3814 votes
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Terreur dans la brume
8/10 Charlène n’en a pas cru ses oreilles : elle et ses parents vont aller passer le week-end chez les Hécate. Des gens bien, ces Hécate : ils ont de l’argent, se montrent envahissants en plus de susciter une forme d’admiration chez leurs nouveaux amis, et leurs deux enfants, Sîn et Séléné, des jumeaux, sont aussi étranges qu’inquiétants. Oui, Charlène sent qu’elle a décroché la timbale. Mais elle n’est pas au bout de ses (mauvaises) surprises…
Cet ouvrage, publié dans la collection Hanté, séduit dès les premiers instants. Tristan Pichard, déjà auteur de multiples ouvrages destinés à la jeunesse, connaît son lectorat, maîtrise les codes du genre gentiment horrifique et sait procurer des sensations fortes. Ici, le scénario est pourtant classique : une maison isolée, un environnement de nature, des hôtes bizarres voire effrayants, et une succession d’événements surprenants. Pourtant, l’écrivain exploite ce terreau connu et moult fois cultivé pour y planter les graines de belles frayeurs à venir. Le cadre offert par le pavillon, la cabane perchée en haut d’un arbre, le panorama de solitude et les Hécate sont utilisés avec intelligence et efficacité, procurant amplement ce qu’il faut de sueurs froides et autres tensions attendues. Dans le même temps, même si les lecteurs sont assurément jeunes, Tristan Pichard distille quelques moments assez durs, notamment concernant le sort du dénommé Milo et de sa sœur qu’il recherche désespérément, ou encore un final que chacun pourra (re)construire et interpréter dans la mesure où il est assez ouvert.
Un roman fort bien ciselé et porté par une inventivité et une vitalité louables. Espérons que nous aurons l’occasion de lire d’autres livres de Tristan Pichard tant celui-ci est distractif et réussi.17/06/2022 à 05:52 2
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L'Oeil du dragon
Jean-François Di Giorgio, Cristina Mormile
8/10 Des transactions, des violences et des meurtres autour de mystérieuses œuvres d’art. L’histoire de la disparition évoquée dans le tome précédent est enfin dénouée. Revient alors sur le devant de la scène le XIIème prophète, ou plus exactement sa secte d’adorateurs. Une esthétique toujours aussi remarquable, une ambiance un peu plus lourde voire ésotérique qu’auparavant, des scènes lors de l’assaut et de l’infiltration de toute beauté, au moins autant que les finales, très axées magie et enchantement. J’en redemande.
16/06/2022 à 19:35 2
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Le Braquage d'Oslo
8/10 A peine remis de leur enquête (Crime à Ålodden), Cecilia, Leo, Uriel et le chien Ego vont de nouveau être sollicités. Luni Hildonen avait braqué une bijouterie à Oslo, avec un butin de plusieurs millions de couronnes avec notamment une magnifique horloge maltaise, mais le criminel avait été appréhendé sans que le trésor soit retrouvé. Evénement : Hildonen vient de s’évader de prison. Dans la mesure où il était originaire de Skutebukta, il est fort probable qu’il y revienne…
Ce Braquage à Oslo est donc le deuxième tome de la série Clue. Jørn Lier Horst nous fait retrouver les quatre jeunes enquêteurs, et cela nous fait très plaisir. Encore logée dans l’hôtel où défilent les clients douteux, voire pouvant être les complices d’Hildonen, Cecilia aura à nouveau besoin de ses camarades et de leur fidèle quadripède afin de tirer cette affaire au clair. Car il y en a, du monde qui se pointe à cet hôtel en bord de mer, constituant autant de suspects qu’il va falloir observer, faire parler, suivre au gré de filatures discrètes, etc. L’auteur maîtrise son sujet et, si l’histoire peut sembler de prime abord classique, Jørn Lier Horst nous réserve autant de rebondissements que de moments bien tendus. Cet opus se caractérise, comme le précédent, par un scénario habilement charpenté, l’absence du moindre temps mort, une écriture et un style qui ne pourront que ravir les jeunes lecteurs auxquels s’adressent ce livre, et des indices adroitement distribués au gré du récit. Nos limiers auront fort à faire, jusqu’à découvrir un bunker où se résoudra l’intrigue. D’ailleurs, l’écrivain continue de creuser l’histoire de Cecilia : bouleversée par la mort énigmatique de sa mère, ce tome permettra d’en savoir un peu plus, notamment à propos de la robe qu’elle portait dans la soirée de son décès. Mais Jørn Lier Horst, en ciseleur astucieux, clôt ce roman avec un cliffhanger inattendu concernant l’histoire personnelle de Cecilia, nous faisant déjà piaffer d’impatience quant à la parution chez nous des autres ouvrages de cette série.
