783 votes
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Little Heaven
7/10 Little Heaven, c'est le nom du bled qui voit les frères Grimm célébrer l'union déliquescente du western et de l'horreur gothique...
Parce qu'au fond, c'est un peu ça, le dernier Nick Cutter... Un conte d'horreur qui célèbre la corruption de la chair, qu'elle soit d'ordre spirituel, ou bassement physique, une fable anachronique à propos de la contagion du mal, et des vertus de la rédemption...
L'auteur scinde son récit en deux parties, deux époques, qui se répondent l'une l'autre, de façon assez similaire, même si le jet-lag m'a désarçonné, le temps d'une mise en place assez laborieuse...
C'est aussi tout le paradoxe du second ouvrage de Nick Cutter ; avec son mélange des genres, ses passages naturalistes, son intrigue à cheval entre sectarisme et vendetta, il prend le risque de déboussoler son lectorat, et alterne les très bons moments, les bonnes idées, avec des passages beaucoup moins réussis, et des descriptions plus paresseuses, tout en conservant néanmoins, à l'instar de ce qu'il avait réussi à faire avec Troupe 52, un talent foutrement repoussant, quand il s'agit de détailler le bestiaire qui habite ses romans...
29/11/2018 à 18:21 9
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Le Cheptel
7/10 Même si je serais moins dithyrambique que mes camarades, ce Cheptel parvient néanmoins à s'élever au-dessus du troupeau des nombreuses productions courantes de thrillers, par le biais d'une histoire qui, même si elle n'est pas exempte de consanguinité, a le mérite, sur sa fin, de ne pas rentrer dans le rang...
L'auteure emprunte les codes de ces sagas en vogue il n'y a pas si longtemps, comme Le Labyrinthe, ou Hunger Games, récits SF d'enfermement et de manipulation à grande échelle, pour les coupler à une intrigue policière retorse et habile, mais dont le postulat n'est pas sans rappeler celui du film de Night Shyamalan, Le Village...
J'ai bien aimé l'investigation menée par la cellule TEH, tout comme la recherche de parentèle du vieux notaire, un peu moins les aléas de la vie durcheptel, même si tout est inextricablement lié...
Toutes ces pistes ouvertes d'un front commun ont eu pour effet, en ce qui me concerne, d'émousser mon intérêt, et d'allonger ma lecture...
L'assaut final vient régénérer l'intrigue et nous fait regretter de ne pas savoir plus tôt ce qu'il va advenir de tous ces personnages...
24/11/2018 à 10:11 11
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Power
9/10 Power, un poing, c'est Tout...
Une épopée hypnotique et didactique, qui vous laisse KO, abasourdi, les sens dévastés, le Sens de l'histoire galvanisé par ce mouvement tellurique populaire, dont les répliques se font encore sentir aujourd'hui...
Du plan large, des débuts du Black Power, au focus, sur ces trois personnages-clés, comme autant de marqueurs humains d'un bouleversement des consciences, le style de Michael Mention témoigne à la fois de la fascination d'une époque, vecteur de tous les possibles, et d'un bouillonnement perpétuel, musical, ethnique, intellectuel et politique, propre à une nation engoncée dans ses contradictions...
L'ADN de la violence traverse le corps du roman, comme il constitue le quotidien de ses protagonistes, et l'auteur restitue toute l'effervescence dramatique qui émane de ce combat disproportionné, en ne préservant aucune communauté...
Un flot de fièvres et d'émeutes, dont la force et l'intensité n'ont d'égale que leur brièveté ; c'est à un condensé d'Histoire(s) que nous convie Michael Mention, et la résonance de ces actes perdure bien au-delà du simple battement de cœur...10/11/2018 à 21:52 10
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Kraft
7/10 En agitant sous notre nez une simple enveloppe de papier kraft, Matthieu Biasotto réussit, une fois encore, à nous rendre complètement timbré...
Décidément, j'adore la façon qu'a ce type de nous saisir par les tripes et de nous impliquer viscéralement dans ses histoires...
C'est concis, c'est intense, c'est efficace, c'est sans prétention, mais pas sans ambition...
Celle, louable et rude, de divertir à coup sûr, partant de situations banales, qui, doucement, prennent la forme de véritables cauchemars éveillés pour ses protagonistes...
Même si ici, la pirouette finale, digne de The Game, désamorce le joli bouquet final, par un excès de sensiblerie...04/11/2018 à 15:40 4
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Le Signal
5/10 Y a de la friture sur la ligne avec ce Signal, dernier opus de Maxime Chattam...
