Hoel Modérateur

896 votes

  • Le Polar de l'Été

    Luc Chomarat

    8/10 Écrire un polar, un roman d’espionnage ou un thriller, c’est trop convenu. Luc Chomarat préfère prendre un malin plaisir à s’emparer des codes du genre pour proposer toute autre chose. Après L’espion qui venait du livre où un éditeur entrait dans un roman d’espionnage pour le sauver de la catastrophe industrielle, et avant l’excellent Le dernier thriller norvégien, dans lequel un éditeur français se retrouvait à la fois dans un manuscrit et dans une ville où sévit un tueur en série, paraissait en 2017 Le polar de l’été. Réédité ce mois-ci par la Manufacture de livres avec un nouvel habillage, Luc Chomarat s’y amusait déjà follement à bousculer ses lecteurs. Virtuose du décalage, professionnel de la mise en abyme, l’auteur a toujours plus d’un tour dans son sac, et de l’humour à revendre. Bien difficile pour le lecteur de savoir où tout ça va le mener, mais quel plaisir de se laisser embarquer par les roublardises de l’écrivain, qui s’amuse sans doute au moins autant que nous à imaginer ces intrigues tordues à souhait.
    Vous l’aurez compris, Le polar de l’été n’en est pas vraiment un, et le bouquin tant recherché est l’archétype du MacGuffin. C’est autour de lui que va se dérouler l’intrigue, prétexte à la remontée de souvenirs, à l’évocation du deuil du père ou à des tensions familiales diverses et variées desquelles notre narrateur peine à se dépêtrer.

    Un titre drolatique et un auteur malicieux en diable que l’on conseille vivement à ceux qui n’ont pas peur de se faire bousculer... pour leur plus grand plaisir.

    06/07/2020 à 17:13 4

  • L'Amitié est un cadeau à se faire

    William Boyle

    7/10 Après deux romans se déroulant à Brooklyn où le décor et l’ambiance occupaient une grande place, l’auteur change de registre avec ce trépidant roman choral.
    Plus on ajoute de personnages, plus l’exercice peut s’avérer délicat. Pourtant, malgré une demi-douzaine de protagonistes que l’on suit en alternance, William Boyle s’en sort comme un chef. L’histoire gravite autour des trois générations de la famille Ruggiero : Rena, Adrienne et Lucia. Pour autant, on suit de la même façon les autres personnages au gré des chapitres, ce qui permet de se mettre aisément dans la peau de chacun.
    La figure de Lucia, souhaitant ardemment s’émanciper après avoir été trop longtemps privée de quasiment tout (y compris de sa grand-mère) par une mère castratrice est intéressante. Malgré de nombreuses scènes d’action, de courses-poursuites et quelques morts pas jolies jolies, l’humour est assez présent, notamment lorsque Wolfstein et Mo racontent à Lucia de savoureuses anecdotes en lien avec leur jeunesse d’actrices dans l’industrie pornographique.
    Bien que le rythme ne retombe jamais vraiment, William Boyle ne peut s’empêcher de glisser de nombreuses références cinématographiques et littéraires. L’incipit de ce roman nous annonçait la couleur : « Aux bibliothèques et vidéoclubs où j’ai passé mon enfance. »

    On sent effectivement l’amour de William Boyle pour les histoires et pour ses personnages. Il est certain que ce roman choral survitaminé aux personnages féminins charismatiques pourrait faire un excellent film.

