Surcouf

264 votes

  • Amitiés mortelles

    Ben Elton

    8/10 A Londres, des crimes violents se succèdent. Ils suivent tous une mise en scène déroutante. Le petit inspecteur Ed Newson, est chargé de l’enquête, avec sa collaboratrice Natasha Wilkie. Le livre tourne autour d’un site internet, le temps des copains, à rapprocher de la version française Copains d’avant. Thriller et roman à tendances psychologiques, le livre se base sur le comportement de certains de ces internautes qui fréquentent ce style de site. S’il est possible de retrouver de vieilles connaissances amicales, c’est aussi le terrain idéal pour être à nouveau face à de vieilles inimitiés voire de franches animosités ou d’anciens ennemis. La lecture est très plaisante, le rythme est enlevé, le profil des héros sympathique et l’intrigue parait plausible. L’auteur en profite pour peindre en traits féroces la société anglaise des années 2000. Cela va parfois assez loin et si quelques chapitres de Q se passent bien, on a droit aussi à une scène franchement trash. Mais quand on accumulé des années de brimades voire de tortures, difficile de garder l’esprit équilibré. L’ambiance se tend un peu plus lorsque les victimes sont d’anciennes amies de l’inspecteur, qu’il renoue avec l’une d’entre elles, et qu’en plus il s’aperçoit que sa collègue se fait tabasser par son petit copain. D’un côté comme de l’autre il va devoir mettre les tourmenteurs hors d’état de nuire, sans suivre les nombreuses fausses-piste possibles.
    Pour Amitiés mortelles, Ben Helton a obtenu le prix international du polar en 2007. Prix amplement à mon avis.

    25/11/2021 à 10:42 5

  • L'Origine du mal

    Gilles Haumont

    6/10 Un virus foudroyant a éradiqué la race humaine sur tout le continent nord et centroaméricain, des confins du Canada au canal de Panama. Suite à cette catastrophe a été fondé l’INGEN, Institut de génétique, qui monopolise et surveille toute l’activité sur la génétique de la planète et dédié à la conservation de la pureté de la race humaine, c'est-à-dire qu’il est absolument interdit de travailler et à fortiori tripoter le génome humain, même si pour cela il faut laisser les malades de maladies génétiques sans traitement et les empêcher de se reproduire. On leur tatoue même un petit delta au dessus du pubis. Un jeune français, Guillaume Beaumont, va intégrer cette prestigieuse institution internationale, et va être affecté à l’équipe de à l’équipe de Van Helmont, aux côtés d’une belle Russe. Etonnant scientifique que ce Van Helmont, qui est plus intéressé par les théories ésotériques, alchimiques ou kabbalistiques que par les résultats de ses recherches. Des assassinats sont perpétrés au rythme de l’apocalypse de Saint Jean l’Evangéliste et il va échoir à la jeune recrue de comprendre le pourquoi du comment, qui assassine qui et pourquoi, le tout sur fond de révolte des mutants et de lutte entre les conservateurs religieux, les états qui financent l’INGEN et les gardiens du temple scientifique.
    Le roman est une enquête qui oscille entre partisans du darwinisme pur, évolutionnistes raisonnables, créationnistes religieux et cartésiens, ces derniers étant moins bien représentés que les autres. Haumont nous embarque à travers son thriller scientifico-esotérico-mystique dans un monde aseptisé, ou les préoccupations fondées sur l’inaltérabilité du génome humain ont des relents d’eugénisme néonazi. Malheureusement, la personnalité du héros, naïf, maladroit et somme toute un peu fragile, qui parvient en quelques jours à démasquer et contrer un beau complot aux ramifications diverses est peu crédible. On retiendra quand même quelques passages intéressant sur l’évolution de la théorie de Darwin, mais pas le vague crédit laissé au créationnisme, même si c’était pour les besoins du livre. Au final, on ressent un certain amateurisme quant à la gestion de la trame du roman, mais les détails qui en font l’ambiance sont indéniablement intéressants, notamment tout ce qui tourne autour des manipulations génétiques et le danger qu’il y a à ne pas sévèrement encadrer ces activités.

