ce tome 2 de la Trilogie des Ombres...
    Et pour pouvoir rester au sec sans risquer la noyade, il faut trouver le bon équilibre, le rythme de croisière idoine, celui qui renoue les fils avec le précédent opus, sans passer par la case redite...
    C'est un peu le problème de Ghislain Gilberti ici, qui met du temps à nous replonger dans cette tentaculaire histoire, à l'endroit où il nous avait laissés...
    Malgré la politique de la terre brûlée instaurée par les membres de Borderline durant le premier tiers du récit, et les coups d'éclat qui en résultent, je suis resté de marbre durant les deux cents premières pages, qui ressassent et digèrent les événements du précédent volume...
    Et puis, l'arrivée du personnage de Cécile Sanchez vient déboulonner cette entame tiédasse, et régénérer l'histoire, qui prend, alors, une toute autre dimension...
    On ne sort pas indemne de cette guérilla urbaine...
    La distribution non plus, tant du côté des " bons " que des " méchants ", qui voit pleuvoir sur elle un déluge d'abominations, dont on se demande parfois comment elles peuvent tenir dans les limites de la cohérence...
    Mais la cadence enragée tenue par Gilberti force l'emballement, et le final déroutant promet une conclusion volcanique...

    12/05/2019 à 22:51 8

  • Blanche

    Matthieu Biasotto

    9/10 Ayant eu la chance de lire ce roman en avant-première, et même celle de pouvoir y " collaborer ", lors d'une lecture sociale mise sur pied par l'auteur lui-même, je viens dire ici tout le bien que je pense de ce nouvel opus d'un auteur particulièrement talentueux...
    N'y voyez là point de flagornerie, je désire seulement partager un sentiment assez rare, celui d'une aventure humaine étonnante, combinée à l'accouchement d'une œuvre diabolique...
    Le plaisir indissociable d'une lecture participative et d'un récit protéiforme, comme une fugue dissociative, tantôt dans la peau de l'auteur, tantôt dans celle de ses personnages...
    L'impression d'une beauté fragile et dévastée, d'une œuvre imparfaite et à parfaire, d'esquisses définitives et de vérités renouvelées...
    L'impression d'avoir participé à la naissance d'une héroïne atypique, quand l'émotion naturelle qui nous porte à l'empathie se révèle le plus troublant et le plus sournois des conseillers...
    L'impression de connaître ce chemin qui mène à  l'infernal traumatisme, et que, bien que pavé de louables intentions, il n'en demeure pas moins de travers(e)...
    L'impression de n'y plus rien comprendre, et de se dire, qu'après tout, ce qui compte, ce n'est pas le sens des mots, mais plutôt l'essence d'émoi...
    La réalité d'une conclusion unanime, qui promet presque un peu plus ( un peu
    trop ? )...
    L'impression d'avoir passé plus d'une nuit (avec) Blanche, et de se dire que, parfois, les cauchemars ont de bien beaux atours dans leur sac...

    09/05/2019 à 22:46 7

  • Ne t'enfuis plus

    Harlan Coben

    6/10 Comme à son habitude, Coben enchevêtre les destins de plusieurs de ses personnages pour, au final, les confronter à la Vérité, implacable...
    La mécanique Coben efficace comme un rouleau compresseur, classique et calibrée, rarement prise en défaut, même si, en l'occurrence, tous les fils de cette toile qui constitue son intrigue n'ont pas la même épaisseur...
    Son personnage de père éploré manque de caractère, tout comme les recherches qu'il entreprend pour retrouver sa fille disparue... D'autant plus que cette quête va trouver son accomplissement de façon assez rocambolesque...
    Le duo de tueurs à gages est beaucoup plus intéressant, et s'avère être le meilleur atout de cette histoire assez laborieuse, au final...

    05/05/2019 à 21:41 5

  • Le Livre des choses cachées

    Francesco Dimitri

    8/10 Une quatrième de couverture émoustillante, une récompense qui en impose, ce livre de Francesco Dimitri méritait, n'en déplaise à son titre, de ne pas rester dans l'ombre...
    J'ai toujours eu une tendresse particulière pour ces histoires d'amitiés mises à l'épreuve du temps, ces résolutions ingénues qui traversent les époques, et qui donnent du sens et du sang aux personnages, dont l'épaisseur trouve un écho dans notre propre expérience...
    C'est l'émotion qui se dégage ici, la facilité qu'a l'auteur à retrouver le parfum d'une nostalgie, d'une jeunesse envolée, des illusions perdues, qui rend le ressenti si authentique...
    C'est l'envie d'y croire, qui préside à la lecture d'un roman, et qui se retrouve au cœur de l'intrigue, qui coïncide avec ces moments-là, ces " je serais " qui, très vite, se transforment en " j'aurai dû ", ou " j'aurai pu ", confronté à la triste réalité de l'existence...
    Parce qu'il a su trouver la bonne distance entre l'émotion et l'introspection, parce qu'il nous donne la possibilité d'y croire, la réussite est indéniablement au rendez-vous...