    29/06/2020 à 17:43 2

  • Marseille 73

    Dominique Manotti

    9/10 Ce roman « phocéen » fait suite à Or noir (Série Noire, 2015) bien qu'il puisse se lire indépendamment. On y retrouve le commissaire Daquin, 27 ans, à son premier poste, à la police judiciaire de Marseille. Les amateurs de l'auteur l'auront peut-être déjà croisé, plus âgé et en région parisienne.
    Dévorer un ouvrage de Dominique Manotti, c'est un plaisir double. Celui de lire un roman noir de grande qualité tout en prenant un cours d'histoire passionnant. Une fois que l'idée de départ est là, l'auteure met en général plus d'un an à se documenter sur la période concernée avant que les personnages s'imposent à elle et de commencer à rédiger. Ce Marseille 73 fait sinistrement écho à des problèmes sociétaux liés au racisme et aux violences étatiques encore bien trop présentes de nos jours. Si la chronologie a été volontairement contractée – les événements évoqués dans le roman se sont déroulés sur cinq ans et non sur quelques mois – rien n'a malheureusement été inventé ou presque. Malgré l'acuité des références historiques, l'écriture de Dominique Manotti, sans fioritures, est toujours aussi efficace. Certains passages donnent particulièrement envie de voir ce roman un jour adapté au cinéma.
    Malgré ce qu'affirme la police, les frères Khider sont persuadés, tout comme le paternel, que Malek n'a trempé dans aucune affaire sordide ayant pu amener à son assassinat. Grâce à Maître Berger, un jeune avocat progressiste rêvant de faire carrière, ils entendent bien le prouver. À l’Évêché, Daquin doit faire avec sa hiérarchie et ses collègues de la Sûreté, pour qui la mort d'un "Algérien" n'est clairement pas la priorité. À Marseille, une grève se prépare pour dénoncer cette vague de violences racistes que l'histoire retiendra sous l'appellation de "ratonnades de 1973".

    Roman noir historique ultradocumenté sans jamais être pédant ni par trop lent, Marseille 73 est plus que jamais d'actualité. Dans cette époque partagée entre le mouvement Black Lives Matter et des dirigeants pour qui le racisme et les violences policières n'existent pas, il n'est guère difficile de se convaincre que ce type de roman est encore nécessaire. Marseille 73 est une œuvre de première nécessité qui continue de démontrer que le talent des grands romanciers, c'est parfois de nous parler d'hier pour évoquer aujourd'hui.

    20/06/2020 à 14:35 7

  • Le Manuscrit inachevé

    Franck Thilliez

    7/10 Dans Le Manuscrit inachevé, paru au Fleuve noir en 2018, l’auteur nordiste nous proposait une intrigue multiple tortueuse à souhait. On sait que les multiples éléments vont être amenés à s’entrecroiser d’une manière ou d’une autre, ça fait partie des attendus du genre, mais ce qui surprend toujours, c’est cette propension à proposer autant de fausses pistes et de rebondissements.
    Ceux qui n’aiment pas le thriller trouveront que c’est mécanique – quasiment tous les chapitres se terminent par un cliffhanger –, que c’est mal écrit – l’auteur ne brille pas par ses figures de style, c’est sûr –, que certains rebondissements ont été vus et revus ailleurs, qu’on n’est pas obligé de trucider des jeunes filles pour écrire un bon polar... Ils n’ont pas tout à fait tort. Qu’à cela ne tienne, on prend quand même son pied à suivre les personnages de ce roman qui en compte un certain nombre. Léane, auteure de thriller et maman d’une adolescente disparue est le personnage central de ce texte, mais peut-être pas le plus réussi. On s’attache notamment à Vic, inspecteur de police quitté par les siens malgré les efforts qu’il fait pour être un bon père/mari/flic.
    L’intrigue est tellement efficace qu’on pardonnera assez facilement à l’auteur l’usage de quelques grosses ficelles (beaucoup de cas d’amnésies dans la région) et coïncidences heureuses – on pense notamment à un chien qui n’aboie pas quand on entre par surprise sur sa propriété ou à des lettres manifestement codées qui échappent curieusement à une première inspection.

    Très difficile à reposer en cours de route tant le suspense y est redoutable, Le Manuscrit inachevé ravira sans doute les fans de l’auteur et de thrillers bien construits. La toute fin, choix étonnant de la part de Franck Thilliez, ne satisfera sans doute pas tous les lecteurs.

