El Marco Modérateur

3924 votes

  • Sourire de sable

    Serge Brussolo

    7/10 Il n’aura fallu que quelques instants : en un quasi-claquement de doigts, Las Vegas s’est vidée de ses joueurs et habitants, et ces derniers ont rejoint le désert comme des zombies. Certains sont morts desséchés comme des momies, d’autres sont (partiellement) amnésiques. Le pays envoie sur place Ana pour comprendre ce qui s’est passé.
    Indéniablement, on y retrouve la patte de cet auteur que j’adore, même si plusieurs de ses dernières œuvres m’ont déçu : une héroïne jeune et solide au passé trouble, des phénomènes inexpliqués, une société américaine gentiment caricaturée, des rebondissements forts et inattendus… Bref, on est dans du Brussolo pur jus. Néanmoins, ce roman est émaillé de défauts que l'on retrouve assez souvent chez cet écrivain. L’auteur a parfois le don de vouloir trop en faire et de filer le tournis aux lecteurs (lapidations avec des livres… empoisonnés, bâtiments faits avec du mortier issu des cadavres flétris, amnésies un peu trop appuyées voire mécaniques pour être crédibles, enfance beaucoup trop hollywoodienne avec ce sobriquet « Celle qui éventre les loups avec les dents », etc.). Pour résumer, un ouvrage court et dense, parfois trop échevelé et qui se perd à de multiples occasions dans des délires (là, pour une fois, c’est à mes yeux un défaut). Mais ça reste du Brussolo typique, et malgré les écueils indiqués, perso, je reste fan de son inventivité et de son univers littéraire.

    23/06/2025 à 17:49 3

  • Mission Mars

    Philippe Nessmann

    7/10 Vous incarnez la « doublure » de Paul Nash qui vient justement de se casser la jambe, et vous rejoignez ainsi un équipage qui va s’envoler vers une station orbitale, destination Mars. Une belle arborescence d’énigmes, de devinettes et de mises en application de ce que vous avez appris auparavant sur l’espace, le fonctionnement des modules spatiaux, de la planète, du fonctionnement de la navette, etc. Philippe Nessmann a signé un bel espace game, prenant et divertissant, agrémenté de quelques touches d’un savoir scientifique intéressant et que le lecteur-acteur (ici adolescent, plutôt) doit mettre en application s’il veut survivre dans l’espace, sur Mars, et espérer pouvoir quitter la planète rouge pour rejoindre la bleue. Un très agréable ouvrage qui (moi qui n’y connais pas grand-chose en astronomie) propose un sympathique divertissement autant que des notions et des éléments pédagogiques habilement amenés (comme les trois techniques de freinage, le fonctionnement d’un rover, d’une station spatiale, etc.). De la belle ouvrage, distractive sans oublier d’être instructive.

    20/06/2025 à 19:54 1

  • Un autre jour

    Valentin Musso

    8/10 Adam Chapman, architecte, voit sa vie exploser en plein vol quand un policier lui annonce une tragique nouvelle : sa femme, Claire, a été agressée, violée et assassinée. Fou de douleur, il sent que tout s’écroule quand un événement improbable se produit : il a l’impression d’être pris dans une boucle temporelle, avec la possibilité de pouvoir sauver Claire. Mais il n’est pas au bout de ses surprises, et le lecteur non plus.
    Mon premier Valentin Musso, et je dois dire que cet essai a été pour moi un chouette bonheur. Si le prologue a sonné particulièrement bateau et que je n’ai pas été embarqué plus que ça par la qualité de l’écriture, je dois dire que j’ai été rapidement happé par la mécanique de l’ouvrage. C’est sérieux, solide, rapidement addictif. La série de rebondissements est bien trouvée, et je dois dire que la résolution de l’énigme me marquera durablement. C’est à la fois original, fin et d’une belle puissance d’évocation, posant de légitimes questions sur des thèmes épineux que je ne saurais expliquer ici afin de ne rien dévoiler. Comme je le disais, le côté resucée de « Un Jour sans fin » après ces premières pages déjà lues ou vues des centaines de fois m’a un peu refroidi avant de me rendre compte que ce roman méritait plus d’attention et que l’énigme allait à la fois s’étoffer et se singulariser de la plus belle des manières. Chapeau, monsieur Valentin Musso, on se donne très probablement rendez-vous dans peu de temps !