    28/04/2019 à 20:37 9

  • Elévation

    Stephen King

    6/10 Une parabole sur l'acceptation des autres, et sur le diktat des apparences, qui tronquent les rapports humains au quotidien...
    Sobrement contée, elle permet à Stephen King de rendre un hommage discret à sa bonne ville de Castle Rock, tout en égratignant gentiment au passage une frange de ses concitoyens...

    27/04/2019 à 11:11 2

  • Trouble passager

    David Coulon

    7/10 C'est beaucoup plus qu'un simple trouble passager qui vous étreint à la lecture du roman de David Coulon...
    C'est d'abord le récit d'un châtiment prononcé à l'égard d'un père de famille, déjà détruit par la disparition de sa petite fille, et qui voit sa vie basculer dans l'horreur sur un malentendu...
    On assiste, atterré, au calvaire du personnage principal, sur la base d'une méprise effrayante, l'anathème d'un individu, condamné à l'indicible...
    Comme lui, on ne comprend pas cet acharnement aveugle...
    Et le grand mérite de l'auteur est d'entretenir le doute tout au long du roman, quand bien même rien ne devrait le soutenir...
    Puis vient le dénouement, terrible...
    Une écriture entêtante, hypnotique, à base de réitération et de répétition, pour ancrer dans la tête du lecteur, comme dans celle du protagoniste central, une réalité plus ou moins altérée...
    Victimes, bourreaux, la frontière est abolie, au moyen d'analyses psychologiques finement ciselées...
    Un trouble passager qui a le mérite de vous obséder bien après avoir parcouru la dernière page...

    24/04/2019 à 18:48 8

  • Dans la brume écarlate

    Nicolas Lebel

    7/10 On aurait facilement pu se noyer dans cette brume écarlate, si ce n'était la présence éclairée du capitaine Mehrlicht, et de ses subalternes...
    Si le corps du roman, qui voit le fan de Julien Lepers et son équipe tenter d'endiguer les exactions d'un descendant du comte Dracula en plein Paris, manque paradoxalement de mordant, et si l'enquête n'est pas la plus enthousiasmante de toutes celles menées par son trio policier, son cœur, les interactions et les états d'âme de la team Mehrlicht, bat plus fort à chaque nouvelle aventure, mettant au crédit de l'auteur son inusable capacité à capitaliser sur ce noyau dur de caractères aussi dissemblables que complémentaires...
    De saillies humoristiques en diatribes échevelées, Nicolas Lebel en profite pour ranimer les consciences, en portant notre attention sur la place des femmes dans la société, et nous plante, hébétés, devant le tombereau d'ennuis qui promet de s'abattre sur ses personnages fétiches...

    23/04/2019 à 07:58 8

  • La Vérité sur Dix petits nègres

    Pierre Bayard

    7/10 Comme celle qu'il prétend résoudre, ce livre est une énigme...
    C'est à la fois une savoureuse contre-enquête littéraire de la part de l'auteur, à la manière d'un thésard obtus, traquant l'inexplicable dans les moindres détails... 
    C'est aussi un crève-cœur, un peu comme si l'auteur nous annonçait une seconde fois que le Père Noël n'existait pas, démystifiant en un tour de main le twist le plus fameux de toute l'histoire de la littérature policière...
    C'est surtout une relecture de la fameuse énigme de l'île du Nègre, quand l'auteur nous offre une nouvelle alternative au problème posé par Agatha Christie...
    Pour qui aiment le détricotage de mythe, pour les éternels insatisfaits, pour les cartésiens des chambres closes, ce livre est une expérience à tenter, même si ceux qui, comme moi, se sont laissés berner par la reine du crime, y laisseront leurs dernières illusions quant à l'existence du crime parfait...

