El Marco Modérateur

3870 votes

  • Un seul être vous manque

    Sonia Cadet

    7/10 Yves Baron n’est plus. Directeur d’une entreprise de construction à La Réunion, il vient d’être découvert mort par Augustine, la domestique, et son épouse Carole. Mais au gré des légitimes questions qui se posent après le décès d’un proche, des vérités dérangeantes vont apparaître.

    Cet ouvrage de Sonia Cadet a été récompensé par le prix 2019 du premier roman policier du festival de Beaune. D’entrée de jeu, la beauté de l’écriture séduit, envoûte : chaque mot est pesé, travaillé, poétique, et les formulations sont plus qu’attirantes. Indéniablement, cette écrivaine dispose d’une plume ravissante, et l’on ne peut que souhaiter, à l’avenir, un tel niveau d’élaboration littéraire. On s’intéresse rapidement aux divers membres de la famille Baron, notamment Anaïs, la fille, Antoine, le gendre, Carole, la veuve, et quelques autres personnages qui gravitent autour de cette dynastie. En introduisant Pierre, professeur de gestion quinquagénaire et ami de Carole, Sonia Cadet permet une immersion captivante dans le monde de l’entreprise, avec ses rivalités internes, ses méthodes parfois interlopes, et les tractations financières qui peuvent rapidement tourner à l’illégalité. Fort concis (environ deux cents dix pages), ce roman se laisse lire d’un bout à l’autre, sans le moindre temps mort, avec un intérêt entretenu par cette langue si belle employée par l’auteure, qui permet notamment de sonder en profondeur des psychologies denses et crédibles. Néanmoins, si l’on ôte cette belle enveloppe de mots délicieux, l’intrigue n’est, en soi, guère ensorcelante : certains ressorts, quoiqu’intelligemment exploités, sont assez courants, de même que l’identité du meurtrier ainsi que ses motivations ne surprendront pas, se laissant même deviner bien avant leur révélation.

    Un lapidaire opus centré sur le décès d’un chef de famille, donnant plus lieu à une étude de mœurs qu’à un réel suspense. Typiquement, le genre de livres dans l’air du temps, où les téléfilms et autres sagas familiales font florès. Il y manque cependant ce grain de folie, d’ivresse ou d’originalité pour emporter totalement l’adhésion du lectorat.

    05/09/2019 à 19:57 2

  • Sauf

    Hervé Commère

    7/10 Lorsqu’il avait six ans, Mat a vécu la disparition de ses parents, brûlés lors de l’incendie de leur manoir en Bretagne. Il est depuis propriétaire d’un dépôt-vente. Un jour, une inconnue vient déposer un album photo où il apparaît. Mais un détail va venir enrayer la perception du passé, un anodin anachronisme qui va l’obliger à plonger dans des secrets de sa propre famille.

    Hervé Commère, à qui l’on doit Les Ronds dans l’eau, Imagine le reste, Le deuxième homme ou encore Ce qu’il nous faut c’est un mort est revenu l’an passé avec cet ouvrage qui se dévore plus qu’il ne se lit. Un rythme trépidant, au fil de chapitres particulièrement courts, déroulant une intrigue complexe et sacrément échevelée. Narré à la première personne, l’histoire embarque dès les premières pages, et nous ne serions guère éloignés de la vérité en prétendant que chaque fin de chapitre se clôt sur un cliffhanger, obligeant le lecteur, avec avidité, à se ruer sur la suite pour satisfaire sa soif de suspense. D’entrée de jeu, les événements s’enchaînent : cambriolage, course-poursuite, un voleur qui est victime de deux balles (l’une tirée par un policier, la seconde d’origine inconnue), des révélations qui se succèdent à une cadence effrénée, etc. Un tempo particulièrement enlevé, tellement efficace qu’il en viendrait presque à donner des leçons à des références littéraires anglo-saxonnes et autres films. Cependant, ce qu’Hervé Commère obtient en puissance de percussion, il le perd un peu en crédibilité : les éclaircissements sont à ce point nombreux et féconds que l’on en vient parfois à douter de la vraisemblance globale du récit, tandis que certains personnages n’ont pas le temps d’être développés et en viennent à n’être que des spectres, éthérés et sans réelle densité. Mais l’exercice, pour les lecteurs amateurs de sensations fortes et d’intrigues vécues avec entrain, ne pourra que les charmer voire les hypnotiser.