    18/06/2020 à 17:20 8

  • Le Vent des Libertaires - épisode 2/2

    Philippe Thirault, Roberto Zaghi

    8/10 Que dire de plus (cf. vote du tome 1)... Tout idéalisé qu'il a été par certains, tout haï qu'il a été par d'autres, Makhno n'était ni noir ni blanc (enfin, on se comprend ^^) et Thirault le montre sans détours. Courageux comme pas un, fidèle à ses idées pour lesquelles il n'hésitait ni à risquer sa vie ni à tuer, parfois pour l'exemple, ses rapports avec les femmes étaient compliqués. Tout instruit qu'il était, le gros macho primaire guidé par son pénis n'est pas loin... mais d'autres hommes "lettrés" comme Victor Hugo ou d'autres n'ont pas été plus exemplaires à cet égard (ce qui n'excuse rien).
    Un diptyque historique de grande qualité qui donne envie d'approfondir le sujet par une biographie moins parcellaire.

    18/06/2020 à 17:16 2

  • Le Vent des Libertaires - épisode 1/2

    Philippe Thirault, Roberto Zaghi

    8/10 La vie romancée de Nestor Ivanovitch Makhno, un grand personnage de l'histoire (assez) récente de l'Europe méconnu et souvent oublié des livres d'histoire officiels (on se demande bien pourquoi... la liberté c'est dangereux, faudrait pas en donner trop au peuple). En deux tomes, c'est un sacré pari que tente là Philippe Thirault mais grâce à son travail scénaristique (l'astucieux flashforward du début par exemple) et au dessin classique mais léché de Roberto Zaghi, c'est plutôt très réussi.

    18/06/2020 à 17:08 3

  • L'Etoile qui danse

    Manu Larcenet

    7/10 Dans cette espèce d'autofiction humoristique, Larcenet met en scène un alter ego larvesque qui n'arrive plus à dessiner et enchaîne les pseudo tentatives de suicide médicamenteuse (A.K.A. "voyages mystiques" pour ne pas effrayer inutilement ses enfants) comme d'autres collectionnent des timbres. A ce qu'il paraît, Nietzsche a dit " Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse. " Du coup, même si le Friedrich n'y connaît pas grand chose en BD, Larcenet se dit que vu tout le chaos qu'il a en lui, il devrait pouvoir accoucher sans problème... De l'idée du siècle ? Peut-être pas... Reste à savoir de quoi...
    Parfois un peu redondant, parfois "perché", ce n'est pas le Larcenet que je conseillerai à quelqu'un qui ne connaît pas son œuvre mais certains gags sont hilarants et les mises en abyme sont souvent croustillantes. Une BD drôle et intelligente à la fois dans laquelle on croise Cézanne, des Muses, Dieu, Michel-Ange et quelques autres...

    18/06/2020 à 17:01 4

  • Noyade

    J. P. Smith

    6/10 Septième roman de J. P. Smith, Noyade est seulement le premier à sortir en France, dans cette traduction de Philippe Loubat-Delranc (traducteur de Thomas H. Cook et Don Winslow entre autres).
    Il s'agit d'un thriller de facture classique, intéressant à bien des égards mais qui peine à passionner de bout en bout. Le départ est assez lent mais saupoudré d'une touche de surnaturel – la légende de John Otis, le voleur d'enfants, que les moniteurs racontent au coin du feu pour effrayer les campeurs en herbe – bienvenue, eu égard aux événements survenus par la suite. La personnalité même d'Alex – richissime homme d'affaires imbu de lui-même – ainsi que son attitude envers Joey n'incitent pas à faire s'émouvoir le lecteur de ce qu'il traverse. Le suspense monte crescendo une fois qu'Alex comprend que ce qui lui arrive pourrait avoir un rapport avec la disparition de Joey et qu'il commence à craindre, non seulement pour lui-même, mais aussi pour ses proches. Hormis quelques passages dispensables sur la teneur des affaires immobilières d'Alex, le récit devient assez haletant et l'on est bien curieux de connaître le fin mot de l'histoire. C'est là mal connaître J. P. Smith, qui décide de se jouer des codes du thriller classique et de ne pas livrer toutes les réponses attendues, tout en ne ménageant pas ses protagonistes.

