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Le Petit Bleu de la côte Ouest
9/10 Georges Gerfaut est cadre commercial. Marié, deux enfants. Il fume, boit, aime le jazz, conduit une Mercedes. Un anonyme, sans histoires. Jusqu'au jour où il croise la route d'un homme qui vient d'avoir un accident de voiture et l'accompagne à l'hôpital. Un geste louable, gratuit, mais qui va lui coûter cher. Car l'individu supposé accidenté vient en fait d'échapper à une tentative de meurtre, et les tueurs ne veulent surtout pas d'un éventuel témoin à qui leur proie aurait pu se confier. Pour Georges Gerfaut, ça va être le début du cauchemar.
Écrit en 1976 et porté à l'écran, c'est au tour de la bande dessinée d'offrir une troisième jeunesse au roman du même nom de Jean-Patrick Manchette. Prêtant son crayon pour l'occasion, Jacques Tardi illustre un roman qui était à la fois sobre et riche. Toutes en noir et blanc, les planches défilent sur environ soixante-dix pages, à un rythme sec et effréné. L'histoire est intéressante, mettant en scène un pauvre bougre, presque saisissant de banalité, qui commet un jour l'impair bien involontaire de se trouver au mauvais endroit et au mauvais moment, et à qui le sort va réserver des suites sanglantes. Si le postulat de départ semble classique, le traitement qui en est fait l'est beaucoup moins. Le lecteur se prend vite d'amitié pour Georges Gerfaut dont les ressources, la patience et la sagacité forcent le respect. Il n'est ni un héros ni un antihéros, juste un homme qui tente de se sortir du pétrin dans lequel il s'est fortuitement fourré. Le récit est très bon, l'univers de Jean-Patrick Manchette restitué avec sobriété et efficacité, et l'histoire, ménageant flash-backs et ellipses, tient en haleine.
Tout comme le roman dont il est tiré, cette bande dessinée est une sorte de conte moderne, variation intéressante du pot de terre contre le pot de fer. Jacques Tardi exploite à merveille le livre qu'il adapte, où le bicolore des croquis fait écho au noir des mots et des combats de Jean-Patrick Manchette. L'hommage d'un grand dessinateur à un grand écrivain.11/03/2011 à 19:51 4
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Qu'Ils s'en aillent tous
8/10 La révolte agite la ville du Grestain suite au projet de privatisation du port. Dans le même temps, on apprend que le capitaine Joseph Langrenne est décédé lors d'un vol en parapente. Accident ? Suicide ? Assassinat ? Deux détectives privés, Maria La Suerte et Gandalf de Saint Aygulf, sont chargés de percer ce mystère.
Laurence Biberfeld signe ici un roman fortement engagé du point de vue social. En effet, l'histoire prend ses racines dans un port sur le point d'être privatisé, avec tout ce que cela peut engendrer : craintes pour les ouvriers de voir leurs conditions de travail bafouées, esclandres des élites tutélaires, emploi de la force pour déloger les grévistes, et surtout la situation profondément déplorable des matelots obligés de voguer sur des mers incertaines à bord d'épaves. A cet égard, les préoccupations sociales de Laurence Biberfeld sont ouvertement ancrées à gauche, avec une très nette propension à l'empathie pour tous les forçats des flots, ainsi qu'une colère contre un certain capitalisme.