    25/11/2021 à 10:39 3

  • Train perdu wagon mort

    Jean-Bernard Pouy

    7/10 Très court huis clos de 140 pages. En route vers la capitale de Zoldavie, un pays anciennement partie du bloc de l’est - (probablement enclavé entre la Syldavie et la Bordurie) - un train traverse une grande plaine. La vitesse diminue progressivement, jusqu’à l’arrêt. Descendant du wagon les passagers découvrent que celui-ci a été détaché et qu’ils sont seuls. Les heures passent et la tension monte peu à peu. Les passagers sont coupés du monde, leur isolement n’étant troublé que par de rares survols d’avions militaires. Quelques uns décident de partir vers la gare suivante mais ne reviennent pas.
    C’est livre est consacré à l’inquiétude, à la tension et à la paranoïa qui s’installent peu à peu dans ce genre de circonstances dans un groupe isolé, séparé brusquement du fil normal des évènements. Chacun réagit différemment, les personnalités profondes se dévoilent. Bien écrit, plus en suggestion qu’en longs développements, seule la fin expédiée en 2 pages est déroutante. Chacun y trouvera son explication, ou une légère frustration.

    25/11/2021 à 10:32 4

  • Le Boucher de Guelma

    Francis Zamponi

    7/10 Zamponi, journaliste et écrivain aime bien écrire sur l'Algérie, pays ou il est né. Ses livres sont plus des récits historiques romancés, que des romans historiques. Le boucher de Guelma, c'est l'histoire, pas très connue, des émeutes de mai 1945 dans la région de Sétif, qui ont fait de nombreux morts (chiffres variables de 2000 à 45000 !). Zamponi rappelle le contexte, les intérêts divergents de quelques grandes puissances, et comment deux communautés ont été instrumentalisées. Ses personnages sont sans fard ni caricatures, chacun est dans son rôle et on lit ce bouquin sans concession pour personne avec plaisir.

    25/11/2021 à 10:16 3

  • Un Millionnaire à Lisbonne

    José Rodrigues dos Santos

    8/10 On retrouve Kaloust Sarkisian la ou on l' avait laissé dans le premier tome. Le journal est lu par son fils Krikor. C'est d'ailleurs ce dernier qui est la malheureuse vedette des premiers chapitres qui se déroulent en plein génocide arménien. Encore une fois, les récits historiques et humains se mêlent parfaitement sous la plume de Rodrigues Dos Santos. Il sait aussi mettre en lumière quelques aspects méconnus de cette époque, l'attitude des Kurdes, des Allemands ... autant de plaies qui se rouvriront plus tard, jusqu'à aujourd’hui. Le passage de la 2e guerre mondiale et l'installation au Portugal affecte moins Sarkisian. Ses préoccupations se tournent essentiellement vers la préservation de ses revenus (5% des revenus pétroliers de sa Cie) et sa collection d’œuvres d'art. Avec l'age il apparait moins sympathique, plus égoïste, plus autoritaire, plus manipulateur. Le talent de l'auteur est dans la curiosité qu'il parvient à renouveler à chaque page avec le passage du temps, de l'histoire et leurs effets sur la personnalité, les agissements et les choix de son héros. C'est une biographie passionnante dans laquelle on y croise les grands noms de l'Histoire du XXe siècle, entrepreneurs, politiques ou artistes.