    Finalement plus original que le résumé ne le laisse penser, Noyade est un honnête thriller qui, s'il n'est pas dépourvu de certaines qualités, peine à convaincre totalement.

    13/06/2020 à 16:12 5

  • Mauvaise graine

    Nicolas Jaillet

    7/10 Auteur du roman noir Sansalina, du thriller d'anticipation Nous les maîtres du monde et de quelques romans pour la jeunesse, Nicolas Jaillet débarque à la Manufacture de livres avec ce titre haut en couleur. Se jouant des codes littéraires, il s'amuse comme un gamin à brouiller les pistes. L'histoire démarre de manière très classique, presque trop, mais on sait que ça ne va pas durer. Après la prise de conscience de sa grossesse, Julie se met à développer d'étranges pouvoirs. Dès lors, elle comprend qu'elle est recherchée par des personnes qui ne lui veulent pas du bien. Le roman devient alors une course-poursuite impétueuse qui flirte entre thriller et espionnage mâtiné de fantastique. Après un départ un peu lent, le temps de poser les choses et de faire germer le mystère, le rythme s'emballe et devient irrespirable jusqu'à la toute fin, offrant d'innombrables scènes d'action au passage, dont quelques-unes pas piquées des hannetons. Les tenants du réalisme à tout crin y trouveront des choses à redire, les autres se régaleront avec au menu quelques scènes de baston improbables mettant aux prises une femme enceinte jusqu'aux dents et des méchants prêts à tout pour garder certaines choses secrètes.

    Efficace en diable et drolatique, Mauvaise graine est un sympathique roman qui se lit d'une traite et avec une certaine jubilation. On regrettera simplement de ne pas s'être attaché davantage à Julie, personnage un brin terne malgré tout ce qui lui arrive.

    11/06/2020 à 16:44 2

  • No direction

    Emmanuel Moynot

    7/10 Je partage assez l'avis de l'ami ursidé ci-dessous. Je suis parti enthousiaste à l'assaut de cette BD française "à l'américaine" de 180 pages lauréate du Fauve Polar SNCF à Angoulême cette année. L'objet est beau, et notamment les couvertures sur papier glacé tous les 2 chapitres, façon comic, seuls éléments vraiment colorés du livre. Le choix de ne pas faire appel à la couleur (ou presque) m'a plu. Tout au plus une troisième "couleur" (un sépia, un bleu froid ou un gris) vient s'ajouter au noir et blanc. L'histoire (difficile de parler d'intrigue ici) se suit très facilement mais le manque d'émotion est palpable. Ça tue pour un oui ou pour un non comme ça prendrait un café... Ça couche avec le/la premier-e venu-e... Si bien qu'à force de suivre ces personnages sans réelles émotions, on ne ressent rien non plus. Était-ce voulu ? Peut-être...

    07/06/2020 à 16:21 2

  • Erased tome 1

    Kei Sanbe

    7/10 Satoru souhaiterait devenir un mangaka célèbre. En attendant le succès, il livre des pizzas. Un beau jour, il revit une scène qu'il vient de vivre. Il comprend rapidement qu'il a un rôle à jouer. Un camion dont le chauffeur est victime d'un problème cardiaque s'apprêtait à faucher des piétons. Satoru parvient in extremis à éviter qu'ils se fassent mortellement faucher mais se retrouve à l'hôpital. Remis sur pieds, il vit d'autres "rediffusions" et comprend qu'il s'agit là d'une espèce de pouvoir qui lui permet de sauver des vies.
    Le point de départ de cette série en huit tomes est très intrigant. Le récit est bien mené, les péripéties de Satoru étant entrecoupées de flashbacks nous en apprenant plus sur certains évènements mystérieux s'étant déroulés dans son enfance et que sa mémoire a préféré occulter. Les dessins sont agréables. Après un terrible rebondissement, on souhaite en savoir davantage.