    05/09/2019 à 19:52 8

  • L'Ange déchu

    Howard Fast

    8/10 David Stillman, trente-six ans, célibataire, expert commercial dans un building new-yorkais. Sa vie bascule en plusieurs étapes : quand il descend les marches de l’immeuble où il travaille, il fait la connaissance d’une ravissante inconnue qui disparaît aussitôt, avant de s’enfoncer vers des étages… qui n’existent pas. C’est également un dénommé Charles Calvin, travaillant pour la même compagnie où œuvre David, qui se suicide en se jetant du vingt-deuxième étage. Et si David était tout simplement en train de devenir fou, au sein d’une société pas très nette non plus ?

    Cet ouvrage de Howard Fast retient l’attention dès les premières pages. Datant de 1965, on se rend vite compte que l’écriture a vieilli, mais cette délicieuse touche surannée en vient presque à accroître la magie de la plume. On assiste à la lente déchéance de M. Stillman, sur qui le sort semble s’acharner : une mystérieuse femme qui semble en savoir beaucoup sur lui, des hommes dangereux qui le pourchassent, un détective privé qu’il engage mais qui en vient à douter de lui, un psychiatre qui met en relief une amnésie de trois ans chez notre héros, un suicide qui n’en est peut-être pas un, et un mystérieux brevet qu’il faut à tout prix récupérer. Les jalons de la normalité vont lentement s’abattre les uns après les autres pour notre protagoniste, au point qu’il va émettre de sérieux doutes quant à sa propre santé mentale. Complot ? Cauchemar ? Gigantesque farce ? D’autant qu’Howard Fast s’attarde avec bonheur sur certains travers de l’humanité, comme son indifférence à géométrie variable en fonction des individus concernés, sa course au profit, son péril d’autodestruction avec des armes sans cesse plus rugissantes et aberrantes, etc. L’écrivain, victime du maccarthysme et lauréat du Prix Staline international pour la paix en 1953 (devenu Prix Lénine après la déstalinisation, mais il y a tout de même des titres qui piquent sacrément les yeux en raison de leur nature oxymorique) lâche donc, en plein de beaux aphorismes, des sagaies intelligentes quant aux relations humaines et au sort du monde. L’intrigue, attirante, aboutit à une conclusion cohérente dans le dernier des vingt chapitres, mais qui n’étonnera cependant guère les amateurs éclairés de littérature policière. En revanche, c’est le côté satirique du contexte et agréablement désuet du style qui emportent l’adhésion du lecteur.

    Un ouvrage rare et précieux, intelligemment imaginé et construit, dont on aurait rêvé pouvoir en admirer une adaptation cinématographique, pour un exquis film noir à l’ancienne dont Hollywood avait le secret.

    05/09/2019 à 19:46 5

  • Cochons de parents

    Burt Hirschfeld

    7/10 … ou comment Charles Livingston, impresario dans le milieu du théâtre, et Floyd Breed, guide chasse et de pêche, en viennent à unir leurs forces tandis que se multiplient des meurtres perpétrés par de jeunes et mystérieux assassins, ces deux hommes pensant qu’il s’agit là de l’œuvre de… leurs enfants. Un synopsis alléchant – quoique trop tôt dévoilé, ce qui gâche un peu le suspense, et traité de manière sobre et alerte. La plume de Burt Hirschfeld est très plaisante à lire, glissant quelques passages humoristiques et légèrement crapuleuses, notamment lorsqu’il s’agit de Charles, toujours prompt à se laisser conquérir par de belles et jeunes naïades prêtes à tout pour s’assurer le maximum de chances d’une carrière artistique. Si l’idée de départ est vraiment bien trouvée, avec cette escouade, un peu dilettante certes, mais sacrément opiniâtre et mortelle, d’ados décidés à exterminer leurs propres géniteurs, il manque un je ne sais quoi à l’ouvrage pour emporter totalement mon adhésion. Peut-être est-ce le côté très concis du roman qui a muselé l’auteur et l’a empêché de développer la dimension psychologique des criminels, ce qui les a poussés à ainsi se lancer dans une croisade mortifère, ce qui a pu ainsi cristalliser tant de haine pour qu’ils se jettent à cœur perdu dans ces expéditions punitives.

