JohnSteed

840 votes

  • Maudite soit la guerre

    Gwenaël Bulteau

    8/10 Paris, janvier 1917. Le corps sans vie d’un homme, un certain Ménard, est retrouvé dans son appartement, abattu d’une balle, assis dans son fauteuil, pipe dans une main, boîte d’allumettes dans l’autre, une véritable mise en scène.

    Soubielle, du Quai des Orfèvres, est chargé de l’enquête. Ce Ménard, sensé travailler dans une usine d’armement, est inconnu du personnel. Un traître, un espion à la solde des Allemands ?

    Pendant ce temps, les poilus en permission profitent de Paris et de leur marraine de guerre. Jean-Jo est rentré du front chez lui pour quelques jours. Sa fille, Jeanne, voit cela d’un très mauvais œil. D’autant qu’il a embarqué chez eux un camarade ramassé dans la rue. Jeanne aspire à devenir une grande actrice dans le milieu théâtrale. Son petit ami, Maxence, attend la conscription pour aller au front et faire son devoir. En attendant, avec son pote Octavio, c’est combine, magouille et petits larcins.

    La mère de Maxence, Alice, seul au foyer, travaille dans une usine d’armement. Maxence l’a surpris à enlacer Tassin, un ami de son père, qui lui se bat au front. De quoi le révolter…

    Gwenaël Bulteau multiplie les personnages, qui ont tous un lien dans cette aventure policière très bien orchestrée et dans un cadre historique bien détaillé. Le lecteur ressent bien cette atmosphère d’un Paris éloigné de la guerre, et qui regarde les soldats permissionnaires comme des étrangers. Un Paris qui subit le quotidien d’une guerre que les habitants ne veulent pas voir. Maudite soit la guerre propose une enquête où la menace de l’espionnage et du sabotage est quotidienne.

    Gwenaël Bulteau montre encore une fois son talent d’écrivain et de créateur de suspense.

    hier à 15:22 3

  • Sable Mouvant

    Henning Mankell

    8/10 L’annonce de sa maladie fut une nouvelle qui a profondément bouleversé Henning Mankell. Ce cancer l’a questionné sur l’existence et sur sa propre vie. L’occasion pour lui de faire le point sur les évènements qui ont marqué son parcours, ses souvenirs les plus profonds et de faire part de ses réflexions, de ses pensées profondes voire fondements de l’Homme.

    Si le thème cher à l’auteur suédois de l’écologie est au cœur de ses écrits (notamment, les incidences millénaires sur les générations futures de l’enfouissement dans son pays des déchets nucléaires), le lecteur que je suis a pu découvrir parsemés ici et là quelques éléments de sa vie (exemple, l’abandon de ses études, sa vie parisienne, son amour pour le théâtre et l’Afrique,…).

    Sable mouvant, (titre évocateur sur le sentiment de l’auteur qui l’a mis face à la Mort, elle qui prend le contrôle de notre Être) n’est pas une biographie mais, comme il l’écrit, propose des fragments qu’il a pioché dans son existence, et qui ont fait de lui Henning Mankell.
    C’est touchant et émouvant voire, pour moi, instructif, quand l’auteur explique l’origine du tableau Le Radeau de la Méduse, ou bien Le concile cadavérique de Laurens, nous fait découvrir la préhistorique marionnette de Brno, l’église ensablée de Skagen,…

    Un livre d’une écriture profondément sensible d’un des mes auteurs préférés. Sable mouvant n’est pas réservé qu’aux connaisseurs de l’auteur mais peut être une porte ouverte vers la magnifique œuvre d’Henning Mankell.

    21/09/2026 à 12:10 1

  • Au coeur des ombres

    Liam Higginson

    9/10 Carwyn et Rhian, un couple de fermiers proches de la retraite, tentent tant bien que mal de vivre de leur élevage de moutons, dans les montagnes du Pays de Galles. Ce couple uni, rempli de bienveillance et d’amour, l’un pour l’autre, va sombrer dans les tourments d’un drame sans fond.

