El Marco Modérateur

3787 votes

  • Vinland Saga tome 1

    Makoto Yukimura

    7/10 Xie siècle, sur la terre du royaume des Francs. Thorfinn fait partie des troupes vikings menées par Askeladd qui utilise cet enfant comme porteur de messages, mais se révèle vite un combattant redoutable au sein de ces mercenaires. Au programme : une belle bataille et un trésor volé, un duel entre Thorfinn et Askeladd, un long flashback à propos de l’enfance de Thorfinn et du père de notre jeune héros, Thors. Un premier opus très séduisant, même si certains graphismes typiquement manga (oui, je sais, c’en est un, mais là, je trouve quelques visages et attitudes trop typés) ne m’ont que moyennement séduit. Néanmoins, ce premier tome m’a bien intéressé, je vais tâcher de poursuivre la série.

    15/10/2021 à 21:11 3

  • La Vengeance des cendres

    Harald Gilbers

    9/10 Berlin, décembre 1946. Partagée entre les vainqueurs, la capitale allemande subit un froid polaire. C’est alors que l’on commence à retrouver des corps, parcourus de noms écrits à l’encre et des papiers brûlés dans la bouche. Un autre point commun apparaît : des motifs représentant un étrange homme ailé retrouvés aux abords. Placé dans un service de recherche des disparus, le commissaire Oppenheimer est mis sur l’affaire. Avec ses collègues, il remontera aux racines d’une vengeance qui le mènera à un village presque oublié, Weydorf.

    Après Germania, Les Fils d’Odin et Derniers jours à Berlin, voici le quatrième roman consacré à Richard Oppenheimer. Harald Gilbers nous avait habitués à d’excellents ouvrages, et celui-ci ne déroge pas à la règle. On est aussitôt saisi par l’incroyable talent de l’auteur, notamment dans sa restitution historique et psychologique de Berlin en ce terrible hiver 1946. Le froid, dévastateur, les conditions de vie miséreuses, la partition de la ville et les enjeux géopolitiques qui s’y nouent, tout est retranscrit avec beaucoup d’efficacité et de réalisme, sans jamais que la démonstration ne soit pesante. Dans le même temps, l’intrigue est tout bonnement remarquable : habilement construite, ne présentant pas le moindre temp morts, et proposant des personnages saisissants – même parmi les secondaires, de Theo, gamin des ruines, à ce vétéran détruit par son expérience de la guerre. Oppenheimer va se surpasser, donnant de sa personne quitte à risquer sa vie pour comprendre le mobile de ce tueur en série. Les fausses pistes, nombreuses et intelligentes, viennent compliquer sa tâche, déjà ardue, et c’en est presque essoufflé que l’on tourne la dernière page de ce roman sombre et endiablé. Un opus où tortionnaires et victimes en viennent à danser une valse effrénée et sanglante, dont les rôles vont s’inverser, et faisant remonter à la surface des consciences les atrocités et contradictions d’un peuple tout entier.

    Un livre remarquable, venant, s’il en était encore besoin, confirmer l’immense talent de Harald Gilbers, autant que la réussite de cette série. On a déjà hâte de se procurer Les Exfiltrés de Berlin, paru en mai dernier chez Calmann-Lévy.

    14/10/2021 à 07:14 6

  • Le Pacte Allen Dulles

    Mark Zellweger

    8/10 21 juin 1943 : Jean Moulin, représentant du général de Gaulle en France et missionné pour tenter de rallier les diverses ramifications de la Résistance, est arrêté. Plusieurs mois plus tôt, les espionnes du Salève ont fort à faire, d’autant que la zone libre vient d’être envahie par les forces allemandes et italiennes au cours de l’opération Anton. Agents doubles, suspicion d’expérimentations à Dachau, armes diaboliques : les Alliés autant que les nazis vont peut-être dévoiler ici leur ultime carte.

