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Scènes de crime : 200 ans d'histoires et de sciences criminelles
9/10 Les livres sur la police scientifique ne manquent pas, mais quand Val McDermid, l’auteure des remarquables et remarqués Le Chant des sirènes, Au lieu d’exécution, Le Tueur des ombres ou Quatre garçons dans la nuit s’y met à son tour, on ne peut que se laisser tenter par un tel ouvrage documentaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est du béton. Les strates de la police anglaise, l’entomologie, les enquêtes sur les scènes d’incendie, la médecine légale, la toxicologie, les empreintes digitales, l’ADN, l’anthropologie, les reconstitutions faciales, la science forensique numérique, etc. L’écrivaine s’est forgée une solide réputation avec ses intrigues denses et ses personnages âpres, et l’on comprend mieux, à la lecture de cet opus, à quel point elle maîtrise ces divers sujets, afin de pouvoir nourrir ses histoires. Loin de s’attribuer des lauriers qui ne sont pas toujours les siens, Val McDermid cite fréquemment des analystes de scènes de crime, exploite une bibliographie particulièrement consistante et pertinente, au gré de chapitres fermement charpentés et très instructifs. De nombreux faits divers et autres investigations criminelles sont mentionnées, parfois retracées, et des photographies émaillent les quelque cinq cents pages de ce livre. Pourtant, l’auteure ne s’est pas contentée d’un simple inventaire, soporifique et nécessairement copié-collé d’ouvrages précédents : elle y imprime de la vie et les sentiments humains qui lui sont liés. Les doutes de ces techniciens, leurs échecs, ce qu'ils ont appris des impasses et fiascos, les progrès réalisés suite à ces revers : des points de vue immédiatement intelligibles car retranscrits avec bienveillance et toujours avec un net souci de vulgariser sans jamais bêtifier ni simplifier. Les aspects historiques sont également passionnants, de l’Antiquité jusqu’à de récentes guerres civiles, de faits divers en tueurs en série, de l’Egypte ancienne aux dernières évolutions de l’informatique. Autre atout de taille : jamais Val McDermid ne devient la thuriféraire aveugle de la science forensique. Des exemples ? Bernard Spilsbury avait beau être un analyste de renom, il n’en était pas moins un dogmatique qui a commis des erreurs en plus d’être un personnage pour le moins contestable. Le « Fantôme de Heilbronn » a démontré les limites de l’exploitation de l’ADN et sa parole toute-puissante.
Un documentaire singulièrement riche et érudit, qui se montre savant tout en demeurant accessible, éclairé et mesuré. Dans le domaine des abondants opus consacrés à la police scientifique, à n’en pas douter, c’est un jalon.04/02/2021 à 07:01 4
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La Créature des marais
5/10 Kelli et Shawn Andersen déménagent de New York pour rejoindre la Floride, mais ils ne s’attendaient pas à habiter à côté d’un marais où vivrait une créature légendaire appelée « Le Viscailleux ». Même si ça reste un pur mythe, les nouveaux camarades des enfants Andersen les assurent qu’ils ont vu la bête, et il se pourrait, effectivement, que ce marais recèle de nombreux secrets. Pour un R. L. Stine, on est dans le classique : des ados sujets à des phénomènes étranges, des chapitres courts et se terminant presque tous sur un cliffhanger, un récit lapidaire, et un pitch classique mais offrant aux jeunes lecteurs son lot de suspense et de sueurs froides. Ici, on a affaire à quelques personnages troubles, comme les frères Zeke et Decker ou l’étrange garde forestier Saul, des moments de pure magie (au sens premier du terme) avec cette possibilité de prendre le contrôle sur la créature en l’invoquant (avec cinquante gouttes de sang, hein, pas quarante-huit…). Mais malgré cette ambiance gentiment anxiogène avec les longues échappées dans la nature inquiétante du marécage et ces messages anonymes adressés aux enfants Andersen, l’ensemble est beaucoup trop axé sur l’occultisme pour me plaire, ça n’est que moyennement ma tasse de thé. Ce prologue avec Becka et Donny laissait augurer un opus qui me plairait, mais j’ai assez vite déchanté : trop de rebondissements à la fin, pas forcément nécessaires à mes yeux ni même originaux, au point que l’ensemble ressemble un peu à un puzzle où l’auteur aurait emboîté des pièces trop éparses et hétérogènes, parfois même en forçant dessus. Je le redis, ça n’est probablement que subjectif, mais ce tome des « Chair de poule » ne figurera pas parmi mes préférés.