    01/09/2019 à 08:53 2

  • Les Demoiselles de Concarneau

    Georges Simenon

    8/10 Cinquante francs. C’est à cause de ces cinquante francs que Jules Guérec a dépensés avec une femme aux amours tarifées et qui l’obsèdent qu’il ne fait pas attention au volant de son automobile, en rentrant chez lui à Concarneau, et qu’il heurte violemment le jeune Joseph Papin, qui en vient à décéder de ses blessures. Dès lors, Jules, jusqu’à présent muselé dans sa vie de tous les jours par ses deux sœurs (il en a une troisième, Marthe, mais cette dernière ne vit plus dans la maison familiale), en vient à vouloir se racheter auprès de la mère de sa victime et va tomber fou amoureux d’elle. On retrouve la verve propre à Georges Simenon, sèche et acide, où, sous des atours de prose simple, se dissimulent des sentiments acerbes, des envoûtements toxiques, des élans brutaux. Ici, c’est la ville e Concarneau qui sert de décor à ce drame familial, où la famille Guérec, riche et implantée, fait office de notables. Néanmoins, sous la férule de ses deux sœurs, castratrices et imposantes, Jules n’a jamais vraiment vécu, se voit imposer un décompte de l’argent qu’il emporte et dépense, ne s’est jamais marié malgré ses quarante ans. Jules en viendra à éprouver des sentiments très contradictoires suite à cet accident, involontaire et mortel : en proposant un emploi à l’oncle de sa victime, simple d’esprit, en ayant progressivement une inclination pour la mère de Joseph, mais ce penchant irraisonné va être contrecarré par l’une de ses sœurs, encore une fois. Un récit encore une fois très sombre, pensant, avec notamment des moments très courts et puissants, comme la réaction incroyable de Marie Papin à la proposition de Céline. Encore une fois, Georges Simenon s’illustre dans la peinture au vitriol de la société, de ses petites ignominies, et met en exergue des sentiments aussi ambivalents et hétérogènes que la culpabilité, la volonté de rédemption, l’amour dans des conditions si particulières, le poids de la famille, sans oublier une description sobre et très enrichissante du milieu de la pêche.

    01/09/2019 à 08:49 2

  • Pluto tome 2

    Naoki Urasawa

    8/10 J’ai retrouvé ce qui m’avait emballé dans le précédent opus : un graphisme magnifique, préservant une belle dose d’émotions poignantes, avec ici, amorcée dans le précédent tome de la série, l’arrivée du jeune Astro. Des scènes fortes : la découverte de la cave pleine de carcasses de robots (un incroyable charnier), des combats de robots façon catch, etc. Gesicht passe un peu en arrière-plan, et un peu moins d’action et de suspense que précédemment, mais cela demeure du manga de haut niveau.

    01/09/2019 à 08:48 1

  • Starving Anonymous tome 2

    Kazu Inabe, Yuu Kuraishi

    8/10 Le côté SF déjà bien entamé dans le précédent opus explose pleinement dans celui-ci, avec cette saleté de bestiole, pas loin de la mante religieuse du point de vue anatomique, et affamée de chair humaine. Un personnage de chasseur apparaît au sein de ce « berceau » dont on en apprend désormais un peu plus grâce à cet ancien ouvrier de cette ferme où trainent des déchets radioactifs. Toujours aussi fort, crade et addictif.

    01/09/2019 à 08:47 1

  • Manhole tome 2

    Tetsuya Tsutsui

    9/10 Un autre homme infecté sort d’un égout, porteur de cette filariose, qui se révèle être un ancien criminel, un kidnappeur et violeur pédophile. Toujours un graphisme remarquable, avec du gore joliment croqué, et des images fortes qui restent longtemps en tête (l’entrée des nettoyeurs dans l’appartement, ce pervers sexuel comme deuxième victime, les nuages de moustiques) tandis que cet opus se clôt sur la promesse d’une extension du complot par son instigateur, ce borgne si mystérieux. Encore un régal qui, bien subjectivement, m’a enchanté et me donne envie de foncer sur le troisième et dernier tome.