    Carwyn porte secours à un couple de randonneurs égarés dont la femme s’est foulé la cheville, son pied étant coincé dans un trou dans un coin isolé et reculé du domaine agricole. Carwyn, intrigué par cette cavité, creuse et tombe sur une tête sculptée en pierre. Cette tête le fascine, voire l’envoûte. S’il y voit une occasion de se faire de l’argent, le couple accumulant les factures impayées étant victime des huissiers, Carwyn pense que le site regorge de trésors cachés, issus des ancêtres gallois.

    Carwyn qui porte haut les valeurs et les origines galloises se consacrent à ses fouilles…de manière quasi obsessionnelle.

    Au cœur des ombres est un roman dont la tension progresse au fil des pages. On ne soupçonne pas, au début de la lecture, avoir une telle fin. On découvre le couple, Carwyn et Rhian, auquel on s’attache et leur histoire. On s’interroge sur les événements troublants qui arrivent et dont le couple est victime. On est face à des faits mystérieux dont on n’a pas d’explication, le tout dans un cadre aussi idyllique que tragique, ces montagnes hostiles, cette ferme isolée, loin de tout et de tout le monde.

    Liam Higginson, à l’image du Horla de Maupassant, a su insuffler progressivement une ambiance angoissante dans cette histoire qui devient, au fil des pages, de plus en plus intrigante, mystérieuse, envoûtante et effrayante

    21/09/2026 à 10:40 2

  • Week-end à Zuydcoote

    Robert Merle

    8/10 Robert Merle met d’entrée de jeu son lecteur dans l’ambiance de la débâcle. Des files de voitures abandonnées. Un soldat qui pousse une charrette avec le cadavre d’une femme. Des gradés français qui tentent de forcer le passage. Des invectives entre les protagonistes. Et le jeune Julien Maillat, soldat français qui regarde ces échanges. Maillat est spectateur. Spectateur de cette drôle de guerre. De cette fuite des soldats anglais qui attendent, sous la mitraille, que les bateaux venus d’Angleterre, viennent les ramener au pays. Et les soldats français se retrouvent dans des camps de fortune sur les plages, un peu livrés à eux-mêmes. Maillat, Dhéry, Pierson et Alexandre vivotent ou survivent, un camp sanitaire où il pique un peu de vin, des conserves,…

    Durant 4 demi-journées, du samedi matin au dimanche après-midi, Robert Merle nous fait vivre la vie de ce petit groupe de soldats, avec leurs interrogations, leurs cohabitations avec la population locale et notamment la jeune Jeanne que Maillat sauve d’un viol.

    J’ai été impressionné par la qualité de l’écriture et la maitrise des personnages et du cadre. J’ai de suite pensé à Steinbeck quand j’ai lu les toute premières pages. On ressent l’angoisse et la tension comme l’incompréhension de ces soldats quasi abandonnés à leur triste sort, dont la mort est devenue sinon une partenaire du moins une fatalité.

    15/09/2026 à 17:14 1

  • La Porte du large

    Pierre Boileau, Thomas Narcejac

    7/10 Quand Méribel se suicide, Saivre y voit une opportunité pour prendre son identité. Les deux hommes se connaissaient bien, d’une part, parce qu’ils étaient beaux-frères, et, d’autre part, parce qu’ils étaient associés dans une affaire immobilière. Et c’est parce qu’il a détourné une grosse somme d’argent, et que Maupré a décidé de la faire chanter, que Méribel a décidé de mettre fin à ses jours.

    Liberté. C’est parce qu’il voulait plus que tout vivre libre, et se sentir vivre pour une fois que Saivre a décidé de prendre l’identité du mort.
    Il a bien conscience que cette idée est absurde. Car, même si le mort est défiguré, la police va découvrir très vite la supercherie. Et, car c’est se désigner de fait coupable, coupable d’une mort dont il n’est absolument pas l’auteur. Prenant ce risque, Saivre se cache à La Porte du large, complexe immobilier vers La Baule dont il a été l’investisseur. Mais, cloitré dans un appartement, il ne pourra que constater qu’il va devenir victime d’un surprenant et inattendu coup monté.

    Duperie, manigance, meurtres,… le duo français n’épargne pas le lecteur dans cette histoire sombre d’usurpation d’identité. Un petit polar sans prétention qui apporte son petit lot de mystère, de tension et de surprises. Un roman méconnu mais intéressant de Boileau-Narcejac.