03/02/2021 à 18:52 2
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Museum tome 2
8/10 Cela faisait environ deux ans que j’avais lu le premier tome, et me plonger dans l’opus suivant a été un pur régal. Esthétiquement, psychologiquement, j’ai été happé dès les premières pages, avec la mort de Nishino et l’appétit de vengeance de Sawamura face à ce tueur en série psychopathe qui a noué un rapport étrange avec l’art et enlevé sa femme et leur jeune fils. Sawamura va comprendre assez vite que le comportement du monstre vis-à-vis du temps atmosphérique n’est pas anodin. Une séquestration assez flippante et anxiogène autour d’un puzzle pouvant apporter un élément important dans la progression scénaristique tout en permettant au captif de sortir de son enfermement. Un grand moment d’un suspense fiévreux et addictif !
02/02/2021 à 18:34 1
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L'Héritier
Philippe Francq, Jean Van Hamme
8/10 Le vieux magnat Winch, riche à milliards, se meurt d’un cancer du cerveau et demande à l’homme qui le braque d’un pistolet muni d’un silencieux de le tuer, et c’est ce que fait cet inconnu… en jetant le nabab du haut du building. A Istanbul, Largo Winch, le fils adoptif et secret de la victime, est agressé et on lui fait porter le chapeau de l’assassinat d’un homme. Le graphisme a nécessairement vieilli (la BD date tout de même de 1990) et il y a parfois quelques bavardages inutiles, mais le scénario est prenant, les tractations dans la holding très intéressantes et elles sont contrebalancées, en parallèle, par l’action se déroulant en Turquie. Voilà un jeune trentenaire qui a très bien vieilli, et je serai au rendez-vous d’autres opus de cette série à côté de laquelle j’étais complètement passé, d’autant que le final de celui-ci, avec évasion – fusillades – action – fuite en jet privé – révélation destinée à Largo, est assez musclé.
02/02/2021 à 18:33 1
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Ichi The Killer tome 10
8/10 Kaneko tué, ne restent donc plus qu’Ichi et Kakihara, et la confrontation répond aux attentes (même si la touche d’humour potache me semble déplacée en plus de tuer cet instant tant attendu). Ichi devra encore régler un contrat où l’on saisit enfin le côté manipulateur du « vieux ». L’épilogue, un peu plus roublard et astucieux que le reste de la série, était inattendu en plus de laisser pas mal de points de suspension, voire d’interrogation, dans la tête du lecteur. Un bon tomber de rideau sur une série sacrément épicée, peut-être l’une des plus violentes que je n’aie jamais lues.
01/02/2021 à 16:59 2
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Firefly tome 3
7/10 La découverte de la jeune femme dans la trappe, Chiharu, séquestrée, ainsi que du journal incomplet relatant ce qui ressemble au récit des précédents survivants relance le suspense. Ce tome s’achève sur la crise de folie de l’oncle Tsunemasa et propose, comme dans le précédent, une lecture agréablement anxiogène, avec des passages très intéressants même si l’ensemble a des airs de déjà lu ou de déjà-vu. Je vais tâcher de mettre la main sur le quatrième et dernier opus de cette série très recommandable.