Au-delà de cet aspect du livre, le roman présente une intrigue solide dont les pièces du puzzle apparaissent au gré de chapitres qui alternent habilement entre les points de vue des divers protagonistes. La langue est belle et riche, offrant de nombreuses formules que le lecteur se plaira à lire à haute voix pour en apprécier toute la saveur. Détail atypique : certaines parties se proposent sous la forme de courtes scènes de théâtre, avec dialogues entre les personnages et didascalies. C'est d'ailleurs au cours des réparties que l'on apprécie la personnalité des deux détectives. Maria De Suerte est une libertaire zélée, prompte à pourfendre la marchandisation des êtres humains – rappelant en cela le personnage du Poulpe que Laurence Biberfeld a d'ailleurs dirigé avec On ne badine pas avec les morts –, et Gandalf de Saint Aygulf, personnage au verbe châtié et aux manières élégantes. La coexistence de ces deux individus aux caractères si différents est source d'échanges souvent pertinents et amusants, en plus de créer un duo que l'on se plairait à retrouver dans d'autres enquêtes. Maria pense que le capitaine est décédé en raison des remous provoqués par la situation du port, Gandalf à cause d'une histoire de cœur. Lequel des deux a raison ? Il faudra attendre les derniers chapitres pour le savoir.
Malgré un trait parfois un peu épais lié aux convictions politiques de l'auteur, le roman est vraiment très bon en plus d'être original, à la fois par sa forme, le contexte de l'histoire et le binôme des enquêteurs.11/03/2011 à 19:50
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Le Livre des trépassés
Lincoln Child, Douglas Preston
9/10 Un opus d'une de mes séries littéraires préférées, et celui-ci est encore une fois à la hauteur. Suspense, scénario intelligent, personnages fouillés, et le plaisir de retrouver Pendergast face à Diogène. Des scènes mémorables, et un épisode particulièrement important dans la série : l'explication – fameuse – de la haine que voue Diogène à son frère. Un régal !
03/03/2011 à 18:30 1
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L'ingratitude des fils
8/10 Pendant l'hiver 1945, des gamins découvrent un cadavre niché dans des ruines. Détail troublant : il est en partie brûlé, sa main est peinte en noir, et on découvre dans sa bouche un papier sur lequel est écrit : « A PARM ». C'est le jeune inspecteur Maurice Clavault qui doit mener l'enquête. Dans une France trouble et troublée, son investigation ne manquera pas de rouvrir des blessures encore récentes.
Ce roman écrit par Pierre D' Ovidio et amorçant la série consacrée à Maurice Clavault est un pur régal. L'ambiance de l'époque est parfaitement restituée, entre douleurs du passé et espérances timorées pour l'avenir, et l'on devine sans mal le formidable travail de documentation qui a été le préalable à l'édification de ce récit. Les personnages sont tous très humains, bien campés, et crédibles. Les aller-retours entre le germe des drames à venir, s'enracinant dans la Lituanie de 1926, et le présent sont réussis et enrichissent l'histoire d'une dimension humaine inoubliable. Le roman ne livre la clef de l'énigme que dans les dernières pages, à la fois poignantes et révélatrices d'une société qui essaie de tourner la page. Certes, l'intrigue passe au second plan, laissant Pierre D' Ovidio peindre le portrait de nations et de peuples en désarroi, mais elle n'en demeure pas moins émérite.
L'ingratitude des fils est donc un roman qui tient à la fois du policier et de l'historique. On ne peut que louer l'intelligence et la pertinence de Pierre D' Ovidio de proposer un roman aussi original et instructif. Une littérature pour mémoire.01/03/2011 à 19:32 2
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Le Tigre borgne
8/10 Patrick Mallory, jeune espion, est dépêché en Inde, dans la province de Kandore, par William Fraser. Son objectif est, de prime abord, plutôt banal : il doit surveiller le maharadjah Jaswan Singh qui semble prêt à ourdir un complot. Cependant, cette région est tourmentée par deux personnages assez singuliers : un tigre borgne qui sème la désolation parmi la population, et un fakir, hostile à l'autorité du maharadjah, qui pratique des tours de magie à l'aide d'une corde devenant, comme par enchantement, aussi solide que du métal. Patrick Mallory ne sait pas qu'il va aller de surprises en surprises, toutes plus dangereuses et mortelles les unes que les autres.
