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Triple meurtre à Hazebrouck
8/10 Après L’Écorcheur des Flandres et Le Réseau Flandres, Philippe Declerck continue d’enchanter, avec ce double mérite qui caractérise souvent les grands écrivains : une patte reconnaissable et estimable, et des histoires qui, d’opus en opus, ne perdent pas de leur souffle.
27/12/2011 à 18:16
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Massacre à l'espadrille
7/10 Massacre à l’espadrille est donc un ouvrage hors-normes, succinct – environ cent trente pages – et qui parle plus à l’intellect qu’aux tripes. Pour entreprendre cette promenade, aux lisières du bien et du mal, il faut accepter de laisser de côté une certaine perception de l’humanité, et s’offrir tout entier à cette initiation insolite. À cet égard, on pourra réfléchir au titre de cet opus qui est en soi un message clair, mettant bien en relief son apparente absurdité.
20/12/2011 à 11:00
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Tonton Clarinette
9/10 Max Mingus purge une peine de prison pour un acte de justice pour le moins expéditif. Durant sa détention, un magnat le contacte pour retrouver son petit-fils, enlevé sur l’île d’Haïti. Après quelques atermoiements, Mingus accepte et se rend sur place. Il met alors ses pas dans les traces d’un monstre lié au culte vaudou et que l’on surnomme « Tonton Clarinette », version terrifiante du joueur de flûte de Hamelin.
Premier opus de la série consacrée au détective privé Max Mingus, Tonton Clarinette constitue un remarquable roman. D’entrée de jeu, Nick Stone dépeint des personnages denses, d’une rare luxuriance émotionnelle, bien lointains des clichés du genre, et l’on sent qu’une telle plume, sombre et talentueuse, mènera probablement vers des contrées angoissantes. Haïti. Pays-ghetto, subissant les violences, peuplée de gamins prêts à tous les méfaits pour manger autre chose que des galettes de boue, et encore sillonnée par d’anciens Tontons Macoute. Par ailleurs, la contrée est puissamment marquée par le vaudou, religion que nombre d’Occidentaux trouveraient subversive mais que Nick Stone restitue avec sang-froid et objectivité.
L’intrigue est également bien bâtie, offrant notamment vers la fin des rebondissements intéressants, et l’on achève ce livre le souffle court, les tripes en feu. Longtemps après avoir refermé ce roman, le lecteur gardera en tête des images brutales, interlopes, dérangeantes. Plus certainement, il souhaitera retrouver Max Mingus dans d’autres enquêtes, car Nick Stone a disséminé de nombreuses petites pierres, comme autant de promesses de rencontres futures avec le détective. Par exemple, on entraperçoit sans mal l’énergie maléfique de Solomon Boukman, que l’on retrouvera notamment dans Voodoo Land.13/12/2011 à 18:23 6
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Crim' au Cap
9/10 N’importe quel lecteur peut avouer avec sincérité que certaines séries littéraires finissent par tourner en rond, s’essouffler, s’épuiser. Ce quatrième roman des aventures de Garri Gasiglia est probablement le plus abouti : la richesse comique de l’auteur en vient presque à souligner, comme dans un clair-obscur, l’aspect dramatique du propos évoqué. Assurément, un coup de maître.
11/12/2011 à 18:31
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Cris de mes chats le dimanche
5/10 Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, n’a plus le moral : Cheryl, sa coiffeuse adorée, batifole avec un inconnu, une maladie le prive des pieds de porc dont il raffole, et la politique actuelle de son pays le révulse jusqu’aux confins de ses tentacules. Alors il embarque sur une péniche avec Claire et Bernard, des amis d’un ami, histoire de se changer les idées. Dans l’embarcation, en plus du couple et de leurs enfants, il y a également des chats, dont Mélusine. Étrange félidé, d’ailleurs : tous les dimanches, la bestiole est la proie d’une possession qui la rend complètement enragée pendant quelques instants avant qu’elle ne recouvre son calme. Et ce qui est encore plus curieux, c’est qu’au même moment, un sinistre individu est assassiné. Serait-il possible que Mélusine soit en contact télépathique avec le meurtrier ?