01/02/2021 à 16:58 1
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Détective Conan Tome 63
7/10 Suite et fin de l’énigme de cet homme découvert mort dans sa voiture dans le tome 62 : une solution simple et efficace, qui trouve à mon avis plus son intérêt dans l’analyse finale de la psychologie de la victime que des ressorts du « comment ». « L’Affaire du tapis roulant » commence dans un restaurant de sushis – où les plats défilent sur un tapis roulant, d’où son nom – et où un critique gastronomique meurt empoisonné : c’est également assez astucieux et sympathique. Puis un concours au cours duquel on tue le responsable de la représentation, et parmi les coupables se trouve le père de Genta : une histoire de vengeance après qu’un chien a été tué, un peu décevante d’autant qu’elle fait appel à la langue japonaise que je ne maîtrise évidemment pas, malgré un joli bluff de la part de notre détective. Ensuite, l’affaire de « La sorcière argentée du col de Fuyuna » : une bien plaisante variation sur le thème de la Dame blanche, ici puissamment motorisée. Dans sa globalité, pas l’un des meilleurs opus, certes, mais c’est très agréable, divertissant, et ça m’a fait passer un bon moment.
31/01/2021 à 18:27 1
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All You Need Is Kill tome 2
Takeshi Obata, Hiroshi Sakurazaka, Ryosuke Takeuchi
7/10 L’entame de ce second tome revient sur la jeunesse de la guerrière, à Pittsfield, la première confrontation avec les Mimics, et comment elle a pris l’identité de Rita Vrataski. On comprend aussi qu’elle a pigé le principe des boucles temporelles maîtrisées par les Mimics et comment elle a su en tirer profit, avant que Kiriya Keiji ne s’en rende compte à son tour. Un duel fratricide final vient clore le dernier opus de ce diptyque, bien moins bourrin et plus intelligent que les autres mangas du genre, à mon avis.
31/01/2021 à 18:27 1
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Dernier appel pour les vivants
9/10 Hobe Hicklin est sorti de prison, mais ses vieux démons n’en demeurent pas moins voraces, et voilà qu’il s’en va braquer une banque, tuant l’une des employées, et part avec le jeune Charlie Colquitt comme otage. Pour ce membre de la Fraternité Aryenne, s’ensuit une longue cavale au cours de laquelle il croisera la route de son mentor, Leonard Lipscomb, dit « le Prédicateur ». Et beaucoup de morts, de sang, de douleurs, et peut-être, une forme de rédemption.
Ce Dernier appel pour les vivants de Peter Harris saisit d’entrée de jeu par son ton rauque, sa plume noire et son incroyable maîtrise, au point que l’on est désarçonné par le fait qu’il ne s’agissait que du premier ouvrage de cet écrivain. Un style très carré, où, par exemple, les préparatifs du braquage et le hold-up qui suit font immanquablement penser à une scène d’un long-métrage, chorégraphiée et filmée avec beaucoup d’habileté. Mais les qualités de l’auteur ne s’arrêtent pas là : au gré de ces quelque trois cents pages, l’on découvre des personnages âpres et d’une rare profondeur humaine, dans leurs élans d’expiation comme dans leurs tourments. Hicklin a appris la dure loi de la complicité avec les néonazis dans les diverses prisons qu’il a fréquentées, s’est mué en un individu redoutable et redouté, avant d’être adoubé et presque adopté par Lipscomb, son gourou. Dans le même temps, Charlie Colquitt compose un personnage plus falot : indifférent à la gent féminine, d’une rare fadeur, lié à sa mama comme le petit garçon qu’il n’a jamais cessé d’être, et passionné de modélisme et de fusées miniatures. Il y a également Hummingbird, toxico un brin nymphomane, le shérif Tommy Lang qui cherche à racheter ses péchés et sa vie sans réel sens, et quelques autres protagonistes particulièrement soignés. L’intrigue est certes classique, mais Peter Harris possède un sens rare de la narration, du visuel et de la percussion littéraire, avec des scènes sacrément marquantes, comme la rencontre avec les membres de l’Eglise de l’Agneau sacré et des Miracles, dans une chapelle saturée de serpents, le piège – dans tous les sens du terme – dans lequel tombe Lipscomb, ou encore le final où émerge, avec beaucoup de tact, une forme certaine de communion humaine et d’espérance.