    15/11/2021 à 16:04 1

  • Le Dernier message

    Nicolas Beuglet

    8/10 L'auteur se contente souvent de facilités scénaristiques dans ce thriller. Si ça ne nuit pas à la qualité du livre, certains passages auraient mérités plus de développements. La réussite du livre est dans le traitement de phénomènes contemporains très réels, vérifiables sur de nombreux articles, tels que l'asservissement aux écrans et la fabrique de crétins. Nicolas Beuglet est un relais efficace des lanceurs d'alertes car s'il habille ces sujets pour son histoire, il ne s'éloigne guère des postulats reconnus. Les pages consacrées à ces aspects sont particulièrement bien écrites et donnent du corps à la trame principale. On pourrait presque classer livre dans les polars scientifiques qui traitent de la baisse observée et quantifiée du QI en occident, de la manipulation des masses et du rôle des leaders du numérique de la Sillicon Valley... De plus, le style est très vif, alerte, sans temps mort. On se demande même comme les héroïnes tiennent ce rythme. Si l'on ajoute que les caractères des protagonistes sont décrits, le côté très plausible de l'intrigue et le dépaysement en Écosse et au Groenland, le tout donne un agréable moment de lecture.

    03/11/2021 à 10:36 2

  • Phare 23

    Hugh Howey

    5/10 Le roman se déroule dans l'espace interstellaire, on aurait donc pu s'attendre à être happé par l'immensité et le vide. Au lieu de ça, on est pris dans un huis-clos à bord de cette basile-phare, avec à peine un petit hublot pour voir à l’extérieur. Passé l'originalité du premier chapitre sur le bruit, on rentre petit à petit dans une histoire pas très enlevée, pas très joyeuse, un peu confuse. Malgré le côté sympathique du héros, quelques traits d'humour, quelques réflexions pertinentes et une belle écriture, je n'ai pas vraiment accroché.

    25/10/2021 à 10:13 1

  • La Vie dont nous rêvions

    Michelle Sacks

    8/10 Polar psychologique qui explore la part la plus sombre qui peut être au fond de chacun d'entre nous. En ce qui concerne les 5 protagonistes principaux du roman, il faut reconnaitre qu'ils ont été bien servis. Lâcheté, mensonge, tendances manipulatrices et dominantes, égocentrisme, cynisme et surtout duplicité ... ils sont doté d'une large palette dont ils usent et abusent, jusqu'au drame le plus cruel. La réussite du roman est de poser les caractères torturés des personnages par petites touches successives, comme un peintre le ferait pour un tableau. Le découpage en chapitres basés sur les points de vue de chacun participe à la montée en tension dont on ne sait pas trop comment elle va évoluer, il y a donc de nombreuses surprises. Passé chargé, déconvenues personnelles ou familiales, jalousie, maternité, vengeance sont les rouages machiavéliques qui conduisent les évènements. Pour ajouter une dimension pesante, l'auteur a chois la Suède comme lieu de son presque huis-clos, ou la lumière est rare en hiver, les gens présentés comme aussi froid que leur climat et ou l'isolement joue un rôle important. Seul bémol à mon gout, une fin qui m'apparait décalée par rapport à la toxicité qui déborde des uns et des autres. On est plutôt sur un 7,5/10.

    14/10/2021 à 10:01 3

  • Le Rire aztèque

    Enrico Marini, Thierry Smolderen

    6/10 Dans un monde ravagé par des climats extrêmes, les transports se font par camions sur la route circumpolaire. Gipsy est un de ses routiers, avec de gros biscottos et un langage de charretier. Il lui faut livrer au Parador, pays d’Amérique centrale, des vaccins contre la terrible maladie nommée rire aztèque, qui provoque chez les malades des accès de fureurs cannibales. Le virus n’arrête pas de muter, provoquant une course aux médicaments. Les cartels de la drogue se transforment en trafiquants de virus et de vaccins. Le paysage est calqué sur celui de l’état de Oaxaca. En effet, l’action se déroule à Coaxaca, et Gipsy sera aidé par les Tixis, allusion aux indiens Triquis, important groupe indigène de cette partie du Mexique.
    Les décors dessinés par Marini sont très inspirés par Jose Guadalupe Posada et les calaveras, dessins satiriques et caricaturaux de la société mexicaine, les personnages étant représentés sous forme de squelettes, cette tradition remontant aux Aztèques et mayas. Les temples mixtèques, l'architecture des villages, les costumes très fidèles et les fêtes populaires du dia de muertos sont bien rendus. On regrettera par contre le coté bimbo des filles, l’érotisme obtenu est plus trash que romantique. Certaines répliques sont d’une grossièreté totalement inutile. L’excès de dessins basés sur des perspectives, contre-perspectives, vues plongeantes ou montantes donnent quelques images aux disproportions flagrantes.
    C’est un album divertissant qui, s’appuyant sur une recherche précise, est bien empreint de la mexicanité recherchée pour le décor général. Le scénario, classique, est bien mené. Le seul bémol est ce regrettable langage plus qu'imagé qui n'apporte rien.