Encore un très bon polar jeunesse, confirmant tout autant le talent de Jørn Lier Horst que la qualité des enquêtes de ce quatuor.16/06/2022 à 06:00 3
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Le sixième doigt du Pendjab
8/10 Deux drones nettoyeurs tentent d’attaquer par surprise notre héroïne dans sa cabane sur la plage. Mal joué : ils n’y survivront pas. Et la voilà de retour aux affaires. De Paris à Auckland, d’autonomistes maoris à l’assaut (musclé) d’une île privée, d’une jungle étouffante aux fonds sous-marins, un tome particulièrement nerveux et dont l’action est habilement soulignée par une esthétique de belle qualité. Qu’il est loin, le temps des premiers opus de la série qui ne me plaisaient pas. Des changements comme ça, j’en redemande !
15/06/2022 à 18:21 2
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Retour sur Belzagor épisode 1/2
Philippe Thirault, Laura Zuccheri
5/10 Un jeune lieutenant de vingt-et-un ans est envoyé sur la planète de Holman afin d’aider le commandant Kurtz sur place à pratiquer une récolte de venin. Ce produit normalement toxique est utilisé comme cosmétique et tiré de vers géants, les naggiars. Huit ans plus tard, le lieutenant Gundersen est de retour sur cette planète. Une esthétique particulièrement agréable et léchée, mais je suis resté froid quant à l’histoire : des créatures, des transformations, un manque de percussion à mes yeux et des flash-backs surnuméraires au point que l’on ne sait plus où on en est. Je ne dis pas que ça n’est pas bon, je dis simplement que ça n’est pas pour moi.
15/06/2022 à 17:25 2
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500 mille chevaux
Alain Henriet, Daniel Pecqueur
5/10 Daytona continue de s’entraîner pour la Golden Cup tandis que l’on apprend les manigances d’un individu cherchant à se venger avec un étrange camion visiblement taillé pour la course. Au programme : une église à moitié ensevelie sous le sable, la présentation des bolides et des conducteurs, un projet d’attentat en Afrique, etc. Bon, c’est toujours aussi gentil à suivre, parfois explosif lors de quelques scènes, mais c’est tout aussi gentiment vain et sans grand intérêt.
15/06/2022 à 17:23 2
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Les Révoltés de Néosalem
Bruno Gazzotti, Fabien Vehlmann
4/10 Leïla est prisonnière avec quelques autres enfants et sont forcés de participer à des jeux du cirque particulièrement dangereux, mortels même, tandis que Saul ne parvient ni à user de ses pouvoirs ni à transformer Leïla en tueuse. Ses camarades essaient de trouver un plan pour la faire évader. Bon, niveau originalité des jeux (clochettes/mitrailleuses puis course à rollers en portant un bébé [sic]), on a déjà vu plus original ou moins ridicule, une évasion vraiment pas crédible et WTF (avec du ski nautique à patins à roulettes sur bitume…), et même des emprunts visuels à « Mad Max ». Pas mal d’action, donc, mais rien de transcendant. Un tome bien dynamique, certes, mais pas extraordinaire non plus, loin de là, oscillant entre déjà-vu et déjà-lu. Le passage final avec l’extrait d’un poème d’Aimé Césaire apporte un peu de profondeur mais ça reste globalement bien médiocre selon moi.
14/06/2022 à 18:44 2
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Issak tome 5
8/10 Le combat tant attendu entre Issak et Renzo tourne court, et notre héros démontre une fois de plus son habileté au sabre puis au mousquet, en tirant Zetta d’une sale situation. Un nouvel épisode fort réussi, panachant action, suspense et psychologie (le bras de fer stratégique entre Issak et le chef espagnol au début du manga est excellent). Un opus au terme duquel Issak va devoir endosser le rôle de tuteur après le décès de l’un des personnages.
