El Marco Modérateur

3812 votes

  • Oncle Charles s'est enfermé

    Georges Simenon

    8/10 Toujours un plaisir pour moi de (re)découvrir la plume de Georges Simenon. Une écriture dense et sombre, où la part est faite belle aux jalousies, rancœurs et autres complots familiaux. Un récit court et dans la lignée des autres ouvrages de l'auteur, dont je retiens particulièrement l'ultime phrase, cassante et impitoyable, qui achève ce roman de manière mémorable.

    30/11/2014 à 18:25 2

  • Esteban du désert rouge

    Michel Honaker

    7/10 Une bien belle écriture (il n’y avait guère à en douter de la part de Michel Honaker) pour une histoire courte et prenante. De belles images des Amérindiens, entre retour aux sources sacrées et devenir peu optimiste. Je regrette en revanche, à titre purement personnel, que le récit prenne ensuite une tournure trop ésotérique voire cultuelle.

    30/11/2014 à 18:20

  • Ava et Marilyn

    Alexandra Schwartzbrod

    7/10 Un chassé-croisé ensorcelant et une chute originale, avec cet épilogue qui obligera nécessairement à repenser l’ensemble du récit pour se le réapproprier. Une histoire où l’érotisme affleure, tant dans les mots que dans les dessins de Miles Hyman.

    30/11/2014 à 18:18 2

  • Chérie Noire

    Caryl Férey

    6/10 Un gentil petit jeu de massacre, amusant à souhait. Une série de personnages promptement assassinés, et une Miléna aussi redoutable qu’envoûtante. Ça m’a permis de passer un bon petit moment, il est vrai, mais dans le fond, la critique littéraire avec des noms d’auteurs réels parfois à peine dissimulés est assez facile, et ce personnage de femme fatale, dépassée par ses mensonges originels et la situation, ne me marquera pas longtemps. Agréable, sans plus.

    17/11/2014 à 18:47

  • Voiles de mort

    Didier Daeninckx

    7/10 Le thème de la femme fatale exploitée avec intelligence et originalité, moins au cours du récit que lors de l’épilogue, très intéressant. Une bien bonne nouvelle.

    17/11/2014 à 18:46 1

  • Nuit noire

    Phillip Gwynne

    6/10 Dom a tout pour réussir et être heureux. Adolescent beau, riche et athlétique, nul ne pourrait deviner que son existence est à mille lieues des apparences. Sa famille a contracté, il y a fort longtemps, une créance auprès de la Dette, une mystérieuse organisation mafieuse, et Dom en paie encore le prix fort. A chaque fois, des épreuves sont imposées aux membres de sa famille ; s’ils n’y parviennent pas, une livre de chair est ôtée au perdant. Le grand-père de l’ado s’en souvient encore : le cartel lui a enlevé une jambe. Nouveau contrat : plonger Gold Coast dans le noir pendant une heure. S’il veut survivre, Dom n’a pas le choix.

    Deuxième ouvrage de la série Rush signée par Philip Gwynne, on y retrouve tous les ingrédients à même de plaire au public visé. En premier lieu, Dom est un personnage très sympathique, espiègle et imaginatif, particulièrement talentueux en course à pied – le nom de la série venant de sa propension à placer cette accélération lors des compétitions et qui laisse ses adversaires sur place. Une fois n’est pas coutume dans ce type de littérature, il n’affronte pas réellement le groupe criminel mais se doit de se plier aux défis qu’il lui impose. Pour s’en sortir, Dom a certes des amis qui peuvent l’aider, mais c’est également le portrait-type du héros qui a plus d’une corde à son arc, voire plusieurs arcs et carcans de secours : il sait courir, manœuvrer des véhicules, pénétrer dans des usines électriques et en hacker le réseau informatique après quelques leçons glanées sur Internet. En lisant cette dernière phrase, on se doute que la caricature du surhomme n’est guère loin, ce qui est en partie vrai : rares sont les chapitres voire moments où l’adolescent est crédible dans ses exploits. Mais Philip Gwynne axe la réussite de son roman sur un autre plan, axe central de la littérature d’action pour les jeunes : l’action. Cette dernière ne manque pas, de fusillades en courses-poursuites, de bons moments de tension – même si on ne doute jamais de la réussite du protagoniste – en adaptations rapides pour prendre le dessus sur les adversaires.

