El Marco Modérateur

3812 votes

  • Date limite

    Duane Swierczynski

    9/10 Mickey Wade est un homme qui conclut sa trentaine sur une vie sans fadeur. Installé dans un quartier malsain de Philadelphie, cet ancien journaliste n’a pas vraiment d’avenir. Son grand-père vit dans un état végétatif, son père a été assassiné dans un bar, ça n’est donc pas sa famille qui pourra lui accorder de l’aide. Et c’est un curieux hasard qui lui fait prendre des pilules dont il se méprend sur les effets : il peut à présent voyager dans le passé ! Après les doutes, il comprend qu’il peut en tirer avantage et cheminer dans l’histoire de sa famille. Mais on ne peut ainsi circuler dans les événements antérieurs sans chambouler le cours de l’histoire.

    Après The Blonde et A toute allure, Duane Swierczynski s’essaie au roman fantastique tout en conservant une puissante fibre policière, et le résultat est détonnant. Il a remporté un Anthony Award pour cet ouvrage, et cette distinction est amplement méritée. Le sujet est archiconnu, rabâché au cinéma comme en littérature, et on voyait mal comment l’auteur allait pouvoir s’en sortir. Il y parvient largement grâce à une intrigue serrée, construite de manière diabolique, et une écriture excellente. Tous les personnages sont convaincants, les scènes se succèdent et en viennent à se superposer puisque, nécessairement, des interactions se produisent entre les deux époques. C’est alors un véritable régal que de suivre Mickey tenter de modifier le présent par ses actes effectués dans le passé, observer les répercussions, et essayer d’imaginer les incidences occasionnées par ses péripéties. On savoure alors cet enchevêtrement des cycles et la construction infernale du roman, car Duane Swierczynski a bâti une structure implacable où Mickey devient le propre jouet de ses agissements.

    Livre remarquable tant dans son intrigue que dans son traitement, ce Date limite s’apparente à un délicieux millefeuille dont on se délecte de chacune des tranches et strates, car son agencement en fait fatalement une pièce pluridimensionnelle. Un petit joyau.

    04/08/2014 à 14:19 3

  • La nuit de l'étrangleur

    Evelyne Jouve

    8/10 Romain a été obligé de déménager à Saint-Bajut avec sa famille, à cause de la promotion professionnelle de son père. Tout est à refaire pour lui : son entrée en cinquième, se refaire des amis, sa réputation… Un tueur en série sévit dans les parages. Sa méthode : étrangler ses victimes avec des ficelles rouges. Alors, en raison d’un geste mal interprété, Romain se croit obligé de dire qu’il connait l’identité de l’assassin. Pour se la jouer auprès de ses camarades. Pour devenir quelqu’un au sein de la bande. Mais jeter en pâture le nom d’un innocent n’est pas sans conséquences…

    Traductrice de profession, Evelyne Jouve débarque dans la littérature policière pour la jeunesse, et cette arrivée se fait de bien belle manière. Un peu plus long que les autres ouvrages de la collection « Heure noire », ce roman interpelle par l’intelligence de ses propos autant que le suspense qu’il distille. Des sentiments changeants interviennent chez le lecteur au gré des pages : l’envie de découvrir Romain, de l’empathie à son égard, de la colère et de l’indignation lorsqu’il jette l’opprobre sur un malheureux concitoyen pour dominer ses amis, etc. C’est vraiment avec pertinence et esprit qu’Evelyne Jouve a signé cet opus.

    La littérature jeunesse se particularise souvent par les messages qu’elle véhicule, à destination de son lectorat, et souvent d’ordre moral, social ou culturel. Sans que ces pensées deviennent pesantes ou scolaires, elles peuvent effectivement faire réfléchir, diriger ou susciter le débat. Ce livre est non seulement porteur d’une réflexion sur la portée de la parole donnée, mais constitue également un très agréable moment de suspense.

    04/08/2014 à 14:13

  • Le malheur est dans le blé

    Lucile Debaille

    5/10 Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, entend parler d’une sale histoire financière à Grenoble, dans laquelle trempe Rosy, une femme magnifique, vedette des journaux people. Son sang de céphalopode ne fait qu’un tour, et il décide de se rendre sur place pour tirer ça au clair.