13/06/2022 à 18:51 2
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Higanjima tome 7
6/10 Un début un peu plus calme que ce que l’on trouvait dans les précédents tomes, puis l’horreur revient au galop, avec un vampire qui se décapite pour laisser, à la place de sa tête, une myriade d’autres. La baston et l’horrifique reprennent ensuite la main. Dommage que cette créature – commutation de leur vieil ami Pon – prenne tant de place dans le récit, au point de rendre l’ensemble vraiment longuet et, pour ainsi dire, statique, malgré un final intéressant avec une sorte de demande d’euthanasie.
13/06/2022 à 16:33 2
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Le Feu écarlate
Xavier Dorison, Grzegorz Rosinski
8/10 Thorgal subit des tortures répétées de la part de ses geôliers, et il ne peut que constater le rôle prégnant qu’a pris son fils Aniel sous la férule de ses nouveaux tuteurs. L’armée d’orient de Magnus se fait de plus en plus pressante aux portes de la cité fortifiée. Un épisode enlevé, constituée d’une multitude de saynètes toutes très réussies, où le sang coule à gros bouillons dans ce magnifique (bravo à Grzegorz Rosinski pour les dessins !) décor moyen-oriental comme jailli d’un conte des Mille et une nuits, d’autant qu’il s’achève avec un protagoniste en fort mauvaise posture et donc sur un suspense de haute qualité.
10/06/2022 à 18:20 3
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Blood + A tome 2
2/10 On prend les mêmes (défauts) et on continue et finit. Des personnages commutables (exemple : les 17 présentés d’entrée de jeu sont aussi dissemblables à mes yeux que les rayures d’un troupeau de zèbres pour un être humain lambda), un Raspoutine purement grotesque, un scénario global hallucinant de n’importe quoi, bien plus de violence par rapport au précédent tome comme si cela pouvait revigorer l’histoire alors que ça ne fait que l’enfoncer davantage dans le marais de l’insignifiance, une esthétique japonisante à l’excès (je respecte infiniment ce pays, son peuple, son histoire et sa culture, mais faire passer l’environnement russe par la moulinette des codes nippons est complètement absurde et risible), des dialogues plats comme un parquet, et un ensemble sans le moindre intérêt. Je suis habituellement plutôt doux dans mes votes et commentaires, mais là, c’est une purge intégrale.
09/06/2022 à 20:45 3
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The Irishman
9/10 Le 14 décembre 2003, Saddam Hussein est arrêté, éclipsant un autre événement : le décès à l’âge de quatre-vingt-trois ans de Frank Sheeran. Ce vétéran de la Première Guerre mondiale a longtemps été un tueur à gages employé par la mafia, plus précisément par Russell Bufalino. Peu de temps avec de mourir, il a confessé avoir assassiné Jimmy Hoffa, ce dirigeant syndicaliste ayant mystérieusement disparu le 30 juillet 1975. Pour l’auteur de ce roman, ancien procureur général du Delaware et avocat de Sheeran en 1975, le début d’une plongée dans les entrailles de la pègre et, plus largement, de l’histoire des Etats-Unis.