    Rarement plausible, ce livre n’en demeure pas moins efficace par sa forte teneur en adrénaline. Presque addictif par le suspense qu’il distille, on pardonne d’autant à son auteur cette distance quasi systématique qu’il met avec toute éventualité de vraisemblance. Un roman pour se divertir, rien de plus, ce qui n’est finalement pas si mal.

    17/11/2014 à 18:45

  • Blanche

    Hervé Jubert

    8/10 1870. Parce qu’elle a raté le train qui permettait d’évacuer les Parisiens hors de la capitale assiégée par les Prussiens, Blanche se retrouve isolée des siens. Il lui reste cependant son oncle de commissaire avec lequel elle a tissé de tendres liens. Il faut dire que la jeune fille est également versée en arts criminels et s’y intéresse comme une damnée. Elle l’accompagne alors sur une enquête étrange : ça commence par un chapelier en partie décapité. Puis surviennent d’autres morts, avec un tatouage ésotérique et élaboré sur chaque dépouille.

    Voici donc le premier tome de la trilogie consacrée à Blanche, avant Blanche et la bague maudite et Blanche et le vampire de Paris, signée par Hervé Jubert. On est immédiatement saisi par le style de l’auteur qui allie verve et précision historique. L’ambiance oppressante de la Guerre franco-allemande de 1870, la paranoïa ambiante, les privations, etc. L’auteur s’est âprement documenté sur cette période, sans jamais que cette érudition ne tourne à la démonstration stérile ni ne nuise au déroulement de l’intrigue. Le lecteur en apprendra ainsi beaucoup sur les aérostats, Nadar, Sarah Bernhardt, et tant d’autres sujets. Blanche capte aussi l’attention et attire la sympathie, en petit bout de femme, adolescente bien moins effacée que ne le suggère son physique trop juvénile, et qui saura se mettre en première ligne lors de cette investigation. Le récit est solide, traversé de nombreux rebondissements, au point que l’on a parfois peine à croire que ce livre est paru chez un éditeur jeunesse : la complexité de certaines connexions et la rudesse voire cruauté de quelques passages font que ce premier opus, voire le triptyque entier, s’adresse autant à des lecteurs confirmés qu’à des adultes.

    Vibrionnant autant que dense, aussi instructif que prenant, voilà un ouvrage qui étonne et détonne. On est impatient de lire les autres épisodes, tous deux déjà sortis.

    17/11/2014 à 18:45

  • J'avais la croix

    Dominique Chappey

    7/10 Gabriel a vent d’un jeune homme découvert abattu et ligoté à une croix surplombant l’un des sommets du massif de la Chartreuse. Son sang de céphalopode ne fait qu’un tour et il file sur place, à Saint-Pierre-d’Entremont où l’attend une population bigarrée : des anars tenant une radio, des poivrots sévèrement atteints, un gendarme aussi affable qu’une guillotine, des ascètes peu bavards, etc. Pourquoi avoir assassiné ce pauvre bougre ? Qui, depuis des décennies, s’est décidé à détruire les croix qui dominent la vallée ? Et qui est l’auteur de ces tracts découverts près de la dépouille où l’on peut lire « Stat Crux » ?

    Deux-cent-quatre-vingt-sixième enquête du Poulpe signée par Dominique Chappey, cet opus se dévore littéralement. Avec un humour caustique, l’auteur a su se couler avec intelligence et brio dans le moule imposé par Jean-Bernard Pouy lorsqu’il initia cette saga en 1995 avec La Petite écuyère a cafté. Le ton est alerte, les jeux de mots volent en escadrilles, et les scènes cocasses sont nombreuses, comme ces rencontres avec la faune du bar ou encore les anarchistes. Partant d’une histoire qui aurait pu être véridique tant elle est baroque (des crucifix mis à terre pour des raisons inconnues), Dominique Chappey a su tisser un scénario prenant et décontracté où l’on se plait, une fois de plus, à suivre un Gabriel Lecouvreur qui va mettre les pieds là où il ne fallait pas. Même si la verve politique et la critique sociale sont moins sévères que dans d’autres ouvrages de la série, le ton demeure mordant. Tout au plus pourrait-on regretter un peu que la motivation du meurtrier ne soit pas davantage creusée ; quand on apprend son identité trois pages avant la fin du roman, on ne peut alors que les supposer à partir des éléments dont on disposait.