Son hommage à un genre qui le fascine depuis toujours n'atteint pas les sommets escomptés, la faute à des références beaucoup trop prégnantes pour tirer le livre vers quelque chose de vraiment original, mais aussi, à un manque de subtilité patent...
A la différence d'un Stephen King, qui suggère beaucoup plus qu'il ne montre, Chattam, lui, souligne grossièrement chaque passage horrifique de son histoire, et désamorce ainsi l'effet attendu...
Chattam n'est pourtant pas avare d'efforts, pour nous impressionner : même si on ne peut pas nier que certaines séquences soient réussies, la connexion avec d'autres a du mal à passer, du fait de dialogues assez mal tournés, voire carrément ratés, ou à cause de tentatives d'explications foireuses, comme celle concernant les fameux Eco...
Un Signal brouillon, brouillé, d'une transmission pas encore tout à fait réussie, entre le maître et l'élève...
02/11/2018 à 19:13 10
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Enfermé.e
10/10 Récit délicat de la confusion d'un genre, Jacques Saussey touche au cœur par son authenticité et sa gravité réaliste...
Pas de voyeurisme, ni d'exagération scabreuse, pas de jugement, ni d'apitoiement, on assiste, au fil des pages, à la constitution d'un être à l'identité contrariée, ...
Un prénom choisi comme on se rachète une virginité, ou comme un camouflage que l'on retire, pour faire face à ses contemporains, que l'auteur réduit à de simples épithètes, renversant les rôles et blâmant leurs petitesses...
Une histoire de contention et de contentieux, avec ses proches, avec soi-même, avec la Nature, un drame humain d'une dureté parfois dérangeante, mais jamais innocente, sertie d'une pudeur et d'un ton approprié et poignant...
Une émotion sincère pour une fiction nécessaire...
25/10/2018 à 10:49 12
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13
8/10 Le roman de prétoire au meilleur de sa forme...
Les thrillers judiciaires, ce n'est pas forcément ma tasse de thé, la faute à un genre qui, je trouve, se défend mieux sur grand écran que sur papier...
Je plaide coupable de ce jugement un peu à l'emporte-pièce, car, ici, le rythme effréné qu'impose l'auteur à son histoire, ainsi que son goût marqué pour en faire un grand show à l'Américaine, abolit les frontières entre l'image et l'imaginaire...
Ce qu'il y a de palpitant ici, c'est la façon qu'a Steve Cavanaugh d'intégrer au cœur du procès un bad guy aussi perfide, sans le situer d'un côté ou de l'autre de la barre, mais plutôt parmi ceux chargés de décider du sort des débats...
Un suspense sur plusieurs niveaux, qui m'autorise à rendre un verdict très favorable, concernant cette troisième aventure de l'avocat Eddie Flynn...22/10/2018 à 16:59 11
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Inexorable
3/10 Traitez moi de cœur de pierre ou d'incorrigible optimiste, d'être coupable d'un déni de réalité, mais je n'ai pas du tout adhéré à la vision fataliste du dernier roman de Claire Favan, ce déterminisme forcené qui condamne notre libre arbitre, cette graine de violence qui s'épanouit sur le terreau des rancœurs et des humiliations, et qu'aucun tuteur ne peut redresser...
Je suis resté circonspect devant cette accumulation de stéréotypes et de clichés, ce déficit de crédibilité quant à l'analyse psychologique des protagonistes, à la limite de la caricature
L'amalgame des genres et des tares, la violence sociale, le harcèlement, les jeux vidéo, la mono-parentalité, un cocktail explosif pour tenter d'expliquer un comportement difficile, et différent d'une norme morale bienveillante ??? J'ai trouvé que ça manquait de nuance et de finesse, un comble pour cette auteure qui, généralement, excelle dans ce domaine...
Je dirais même que le plus inexorable là-dedans, le comble pour cette ode à la différence, qui veut lutter contre les indifférences, c'est ce manque d'audace dans le traitement, ce conformisme, qui, au fil des pages, vous laisse finalement indifférent...20/10/2018 à 08:40 9
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Le Temps des Tourments
7/10 Le roi est mort, vive le roi...
C'est une saga pour laquelle j'ai beaucoup d'affection, que celle mettant en scène le personnage de Charlie Parker...
Tant pour ses personnages récurrents, dont l'humour est aussi inoxydable que leur résistance aux coups durs, que pour son auteur, qui a su créer un univers si particulier et si addictif, qu'il parvient encore, et toujours, en compagnie de son héros, à nous cueillir, au gré de ses aventures si particulières, teintées d'onirisme...