Deux cent soixante-seizième ouvrage consacré au Poulpe, et c’est à présent au tour de Jacques Jouet de relever le défi et d’animer le plus célèbre enquêteur libertaire de la littérature française. On retrouve assez vite le ton qui a fait le succès de la série : Gabriel Lecouvreur demeure le bien sympathique limier qui entreprend ses investigations en partant d’un simple fait divers. Il y a de l’humour, du cocasse, dans les dialogues comme dans les situations, et la société dans laquelle nous vivons et telle qu’il l’observe prend de sévères coups de griffes. Ici, Gabriel traverse une mauvaise passe, sentimentale et psychologique, et c’est un quasi cadavre qui embarque dans la chalande, jusqu’à découvrir une nouvelle enquête qui va le remettre d’aplomb ainsi qu’un amour naissant pour Claire, son hôte du moment.
Cependant, ces qualités ne sauraient masquer un certain nombre d’écueils dans le récit. Jacques Jouet a de la verve et de la répartie, c’est indéniable, mais de nombreux dialogues durent, et durent, au point de perdre une bonne partie de leur saveur. Et puis il y a l’intrigue ; l’idée de départ était très excitante, avec ce phénomène inexpliqué qui se devait d’être le moteur, le propulseur du roman. Malheureusement, elle n’intervient pas assez vite dans le livre, et le lecteur trouvera probablement le temps un peu long avant que l’on entre enfin dans le vif du sujet. Cependant, cette attente pouvait être récompensée par un traitement débridé, audacieux, au moins aussi original que le postulat de cette histoire. Que nenni. Jacques Jouet n’exploite pas du tout le potentiel de la sarabande de Mélusine, s’en débarrasse assez rapidement, et le lecteur sera le spectateur frustré d’une enquête qui n’en est finalement pas une, puisque la résolution de l’énigme devient alors d’une évidence manifeste.
Cris de mes chats le dimanche est donc un écrit décevant : quand Jacques Jouet cesse d’être bavard, malgré d’avérées qualités narratives, et qu’on en vient au cœur du sujet, l’auteur court-circuite sa propre fiction et laisse une immense impression de gâchis, comme si lui-même n’avait pas été en mesure de trouver une résolution solide à l’histoire qu’il avait bâtie, ou, pire, comme s’il n’y avait jamais cru. C’est comme un feu d’artifice sans bouquet final, un espoir déçu. Un opus qui fait malheureusement pschitt.03/12/2011 à 09:03 1
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Souviens-toi de Titus
8/10 Une œuvre assez courte, bien écrite, et au scénario prenant. L'ambiance provinciale est bien restituée, les personnages sont crédibles et ont suffisamment de profondeur. Si l'identité du tueur ainsi que ses motivations apparaissent rapidement, demeure le rebondissement final quant à l'identité actuelle du criminel. Par ailleurs, les deux dernières pages du livre réservent une « chute », au propre comme au figuré, assez mystérieuse et totalement inattendue. Un très bon polar pour les jeunes et moins jeunes.
03/12/2011 à 08:51
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Le Rituel de l'ogre rouge
8/10 Après ses exploits du Châtiment des hommes-tonnerre, le jeune agent de l’Agence Pinkerton reçoit une nouvelle mission : appréhender un membre de la Brigade Pâle, par ailleurs ancienne recrue de l’Agence Pinkerton. Mais rien ne se déroule comme prévu, et Neil est désormais aux prises avec un nouveau mystère : il est sur la piste d’une tribu d’Amérindiens et d’un cérémonial où œuvrent d’étranges papillons…
Il est assez difficile d’en dire plus sans dévoiler la suite des péripéties présentes dans ce roman. À l’instar du précédent, Le Châtiment des hommes-tonnerre, il coule dans les lignes de ce livre une étonnante et prenante fusion entre plusieurs genres : western, policier, aventures et fantastique. Michel Honaker n’a guère son pareil pour insuffler une réelle dimension à ses personnages, les rendant rapidement et durablement, selon les cas, attachants ou angoissants. Dans la mesure où il s’agit d’une saga, on retrouve les protagonistes du précédent opus, ainsi que des nouveaux. Indéniablement, cette série, destinée en priorité aux jeunes mais également très accessible pour les adultes, dispose d’un nombre impressionnant de qualités, et on ne peut qu’attendre le troisième épisode avec impatience. Les scènes sont très visuelles, les rebondissements savamment coordonnés, et le scénario est toujours autant palpitant. Michel Honaker parvient à accaparer l’attention de son lectorat, sans jamais le délaisser, à grands coups de chevauchées dans l’ouest sauvage, de complots ésotériques et de moments particulièrement nerveux.