    Après L’Envers du miroir et Bletchley Park, voici le troisième et dernier tome de la série consacrée aux espionnes du Salève. Mark Zellweger, une fois de plus, nous régale avec ce roman qui, paradoxalement, surprend très rapidement. En effet, nos héroïnes que sont ces six jeunes femmes, aux motivations et profils si divers, n’entrent que rarement en jeu. Certes, elles vont risquer leur vie, tâcher d’extirper des renseignements aux ennemis, traquer les informations par tous les moyens, mais leur rôle passe ici largement au second plan, laissant l’auteur déployer son incroyable connaissance de la Seconde Guerre mondiale, de la Résistance et des enjeux politiques que cette dernière a induits. Au final, c’est presque une radioscopie des divers mouvements de lutte contre l’occupant nazi et une fresque ayant comme centre de gravité Jean Moulin que Mark Zellweger nous offre. D’ailleurs, là où l’on ne pouvait que reconnaître son érudition en la matière dans les précédents tomes, celui-ci se révèle encore plus impressionnant de maîtrise. Des faits, des dates, des lieux, des personnages en quantité, pour la plupart réels, et dont les noms, fort nombreux, sont cités dès l’entame du livre… sur près de six pages. Que l’on soit porté sur la culture historique ou pas, ce roman passionne d’un bout à l’autre, davantage, vous l’aurez compris, en raison des enseignements véridiques et incontestables qu’il véhicule, que pour sa réelle fantaisie littéraire. Certains déploreront peut-être ce choix, occultant presque le sort de ces dames émérites et valeureuses dont nous nous étions entichés, au profit de cette représentation presque documentaire, de même que l’on pourra, à la marge, reprocher à l’écrivain quelques dialogues peu crédibles, mais cet opus n’en demeure pas moins brillant à bien des égards.

    Mark Zellweger enchâsse la petite et la grande histoire pour notre plus ample plaisir, dressant par la même occasion un portrait nuancé de la Résistance où se sont écharpés tant de tendances et d’égos, certes pour un objectif commun, mais au gré de soubresauts, tiraillements et autres querelles individuelles. Un livre fort, au terme duquel Jean Moulin entre dans l’Histoire « avec [s]on terrible cortège ».

    12/10/2021 à 19:06

  • Descente en enfer

    Shinobu Seguchi

    6/10 Tokyo a été fracassée par une météorite. Dix ans plus tard, la ville est coupée en deux : à la périphérie les quartiers riches, au centre le règne du crime. Riku Kurita, treize ans, vit dans cette espèce de bidonville, entre lutte contre les malfrats et passages sous les radars des forces de police. Mais un jour, son grand-père est assassiné, et le préfet, Kidôin abat un policier, se faisant blesser au visage par Riku à qui il fait porter le chapeau de ce double homicide. Le gamin est alors envoyé au pénitencier de haute sécurité de l’Île du Paradis, une sinistre construction. Un graphisme typiquement manga, avec parfois ce que je qualifierais d’excès et que d’autres appelleront des caractéristiques (personnages à grosse tête avec petit corps, effets soulignés de façon exagérée, etc.), pour un récit pour le moment assez classique (gardiens violents, nababs dans le pénitencier, bagarres entre bandes rivales, jeux de pouvoir, etc.) sur le thème de la séquestration et de la prison. Un premier opus agréable, sans plus, qui s’achève sur une confrontation autour d’un match de rugby face au terrible Rénoma.

    11/10/2021 à 17:27 1

  • Le Mal bleu

    Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme

    7/10 Après avoir quitté la contrée d’Arachnéa puis la leur, Thorgal et les siens découvrent un bateau et un corps sous une bâche. Le cadavre est très décomposé et bleuté, et Jolan se fait mordre par un rat. Ils sont sauvés d’une tribu par Zarkaj, héritier du trône de Zhar. Jolan et Aaricia commencent à leur tour à se colorer de bleu, et Zarkaj leur apprend que rôde un mystérieux « mal bleu ». Une belle variation sur le thème de la lèpre et de ses malheureux pestiférés, une aile volante tout droit sortie d’un plan de Léonard de Vinci, pour une histoire chouette et prenante en partie racontée à travers les yeux de Jolan.

