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Absinthe : l'affaire Gouffé
8/10 13 août 1889 : on retrouve une tête humaine en forte décomposition dans un sac puis la malle qui a servi à transporter le corps. Cette affaire va déchaîner les passions et marquer l’esprit de ses contemporains. Et c’est dans un climat délétère que va se dénouer ce crime épouvantable.
Cette affaire véridique est ici réexploitée par Yann Botrel qui, il le confesse au début comme à la fin de son ouvrage, a injecté dans son récit autant d’éléments authentiques que de passages fictifs. On est saisi par la solidité des recherches documentaires de l’auteur qui croque avec talent l’ambiance de l’époque, les soubresauts dans la société, les psychologies des divers protagonistes ainsi que les nombreux rebondissements de ce fait divers. Certains personnages sont vraiment marquants, comme les policiers Goron, Jaume et Soudais, tandis que le profil des coupables, après avoir longtemps été traqués, fait littéralement froid dans le dos autant qu’ils intriguent par leur apparente inoffensivité. On se rend compte près d’un siècle et demi plus tard qu’au-delà de l’apparente banalité du crime, ce fut toute la population qui fut secouée, des simples citoyens aux édiles politiques. Yann Botrel multiplie les points de vue, des enquêteurs aux avocats et magistrats – les plaidoiries, pourtant courtes, sont extraordinaires – en passant par les journalistes, avec cette histoire qui orienta les investigations de l’Angleterre aux Etats-Unis en passant par Cuba et l’Argentine.
Un très bon livre, oscillant volontairement et avec intelligence entre la rigueur de l’ouvrage documentaire et la fièvre du roman à suspense. Une radioscopie très réussie de la société, avec également la naissance de la science médico-légale avec la présence remarquée du médecin Alexandre Lacassagne et d’Alphonse Bertillon, ainsi que d’Emile Zola qui nous narre certains pans de cette sordide affaire criminelle.27/03/2026 à 07:01 2
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Time Bomb Teacher tome 1
7/10 « Je suis une femme ordinaire », avoue Azusa Tsukumo, professeure de chimie dans un lycée. Mais sa vie bascule quand sa sœur Ruka, avec laquelle elle entretient une relation fusionnelle, disparaît, certainement enlevée par des yakuzas (ce qu’Azusa a entendu au téléphone au moment du kidnapping ne laisse guère de doutes à ce sujet). La bombe qu’elle a concoctée dans sa Thermos démontre sa maîtrise de la chimie, ce qui va faire que le mafieux Yoroizuka va lui proposer une alliance.
Scénario pas conventionnel, graphisme intéressant, un bon rythme dans le récit mêlant chimie, baston (cf. la bagarre avec le colosse dans l’immeuble) ainsi que l’émotion, et un intéressant parallèle humain en fin d’ouvrage. Une chouette découverte.26/03/2026 à 19:24
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L'Homme de Londres
8/10 Louis Maloin, paisible aiguilleur maritime à Dieppe, est le témoin d’une scène inattendue : il voit un inconnu en frapper un autre au visage avant que le corps de la victime puis une valise ne viennent tomber dans l’eau du port. Maloin parvient à récupérer le bagage qui contient une fortune, l’équivalent de 540000 francs. Dès lors, avec un assassin en liberté et ce magot qui peut lui faire perdre la tête, Maloin va-t-il parvenir à rester le même ?