Cette série réussit cette performance littéraire, pour sa seconde charge, de confirmer tout le bien que l’on pouvait penser de sa première aventure tout en posant les jalons pour la suite. C’est original, prenant, imaginatif, et empli de promesses pour l’avenir : autant d’excellentes raisons pour être présent au prochain rendez-vous donné par Michel Honaker.03/12/2011 à 08:49 1
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Béthune, 2 minutes d'arrêt
8/10 Après être sortie du train, Charline Wartel se rend compte qu’elle a oublié dans son wagon ses effets personnels, parmi lesquels ses papiers, son téléphone et ses clefs. Elle tente de regagner sa place, mais le train vient de repartir. Ce qu’elle ignore, c’est que quelqu’un, Marc Jamet, a déjà tout récupéré. Pour en faire quoi ? Il ne sait pas précisément. Il a juste envie de s’amuser un peu. Juste un tout petit peu. Mais certains divertissements d’adultes peuvent rapidement tourner au drame…
Après le très bon La Veuve de Béthune, Patrick S. Vast signe un nouveau roman à suspense de qualité. On y retrouve les ingrédients qu’il avait employés dans son précédent ouvrage : situation simple, personnages dépassés par les événements, et une mécanique scénaristique implacable. Dès les premières pages, le ton est donné : les phrases sont sèches, les protagonistes décrits rapidement, et les multiples drames en puissance sont déjà sur le point de surgir. En moins de cent trente pages, l’écrivain est parvenu à donner vie à des individus crédibles, auxquels on s’attache ou on s’identifie sans difficulté. Des êtres lambda, parfois hachés par la vie, mais toujours avec ce qu’il faut de vraisemblance pour s’imaginer que ce récit est inspiré d’un fait divers. Patrick S. Vast exploite à nouveau les thèmes de l’usurpation d’identité, des complexes relations avec autrui, et maîtrise avec brio cette intrigue qui commence comme un événement si anodin pour rapidement devenir une tragédie en plusieurs actes. Ici, ce qui frappe encore plus que dans La Veuve de Béthune, c’est l’apparente banalité des personnages, pour ne finalement retenir que le mécanisme de leur lente destruction. Des créatures fragiles, persuadées que les catastrophes n’arrivent qu’aux autres, et qui se retrouvent confrontées à des épreuves qui dépassent leur malheureux entendement. À n’en pas douter, Patrick S. Vast a orchestré une remarquable machination, terrible escalier au nombre de marches encore inconnu au fur et à mesure que les personnages les dégringolent. Une lente annihilation, qui éclate à la fois par son originalité et sa crédibilité, au point que le lecteur ne pourra que fermer le livre et se demander ce qu’il aurait fait si cela lui était arrivé.
Une narration impeccable, un récit lapidaire et maîtrisé, et encore une fois, cette aptitude si naturelle à croquer des êtres humains dans des situations singulières. Inutile d’en écrire plus : Patrick S. Vast parvient, en ce qui le concerne, à faire très bien avec peu de mots.03/12/2011 à 08:44
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Le Feu de Dieu
9/10 François-Xavier, surnommé Franx, avait tout prévu en cas de catastrophe mondiale, et notamment ce fortin isolé dans le Périgord, le Feu de Dieu. Et quand ce gigantesque cataclysme survient, Franx n'est pas aux côtés de sa famille mais à Paris, pour une histoire de succession. Il doit alors rejoindre le bastion mais la France, à l'instar du monde tel que l'humanité le connaissait, est complètement bouleversée : paysages ravagés, hordes de pillards, animaux maîtrisant certaines parties du territoire. Et Franx ignore encore que sa famille, confinée entre les murs de la citadelle retranchée, est sous la coupe d'un dangereux psychopathe.