    01/09/2019 à 08:46 1

  • Doubt volume 2

    Yoshiki Tonogai

    6/10 Nos captifs poursuivent leur exploration du piège, dans une ambiance toujours aussi anxiogène et paranoïaque. Des scènes marquantes, très bien dessinées (comme cette simple main sortant des ténèbres ou cette autre tranchée) et un suspense habilement maintenu, mais je trouve les ressorts et les effets dramatiques peu originaux (sans dire qu’ils sont ordinaires ou insignifiants), prenant trop appui à mon goût sur ce que l’on a déjà pu voir au cinéma ou dans la littérature. Un petit manque d’âme, en somme.

    01/09/2019 à 08:45 1

  • Les Filles de Roanoke

    Amy Engel

    9/10 La mère de Lane, seize ans, vient de se donner la mort en se pendant. Elle est accueillie par ses deux grands-parents, Yates et Lillian, les parents de la défunte, dans leur domaine des Roanoke. Dix ans plus tard, Allegra, la cousine de Lane, disparaît. Ce n’est pas la première fois que les « filles de Roanoke » connaissent des fins tragiques. Mais peut-être est-ce l’enquête que va mener Lane qui permettra de refermer définitivement les plaies béantes de cette propriété.

    Ce deuxième roman d’Amy Engel, après The Book of Ivy, saisit littéralement à la gorge. Un ouvrage dur, éprouvant, aussi moite et irrespirable que ne l’est la canicule qui s’abat sur cette portion du Kansas. Une écriture élégante, féminine en diable, mettant habilement en valeur les sentiments de ses personnages, depuis les amours éconduites aux travers moraux, en passant par les troubles et parfois fracassantes spontanéités de l’adolescence. Le lecteur est immédiatement plongé dans ce bain délétère, avec le rappel par Allegra des diverses femmes ayant vécu une existence ayant mal fini : Jane, Sofia, Penelope, Eleanor, Camilla, Emmeline. Des trajectoires fracassées, brûlantes, dont on devine rapidement l’origine de l’horreur : Yates, le grand-père. En apparence, un bel homme, portant élégamment son âge, avec une réelle piété familiale toujours vissée aux lèvres, déclinée en belles paroles et propos presque dévots. Mais un monstre se cache sous cette enveloppe magnétique et envoûtante : un pervers sexuel, incestueux, ayant rendues enceintes ses filles et petites-filles. Dit ainsi, on touche indéniablement à l’immonde, à l’ignominie pure, d’autant que ses victimes, consentantes, étaient particulièrement jeunes au moment des actes, répétés. Et toute la force d’Amy Engel est justement de rendre cette bestialité sans la moindre surenchère, sans scène explicite. Lane, avec ses errances sexuelles avec tant d’autres hommes, retrouvera à Osage Flats Cooper, son amour de jeunesse, avec qui elle a tant partagé, et c’est en partie cette puissante inclination, presque animale, qui lui permettra de trouver la force d’affronter ses démons les plus intimes. Un récit particulièrement acide, toxique, saturé de ténèbres contagieuses, et paradoxalement peuplé de personnages humains, criants de vérité et de bonté, parmi lesquels on retiendra le portrait psychologique d’Allegra, jeune femme aux formes avantageuses, en plein désarroi, obsédée par ces mots qu’elle grave un peu partout et dont l’un d’entre eux mettra Lane sur la voie de la vérité. Car cette dernière n’est pas si évidente et prévisible que cela : un ultime rebondissement, saisissant, viendra clore ce roman sidérant de gravité.

    Un opus mordant, encensé à juste titre par L. S. Hilton, et qui n’est pas sans rappeler la plume et l’univers de Gillian Flynn. Une pépite de noirceur.