Un ouvrage typique de la bibliographie de l’immense Georges Simenon : une écriture élémentaire mais efficace, prenante et acide, une intrigue sombre qui met en lumière de petites gens, une mécanique simple et fort crédible, et une noirceur imparable. Louis Maloin, en aiguilleur maritime, retient l’attention : alcoolo, assez dur avec sa femme, étourdi par le montant du butin et capable d’achats frénétiques et inconsidérés pour les membres de sa famille afin de prouver qu’il n’est pas que cet homme dont les revenus suffisent à peine à faire vivre son foyer. Parallèlement, le jeu du chat et de la souris avec cet Anglais, Pitt Brown, monte-en-l’air assez commun voire minable, que la poisse poursuit et dont la fin de vie est à l’image de son existence, est bien trouvé et orchestré. Et c’est juste ce final, calamiteux, presque grotesque et absurde, qui vient souligner l’incongruité de la vie de ces deux protagonistes. Georges Simenon excelle dans la description des gens ordinaires, parfois piteux, à qui le destin réserve un sort encore moins enviable que le reste de leur inutile tour de manège sur Terre. Un très bon roman noir – un de plus ! – qui a en outre l’avantage d’être beaucoup moins célèbre que d’autres écrits par l’intemporel auteur belge, ce qui accroît l’effet de surprise à sa lecture autant que l’appétit pour ce mets méconnu.25/03/2026 à 19:42 1
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Duel sur Mig Alley
Jean-Michel Arroyo, Frédéric Zumbiehl
6/10 Un deuxième tome qui commence avec de beaux duels aériens, et même en parachute, l’un de nos héros se fait pourchasser par un avion ennemi. L’esthétique fait aussi datée que le propos, mais à défaut d’être très original, les péripéties sont nombreuses, le rythme est soutenu, et malgré de nombreuses invraisemblances (l’atterrissage du vieux coucou sur le train en mouvement), l’ensemble est bien distractif.
21/03/2026 à 19:00 1
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Une putain d'histoire
6/10 Un peu déçu par ce qui est arrivé à Henry Dean Walker, seize ans, dont on a retrouvé la petite copine, Naomi, sur une plage de l’île isolée de Glass Island après avoir été « traînée dans un chalut ». Autant j’apprécie l’œuvre et le style de Bernard Minier – dont je consomme un ouvrage chaque année –, autant je trouve qu’ici, l’ensemble m’a paru un bon cran au-dessous de ses autres livres. Un récit qui commence plutôt bien mais pas mal de facilités, des exercices avec la syntaxe et l’écriture qui m’ont semblé artificiels, des éléments épars déjà lus bien des fois ailleurs et qui, une fois assemblés, ont formé à mes yeux un puzzle trop confus, inutilement épais et beaucoup trop invraisemblable. Entre les mamans d’Henry, le chantage à l’échelle de l’île, ce Grant Augustine dont l’ombre inquiétante met trop de temps à se concrétiser, Oates et consorts qui ne m’ont vraiment pas fait trembler, et tout le reste, non, trop d’ingrédients en viennent à tuer le goût du plat. D’accord, le final est vraiment intéressant, mais tant de pages (près de 600 dans mon édition poche) pour en arriver à ça, j’ai trouvé le chemin bien trop longuet pour un terminus bien en deçà de mes attentes.
19/03/2026 à 19:03 2
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House of Windows
9/10 Roger Croydon a disparu. Bien après cet événement inexpliqué, tout le monde se demande encore ce qui s’est passé. Une seule personne sait réellement ce qui lui est arrivé : Veronica. Et elle est enfin décidée à raconter la vérité. Le narrateur va recevoir ses aveux, et ça passera nécessairement par l’existence de Belvedere House, la si mystérieuse maison occupée par le couple.
John Langan nous avait déjà ensorcelés avec son remarquable The Fisherman, et J’ai lu a eu l’excellente idée de proposer cet ouvrage, écrit sept ans plus tôt. Celles et ceux qui ont apprécié le style et l’univers si particuliers de l’auteur seront ici en terrain connu. L’écrivain maîtrise son récit, dense, intense, languissant, prenant le temps de bâtir l’atmosphère lourde et angoissante, de tisser des textures subtiles et poisseuses. On découvre le portrait de Roger Croydon, brillant universitaire, passionné par l’œuvre de Charles Dickens, et qui s’est violemment brouillé avec son fils, Ted, qui mourra à Kaboul au cours d’une mission militaire. John Langan construit son histoire brique après brique, sans précipitation ni effets faciles, et l’ensemble profite en retour d’une belle crédibilité. Et il en fallait, de la vraisemblance, pour graduellement faire basculer son lectorat dans ce narratif si singulier, où Belvedere House va devenir un personnage à part entière. Mieux – ou pire, selon les points de vue : elle se commue en une entité complexe, cryptique, occulte, qui s’élève bien au-delà des poncifs du genre. Probablement féru des ouvrages de Stephen King, Howard Phillips Lovecraft et Edgar Allan Poe, l’auteur nous régale avec ces hallucinations, ces phénomènes de hantise et de possession, ces expériences de « Bizarrerie Mutuelle », qui trouveront leur conclusion au cours d’une marche désespérée vers un fleuve. L’onirisme et le cauchemardesque s’entremêlent avec brio, et l’épilogue (intitulé « Trois fins ») achève de démontrer la belle ingéniosité de l’écrivain.
