3814 votes
-
La Sacrifiée du Vercors
9/10 10 septembre 1944. Georges Duroy, « officier traitant et commissaire de police près le délégué général à l’épuration », se rend dans le Vercors, sous une chaleur accablante, afin de récupérer Sarah Ehrlich, accusée d’intelligence avec l’ennemi nazi. C’est aussi ce jour-là que l’on découvre le corps de la jeune Marie Valette. Tondue, violée, assassinée. Parce que l’acte est ignoble, Duroy décide d’enquêter, avec la journaliste américaine Judith Ashton à ses côtés. Il semblerait, ici comme ailleurs, que nul n’en ait vraiment fini avec la guerre.
François Médéline signe ici un roman d’une rare noirceur. Court (quelque cent-quatre-vingts pages), il n’en est pas moins d’une rare densité humaine. Le style de l’auteur de Tuer Jupiter saisit aussitôt : phrases sombres, écriture poétique, stylé haché. Le lecteur ne pourra se réjouir que de cette plume enténébrée, faisant écho à une intrigue à la fois sulfureuse et désenchantée. Georges Duroy, en enquêteur, séduit sur-le-champ : patient, soumis au vertige, sensible au charme sauvage de la reporter, il doit ménager les consciences locales et, tout à la fois, châtier les collabos tout en évitant les lynchages injustes. Marie Valette est d’ailleurs une victime bien symbolique : en ces temps troublés, où la légitime envie de revanche sur l’occupant côtoie une violence animale et, parfois, le besoin de se recoudre une virginité, on n’apprendra que dans les ultimes pages les raisons qui ont entraîné son supplice. Solidement documenté, ce roman de François Médéline – dont on apprend dans les explications de l’auteur qu’il est inspiré par la propre histoire de sa famille – est un pur bijou qui trouve son intérêt encore davantage dans la peinture des psychologies et de l’ambiance délétère de l’époque que dans l’intrigue, finalement assez simple. Et c’est d’ailleurs toute la maestria de l’écrivain de pouvoir proposer un récit d’une telle force autour d’un scénario au dénouement si aisément devinable. On se souviendra longtemps, très longtemps même, de cette histoire se mêlant à celle qui s’écrit avec une majuscule, où déambulent des protagonistes torturés par les contradictions de cette période traversée de conflits politiques, des boucs émissaires si évidents (ici, les Italiens et la famille Fucilla ainsi que Marie Valette), avec une scène de quasi exécution publique qui marquera durablement les esprits.18/11/2021 à 06:03 5
-
Ascension tome 2
8/10 Buntarô fait la rencontre de Keito Hara, fan de grimpe solo et à vue, sans assurance et visiblement encore plus féru d’escalade extrême que lui. Les rumeurs disent que Buntarô a autrefois poussé un camarade au suicide. Un sauvetage et le club a de gros soucis administratifs avant qu’une épreuve nouvelle n’apparaisse : le Mont Akadake à 2899 mètres d’altitude. Une esthétique toujours aussi sublime, de la profondeur dans la psychologie par rapport à cette discipline solitaire. Ce tome est un petit bonheur.
17/11/2021 à 18:31 1
-
Ascension tome 1
8/10 Au lycée Yokosuka Kita voit arriver un nouvel élève : Buntarô Mori. Il semble se moquer de tout, voire être apathique. Sur le toit de l’établissement, il fait la connaissance de Miyamoto, fan d’escalade, et réussit même un bel exploit en escaladant seul et sans assistance l’immeuble. Le début d’une vocation ? Le Mont Takatori, juste à côté, va permettre à Buntarô de s’investir pleinement dans sa nouvelle passion. Un graphisme mature et très réussi pour un scénario original. Je me suis laissé prendre par le suspense autant que par la psychologie, avec notamment cette épreuve sur un mur d’escalade pleine de tension. Je sens que je vais continuer cette série.
16/11/2021 à 20:13 1
-
L'Escalier du Diable
8/10 Jane Hawk, ancienne inspectrice au FBI, dont le mari s’est soi-disant suicidé, lutte encore contre les Arcadiens afin de mettre un terme à leur cabale et sauver Travis, son fils. Deux jumeaux écrivains, Sanjay et Tanuja, s’apprêtent à devenir les proies des comploteurs tandis que Jane s’intéresse à Simon Hendrickson dont le demi-frère, Booth, est lié aux Arcadiens. Il faudra à la jeune femme déployer des trésors de pugnacité, quitte à plonger dans « L’Escalier du diable » et y découvrir de sinistres rituels.