    17/08/2019 à 18:35 4

  • Projet Callidus

    Nikki Owen

    7/10 Le docteur Maria Martinez en vient à douter de tout, de tout le monde, et surtout d’elle-même. Captive, elle se découvre aux côtés d’une femme qu’elle ne connaît que trop bien. Le cauchemar continue. Sur elle et ses proches, plane un terrifiant complot, celui ourdi par une mystérieuse organisation appelée le « Projet ». Pour comprendre ce dont elle est victime, elle va devoir se jeter dans la gueule du loup.

    Après Sujet 375, Nikki Owen livre ici le deuxième opus de sa trilogie. Pour pouvoir bénéficier de tout le sel de la saga, il est d’ailleurs préférable de lire les ouvrages dans l’ordre, même si l’auteure égrène de nombreux éléments dès le début de ce livre pour prendre correctement le fil de l’intrigue. On retrouve donc le souffle si particulier de l’écrivaine et de son œuvre, où les cartes sont abattues avant d’être rebattues dans la foulée, au gré d’un rythme qui ne faiblit pas, et ce jusque dans les ultimes chapitres, avec une belle cascade de rebondissements. Maria, en autiste – plus précisément, soumise au syndrome d’Asperger, est très bien restituée, avec ses tics, sa façon si particulière de comprendre son environnement, et sa sociabilité très relative (à cet égard, les échanges avec Chris sont désopilants). Elle en viendra à faire couler le sang, souvent poussée par les événements et les situations, et à côtoyer des individus qui sauront l’aider dans sa tâche. Maria croisera ainsi un hacker très décontracté mais efficace, son frère Ramon, sa mère, etc. Un entrelacs de rapports souvent houleux, habilement noués grâce à des va-et-vient entre les deux moments-clefs du récit, avant et après l’incarcération. Le final viendra apporter de nombreuses réponses aux lecteurs, dans une ivresse de violences et de vérités, dont notre héroïne ne sortira pas indemne.

    Sans pour autant marquer durablement les esprits, renouveler le genre ou poser des personnages mémorables, Nikki Owen signe un livre très distractif, saturé d’incertitude, de paranoïa et de révélations quant au projet et au commerce dont Maria est le jouet.

    17/08/2019 à 18:33 2

  • Les cairns rouges

    Bruno Gazzotti, Fabien Vehlmann

    7/10 Yvan commence à recouvrer la mémoire tandis que le maître des couteaux réapparaît, et nos jeunes héros doivent essayer de récupérer un bébé abandonné aux mains de singes virulents. Pas mal d’action, une histoire que je ne m’imaginais pas trouver dans cet opus (mais peut-être est-ce aussi, malheureusement, parce que je ne parviens pas à trouver un fil directeur à l’histoire de cette série, mais plutôt une juxtaposition d’histoires sans réelle colonne vertébrale), et un final sacrément détonant, qui donne envie aussitôt de savoir ce qu’il en est réellement.

    17/08/2019 à 08:51 3

  • Le clan du requin

    Bruno Gazzotti, Fabien Vehlmann

    7/10 Un troisième opus qui commence par l’assaut d’une meute de chiens et la rencontre avec d’autres enfants rescapés, unis dans le « clan du requin ». Des touches d’humour, certes, comme avec le coup des toilettes ou des mariages aléatoires, mais surtout des références explicites (cf. les lectures de Saul) quant au nazisme, à la dictature, et à la nécessité pour un groupe, surtout en pleine anomie, de trouver à tout prix un leader. Le caractère plutôt enfantin de ces trois premiers tomes m’a empêché de voir venir le final de celui-ci, assez dur, même si tout est dans l’implicite. Comme pour les deux précédents opus : je ne suis pas vraiment enflammé par cette série, mais c’est indéniable, je me laisse gentiment prendre au jeu.

    17/08/2019 à 08:49 3

  • Perfect Crime tome 6

    Yuya Kanzaki, Arata Miyatsuki

    9/10 On suit l’inspecteur Tada suite à sa confrontation avec Usobuki, le policier devant le jouet d’une vengeance à assouvir afin d’assassiner le tueur à gages, tandis que l’on s’intéresse également à une famille en apparence parfaite. Franchement réussi, ce morceau sur trois épisodes, puisqu’il vient nourrir la série tout en introduisant une autre affaire. Puis une affaire d’adultère avec un de ces rebondissements très intéressants auxquels la saga s’habitue, en plus de ménager des scènes fortes (ah, le coup de la statue…). Une histoire dans le milieu du volley, où un coach est victime de ses joueurs : toujours aussi habile. Enfin, une famille dans le père a fait une attaque cérébrale devient l’enjeu d’une lutte entre Usobuki et Tada : un excellent moment !