John Langan est décidément un brillant architecte littéraire qui continue de nous envoûter avec ses livres. Un récit brillant, qui refuse tout tempo cadencé et préfère la lente constriction à la rupture précipitée des cervicales de ses proies.16/03/2026 à 07:07 2
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Encore en vie
6/10 La jeune agente du FBI Faye Perez (elle n’a pas encore trente ans) a déjà une solide réputation de professionnelle dans son domaine, et on l’envoie dans les Bahamas en raison d’une série de crimes qui semble s’amorcer : c’est déjà la deuxième victime que l’on retrouve noyée, des traces de ligatures autour du cou. Devant faire équipe avec le collègue Xander Jackson, elle va se retrouver confrontée à un serial killer pour le moins résolu à mener sa quête et qui n’en a pas fini avec sa noria de corps de femmes abandonnés.
Une enquêteuse douée, adjointe à un agent un peu brut de décoffrage, un prédateur déterminé et dangereux, pour un ouvrage court, qui va à l’essentiel, et globalement satisfaisant. Certes, il y a les clichés du genre (le duo explosif avec de sacrées étincelles avant une véritable coopération, une héroïne avec ses déboires amoureux, hantée par sa petite sœur disparue et qui se manifeste sous des formes spectrales ou hallucinatoires) mais pour de la lecture distractive, ça fait le job. Point très positif : le tueur. Son mobile est vraiment original (bien vu, le coup de l’astronomie et de son usage), en plus de ne pas être, pour une fois, une bête psychopathe mais un être meurtri pour lequel le lecteur nourrira finalement une forme d’empathie. Bref, du plutôt bon. En revanche, un point problématique : le résumé nous vend une dénommée Lily Dawn… qui s’appelle ici Faye Perez (en VO, c’est bien Lily Dawn) ! Une erreur de traduction ? Un choix conscient et assumé ? Très étrange…15/03/2026 à 19:33 1
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Le jour du chasseur
6/10 L'héroïne s’est jurée de venger le meurtre de ses deux parents qui sont morts lors de l’assaut massif mené par un Predator. Depuis, elle sillonne l’espace et traque cette créature. Hantée par des cauchemars récurrents où sa famille est assassinée, elle va se faire chasseuse et le monstre va devenir sa proie.
Une relecture sympathique de la franchise. J’aurais préféré quelque chose plus en rapport avec le film originel – le seul qui en vaille véritablement la peine pour son côté primitif et, je dois humblement le reconnaître, la nostalgie qu’il suscite en moi. Néanmoins, c’est un pari plutôt réussi et bien mené. « Ça fait quinze ans que j’attends ce moment », crache-t-elle vers la fin de ce premier tome de la série : l’ensemble n’est pas follement original mais il a un indéniable côté distractif et régressif.15/03/2026 à 07:53 1
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Upgrade
8/10 Dans un futur proche, l’agent Logan Ramsey intervient au domicile d’un suspect et tombe sur une bombe d’un genre étrange qui explose. Peu de temps après les faits, il commence à manifester d’inquiétantes transformations : ce sont d’abord ses os qui deviennent plus épais avant que ses facultés cognitives ne soient à leur tour améliorées. Ce n’est qu’après sa capture puis son évasion qu’il va découvrir l’ampleur du complot mis à jour.