Avec ce thriller crépusculaire, l'auteur bouscule indéniablement le lecteur, notamment en choisissant de le plonger dans un univers en pleine implosion, et ce dès le premier chapitre. A la manière d'un Cormac McCarthy dans La route, Pierre Bordage peint un décor terrifiant, avec un climat détruit, des paysages désolés, en proie à la furie d'une nature incontrôlable. Dans le même temps, le comportement des êtres humains est particulièrement saisissant, devenant des prédateurs d'une rare férocité. On suit donc, parallèlement, le périple de Franx, accompagné d'une jeune orpheline, dans cet univers effrayant, et la survie de son épouse et de ses enfants aux prises avec un redoutable individu, que les circonstances vont transformer en nuisible. Indéniablement, le récit est crédible, et Pierre Bordage dépeint avec une plume d'une rare efficacité une population en pleine effervescence, cherchant de nouveaux jalons moraux, hésitant entre solidarité et égoïsme. Certains tableaux sont époustouflants, des descriptions des horizons balayés par la catastrophe à la barbarie d'individus revenus à une sauvagerie primitive. Cependant, dans cette histoire lugubre subsistent des éclats de vie, des fragments d'optimisme, comme l'espoir en cette jeunesse qui se réinvente et croit en des lendemains meilleurs : Surya, la jeune fille qu'escorte Franx vers le Feu de Dieu, ou encore ses enfants. Des étincelles de lumière dans un monde qui semble avoir inéluctablement basculé dans le néant.
Le Feu de Dieu est assurément un livre percutant, aux images incandescentes qui marquent l'esprit du lecteur. Une histoire où la bestialité côtoie la promesse d'un avenir possible, avec de belles réflexions quant à la jeunesse et la famille. Un roman catastrophe d'autant plus envoûtant qu'il renvoie à des craintes tout à fait plausibles.20/11/2011 à 16:01 2
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Le Tueur
9/10 Le docteur Samuel Kahn s'intéresse un peu par hasard à Arthur Lingard, un détenu de la prison de Rose Hill. L'homme paraît inoffensif, passe pour être d'une intelligence quelconque, et fait plus penser à un petit animal peureux qu'à un véritable criminel. Progressivement, le psychologue va s'approcher du réel Arthur Lingard et l'amener à se confesser. C'est le début d'une longue descente vers l'enfance du prisonnier, un passé qui a conditionné son psychisme. Et si Lingard était en fait un véritable psychopathe ?
Colin Wilson fait partie de ces nombreux auteurs de romans policiers que la postérité a oubliés. Bien à tort, car ce livre, publié pour la première fois en 1970, est en la matière un petit bijou. Par paliers successifs, comme on pénètrerait à l'aveuglette dans une cave mal éclairée, le lecteur s'approprie l'esprit tourmenté du captif. C'est un univers glauque et terriblement déstabilisant, perclus de traumatismes odieux, de fantasmes inassouvis, de cauchemars vécus éveillés. De ses premières amours pour sa sœur jusqu'aux désirs d'inceste, d'attouchements sous hypnose à la fréquentation de pédophiles honteux, du fétichisme pour les culottes aux viols, ce sont des arpents de ténèbres qui se dévoilent lentement, au gré d'une confession chaotique et terriblement obscène. La chrysalide de l'enfant déstructuré s'est ouverte pour donner naissance à un individu aussi pathétique que dérangeant. Certains passages sont décrits d'une manière très directe, presque naturaliste, à la manière d'un entomologiste observant et narrant l'activité d'un insecte nuisible. Colin Wilson ne s'érige pas en juge : il raconte, explore, mais ne tranche quasiment jamais. Le lecteur pourra d'ailleurs trouver bien des scènes écœurantes, sans ce filtre du moralisme, mais l'écrivain s'est contenté de livrer une vérité humaine brute, sans jalons ni tamis, ce qu'il explique d'ailleurs dans sa postface. À certains égards, on en vient même à se demander si le psychologue, Samuel Kahn, n'est pas un peu insipide face à un être aussi pervers, mais ce choix narratif est amplement compréhensible : la lumière obscure projetée par Lingard ne pouvait s'encombrer de paravent, et se devait d'exposer sa noirceur sans contrepoint.
Derrière ce titre assez banal se dissimule un roman psychologique fort et haletant. Les scènes à faire trembler le lecteur sont bien rares, et ce n'était d'ailleurs pas l'objectif de Colin Wilson. Il s'agissait de mettre en relief la genèse d'un monstre, depuis son enfance brisée jusqu'aux premières effusions de morbidité. Un récit d'autant plus effroyable qu'il est parfaitement crédible, et a certainement influencé des auteurs comme James Ellroy, Thomas Harris ou Keith Ablow.08/11/2011 à 16:08
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Mortelle Venise
8/10 En 1536, à Venise, on retrouve le corps de l’embaumeur Marcello Benvolio dans la rue. Il est retrouvé mort sans que l’on puisse établir les causes définitives de son décès. Sur ses traits, la marque d’une infinie terreur. Pour résoudre cette énigme, le doge fait appel au jeune chevalier Ferrucio Ardani. Cet homme, autrefois vénitien et rejeté de la ville, est un habile enquêteur doué d’un esprit fin et cartésien. Saura-t-il dénouer les fils d’une intrigue qui menace l’équilibre de la cité entière ?