Auteur français passé maître dans l'élaboration et la résolution des meurtres en chambre close, Paul Halter montre à nouveau l'étendue de son talent dans ce roman. En implantant son récit dans l'Inde de la fin du dix-neuvième siècle, l'écrivain offre un dépaysement total au lecteur grâce aux ambiances chaudes et colorées de ce bout du monde. La multiplicité des personnages, propre au whodunit, permet de peindre habilement une galerie de suspects potentiels, tous très bien campés. Les intrigues sont nombreuses, du fauve carnassier jusqu'au fakir magicien en passant par un meurtre dans une pièce verrouillée. Comme à chaque fois dans ce type d'ouvrage, le lecteur s'échine à découvrir comment le criminel a pu s'y prendre, usant ses neurones pour comprendre le fin mot de l'histoire. Paul Halter, en talentueux disciple de John Dickson Carr, parvient à nouveau à surprendre en proposant une résolution très cartésienne des énigmes grâce à un sens aigu de la déduction digne de Arthur Conan Doyle.
Alliant la fougue du livre d'aventure à l'ingéniosité du roman à énigmes, Paul Halter livre un nouvel opus riche en rebondissements, à la fois novateur et s'ancrant dans la tradition du genre. Si certains passages, notamment relatifs à l'histoire d'amour de Patrick Mallory, peuvent paraître assez candides, la noirceur des derniers chapitres ainsi que le final, sombre et détonant, contredisent cette première impression. A n'en pas douter, Paul Halter s'est imposé, par son habileté et son imagination, comme l'un des meilleurs – sinon le meilleur – romanciers contant les assassinats en milieu fermé.01/03/2011 à 19:29
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Le Grand Braquage
8/10 A Philadelphie, environ cent-cinquante malfrats se donnent rendez-vous, et deux banques sont cambriolées dans la foulée, avec un assaut en règle de la part de ces gangsters. Les coups de feu inondent la ville, des bandits ainsi que des policiers et des passants sont au tapis. Le détective de la célèbre Continental Detective Agency avait pourtant été prévenu par un indicateur, mais l'ampleur du hold-up dépasse de loin ses pires pronostics. Il devra alors faire appel à ses collègues pour retrouver le butin ainsi que le cerveau de l'affaire, alors que les truands n'ont pas fini de régler leurs comptes...
Auteur pionnier du roman noir, Dashiell Hammett était une plume de premier ordre, à la fois inventive et hallucinante de férocité. Écrites en 1924, Le grand braquage suivi du Prix du sang constituent deux nouvelles très efficaces, typiques du style de l'écrivain. Les personnages sont bien troussés, les dialogues souvent très drôles, et les situations visuelles. Ici, pas de larmes, de protagonistes timorés : ça castagne à mains nues ou à l'aide de poings américains, ça défouraille à l'arme automatique, et les femmes sont tout sauf fragiles. Les décors sont plantés en quelques mots habilement choisis et l'essentiel de l'histoire se résume à des coups bas, des trahisons, et des fusillades échevelées. Quiconque aura lu La clé de verre retrouvera avec un plaisir inégalé la verve de Dashiell Hammett, son appétit pour les durs à cuire, et la pléthore de personnages sombres et virils qui n'ont jamais peur de prendre des balles, et encore moins d'en faire pleuvoir.
Le grand braquage est donc un ouvrage emblématique de l'œuvre de Dashiell Hammett, à des années-lumière des héros tendres, vivant une quelconque empathie pour leurs congénères. C'est de l'action, du brutal, de la testostérone en barils. Et le lecteur ne pourra que trouver un plaisir jouissif à suivre cette nouvelle enquête du détective anonyme si cher à son génial géniteur.23/02/2011 à 10:30
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Les Morsures de l'ombre
8/10 Une histoire très efficace et captivante, au style épuré et direct. Karine Giebel m'a plongé rapidement et profondément dans les tourments de la captivité du policier, ainsi que dans une intrigue dont j'ai eu beaucoup de mal à me détacher.