Un roman d’une immense noirceur, fort et serré comme un café d’exception, qui brûle l’estomac et qui marque les esprits, et qui donne également envie de boire les autres nectars de l’auteur, Le Diable en personne et Les Mangeurs d’argile.28/01/2021 à 07:07 5
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La Corde d'acier
4/10 Un avocat, maître Jacques Milcent, vient de disparaître. Deux jours plus tard, c’est au tour d’un banquier, Séraphin Bernardeau. Le lendemain, c’est le fabricant d’automobiles Henri Gordier qui s’évanouit dans la nature. Problème supplémentaire : deux autres hommes disparaissent et l’on découvre leurs corps bien loin de la France ou de Paris, les chevilles prises dans un lien d’acier. Un policier, Henri Fougeray, parviendra à résoudre ces mystères en série. Un récit fort agréable, empreint de dynamisme, avec des énigmes, de l’aventure, des poursuites, et une villa et un garage fort intrigants. Le policier est un personnage sympathique, ambitieux et tenace, même si le format de la nouvelle ne permet pas de lui octroyer une grande envergure. L’explication est paradoxale : les deux inventions exploitées sont à la fois originales (et indevinables), mais elles sont tellement grosses, tellement capillotractées, que la résolution finale perd toute saveur. Je ne parle même pas des concepts (après tout, pourquoi pas, ça existera peut-être dans plusieurs décennies ou plusieurs siècles…), mais quand l’un des comploteurs essaie d’en expliquer le fonctionnement en prenant l’exemple de ce qui est arrivé au collègue de Fougeray, là, c’est tout bonnement invraisemblable, voire ridicule et risible, et c’est du coup toute la démonstration qui tombe à plat dans cette même chute. Au final, une lecture plaisante mais gâchée par une résolution maladroite, et même grotesque par certains aspects, parce que je veux bien être mené en bateau par un tour de magie ou d’illusionnisme, mais pas pris pour une bourrique par un bonimenteur qui aura mal achevé sa manipulation.
25/01/2021 à 18:57
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La Taupe rouge
9/10 Février 1945. Le IIIe Reich est à l’agonie. Face à la pression militaire, certains nazis tentent de sauver ce qui peut encore l’être, pour des raisons personnelles ou pour la patrie moribonde. Maxime Issaïev, alias Max von Stierlitz, est un agent secret soviétique, qui va tenter de déjouer ces complots et offrir à l’URSS, bannie de ces discussions, un rôle plus important.
Les Occidentaux ne connaissent guère l’œuvre de Julian Semenov, auteur pourtant célébrissime de l’autre côté de l’Oural, dont l’œuvre a été transposée à la télévision et au cinéma, et à qui un musée est consacré en Crimée. D’ailleurs, la préface de Zakhar Prilepine, écrivain et homme politique, se révèle nécessaire pour comprendre l’homme que fut l’écrivain, quel aura été son parcours et sa philosophie. On assiste sans le moindre temps mort à ce qui s’est déroulé entre le 12 février et le 18 mars 1945 dans l’Allemagne en pleine déchéance, certaines élites cherchant à négocier une paix forcée avec les Anglais et les Américains pendant qu’il en était encore temps. On découvre également le personnage de Max von Stierlitz, officiellement « SS-Standartenführer, […] membre du NSDAP depuis 1933 […] implacable avec les ennemis du Reich », qui est en réalité un espion de l’URSS, et qui va utiliser le pasteur Schlag, entre autres, pour épier ces pourparlers et tout mettre en œuvre pour les stopper. C’est un individu flegmatique, assez philosophe et plutôt placide en apparence, ce qui ne l’empêche nullement d’être très rusé, perspicace et manipulateur, sans compter sa détermination sans faille : la première opération à laquelle il se livre dans le roman, avec une exécution à la clef, fixe d’emblée ce dont il est capable. Au-delà de l’intrigue, c’est aussi une remarquable radioscopie de la dictature nazie en pleine déliquescence qui nous est offerte, avec ses complots, ses coups bas, ses manœuvres et ses pressions, où chaque rat essaie de trouver sa planche de survie. Adolf Hitler, Hermann Göring, Heinrich Himmler, Joseph Goebbels, Reinhard Heydrich, mais également Winston Churchill et Joseph Staline : tous ces personnages interviennent dans le livre, en chair et en os, ou à travers des enregistrements ou transcriptions de leurs échanges. La fiction se marie à la perfection à la réalité, dans cet ouvrage de premier plan où l’on ne fait qu’entrapercevoir la solide connaissance par Julian Semenov des appareils politiques et d’espionnages des diverses nations concernées.