    06/10/2021 à 15:38 2

  • De silence et de loup

    Patrice Gain

    8/10 Bien que le livre se déroule dans les immensités blanches de Sibérie à la limite de l’arctique, c'est un polar noir de chez noir. D'un côté une expédition scientifique est aux prises avec les autorités russes, par un temps à ne pas mettre un ours polaire dehors, avec des tempêtes, et un bateau en panne ce qui provoque une cascade d'imprévus se terminant souvent de façon tragique. Le lecteur ne peut s'accrocher à aucun espoir pour envisager une fin heureuse. En écho, dans un monastère de chartreux, un moine, le frère d'une des membres de l'expédition, se débat avec de cruels souvenirs. Frère et sœur seront finalement réunis d'une façon très inattendue. L'auteur parsème l'histoire de messages d'alarme quant au devenir de la planète, décrivant de manière claire les risques du réchauffement climatique en arctique, dans une zone ou la Russie entend garder la main et ou la corruption règne plus qu'ailleurs. Les dangers sont multiples: la fonte du pergélisol, le dégel de virus connus et inconnus parfois retrouvés dans les centaines de mammouths libérés dont on trafique l'ivoire, les dégagements de méthane, une nouvelle course au pétrole et donc à la pollution, la disparition de la faune, des tribus iakoutes et autres peuples nomades de la région, le tout entrainant l'accélération des phénomènes. Le livre d’où tout optimisme est absent se lit bien, avec une ambiance pesante à chaque page, des personnages forts, des situations extrèmes décrites sans excès mais sans fioriture, des réactions très humaines tant dans la lâcheté que dans l’héroïsme. Si j'ai bien compris la fin, il y a un clin d’œil à "Au nom de la rose" dans les dernières pages. Le livre n'est ni un éco-thriller ni un pamphlet écologiste, mais il fait réfléchir tout autant, à partir de données et d'observations connues. Le rapport de l'homme à la nature est très bien abordé ainsi que de nombreux paradoxes.

    04/10/2021 à 10:19 2

  • Apocryphe

    René Manzor

    7/10 Roman peplum, historique et biblique dont les personnages principaux sont les proches de Jésus de Nazareth. Certains sont réels, Pilate, Caligula, les apôtres ... certains sont "possibles", l'épouse de Jésus, son fils, Longinius, Barrabas ... comme le signifie le titre, leurs existences ne sont ni reconnues par l’Église, ni même prouvées. Le roman débute bien, racontant les évènements après la crucifixion de Jésus tels qu'ils auraient pu se passer. l'auteur dérive peu à peu vers une histoire plus linéaire, malgré l'intervention de personnages venus d'horizons très divers, sans qu'on sache trop comment cela va évoluer. Finalement, le dévouement arrive de façon un peu abrupte avec un gout de "tout ça pour ça". L'originalité de lieu, de temps et les liens étroits qu'il y a avec l'Histoire telle qu'elle est connue font tout de même passer un bon moment de lecture.

    09/09/2021 à 10:03 2

  • Buffet campagnard

    Cizia Zykë

    8/10 Petit bijou de roman noir et d'humour de la même couleur. La 4e de couverture est un peu fausse dans le sens ou les orgies sont plutôt une suite quasi ininterrompue de ripailles et de banquets aux cours desquels du cochon est englouti sous toutes ses formes, du petit déjeuner au souper. Mais dans le cochon, tout est bon. Idem pour le "monde de sexe", les quelques scènes sont plutôt comiques et bon enfant. Par contre, l'auteur parvient à nous amener vers l'horreur petit à petit, avec beaucoup de subtilité. Les deux comparses, comparables à Don Quichotte et Sancho Panza vont bien mal finir, tombés dans les mains de cette famille aussi étrange qu'inquiétante, habitant une magnifique hacienda aux allures d'auberge rouge dans une région quasi désertique de l'Espagne. C'est aussi une peinture féroce de quelques défauts propres aux humains : paresse, gourmandise, luxure. Le livre est sorti en poche en 1991.