    17/04/2019 à 20:45 8

  • J'ai encore menti

    Gilles Legardinier

    7/10 Ça y est ! Cette fois, il est démasqué ! J'ai l'intime conviction que Gilles Legardinier est un menteur pathologique, un imposteur-né...
    Gilles Legardinier ? Pourquoi pas Bob Ard, plutôt...
    Un prête-nom servant de couverture à une jeune femme gentiment barrée, à l'imaginaire fertile, qui vit par procuration littéraire, des aventures complètement loufoques...
    Car sinon, comment expliquer qu'il ne soit jamais aussi bon que quand il est elle(s) ?
    Car sinon, comment parviendrait-il (elle) à nous convaincre que tout ce qui est écrit n'est pas uniquement pure invention ?
    Ici encore, le postulat de départ, qui lui sert de terrain de jeu, fournit la matière idéale pour laisser le champ libre à ses délires affabulateurs...
    Et plus le mensonge est consistant, plus il donne lieu à des situations complètement farfelues...
    Le concept fonctionne toujours, car le bonimenteur est talentueux, et le bateau bien mené, même si, à force d'avoir déjà servi, la mécanique du procédé peut finir par s'enrayer...
    Au final, je peux quand même l'avouer, je n'ai pas franchement aimé le dernier opus de Gilles Legardinier...
    Oups !! J'ai encore menti...

    15/04/2019 à 22:24 3

  • Surface

    Olivier Norek

    8/10 Après son Entre deux mondes, Olivier Norek nous immerge entre deux eaux, sans crainte de décompression...
    Au détour d'une phrase, comme une épithète, qui traverse son nouveau roman, remonte à la Surface ce qui distingue le réussi du mémorable : " Ici, nous commençons toujours par l'humain, parce que nous le connaissons."
    Là encore, comme dans la majorité de ses histoires, Norek s'attache à l'humain, et nous avec...
    Il est comme son protagoniste de la Fluviale, celui qui, de par son métier de flic, a certainement dû plonger au plus profond de l'âme humaine, pour savoir que les faiblesses et les failles de nos contemporains racontent bien plus, et bien mieux, que toutes les péripéties romanesques que l'on pourrait imaginer...
    Pas besoin d'artifices, ou de rocambolesque, pour attiser la passion...
    Plutôt que de capitaliser sur ses derniers succès, Norek " s'enterre" en Aveyron pour cette affaire de résurrection, à la fois individuelle et collective, ce cold case, que viennent réchauffer une affection, pour ses personnages, et une maîtrise du sujet, qui, de livre en livre, ne se démentent pas...
    Au final, un grand Yes pour mademoiselle No...

    08/04/2019 à 15:04 10

  • Crow

    Ian Manook

    5/10 Une réplique du séisme " Hunter", toujours aussi échevelée, mais beaucoup moins étourdissante...
    Les personnages sont toujours aussi cintrés, les dialogues claquent comme la culasse d'une Winchester, mais l'enthousiasme suscité par l'acte un s'effrite au fil des pages...
    Le chaos n'est plus maîtrisé, comme dans le premier épisode, et on a rapidement l'impression que tout ce qui avait si bien fonctionné dans Hunter, on ne le retrouve pas ici, voire très peu...
    L'action en est réduite à sa portion congrue, Hunter et Crow restant à la périphérie de l'intrigue, cantonnés à des rôles de guest, quand ils ne nous rejouent pas Men versus Wild, éclipsés par d'autres protagonistes, beaucoup moins charismatiques, voire même, pour certains, carrément antipathiques...
    En définitive, j'ai un peu eu l'impression de me faire plumer par ce corbeau-là...

    05/04/2019 à 21:24 5

  • M Le bord de l'abîme

    Bernard Minier

    8/10 Connexion parfaitement établie avec la nouvelle interface littéraire de Bernard Minier, qui, sous couvert d'un thriller oppressant, nous interroge sur les dérives du tout-numérique ...
    Il aborde le thème du déploiement de l'Intelligence Artificielle, et souligne la marche forcée du progrès qui piétine les libertés individuelles, son plus grand paradoxe étant, sous couvert d'émancipation technologique, de risquer un formatage du libre arbitre...
    Il fait de Hong Kong, un État dans le data, un protagoniste à part entière de l'histoire, hybride concrétion de gratte-ciels et de lieux sordides, nous précipitant au cœur de ses canyons urbains, les sens dessus dessous...
    Bien sûr, comme les meilleurs programmes informatiques, l'intrigue n'est pas sans souffrir de quelques bugs, qui témoignent in fine de la réalité pas si virtuelle d'une histoire au bord de l'abîme de la folie digitale...
    Néanmoins, n'hésitez pas à vous ruer sur le nouvel opus de Bernard Minier, même si, contrairement à la science qu'il évoque, lui ne souffrira d'aucune obsolescence programmée...