Que les amateurs des OSS 117 et adaptations cinématographiques de James Bond passent leur chemin. L’écrivain Julian Semenov nous propose un roman fameux, d’une immense érudition et pourtant accessible, sur la chute des Aigles du Reich et, de manière générale, sur les petits arrangements auxquels se livrent les rapaces quand ils se sentent proches du rang de proies.25/01/2021 à 07:07 4
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Cauchemar à Clown Palace
7/10 … ou comment Ray Gordon, un jeune ado toujours en action et intenable – surnommé parfois « Ray la grenade » – s’en va faire un stage chez son oncle Alex dans un cirque. Sur place, accueilli par le Clown Kitu – le nom de scène d’Alex une fois grimé, Ray va vite se rendre compte que quelque chose cloche, comme ces clowns qui disparaissent après avoir participé à une séance de tombe-à-l’eau, ou encore la présence inquiétante de Monsieur Tête-qui-rit et de l’énigmatique Epouvanteur. J’ai trouvé cet opus très réussi, notamment parce que, même si on retrouve le cahier des charges confié à R. L. Stine dûment rempli (cliffhangers à la fin des chapitres, écriture simple et prenante, univers gentiment anxiogène, pitch intrigant, etc.), je l’ai senti aussi plus « mûr », à savoir peut-être plus adulte. Ce que l’auteur a imaginé autour de la disparition de ces clowns et de la machination montée par l’Epouvanteur est bien trouvée, au point que cela aurait même pu être exploité dans un thriller pour des lecteurs bien plus âgés. Dans le même temps, certains éléments – comme l’humour volontairement décalé et à double sens des clowns – finissent par créer un climat délicieusement inquiétant et ténébreux, et qui s’achève avec une révélation que je n’attendais pas et qui m’a plu. Bon, certes, l’épilogue ne m’a pas paru très épatant, mais il est plutôt surprenant et plaira sans nul doute aux jeunes lecteurs auxquels ce livre se destine. Bref, sans constituer pour autant l’un des meilleurs ouvrages de l’écrivain, il est, à mes yeux, réussi et efficace, en plus de proposer un scénario original et dont on peut se souvenir plus longtemps que ceux d’autres livres de la série « Chair de poule ».
23/01/2021 à 19:37 2
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Détective Conan Tome 62
8/10 La résolution de l’intrigue, inachevée, du tome 61, où un détail « vestimentaire » va attirer l’attention de Shinichi : simple mais efficace. La suivante commence avec la découverte du corps d’un homme dans le cagibi de sa maison, visiblement étranglé : une aussi simple et efficace histoire, avec quelques détails bien sentis qui vont perdre le criminel. « Le Village de la haine » nous montre Conan retrouver sa taille normale, originelle, après y avoir été attiré par une lettre, tandis que l’on évoque un être curieux vivant dans la forêt : amnésique puis persuadé d’avoir agressé une femme avec un couteau. Une enquête plus longue qu’à l’accoutumée, riche de rebondissements et passionnante ! Enfin, la dernière, à peine amorcée, nous propose un meurtre en chambre close, ou, plus exactement, un meurtre en voiture close. Un très bon opus de la série !