    17/08/2019 à 08:48 1

  • Prison School 003

    Akira Hiramoto

    5/10 Le plan d’évasion vient d’être contrecarré, mais l’un des prisonniers décide de devenir (en apparence) une fille afin de pouvoir s’échapper malgré tout. Si l’intrigue commence enfin à prendre ses marques à mes yeux, cela demeure beaucoup trop caca/nichons pour m’emporter ni même ne serait-ce qu’emporter le minimum de mon adhésion. Je vais continuer encore deux ou trois opus, je pense, histoire de ne rien regretter, mais pour le moment, pour moi, ce n’est vraiment pas ma came.

    17/08/2019 à 08:47 1

  • Graine de cimetière

    Day Keene

    6/10 … ou comment Ad Connors, écrivaillon à la dérive, en vient à tomber sur le grand amour, puis risquer sa vie et être accusé de plusieurs meurtres, tout ça parce qu’il aura voulu porter secours à la jeune et belle Eleana. Elle a un léger accrochage avec la voiture du général Esteban, et quand ce dernier se montre trop entreprenant dans une chambre d’hôtel, c’est ce brave Ad qui intervient… et tue le militaire. Puis c’est un attorney dont on lui fait porter la culpabilité de l’assassinat. Entre Ad et Eleana, une belle idylle, fiévreuse, brutale, mais éphémère, avant qu’elle ne rejoigne sa famille, à Blue Mound, Missouri, pour épouser un Lautenbach et ainsi s’assurer un confortable train de vie. Reviendra alors de plein fouet une histoire de famille, où le père d’Eleana a disparu depuis fort longtemps. Une écriture sympathique, parfois humoristique (particulièrement dans certains dialogues, ou comme dans ce clin d’œil où le shérif s’appelle… Jim Thompson), parfois ampoulée, mais on se laisse sans mal emporter par la plume de Day Keene. Ad est un personnage agréable, écrivain un peu paumé, qui a refusé d’écrire des histoires pour des magazines afin de se consacrer à une plus imposante histoire… qui ne vient pas. Eleana est pétillante, jeune et désirable, et Day Keene sait rendre palpable ce désir qu’elle suscite. S’il s’agit d’un roman plaisant à lire, l’histoire ne m’a pas beaucoup convaincu. Un peu trop capillotractée et embrouillée, avec un père démissionnaire, un départ précipité, un cirque, un adultère, un retour, trois morts, etc. Tout ça m’a semblé à la fois un peu brouillon, confus, et manquer de cohérence, voire d’harmonie. Et le final, sans grand panache, ne m’a pas plus séduit, puisque c’en était presque une conclusion de whodunit alors que le reste de l’ouvrage était du pur roman noir, sans compter le fait que cet épilogue est à la fois fort classique, sans frisson réel, et ne vient pas apporter cette note de folie ou cette poussée de tension que j’ai désespérément attendue tout au long de l’opus. Bref, un livre sympa, mais ni renversant ni très crédible non plus, où Day Keene, malgré un talent de narration indéniable, en vient à jouer une partition de façon trop scolaire et indolente.

    17/08/2019 à 08:44 1

  • Starving Anonymous tome 1

    Kazu Inabe, Yuu Kuraishi

    8/10 … ou comment des jeunes gens, pris au piège d’un car dans lequel a été diffusé un gaz soporifique, se retrouvent dans une usine où l’on traite les êtres humains de façon… très spéciale. En fait, il s’agit d’un élevage où les hommes et femmes sont gavés via des tuyaux reliés au plafond et les remplissant, comme des canards, pour être engraissés. Si je n’ai pas été happé, dès les premières pages, par un graphisme que j’ai trouvé un peu plan-plan, par la suite, ça s’améliore très nettement, avec cette ambiance anxiogène et parfois assez gore (notamment lorsque survient cette espèce de tentacule qui lacère les individus et la monstruosité qui le possède). Un mix très surprenant et efficace de « Soleil vert », de survie, et d’« Alien », avec des moments sacrément gores, notamment lorsque la bestiole s’en prend aux ouvriers. Très curieux de voir comment va évoluer cette série, mais j’adore.