    19/06/2025 à 20:27 2

  • Schwarz

    Antoine Ozanam, Sébastien Vastra

    7/10 L’intrusion inattendue d’un monstre (qui tient à la fois de l’Alien et du Predator) dans le vaisseau pour amorcer ce troisième et dernier tome. D’autres références plastiques à des icônes de la BD (comme ce costume ressemblant énormément à celui d’Iron Man, ou cette reprise d’une formule archiconnue du cinéma fantastique) pour cette histoire de nouveau bien menée, avec quête spatiale, combats dans une arène et droïdes surnuméraires, pour un dernier tome dont le final laisse pourtant augurer une ou des suites possibles.

    17/06/2025 à 18:53 1

  • Défaite

    Blake Pierce

    4/10 Cora Shields, trente-et-un ans, est une très solide agente du FBI. Ancienne membre des Navy SEAL, elle est très douée pour l’action (cf. sa dernière intervention contre un psychopathe milliardaire) mais elle ne laisse guère indifférent : l’un de ses directeurs vient de la piéger en la photographiant en train de subvenir à ses addictions à l’alcool et aux médocs. Renvoyée, elle apprend le suicide d’une vieille amie ainsi que la disparition suspecte de la fille de celle-ci, Caitlin. Et voilà Cora obligée de revenir à l’action.
    Blake Pierce, je vais finir par connaître, et ce roman se distingue justement de ses ouvrages : pas de tueur en série, mais plutôt un bloc d’action, quelque part entre les « Taken » et autres Jack Reacher. Malgré d’évidentes qualités, comme un rythme cadencé, une écriture qui sert assez bien le dynamisme de l’ensemble et l’absence de temps morts, j’ai vraiment été déçu par cet opus. Il recycle un scénario déjà fort éculé autant que des scènes que l’on a déjà pu lire ou voir mille fois auparavant. Cora est bien sympathique mais elle n’en demeure pas moins sacrément lisse, avec comme d’habitude dans ce type de littérature, une invulnérabilité invraisemblable : elle a à peine défoncé les policiers ripoux de Westville qu’elle dézingue dans un entrepôt avant de faire la même chose sur le yacht du « Marchand » et de conclure son périple sur un îlot colombien avec un ancien partenaire pour une ultime pétarade. Bref, beaucoup trop de clichés qui viennent surcharger cette frêle embarcation, et Blake Pierce, là, se laisse progressivement submerger par les flots : un naufrage plutôt sympathique, certes, mais un naufrage malgré tout.

    16/06/2025 à 18:18 1

  • 1937, l'héritier

    Simon Second, Lender Shell

    9/10 Île d’Islay, Ecosse, avril 1937 : Walter Ferguson préfère se jeter du haut d’une falaise que de coopérer avec ses poursuivants. Son fils revient sur les terres familiales et apprend que son père travaillait sur un alliage révolutionnaire capable de résister à de très fortes pressions ainsi que sur un projet de train sous-marin. Ces deux idées deviennent plus qu’alléchantes avec Hitler devenu chancelier et la possibilité de relier ainsi l’Amérique à l’Europe, et ça va aiguiser les envies de diverses nations.
    Un scénario intelligent, un graphisme exemplaire, un rythme soutenu et ce qu’il faut d’ingrédients d’un bout à l’autre (même si la scène quasi finale avec le requin géant, peut-être un mégalodon, est probablement de trop). Bref, une petite merveille d’ingéniosité comme esthétique.

    15/06/2025 à 08:00 2

  • Avant le déluge

    Jason Aaron, R.M. Guera

    3/10 Une BD très curieuse, où l’on suit Caïn, le frère d’Abel, qui commence à arpenter le monde dans un déluge de violences et de grossièretés. Ça oscille entre « Mad Max », « Le Livre d’Eli », « Ken le survivant », « La Guerre du feu » et aussi un brin de fantasy. Dit comme ça, ça peut sembler éventuellement attrayant, mais je dois bien avouer que ça ne m’a pas du tout séduit. C’est dynamique et bien dessiné, d’accord, mais je n’ai pas accroché à cette histoire, j’y suis même resté hermétique d’un bout à l’autre. Inutile de dire que je ne serai pas au rendez-vous du second tome.