22/01/2021 à 17:42 2
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Silencer tome 2
8/10 On retrouve Iba et Shizuka aux trousses de l’escroc qui a décampé en emportant avec lui les économies (obtenues par corruption et trafics) du policier, mais aussi celles d’un gangster. Résolution de cette affaire, avant que le duo d’enquêteurs en marge s’intéresse à un suicide collectif dissimulant une sordide histoire de viols. On en apprend un peu plus sur le passé de Shizuka, notamment au cours d’un enlèvement. Escroquerie, tripot clandestin, réapparition de la « division 39 » : un scénario toujours aussi sombre, un ton très cadencé, des personnages peu recommandables et hautement attrayants, et un graphisme léché qui souligne avec talent l’action et le suspense. Un pur régal.
21/01/2021 à 19:11 1
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Mission exploration
8/10 Vous incarnez Marlo, un jeune astronaute qui participe à un voyage d’exploration sur la lointaine planète Andelka afin d’en vérifier l’habitabilité. Mais rapidement, vous vous rendez compte que la quasi-totalité de l’équipage a disparu, mis à part Alma. Que s’est-il passé ? A vous de devenir l’enquêteur, de comprendre la situation, et de sauver les autres membres de l’expédition.
On connaissait déjà fort bien [per|Laroche+Agnès], avec notamment ses très réussis [pol|Le Fantôme de Sarah Fisher], [pol|Sauve-toi Nora !], [pol|Cœurs en fuite] ou [pol|Chasseur de voleurs]. Elle a également lancé la collection Les mystères dont vous êtes les héros, dont ce Mission exploration est le quatrième opus. Le décor est très rapidement planté, et le suspense est presque immédiat. Comme dans tous les ouvrages de ce type, le lecteur – qui est donc également acteur grâce à sa réflexion, ses déductions et son flair – se voit proposer à la fin de chaque chapitre le choix entre deux possibilités, l’emmenant alors sur des routes indépendantes. Mais ici, on ne retrouve pas les écueils que l’on peut parfois trouver. Les bifurcations sont nombreuses, radicalement différentes, menant parfois à l’échec sans qu’il soit possible de revenir en arrière, comme dans les jeux vidéo où il est possible de sauvegarder la progression et revenir à l’endroit voulu. En outre, l’ouvrage ne propose pas moins de vingt-trois fins possibles, dont certaines, peu satisfaisantes aux yeux de l’écrivaine, sont qualifiées de « Pas mal ! », engageant le lecteur à réessayer jusqu’à obtenir un succès plus franc. Traduction : cet opus se montre consistant, résistant, et si addictif que l’on se fera un plaisir, voire un devoir, de recommencer, encore et encore, pour tester toutes les possibilités offertes.
Un livre-jeu particulièrement réussi et solide, et qui permettra même aux moins jeunes de retrouver leur âme d’enfant. Une bien belle réussite.21/01/2021 à 06:58 3
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Anguilles démoniaques tome 1
8/10 Parce qu’il est endetté jusqu’aux yeux, Masaru Kurami se voit obligé de travailler pour le patron de la « Chiwaki Enterprise » qui le débarrassera de ses découverts en échange de quoi Masaru va devenir son homme de main en récupérant des créances en son nom. Il va maintenant devoir transporter un colis d’une cinquantaine de kilos dont il ignore le contenu exact avant d’être relooké pour avoir vraiment la tête de l’emploi. Sept chapitres sombres et qui s’emboîtent habilement pour brosser le portrait en clair-obscur (au sens moral comme esthétique) de Masaru, devenant graduellement le chien de chasse de son boss. Pas mal d’éléments marquants, comme l’insalubrité de Kuromu, le visage brûlé de Hide qui vient même hanter les pensées de Masaru, le contenu mystérieux de ces colis transportés, ou les amours visiblement naissantes de notre recouvreur de dettes. Je suis séduit par cet opus et j’essaierai de me procurer les suivants.