    10/10/2021 à 16:22 1

  • Arachnéa

    Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme

    8/10 Une tempête approche, Thorgal et Louve sont séparés du reste de leur famille, et nos rescapés échouent sur une île où se promènent des centaines d’araignées et où règne une étrange prêtresse. Des moments d’angoisse, comme Louve prisonnière de la grotte et poursuivie par les bestioles, quand Thorgal et Maîka sont à leur tour confrontés à ces araignées, ou la découverte de la nécropole d’Arachnéa tandis que l’histoire de la genèse de la créature est très réussie, à peine dérivée de celle de la « véritable » Arachné. Arachnophobes, s’abstenir, mais un sacré bon opus, en attendant.

    09/10/2021 à 17:54 1

  • Akumetsu tome 12

    Yoshiaki Tabata, Yûki Yogo

    7/10 Akumetsu, qualifié de « premier terroriste de l’histoire du Japon », est suivi par la population. Cette fois-ci, il s’en prend à l’ancien président de la division pharmaceutique du Ministère de la santé, et il est bien décidé à lui faire âprement payer une histoire similaire à la tragique affaire du sang contaminé que nous avons connue en France, en l’opérant lui-même. Parallèlement, et sur une majeure partie de cet opus, on comprend, à la toute fin, d’où vient Akumetsu avec le dévoilement de cette vérité incroyable dans un laboratoire souterrain. Cette note ultime vient d’ailleurs donner, à mes yeux, un coup de fouet à la série au lieu d’une énième mise à mort doublée d’une satire des mondes politiques et financiers.

    08/10/2021 à 17:30 1

  • Lontano

    Jean-Christophe Grangé

    9/10 Moi qui n’avais pas lu de romans de Jean-Christophe Grangé depuis quelque temps (« Kaïken », terminé en novembre dernier), je me suis plongé avec ravissement dans ce pavé (presque 950 pages en version poche), et j’ai été emballé. J’ai donc retrouvé la patte de l’auteur, avec ces meurtres sordides, sa connaissance parfaite des techniques policières et judiciaires, et ce scénario, typique de l’homme. Cela commence par un missile qui a désintégré le corps d’un jeune soldat, et cela part ensuite très vite, et surtout très loin. Cette famille des Morvan est vraiment détonante (bon, parfois, il y a de la surcharge littéraire et psychologique, mais cela passe sans mal avec les qualités de l’ensemble). Un père dont j’ai adoré la psyché et la trajectoire (ses penchants très gauchistes, sa traque de l’Homme-Clou, sa mémoire incroyable, sa mainmise sur l’Etat politique français, sa diplomatie, et des connaissances en Afrique, en plus d’avoir des relations pour le moins torturées avec ses trois enfants). D’ailleurs, chacun d’entre eux jouera un rôle dans cette toile d’araignée dont l’origine du tissage semble remonter à l’Afrique. Quiconque a déjà lu du Grangé (on peut en parler comme d’une marque, presque) sera en territoire connu : ses obsessions (la famille déstructurée, la quête des origines, l’Afrique, la médecine et la science – j’ai adoré cette histoire de « lignée immortelle », la violence, le tueur en série énigmatique et machiavélique, etc.) tout comme sa patte (cet art de la langue, de la formule qui claque, de la prose travaillée, un pur régal). A côté de ça, j’ai moins apprécié les fonctions plus à la marge de Loïc et de Gaëlle (ils sont « utiles » à l’histoire, c’est indéniable, mais moins qu’Erwan), certains tics d’écriture (les dialogues quasiment tout le temps coupés après un « et… ») et, paradoxalement, cette proximité avec ses autres ouvrages (ils baignent tous dans une sorte de même bain amniotique littéraire, presque monomaniaque, mais du coup, il y a moins cet effet de surprise). Il reste encore quelques questions en suspens (dont une posée par Erwan dans le 147e et dernier chapitre) dont les réponses jailliront probablement dans « Congo Requiem ». Je serai assurément au rendez-vous de ce second tome. Bref, globalement, un délice de noirceur !