Blake Crouch a déjà séduit un large lectorat avec des ouvrages fort réussis comme Dark Matter, Récursion ou encore sa série Wayward Pines. Ici, il s’attaque au techno-thriller mettant en jeu la génétique, les enjeux liés au transhumanisme, et les dérives de la science en général. Le style de l’auteur est rapidement identifiable et apprécié : des phrases courtes qui claquent, des alinéas qui soulignent le dynamisme du récit, une belle documentation sur laquelle s’assoit cette narration prenante. Logan Ramsey discernera la gravité des événements liés à l’histoire de sa propre famille – sa mère et sa sœur y étant étroitement mêlées – et le tempo va aller crescendo jusqu’à l’assaut de ce building new-yorkais. Blake Crouch maîtrise son sujet, nous livre de belles scènes d’action parfaitement chorégraphiées où ses aptitudes intellectuelles et physiques vont s’illustrer dans le domaine du combat, du savoir et de la lecture du langage corporel. Néanmoins, certains passages paraissent un peu longs et téléphonés, comme si l’auteur avait cherché à cocher toutes les cases du blockbuster hollywoodien, quitte à opter pour les stéréotypes du genre.
Un thriller réussi et hautement énergique, installé sur de solides connaissances scientifiques, et qui saura régaler les amateurs du genre. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il s’agisse là d’une œuvre de pure fiction et non d’un roman prophétique.13/03/2026 à 08:04 2
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Code mortel
3/10 L’agent du FBI Daniel Walker doit enquêter sur une étrange affaire : un tueur en série cambriolant des musées américains et assassinant au passage des membres de la sécurité. Conscient qu’il doit comprendre le mobile de ce monstre – qui tient nécessairement à l’art –, il prend à ses côtés Remi Laurent, une professeure émérite en la matière. Tous deux vont devoir remonter la piste d’un mystérieux cryptex qui pourrait révéler un secret majeur.
Disons-le tout de suite : ce roman d’Ava Strong n’est guère emballant. Ava Strong a voulu sortir en partie de sa zone de confort pour mêler le traditionnel récit de tueur en série avec une histoire à la Dan Brown, mais la fusion n’a pas pris. Daniel Walker, en quadragénaire en surpoids, amateur de cheeseburgers dès le petit-déjeuner, ne convainc jamais avec sa belle érudition liée à des études supérieures. Dans le même temps, Remi Laurent n’est guère plus concluante, enquillant les clichés du genre comme s’ils étaient nécessaires, voire indispensables. Pire, le serial killer tient du copier-coller presque évident de Silas, le moine assassin du « Da Vinci Code », avec une spécificité qui m’a bien fait marrer : il est ventriloque (oui oui, comme je vous le dis…). Dans le même temps, je n’ai jamais cru un seul instant à cette poursuite, stéréotypée à l’extrême, et puisqu’il s’agit d’une série, ce premier opus n’offre guère de réponses décisives. Non, vraiment, je n’ai pas du tout accroché à ce roman un peu confus, bourré de fautes de français et invraisemblable.11/03/2026 à 19:30 1
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De pierre et de chair
7/10 Le corps d’Aurélie Dutroit, dix-sept ans, vient d’être découvert par une sportive. L’inspecteur Nathan Redlink et son équipe mènent l’enquête sur cette adolescente qui avait disparu et dont la dépouille présente une caractéristique stupéfiante : son cœur a été remplacé par une pierre. Les policiers vont alors s’intéresser à un trafic de drogue ainsi qu’à une famille dont plusieurs membres par le passé semblent avoir été victimes d’une malédiction létale.