En auteur expert en littérature jeunesse, Michel Honaker maîtrise les codes du suspense, et il en fait de nouveau la démonstration avec ce polar historique de haute volée. Rapidement, son style séduit et envoûte : l’époque et les lieux sont impeccablement retranscrits, et l’on ressent rapidement l’angoisse provoquée par ces endroits engoncés de brumes persistantes. L’intrigue est très bien ficelée, et entrelace de nombreux thèmes, comme la religion, les arts ou le pouvoir politique. Le héros est un modèle du genre : d’esprit vif, subtil analyste des scènes de crime, féru de sciences, courageux et doué pour le combat, il dispose de tous les atouts littéraires nécessaires pour le rendre attachant. Par certains aspects, il ressemble même à Sherlock Holmes, le génial détective du non moins génial Arthur Conan Doyle. Au fil de ce court roman – environ cent quatre-vingts pages, Michel Honaker déploie toute l’étendue de son talent, et le lecteur se passionne autant qu’il frissonne face aux épreuves qui s’imposent au protagoniste : un ordre religieux proche de la secte, une ville assaillie par des rumeurs folles, l’angoisse face à un prétendu monstre surgi des cieux, des enjeux politiciens ambigus, etc. À la lecture de cet opus, on ne peut s’empêcher de penser au chef-d’œuvre d’Umberto Eco, Le Nom de la rose, tant certains parallèles apparaissent évidents : la présence d’un inquisiteur retors, les relations entre Ardani et son domestique, l’omniprésence d’une religion fanatique dressée contre d’hypothétiques hérétiques… À n’en pas douter, en plus d’être un brillant écrivain, Michel Honaker est également un lecteur assidu, et ces références, loin d’être les stigmates d’un plagiat, sont autant d’hommages rendus à d’illustres prédécesseurs.
Œuvre dédiée à la jeunesse mais également abordable par les adultes, cette Mortelle Venise est un récit ensorcelant, efficace et rythmé. Pas le moindre temps mort, une intrigue originale, un héros brillant, et la promesse de quelques heures d’une lecture jubilatoire. À découvrir, du même auteur chez la même maison d’édition : Croisière en meurtre majeur, La Sorcière de midi et Trois cartes à abattre.08/11/2011 à 16:08
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La Bible de Darwin
7/10 À la fin de la Seconde Guerre mondiale, un nourrisson échappant aux bombardements alliés dans les bras d'une scientifique et dans lequel subsistent de bien étranges espoirs. De nos jours, au Népal, des moines bouddhistes détruits par un mal indescriptible. Un exemplaire d'une Bible ayant appartenu à Charles Darwin mis aux enchères et déclenchant des passions meurtrières. En Afrique, une femme emportée par une créature mystérieuse. Au cœur de ces quatre énigmes, un secret monstrueux que tentaient de s'approprier les nazis et qui semble être sur le point de se concrétiser.
Deuxième opus de la série consacrée à la Sigma Force après L'Ordre du dragon, La Bible de Darwin se présente comme un film d'action typiquement américain porté sur papier, sans que cette formule soit pour autant péjorative. Arcanes et rebondissements s'enchaînent au gré de chapitres courts et rythmés, l'action ne manque pas, et les scènes trépidantes de combat foisonnent. Du coup, de nombreux personnages peinent à prendre de la profondeur sous la plume de James Rollins, mais cet écueil fait presque partie des désagréments du genre. L'intrigue a été intelligemment pensée et le roman bien bâti, permettant au lecteur de ne jamais s'ennuyer. Au fil des pages, sur de nombreux continents, on explore de multiples domaines, des ténèbres du nazisme avec le mythe du surhomme en passant par l'évolution darwinienne et la physique quantique. James Rollins réussit à habiller son livre très dynamique de notions qu'il vulgarise avec succès, au point de les rendre accessibles alors qu'elles paraissaient pourtant impénétrables pour le commun des mortels. Et si l'ensemble se lit avec avidité, avec comme premier objectif de longues heures de détente, ce livre s'extrait de la masse d'ouvrages traitant de la mystique aryenne grâce à une idée originale et captivante, même si elle demeurera bien trop irréelle aux yeux de nombreux lecteurs, rappelant en cela le final de Genesis de John Case.