    02/09/2021 à 09:27 1

  • L'Homme de Constantinople

    José Rodrigues dos Santos

    8/10 Une découverte inattendue, tant le sujet - Kaloust Sarkisian -, que la façon dont sa très riche histoire est racontée. On voyage dans l'ancien empire ottoman, au gré des vents de l'Histoire, souvent furieux dans ces contrées à cette époque. Dos Santos a d’indéniables talents de conteurs.

    01/09/2021 à 11:06 2

  • Bondrée

    Andrée A. Michaud

    8/10 Roman noir très plaisant à lire. De belles descriptions de la nature et des caractères des protagonistes. L'auteur est servi par un style fluide et sans pesanteur même lorsque les réflexions sont plus longues. L'abondance d'expressions anglaises et québecoises ne nuit pas, bien au contraire, et renforce le côté très local de l'histoire.

    01/09/2021 à 10:55 2

  • May fly

    Gérard Coquet

    7/10 Bon policier, l'ambiance humide et tempétueuse de la côte irlandaise est bien rendue, tout comme la violence des mafias d'Europe de l'est et islamistes. Les personnages sont hauts en couleurs et l'intrigue tient bien la route. Il y a de l'action, du suspens et quelques rebondissements. Paddy, Jameson et Guinness coulent à flots et les vétérans de l'IRA sont toujours prêts à donner un coup de main.

    01/09/2021 à 10:46 3

  • Là où chantent les écrevisses

    Delia Owens

    10/10 Gros coup de cœur, meilleure lecture de l'année ! Beaucoup de sensibilité, de style et de maitrise font de ce roman une réussite absolue. L'environnement y est magnifié sans tomber dans un quelconque réquisitoire, l'histoire et les personnages sont traités avec une grande subtilité pour révéler la part sombre de chacun ou au contraire son humanité. Superbe !

    01/09/2021 à 10:02 8

  • La Dernière tempête

    Ragnar Jonasson

    7/10 Policier sympa à lire. On est dans ce qu'on pourrait appeler l'école Indridasson, c'est à dire que l'auteur ajoute à sa trame policière un parcours de vie compliqué à son héroïne, l'enquêtrice Hulda Hermansdóttir, et pas mal de considérations sur la vie des Islandais. Dans ce livre, le personnage principal, déclencheur de tout est l'isolement, isolement géographique qui provoque l'isolement humain, et l'éloignement entre humains, que ce soit au fin fond d'une vallée reculée de l'est, ou dans la capitale au sein de la famille de Hulda, et ce d'autant plus qu'on est pendant les fêtes de noël pendant lesquelles les familles sont censées se retrouver. En plus de l'intrique policière finement menée, l'auteur parvient à parler des drames violents avec un vocabulaire très bien choisi, loin de toute description détaillée. Dans un style assez simple mais mais maitrisé, Ragnar Jónasson parvient à faire monter le suspens petit à petit jusqu'au dénouement (qu'on devine néanmoins un peu vite).