    09/09/2026 à 12:07 1

  • Les Noces de Poitiers

    Georges Simenon

    8/10 C’est peu dire qu’il a expédié ses noces avec la très jeune Linette. Il faut souligner que Gérard Auvinet, à peine 20 ans, ayant arrêté sa scolarité en Troisième suite au décès de son père, voulait prendre le dernier train du soir pour aller au plus vite à Paris. Paris, et son espoir de carrière. Paris, et le rêve d’une nouvelle vie et la perspective de fortune.

    Gérard a menti à ses proches : sur les raisons de ce mariage précipité ; sur son futur employeur et son prochain salaire. Car Gérard ne va pas être le secrétaire de l’écrivain Jean Sabin, mais plutôt être le larbin d’une obscure Ligue patriotique française. Mais en lieu et place de la fortune, Gérard et Linette vont se trouver en galère…

    Gérard est un éternel gamin, rempli de rêves, d’illusions, d’envie. Les Noces de Poitiers est, toute comparaison gardée, Les Illusions perdues de Simenon, Gérard étant Lucien de Rubempré, où il va apprendre à ses dépens qu’à Paris, il convient de paraître pour exister et faire carrière.
    Simenon a mis dans ce roman d’apprentissage son expérience de jeunesse. Un roman psychologique court mais très instructif.

    09/09/2026 à 11:08 1

  • Iacobus

    Matilde Asensi

    8/10 Après avoir quitté son île, Rhodes, après y avoir vécu plusieurs années, le Chevalier Galceran de Born se réfugie dans le monastère de Ponç de Riba. Membre de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (aussi appelé ordre des Hospitaliers), il a pour tâche d’y rencontrer une personnalité importante devant lui donner une mission des plus importantes. Occupant son temps entre prières, études et « actes de médecine », le « Perquisitor » est un homme sage, pieux et cultivé. Ce sont ces qualités que le Pape Jean XXII souhaite mettre en exergue en lui confiant la lourde tâche de connaître les vraies causes de la mort de chevaliers et de trouver l’or des Templiers. Ce qui est en jeu c’est le pouvoir et la richesse de l’Eglise.

    Galceran de Born va devoir déployer tous ses talents de Perquisitor pour trouver les réponses à ces exigences papales et parcourir différents territoires voire emprunter le mythique Chemin de Compostelle.

    Plus qu’un roman d’un voyage en quête de l’or des Templiers, c’est aussi une rencontre humaine entre le Perquisitor, son fils et Sara, la remise en cause de la foi, la découverte de l’Amour de l’homme, en somme une quête de soi. C’est également la connaissance d’une période de l’histoire (le XIVème siècle) emprunte de mysticisme et d’ésotérisme et du poids de la Religion, pouvoir quasi inébranlable à la puissance absolue, prête à tout pour arriver à ses desseins.

    Le lecteur est happé par cette histoire, où il pourra y déceler ici et là un peu d’Indiana Jones, un peu de L’Apothicaire de Loevenbruck, voire du Nom de la Rose, le tout dans un rythme qui laisse peu de temps pour reprendre son souffle. Un livre qui tient en haleine pour une enquête historique très intéressante.

    07/09/2026 à 13:41 2

  • Gravé dans le sable

    Michel Bussi

    8/10 Malgré une semi-déception après avoir lu Nymphéas noirs, je continue de plonger dans l’œuvre de Michel Bussi.

    Et c’est donc avec Gravé dans le sable que j’ai décidé de donner une seconde chance à l’auteur français. Ce choix n’a pas été motivé par l’ordre d’écriture mais par le contexte historique. Le Débarquement et le courage de ces soldats américains, dont la témérité fut d’autant plus héroïque qu’ils sacrifiaient leur jeunesse et leur innocence pour des gens et un pays qu’ils ne connaissaient même pas.

    Le sujet de ce livre, la croisade de deux femmes, pour faire reconnaître le sacrifice d’un soldat, Lucky, ayant échangé son ordre de passage lors du Débarquement avec un fils de bonne et riche famille en contrepartie d’une énorme somme d’argent était attrayant. Même si au cours du livre, il y a des passages un trop sentimentaux voire mièvres (le privé Nick, notamment), et, ce que je déplore à chaque fois, des aveux un peu trop aisément racontés, Gravé dans le sable a su me captiver et me convaincre de continuer à lire Bussi.

