Miss Lily-Ann

  1. Du rififi à Roubaix

    Miss Lily-Ann est une entreprise textile siégeant à Roubaix. Si son aura, ainsi que celle de sa directrice, Liliane, ainsi que son originalité ne sont pas en cause, les soucis financiers s’accumulent, au point que la société pourrait être reprise par des Japonais. Mais ni les actionnaires ni les ouvriers ne sont prêts à ce sacrifice. Une des membres de la famille Barré, détentrice de la société, est assassinée chez elle. Crime crapuleux ? Le policier Flahaut enquête…

    Après plusieurs polars chez Liv’Éditions et Ravet-Anceau, Lucienne Cluytens poursuit son périple chez Krakoen. On retrouve son sympathique enquêteur Flahaut, toujours aussi pugnace et en conflit avec sa hiérarchie. De même, les autres policiers sont attachants, formant un cénacle de limiers pour lequel il est difficile de ne pas éprouver de la sympathie. Au même titre, les rapports entre les ouvriers sont bien décrits, et l’ambiance de grève correctement retranscrite. On en regrette d’autant plus certaines facilités dans leurs rapports ainsi qu’au niveau des descriptions psychologiques, certaines scènes confinant parfois à l’accumulation de stéréotypes.
    L’intrigue est honnêtement bâtie et menée, et Lucienne Cluytens trouve quelques bonnes idées, notamment à propos d’une double identité. Cependant, là où la première de couverture évoque « Des yakusas à Roubaix ? », l’histoire escamote bien vite cette possibilité et ne la laisse jamais vraiment réapparaître. Il y avait pourtant là une belle promesse policière dont on pouvait, a priori, se régaler : choc des cultures, originalité du sujet, décalage entre le monde nordiste et celui de ces mafieux. Malheureusement, elle n’en reste qu’au stade maigrelet de concept, vaguement évoqué et jamais traité, au point que le lecteur achève le roman en se demandant si cette accroche n’était pas, au mieux, une éventualité scénaristique, au pire, un pur mensonge éditorial.

    Voici un livre sympathique, à l’intrigue correcte et à l’écriture attachante. Néanmoins, le manque partiel de densité dans l’écriture ainsi qu’un certain conformisme de l’intrigue l’empêchent de marquer durablement les esprits.

    /5