Après Dark Web et La Chambre des murmures, voici donc le troisième ouvrage de la série consacrée à Jane Hawk. Même si c’est conseillé afin de ne rien perdre du sel des enchaînements et de la chronologie des faits, cet opus peut tout à fait se lire indépendamment des précédents. On (re)trouve donc le personnage de Jane, femme résolue à combattre ces conspirateurs ayant décidé de contrôler le monde via les nanotechnologies, soumettant certains individus figurant sur la « liste Hamlet » en raison de leurs idées et attitudes. Dean Koontz, principalement connu pour ses romans fantastiques et d’horreur, s’oriente ici davantage vers le thriller, même si la présence de ces nanotechnologies et autres instruments d’hypnose et de conditionnement viennent brouiller la ligne de démarcation entre ces deux étiquettes. Le rythme imposé par l’auteur est ici échevelé, presque infernal, avec de très courts chapitres (parfois inférieurs à une page), permettant une alternance entre les points de vue des divers protagonistes. Jane Hawk impressionne par son charisme, sa foi en la recherche de la vérité, son abnégation, et cette passionnée de piano autant que virtuose dans la pratique de cet instrument, séduit du début à la fin de l’histoire. Le récit entremêle habilement complotisme, nouvelles technologies, contrôle des individus via des envoûtements purement scientifiques, et l’on se plaît à côtoyer quelques personnages bien sentis, comme la mère Hendrickson, véritable gourou machiavélique, ou Cornell Jasperson, collapsologue millionnaire s’étant fait bâtir un bunker dans la perspective d’un effondrement civilisationnel. Ce que Jane et ses camarades découvriront au fond d’une grotte, en bas de cet escalier du diable qui prête son sobriquet à ce livre, offrira autant de moments de pure angoisse qu’une forme de tremplin saturé de suspense vers le tome suivant, La Porte interdite.
Un thriller hollywoodien dans la plus pure tradition, et au sens positif du terme, avec fusillades, courses-poursuites, grosses cylindrées et scénario idéal pour se divertir. Dean Koontz a concocté un très habile cocktail, frappé et délicieux, à consommer sans modération. Erudit, l’auteur n’en oublie pas quelques jolies références littéraires (de L'Orange mécanique d’Anthony Burgess à la série consacrée à Nero Wolfe de Rex Stout en passant par Le Tour d'écrou de Henry James).16/11/2021 à 07:09 2
-
Pression fatale
7/10 Niederkaltenkirchen, un village tranquille d’Allemagne. Le commissaire Franz Eberhofer se voit confier une nouvelle mission : le très respectable juge Moratschek vient de condamner le Dr Küstner, un criminel à côté duquel Hannibal Lecter passerait presque pour un philanthrope. Menaces de mort au tribunal après la sentence, suivies d’une évasion : le magistrat sait que le monstre va rapidement essayer de s’en prendre à lui. Eberhofer va alors devoir le protéger, mais rien ne peut se passer simplement dans ce village bavarois.
Après Choucroute maudite et Bretzel Blues, voici le troisième tome de la série consacrée à Franz Eberhofer. D’entrée de jeu, le ton est donné : Rita Falk va plus faire fonctionner nos zygomatiques que nos petites cellules grises. La scène où il est question d’un supposé mariage forcé entre Turcs d’une même famille pose les jalons d’un récit cocasse qu’il est impossible de prendre au sérieux. Notre brave policier, encore tout en joie d’avoir reçu une nouvelle étoile en argent sur son uniforme, va donc devoir affronter ce Dr Küstner et protéger le juge, quitte à se servir de ce dernier comme d’un appât. Les dialogues sont croustillants, les situations le sont tout autant, et il est sacrément plaisant de découvrir une écrivaine qui ose l’humour et la décontraction sans pour autant tomber dans le grivois et la parodie scolaire. Notre protagoniste est entouré de personnages également savoureux, du Papa, fan des Beatles et amateur de joints, à la Mémé, sourde et grande cuisinière qui prépare des plats à tomber pour Franz et dont certaines recettes figurent à la fin de l’ouvrage. Certes, l’intrigue policière passe très nettement au second plan, et ce traitement pourra décevoir quelques lecteurs, mais cette dérision qui pulse d’un bout à l’autre de cet opus est on ne peut plus salvateur, au point que l’on quitte notre enquêteur à regret, même si les dernières lignes annoncent clairement la suite, avec la mort d’un gradé peu sympathique, dont on lira l’histoire dans Grießnockerlaffäre, pas encore traduit en France.