    Deux-cent-quarantième enquête du Poulpe signée par Lucile Debaille, cet opus réunit les ingrédients qui plaisent aux fans de la série. Gabriel est toujours aussi attachant en fureteur décomplexé, prompt à démêler le vrai du faux à partir d’un simple fait divers, et perpétuellement en train de lutter contre les grandes injustices du monde. Le scénario est correct, plongeant cette fois notre détective dans les milieux obscurs de la finance, où nagent des personnages troubles. Certains passages, notamment lors des soirées sadomasochistes, sont assez croustillants. Cependant, on regrette que l’ensemble soit si convenu. Pas de grande envolée lyrique, de scène marquante, ni de réelle originalité dans le fond comme dans la forme. À part le rôle réel tenu par Rosy, toute l’histoire s’écoule, certes agréablement, mais sans réel émoi ni surprise.

    On achève donc ce roman avec un goût d’inachevé dans le palais. L’ouvrage est très honnête, remplissant sans mal le cahier des charges imposé, mais Lucile Debaille n’a malheureusement jamais réussi à hisser cette enquête au-dessus d’une imaginaire ligne de flottaison qui correspondrait à l’attente moyenne des lecteurs. C’est dommage.

    04/08/2014 à 14:11 2

  • le Diable incarné

    Carter Brown

    7/10 Un roman sacrément foutraque, ou comment une équipe de télévision mandatée par un magnat de l’aluminium sur une île esseulée ainsi que quelques autres individus deviennent la proie d’assassinats et d’événements étranges. Une référence directe aux Dix petits nègres d’Agatha Christie, et une faconde amusante de Carter Brown, plaisamment paillarde, avec pas mal d’humour et d’ironie. Un Larry Baker désopilant en scénariste de feuilletons assez perspicace mais trouillard, juste prêt à jouer aux héros contre la promesse d’une étreinte avec la très charnelle Wanda. Des explications un peu embrouillées selon moi sur la fin, mais l’histoire tient la route et permet de passer un agréable moment de distraction au gré d’un parler typique de celui des écrivains américains des années 1960 et 1970, décomplexé, libertin et cocasse.

    04/08/2014 à 08:55

  • Monsieur Meurtre

    Jean Vautrin

    7/10 Une histoire très prenante, entre démons intérieurs, volonté de rédemption et retour à une existence normale hors du milieu carcéral. Rien de bien nouveau du point de vue scénaristique, mais j’ai beaucoup aimé la plume de Jean Vautrin, ciselée et superbe.

    04/08/2014 à 08:52 4

  • Bunker menteur

    Olivier Douyère

    7/10 Une histoire classique et qui correspond parfaitement à l’esprit de la série. Néanmoins, la cavalcade albanaise est remarquable et fait froid dans le dos. Le style est excellent, mêlant action, noirceur et jeux de mots foireux. Un bien bon opus.

    26/07/2014 à 09:02 1

  • L'opus à l'oreille

    Olivier Balez

    4/10 Une fois n’est pas coutume, sous le format classique du roman, c’est une bande dessinée où s’étale cette enquête de Gabriel. Les traits sont concis, sombres et rapides, et une large place est faite à l’action. À côté de cela, l’histoire est bien pauvre et les rebondissements d’une rare fadeur. Si l’on excepte l’originalité de la forme, rien ne perdurera dans ma mémoire une fois l’ultime page tournée.

    26/07/2014 à 09:00 1

  • Le château de tous les dangers

    Philippe Barbeau, Roger Judenne

    7/10 Une histoire réussie, à la fois fort sympathique et inquiétante, car les deux auteurs savent mettre des mots justes sur les dérives et dangers des sectes. Une fin certes attendue, mais c’est un ouvrage pour la jeunesse.

    26/07/2014 à 08:59 1

  • Cauchemars en série

    R. L. Stine

    5/10 Un récit fidèle à l’esprit de l’auteur, avec les mêmes gimmicks et un univers typique. Mais l’histoire a tardé à vraiment démarrer à mon goût et la fin est très prévisible.

    26/07/2014 à 08:58

  • Le Magicien du pharaon

    Alain Grousset

    6/10 Un récit prenant et intéressant, qui saura divertir les jeunes lecteurs. Djar, en spécialiste des tours de magie et des énigmes faisant appel à la logique, attire la sympathie. Je suis juste un peu dubitatif quant à l’intrigue en elle-même, qui part parfois dans trop de directions et brasse les genres.

    11/07/2014 à 08:33

  • Que ta volonté soit faite

    Marin Ledun

    9/10 Une surprenante histoire de passion qui tourne à la tragédie. Un récit prenant et noir, où les amours désenchantées dépérissent jusqu’à ce que coule le sang. C’est terriblement crédible et humain, d’une grande densité, avec un final à la fois grandiose et sombre. Pour moi, une pièce maîtresse de la série.