    14/06/2025 à 07:59 1

  • Styx

    Philippe Deparis

    8/10 Le policier Éric Miera vient d’être condamné à perpétuité, avec une peine de sûreté de trente ans. Qu’est-ce qui l’a mené du commissariat au procès puis à la prison ? Récemment affecté à Paris, il intègre une brigade menée par Alain, flic de terrain. Éric côtoie alors les petits trafics, les dealers de banlieue, et lutte au quotidien contre des maux ordinaires avec ses coéquipiers. Quand Alain se suicide après avoir montré les symptômes d’une dépression, ses camarades sont sous le choc. Un carnet consciencieusement noirci par la victime et découvert par Éric va lui montrer l’envers du décor et l’amener graduellement vers le chemin de la perdition.

    Philippe Deparis signe ici un roman percutant, et même si l’étiquette présente sur la première de couverture le qualifie de thriller, il tient davantage du roman noir. L’auteur, policier expérimenté, connaît bien le milieu qu’il décrit, les procédures, les tensions internes des services, les chroniques de ce métier, et tout nous est restitué avec tact et intelligence. Éric compose un personnage intéressant, mais c’est après la découverte de ce fameux carnet secret que l’on prend toute la mesure de la déchéance qui va s’imposer à lui. Il va prendre conscience des petits arrangements, des corruptions et des collusions qui vont aboutir à bien des collisions. Progressivement, par paliers successifs comme on s’enfonce dans des eaux troubles, le héros va céder à tous les péchés capitaux aux côtés d’Hassan, dealer notoire, et de quelques-uns de ses coéquipiers. Sourdes addictions aux drogues, au sexe pas nécessairement tarifé, à la violence, à l’appât du gain : Éric va tout dévorer avant d’être consumé par ses propres démons. Son couple et sa famille explose en plein vol, ses principes moraux sont dévastés et laissés à l’état de ruines fumantes, et plus rien ne semble empêcher ni même ralentir sa chute. Malgré quelques passages peu crédibles et un nombre rédhibitoire de coquilles, Philippe Deparis nous offre un ouvrage saisissant, très sombre, ponctué de fusillades et de morts violentes. Cependant, il ne jette pas en pâture la profession de policier : sa préface rappelle la douloureuse question du suicide dans cette fonction lourdement impactée, et l’on sent clairement un net attachement de la part de l’auteur malgré l’acidité de certains propos.

    Un ouvrage âpre et enténébré, montrant la dérive d’un individu tout ce qu’il y a finalement de plus humain, et donc nécessairement soumis aux mirages de l’argent facile, des plaisirs de la chair et des dépendances toxiques. Pas de jugement péremptoire ni de bien-pensance, seulement la description certes fictive et littéraire d’un homme qui pourrait être n’importe lequel d’entre nous après avoir, au choix, franchi le Styx ou le Rubicon.

    11/06/2025 à 07:01 5

  • Quand le chat n'est pas là...

    M. J. Arlidge

    8/10 Martha White a été la première victime : cette femme a été agressée chez elle par un cambrioleur qui l’a massacrée avec une hache. Rapidement, La commandant Helen Grace et son équipe en viennent à identifier un suspect, un homme avec qui la victime avait eu une brève liaison et qui la harcelait depuis. Mais le tortionnaire tue une nouvelle fois et l’investigation en cours va connaître bien des rebondissements.