Ce roman de Vanessa Trüb séduit dès les premiers paragraphes. L’autrice, qui est aussi une pasteure suisse, dispose d’une plume agréable qui sait dispenser de beaux moments d’humanité comme des passages très sombres sans jamais tomber dans une sinistre surenchère. En effet, la colonne vertébrale de ce récit tourne autour d’une famille particulièrement malsaine – le chapitre liminaire permet au lecteur de comprendre que les « porcs » décrits par l’écrivaine vont revenir au premier plan. Les personnages des policiers – de Nathan à Jacques en passant par Ajda – sont réussis et le format compact du livre comme de l’histoire est très appréciable. On regrette d’évidents écueils – l’intrigue autour des passeurs de drogue n’est qu’une digression et Vanessa Trüb reconnaît elle-même dans ses remerciements que « les descriptions des services de police […] ne reflètent guère la réalité », ce qui dessert la vraisemblance de l’ensemble. Néanmoins, le scénario est habile et cette vendetta qui se déploie sur plusieurs générations s’avère prenante.
Un roman de facture somme toute classique mais malin et bien construit.10/03/2026 à 06:48 3
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Obsessions
9/10 C’est à chaque fois le même rituel : le corps d’un homme est découvert, une main rabattue sur le cœur, un mouchoir dans l’autre, et un envoûtant parfum de jasmin planant sur la scène de crime. Le commandant de police Victor Dufresne sait que le tueur a un message à délivrer, des démons à éconduire et à vaincre. L’enquête va tourner à l’obsession.
Ce roman d’Emilie Chani impressionne dès les premiers chapitres : comment peut-on à la fois être aussi jeune et n’en être qu’à son premier ouvrage et disposer d’une plume si éclatante ? Les mots claquent, tous soigneusement choisis et ciselés, créant une atmosphère lourde d’angoisse et de sentiments ambivalents au gré d’un tempo cadencé. Les personnages palpitent d’humanité, de crédibilité, leurs failles en sont presque palpables sous les doigts du lecteur qui fait défiler ces pages d’une noirceur remarquable. Nina Fabre compose une protagoniste édifiante, brisée par une jeunesse soumise aux violences familiales et au harcèlement scolaire, tâchant par la suite de trouver l’élu de son cœur qui deviendra le bourreau de son corps. Parallèlement, le policier Dufresne est brillant dans ses profils psychologiques, meurtri par le décès de sa compagne Louisa lors d'un accident automobile et dont il porte encore le deuil. L’écrivaine a construit une intrigue de prime abord classique mais qui s’extrait sans mal de tout ce qui a déjà été précédemment écrit sur le sujet grâce aux ténèbres qui enveloppent ce récit, à l’indéniable talent de sa narration et à l’absence de tout temps mort. Les liens qui unissent Nina et Valentine sont équivoques, toxiques, et ce final dans un cimetière s’illustre par sa sobriété comme par son côté hautement symbolique.
Quelque part entre le roman à suspense et le noir, Emilie Chani impose sa présence au sein du paysage littéraire par ses aptitudes certaines à faire vivre ses personnages et à les laisser encore en vie dans l’âme de son lectorat une fois le livre achevé. Un ouvrage saisissant de maîtrise qui est également une sorte de plaidoyer féministe rédigé en lettres de feu.09/03/2026 à 06:39 3
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Wild Bill
Thierry Gloris, Jacques Lamontagne
8/10 Une fusillade sur un pont ferroviaire pour commencer ce deuxième tome, et j’ai trouvé que cette genèse de Martha Canary / Calamity Jane se mêlait bien à cette évocation de l’Ouest sauvage. La découverte finale d’une pépite d’or aiguise davantage mon appétit pour la suite.
08/03/2026 à 19:37 2
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La Plongée des roses
4/10 Tiffany Rivers travaille pour une compagnie d’assurances, et son rôle d’enquêtrice consiste à s’assurer que l’entreprise qui l’emploie n’a pas été victime d’escrocs. Après un dernier coup d’éclat, la voilà qui rejoint la ville de Milton Mills avec son adolescente de fille, Clara. Ce qui l’attend sur place s’avère bien plus terrible que ce à quoi elle avait jamais été confrontée : un tueur en série massacre des femmes en leur ôtant leur appareil reproducteur.