    30/03/2019 à 21:27 8

  • Pour le bien de tous

    Laurent Scalese

    8/10 " Pour le bien de tous"...
    Et surtout le nôtre, car ce qui ressort du dernier roman de Laurent Scalese, c'est cette tendresse contagieuse qu'il prend à modeler ses personnages, et le rendu si généreux qui en découle...
    Une forme d'écriture déliée et comme roborative, qui entraîne le lecteur à la suite de son duo de flics dissemblable, un peu à la façon des binômes de Thilliez ou Saussey...
    L'intrigue, presque secondaire, n'est pas délaissée pour autant, et permet à l'auteur d'aborder des thèmes qui ont pour habitude de faire les unes de l'actualité récente...
    La fin, frustrante à plus d'un titre, augure néanmoins la promesse de retrouver bientôt nos deux héros dans de nouvelles aventures...

    24/03/2019 à 10:24 5

  • Raisons obscures

    Amélie Antoine

    9/10 Les domestic thrillers, ce n'est généralement pas trop ma tasse de thé... Ces histoires de voisinage qui tournent mal, d'adultère meurtrier, ça a vite tendance à tourner en rond, et à manquer d'intérêt...
    Mais pour des Raisons Obscures, Amélie Antoine est parvenue à m'estomaquer , et je ressors de cette lecture forcément chamboulé...
    Pourtant, les raisons de ma sidération sont assez claires :
    une histoire dramatiquement banale, tragiquement actuelle, une mécanique d'une efficacité glaçante...
    L'occasion de pouvoir se mettre à la place des protagonistes, victime naïve, bourreau qui s'ignore, complices silencieux et autocentrés, ni juge, ni partie...
    Le cheminement qui conduit au drame qui se jouera, et l'analyse psychologique des différents personnages, subtilement établis...
    Un épilogue terrifiant...

    20/03/2019 à 21:27 8

  • Animal

    Sandrine Collette

    7/10 Sandrine Collette débusque l'animal au coin du Moi, et réveille nos instincts bestiaux...
    Elle brouille les pistes ; la partie de chasse à laquelle elle nous convie renvoie à un antagonisme séculaire et viscéral, démontrant que le prédateur n'est pas toujours celui que l'on croit...
    Elle traque la faille ; les protagonistes vont au bout d'eux-mêmes, et affrontent leurs limites pour continuer à vivre...
    Elle sonne l'hallali, en offrant au lecteur un dénouement tragiquement sauvage...
    Même si le résultat n'est pas férocement à la hauteur des espérances, il y a toujours quelque chose à sauver des romans de Collette...
    Parfois, l'excellence est au rendez-vous, parfois la tentative se solde par de l'incompréhension, mais jamais on n'en ressort sans s'interroger sur notre Nature véritable, ce qu'elle fut, ce qu'elle a été, ce qu'elle devient...
    Un dépaysement littéraire, qui fait de Sandrine Collette l'une des voix les plus singulières du panorama des auteurs français...

    18/03/2019 à 15:50 9

  • Les Voleurs du temps

    Corinne Martel

    8/10 Parfois, il faut bousculer pour s'imposer... Parfois, il faut choquer pour ouvrir les yeux...
    Ici, Corinne Martel, et ses personnages, n'hésitent pas à nous prendre à témoin, pour nous offrir une histoire difficile et éprouvante, née de rencontres qui ne le sont pas moins...
    Récit fracturé, psyché contrariée, personnages très abîmés, je peux comprendre que l'accumulation d'horreurs à laquelle nous nous trouvons confrontés puisse saper le moral du plus endurci des lecteurs...
    Et ce n'est pas le style de Corinne Martel, qui, en épousant l'état de délabrement psychologique de ses personnages, va contribuer à édulcorer l'impression de malaise qui se dégage du récit...
    Mais il faut parfois, pour faire ressentir à celui-ci, à l'abri derrière ces murailles de papier, toute l'horreur d'une situation aussi détestable, aussi effroyable, que celles évoquées dans le livre, que l'auteur sorte l'artillerie lourde, quitte à faucher quelque innocence...
    Néanmoins, la qualité de la prose, et la force de l'intrigue, balaient les réticences, comme elles peuvent tenir en respect toute forme de complaisance...
    Des " voleurs du temps" qui ne feront pas perdre le vôtre...

    10/03/2019 à 19:50 4