Alerte dans sa forme, atypique dans le fond à quelques reprises, La Bible de Darwin constitue un thriller très détendant. Les amateurs du genre y trouveront certainement leur bonheur tandis que les autres, habituellement hermétiques aux romans fondés sur l'action pure et les complots à l'échelle mondiale, verront s'ouvrir, grâce à cet opus de James Rollins, d'agréables parenthèses de réjouissance.02/11/2011 à 18:26
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Un Tueur à la fenêtre
8/10 Dans une cité anonyme, Max et Lucas, deux amis lycéens, se baladent, quand un coup de feu éclate. Max ne se relèvera pas de la balle qui l’a atteint. Le présumé tueur est retrouvé dans un appartement. Mort lui aussi. Il s’est visiblement suicidé. Mais Max n’y croit pas, et décide de mener sa propre enquête, aux côtés d’une séduisante journaliste. Le jeune homme est alors la proie de menaces de mort…
Stéphane Daniel livre ici un très bon roman pour adolescents qui séduira également les adultes. Rapidement, le ton est donné. Les phrases sont courtes, les chapitres également, et l’emploi du présent de l’indicatif renforce la fougue et l’immédiateté du récit. Les divers protagonistes sont très bien brossés, des journalistes aux policiers en passant par les adolescents. L’intrigue est serrée, les rebondissements intéressants, et probablement seuls les grands lecteurs relèveront le détail qui permet de deviner, ou du moins de percevoir l’identité de l’assassin. Au-delà du récit, Stéphane Daniel brosse également un portrait saisissant d’une banlieue banale, entre trafics, intimidations et peurs, et où les barres d’immeubles s’y dressent comme d’inquiétants sémaphores. Néanmoins, l’auteur s’écarte de tous les poncifs, et peint une galerie de personnages qui oscillent entre clarté et ténèbres – le fait qu’il soit d’ailleurs enseignant n’est certainement pas étranger à sa connaissance de ce microcosme.
Au final, Un tueur à la fenêtre constitue un roman à suspense de haute tenue, très bien écrit et saisissant, où l’intrigue est un fil rouge au gré duquel le lecteur sillonnera des lieux bien singuliers. On pourra donc enchaîner avec d’autres écrits de Stéphane Daniel comme Les Visiteurs d’outre-tombe ou Avant qu’il soit trop tard.20/10/2011 à 17:18
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Le contour de toutes les peurs
8/10 Un livre qui, pour un roman jeunesse, présente de nombreux aspects dérangeants : crudité, violence..., ce qui fait qu'il peut être lu par des adultes. Le style est brut, non dénué de qualité, et l'ensemble se lit en moins d'une heure. Il marque les esprits par certaines scènes ainsi que par un scénario original pour ce type de lectorat. Une belle réussite, mais qu'il ne faut pas mettre entre toutes les mains.
19/10/2011 à 12:44
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Dans le grand bain
9/10 Un grand moment de frissons, moins polar que roman à suspense. On ne peut s'empêcher de penser à l'œuvre de Peter Benchley et à l'adaptation cinématographique de Steven Spielberg, « Les dents de la mer ». C'est concis – toute l'action ne dure dans le livre guère plus d'une petite trentaine de minutes, et la plume de Jean-Hugues Oppel est exemplaire, allant à l'essentiel tout en étant poétique. Une intrigue au cordeau pour un classique de la littérature jeunesse.
17/10/2011 à 17:18
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La conspiration du harem
7/10 Une intrigue intéressante et bien menée, avec une très riche documentation quant à l'Égypte antique. On s'instruit en lisant ce livre (qui est d'ailleurs joliment illustré et maquetté) tout en passant un agréable moment avec Hori et ses amis.
17/10/2011 à 17:16
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Le Maître de Chaource
7/10 Au Moyen Âge, un artiste établi à Troyes, surnommé « le Maître de Chaource », est un tailleur de pierre réputé. Néanmoins, d'étranges signes s'amoncellent autour de lui, de sa famille et de ses proches : rumeurs, menaces, puis agressions physiques. À l'origine de ces dangers naissants, un individu appelé Mondé, vêtu comme un homme d'église. Plusieurs siècles plus tard, un homme encapuchonné s'en prend aux œuvres du Maître de Chaource. Le commissaire d'Artagnac et son équipe enquêtent ; ils ignorent encore que les dégradations ne sont pas les seuls méfaits de leur mystérieux agresseur.