Et ce nouvel opus de remplir son office, à savoir la poursuite de l'entreprise de démolition de Charlie Parker, et sa quête métaphysique, avec cette fois, la chasse donnée à un groupe de survivalistes, comme il nous a déjà été donné d'en voir lors des précédentes éditions...
Même si l'on peut regretter qu'à cette occasion, l'histoire ronronne un peu, comme s'il fallait le temps à Parker de poursuivre sa convalescence...
Un Charlie Parker un peu ( trop) en retrait, et un final un peu vite emballé font que ce Temps des tourments ne me tourmentera pas longtemps...17/10/2018 à 17:28 4
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L'Egarée
8/10 Sous la plume de Donato Carrisi, cet " Égarée" nous promène en terrain connu, et pourtant, l'auteur transalpin à une fois de plus le mérite de nous dérouter, encore et encore... Il entretient le mythe du Chuchoteur, et nous trimbale durant toute son histoire, tant et si bien qu'il vous arrivera de douter de vous-même, arrivé au terme du récit...
08/10/2018 à 22:29 6
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Mamie Luger
9/10 Mamie Luger déballe la sulfateuse pour nous raconter un siècle d'existence...
Du haut de ses vieilles guibolles, mille vies vous contemplent, et Benoît Philippon de forcer notre sympathie, avec le concours d'anecdotes tour à tour savoureuses, émouvantes et poignantes, à l'égard de cette senior-killeuse aux circonstances souvent atténuantes...
Avec ce style qu'on lui (re)connaît, l'auteur tient à distance ces sévères sévices conjugaux, aidé en cela par la goguenardise et les sarcasmes de son ébouriffant personnage principal...
Féminité en bandoulière, à grandes rafales de féminisme, son héroïne flingue le machisme ambiant...
Prisonnière, bien avant sa garde à vue, de son statut de femme, elle convoque, au peloton d'exécution, toutes ces figures masculines de la violence domestique, et pas un ne manque à la pelle...
Touchant et captivant, ce " Mamie Luger" nous désarme par son sans faute...
06/10/2018 à 18:11 14
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Le Neuvième Naufragé
6/10 Le Roy se prête au jeu du whodunit, et rebat les cartes dans cette partie de poker menteur...
Malgré quelques avaries en cours de route, illogismes et autres contradictions, et des personnages qui manquent singulièrement de bon sens, il maintient son navire à flot presque jusqu'à bon port, où les bons sentiments et l'inévitable obligation de réunir toutes les pièces du puzzle lui font perdre pied...02/10/2018 à 08:04 1
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Empire des chimères
8/10 Dans un brassage d'étonnant, entre urbanisme, jeu de rôle, mondialisation et ruralité, Antoine Chainas, en général d'Empire, scénarise l'affrontement de deux blocs, le merveilleux et le cartésien, l'enchanteur et le libéralisme, l'illusoire et le noir, Walt Disney et Twin Peaks...
En ouvrant ce livre, vous acceptez de lâcher la bride à un imaginaire exalté, de vous perdre dans le dédale kafkaïen des mondes parallèles, de ne pas toujours chercher à percer le sens des mots de l'auteur, ni de vous offusquer des nombreuses digressions qui peuvent freiner le rythme, voire le rompre, mais plutôt, de vous laisser porter par cette écriture noble, pleine d'emphase et empreinte de poésie, qui déroule le quotidien tourmenté d'une bourgade de province, soumise à des événements dramatiques et/ou fantasmagoriques...
On peut adhérer, ou pas, au style, mais on ne peut rester indifférent, ni blasé devant l'ambition de cette arborescence scénaristique qui caractérise cette boîte de Pandore, et qui trouve le moyen d'amalgamer Richard Kelly, Rod Serling, Claude Chabrol et Lost, sous une même bannière...
30/09/2018 à 19:10 4
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Mange tes morts
7/10 Au menu du jour, une histoire bien en chair, une intrigue suffisamment relevée pour tenir en haleine, des rebondissements épicés, qui savent mettre de la saveur dans tout ça, mais un personnage principal qui ne fait pas recette...
Trop de similitudes flagrantes avec un certain Dexter Morgan, ou certains personnages de Paul Cleave, que l'auteur a le mérite de remercier à la fin du livre, gâtent la réussite pleine et entière de ce premier opus...
Une enquête à consommer avec modération, finalement pas complètement à mon goût...20/09/2018 à 20:43 7
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Hunter
9/10 C'est Le bon, la brute et le truand façon Tarantino, des personnages de western spaghetti à la sauce piquante, une brochette d'individus posés sur le grill de situations toujours à la limite...