    11/07/2014 à 08:32 5

  • Triste comme un enfant

    Michel Quint

    8/10 Une histoire simple et classique, tant dans la psychologie que le déroulé, mais attirante. Paradoxalement, c’est justement cette fin lapidaire et abrupte, véritable concentré de sentiments contraires, qui retient mon attention, et parachève ce récit de manière mémorable.

    30/06/2014 à 18:49 1

  • Angus

    Eric Corbeyran, Jef

    8/10 Des planches absolument magnifiques et une ambiance aussi noire que la période pendant laquelle se déroule cette histoire. L’aspect fantastique ne se dévoile que dans les ultimes pages. Mention particulière au scénario qui évite les angélismes traditionnels concernant ce conflit, avec des membres de l’IRA loin d’être des anges.

    30/06/2014 à 18:48

  • Lady Tara Cornwall

    Pascal Croci

    9/10 Une intrigue impeccable, nourrie de théâtre, avec de puissants accents shakespeariens. Les traits sont magnifiques, avec de larges planches et des illustrations somptueuses, à forte connotation gothique. Une lecture très prenante !

    30/06/2014 à 18:48

  • Boulevard du Midi

    Brigitte Aubert

    7/10 Une nouvelle fort sympathique, bien écrite et imaginée, avec quelques personnages croustillants même s’ils n’évitent pas certains clichés. La fin se laisse cependant facilement deviner à mon goût.

    30/06/2014 à 18:47

  • Hématomes

    Romain Slocombe

    6/10 Une histoire sobre et sombre. Des personnages un peu trop manichéens à mon goût pour être crédibles, d’où ce sentiment de ne jamais avoir totalement été embarqué. Dommage, car le personnage d’Anne, avec les références à l’artiste Marc Quinn, aurait pu emmener bien plus loin.

    30/06/2014 à 18:46

  • Vacances criminelles

    Alain Surget

    6/10 Quatre nouvelles autour du thème des vacances et avec le commissaire Cremer en personnage central. La première, « Le piège de Lacoste », est sympathique, sans plus. La deuxième intitulée « L’ange de la mort » est excellente, quelque part entre « Dix petits nègres » et les poupées gigognes. « Crime en réserve » est divertissante et maligne. La dernière, « Soleil brûlant », est intelligente, ou comment une victime croit commettre en retour un crime parfait, malgré quelques erreurs évidentes de sa part. Au final, un recueil un peu déséquilibré en terme de qualité, mais agréable à lire, et un clin d’œil appuyé et amusant à l’acteur Bruno Cremer dont use de manière transparente l’auteur pour camper son protagoniste.

    30/06/2014 à 18:46

  • Sans temps de latitude

    Francis Mizio

    3/10 Une intrigue assez foutraque, avec beaucoup d’éléments qui ne se relient qu’à la fin du roman. Même si tout y est rondement mené, je n’y ai jamais cru. Tout y est trop léger, et le ton badin côtoie trop souvent le burlesque, voire le grotesque, pour ne pas y sombrer.

    30/06/2014 à 18:45 3

  • Hostiles

    Franck Thilliez

    7/10 Une nouvelle maîtrisée à mon goût, avec en fait deux histoires qui s’entremêlent et dont la seconde n’apparaît en fait que dans les dernières lignes. Un peu mou par moments, mais l’ensemble est sympa même si cela peut sembler décevant lorsque l’on connaît le panache habituel de l’écrivain.

    30/06/2014 à 18:44 1

  • Retour au Magenta

    Marc Villard

    9/10 Il s’agit d’une compilation de vingt nouvelles de Marc Villard parue précédemment en 1998. Des trajectoires sombres et sanglantes dont on ne cesse de se délecter de l’écriture. Poésie et nébulosité. Lyrisme et argot. Lumière et ténèbres. Tout s’y mélange, s’entrecroise, s’entrechoque, se distord, pour des dénouements sauvages. La ligne directrice y est la femme, dans sa pluralité. Désirable, passionnante, ensorcelante ou sournoise, pour laquelle on tue, ou, paradoxalement, que l’on assassine par trop-plein d’amour. Dans ce recueil, les termes « espoir » et « avenir » n’y sont jamais imprimés autrement qu’avec du sang, aussi brûlant et sulfureux que la passion. Car, au-delà de cette quête perpétuelle du noir, Marc Villard ne dénigre pas la figure tutélaire féminine, bien au contraire. Il la magnifie de ses mots si personnels, soulignant les sentiments ambivalents, contradictoires et diaboliques qu’elle génère dans les cœurs et les esprits. Vingt récits tels un éblouissant bouquet de roses épineuses dont on ne peut mesurer la beauté qu’avec ce contrejour si particulier de la cruauté.

    16/06/2014 à 20:25