    17/08/2019 à 08:43 1

  • Trouble passager

    David Coulon

    8/10 Rémi Hutchinson est enseignant et tente d’écrire un best-seller. Son premier ouvrage n’a guère reçu le succès attendu. Sa fille, Mélissa, a été enlevée il y a quelques années. Une tragédie qui a brisé Rémi. Et c’est une série de coïncidences et d’événements incalculés qui vont le mener entre les griffes d’une adolescente de quinze ans, Monica, bien décidée à lui faire payer les horreurs que lui ont fait subir d’autres hommes.

    Voilà un roman noir d’une singulière portée. David Coulon maîtrise son récit et nous offre une sublime – et ignoble – toile d’araignée littéraire. Un entrelacs de fils invisibles et néanmoins mortels, dans lesquels tombent des victimes et bourreaux, tandis que, dans l’ombre, patiente la bestiole, redoutable et déterminée, prête à planter ses chélicères dans sa proie. Une écriture haletante, où l’on remarque sans mal cette propension chez l’auteur à user des alinéas et des phrases nominales, pour mieux faire éclater la violence des émotions, le choc des situations, l’impact des maux. Le lecteur tremblera face au sort réservé à Rémi, innocent individu lambda projeté dans les rets de cette gamine qui, de gibier, est devenue chasseuse. Des mots habiles, secs et vivaces, pour restituer l’ignominie de l’inceste, de la pédophilie, des viols collectifs, sans jamais que ces crimes ne soient décrits avec crudité, voyeurisme ou pléthore de détails : David Coulon ne fait ici que survoler la surface de ces eaux boueuses et nauséabondes, sans jamais tomber dans le travers de la surenchère dégueulasse. Et puis, il y a ces rebondissements, nombreux et déstabilisants : des passés qui émergent, des enfances souillées qui ont contrarié la trajectoire attendue des existences, et des êtres qui reproduisent les barbaries dont ils ont été les martyres, ad nauseam, s’inscrivant dans un cercle terriblement vicieux.

    Un récit court et puissant, qui fore autant les tripes que les âmes, et qui continuera de hanter le lecteur bien après la dernière page tournée, avec son cortège sinistre d’hommes portant des masques vénitiens et autres voitures bleues.

    08/08/2019 à 13:57 3

  • La mort était servie à l'heure

    Jack Narval

    8/10 Rustington, West Sussex. Un village connu pour son niveau de vie relativement élevé et ses habitants dont la moyenne d’âge est plutôt haute. Peter Chapman, un voleur spécialisé dans les bibelots et autres antiquités, doit quitter son fief parce qu’il a dérobé à un mystérieux « colonel » un objet mystérieux et gagner cette petite cité. Sans le savoir, parce qu’il est toujours attiré par les biens d’autrui, il s’en va cambrioler la demeure de Maggy et de Robert Spencer, un couple âgé aux atours fort innocents. Sauf que ces gens-là participent au programme « Neighbourhood Watch », l’équivalent britannique de « Voisins vigilants » … avec zèle, au point d’avoir déjà fait passer de vie à trépas nombre de voleurs, avec gourmandise et nombre de tortures à la clef. Kate, la sœur de Peter, saura-t-elle le retrouver à temps avant qu’il ne périsse des mains de ses geôliers ?