C'est une révérence à la littérature de genre, c'est une écriture format 16/9, calibrée et organique, c'est stupre et retournements ( de situation), c'est parfois trop, c'est parfois gros, mais ce n'est jamais trop gros, un humour qui flirte avec les frontières du politiquement correct et de l'absurde, mais surtout, en ce qui me concerne, une putain de réussite...
Quand c'est bon, c'est bon, une note exceptionnelle pour un bouquin sans demi-mesure...18/09/2018 à 23:42 9
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Seules les bêtes
9/10 Une histoire de gens qui caussent... Il y a ceux qui caussent pour deux, ceux qui ne caussent plus, ceux qui caussent pour rien dire, ceux qui caussent trop... Colin Niel causse en lieu et place de tous ces gens-là, dans son roman choral, et le fait plutôt très bien...
Il se glisse dans la peau, et la tête, d'une multitude de personnages, différents en genre et en ombres : de faux méchant(e)s en vrais gentil(hommes) , tous et toutes victimes d'illusions déçues, il donne à lire des parcelles d'une vérité que tout le monde croit détenir, mais qui vous file, à chaque coup, entre les doigts... Une vérité sur nous-mêmes et notre époque, promptes à juger et condamner sur des apparences souvent trompeuses, une vérité si Énorme qu'elle aboutira à cette version dramatique de l'amour est dans le presque...09/09/2018 à 20:42 11
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Possession
7/10 Ce n'est finalement pas tant dans le gore, et l'ultra spectaculaire, que dans la coulisse, ou le développement d'intentions différentes de celles que l'on prête généralement à ce genre, qu'il faut chercher l'intérêt de cette histoire...
Que ce soit l'idée maligne, sans mauvais jeu de mots, qui consiste à introduire, en guise de paravent critique, ce " blog de la survivante", pour désamorcer les reproches qui ne manqueront pas d'être faits à propos de la véracité réelle, ou avérée, du cas de possession...
Ou bien celle de l'auteur, s'évertuant à brocarder le concept de reality show, qui vient dénaturer la réalité profonde de ce qui arrive à la famille, dans la manière qu'il a de réinterprèter les évènements pour les rendre spectaculaires, et alors, de fausser la donne...
Finalement, c'est dans l'incertitude qui domine, celle de ne pas savoir si tout est vrai, ou joué, si il y a possession ou manipulation, que se niche tout l'enjeu d'un roman, qui vous emmène là où on ne l'attend pas...05/09/2018 à 22:25 8
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Charybde et Scylla
8/10 Petite excursion réussie dans le domaine de la science-fiction pour Franck Thilliez, où son sens du suspense et son goût pour les faux-semblants se marient pour le mieux, afin de nous faire réfléchir sur la condition de ces êtres de papier, indissociables de la réussite de leurs auteurs...
30/08/2018 à 10:48 5
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Le Mal en Elle
8/10 Comme l'interdit et le sulfureux collent aux basques de la belle Prisca, il y a quelque chose de magnétique et d'impénétrable qui nous pousse à vouloir connaître le fin mot de cette histoire d'amante maudite...
Si le mal est en elle, le bien, voire le très bien, est en Mathieu Biasotto, avec cette intrigue renversante et souverainement troussée ...
La façon qu'il a de construire son récit masque jusqu'à la fin l'effroyable diablerie qui se joue, et accélère notre rythme cardiaque de manière perfide...
J'aime ce jeu du chat et de la souris, qu'il instaure au fil des pages, entre ses personnages, mais aussi avec son lecteur, qui doute de la voix à emprunter...
J'ai hâte d'explorer très prochainement encore un peu plus son univers, proche à mon goût de la galaxie d'une autre étoile du thriller, Karine Giebel...29/08/2018 à 20:03 5
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Venge-Moi
9/10 De cette première rencontre avec la plume de Patrick Cauvin, orienté par l'avis d'Ironheart, j'en ressors ébouriffé, euphorique et ravi...
Une sensibilité, une manière de raconter la vie qui, paradoxalement, et parce qu'il nous parle des choix difficiles auxquelles l'existence nous confronte, nous émeut et nous stimule à la fois, de savoir que nous ne sommes pas seuls à douter, nous rassure quant à nos imperfections, nous apaise quant à nos indécisions...
Un texte écrit simplement, avec des mots justes et forts, qui donne toute sa valeur au potentiel de l'écrit et au talent de celui qui sait en tirer sa quintessence, ou quand éloquence rime avec élégance...
Au fond, Patrick Cauvin nous parle de la difficulté d'être nous-mêmes, faillibles et terriblement humains...22/08/2018 à 20:29 10