Un roman qui n’engendre pas la mélancolie, jubilatoire tout en demeurant élégant et assez addictif : on en redemande.15/11/2021 à 07:11 2
-
Opération Spitsberg
9/10 Londres, 1913. Deux hommes viennent rendre visite à Sir Henry Adamson : deux mois plut tôt, des morutiers anglais ont découvert, non loin du Spitsberg, une « porte » qui pourrait mener vers un monde parallèle. Adamson accepte aussitôt, et les ennuis commencent : son ami Benford est assassiné par une créature hideuse. Direction ensuite l’Ecosse et un bateau, le « Stornoway », pour se rendre vers cette aberration. Un premier tome très étonnant : une ambiance à la Lovecraft, lourde et très prenante, avec une note fantastique bien marquée, soulignée par les expériences des hommes pour voir ce qu’il y a de l’autre côté de cette « porte » (lapin et caméra). Mais même si le rythme aurait pu être un tantinet plus élevé, j’ai été particulièrement séduit par l’esthétique, presque photographique : c’est tout simplement sublime. Avec un tel graphisme, on pourrait me lire la recette du haggis que ça me passionnerait encore. Même Winston Churchill y apparaît plus vrai que nature.
14/11/2021 à 13:40 1
-
Rubedo, l'oeuvre au rouge
8/10 Napoléon essaie de retrouver chez des prostituées la sensation qu’il a éprouvée en embrassant Asiamar, en vain, tandis que ce dernier / cette dernière doit prouver aux autres alchimistes qu’il est encore fidèle à ses engagements bien qu’il ait épargné Napoléon, avant de se décider à le retrouver du côté de Moscou pour en finir.
Un cocktail toujours aussi détonnant de phénomènes occultes, de combats, d’érotisme, de magie, avec des passages que d’aucuns (c’était mon sentiment à la lecture du premier opus avant de m’y habituer et d’être séduit) jugeront WTF (le singe géant qui joue d’un instrument à cordes, Napoléon qui projette un laser depuis l’abeille qui est greffée sur son ventre, la présence d’un zeppelin, une version apocalyptique du général Hiver, etc.). C’est prenant et furieusement audacieux, avec une esthétique ensorcelante, et je m’en vais me ruer sur le quatrième et dernier tome.13/11/2021 à 18:26 1
-
La Pierre de Gaëldenn
6/10 La Pierre de Gaëldenn permettrait de retrouver l’emplacement du galion dans les cales duquel se trouveraient d’incroyables richesses. Mais le capitaine Hannibal Mériadec est toujours retenu avec ses hommes, c’est dame Elween, la belle créature elfique, qui va se charger de les libérer, et la quête va pouvoir reprendre de plus belle. Arts martiaux, créatures spectrales, magie, malédiction : un cocktail assez audacieux mais qui, à défaut de me surprendre ou de me marquer durablement, est plaisant et distractif.
12/11/2021 à 20:16 1
-
Le Mystère du cercle rouge
7/10 La collection André Renard est en vente à l’Hôtel Drouot. Cet ancien diplomate, enrichi subitement par le décès d’un riche oncle, a fait l’acquisition de nombreuses toiles de maîtres, mais celle qui déchaîne les passions, c’est une malheureuse croûte sans titre ni auteur, qui tombe finalement pour cinq cent mille francs ! Le commissaire Labart, présent dans la salle, est dubitatif, mais il l’est encore davantage quand l’acheteur, un Japonais, est aussitôt retrouvé mort tandis que le tableau a disparu. L’ombre de Théodore Rouma, cambrioleur aimable et avateur d’Arsène Lupin, n’est guère loin…
Au programme de cette nouvelle joliment troussée : une histoire d’espionnage, un enlèvement, un amateur de courses hippiques, un mystérieux « code Z », un ministre des affaires aux abois, et pas mal de manipulations, pièges et autres usurpations d’identité. Le héros, Rouma, est bien sympathique dans son rôle de justicier détestant le sang ainsi que les armes à feu. Si l’ensemble est très agréable à lire et à suivre, je regrette en revanche que ce fameux Rouma n’apparaisse (sous sa véritable identité) que trop peu, et que son personnage soit trop proche de celui d’Arsène Lupin, ratant donc un peu le coche d’une forme d’originalité.11/11/2021 à 07:41 1
-
Dragon Head tome 10
7/10 Après les grandes révélations du précédent opus (l’avant-dernier de la série), je craignais que celui-ci ne soit assez plat, voire stérile, et ce n’est effectivement pas sur le filon des divulgations que l’auteur fonde cet ultime tome, avec encore de nombreuses catastrophes et autres convulsions liées à ce type de récit. Une fin donc un peu attendue, un cran en-dessous du précédent où le cœur de la machination nous était dévoilé, mais cet épilogue, chaotique, n’en oublie pas une forme d’optimisme puisque c’est avec le mot « beauté » qu’il se conclut.