19/01/2021 à 19:41 1
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Tista tome 1
6/10 Stabano Frapechino : c’est le parrain qui vient d’être abattu à New York par un sniper qui a réussi à dégommer sa cible à plus de mille yards dans un véhicule en mouvement, et l’on prête déjà ce tir remarquable à « Sœur Militia ». Mais cette tueuse professionnelle est dissimulée sous l’identité de Tista Lone, une jeune fille un peu paumée mais mue par une forme d’idéologie colorée par la religion. Un manga assez vitaminé, riche en action et autres fusillades, mais un peu plus plan-plan du point de vue de l’intrigue, même si les connotations et autres références religieuses réhaussent l’ensemble.
18/01/2021 à 16:56 1
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Goth
7/10 Une affaire criminelle secoue les médias : un tueur sectionne les mains de ses victimes. Adultes, enfants, pattes d’animaux, tout y passe. Morino et Kamiyama, deux lycéens aux attraits communs pour la mort, vont sceller leur étrange connexion via cette histoire qui les connecte de façon très intime. Un professeur qui démembre ses victimes (son identité est un peu trop vite révélée) et d’autres criminels bien tordus nous permettent de faire connaissance avec ces deux adolescents, alors que la jeune fille dissimule un pan sacrément douloureux de son passé. Des traits un peu fades à mes yeux (mais peut-être est-ce dû au fait que ce manga date de 2003), mais une histoire plutôt surprenante, par moments assez gore, et qui m’a surtout marqué – et surpris – dans le long final, avec la résolution de l’affaire concernant Morino, et l’avant-dernière page très dure, magnifiant la relation si spéciale entre les deux protagonistes.
17/01/2021 à 19:49 2
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Il pleut bergère...
9/10 … ou le récit de Jérôme Lecœur qui, enfant a vécu une succession d’événements mémorables alors que sa ville normande était battue par une pluie noire : son amitié atypique avec Albert Ramburges, avec lequel il n’a pourtant jamais échangé un mot ni ne l’a même touché, simplement en l’observant depuis sa fenêtre ; l’arrivée dans le foyer de la venimeuse et horrible tante Valérie qui souhaite récupérer sa maison pour la léguer aux parents de Jérôme, mais uniquement pour pouvoir y vivre à leurs côtés ; et l’ambiance fiévreuse lié à un récent attentat orchestré par les anarchistes et dont Gaston, le père d’Albert, pourrait être l’un des instigateurs. Mais Jérôme a des soucis de mémoire, recolle les morceaux comme il peut, et ça n’est quand dans les dernières pages que tout se résoudra en parlant avec sa mère, désormais bien âgée, notamment à propos de ce qui est arrivé à Albert, Gaston et Valérie. Ainsi résumé à la va-vite, ce roman peut donner l’impression d’être fiévreux, endiablé, mais on est chez l’immense Georges Simenon, ici, et cette fièvre, pourtant bien présente, cède le pas à un récit en apparence calme, assagi, parfois kaléidoscopique, dont le narrateur recoud les morceaux à mesure qu’il s’en souvient. Ce qui m’a le plus marqué dans cet opus, c’est d’ailleurs ce paradoxe, encore plus qu’avec toutes mes autres lectures des ouvrages du maître belge : cet étonnant paradoxe, puisqu’il y a beaucoup d’événements, et dans le même temps, on a l’impression qu’il ne s’y passe rien. C’est une remarquable tranche de vie, avec même plusieurs tranches puisqu’il y a diverses vies qui sont étudiées, et je retiendrai volontiers ce feu d’artifice flamboyant. Le personnage de tante Valérie, dont les descriptions physiques sont de petits bijoux d’acide, sans compter son âme envenimée, malveillante, prête à instiller le poison de son fiel en tous lieux et en toutes occasions, que