    06/06/2020 à 20:38 2

  • Or, encens et poussière

    Valerio Varesi

    9/10 Dans cet opus dont les conditions météo dantesques du début rappellent quelque peu sa première aventure traduite (Le Fleuve des brumes est en vérité la quatrième enquête de Soneri), notre Maigret italien est rapidement confronté à une double enquête. D’un côté, il y a cette jeune femme brûlée retrouvée à proximité d’un camp de gitans. De l’autre, un vieillard est retrouvé mort à la gare routière de Parme, dans un car en provenance de Bucarest. En plus de ça, Angela, sa compagne, semble de plus en plus distante et Soneri la soupçonne de voir quelqu’un d’autre.
    Tout ce qui fait le succès de la série de grande qualité de Valerio Varesi est une fois de plus au rendez-vous. La double intrigue est efficace, avec son lot de fausses pistes, de rebondissements bien sentis et un final réussi. Soneri est toujours aussi attachant malgré son côté bougon et ses accès de mélancolie. On fait la connaissance d’un excellent personnage secondaire : Sbarazza est un marquis ruiné qui conserve une apparence impeccable et qui, dans le restaurant favori de Soneri, s’assoit à la table des belles femmes qui ont laissé à manger pour finir les reliefs de leur repas. Perspicace et philosophe, il va aider Soneri à y voir plus clair à tous les niveaux. Et pour joindre l'utile à l'agréable, il est d’une excellente compagnie pour partager ce que la gastronomie parmesane offre de meilleur, le commissaire étant adepte de bons plats et de bons vins. Cerise sur le gâteau, l'humour est plus présent dans ce roman, notamment dans les taquineries que Juvara, son jeune adjoint, adresse au commissaire en raison de son inintérêt pour les nouvelles technologies.

    Comme en Italie, Soneri s’est désormais bien installé dans le paysage du polar francophone, grâce aux éditions Agullo et aux belles traductions de Florence Rigollet. Tous les ans, c’est un véritable plaisir que de retrouver la nouvelle enquête du commissaire, et celle-ci, au moins aussi bonne que les précédentes, ne déroge pas à la règle.

    06/06/2020 à 19:42 6

  • Jusqu'au dernier

    Jérôme Felix, Paul Gastine

    8/10 Russell, un vieux cow-boy proche de la sortie, s'est pris d'affection pour Benett, un jeune adulte orphelin simple d'esprit. Son emploi étant menacé par l'arrivée imminente du train dans le Montana, il décide que ce long voyage avec un troupeau de vaches sera son dernier, avant de s'installer en tant qu'éleveur, pourquoi pas... Seulement, à Sundance, où ils font hâlte, Benett est retrouvé mort, le crâne fracassé sur une pierre. A ses côtés, une flasque d'alcool fort. C'est le détail qui convainc Russell que le meurtre du jeune homme a été maquillé en accident, lui qui n'a jamais bu une goutte. Désormais, rien n'arrêtera Russell tant que sa vengeance n'aura pas été totale.
    Le scénario n'est pas fou d'originalité mais il est efficace et tient le lecteur en haleine sans coup férir du début à la fin. Le dessin de Paul Gastine est d'une rare beauté et l'on prend un réel plaisir à arrêter son regard sur certaines cases, y compris muettes, pour observer de plus près tel visage, tel paysage, ou même tel pistolet. Une BD western de très bonne facture !