Premier ouvrage de Jean-Paul Fosset à être publié chez Ravet-Anceau, ce Maître de Chaource bénéficie d'une intrigue originale, où art et histoire se mêlent de sang. La langue est belle, très poétique, et ce récit court se lit d'une traite. Les chapitres alternent entre le XVIe siècle, l'époque contemporaine, et les propos de l'artiste, observant les policiers depuis les cieux. Il est d'ailleurs important de noter que le lapicide fut un personnage réel, à propos duquel les informations manquent malgré la qualité de ses œuvres (cf. cet article de Wikipédia). Indéniablement, Jean-Paul Fosset sait donner vie à ses personnages, notamment l'équipe du commissaire, composée de joyeux drilles, des protagonistes épicés et au verbe fleuri que ne renierait pas Fred Vargas. L'intrigue est également intéressante et se laisse lire avec plaisir, le suspense relayant des descriptions très crédibles des lieux et époques évoqués. Au milieu de toutes ces qualités littéraires qui donneront envie de lire d'autres ouvrages de Jean-Paul Fosset, on regrettera cependant quelques passages répétitifs, notamment lors des intimidations contre l'artiste, et une histoire qui aurait peut-être pu s'enrichir de quelques rebondissements.
Le Maître de Chaource constitue un opus brillant et délicieux qui évite les poncifs du complot religieux. Ici, point de récit à la Dan Brown ou Steve Berry : on demeure dans le crédible, à mille lieues des productions anglo-saxonnes du moment. Malgré, peut-être, quelques menues faiblesses, on ne peut que louer les aptitudes de l'auteur et espérer d'autres écrits de sa part.17/10/2011 à 17:15
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Maison fondée en 1959
8/10 Luc Lettelier a trente ans et des velléités d'écriture plein l'avenir. En fait, il a déjà rédigé six romans mais les portes de l'édition ne se sont jamais ouvertes à lui. Aussi, quand il reçoit un courrier positif de la part des Éditions Rhésus, il bascule dans le bonheur... avant que son rêve ne s'achève brutalement. Oscar Lernheim, le directeur de cette maison, donne à Luc la mission de réécrire un roman, intitulé La voix secrète. Luc se retrouve empoisonné, et seul l'ordinateur lui pourvoira chaque jour sa dose d'antidote à condition qu'il écrive suffisamment. Mais jusqu'où ira ce cauchemar ?
Le suspense et la machination proposés par Michaël Mention impressionnent rapidement, au même titre que l’écriture. Tout ici a été étudié, calibré, travaillé à la ligne près. L'histoire se révèle rapidement tendue, plongeant le jeune écrivain dans un rapport de production forcée face au clavier de son ordinateur, avec les rebondissements que l'on pouvait attendre d'une telle intrigue : incompréhension, rébellion, soumission, et tant d'autres changements de situation qui ne feront qu'accentuer la juste paranoïa du protagoniste. L'ensemble, assez court, se lit avec énergie, et tout au long de ce récit prenant, on s'émerveille de la plume de Michaël Mention : audacieuse, humoristique, féroce, celle d'un petit jeune qui ose, là où d'autres écrivains se seraient contentés du strict minimum stylistique. Les réflexions quant au travail d'écriture sont brillantes, et le suspense va crescendo jusqu'aux ultimes pages, incendiaires. Certes, on pouvait espérer un dernier rebondissement qui aurait rendu le complot ourdi contre Luc un peu plus crédible, mais ce livre doit avant tout être considéré comme une fugue littéraire, décomplexée, hors des sentiers battus.
Voilà un opus qui conjugue la frénésie d'un thriller, semblable au Misery de Stephen King ou au Nuisible de Serge Brussolo, à l'introspection de l'auteur en devenir. Le fait que le livre retravaillé par le personnage soit d'ailleurs La voix secrète, sorti en même temps que ce roman, souligne l'aplomb et l'intelligence de Michaël Mention dont on espère lire prochainement d'autres écrits.12/10/2011 à 17:47 1
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Le châtiment des hommes-tonnerres
9/10 Le jeune Neil Galore est recruté par l'Agence Pinkerton, un cabinet réputé et officiant sur tout le territoire des États-Unis. Il s'agit d'une agence fédérale, comptant en son sein de fines gâchettes et des enquêteurs hors-pair. Avec trois autres individus de son âge, Neil se voit confier sa première mission : arrêter le Chapardeur, un voleur agissant dans les trains et ayant tué récemment trois policiers de l'agence. Mais l'affaire est bien plus complexe que prévue...