15/02/2011 à 20:30 3
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La Fracture de Coxyde
8/10 Rien ne va plus en Belgique. En plus des dissensions politiques et linguistiques qui déchirent le pays, on vient de découvrir un membre des « Reculistes », un groupuscule d'artistes férus du peintre Jacques Delvaux, épluché dans une usine qui fabrique des frites. En France, Jacques Bower, surnommé « le Goret » en raison de sa propension à aller fouiner un peu partout, découvre l'information et décide de partir en Belgique pour enquêter. Ce qu'il y découvrira ne l'enchantera pas, lui qui ne peut pas voir l'extrême droite en peinture, mais ça va rapidement devenir une affaire personnelle. Jacques Bower, ou lard et la manière de fouiller les sols, même les plus impurs.
Il ne faut pas être un grand connaisseur en littérature policière pour se rendre compte que Jacques Bower est un avatar de Gabriel Lecouvreur, alias « le Poulpe », le personnage créé par Jean-Bernard Pouy et devenu le personnage central d'une longue série. Maxime Gillio assume parfaitement cette source d'inspiration, et invente un protagoniste ainsi que quelques acolytes crédibles et sympathiques que l'on se plait déjà à imaginer dans de prochaines enquêtes. Comme d'habitude chez Maxime Gillio, l'intrigue est excellente, les propos sonnent juste, et l'on parcourt avidement ce roman de moins de deux-cents pages. L'histoire a été intelligemment bâtie, permettant au lecteur de côtoyer les milieux artistiques et les émanations fascisantes d'une Belgique en plein désarroi. En fait, La fracture de Coxyde se situe à la croisée des chemins tracés par l'auteur, mêlant le côté policier de L'abattoir dans la dune ou Le cimetière des morts qui chantent et l'humour débridé présent dans Les disparus de l'A16. Jacques Bower est un personnage savoureux, au verbe haut et leste, et étant donné le talent incontestable de son géniteur littéraire, on ne peut que croiser les doigts pour le retrouver dans d'autres investigations. Certes, il ne bénéficie pas encore du capital sympathie de son illustre modèle, mais ce fait est compréhensible dans la mesure où c'est la première fois qu'il apparaît.
Le pari était osé : le Poulpe est unique. Le Goret en est une transfiguration habile, succulente et au potentiel littéraire indéniable. Maxime Gillio le fera-t-il à nouveau fureter du groin dans un futur proche ? Confiera-t-il ce rôle à d'autres auteurs de la maison d'édition Ravet-Anceau, comme Jean-Bernard Pouy l'a fait avec Gabriel Lecouvreur ? Il est encore trop tôt pour y apporter une réponse, mais il est presque acquis que le lecteur, après avoir achevé cette Fracture de Coxyde, se posera ces questions rendues légitimes par la qualité de ce livre.13/02/2011 à 08:33
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La Confrérie des mutilés
9/10 Kline, un détective privé ayant perdu la main après avoir croisé la route d'un dangereux psychopathe, est approché pour une mission bien particulière : infiltrer une société secrète constituée de mutilés volontaires. Cette horde possède des règles très étranges, où la classification des séides se fait en fonction du nombre d'ablations. Assez rapidement, Kline se rend compte que son contrat ne va pas être simple à honorer. Sera-t-il capable de braver l'indicible, tant physique que psychologique, pour parvenir à ses fins ? Sans le savoir, au rythme des bouts de corps que l'on découpe comme de la simple viande, il bascule dans un univers dont il ne reviendra pas indemne.
La confrérie des mutilés est un roman à la puissance narrative peu commune. D'entrée de jeu, en à peine quelques pages, le lecteur sombre dans un microcosme humain inouï, composé d'individus qui se plaisent à s'amputer pour gagner en autorité sur leurs semblables, ce qui génère des scènes détonantes où l'on oscille entre horreur et absurde. Brian Evenson est parvenu à créer un monde littéraire inédit, à la fois tragiquement plausible et déshumanisé, où la valeur d'un homme se réduit aux portions de son propre corps dont il a bien voulu se délester à l'arme blanche. Le ton employé, à la fois épuré et riche en références artistiques et religieuses, est singulier, et ne manquera pas de dérouter certains lecteurs. Des scènes d'automutilation, même si elles sont souvent lapidaires, risqueront de gêner la sensibilité des âmes sensibles.