09/11/2021 à 20:24 1
-
La Commedia des Ratés
8/10 Antoine Polsinelli mène une existence sans frasque ni épice, et il croise un jour le chemin d’un vieux copain, Dario Trengoni. Malheureusement, ce dernier est retrouvé assassiné par du neuf millimètres. Dario laisse à Antoine un héritage imprévu : quatre hectares de vigne dans sa ville natale. Presque à contrecœur, il se rend sur place, se doutant que ces piètres arpents ne vont pouvoir produire que de la piquette. Mais ces ceps vont donner lieu à des péripéties inattendues et intéresser des individus fort malintentionnés.
Il s’agit du troisième tome de la série consacrée à Antoine Andrieux signée Tonino Benacquista. Après le milieu ferroviaire (La Maldonne des sleepings), celui de l’art contemporain (Trois carrés rouges sur fond noir), et avant celui de la nuit (Les Morsures de l’aube), nous voici plongé dans l’univers du vin. On retrouve avec plaisir l’écriture si caractéristique de l’auteur, comme on revoit un bon camarade après une longue absence, et on se délecte de son humour et de sa gouaille typiques. Certains passages constituent de purs moments de bonheur (comme la description de ce qu’est la banlieue parisienne, en un seul paragraphe à lire et à relire à l’envi, ou encore la méthode si surprenante pour caler la cuisson des pâtes en se fondant sur le timing des émissions télévisées). L’intrigue est savoureuse et, en cent-cinquante pages environ, tout y est, sans ellipses abusives ni temps morts. Notre Antoine quittera la France pour ce village de l’Italie et sera amené à croiser des personnages croustillants, presque inénarrables, comme de véritables gangsters, depuis ces mafieux qui jouent délibérément la carte du poncif à ces « banquiers du Vatican » à peine plus recommandables, en passant par un aveugle dont le rôle va se montrer déterminant. Mais que vient faire le Vatican dans cette histoire, vous demandez-vous ? Peut-être que ces vignes, de prime abord insignifiantes et destinées à ne produire que de la vinasse bas de gamme, peuvent être à l’origine d’un miracle et, de ce fait, un placement particulièrement attractif pour des bandits comme pour des êtres à peine moins vénaux que les anciens Marchands du Temple.
Un opus où l’humour le dispute au noir avec beaucoup de fantaisie et de talent, où Tonino Benacquista part d’un scénario fort original pour nous offrir un récit à la hauteur de son talent.09/11/2021 à 07:15 3
-
Kurosagi - Livraison de cadavres tome 8
7/10 Parce qu’elle a besoin de renouveler ses rangs, l’entreprise Kurosagi décide de procéder à un recrutement, et c’est avec leur possible nouvelle employée que nos experts des cadavres en trouvent une dans une forêt, le visage ravagé par des morsures de chiens, une dénommé Yanagi Rei. Content de renouer avec cette série si originale, moins dans la forme qui a vieilli, que dans le fond, vraiment singulier. Au programme, un fantôme autour d’une intrigue sur les mariages et une autre à propos de bébés. Un opus vraiment intéressant, qui ménage le suspense, l’occulte et l’humour.
06/11/2021 à 18:07
-
Dead Tube tome 3
Touta Kitakawa, Mikoto Yamaguchi
7/10 Le piège dans lequel l’enseignante Betsuki Eri est tombée se retourne rapidement contre ses violeurs lorsque l’on découvre que la professeure est en réalité une psychopathe nymphomane et meurtrière, obsédée par son ancien amant Kazu. A présent, ce sont les suicides qui semblent être à la « mode » sur Dead Tube, comme ce type falot de dix-sept ans, Toshio Furui, qui ne voit plus aucune raison de continuer de vivre. Puis direction l’île de Rock River où doit se dérouler la prochaine étape des affrontements de films en ligne. Un opus musclé, mais clairement pas à mettre entre toutes les mains en raison notamment du sexe assez trash.