Michel Honaker est l'un des auteurs de littérature policière les plus lus et respectés de France. Cet ouvrage inaugure une nouvelle série consacrée à l'Agence Pinkerton, et le moins que l'on puisse dire est que cette saga se présente de manière bien excitante. On retrouve la plume aguerrie de l'auteur, et cette capacité incroyable à générer des intrigues et des ambiances palpitantes. Les personnages sont savamment croqués et laissent dans l'ombre d'amples parts de leur être qui ne demandent qu'à être exploitées dans les prochains volumes. Neil entraperçoit les passés des gens grâce aux cartes, un autre peut enflammer les objets, Armando semble avoir des comptes à régler avec l'État américain... Voilà toute une galerie de protagonistes que l'on a déjà hâte de revoir par la suite. L'ambiance western est bien rendue par Michel Honaker, et très visuelle ; on sent que l'auteur est nourri de cette culture cinématographique où s'ébattent des pistoleros dans de vastes étendues sauvages. Par ailleurs, on sent que l'écrivain est un grand lecteur car son opus tend vers des références pour le moins flatteuses : Stephen King, Serge Brussolo, ou encore Alec Covin. L'intrigue bascule rapidement vers le fantastique, et le lecteur plonge avec délice dans un univers où s'affrontent des ogres inquiétants : mythologie amérindienne, fantômes chinois, cavaliers spectraux... Indéniablement, Michel Honaker, en peintre littéraire, a su capter, en un seul roman, l'attention d'un lecteur qui finira ce livre à la fois heureux du périple offert et impatient de chevaucher les suivants aux côtés de Neil Galore.
Voilà une série destinée à la jeunesse qui s'annonce on ne peut mieux : suspense, personnages solides, ambiance unique, et tout au long de ce premier opus, toute une série de graines semées qui ne demandent qu'à germer dans les futurs ouvrages. Le Châtiment des hommes-tonnerres est assurément un roman très réussi, pour les jeunes comme pour les adultes, et qui s'offre le luxe de proposer une bien agréable distraction tout en revisitant certaines pages bien atroces de l'histoire du continent nord-américain. La suite est déjà sortie : il s’agit du Rituel de l’ogre rouge.05/10/2011 à 18:28 2
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Dernier tour de manège
8/10 Dans les parages de Bocagna, entre Bourgogne et Franche-Comté, un déséquilibré mutile des chevaux et agresse leurs propriétaires. Louise Brocoin et Sakun Sen, deux individus récupérant des créances pour des tiers, découvrent ainsi, au cours de l’une de leurs « missions », une femme bâillonnée et sa jument massacrée. Il faudra l’intervention du brave adjudant Patrick Gannori pour y voir un peu plus clair dans cette affaire.
Jean-Paul Nozière signe ici un très bon roman noir. L’ambiance rurale est parfaitement restituée, les décors vivent sous sa plume, et les multiples personnages qui peuplent ce livre sont d’une belle épaisseur humaine. Jugez plutôt : Louise, femme désirable et gironde, dont la fille a été enlevée par son géniteur ; Sakun dit le Viet, mastard testant les religions les unes après les autres ; Patrick, dont le paternel est un haut gradé de la gendarmerie, qui a des velléités littéraires et qui brûle d’amour pour Louise. Ajoutez à ce trio atypique un gourou spirite et un criminel obsédé par son épouse, les mutilations sur les animaux et les plans singuliers pour atteindre l’immortalité, et vous obtenez une palette très colorée de protagonistes. Le style de Jean-Paul Nozière alterne adroitement les moments de tension et les portraits psychologiques de ses personnages, sans oublier des touches d’un humour salvateur. L’intrigue est également bien conçue, riche et originale, ne s’achevant qu’à l’ultime page, voire à l’ultime ligne.
Dernier tour de manège est donc un pur régal, jouant sur les codes du roman noir tout en se jouant d’eux. Une réussite supplémentaire à porter au crédit de l’auteur du Silence des morts, Je vais tuer mon papa et Cocktail Molotov.02/10/2011 à 18:43