L’auteur, Charles Brandt, est devenu le confident ainsi que l’ami de Frank Sheeran, et de ces entretiens est né ce roman. Comment ce gamin, rapidement devenu à la fois un géant et un colosse, issu d’une famille catholique, bègue, bon danseur et régulièrement boxé par son père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, a-t-il pu devenir le porte-flingue attitré du mitan américain ? Plus précisément, comment a-t-il pu gravir les échelons de la mafia au point de devenir un homme de main incontournable, au point que, d’après ses dires, c’est lui-même qui a abattu Jimmy Hoffa ? Ce livre, adapté par Martin Scorsese, avec Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci, est une incroyable biographie – presque une autobiographie, d’ailleurs – de Frank Sheeran, où l’on découvre un personnage traversé de contradictions. Bon père de famille, doué d’un solide code de l’honneur, à certains égards presque sympathique, il n’en est pas moins un assassin sur commande qui livre ici une sorte de confession. De son enfance à ses quatre cent onze jours de combat, de ses premiers émois sexuels à la découverte du camp de Dachau, il a connu un itinéraire certes chaotique, il n’échappe à aucune question de Charles Brandt ni à aucun déballage. Par la suite, le lecteur va comprendre les rouages de la pègre, ses trafics, ses codes, même langagiers – la « peinture » quand on assassine quelqu’un et que son sang asperge les murs, la « menuiserie » lorsqu’on fabrique des cercueils et que l’on élimine un cadavre, ou encore le « petit frère » pour désigner une arme de petit calibre. Au-delà de cet aspect purement individuel, c’est également une radioscopie de la société américaine, des liens que la mafia a tissés avec le monde politique, artistique, judiciaire et syndical. De Frank Sinatra à John Fitzgerald Kennedy, de Fidel Castro à Joe Biden, nombre de personnages sont ici cités, mis en scène ou restitués dans leurs actions et attitudes de l’époque. Le point d’orgue de l’ouvrage reste néanmoins les circonstances avouées de la disparition de Jimmy Hoffa. Est-ce véridique ? Nul ne peut dire si ce que relate Frank Sheeran est exact ou non, mais tout le monde s’accorde à dire que c’est crédible. Des regrets de la part du tueur ? « Si vous me demandez ce que j’ai ressenti, assis dans cet avion, je suis désolé de le reconnaître, mais à l’époque, je n’ai rien ressenti. Ce n’était pas comme lorsque je montais au front. La décision a été prise de peindre la maison, et voilà ». Cependant, la part d’humanité de ce spadassin apparaîtra rapidement, avec ses remords profonds et son alcoolisme grandissant, après avoir lui-même éliminé l’une des rares personnes ayant compté dans son existence. Et même si, indéniablement, certains passages de ce livre sont superflus ou inutilement circonstanciés, voici une confession choc. A noter que l’édition de poche de ce livre, dont le titre I Heard You Paint Houses est une phrase que Jimmy Hoffa a dite à Sheeran lors de leur premier entretien téléphonique, recèle de très nombreuses et croustillantes anecdotes dans son épilogue ainsi que dans la conclusion baptisée « Histoires qui ne pouvaient être racontées jusqu’ici ».
Un livre très intéressant, montrant de l’intérieur les rouages de la mafia, les atermoiements et manœuvres de ses pontes, et qui se conclut avec la – probable – réponse à l’une des plus célèbres disparitions de l’histoire des Etats-Unis.09/06/2022 à 08:28 4
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Blade Runner 2019 tome 2
Michael Green, Andres Guinaldo, Mike Johnson
8/10 Après le tome 1, nous voici dans les colonies spatiales en 2026. Cleo a bien grandi, se fait surnommer « Lapin » et propose des trocs aux mineurs tandis qu’Ash fait semblant d’être clouée sur un fauteuil roulant. Une mutinerie de réplicants éclate, détruisant le réacteur, faisant sombrer le vaisseau et libérant nombre de ces humanoïdes. Ash croyait être passée définitivement sous les radars mais le passé vient de la rattraper et l’oblige à revenir sur Terre aux côtés d’une Blade Runner bien nerveuse et violente : Hythe. Un opus dans la droite ligne du précédent : de l’action, certes, mais un scénario ingénieux autour de ces êtres humains et de ces réplicants, séparés par une ligne de démarcation parfois étroite voire subjective. Une belle réussite avant le troisième et dernier tome.
08/06/2022 à 18:00 3
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Planète bleue
Thierry Cailleteau, Olivier Vatine
6/10 Un mélange toujours plaisant d’aventure, de SF, d’action. On oscille entre « Avatar », « L’Homme de l’Atlantide », « Waterworld », un soupçon de « Rahan » (certains sont évidemment postérieurs, c’est juste pour essayer de situer l’ambiance). De la banquise aux fonds sous-marins, d’un parc aquatique à l’espace, on voyage pas mal au gré de cette BD distrayante, ni géniale ni franchement mémorable, mais idéale pour passer un bon moment de lecture si l’on accepte de passer outre l’esthétique qui a forcément vieilli.