    04/06/2020 à 22:10 3

  • Saint Rose, A la recherche du dessin ultime

    Hugues Micol

    7/10 Au cours d'une soirée arrosée commencée à jouer le rôle de Vincent Van Gogh peignant dans une boîte de nuit, Hugues Micol se fait voler son dessin ultime, celui qu'il a réalisé dans un moment d'épiphanie comme on n'en vit qu'un dans une vie. Avec une plume verte comme seul indice, il va trouver Santorin Saint Rose, le célèbre détective-aventurier, seul à pouvoir réaliser l'impossible.
    Si vous êtes très terre-à-terre, passez votre chemin. Cette bande dessinée on ne peut plus originale est abracadabrantesque. Scarlett se fait enlever par les sosies de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir dotés de superpouvoirs, on y croise un homme cochon, un domestique papou (Comment ?!), des méchants en tous genres, Captain America, et les poules ont déjà des dents ! Et en guest star un brin pathétique, Hugues Micol himself, avec un running gag sur sa condition d'auteur de BD. C'est tout d'abord déconcertant, souvent absurde, parfois limite surréaliste mais assez plaisant une fois franchi le cap de lâcher-prise nécessaire pour passer un bon moment. Les dessins sont soignés et les couleurs d'Isabelle Merlet chatoyantes à souhait. Une BD truculente et on ne peut plus originale qui rappelle par certains aspects L'Île du Point Némo, ne serait-ce que par l'imagination débridée et les innombrables clins d’œil dont font preuve les deux auteurs.

    04/06/2020 à 21:55 1

  • Homicide

    Kamel Khelif, Amine Medjdoub

    6/10 J'ai apprécié cette déambulation noire dans les rues de Marseille. La BD s'ouvre sur un joli poème d'Amine Medjoub à propos d'un SDF marseillais. Les dessins de Kamel Khelif, tout en nuances de gris et proches de la peinture sont d'une beauté curieuse malgré les traits peu réalistes des personnages. Beaucoup de cases sont muettes, parfois des planches entières. Le scénario est étrange, presque absent, et bien des questions restent en suspens dont la principale...
    Étonnante BD (sortie en 1995 et sans doute épuisée depuis longtemps).

    04/06/2020 à 13:39 2

  • La petite écuyère a cafté

    Jean-Bernard Pouy, Nikola Witko

    6/10 D'après mes souvenirs (lointains) du roman, j'ai l'impression que l'adaptation est fidèle. En 64 planches peu bavardes, l'essentiel est condensé. Le Poulpe ne ressemble pas vraiment à l'idée que je m'en faisais, mais il a déjà revêtu plusieurs visages, notamment au cinéma. Le choix du noir et blanc ne m'a pas dérangé (ça s'y prête bien) mais je n'ai pas accroché au style du dessin choisi par Nikola Witko (gros traits noirs, un peu comme du Götting). Heureusement, l'intrigue est efficace, (sur fond de suicide maquillé et de cathos intégristes), et l'humour de Pouy est au rendez-vous.

    04/06/2020 à 13:01 2

  • Calme plat

    Charles Williams

    8/10 Après Le Bikini de diamants (Fantasia chez les ploucs) et Hot Spot (précédemment Je t'attends au tournant), les éditions Gallmeister poursuivent de donner une seconde vie à l’œuvre de Charles Williams. Dead Calm, paru en 1963 était devenu Sang sur mer d'huile à la Série Noire en 1965 avant d’être réédité sous le titre Calme blanc en 1997. Il s’agit ici d’une nouvelle traduction signée Laura Derajinski.
    Les vieux de la vieille du polar ne découvriront sans doute pas grand-chose ici tant Charles Williams, auteur à la quinzaine de romans pour la plupart adaptés au cinéma, fait figure de référence.
    Pour ceux qui ne l’ont encore jamais lu, ce dépoussiérage par les éditions Gallmeister est une excellente idée. Les couvertures sont réussies et les traductions fort agréables. Calme plat est un roman à suspense bien construit, qui fait douter le lecteur quant aux véritables motivations des uns et des autres. Ils semblent tous avoir une part d’ombre et être moins francs qu’ils ne veulent s’en donner l’air. La psychologie des personnages est très travaillée. Le style est efficace, sans fioritures. Hormis quelques rares passages un brin bavards, le rythme est trépidant et l’on ne voit pas passer le temps à bord de ces deux voiliers, qui font de ce roman une espèce de huis clos malgré l’immensité de l’océan. Opérateur radio pour la marine marchande dans sa jeunesse, l’auteur a bourlingué sur toutes les mers du monde. On le sent particulièrement à l’aise à décrire les bateaux et à expliquer par ses personnages les rudiments de la navigation hauturière.