Néanmoins, si l'on parvient à s'extraire de cette retenue, il faut reconnaître à l'auteur des talents peu communs. L'intrigue est particulièrement originale, et son déroulement réserve de nombreux rebondissements et autres surprises machiavéliques. Le poids des mots choisis, la concision du récit et la palette de protagonistes, retors et inquiétants, suffisent à bâtir un roman d'une rare force de percussion. Il y a des flots d'hémoglobine, de morts violentes, parfois en surabondance, jusqu'au vertige littéraire, mais sous le verbe brutal de Brian Evenson se tapissent des réflexions très profondes sur le corps humain, le rapport à autrui, la rédemption, ainsi que des notions particulièrement éloquentes quant à la religion. Tel un démiurge, Brian Evenson a édifié une société ahurissante, instaurée selon des codes nouveaux, et faite d'êtres qui ne manqueront pas de marquer l'esprit du lecteur.
A coup sûr, La confrérie des mutilés constitue un roman sensationnel, sans le moindre équivalent. Peut-être sera-t-il aux yeux de certains trop violent, voyeur ou outrancier, mais il ne peut susciter l'indifférence, ce qui est probablement la marque de ces livres dont on parle longtemps après. En somme, c'est au lecteur... de trancher.08/02/2011 à 17:52 2
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Taxi, Take Off and Landing
9/10 Hector Malbarr est un homme anecdotique, sans passé ni présent et encore moins d'avenir. En transit dans l'aéroport de Copenhague, alors que sa compagne Glenda s'absente un instant, il fait la connaissance d'une femme aux formes atomiques, Angie, qui l'envoûte en quelques mouvements de la croupe. Hypnotisé, Hector tombe sous son charme, apprend qu'ils doivent se marier – alors qu'ils ne se connaissent même pas ! – et est emmené comme un bagage vers une île paradisiaque. Accrochez vos ceintures, déconnage immédiat !
Sébastien Gendron n'est pas un anonyme. On lui doit, notamment, Le tri sélectif des ordures, Mort à Denise, opus de la série consacrée au Poulpe, et une participation au recueil Paris jour. Dans ce livre sans équivalent, on découvre un personnage particulièrement transparent, catapulté dans une aventure qui le dépasse dès les premiers jalons. Le ton est alerte et l'humour de Sébastien Gendron est absolument ravageur : dialogues incisifs, situations cocasses, protagonistes hilarants... Le lecteur bascule dans une histoire qui côtoie le pastiche de romans d'espionnage. D'ailleurs, certains éléments étayant ce fait sont sans ambiguïté, mais il serait dommage de les dévoiler tant la surprise est singulière. Il y a moins de deux-cents pages, agréablement entrecoupées de textes divers (courriels et saynètes vidéos) qui concourent à la loufoquerie de l'ensemble. Pas un seul temps mort, des scènes mémorables de dérision, et parallèlement, une intrigue bien ficelée qui ne manquera pas de combler le lecteur friand de légèreté.
Avec ce second livre paru aux Éditions Baleine après Mort à Denise, Sébastien Gendron poursuit avec une œuvre inclassable, burlesque et unique. On pourra également se référer au blog lié au roman pour poursuivre et compléter ces heures de délire décomplexé.08/02/2011 à 17:51 1
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Passe-temps pour les âmes ignobles
9/10 Richard Carter est l'un de ces très nombreux Anglais venus habiter en Dordogne. Au hasard de ses achats, il est intrigué par un roman policier, et son étonnement chavire en profonde inquiétude lorsqu'il se met à le lire. A mots presque explicites, le mystérieux auteur a mis en scène des événements du passé de Carter ainsi que ceux de trois autres Anglais installés dans les parages. Qui peut bien être cet écrivain qui en sait tant sur eux ? Quels sont ses objectifs ? Cet inconnu en sait beaucoup sur eux. Beaucoup trop. Il va falloir trouver une solution. Peut-être radicale. Quitte à sortir les fusils de chasse pour faire taire cet impudent.