    Un Poulpe bien tordant, comique à l’envi, et qui fait passer un très bon moment de lecture, les zygomatiques soumis à de délicieux efforts de trapézistes.

    17/11/2014 à 18:45 1

  • Père des mensonges

    Brian Evenson

    7/10 Alexander Feshtig est un homme sous pression. Ce psychanalyste s’intéresse de trop près à Eldon Fochs, doyen laïc au sein de la Corporation du Sang de l’Agneau, une secte religieuse particulièrement conservatrice. Fochs est la proie de troubles du sommeil, hantés par des apparitions inquiétantes, raison pour laquelle son épouse lui a conseillé de se tourner vers la psychanalyse. Mais voilà que les supérieurs de Fochs pressent Feshtig de leur communiquer les comptes rendus de ses séances. Tenterait-on de dissimuler quelque chose ?

    Brian Evenson n’est pas un auteur angélique ; quiconque ayant déjà lu La Confrérie des mutilés ou Baby Leg pourra le certifier. Et ce n’est pas cet ouvrage qui viendra démentir sa réputation sulfureuse. Commençant de manière épistolaire, l’histoire se creuse lentement, entre révélations fiévreuses et volonté des Sanguistes d’escamoter toute révélation quant à leur si bienveillant coreligionnaire. Car Fochs n’est pas un ange, et les cauchemars qui sont censés le brutaliser pourraient bien être concrets. Si l’on peut reprocher à Brian Evenson de n’avoir jamais vraiment approfondi la psychologie du monstre, à chercher les raisons de son comportement, et donc ce qui en a fait la genèse, l’écrivain est très fort pour dépeindre les lâchetés et les rapports de force. Tandis que le loup continue de rôder, ses responsables vont tout faire pour nier les évidences, discréditer Feshtig et bâillonner les familles des plaignants.

    Nerveux et méphitique, ce récit jouit indéniablement de la plume décomplexée et venimeuse de Brian Evenson. Restant trop allusif quant à la psyché de Fochs, l’ouvrage n’en demeure pas moins brutal, impertinent, ouvertement amoral et mémorable.

    03/11/2014 à 18:51 1

  • Le mystère du fort de Bondues

    Bernard Thilie

    6/10 Fin août 1944. Deux nazis peu scrupuleux enterrent vivants quelques-uns de leurs soldats ainsi qu’un trésor dans un fort. Dix-sept ans plus tard, un adolescent découvre par hasard un pan de ce bunker oublié. Et s’il contenait encore un magot ? Le môme prévient ses amis les Bricoleux, une bande de joyeux drilles toujours prêts à mettre du beurre dans les épinards, et c’est le début d’une nouvelle quête pas piquée des hannetons.

    Voici donc le troisième ouvrage consacré aux Bricoleux, après Nuit de Chine et L’Attaque du casino de Malo, et qui ne déroge pas à la règle établie par Bernard Thilie. On retrouve donc nos inséparables lurons, toujours aussi dégourdis et friands de bons mots. Là où l’auteur aurait pu céder aux sirènes commerciales d’une énième course trépidante au trésor, avec force explosions, pétarades et autres complots internationaux, il a eu la bonne et saine idée de la jouer de manière très décontractée, voire franchement décomplexée et franchouillarde. On assiste en effet à une série de contreperformances de la part de nos pieds nickelés, quand un surhomme surgi de la plume d’un adepte de Raymond Khoury aurait résisté à toutes les épreuves sans une égratignure. En cela, c’est un véritable bon point. Notons également des passages très drôles, comme ce chant grégorien qui se convertit en chant nazi, ou encore ce chien si imbu de lui-même qu’il prend des poses de Sphinx. Parallèlement, les digressions sont très nombreuses et les temps morts fleurissent. Assurément, Bernard Thilie assume sa prose et son rythme, et les amateurs du genre verront dans la lecture de ce roman un très agréable rafraîchissement. Quant à celles et ceux qui préfèrent un style plus direct et tonitruant, ils pourront passer leur chemin.