    On prend du plaisir à voir ces personnages tenter de survivre malgré les conditions et leurs « compagnons » dont les intentions ne sont pas toujours des plus louables. Gageons que beaucoup de lecteurs n’ayant pas encore dévoré Charles Williams prendront plaisir à découvrir son œuvre par ces nouvelles traductions parues dans la collection Totem. Trois sont parues à ce jour. En attendant de prochaines ?

    30/05/2020 à 15:35 6

  • Les Chasseurs

    Charlie Adlard, Robert Kirkman

    8/10 Convaincus par Eugene que rester au même endroit est dangereux, nos quelques survivants se déplacent en permanence, toujours sur le qui-vive, en direction de l'Est, avec dans l'idée de rejoindre Washington si possible.
    Seulement, ils ne sont pas les seuls sur les routes, et les plus dangereux ne sont pas toujours les "rôdeurs". Un épisode horrible à souhait.

    28/05/2020 à 13:58 2

  • Le sang ne suffit pas

    Alex Taylor

    8/10 Les lecteurs français avaient pu faire la découverte d’Alex Taylor en 2016, avec la parution dans feu la collection Néo Noir de Le Verger de marbre (Grand Prix du Roman noir étranger du Festival de Beaune en 2017). Il se déroulait plus près de nous et dans le Kentucky. Autre période, autre ambiance, pour ce western noir inédit en anglais pour l’heure, Gallmeister signant ici, grâce au remarquable travail d’Anatole Pons-Reumaux, la première publication mondiale de ce titre.
    On peut qualifier le roman de choral puisque l’on suit tantôt Reathel, tantôt d’autres personnages, principalement des habitants de Bannock, à la merci de la rudesse de l’hiver et de la menace des Shawnees.
    La langue, assez soutenue, est très belle et il n’est pas rare de découvrir un mot inconnu au détour d’une page. Les paysages des Crazy Jack Mountains sont aussi joliment donnés à voir.
    C’est à peu près les seules traces de beauté dans ce roman où la noirceur est très présente, que ce soit dans les comportements des personnages – égoïstes et irrécupérables pour la plupart –, dans les conditions climatiques mortifères ou même dans les rencontres inopinées avec la faune locale, tout aussi affamée que les humains, lesquels présentent donc un fort potentiel de protéines.
    Le sang ne suffit pas est en quelque sorte un roman où chacun essaie de survivre avant tout. Il est vrai que les conditions que traversent les protagonistes ne favorisent guère la confiance en l’autre et l’envie d'aider son prochain.
    Le suspense est présent du début à la fin et l’on se demande à plusieurs reprises comment tout cela va bien pouvoir se terminer, quand bien même la réponse semble assez inéluctable. Comme cela a commencé : par de la neige rougie. Si l’action est présente, les personnages sont parfois confrontés à des dilemmes intéressants et certaines questions qu’ils se posent en cours de route amènent à quelques réflexions fertiles.

    Différent de son précédent roman, Le sang ne suffit pas est un superbe western crépusculaire qui devrait ravir les amateurs du genre. Une belle réussite qui, comme Les Frères Sisters, pourrait faire l’objet d’une adaptation cinématographique mémorable.

    28/05/2020 à 13:41 7

  • Vers quel avenir ?

    Charlie Adlard, Robert Kirkman

    7/10 Au programme de cet opus, les retrouvailles entre quelques survivants et un rebondissement imprévisible bien flippant. Nos héros essaient de trouver un nouveau lieu pour s'installer, mais le pire est à l'horizon : une horde : un groupe de rôdeurs innombrable, sans commune mesure avec les autres.
    Le second cycle continue de s'installer dans ce tome assez calme et parfois même introspectif.

    27/05/2020 à 23:32 1