    06/10/2021 à 17:01 8

  • Tokyo, Bombe A

    Maza, Richard D. Nolane

    6/10 Une BD qui commence fort avec un bel affrontement (et un jeu de passe-passe) entre avions alliés et un sous-marin japonais. Un opus d’ailleurs très étonnant, puisque le Visiteur et les Allemands disparaissent de l’intrigue pour laisser place aux Japonais et Américains avec des événements qui collent – presque – intégralement à la vérité historique. Un entracte, en quelque sorte, esthétiquement excellent, et augurant, je l’espère, de nouveaux rebondissements et d’un coup de fouet du point de vue scénaristique pour les tomes suivants.

    04/10/2021 à 20:37 1

  • Tista tome 2

    Tatsuya Endo

    7/10 Le second opus commence à toute allure avec une fusillade avec une bande de mercenaires, et l’on en apprend rapidement un peu plus sur Tista Lone – en réalité Tista Rockwell, son enfance, son parcours de « guerrier saint » et ses blessures intimes. Du coup, ce manga est bien plus axé sur la psychologie que le précédent et se montre supérieur, d’autant que le long final avec ce sniper aux allures de tueur christique est prenant et que les ultimes pages sont inattendues.

    04/10/2021 à 18:26 1

  • La Cage

    Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme

    6/10 Thorgal quitte la princesse Syrane mais cette dernière n’est vraiment pas prête à le laisser partir, quitte à mandater à deux reprises des hommes. Et comme on ne le reconnaît pas quand il revient sur ses terres, Thorgal est enfermé dans une cage en bois en attendant qu’Aaricia et Jolan reviennent. Un épisode intéressant, pas nécessaire du point de vue de l’action ou de l’originalité, mais qui se montre presque indispensable dans la série, puisqu’il compose une articulation, une charnière dans l’histoire de la série et, dans les ultimes planches, offre un souffle nouveau avec le départ de notre famille sur deux bateaux, direction le sud.

    03/10/2021 à 17:40 2

  • Swag

    Elmore Leonard

    8/10 Frank Ryan n’en croit pas ses yeux : un individu lui vole une des voitures qu’il essaie de vendre sous son nez et avec une totale décontraction. Rapidement arrêté, cet homme que l’on surnomme « Stick » finit au tribunal… et Frank prend sa défense en revenant sur sa déclaration. Pourquoi ? Parce que Stick lui a, à sa façon, tapé dans l’œil. Aussitôt, il propose à ce voleur à la petite semaine une association, pour des braquages, puisque ces derniers semblent être très lucratifs. Et ça tombe bien : Frank a justement écrit dix règles d’or du parfait braqueur pour toujours s’en sortir. Seul problème : les règles, lorsqu’elles sont trop belles, sont justement là pour être enfreintes…

    De Elmore Leonard, on retient une imposante bibliographie, du western au polar, et dont des ouvrages ont été adaptés au cinéma. Ce qui marque également, c’est son écriture, unique, remarquable entre mille : un style sec, une immense économie de mots, et des dialogues qui claquent en restant crédibles et débarrassés de toute recherche littéraire. Comme il le disait lui-même, nous le rappelle Laurent Chalumeau – l’auteur de Elmore Leonard, un maître à écrire – dans la préface : « If it sounds like writing, I rewrite it ». Ce roman ne déroge pas à la règle : des réparties excellentes, crédibles, jamais travaillées. C’est aussi l’occasion de découvrir deux sacrés protagonistes : Frank, petit rusé, parfois sanguin, qui abuse des alcools et s’associe parfois à des personnes peu recommandables, et Stick, plus flegmatique, guignant les bons coups, même illégaux, pour mettre de l’argent de côté et en faire profiter sa fille, et avec une solide forme de moralité – enfin, pour un braqueur… Elmore Leonard avait déjà imaginé, en 1976, dix règles qu’il transposera, près de trente ans plus tard, pour caractériser ses spécificités d’écrivain dans Mes dix règles d'écriture. Mais, comme on s’en doute un peu, ces préceptes ne vont pas être totalement suivis, et les problèmes ne tarderont pas à survenir. Un roman noir dans la plus pure tradition du genre, à l’intrigue simple mais redoutable d’efficacité, mettant en scène quelques autres personnages bien sentis comme le policier Cal Brown, ou encore Arlene, belle et désirable jeune femme.