    Même si cet opus ne ralliera pas tous les suffrages, il faut reconnaître à Bernard Thilie une immense qualité : celle de la cohérence. Ses fans retrouveront avec un plaisir total ses Bricoleux pour cette nouvelle équipée, même si, au-delà des considérations littéraires, les coquilles et fautes d’orthographe pullulent.

    03/11/2014 à 18:46

  • White Shadow

    Philip Le Roy

    8/10 Les six membres du programme Noé viennent d’éliminer le dangereux Moon Kan, leur ennemi juré. Mais ils doivent immédiatement repartir en mission, avec comme objectif une étrange base dans les Alpes. Mais sur place, rien ne se déroule comme prévu.

    Après Blackzone et Red Code, Philip Le Roy poursuit sa série consacrée à la Brigade des fous. Ce troisième opus se situe dans la droite ligne des précédents épisodes. La demi-douzaine d’adolescents qui composent l’escouade sont toujours aussi déjantés et savent user de leurs caractéristiques pour se compléter. L’humour demeure bien présent, notamment dans les dialogues, et l’on ne voit nullement le temps ou les pages filer tant le rythme du récit est véloce. Avec, en arrière-plan, des considérations écologiques et citoyennes, l’auteur embarque son lectorat sur quatre-vingt-trois chapitres denses, nerveux et concis, où se multiplient cascades, fusillades et scènes d’action en tous genres. Un véritable petit explosif littéraire à destination des jeunes lecteurs, qui auront également le privilège de voir cette équipe de mercenaires insolites enrôler une nouvelle recrue en la personne de Joachim, un aveugle à l’ouïe surdéveloppée.

    Le plaisir de retrouver les membres de la Brigade des fous demeure intact. L’écriture ébouriffée et ébouriffante de Philip Le Roy joue à plein, offrant un degré de fougueux divertissement rarement atteint en la matière. On en vient presque à regretter de n’avoir pas un troisième bras que l’on plongerait dans un pot de popcorn tandis que l’on tourne les pages de ce roman endiablé, tant l’analogie avec certains films d’action semble évidente.

    03/11/2014 à 18:44

  • Fin d'Amérique

    Damien Ruzé

    8/10 Un roman vraiment réussi et prenant.

    03/11/2014 à 18:40

  • L'homme à la voiture bleue

    Sébastien Gendron

    6/10 Un roman objectivement pas mal du tout, maîtrisé et bien écrit, qui saura plaire aux jeunes lecteurs. En revanche, à titre purement personnel, j’ai trouvé que la concision du livre conjuguée à la multiplicité des sujets traités faisait que nombre d’entre eux (les relations familiales, l’enquête à proprement parler et surtout le sujet des résidences sécurisées) n’étaient que survolés.

    03/11/2014 à 18:36

  • L'ingénieur aimait trop les chiffres

    Pierre Boileau, Thomas Narcejac

    6/10 Un bon roman sur le meurtre en milieu clos, avec en fait quatre énigmes à la clef. Si j’en ai apprécié les résolutions ainsi que le style général, dépouillé au possible, je regrette de ne pas avoir été emporté comme dans certains romans de Paul Halter ou de John Dickson Carr par la maestria des raisonnements ou l’ingéniosité suprême du criminel. Ici, tout est un peu austère et, sans porter la moindre ombre à l’œuvre faramineuse des deux auteurs réunis, dilettante, d’autant que quelques ficelles sont facilement devinables.

    03/11/2014 à 18:35 2

  • La Honte leur appartient

    Maud Tabachnik

    7/10 Maître Jean-Michel Walter, notaire, revient dans le village de l’Est de la France qui l’a vu naître. C’est aussi là que ses parents, juifs, ont été dénoncés et envoyés vers un camp d’extermination. Serait-il revenu afin de se venger ? Dans le même temps, Damien Le Doll, interné dans un asile psychiatrique, parvient à s’enfuir après avoir tué des membres du personnel. Les routes de ces deux personnages vont se croiser.