07/06/2022 à 21:28 2
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Black-Box tome 1
8/10 Ryoga Ishida est un jeune boxeur promis à une belle carrière lorsqu’il est interrogé par une journaliste, Rie Kimura, mais l’interview semble avoir davantage porté sur le fait que le père et le frère du sportif sont des criminels, d’autant qu’on le soupçonne d’avoir été présent sur les lieux du forfait perpétré par son frère. Un graphisme absolument magnifique, tout en nuances d’obscurités, rendant un hommage appuyé au « noble art » et servant le portrait d’un champion en devenir. Un premier adversaire, Morishige Araki, va venir se dresser sur sa route. Le propos n’est pas spécialement novateur mais le traitement est très réussi et prenant, sans parler de l’esthétique qui a elle seule mérite amplement le détour. La fin de ce tome consiste en un combat très attendu où le propre père de Ryoga va s’avérer être de très bon conseil. Très subjectivement, en plus, ça me change radicalement de ce que je lis habituellement et en ce moment.
05/06/2022 à 08:36 3
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Daytona
Alain Henriet, Daniel Pecqueur
6/10 Le jeune Daytona – que l’on surnomme ainsi parce qu’il rêve de gagner cette fameuse course automobile – est devenu le jouet d’un homme auprès de qui sa famille a contracté, il y a des années, une dette tenace : il continuera de rouler tant qu’il aura des obligations auprès de ce vautour. C’est alors que se prépare la « Golden Cup », une course prestigieuse. Kelly, la fille de son organisateur – monsieur Styler – est kidnappée. Un esthétique agréable, policée et sympa à suivre, pour un scénario qui part un peu dans tous les sens, je trouve, sans véritable colonne vertébrale. Je vais continuer en attendant de voir comment les auteurs vont nous structurer tout ça.
04/06/2022 à 08:25 3
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Voyages de noces
8/10 Trois mariages et autant d’enterrements
On vient de retrouver le cadavre carbonisé de Kathryn McCormick dans un véhicule. Visiblement, un tueur en série est à l’œuvre, faisant de cette victime la première d’une longue liste. Carlo Jordan et son équipe sont désormais réunies au sein de la BREP – Brigade Régionale d’Enquêtes Prioritaires – qui récupère de six brigades différentes toutes les affaires de mort violente, d’agression sexuelle aggravée mais aussi d’enlèvement d’enfants. Toujours épaulée par son fidèle ami le profileur Tony Hill, les voilà en train de traquer un individu qui, de serial noceur, est devenu un serial killer.
Voici le dixième opus de la série consacrée à Tony Hill et à Carol Jordan, et Val McDermid n’a rien perdu de son talent. L’écrivaine connaît par cœur ses protagonistes, et c’est beaucoup d’humanité et de crédibilité qu’elle insuffle dans leurs comportements, leurs psychologies mais aussi leurs doutes. Carol est toujours minée par cette procédure de conduite en état d’ivresse à laquelle elle a échappé et suite à laquelle elle va se sentir responsable de la mort de cinq personnes tuées par un chauffard ayant échappé aux sanctions à cause d’elle. Dans le même temps, ses partenaires – Karim, Paula, Kevin, Alvin et Stacey – sont de véritables modèles de personnages policiers crédibles à la fois dans les procédures qu’ils suivent comme dans les raisonnements qu’ils tiennent. L’intrigue est très prenante, offrant cette fois-ci au lecteur la poursuite d’un individu, Tom Elton, capable des plus efficaces déguisements afin de fréquenter des mariages où il lève des proies féminines avant de les tuer puis de les incinérer dans des voitures. L’enquête sera longue, tortueuse, nous évitant le coup des deus ex machina et autres rebondissements téléphonés : tout y est parfaitement huilé, intelligent, vraisemblable, et ce récit ne s’en trouve que meilleur. D’autres histoires viennent se rattacher à la principale, comme les tourments de Carol à propos de son alcoolisme passé et de certaines conséquences évitées de justesse, mais aussi un chantage faisant suite à du cyberharcèlement et à du revenge porn, et la réapparition de Penny Burgess, une journaliste tenace et malveillante qui a juré la perte de Carol. Le roman se boucle de manière très originale, pour ne pas dire étonnante : dans une note finale, Val McDermid supplie ses lecteurs de ne pas dévoiler à d’autres l’épilogue de cette affaire. Il faut dire que ce dernier est osé, opérant un virage net et radical à la série.