    Jack Narval exploite avec beaucoup d’intelligence et de malice le thème de l’autodéfense pour nous livrer cet opus à l’ambiance si délicieusement anglaise. Dans la mesure où l’auteur demeure outre-Manche, il connaît bien le pays, ses us et coutumes, et nous régale de détails croustillants et intéressants avec des notes de bas de page. Dans un style épuré, calme et que ne renieraient certainement pas les auteurs anglo-saxons, il nous offre le portrait à la fois enthousiasmant et dérangeant de ce duo de retraités et de leurs comparses, tout aussi âgés, qui prennent plaisir à piéger les malfaiteurs qui ont osé pénétrer dans leur demeure avant de leur faire subir de multiples tourments. A cet égard, les premières pages, où l’on voit un intrus subir la justice privée de nos deux barjos avant que ses chairs ne soient distribuées aux mouettes, sont, à leur façon, savoureuses. Dans le même temps, Kate va devoir retrouver la trace de son frère, affronter l’étrange manège de ces retraités – juges – jurés – bourreaux et essayer d’échapper aux griffes de Mike et Tony, les hommes de main de cet individu surnommé « colonel ». Une écriture sage et so british, qui met en valeur la crédibilité du récit, les interactions entre les personnages, et cette mécanique scénaristique si bien huilée qui s’apparente beaucoup à celle de Patrick S. Vast. Quatre cents pages serrées, parfaitement plausibles et efficaces, avec quelques scènes très marquantes, habilement construites et judicieusement visuelles, comme le passage des divers importuns dans le conduit spécialement construit à leur attention, ou lorsque Kate, pour se protéger de ce que ces dangereux vieillards s’apprêtent à lui faire endurer, reste au téléphone avec son amie Martha. Même si on aurait peut-être aimé davantage de densité psychologique chez ces tortionnaires déjantés (avec, par exemple, un approfondissement des raisons de leur comportement), on apprécie intégralement ce roman original et prenant, qui pousse le vice jusqu’à offrir un ultime rebondissement, particulièrement inattendu, dans l’avant-dernier paragraphe. Une réussite littéraire indéniable de la part de Jack Narval !

    08/08/2019 à 13:54 3

  • Le Fou de Bergerac

    Georges Simenon

    7/10 … ou comment notre commissaire Maigret, par le plus grand des hasards, en vient à pourchasser l’inconnu avec lequel il partage un compartiment nuit dans un train, descendu au beau milieu du voyage et l’ayant blessé à l’épaule d’une balle. Notre policier va vite se rendre compte que la ville de Bergerac, en Dordogne, où il est hospitalisé puis logé à l’hôtel, connaît une vague de terreur suite à des meurtres perpétrés par un « fou ». Toujours, la magie opère. La plume de Georges Simenon est brillante, sèche, dans la retenue, et pourtant, flagrant paradoxe, cette austérité dans la forme exsude une profonde richesse dans le fond. Portraits au vitriol, fines déductions, psychologie pertinente, un véritable banquet littéraire. Pas mal d’éléments intéressants dans cette enquête, comme le rôle important de son épouse qui va grandement l’aider dans son investigation, en étant non seulement ses yeux, ses jambes et ses bras puisqu’il est alité, mais aussi par ses raisonnements et son bon sens. Jules Maigret va d’ailleurs déployer un large éventail d’attitudes, de la bonhommie à l’ironie en passant par l’exaspération voire la colère. En outre, Maigret comprendra tout en restant dans sa chambre d’hôpital puis d’hôtel, dans la tradition du « armchair detective », avec beaucoup de finesse, d’opiniâtreté et d’intelligence. Un récit daté (1932) avec quelques égarements parfois misogynes et antisémites (sur la tendresse plantaire des Juifs, même si Maigret s’en défend dans la foulée dans un ricanement allègre), mais dont le style ne m’a pas décontenancé. Une histoire complexe (un peu trop, même, à mes yeux, au point de la rendre un peu capillotractée), riche, remontant dans le passé, puisant même outre-Atlantique ses racines, avec un final très particulier quant à la démesure que peut entraîner l’amour fou. J’ai été également surpris, moi qui me souvenais de l’adaptation avec Bruno Cremer sous le titre « Le Fou de Sainte-Clothilde », parce que cette transposition télévisuelle est très lointaine du roman, au moins dans sa résolution et les motivations du tueur, mais peut-être est-ce que je me trompe, il faudra que je la revoie dès que possible afin de confirmer ou d’infirmer ce point. Au moins, comme dans « Maigret se trompe », cela m’a permis de ne pas m’attendre du tout à la solution dans la mesure où j’en avais une autre en tête. Bref, une nouvelle réussite pour Georges Simenon et son enquêteur fétiche.

    08/08/2019 à 08:45 3