    M. J. Arlidge nous fascine encore une fois avec ce onzième tome des enquêtes d’Helen Grace. On retrouve instantanément ce qui marque si significativement le style de cet auteur anglais : des chapitres très courts et dynamiques (il y en a 151 dans cet ouvrage), un tempo trépidant, une alternance entre les divers protagonistes et un rythme si imprenable qu’il est difficile de reposer le livre avant de l’avoir terminé. Ici, Helen est confrontée à un tueur particulièrement brutal, mû par un mobile original que l’on ne découvre que dans les ultimes chapitres. Parallèlement, elle va devoir lutter contre des agressions orchestrées par Alex Blythe, le sinistre personnage psychopathe qui a juré sa perte, tout en essayant de préserver sa place au sein du service de police. C’est également l’occasion de retrouver Emilia Garanita, la journaliste si manipulatrice du Southampton Evening News, qui va ici se présenter sous un jour assez nouveau : elle dispose encore de son pouvoir de nuisance et compte bien s’en servir, mais il se pourrait également que sa malveillance fléchisse tandis qu’elle cède à l’amour. Comme d’habitude chez M. J. Arlidge, l’histoire est donc réussie, énergique et très intéressante, sans le moindre temps mort, et l’épilogue – pluriel – met autant l’accent sur le côté policier qu’émotionnel.

    Une nouvelle réussite de la part de M. J. Arlidge, qui maintient la haute qualité littéraire des enquêtes menées par Helen Grace tout en se renouvelant.

    10/06/2025 à 06:53 5

  • Les Sables de Sinkis

    Luc Brahy, Tristan Roulot

    9/10 Sumatra, Indonésie : la région a été durement touchée en 2004 par les tsunamis, et l’ingénieur Jack Irons est envoyé sur place afin de comprendre d’où viennent les retards sur la construction d’un pont dont le « chantier n’a pas avancé depuis dix ans ». Sur place, il se rend compte que rien ne va, et un individu coupe même la corde à laquelle il était attaché pendant une de ses inspections.
    Encore un très bon tome qui se lit comme un polar, avec une belle – et très originale – histoire de trafic et de détournement, mais je ne dirai pas de quoi. Il faudra nécessairement attaquer le troisième – et dernier – tome pour avoir le fin mot de l’histoire. Vraiment bon, bien mené et original. Je vous recommande chaudement cette série !

    09/06/2025 à 18:24 2

  • Pierrot le fou

    Rodolphe, Gaël Séjourné

    7/10 11 novembre 1946 : des urgentistes viennent chercher un dénommé Paul Chaplain à l’hôpital. En réalité, il s’agit de Pierre Loutrel, alias Pierrot le fou, et il meurt peu de temps après être arrivé chez ses compagnons. L’occasion de revenir sur sa « carrière » et sa trajectoire, des bat’d’af aux braquages, de racketteur au nom des FFI et membre du réseau de résistance Morhange – morale à géométrie variable et liée aux événements – après avoir bossé pour la Gestapo, etc. Une BD assez réussie, avec des dessins sympathiques et une histoire intéressante à suivre.

    09/06/2025 à 18:23 1

  • Les Désarmés - Tome 2

    Mezzo, Michel Pirus

    8/10 Dernier tome de ce diptyque : l’accident automobile dans le véhicule avec un mort que les deux rescapés enferment avec des pierres dans l’habitacle. Des personnages toujours aussi croustillants qui s’illustrent notamment lors du second braquage qui tourne littéralement au bain de sang. Un final très typé western, aussi dur et sombre que certains aspects de l’intrigue qui, même si elle est finalement classique, porte un second tome à mon avis supérieur au premier.

    09/06/2025 à 07:57 1

  • Petits contes macabres

    Becky Cloonan, James Harren, Mike Mignola, Eric Powell

    6/10 Une salve de contes déclinés dans une maison londonienne du XIXe siècle : un voyage dans l’espace à l’intérieur d’un aérostat, le fantôme du Kelpie et de son cavalier qui sortent des eaux pour s’en prendre à une jeune femme, une interprétation du « Jabberwock » de Lewis Carroll, une apparition liée à une malédiction. Des récits très classiques et composites mais c’est l’épilogue que je retiendrai, finalement : inattendu et plutôt réjouissant.