    Elmore Leonard, en auteur roué et maître de sa technique dès les seventies, signait alors un opus fort réussi et entraînant, reposant pourtant sur une histoire réduite à la portion congrue mais dont, dans un puissant paradoxe, l’écrivain a su tirer le meilleur justement grâce à cette belle sobriété et son expertise dans les dialogues. « Less is more » : dans tous les arts, le minimalisme a parfois du bon, et on ne cessera jamais de célébrer cette ligne de conduite littéraire dès lors qu’elle s’exprime avec autant de talent.

    29/09/2021 à 07:21 3

  • Les Elèves de l'ombre

    Anaïs Vachez

    7/10 Jade Viala fait sa rentrée en classe de cinquième, l’estomac noué. Elle va s’y retrouver avec Romane et sa meute de suiveuses, ses harceleuses. Même l’arrivée d’un nouvel et sympathique collégien, Adry Patkin, ne change rien à son état d’esprit. Mais un événement inattendu vient bouleverser les choses : un nouvel enseignant de français, monsieur Erbenet, qui sera également son professeur principal. D’allure sinistre, dictatorial, il impose à tout-va des heures de retenue à ses élèves d’où ces derniers ressortent métamorphosés, presque des zombies. Jade et Adry vont tenter de comprendre qui est cet individu si inquiétant.

    Avec ce court roman, Anaïs Vachez se joint à la collection Hanté qui doit procurer des sensations fortes et des poils qui se hérissent à de jeunes lecteurs. Ici, la trame est classique : un professeur trouble, une ambiance anxiogène, des phénomènes inexpliqués, une touche de magie, et deux protagonistes aussitôt sympathiques auxquels on peut sans mal s’identifier. Le suspense va crescendo, avec des épisodes plutôt marquants, comme l’épisode au cours duquel Jade va observer une sorte de métamorphose physique de la part de l’un de ses camarades ayant subi une retenue de la part de ce monsieur Erbenet, ou ce curieux élixir qu’il boit dans le prétendu secret de la salle des professeurs. L’atmosphère, lourde et occulte, n’est d’ailleurs pas sans rappeler celles que l’on découvre dans les ouvrages de R. L. Stine. Cependant, d’autres romans de cette collection, comme L’Amie du sous-sol, La Maison sans sommeil, Maudite poupée ou Le Camping de la mort, se sont montrés un peu plus convaincants. En effet, certaines ficelles scénaristiques sont ici assez épaisses, et l’on achève cet ouvrage avec un léger goût d’inachevé : la résolution est incomplète, nombre d’interrogations demeurent en suspens, et l’on en vient à regretter qu’Anaïs Vachez, dont le talent est indéniable, n’ait pas davantage creusé le sillon de l’originalité ou conclu cet Elèves de l’ombre sur une note moins attendue.

    Pour résumer, un livre très agréable et qui se laisse lire, mais qui propose davantage de questions qu’il n’offre de réponses. Mais peut-être était-ce le but de l’écrivaine que de susciter ces énigmes dans la tête de ses lecteurs et de leur laisser conclure l’ouvrage à leur guise.

    28/09/2021 à 07:21

  • Géants

    Grzegorz Rosinski, Jean Van Hamme

    7/10 Parce qu’il vient d’entendre son véritable nom, Thorgal, devenu Shaïgan suite à un enchantement de Kriss de Valnor, s’isole avec un prisonnier : va-t-il recouvrer la mémoire ? Un épisode, proche d’une foudre, va le conduire aux côtés de la belle Swanée puis vers une expérience fantasmagorique où il sera notamment… rapetissé. De nouveau un souffle épique de grande qualité, et un opus qui marque un net virage dans la série. Vraiment bon.