ça soit dans sa propre famille comme lors des manifestations en fin d’ouvrage. La relation sibylline entre les deux enfants, si baroque puisqu’au final, ils ne se connaissent pas. Jérôme, en enfant qui sait se protéger du monde des adultes en retrouvant son univers aérien et innocent, ce qui ne l’empêche nullement d’affronter verbalement sa tante ou tenter de venir en aide à une femme en étant sur le point de lui offrir de la nourriture. La foule, animaux en meute, masse sombre et abêtie, satisfaite de pouvoir hurler avec ses semblables, que ça soit pour souhaiter le lynchage d’un homme dont ils ne savent rien ou pour demander la mort de policiers, comme ça, pour rien. Et puis, il y a aussi des moments de pure grâce, qu’elle soit profondément poignante (quand Jérôme découvre l’existence d’un autre membre de sa famille et qui n’a pas survécu), d’un humour à froid particulièrement inattendu (ah, le coup des poireaux…) ou quand Georges Simenon évoque la force des souvenirs, le passé, les troubles mémoriels, le tout à travers les yeux et les mots d’un gosse dont les attitudes et réparties sont retranscrites avec maestria. Bref, un roman qui aura eu un immense impact sur moi et dont je me souviendrai encore très longtemps, et selon moi l’un des meilleurs de Simenon.
11/01/2021 à 19:32 4
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Dilemme
8/10 Nathan Lemonnier, sept ans, est le seul survivant du massacre de sa famille. Un inconnu s’est introduit dans la maison familiale avant de perpétrer un carnage. Nathan est confié aux bons soins d’Agathe Delcourt, pédopsychologue, tandis que l’enquête revient au lieutenant Louis Salvant-Perret et à ses collègues. Cet homicide multiple fait écho à une affaire similaire, ayant eu lieu quatorze ans plus tôt : le tueur serait-il de nouveau à l’œuvre ?
Principalement connue pour sa série consacrée à Lynwood Miller, Sandrine Roy nous gratifie avec ce Dilemme d’un roman à suspense autonome. On est aussitôt plongé dans l’ambiance, avec ce tourmenteur, visiblement enflammé dès qu’il est question d’écologie, de surpopulation ou de gabegie, en 2000, avant la survenue, bien des années plus tard, d’autres carnages. C’est alors que l’on découvre une plume particulièrement enthousiasmante, et bien moins sombre et froide que ne le laissait augurer l’entame du livre : Sandrine Roy s’inscrit bien davantage dans le sillon de Laurent Scalese que de Maxime Chattam, pour résumer. Aucune surenchère sanglante ni pyrotechnie insensée, sans compter que les divers protagonistes ne sont pas tourmentés ni fissurés comme on a tant l’habitude de le voir ailleurs. Par exemple, Louis, surnommé « Le Prince du central », est un type presque sans histoire, toujours calme et poli même lorsque la situation se corse, et dont les frictions avec sa fille France-Alix ne vient pas bouleverser son métier. On apprécie également Maud Cortès, lieutenant au cœur immense ou encore Hébrard, sympathique version policière de Jean-Claude Dusse, toujours prêt à conclure mais n’arrivant jamais jusqu’à cette ligne d’arrivée. Cependant, l’intrigue n’en demeure pas moins soutenue, avec de nombreux rebondissements et autres interrogations (à quoi correspondent ces initiales retrouvées sur l’envers des matelas ?), maintenant un haut niveau de suspense. Et la fin de l’ouvrage est également solide, avec une résolution de l’énigme fort habile.
Un roman d’une très bonne tenue, inspiré, où Sandrine Roy aligne astucieusement quelques références à ses auteurs apparemment préférés, comme Fred Vargas, Pierre Lemaitre ou Christian Blanchard. L’ouvrage idéal pour un bon moment de lecture décomplexée, loin des ombres américaines du thriller.11/01/2021 à 07:14 4