Troisième roman de Louis Sanders après Février et Comme des hommes, Passe-temps pour les âmes ignobles est un remarquable roman noir. Un peu moins de deux-cents pages qui passent à la vitesse de la chevrotine. Des personnages humainement brossés, avec leurs faiblesses, leurs haines et leurs passés peu avouables. Une plume alerte, aux dialogues rares, laissant la part belle aux descriptions psychologiques. Un lacis d'anecdotes et d'histoires révolues qui reviennent à la surface du présent, avec un impact décuplé par le poids des haines et des trahisons. Des petits bourgeois en apparence si recommandables, mais en réalité alcooliques, prétentieux, désargentés, prêts à bien des crimes pour restaurer la part d'honorabilité qui pourrait encore être sauvée. Ces destins vont s'entrechoquer et se fracasser en un petit jeu de massacre qui n'épargnera personne. Les fusils de chasse parleront presque aussi fort que ces individus pour lesquels le lecteur va nourrir des sentiments changeants : d'abord la compassion, voire une certaine sympathie, puis une haine aussi létale que les cartouches qui vont jaillir de leurs armes. Les rebondissements vont s'enchaîner quant à l'identité de cet écrivain de l'ombre, jusqu'au dénouement qui éclate comme une détonation dans les toutes dernières pages. Une manipulation remarquable qui rappelle, dans une certaine mesure, celle orchestrée par Serge Brussolo dans Le nuisible.
Louis Sanders a signé un roman qui panache la retenue toute britannique des individus qu'il décrit et la violence de ces malveillances larvées qui éclatent quand le soupçon devient incandescent. Une peinture au vitriol d'une classe sociale qui s'embrase pour ses propres intérêts jusqu'à allumer plus d'incendies qu'elle ne voulait en éteindre.01/02/2011 à 17:51
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Gémeaux
4/10 Sans être complètement nul, ce livre lu il y a longtemps m'a laissé le souvenir d'un récit froid, inutilement "barbare" lors de certains passages (notamment au début, avec le viol d'une jeune femme), et sans psychologie véritable ni originale. Un roman fade qui ne m'a marqué que par sa transparence.
31/01/2011 à 19:44
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Les bagnoles ne tombent pas du ciel
7/10 Un époux, pharmacien respecté. Une épouse éprise de religion. Une belle étudiante désargentée, jalouse et vindicative. Un trio explosif. Quand la conjointe est découverte morte d'une balle dans la tête, le mari est rapidement suspecté. Fin de l'histoire, le crime est presque trop évident. Sauf pour une jeune pédicure, amie du pharmacien, qui engage Marc Flahaut, reconverti en détective privé le temps que sa mise à pied prenne fin. Le flic accepte, sans se rendre compte à quel point les apparences peuvent être trompeuses.
Après Lille-Québec aller simple, Lucienne Cluytens reprend le personnage de Marc Flahaut pour cette enquête, dépouillée et crédible. La langue de l'auteur est très agréable, et l'on plonge avec délectation dans le milieu empesé de la bourgeoisie provinciale, marquée par le conformisme et la tutelle de la religion. Les personnages sont savamment campés, sans cliché, avec suffisamment d'épaisseur et de zones d'ombre pour les rendre à la fois plausibles et douteux. Le récit, court, ne comporte aucun temps mort et l'on en arrive rapidement à l'épilogue, assez surprenant, même s'il aurait peut-être gagné à être développé ou explicité. Ce qui est particulièrement frappant dans cet épisode de la série consacrée à Marc Flahaut, c'est sa sobriété. Aucun mot de trop, pas de scène d'action échevelée ni de surenchère dans le sang ou le morbide : il s'agit d'une histoire simple et vraisemblable, où l'adultère côtoie la vengeance, la suspicion de meurtre la crédulité naïve.