    07/06/2025 à 17:25 1

  • La Fille du batelier

    Andy Davidson

    9/10 Alors âgée de onze ans, Miranda a vu son père s’enfoncer dans les bayous de l’Arkansas. Depuis cette nuit tragique, elle a bien grandi et vit à présent avec Littlefish et la vieille Iskra. Habituée à vivre à la dure, chassant régulièrement avec arc et flèches, elle trempe dans un trafic de drogue dans lesquels sont également impliqués un pasteur aliéné et deux policiers véreux. L’équilibre de ce territoire va rapidement basculer dans la démence et le sang.

    Qui a déjà lu l’incroyable Dans la vallée du soleil sait qu’Andy Davidson n’est pas un auteur comme un autre et que ses récits sont hallucinés. On retrouve instantanément sa plume si caractéristique (longues descriptions, dialogues plutôt rares, tirets cadratins inclus dans une syntaxe réinventée) ainsi que son univers atypique. Les personnages étranges voire complètement barrés qui peuplent ce roman sont, une fois de plus, particulièrement marquants, rôdant autour de la propriété de Sabbath House. Il y a Iskra Krupin, la vieille sorcière qui s’y connaît en maléfices ; le nain John Avery ; Littlefish, ce gamin bizarre né de la forêt et doté d’écailles et de doigts palmés ; Miranda, chasseuse émérite qui n’a jamais retrouvé le cadavre de son père ; Billy Cotton, pasteur illuminé qui pleure encore la disparition de son épouse Lena ; le policier Riddle, qui a perdu un œil quand il a essayé de violer Miranda alors qu’elle était encore une gamine. La Nature compose également un protagoniste important dans ce livre, et Andy Davidson livre de magnifiques descriptions des lieux, de la faune et de la flore, avec toujours ces nuances si particulières de noirceur et d’occultisme. D’ailleurs, ce texte est on ne peut plus infernal : on y croise quelques créatures jaillies des replis des bois et de la nuit – l’auteur indique dans ses remerciements s’être inspiré du folklore russe – et l’histoire est absolument fantastique, à tous les sens du terme. De nombreux passages sont mémorables (la confrontation avec les bikers, le final de Cotton, le mot final de cet opus qui apporte une lueur d’espoir) et l’ensemble est tout bonnement fascinant. On ressort de cette lecture désarçonné, essoré, foré par tant de coups de boutoir des ténèbres, captivé par les multiples sortilèges qui cannibalisent ce bayou.

    Un roman singulier, peuplé d’âmes égarées, de démons à peine humains et de malheureux pécheurs cherchant la rédemption. Une œuvre redoutable et qui, à défaut de séduire la plupart des lecteurs, saura envoûter les plus exigeants d’entre eux.

    06/06/2025 à 06:45 5

  • L'Evangile de la colère

    Ghislain Gilberti

    8/10 Seth Kohl a été réintégré au sein de la police et une sordide affaire fait surface : une série d’atroces homicides ensanglante la région parisienne. Une piste apparaît : le tueur s’inspire des danses macabres. L’équipe de Kohl et de la capitaine Céline Fauvel vont tout mettre en œuvre pour stopper ce monstre.

    Ghislain Gilberti compte marquer les esprits avec ce thriller sous testostérone, et cela se sent dès le prologue au cours duquel Kohl, encore surnommé « le Zombie », porte secours à deux enquêteurs en bien mauvaise posture. On se doute dès cette entame qu’il y aura du sang, des tripes et de la violence. Tout au long des pages de ce roman, l’écrivain déploie son imagination et laisse libre cours à sa fécondité littéraire, avec force moments de haute tension, de sauvagerie et de profilage. Les divers policiers sont bien sentis, de Kohl – qui a connu une longue traversée du désert avec des addictions toxicologiques suite à l’assassinat de son frère, de son épouse et de sa fille, lui qui est un vétéran qui n’a rien oublié de ses réflexes de mort – à Céline Fauvel – habile profileuse – en passant par les divers membres de la famille Baptista. L’ensemble est extrêmement nerveux, bien écrit, et les amateurs de pics d’adrénaline seront ravis. En tout, de l’aveu même du criminel, ce sont « vingt-neuf personnes » qui tomberont au gré de la croisade saturée de mysticisme et de religiosité extrémiste. Ghislain Gilberti inclut quelques – rares – moments d’humour dans les dialogues ou dans des clins d’œil (notamment un à l’égard de Jean-Marc Souvira, et un autre à propos de son propre ouvrage Dynamique du chaos), mais c’est bien le sombre des ténèbres et l’écarlate du sang qui prédominent amplement dans ce livre. D’ailleurs, si on peut reprocher à l’écrivain quelques longueurs superflues et un déluge d’homicides, force est de reconnaître son indéniable talent de narrateur.