Ce roman de Pier Davi surprend dès les premiers paragraphes. Le rythme est très particulier, soumis à des sauts d’une ligne et des signes de ponctuation qui renseignent sur le ton du passage. C’est étonnant, très original également et l’on s’y fait vite. Le livre, assez court, n’est émaillé d’aucun temps mort, et l’on prend plaisir à découvrir des personnages hauts en couleur, du policier inspiré du lieutenant Columbo au beau pompier détective en passant par le légiste. Le final, volontairement en suspens, laisse nettement planer le doute quant à l’arrivée inattendue d’un personnage, Pier Davi annonçant déjà une prochaine aventure pour Tiffany. Néanmoins, ces qualités indéniables ne sauraient dissimuler des écueils fâcheux. Dans la forme, le lecteur en a les cornées qui se décollent après une telle avalanche de coquilles et de fautes grossières – quasiment une par page. A ce niveau-là, ça n’est plus de l’inadvertance mais bien du dilettantisme. En outre, même si de nombreuses scènes sont joliment écrites, le souhait de l’auteur de vouloir à tout prix travailler son texte rend certains dialogues complètement surjoués, théâtralisés au sens péjoratif du terme, et ces moments sonnent faux. Il y a également dans le dénouement des ficelles épaisses comme des câbles sous-marins, avec une superposition de clichés et de convergences qui, loin de tresser un maillage habile, entrelacent une série de banalités pour un résultat décevant.
Pier Davi n’a pas démérité avec ce roman à suspense, mais son récit aurait largement gagné à être relu et retravaillé pour le purger d’une présentation coupable d’amateurisme et de choix scénaristiques très en deçà de ce que l’on pouvait espérer.06/03/2026 à 07:04 2
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La Montagne de la mort
Lincoln Child, Douglas Preston
7/10 Deux excursionnistes découvrent par hasard des cadavres dans une grotte. Pensant d’abord qu’il s’agit de squelettes de Pueblos, le FBI mandate l’inspectrice Corrie Swanson afin de tirer cette histoire au clair. Mais les faits apparaissent vite différents de cette première hypothèse : il se pourrait que ces corps soient ceux, manquants, remontant à quinze ans auparavant, quand des alpinistes avaient brusquement quitté leur campement comme s’ils étaient sous le joug d’une menace effrayante. Aidée de son nouveau tuteur Sharp et de l’archéologue Nora Kelly, la jeune femme va devoir affronter un terrible secret.
Voici donc le quatrième opus de la série consacrée à Nora Kelly, avec aux plumes les écrivains aguerris que sont Douglas Preston et Lincoln Child. Le lecteur est immédiatement jeté dans l’histoire, et l’on retrouve avec délectation le savoir-faire de ces deux auteurs notamment réputés pour la saga mettant en scène Pendergast : les chapitres alternent avec maestria, le style est d’une fluidité exemplaire, certains moments sont particulièrement visuels. Comme il l’est expliqué en fin d’ouvrage, ce scénario s’inspire de l’Affaire du col Dyatlov à propos de laquelle Douglas Preston avait consacré un article qui aurait pu déboucher sur un film si l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’était pas intervenue à la même époque. Ce roman se lit très facilement, comporte ce qu’il faut de mystères et de réponses et préserve un beau suspense d’un bout à l’autre, même si quelques écueils font tiquer – comme la concomitance de deux événements bien trop inattendus pour être capables de se produire au même endroit et au même moment, ou encore des épisodes bien menés mais guère enthousiasmants, comme les démêlés juridiques de Skip.
Un thriller globalement réussi et efficace, qui offre sa dose de frissons et de tension.05/03/2026 à 06:44 1
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Dernier avertissement
9/10 Léo Garcia, jeune artiste, prend trop tard conscience de son erreur : il s’est laissé offrir une très belle somme par la critique d’art et collectionneuse Alexandria Zenatoff en échange de sa peinture intitulée « Dernier avertissement ». Cette œuvre, militante, contient les germes d’un virus qui est en train de détruire Kemokhobinsk, un village de Sibérie. Est-il déjà trop tard ?
