Né d'aucune femme

6 votes

  • 10/10 Dans une époque sans doute située à la charnière des 19e et 20e siècles, dans sa petite église, le père Gabriel apprend, en confession, des informations assez troublantes quant à une femme décédée à l'asile proche. Celle qui se confesse à lui prétend avoir laissé sous la robe de la défunte les "carnets de Rose", qu'elle le supplie d'emporter lorsqu'il viendra bénir son corps. Il promet!
    L'homme d'Église, troublé, tiendra sa promesse, profitant d'un moment de solitude avec la disparue.
    Au cœur de la nuit, Gabriel se plonge dans le récit de Rose, qu'il recopie patiemment, et qu'il livre au lecteur...
    Rose, aînée d'une famille de quatre filles, vivait à la ferme, avec son père et sa mère. Ayant fait le deuil de la possibilité d'avoir un fils, ceux-ci exploitent tant bien que mal leur lopin de terre. Mais les ressources se font rares, ils subsistent à peine. Aussi, autour d'une table de bar, le père en vient-il à commettre l'innommable en allant jusqu'à vendre sa fille Rose, 14 ans, au Maître des Forges, contre une somme qui devrait permettre à sa famille d'assurer sa subsistance. Rose entame alors une nouvelle vie, au service d'un homme et d'une vieille, passant outre les mise en garde d'Edmond, jardinier des Forges, qu'elle rencontre dès son arrivée dans le domaine. Prise au piège, Rose se trouve alors rapidement sous l'emprise du Maître et de sa mère. L'innommable se trame, ne lui laissant aucune échappatoire. C'est la souffrance qui entre alors en scène...
    Il est des romans que j'ai peine à refermer après en avoir lu le dernier point. Des romans dont je voudrais qu'ils ne s'arrêtent pas, tant ils me bouleversent. Tant ils ont a dire de l'humaine condition. Tant leur écriture est travaillée, réfléchie. Tant le récit laisse entendre l'intimité des voix de ses narrateurs. Tant leurs mots peine à cesser de résonner une fois le livre refermé. Malgré leur dureté. Malgré l'horreur.
    Franck Bouysse m'a ébloui par son style. M'a touché par la sensibilité avec laquelle il est parvenu a créer chacun des personnages et à leur donner vie. À dévoiler leur plus profonde intimité, tout leur laissant aussi la grâce ou la lourdeurs de certains secrets; cela a provoqué en moi ce sentiment "d'épaisseur" envoutant, me procurant un authentique plaisir de lecture, au-delà de l'effroi.
    Le fond de l'histoire a quelque chose de sordide. Et elle serait "plate" voire "juste violente" (elle l'est "aussi"), si Franck Bouysse n'avait pas pris la peine de construire une mise en abyme qui permet de garder le souffle, de prendre distance. C'est le récit de Rose lu et recopié par le P. Gabriel que nous lisons essentiellement. D'autres narrateurs interviennent, qui mettent en perspective ce qui se trame. Je sais gré à F.Bouysse de proposer aussi de puissantes réflexions sur l'acte même d'écrire, sur la mémoire, sur ce que nous pouvons faire de notre passé et, bien, évidemment, sur la souffrance, sur son absurdité, et sur l'espérance, aussi... je demeure à présent troublé par cette phrase de Marc, citée par Gabriel: "le fils de l'homme doit beaucoup souffrir, [...] il doit être tué, s'il veut ressusciter. Il n'y a rien à ajouter".
    Un coup de cœur total!

    03/10/2019 à 07:44 thibe (125 votes, 7.1/10 de moyenne) 7

  • 10/10 « Né d’aucune femme » est de ces romans qui laissent une marque au plus profond. De ces textes que l’on entend presque car il est fait de voix qui murmurent, qui chantent, qui hurlent même parfois.

    29/09/2019 à 14:59 PoisonIvy (292 votes, 7.6/10 de moyenne) 4

  • 9/10 La claque de l'année (pour le moment). Très bien écrit, sombre, très sombre, mais tellement prenant, on tremble à chaque page pour Rose.

    21/08/2019 à 12:01 zonedead (348 votes, 7.4/10 de moyenne) 5

  • 7/10 C'est un bon et très beau roman, sombre et violent. Certains passages sont superbes, et le roman accompagnera mes pensées pendant un bon bout de temps. Je regrette cependant quelques passages à la lourdeur et au contenu incompréhensible. La fin est amenée de manière un peu étonnante.

    20/08/2019 à 10:02 gamille67 (1305 votes, 7.2/10 de moyenne) 9

  • 9/10 Très attendu après les succès de ses précédents opus – à commencer par le multi-récompensé Grossir le ciel – Franck Bouysse confirme avec ce très bel ouvrage qu’il est assurément une des plus belles plumes du noir français du moment. Né d'aucune femme restera sans aucun doute l’un des grands romans de l’année 2019.

    11/01/2019 à 09:02 Hoel (805 votes, 7.7/10 de moyenne) 5

  • 10/10 J'ai eu la joie de lire ce roman de Franck Bouysse comme on découvre une fleur de printemps, aux parfums multiples et aux couleurs vives. A la fois surprise de découvrir cette nouvelle production mais tout de même dans l'attente de cette saison, la quatrième qui clôt un cycle. L'attente impatiente (fébrile !) a été récompensée. Né d'aucune femme est un joyau.
    J'ai profondément aimé ce conte, cette histoire dure aux contours acérés. Il s'en dégage une douceur palpable et une harmonie cachée, une histoire atemporelle et pourtant tellement contemporaine. Le récit se base sur la lecture des carnets de Rose qu'un prêtre récupère à la mort d'une pensionnaire d'un asile. Seul récipiendaire de ces cahiers, Gabriel reporte les écrits de Rose dans la majeure partie du livre. On dirait que c'est du Pagnol, dit comme ça, et finalement pourquoi pas, tant l'amour qui se cache dans ses différentes formes, sous ses multiples couches est la pièce maîtresse que Rose passera sa vie à effleurer, à caresser.
    Toutefois, la tension propre à l'intensité brutale de l'histoire classe ce roman parmi les très grands, de ceux qui allient puissance et émotions.
    Le titre et la magnifique couverture prennent corps dans les derniers chapitres. Comme pour les précédents romans de l'auteur, je suis abasourdie par la beauté de l'écriture conjuguée à l'histoire, détaillée, fouillée, précise, fabuleuse.
    Immense roman !

    06/01/2019 à 20:55 clemence (265 votes, 7.7/10 de moyenne) 6