    Une partition certes classique pour ce thriller, mais les notes qui y sont épinglées sont rythmées, noires et accrocheuses – amplement aptes à contenter les fans du genre.

    05/06/2025 à 06:48 3

  • La Reine du noir

    Julia Bartz

    8/10 Alex – la narratrice –, Keira, Taylor, Wren et Poppy : elles sont cinq jeunes auteures à avoir décroché la possibilité de participer à une retraite d’un mois dans les Adirondacks afin de se lancer pleinement dans l’écriture et achever leurs romans respectifs. Leur hôte ? L’écrivaine Roza Vallo, éminente artiste sulfureuse dont la plume féministe est adulée par des millions de lectrices. Mais une fois arrivées au manoir de Blackbriar, les pensionnaires prennent rapidement conscience d’une ambiance à la fois pesante et ténébreuse : peut-être est-ce lié au passé des lieux, quand la demeure appartenait à Horace et Daphné, tous les deux retrouvés morts après des séances de spiritisme beaucoup trop poussées. Et toutes les cinq de comprendre que ce séjour pourrait bien tourner au cauchemar.

    Ce premier roman de Julia Bartz happe le lecteur dès le début. Instantanément, la plume de l’écrivaine séduit autant qu’elle ensorcelle. L’atmosphère si inquiétante de la propriété produit des stimuli d’angoisse autant que de la fièvre. Les protagonistes sont travaillées, le décor octroie un net sentiment de tension, et le récit distille graduellement ce qu’il faut de noirceur tout en demeurant crédible. Nos autrices en herbe vont être confrontées à des épisodes détonants, d’une cure de LSD à des injonctions littéraires pour le moins abruptes de la part de leur mécène en passant d’étranges cadeaux et une tempête de neige envahissante, et leur sororité sera mise à mal par des ruptures profondes autant que par des trahisons. Julia Bartz signe une intrigue prenante d’un bout à l’autre, avec parfois quelques éléments scénaristiques attendus, mais ce huis clos s’avère redoutable d’efficacité : le piège tendu à nos héroïnes est captivant et les considérations quant à la littérature en général et à l’écriture en particulier sont frappées du sceau du bon sens. Les extraits de La Grande Transmission, l’ouvrage que rédige Alex lors de cette retraite artistique, offrent un bel écho aux événements contemporains du livre et l’ensemble se conclut de manière habile.

    Un thriller de haute volée, féministe à sa façon, et présentant un personnage mémorable - Roza Vallo en l’occurrence, à la fois psychopathe, manipulatrice, torturée et diablement inspiratrice.

    04/06/2025 à 06:59 4

  • Du feu de Dieu

    Jean-Pierre Rumeau

    9/10 Patrick Patras a quarante-et-un ans, un physique de dégingandé, il est myope et atteint de bégaiements, et après une adolescence bousculée, il a trouvé la paix dans les bras de Dieu en épousant la prêtrise. Sa vocation est aussi liée à sa rencontre avec le père Rémy, devenu son mentor, avec lequel il partage les douleurs de ses contemporains, dans les EHPAD ou les hôpitaux. A l’église Saint-Louis de Fontainebleau, les deux hommes sont agressés par un duo de jeunes femmes, le père Rémy est assassiné, émasculé et crucifié. Pour Patrick, c’est le début d’une longue et intolérable descente aux enfers, au bout de laquelle se trouve la vengeance, et peut-être également une forme de rédemption.