    04/09/2026 à 10:58 1

  • Les Larmes du Reich

    François Médéline

    9/10 Si j’ai fait partie des quelques déçus du précédent livre de l’auteur, La Sacrifiée du Vercors, je dois avouer d’emblée qu’avec Les Larmes du Reich, François Médéline m’a conquis. Autant j’avais regretté le style saccadé et l’absence de surprise dans l’histoire, autant ici, je n’ai rien à critiquer aussi bien sur le style que sur l’histoire remplie d’étonnements et de tension.

    Si le départ de l’intrigue semble classique (une enquête sur l’enlèvement d’une jeune fille après l’assassinat des parents), l’auteur ne ménage pas les surprises en suivant les investigations menées par l’inspecteur Michel, tout droit venu de Lyon, à bicyclette sur les lieux du drame. Si nous sommes en 1951, dans la Drôme, les réminiscences de la 2nde Guerre mondiale se font toujours sentir. On parle encore peu dans les campagnes de cette Guerre qui a laissé d’énormes blessures dans la population. L’Histoire a laissé son empreinte dans les familles. L’inspecteur Michel saura faire parler les plus réticents et par lui, le lecteur découvrira ce que certaines personnes peuvent faire pour survivre et d’autres pour retrouver les personnes aimées.

    03/09/2026 à 14:18

  • La Lune dans le caniveau

    David Goodis

    7/10 William Kerrigan est un homme abattu et en colère. Abattu par le suicide de sa sœur, Catherine, qui s’est tranché la gorge dans une ruelle de Vernon Street. En colère contre lui-même, car il n’a pas pu empêcher la mort de sa sœur. Et ce sentiment de culpabilité va ronger Kerrigan. Lui docker il va arpenter les bars pour chercher désespérément celui qui a violé Catherine, le viol étant la raison de son suicide. Il va se détruire, et chercher toute forme de violence comme une sorte d’auto-punition extrême…

    J’avais délaissé David Goodis depuis plusieurs années et La Lune dans le caniveau ne m’a pas procuré beaucoup de plaisir. Je n’ai pas eu beaucoup de compassion pour ces personnages, ni pour cette histoire. Par contre, l’auteur américain décrit bien ces sentiments de mal-être, d’auto-flagelation, cette culpabilité qui interdit Kerrigand de trouver le bonheur quand il vient frapper à votre porte. Un roman noir et très sombre, malgré tout.

    02/09/2026 à 12:13

  • Les Fantômes de Shearwater

    Charlotte McConaghy

    9/10 Île subantarctique de 120 km2, au climat de toundra, essentiellement composée de mousses et de lichen, Shearwater abrite au moins 80.000 otaries et la dernière colonie au monde de manchots royaux et plus de trois millions d’oiseaux marins nicheurs. Elle accueille aussi quatre êtres humains : Dominic et ses trois enfants, Raff, son fils aîné, Fen, sa fille, tous les deux adolescents, et le petit dernier, Orly.

    Cela fait huit ans que cette famille vit sur cette île coupée du monde ravitaillée deux fois par an par bateau. Dominic Salt avait embarqué ses enfants dans cette aventure, y trouvant une occasion d’un travail loin de toute civilisation et pouvant toucher à tout. Il est agent technique assurant l’entretien et la réparation de la Réserve mondiale des semences, endroit stratégique permettant de sauvegarder toutes les espèces végétales de la Terre. Aujourd’hui, tous les ingénieurs ont quitté le site, et d’ici sept semaines, un bateau va venir chercher la famille Salt pour leur retour : le site ferme, condamné par la montée inéluctable de l’océan. D’ailleurs, la banque de graines est en péril à cause de la fonte du permafrost sur l’île, qui assurait naturellement la congélation des semences.

    Si la situation écologique est en péril, c’est l’équilibre des quatre membres Salt qui va être perturbé par Rowan, cette femme qui a échoué sur la plage.
    Roman polyphonique, Les Fantômes de Shearwater nous distille l’histoire tragique de ces 5 protagonistes dont on découvre les destins brisés, les douleurs, les drames des uns et des autres et surtout le terrible secret qui se cache au sein de Shearwater.