    27/09/2021 à 15:32 3

  • La Nuit des requins

    Jean-Christophe Tixier

    8/10 Pour l’anniversaire de Camille, sa demi-sœur qui va fêter ses huit ans, la famille se réunit sur une île privée appartenant au beau-père de Léo, dix-sept ans. Heureux de l’événement, même si Lisa, sa copine, lui manque, Léo voit débarquer deux inconnus cagoulés à la réception. Le pacte est simple : un virement d’un million d’euros en échange, sinon, les malfrats partiront avec Camille. Les quatre séquestrés sont pris au piège… Mais Léo va tout de même tenter quelque chose.

    Après Le Centre de Fabien Clavel et Témoins à abattre d’Olivier Gay, voici le troisième opus policier de la collection « Flash fiction » qui, rappelons-le, est destinée aux lecteurs n’aimant pas lire, présentant une « dys », et dont le vocabulaire ainsi que d’autres paramètres ont été soigneusement étudiés afin de convenir au plus grand nombre. Ici, Jean-Christophe Tixier propose un scénario certes classique, mais dont les rouages et l’intelligence du récit sont patents. Les quatre membres d’une famille retenus prisonniers sur une île, deux malfaiteurs à leurs côtés ainsi qu’un troisième à l’extérieur, le temps impétueux, la mer démontée, et un adolescent prêt à tout pour sauver les siens. Tentative d’évasion, sabotage, stratagème courageux : Léo attire sur-le-champ la sympathie, et les efforts qu’il déploie sont nobles et héroïques. Pas le moindre temps mort durant cette centaine de pages, fort bien écrites, réservant quelques beaux symboles, comme cette analogie presque finale entre les bougies soufflées par Camille et les fusées de détresse.

    L’auteur de la récente – et excellente – Affaire Diego Abrio et de tant d’autres ouvrages pour la jeunesse nous régale d’un bout à l’autre avec ce roman efficace qui compose, en outre, une porte d’entrée réussie à la bibliographie si riche de Jean-Christophe Tixier.

    27/09/2021 à 07:18 2

  • Albedo, l'oeuvre au blanc

    Jérémy, Alexandro Jodorowsky

    8/10 Ça commence fort : un nain dont la voix est si puissante qu’elle tue des boucs (je vous jure, je suis à jeun) avant de les ressusciter avec un autre hurlement (pas un verre, je vous dis). Asiamar se fait méchamment engueuler par Imhotep et les autres alchimistes immortels, avale un champignon vénéneux et croit mourir quand il revient du coma avec une mission : assassiner Napoléon Bonaparte. Ce dernier, ogre ambitieux, a vécu une curieuse expérience en Egypte, a acquis une véritable force hypnotique et menace le sort de l’humanité.
    Je retrouve avec plaisir ce cocktail détonnant d’arts martiaux, de combats à la « Matrix », de complots, de phénomènes occultes, avec un prétexte historique auquel se mêle un grand n’importe quoi (l’intervention de Beto, le singe géant, face aux hommes de Napoléon, par exemple), le tout servi par un graphisme remarquable et mémorable. Une série que je recommande chaudement, ne serait-ce que pour la juger soi-même. Je la continue d’ailleurs de ce pas avec entrain.

    24/09/2021 à 18:37 1

  • Feuille

    José Robledo, Marcial Toledano

    6/10 Le deuxième opus commence avec une partie de poker que gagne TJ, et l’on se rend rapidement compte que les mensonges, entraperçus dans la première BD, sont en fait beaucoup plus importants. On comprend enfin la raison du nom donné à la série, mais, même si les auteurs brouillent les pistes en alternant les genres, j’ai bien moins aimé ce volume que le précédent. Une tueuse à gages sans merci, presque indestructible, des coucheries et autres trahisons entre nos protagonistes, je n’ai pas des masses apprécié ce virage. Néanmoins, il ne me reste qu’une BD pour terminer cette série, je m’y colle rapidement.