L'auteur de La grosse, Le petit assassin et des Peupliers noirs poursuit donc le sillon qu'elle trace au gré de ses romans : celui d'une bibliographie sereine et de belle tenue, à la fois ingénieuse et élégante.26/01/2011 à 19:47
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Le département du diable
7/10 Dave Ofrion est un jeune informaticien de génie qui a mis ses talents au service de Surveyor System, une société qui épie des personnalités. Au cours de l'une de ses opérations, Dave voit sa mission basculer : l'homme qu'il surveillait est assassiné, et les tueurs semblent être sur sa piste. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Dave n'a désormais plus le choix : il doit se retourner contre ses employeurs pour comprendre les raisons d'un tel drame.
Auteur à succès de romans destinés à la jeunesse, Michel Honaker livre un thriller habile dans la collection Tribal de Flammarion. On y retrouve tous les éléments attendus : des personnages ambigus, un scénario qui tient la route, un style visuel et un ouvrage court pour plaire aux jeunes lecteurs. Les divers protagonistes sont bien campés, marqués par leurs zones d'ombre et leurs faiblesses, avec une mention particulière pour Dave, terrifié par le blanc de la neige depuis un drame passé et attaché à retrouver un père manquant. Ses connaissances en matière informatique lui seront d'une grande utilité, et on ne peut que louer l'imagination et l'efficacité de Michel Honaker. Certes, on pourra reprocher quelques ficelles un peu trop grosses par moments, mais certaines trouvailles ainsi qu'un rebondissement vers la fin du livre viennent rattraper ces petites lacunes.
Au final, Le département du diable est un bon thriller pour adolescents, bien mené et à l'intrigue solide, mais qui pourra sembler parfois un peu « facile » pour les lecteurs adultes habitués à ce type de littérature.26/01/2011 à 12:44
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Le Livre dont vous êtes la victime
9/10 Une histoire très bien menée et imaginée, détournant avec intelligence les séries de romans dont le lecteur est sensé être le héros. Une intrigue efficace, des personnages attachants, et une idée de « book killer » savamment composée, entretenant un excellent suspense jusqu'à la fin de ce thriller fantastique pour jeunes lecteurs.
19/01/2011 à 13:09
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Une incroyable histoire
8/10 Une nouvelle policière très intéressante, originale et au suspense savamment dosé, qui n'est pas sans rappeler « Fenêtre sur cour », ce film étant lui-même issu d'une nouvelle de William Irish.
19/01/2011 à 13:08 1
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Ki Du
9/10 Un roman pour la jeunesse par l'un des maîtres français du genre, Patrick Raynal. Des portraits – physiques ou géographiques – brossés en quelques traits, un humour décapant, notamment dans les dialogues, et une intrigue qui ménage à la fois le suspense, la psychologie et l'action. Un peu plus de cent-trente pages de pur bonheur.
19/01/2011 à 13:08
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Lambada pour l'enfer
9/10 Une très belle histoire que celle de Rafaele, malheureux Colombien pris entre les feux croisés des trafiquants de drogue et des escadrons de la mort. Un récit très court et à l'écriture sèche, dont le final, particulièrement émouvant, est une véritable ode à la famille et à la jeunesse.
19/01/2011 à 13:07
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Nuit rouge
9/10 Un très réussi roman à suspense. Encore une fois, l'écriture de Jean-Hugues Oppel fait merveille, accrocheuse, travaillée et efficace, avec des personnages bien incarnés. Un huis clos en pleine nature qui réjouira jeunes et moins jeunes.
19/01/2011 à 13:06
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L'affaire Jules Bathias
9/10 Une magnifique histoire, poignante et troublante, où le policier se mêle à l'étude historique. Des personnages touchants et une intrigue remarquable.
19/01/2011 à 13:05 2