    Si le livre de Charlotte McConaghy est une ode à la Nature, au miracle de la vie, ce sont aussi ces personnages qui m’ont ému. Le père, Dominic, qui a encore sa femme, dans son cœur et sa tête, et qui fait et fera tout pour préserver et sauver ses enfants ; Raff, âme sensible jouant en violon le chant des baleines ; Fen, vivant recluse sur la plage, près des otaries, elle qui est née pour être dans l’eau ; Orly, sorte de wikipédia sur jambe, connaissant tout sur les graines sauvegardées dans la Banque ; et Rowan, cette femme confrontée à une quête infernale.

    L’autrice australienne a su, tout au long des 370 pages, préserver les mystères, et maintenir un suspense dont le lecteur découvrira quelques indices parsemés ici et là. Car, on ne sait pas si les uns et les autres se mentent, cachent la vérité ou bien se préservent… Mystère entrecoupé des descriptions puissantes et touchantes de la nature, de son importance vitale et du rôle fondamentale de l’Homme. Ce sont par ces quelques mots extraits du livre que j’aimerais conclure cet avis, qui, malgré l’apparente longueur, ne dévoile en rien, l’intrigue : « Peut-être que nous allons effectivement mourir un jour noyés, brûlés ou affamés mais en attendant, c’est à nous qu’il appartient de choisir si nous voulons participer à cette destruction ou si nous préférons prendre soin les uns des autres. »

    26/08/2026 à 14:39 3

  • La Colline

    Mathilde Beaussault

    9/10 Cela n’est pas sans peine ni souffrance que l’on délaisse la lecture de La Colline, la dernière page lue. Chaque chapitre, chaque paragraphe, chaque ligne, chaque protagoniste, chaque moment de cette histoire est rempli de noirceurs.

    Il y a, par instants, une éclaircie, un moment d’espoir et d’humanité. Mais très vite, cette beauté, cette lumière voire cette poésie sont remplacées par la dureté et l’horreur que seul l’homme sait créer.

    Mathilde Beaussault a su me plonger dans une lecture lourde et pesante, tant cette histoire de la vie de Monroe est malheureuse. Elle est d’autant plus miséreuse qu’à aucun moment cette jeune fille ne parle : comme si ce silence rendait compte au lecteur qu’il n’y avait pas de mots pour qualifier l’inacceptable.
    Et pourtant quand les personnages s’expriment, ils peuvent apporter un espoir et la bienveillance : on pense ici aux bondieuseries de la grand-mère ou bien les promesses de Jacques, des preuves de la foi en l’humain ou des îlots de beauté que la nature sait offrir aux hommes bons, comme cette corneille qui saura guider et protéger Monroe.

    La Colline est un livre dur et violent par son histoire mais laisse une volonté de croyance et de foi.

    24/08/2026 à 11:14 8

  • Out

    Natsuo Kirino

    9/10 Out ou comment le destin de 4 collègues travaillant de nuit dans une fabrique de plats cuisinés va se voir complétement imbriqué suite au meurtre du mari par l’une d’elles. Ces femmes sont Masako, Yoshié, Kuniko et Yayoi. Cette dernière, après une ultime dispute avec son mari volage et ayant dilapidé l’argent du ménage aux jeux et à essayer de séduire une prostituée, l’étrangle avec sa ceinture.

    Yayoi va demander de l’aide à sa collègue Masako, cette quarantenaire courageuse, discrète et au passé trouble. Celle-ci, pour des raisons obscures, décide de l’aider. Yoshié et Kuniko vont être entrainées de force dans cette solidarité féminine, chacune y voyant l’occasion malsaine de se faire de l’argent, en contrepartie.
    Mais dans cette folie meurtrière, les 4 complices vont voir leur solidarité être mise à rude épreuve. Car les rebondissements vont se multiplier, et les conséquences vont être aussi inattendues que surprenantes.