Jean-Christophe Tixier signe ici un polar pour la jeunesse particulièrement fort. L’histoire intrigue et surprend, et se fonde sur un pitch très original : une œuvre d’art peut-elle se montrer engagée puis se montrer létale ? Le germe toxique, issu du permafrost et obtenu grâce à Marie, sa copine, est en effet exploité afin de dénoncer les risques liés au dérèglement climatique et attirer l’attention de tous sur les ravages d’une telle éventuelle catastrophe. Ce livre singulièrement court – une quarantaine de pages – s’illustre par sa concision et sa vélocité, d’autant que le message qu’il véhicule est brillant. Le suspense est solide, la réflexion qu’il engendrera dans l’esprit des jeunes auquel se destine cet ouvrage sera instructrice, et l’ensemble s’avère aussi nerveux que nécessaire, avec un titre hautement symbolique.
On ne peut donc que chaudement recommander ce roman de la taille d’une nouvelle, édifiant et atypique, dont on peut juste regretter la brièveté alors qu’il portait amplement en lui la possibilité d’en faire un opus bien plus long et ainsi percutant.04/03/2026 à 06:54 1
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Maintenant, cours
6/10 Il y a déjà deux femmes disparues dans le Kentucky quand l’agent du FBI Brynn Justice, analyste, est appelée à se rendre sur place. Aux côtés de l’agent spécial Derek Cole, elle va devoir affronter un tueur en série qui se prend pour Hadès et qui emporte ses proies dans des souterrains.
Un premier tome assez classique et qui fonctionne plutôt bien. Brynn Justice et son collègue ne fendent pas le moule des enquêteurs imaginés par Molly Black mais ce duo s’en sort correctement. L’histoire ne casse pas non plus des briques, néanmoins l’idée d’introduire cette série en lien avec la mythologie est intéressante. Il manque des détails dans le final quant à la psychologie de cet assassin qui a consacré son œuvre à ses Perséphone, mais ce roman concis demeure distrayant.03/03/2026 à 19:42
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Iris
8/10 « Tu es Iris, l’invaincue. Nous n’avons jamais perdu une bataille dans laquelle tu étais engagée » : elle va pourtant perdre son combat contre un colosse athénien, Elthios. Ostracisée de Sparte, elle vivote pendant un ans sur l’île d’Hydréa où elle n’est plus qu’une moins-que-rien jusqu’à ce qu’on lui fasse comprendre que son adversaire était en réalité Zeus. La voilà prête à se venger.
Un tome au graphisme remarquable et à l’intrigue à la fois singulière et soignée. Beaucoup de combats et de violences même si cette BD n’a rien d’un ouvrage bourrin : c’est au contraire un bel hommage à la mythologie tout en la relisant avec intelligence. La confrontation finale est peut-être un peu courte mais j’ai vraiment apprécié cette lecture.28/02/2026 à 08:03 2
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Blue Heaven tome 2
9/10 Le patriarche de la famille Junau revient sur le terrible incendie dont lui et son épouse ont été les victimes. Le rythme du récit s’accélère, la tête tranchée du capitaine est découverte, et la confrontation entre le psychopathe et Garuf Junau – qui en est également un – déclenche un sacré début des hostilités. Graphisme superbe, scénario singulier, récit haletant, de magnifiques instants de panique collective : un deuxième tome aussi puissant que cette série. Vivement le troisième et dernier tome !
26/02/2026 à 08:03 2
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Oseras-tu ?
4/10 Un troisième tome qui vient clore ce cycle premier, mais l’ensemble demeure assez mou et décevant : la révélation finale peut surprendre mais elle demeure une désillusion à mes yeux, d’autant qu’elle me paraît incomplète. Visiblement, la suite n’est pas parue, et le lecteur que je suis se retrouve du coup le bec dans de l’eau – et pas spécialement potable, cette eau, en plus. Globalement décevant, donc.
15/02/2026 à 07:57 1