05/11/2021 à 08:38 1
-
Le Cycle de la terre 1
7/10 Décor montagneux pour ce troisième tome, à Bakuyaku, la ville des crêtes, également surnommée « la cité de la poudre noire ». Un homme meurt empoisonné dans les bras d’Okko, et après cette course-poursuite nocturne, on en arrive à l’hypothèse que les coupables sont des sorciers. Au programme : un beau pèlerinage en milieu alpin, de mystérieux moines copistes porteurs du sceau du corbeau, un refuge (celui des « quarante-sept geysers »), des espèces de rats géants dressés comme des chiens, un chevalier et son destrier tous les deux en os… Peut-être un peu moins dynamique que les précédents opus, mais ce nouveau cycle (celui de la terre, après celui de l’eau), est toujours fort du point de vue graphique, entraînant et distractif.
03/11/2021 à 23:21
-
Heads tome 3
8/10 Jun-ichi Naruse est en pleine crise à propos de la greffe qu’il a reçue. Le portrait du donneur, Tokio Sekiya, devient ambigu, parce que, même s’il était égoïste, il a choisi de s’inscrire sur la liste de potentiels donneurs, et Jun-ichi en apprend encore un peu plus à son sujet grâce à son père. « Ça réveille la bête tapie au fond de moi », dit notre protagoniste après un combat à mains nues musclé, au point de se sentir capable d’immoler son adversaire qui ne lui avait pourtant pas fait grand mal, tout ça à cause d’une histoire de piano. Nore héros finit par apprendre que son donneur est en fait Shunsuke Kyogoku, l’homme qui lui a tiré dessus. Un cran au-dessus des opus précédents grâce aux révélations qui commencent à enfin émerger, pour un récit toujours aussi prenant et délicieusement angoissant et schizophrénique.
03/11/2021 à 08:12 1
-
Ciseaux
José Robledo, Marcial Toledano
5/10 Anne continue son activité de tueuse professionnelle, Pierre s’est finalement lié d’amitié avec ce boxeur qui lui a si bien tenu tête, et TJ est au trente-sixième dessous. La série se boucle sur ce troisième opus et, malgré un graphisme léché et une mécanique bien lubrifiée, je n’ai pas vraiment accroché à l’ensemble, trop hétéroclite à mes yeux, comme les pièces éparses d’un puzzle dont l’ensemble, une fois reconstitué, configure un paysage qui ne me plaît pas, ne m’inspire pas, ou peut-être tout simplement parce que cette incompatibilité des pièces (boxe, tueuse à gages, poker, mensonges, amitiés, etc.) n’est pas à mon goût.
02/11/2021 à 17:34 1
-
Les vacances de Maigret
8/10 Les moules ? Non. Elles les ont rendus malades, Maigret et sa femme, mais ce qui a conduit cette dernière à l’hôpital, c’est une crise d’appendicite. Sur place, notre commissaire a pris ses habitudes au cours de ces vacances, rendant visite chaque jour à son épouse. Il se retrouve un jour avec un message manuscrit dans sa poche : « Par pitié, demandez à voir la malade du 15 ». Une jeune femme, tombée par accident d’un véhicule en mouvement, la belle-sœur du médecin Philippe Bellamy. Sauf que cette Hélène Godreau finit par décéder. Maigret va alors se mettre, lentement, à enquêter, sans savoir que deux autres décès, cette fois-ci des assassinats, vont avoir lieu.