    Jean-Pierre Rumeau signe ici un roman d’une rare noirceur. La plume de l’auteur sait prendre son temps pour planter le décor, les personnages, les relations parfois complexes qui les connectent, et livre de beaux passages sur la religion, la confiance en un éventuel au-delà céleste, les affres du doute quand la maladie ou la mort fauche brutalement et avec iniquité les individus. Patrick Patras s’impose rapidement comme un protagoniste marquant, loin des stéréotypes redoutés du genre, à la fois fragile dans son apparence comme dans son âme, sujet aux errances et à la perte presque totale de repères moraux, prêt à l’apostasie pour céder à l’amour charnel, à la violence physique et à la tentation du meurtre. Jean-Pierre Rumeau aurait pu nous livrer une énième version des séries de films Taken ou Un Justicier dans la ville, avec force effets pyrotechniques et autres combats à mains nues, mais il n’en est strictement rien – et c’est tant mieux : il s’agit d’un ouvrage intrinsèquement sombre, tortueux, qui tangue et saigne, émeut et choque, secoue et surprend. En fait, même l’enquête policière passe au second plan et ce sont essentiellement le portrait psychologique de Patrick ainsi que le chemin menant aux représailles qu’il va emprunter qui sont au cœur du récit. Les scènes finales, dans la grotte, aux côtés de ces deux adolescentes qui sont autant des prédatrices que des proies, sont fortes et très bien pensées.

    Un livre noir comme une soutane, avec juste ce qu’il faut de blancheur au niveau du col romain pour éclairer l’ensemble. Un opus qui cingle et bouleverse, avec de justes réflexions sur la jeunesse désespérée, l’hideuse attraction de l’islamisme et certains pièges de la foi.

    03/06/2025 à 06:58 7

  • Dans ses yeux

    Sébastien Theveny

    2/10 Samuel Ledizet, la cinquantaine, retraité et dont la fille vit au Québec, est sujet à de graves migraines ophtalmiques ainsi qu’à des cauchemars récurrents. La médecine s’avoue vaincue à comprendre ses maux jusqu’à ce que l’improbable surgisse.
    Une nouvelle certes distrayante, bien écrite et plutôt agréable à suivre, mais qui s’avère très décevante voire embarrassante dans sa résolution : ce sujet autant que l’explication qui va avec ont déjà été exploités précédemment par d’autres auteurs (je ne vais bien évidemment pas les citer, histoire de ne rien divulgâcher pour autant). L’expression veut que « c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe », mais ça n’est pas pour autant qu’un auteur doit s’approprier les ingrédients, la recette et la présentation finale de ses illustres camarades pour s’en attribuer aussi illégitimement le mérite : pour moi, ça ressemble beaucoup moins à un hommage qu’à un authentique plagiat.

    02/06/2025 à 18:36 3

  • Le Cristal de chasse

    Emmanuel Roudier

    5/10 Une équipe de Néandertaliens revient de la chasse et l’un des leurs est moribond : il fait jurer à ses fils de tuer Longuebarbe, le bison « maléfique » responsable de sa mort imminente.
    L’idée de départ n’est pas inintéressante – pas fofolle non plus – mais d’entrée de jeu, imaginer des Néandertaliens s’exprimer comme des orateurs avec un langage si complexe m’a instantanément calé sur la bande d’arrêt d’urgence. Rahan et consorts, d’accord, c’était pareil, mais l’anachronisme n’était pas autant poussé et ces BD mettaient en avant leurs vertus purement distractives. Ici, cette interférence m’a aussitôt exclu du récit, et je vais m’en arrêter là avec cette série.

    01/06/2025 à 17:11 1

  • Nouvelle vie

    Mark Eacersall, Gyula Németh

    6/10 15 janvier 1790, île de Pitcairn : nos marins prennent possession des lieux et commencent à s’installer, et tout retour en arrière est impossible quand le navire prend intégralement feu. Après une naissance, les premières tensions naissent, avec les femmes qui sont en ligne de mire.
    Un second tome sympathique comme le précédent, sans plus, mais les références temporelles et autres sauts dans le temps (« deux semaines plus tard », « deux mois plus tard », etc.) sont si nombreux qu’ils en sont venus à me taper sur le système.

    01/06/2025 à 17:00 1