    19/07/2021 à 10:01 2

  • L'Irlandais

    Maurice Gouiran

    7/10 Clovis Narigou, héros récurrent de Maurice Gouiran ressemble beaucoup à Gabriel Lecouvreur dit "Le Poulpe". Comme le céphalopode, il a des convictions libertaires assez marquées, l'habitude de mener ses propres enquêtes, et une certaine propension à boire de la bière. Dans cet opus nord-irlandais, il va écluser pas mal de Guinness. Ce roman noir dont le fil conducteur suit la recherche des assassins d'un peintre, spécialiste des fresques murales ancien de l'IRA, se lit facilement. L'auteur dresse un portrait des nationalistes irlandais d'Ulster, des luttes fratricides, des branches nouvelles qui apparaissent après l'acceptation du processus de paix, mais surtout de la place des femmes dans l'organisation et dans la société irlandaise en général. Il met donc en évidence pas mal de paradoxes. On veut se libérer de l'occupant britannique, mais on a du mal à remettre en cause le patriarcat défendu par l'église catholique entre autres. Avec ses personnages fouillés, Maurice Gouiran apporte un éclairage intéressant à un aspect méconnu de l'IRA et de l'Irlande en général, à relier avec le sort des filles enfermées dans les couvents des Magdalènes. Natif du Rove près de Marseille dans une famille de bergers, Clovis marche sur les pas de son auteur, ce qui est à l'origine de quelques scènes pagnolesques qui ensoleillent le livre, face à la grisaille humide de Belfast.

    12/07/2021 à 09:39 2

  • De Cauchemar et de feu

    Nicolas Lebel

    9/10 La légende irlandaise du Far Darrig est le fil rouge (!) de cet excellent roman policier. Cet "homme rouge" de la légende celte est un porteur de feu, le frère d'un Prométhée moderne au service de l'unité irlandaise. L'auteur nous plonge dans les années 70 en Irlande du nord, en pleine guerre entre IRA, Unionistes et armée britannique. Cette guerre coloniale en Europe en plein XXe siècle est très bien décrite, sans concession pour aucun camp. La violence va forger le destin de quelques républicains de Derry, depuis leur enfance jusqu'à nos jours ou certains se retrouvent à Paris pour solder de vieux comptes. L'enquête sur les activités criminelles de ces vétérans est confiée à la brigade du capitaine Mehrlicht. L'autre réussite de l'auteur est de nous faire partager la vie de ces flics hauts en couleurs, attachants, originaux, qui ont le sens du devoir mais aussi beaucoup d'humanité et d'humour. On découvre le conflit nord-irlandais sous un jour complet, l'aspect religieux, économique, le processus de radicalisation, les reconversion impossibles ... Ajoutons à cela la verve de l'auteur, des formules qui font mouche, des considérations sur les vies personnelles de chacun qui rapprochent le lecteur des personnages, une analyse extrêmement fine des enjeux et des connaissances historiques sans faille, le résultat est un livre sans temps mort, sans longueur, sans éparpillements inutiles, manié avec un style séduisant. On referme le livre à regret, convaincu que "le diable n'est pas mort et enterré à Killarney, mais bien ressuscité et enrôlé dans l'armée britannique", et à l'instar de l'auteur, on espère la réunification pacifique de la verte Erin.

    05/07/2021 à 10:10 5

  • Le Livre des choses cachées

    Francesco Dimitri

    9/10 Roman noir très original servi par une étude des caractères ciselée. Les personnages sont étudiés à la loupe, tout comme le lieu de l'action, les Pouilles en Italie du sud. De nombreux paramètres contribuent à rendre l'histoire captivante, les descriptions géographiques, culinaires, culturelles et historiques. Mais c'est avant tout la psychologie des personnages qui est le moteur principal. Quatre copains réunis rituellement chaque année, dont les personnalités s'affinent et se révèlent peu à peu, ainsi que ceux qui les entourent, père, sœur, femme, enfants, copine ... tous ont leur importance dans le déroulement des drames qui se profilent dans ce village tenu par une branche de la mafia. L'un d'entre eux a une place un peu particulière et va entrainer le groupe dans cette curieuse aventure. Une pointe d'occultisme parachève cette œuvre séduisante, troublante et prenante dans laquelle chacun revisite sa jeunesse, ses illusions, ses déboires, ses espoirs, ses réussites ou ses échecs. En maintenant le doute et le suspens jusqu'au dernier mot, l'auteur laisse entrevoir à ses lecteurs ce "côté des choses cachées" au terme d'un récit totalement envoutant et bluffant.

    24/06/2021 à 09:42 2