Un thriller à la fois fort réussi, captivant et plausible, qui ravira autant les fans de Val McDermid que les lecteurs n’ayant pas encore eu l’occasion de s’attaquer à l’un de ses opus.02/06/2022 à 07:18 5
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Qui gagne perd
7/10 Chet Conway est chauffeur de taxi à New York. Sa vie est fade : célibataire, toujours fauché, son père passe son temps à éplucher des contrats d’assurance pour y découvrir une éventuelle faille. Ses seuls hobbys : le poker et les paris hippiques. Un de ses clients lui indique un cheval, Purple Pecunia, qui ne peut que gagner. Indubitablement, le coup du siècle. Et il se trouve qu’effectivement, il remporte la course. Chet avait misé trente-cinq dollars et en récolte neuf cent trente. Mais lorsqu’il se rend chez son bookmaker, Tommy McKay, ce dernier vient d’être abattu. De là à ce que l’on accuse du crime, qu’il devienne la proie de deux gangs rivaux, et que la sœur du défunt, croupière de black jack, se mette en tête de se venger, il n’y a qu’un pas… Un tout petit pas de rien du tout…
Donald Westlake nous a quittés il y a plus de dix ans, et notre seule consolation, au-delà des souvenirs qui demeurent, c’est sa très riche bibliographie, dont ce Qui gagne perd qui date de 1969. Un roman qui ravira autant les fans de l’écrivain que ceux qui, éventuellement, découvriraient son œuvre. Le ton est immédiatement donné : ça sera drôle. La scène où Chet débarque dans l’appartement de McKay et devient aussitôt la cible des regards suspicieux de la tout juste veuve et des voisins est immanquable d’humour. D’autres passages sont à se tordre, comme lorsque le malfrat se cache dans la penderie alors que l’inspecteur Golderman pénètre dans le domicile, la raclée qu’inflige Abbie, la sœur du défunt à l’un des gangsters, et quelques autres moments où les dialogues sont succulents, resteront longtemps dans les mémoires. Dans le même temps, l’intrigue, assez classique mais très resserrée (le livre ne compte que deux cents soixante-dix pages), tient amplement la route, offrant de nombreuses pistes quant aux raisons pour lesquelles on a dessoudé le preneur de paris. Concurrence entre les bandes de Walter Droble et de Solomon Napoli ? Une histoire d’adultère ? Un flic ripou ? Une escroquerie montée par McKay et qui se serait retournée contre lui ? Le fin mot de l’histoire, inattendu, n’interviendra que dans les dernières pages, où l’auteur se permet même un whodunit pour le moins décontracté, presque parodique, où Abbie s’exclame : « Je dis que c’est pas du jeu. Dans un roman policier, ça ne marcherait pas ».
Probablement pas le meilleur ouvrage de Donald Westlake, mais assurément un sacré moment de détente, cocasse à souhait, et dont l’humour ne sacrifie néanmoins pas l’intrigue, suffisamment solide pour retenir l’attention. Encore un opus qui consacre le personnage de loser, et nous, on adore ça.01/06/2022 à 07:23 6
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Mare tranquillitatis
5/10 Un deuxième tome qui se déplace vers l’espace. On y retrouve les ingrédients du précédent opus (SF, un peu de spiritualité nippone, même certaines combinaisons ressemblent à celles des X-Men, de l’informatique et des robots, des expériences médicales menées en apesanteur, etc.). Une fois la dernière planche passée, je ne suis pas certain de me souvenir longtemps de ce panachage de genres assez divers, d’autant qu’il n’y a pas, selon moi, de colonne vertébrale, de véritable « truc » scénaristique qui caractériserait définitivement ce tome.
30/05/2022 à 18:47 3
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Deus ex machina
7/10 On retrouve le décor des déserts du Nevada. L’entité informatique Bugg (qui me rappelle de plus en plus physiquement la Storm des X-Men, en version masculine) s’impose au centre de ce tome qui s’emboîte parfaitement au précédent, avec quelques images bien marquantes des attaques des nanodrones, semblables à d’épais nuages de nuisibles.
30/05/2022 à 18:46 3