    Auteur réputé à la bibliographie imposante, Maud Tabachnik écrivait ce roman en 2002. On y retrouve avec plaisir une langue complexe, qui sait manier l’argot et le poétique, ainsi qu’un sens affûté des dialogues. Dans ce récit sombre qui aurait pu être inspiré d’un fait divers, l’auteur excelle, à la manière de Georges Simenon, dans la peinture de portraits. Des petits bourgeois de province, honteux de leurs choix idéologiques ou victimes de leur abyssale pusillanimité, à peine repentants de leur collaboration spontanée avec l’ennemi d’outre-Rhin. Ce récit, sans rebondissement et à la structure un peu attendue, est donc avant tout un réquisitoire acide contre les mœurs de ces membres de la bonne société française au-dessus de tout reproche. Néanmoins, Maud Tabachnik a ajouté un élément inattendu dans son histoire : la présence de Damien, jeune aliéné aux allures d’ange et aussi dangereux qu’un diable. Son histoire, sa rencontre avec Walter et leur amitié profonde constituent autant de délicieux moments d’humanité dans ce livre.

    Certes sans surprise, cet ouvrage n’en reste pas moins intéressant et très bien construit, entre dénonciation d’un certain pan de la bourgeoisie sous la Seconde Guerre mondiale et savant jeu de massacres.

    12/10/2014 à 17:17

  • Surgi du passé

    Christophe Miraucourt

    7/10 Arthur est le plus jeune auteur de romans policiers de France. Son existence se déroule sans tracas lorsqu’il reçoit le message d’une dénommée Lina sur son profil Facebook. Lina prétend qu’elle est sa demi-sœur et que leur père a disparu. Rapidement, le binôme se met à enquêter.

    Après Ce que je n’aurais pas dû voir, Christophe Miraucourt reprend les personnages de son premier opus et leur offre une nouvelle investigation. Arthur, Lina ainsi que les autres adolescents sont très sympathiques, et le lectorat ne pourra qu’éprouver une immédiate et profonde empathie pour ces individus de leur âge. L’intrigue est également assez réussie, multipliant les fausses pistes, entre trafics, milieux de la chanson et autres. L’ensemble se parcourt vite et bien, et l’on passe un agréable moment aux côtés de ces mômes particulièrement délurés et perspicaces.

    Au même titre que Ce que je n’aurais pas dû voir, voilà un roman vif et prenant, qui constitue la garantie d’un bien bon moment de lecture.

    12/10/2014 à 17:17

  • Cassidy's Girl

    David Goodis

    9/10 Cassidy était un pilote de ligne, mais un décollage raté entraîne la mort de dizaines de passagers. Il est devenu conducteur de bus et traîne son alcoolisme sur les pavés de Philadelphie. Il vit avec Mildred, une femme fatale à la plastique détonante qui est également une source de malheurs en raison de son caractère volcanique et despotique. Un soir d’ivresse, Cassidy rencontre Doris, aussi buveuse que lui, et il croit voir en elle une possibilité de se réhabiliter et de rompre avec la bouteille. Mais le sort en a décidé autrement.

    David Goodis est un auteur majeur, et la lecture de cet ouvrage datant de 1947 ne fait que confirmer ce sentiment. Les personnages décrits sont absolument remarquables de crédibilité et de noirceur, au point de les rendre presque autonomes au gré de l’histoire. Cassidy est un paumé, victime d’un drame monstrueux, qui ne cherche que la rédemption autant que celle de sa nouvelle compagne. Mildred, venimeuse beauté qui rend les hommes fous de son corps, est prodigieuse de méchanceté et de nuisance. Doris, frêle gamine débauchée et captive volontaire de l’éthylisme, attire immédiatement l’empathie du lecteur. Et c’est sans compter sur la galerie des autres individus qui surnagent à la surface du cours tumultueux de cette histoire. L’intrigue est également sidérante de ténèbres, avec ce retournement au septième chapitre, profondément tragique et corrosif, où la déchéance des êtres humains se conjugue à la froideur de certains de leurs actes quand ils se trouvent sous l’emprise d’une sombre passion. Le final est inattendu, réorientant l’histoire dans une direction surprenante, où un peu de blanc vient altérer la noirceur du roman.

    Il existe des livres que l’on se maudit de ne pas avoir lus plus tôt. Indéniablement, Cassidy’s Girl (un titre qui devient encore plus judicieux dans l’ultime chapitre) fait partie de ces pépites. Féroce tout en restant puissamment humain, cet opus constitue un moment rare et terriblement mémorable. Un diamant d’une brutalité phénoménale qui pare une bibliothèque d’amateurs de polars à l’ancienne de ses reflets dramatiques.