    Les avis positifs sur ce livre sont totalement justifiés. Je pensais me trouver face un polar ennuyeux, à l’intrigue nébuleuse, et aux personnages multiples voire complexes, dont les noms japonais m’auraient compliqué la compréhension. Et bien non, l’auteure japonaise offre un thriller sombre dont les principales protagonistes vont se voir confronter à des tourments psychologiques. On découvre également à travers l’histoire ce Japon patriarcale aux traditions séculaires scindant le rôle et la position de la femme aux taches liées à la maison. Dans Out, ces femmes apparaissent comme des héroïnes au destin tragique. Les multiples revirements sont bien menés et poussent le lecteur à connaître l’issue réservée à ces femmes. Natsuo Kirino ne fait toutefois pas dans la dentelle. Il y a des passages horribles et complètements immoraux. Mais la construction est judicieuse, car chaque personnage va avoir son rôle dans cette intrigue qui fait de Out un incontournable dans le genre thriller. Vivement recommandé.

    24/08/2026 à 10:51 5

  • L'Eté des loups

    Hans Rosenfeldt

    7/10 Escapade solitaire de l’auteur Rosenfeldt qui a délaissé Hjorth le temps d’une nouvelle série mettant en scène l’enquêtrice Hannah Wester, officiant dans la bourgade suédoise de Haparanda, ville frontière avec la Finlande.

    La policière va être en charge de retrouver l’identité d’un corps dissimulé sous des branches d’arbres dans la forêt, et dévoré par les loups. Elle va âtre confronté à une enquête qui mêlera trafic de drogues, mafia russe et drame familial.

    L’Eté des loups fut une lecture que je qualifierai de « récréative » ou de « distractive ». Un polar suédois qui privilégie l’action, les chapitres qui se lisent vite, et des personnages caricaturaux au détriment d’une ambiance noire et aux personnages attachants et complexes. Un polar qui ne révolutionne pas le genre, mais qui s’avère juste plaisant. N’ayant pas eu de coup de cœur, je ne sais pas si je poursuivrai la suite de ce premier tome de cette saga qui se présente un peu terne.

    20/08/2026 à 12:32 4

  • La Main sanglante de Dieu

    Michael Farris Smith

    7/10 Pour apprécier La Main sanglante de Dieu, il faudra se laisser transporter par cette atmosphère étrange, brumeuse, mystérieuse voire mystique qui se dégage de ce livre. Car, comme l’écrit Michael Farris Smith, « c’est juste de la poésie, de la poésie morbide », et cela caractérise bien les 290 pages du septième livre de l’Etats-Unien. Car ce que je retiens de cette histoire de la traque d’une étrange jeune fille que deux hommes brisés par la vie, Keal et Burdean, vont essayer de sauver de sordides personnages, c’est la prose de l’auteur. A la fois envoutante et ténébreuse, on rentre dans cette histoire aussi profonde que les décors sont obscurs et désolés.

    Une lecture envoutante, au final, d’un livre sombre qui, s’il n’est pas le plus remarquable de Michael Farris Smith, est le plus introspectif.

    18/08/2026 à 17:10 3

  • L'Aîné des Ferchaux

    Georges Simenon

    7/10 L'Aîné des Ferchaux est une œuvre remarquable dans l’œuvre du maître Simenon et ce, pour deux raisons. D’une part, ce livre est l’un des plus imposants en nombre de pages et, d’autre part, il s’inspire d’un fait politique majeur, ayant fait l’objet d’un procès retentissant pour l’époque. D’ailleurs, l’auteur belge retrace, en prologue, les faits de cette affaire survenue dans les années 1930, dont les frères Ferchaux, deux aventuriers, ayant fait fortune dans les colonies africaines, sont les principaux protagonistes.

    S’il s’avère appréciable de connaître ces faits oubliés de nos jours avant de lire ce roman, c’est que L'Aîné des Ferchaux ne se veut pas être un roman de l’affaire. En effet, Simenon a focalisé de manière fictive son histoire sur la relation particulière et trouble née de la rencontre entre le nouveau secrétaire particulier, Michel Maudet, et Dieudonné Ferchaux, le principal accusé dans cette affaire. Simenon met l’accent sur l’aspect psychologique du rapport Maudet/Ferchaux entre attirance, admiration et haine, tout au long de la fuite de Ferchaux et son exil.