    23/09/2021 à 18:48 2

  • Crime au « Bar du Peuple »

    René Byzance

    7/10 8 août 1946, à Saint-Crépin. Gonzague Raveau, dit « Le Professeur », a quitté le tumulte parisien pour choisir d’être affecté dans une brigade mobile. Comme il n’est guère argenté, il est descendu au « Bar du peuple », tenu par Victor et Martine. Mais le crime semble collé aux basques du policier : on retrouve Martine au matin, égorgée, une feuille en partie déchirée dans la main, le tiroir-caisse vidé.
    Une intrigue fort sympathique pour une enquête bien et rondement menée par ce Professeur, limier intéressant, solitaire et sociable, malin et doué pour déchiffrer les énigmes humaines, mais aussi capable d’un sacré coup de bluff final pour faire craquer un criminel. L’histoire, courte, nous fera remonter jusqu’à un passé, quelques années plus tôt, stationné à Douala, au Cameroun. Un ton très agréable, une prose qui se paie le luxe de se montrer appétissante, cherchant les beaux mots au lieu de simplement se montrer descriptifs et, même si j’ai trouvé le final un peu abrupt, voilà un texte qui m’a réjoui.

    22/09/2021 à 20:07 1

  • Akumetsu tome 11

    Yoshiaki Tabata, Yûki Yogo

    7/10 La confrontation entre Akumetsu et Gamon ainsi que les hommes de ce dernier se poursuit dans le pavillon… avant de repartir aussitôt sur la Lamborghini Countach sur laquelle est agrippé le corrompu. Un manga aussi fou-fou que les précédents, avec ses pamphlets contre les corruptions politico-financières, avec un nouvel adversaire, Kenzô Michinaga, et agrémentés d’un petit rappel historique quant à la construction des routes dans le Japon de l’après-guerre. Vraiment plaisant et distrayant, dans le ton comme dans la forme.

    20/09/2021 à 16:39 1

  • Blaze

    Stephen King

    8/10 … ou comment Clay Blaisdell Junior, jeté gamin plusieurs fois du haut de l’escalier par son paternel au point d’en être resté intellectuellement amoindri, en vient à élaborer un plan avec son copain George : enlever un gamin pour se faire de l’argent, en l’occurrence Joe Gerard. Sauf que, bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu, d’autant que George est mort et que Blaze, bien plus bête que méchant, n’est pas au bout de ses propres bêtises. Dès la préface, l’immense Stephen King explique le cheminement de son texte, les références qui sont les siennes (depuis Jim Thompson jusqu’à Cain et McCoy en passant par « Des Souris et des hommes »), et l’on voit de quel type d’ouvrage il va s’agir : une forme d’hommage à une littérature ancienne, presque perdue, typiquement américaine. Je me suis sans mal laissé prendre par l’écriture du maestro, et me suis pris de sympathie pour ce colosse de Blaze à l’intérieur duquel s’agite encore un petit enfant perdu, de même que j’ai pas mal ri de ses propres âneries (quand il revient sur les lieux de son hold-up en indiquant au propriétaire que, cette fois-ci, il n’a pas oublié de se mettre un bas sur le visage, ou quand il donne son nom complet à l’opératrice téléphonique pour appeler les parents du babiche kidnappé, ne se rendant compte de sa bourde que deux heures plus tard). J’ai également apprécié la construction du livre, avec des flashbacks pour nous expliquer le cheminement psychologique et moral de Blaze, les moments qui ont marqué sa jeunesse (le pensionnat, le chien tué, son déniaisement, sa rencontre avec George, leurs larcins, etc.), flashbacks qui, intelligemment, ne se présentent pas par ordre chronologique. Pas mal d’émotion également dans la relation naissante entre notre (anti)héros et le poupon, et quelque chose d’intéressant dans celle entre Blaze et George, décédé d’un coup de couteau à cran d’arrêt mais s’adressant toujours à son camarade (ou plus exactement à son cerveau perturbé). Bref, un bien bon moment de lecture, même si quelques passages sont attendus (notamment le final) et d’autres déjà lus ailleurs, mais j’ai véritablement trouvé de la densité et de l’humanité dans ce roman marginal de Stephen King, qui mérite amplement d’être (re)découvert, ne serait-ce que par cette agréable note dissonante et néanmoins réussie qu’il constitue au sein de sa bibliographie.

    16/09/2021 à 18:36 3