    12/10/2014 à 17:17

  • Chandelles noires

    John Le Carré

    8/10 Stella Rode a été assassinée. Épouse d’un professeur de la prestigieuse école Carne, elle a été massacrée à coups de tuyau dans une serre. Pas de témoin, pas de preuve, et pas de mobile. Peu de temps avant son meurtre, la victime avait envoyé à un journal une lettre où elle accusait son mari du pire. L’une des journalistes fait appel à George Smiley, tous les deux s’étant connus pendant la guerre. Pour Smiley, c’est le début d’une investigation qui fourmille de faux-semblants.

    John Le Carré, c’est un écrivain que tout le monde, ou presque, connaît, au moins de nom. L’Espion qui venait du froid, La Taupe, La Maison Russie, La Constance du jardinier, Le Tailleur de Panama : autant de succès critiques et publics qui ont été également portés à l’écran. Et si l’auteur est l’un des plus reconnus dans la littérature d’espionnage, il est aussi très adroit dans le genre du pur policier. Ici, pas d’agents secrets, de complots internationaux ou de combats larvés entre des blocs diplomatiques : on est dans le polar, dans son essence la plus pure. George Smiley, en détective typiquement british, sait mener une enquête et se frotte à bon nombre de suspects : des couples aux puissants appétits professionnels, des querelles de confessions religieuses, des snobismes et des hypocrisies, sans compter une mystérieuse bohémienne qui ne s’exprime qu’en termes alambiqués et métaphoriques. Le roman est court, se lit vite, et la chute, sans effet de mauvais goût ni crépitation artificielle, est à l’image du récit : sobre, intelligente et diablement crédible.

    (Re)découvrir John Le Carré dans le domaine policier est décidément un petit enchantement. Et quand, en outre, on connaît ses terres littéraires de prédilection, on est ravi de passer un si bon moment de lecture en compagnie d’un conteur aux talents si diversifiés.

    12/10/2014 à 17:16

  • A mort, l'innocent !

    Arthur Ténor

    7/10 Un roman où l'aspect psychologique prend nettement le pas sur le côté purement policier. Du tact, de la retenue, et en même temps beaucoup d'émotions mêlées pour ce plaidoyer réussi contre l'homophobie et les jugements hâtifs et couards de la société.

    10/10/2014 à 18:44

  • De mal à personne

    Odile Bouhier

    9/10 Lyon, 1920. Un riche industriel, Firmin Dutard, vient d’être poignardé à mort. Deux personnages vont être mis sur l’enquête : le professeur Salacan, qui donne des cours de science criminelle dans le monde entier, et le commissaire Kolvair. Première constatation : le meurtrier est de la taille d’un enfant.

    Deuxième ouvrage de la série consacrée à Salacan et Kolvair après Le Sang des bistanclaques, ce roman est d’une singulière profondeur. Odile Bouhier a brossé des personnages convaincants et crédibles, comme le policier Kolvair, amputé d’une jambe suite à la Première Guerre mondiale, cocaïnomane et amoureux d’une belle aliéniste. Il y a également une belle galerie d’autres protagonistes, souvent traumatisés par le récent conflit, qui errent, défigurés au sens physique ou moral, violentés et violents, victimes ou coupables de trafics. Même si Salacan n’entre que plus tard dans le cœur de l’investigation, ce livre permet aussi de voir les balbutiements de la criminalistique, discipline naissante qui va néanmoins mettre en lumière de nombreux indices dans cette enquête. Avec une cadence effrénée (pour à peine plus de deux-cents pages, l’opus compte soixante-trois chapitres), les épisodes se succèdent, les rebondissements affluent, et c’est vraiment essoufflé que l’on parvient à l’épilogue où se mêlent noirceur et espérance.

    Roman à la puissante charge historique, il n’oublie pas pour autant d’être brillamment construit et écrit. Valant tout à la fois pour son intrigue ténébreuse que pour sa peinture de portraits édifiants, voilà un livre décidément remarquable. A noter que le troisième ouvrage de cette saga, La nuit, in extremis, est paru en avril 2013 et sorti en poche chez 10/18 le 4 septembre.

    22/09/2014 à 18:53