    L'Aîné des Ferchaux ne me semble pas le plus accessible des romans noirs du Belge. Il serait plutôt réservé aux connaisseurs de l’œuvre de Simenon, même si ce livre a fait l’objet d’une adaptation ciné, plus grand public.

    18/08/2026 à 12:28 2

  • Famous

    Blake Crouch

    7/10 Lancelot Blue Dunkquist en plus d’être un admirateur inconditionnel de l’acteur James Jansen, en est le sosie parfait. Alors, quand il vient d’apprendre son licenciement, il quitte père et mère chez qui il vivait encore à 38 ans, vide toutes ses économies et part à New-York pour vivre la vie dont il rêvait depuis tant d’années : celle de James Jansen.

    Il s’intègre dans le milieu du spectacle de la Grande Pomme où il arrive à se faire passer pour l’acteur. Le subterfuge marche à la perfection, imitant toutes les mimiques et répétant les répliques de l’acteur. Lancelot décide alors d’aller jusqu’au bout. Il part à Los Angeles où vit James Jansen…

    Famous est un livre que je qualifierais de « plaisir », « de second degré ». Rien n’est plausible dans cette histoire, mais c’est distrayant. Je n’ai pas trop compris où l’auteur voulait arriver : dénoncer le côté superficiel des stars, des people, et du business du cinéma ? Un livre mineur de Blake Crouch qui divertira un après-midi à la plage ou un week-end automnal triste et maussade.

    17/08/2026 à 11:56 1

  • Mortel smartphone

    Didier Daeninckx

    7/10 Dans cette nouvelle, l’auteur français prend sa casquette de militant humaniste et dénonce l’exploitation par les pays occidentaux des richesses minières des pays africains, quitte à s’assoir sur l’esclavage et l’endoctrinement militaire d’enfants.

    Didier Daeninckx met en scène Cherald, un adolescent congolais, qui va être enrôlé de force par une junte militaire, appelée les Stones, à surveiller des esclaves dans une mine à extraire des « pierres grises ». Sa quête l’emmènera à suivre toute la filière et découvrira l’absurdité des Blancs et leur société consumériste.

    17/08/2026 à 11:23 2

  • Au fer rouge

    Marin Ledun

    5/10 Est-ce, comme cela a été évoqué par des avis précédents, notamment celui de Polarbear, du fait de la multitude des personnages, d’une suite de L’Homme qui a vu l’homme qui est très éloignée dans mes souvenirs, d’un sujet certes maitrisé par l’auteur mais qui s’avère être tentaculaire, mais je ne suis pas du tout arrivé à m’immerger dans ce livre. J’ai mélangé les personnages, les faits… Je me suis noyé dans Au fer rouge et cette lecture fut un véritable calvaire.

    17/08/2026 à 11:11 1

  • La mort a dit : Peut-être

    Pierre Boileau, Thomas Narcejac

    7/10 Courtier en assurances d’une compagnie suisse, Laube passe la soirée, pour des raisons professionnelles, dans un centre d’appel pour personnes en détresse située à Nice. Il était loin d’imaginer que cette soirée allait bouleverser sa vie.

    Car, c’est à cette occasion qu’il va rencontrer Zina, tout juste rescapée d’une tentative de suicide. Pour d’obscures raisons, Laube décide de prendre la jeune femme sous son aile. Craignant pour la vie de Zina, il s’intéresse à sa vie et découvrira que Zina a échappé plusieurs fois à la mort.
    Pour Laube, ces événements ne peuvent pas être fortuits. Alors que ses sentiments envers la jeune fille s’accentuent au fur et à mesure qu’il passe du temps auprès d’elle, Laube tente, outre de la protéger de tout danger, de découvrir qui pourrait bien en vouloir à la vie de Zina.

    La mort a dit : Peut-être est un roman où les thèmes du duo (mystère, manipulation, secrets,…) sont bien ancrés dans ce court roman mais j’ai été gêné par des expressions ou situations un peu trop machistes, qu’il faut contextualiser à la date d’écriture du livre (mais ce n’est pas une excuse, certes). Même en passant sur ces points, l’intrigue bien amenée présente quelques longueurs et lourdeurs.

    14/08/2026 à 10:54 2