Je retrouve avec un double plaisir la plume de Georges Simenon et ce très cher commissaire Jules Maigret. On l’y voit d’abord un peu dolent, se faisant à ces vacances qui se prolongent aux Sables-d’Olonne, observant le paysage humain sans pour autant totalement s’y fondre. Il y lève sacrément le coude avant de se mettre en chasse, mettant à nu une histoire d’amours dévoyées, éconduites et exclusives. Un style toujours aussi brillant, sec et profond (exquis paradoxe), avec quelques passages absolument remarquables d’humanité, de la lettre laissée par Emile Duffieux, parti à la capitale, à sa mère, ou encore les rapports entre Maigret et le médecin, de cordiales à tendues. D’ailleurs, ce médecin est en soi un véritable régal psychologique : irréprochable physiquement, un peu froid, faisant partie du tissu local, admiré, il va révéler des abysses de monstruosité, de sang-froid comme de furies retenues. Alors, certes, l’épilogue ne provoque pas de véritable surprise quant à l’identité du criminel, mais les ressorts mis en œuvre et soulignés à la maestria de l’auteur belge pallient sans le moindre mal ce léger déficit. Dans le même temps, Maigret s’y révèle parfois accort, parfois bougon et grossier, parfois également « en transe » lorsqu’il est en pleine réflexion, ainsi que très énergique, à la limite de la crise cardiaque lorsqu’il se rend chez le tueur en espérant que ce dernier ne va pas commettre un autre forfait. On sent parfois que Georges Simenon a écrit ce roman à toute vitesse (on y retrouve deux fois la phrase « C’est à peine si, maintenant, ses lèvres frémissaient, mais le commissaire ne s’y trompait pas » à quelques pages d’écart) sans pour autant que nous ressentions de la précipitation ou un sentiment de va-vite. Bref, un autre très bon ouvrage, dense et profond, qui régale d’un bout à l’autre.30/10/2021 à 08:24 1
-
Le Danseur mondain
6/10 A l’hôtel « Marvel », un grand palace sis aux Champs-Elysées, l’inspecteur Gaspin arrive parce que l’on vient de tuer l’une des clientes, Madame Gorfuna, vers trois heures du matin. Mirlobar, un danseur louant une mansarde au huitième étage, qui faisait également office de gigolo et lié à la défunte, est soupçonné et s’est volatilisé. Un autre suspect se dessine : un plombier-zingueur. Aidé de son adjoint Despeaux, il va se rendre compte que cette enquête est loin d’être bouclée.
Une nouvelle agréable, où Gaspin va mener la danse avec culot et ne révéler le mécanisme de l’affaire qu’à la toute fin, avec beaucoup de patience et d’intelligence. Les ressorts sont connus et ne chambouleront personne un tant soit peu habitué à ce genre de littérature, mais l’ensemble, sans être révolutionnaire ni mémorable, est sympathique et permet de passer quelques dizaines de minutes d’une lecture divertissante.28/10/2021 à 08:14
-
Killing Stalking tome 1
7/10 Un jeune type effacé est tombé follement amoureux de Sangwoo. Une véritable obsession, même, pour cet individu pâlichon et frêle dont le charisme est très largement en deçà de celui de Sangwoo. Il finit par pénétrer dans la maison de son être aimé, mais dans le placard, il trouve une trappe verrouillée par un cadenas qui le mène dans une cave. A l’intérieur, une femme bâillonnée et ligotée. Sangwoo, que tout le monde apprécie, serait-il en réalité un monstre ? Un opus étonnant, d’abord parce qu’en couleurs, mais aussi par le traitement : une homosexualité montrée sans filtre dans les sentiments, mais sans le moindre caractère physiquement explicite (seulement une scène où l’on devine qu’il y a précédemment eu l’acte, sans plus), avec, pour le moment, la confrontation entre les deux protagonistes. Un premier tome assez calme dans le traitement et le rythme, qui s’achève, étonnamment, sur une forme d’osmose entre eux deux, en espérant que les suivants continueront de me surprendre et d’emprunter des chemins de traverse, encore inaccoutumés dans le genre.
27/10/2021 à 08:03
-
Infection tome 4
2/10 Un monstre géant constitué d’asticots et qui vient de bouloter un être humain fonce sur deux personnages… et l’un d’entre eux bavarde et présente des excuses verbales à son interlocuteur. Le pompier se fait poursuivre par cette bestiole dans un escalier, et la créature parvient à modifier sa forme pour s’adapter au couloir. Toujours aussi intelligent, le pompier choisit une cage d’escalier à peine plus petite et se dit que son poursuivant ne parviendra pas à s’engouffrer dans ce volume étriqué… ce que le prédateur parvient bien évidemment à faire. A peine plus tard, une jeune femme propose à ce héros, en échange de son aide… sa virginité. Et la suite est du même acabit. Ce manga aurait pu être angoissant, il ne l’est pas. Original, non plus. Parodique, toujours pas. Une relecture scolaire mais intéressante du thème des zombies, encore moins.
26/10/2021 à 08:18
