Une Pluie sans fin

(Rivers)

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  • 8/10 La Limite. Une frontière artificielle et très approximative, dessinée au Sud des Etats-Unis, au-delà de laquelle on ne trouve que pluies diluviennes, ouragans et dévastations. Un no man’s land où les lois humaines ont implosé, pour ne laisser que chaos et individus désemparés. Cohen, qui a perdu sa femme et son enfant, fait partie de ces esseulés. Il lui faudra déployer des trésors de courage et d’humanité pour essayer de gagner la Limite.

    Ce roman de Michael Farris Smith frappe fort. Il ne faut que quelques mots de l’auteur pour planter le décor. Des paysages post-apocalyptiques, avec ces constants déluges d’eau. Une anomie complète, où l’on se bat pour de la nourriture, des piles, une voiture, et où la vie humaine ne constitue guère une valeur. De ce désastre surgissent des êtres plus voraces et meneurs que les autres, comme ce prêcheur, Aggie, qui a commencé par se faire un nom en essayant de faire croire qu’il pouvait guérir des morsures de serpents. Depuis, son commerce s’est bien développé, et il a créé une véritable secte sur laquelle il règne sans partage. Parmi ses ouailles, plus captives que volontaires, la jeune Mariposa, qui se souvient encore avec plaisir de sa jeunesse et de sa famille néo-orléanaise. Et c’est en partie pour la sauver, elle et les siens, que Cohen va tout faire pour les aider à quitter cet enfer humide. Difficile de ne pas penser à La Route de Cormac McCarthy ou à la série cinématographique des Mad Max en lisant le synopsis. Cependant, Michael Farris Smith injecte une âme réelle, entière et intime, à son histoire. Des personnages fracassés, tout en trajectoires fracturées, brisés par leur existence ou par ce cauchemar orageux cascadant des cieux malveillants. On est emporté par cette vision effrayante des éléments et des événements, chamboulant les repères moraux des hommes, tandis que l’on se plaît à vivre de beaux moments de magie et de grâce, comme les flash-backs de Cohen aux côtés de sa femme à Venise, ou ces instants, presque suspendus, où la terreur et l’angoisse s’interrompent en la présence d’un bébé.

    Un roman très bon et très fort, où Michael Farris Smith impose sa vision sans concession d’un avenir, peut-être imminent et crédible, où ce sera à chacun de choisir sa voie, dans les pas du Diable ou dans ceux d’individus valeureux. Car même si Cohen n’a en effet strictement rien d’un surhomme, sa bonté, son obstination et son courage le mettront d’autant plus en valeur.

    09/04/2019 à 19:09 El Marco (1603 votes, 7.5/10 de moyenne) 5

  • 7/10 On ressort rincé de cette lecture qui, comme la tempête cingle, gifle et fouette. Pour un baptême, Michael Farris Smith realise le tour de force de proposer un récit qui marque au fer rouge, malgré cette pluie diluvienne qui nous transperce jusqu’à l’os.

    09/05/2015 à 08:35 Gruz (299 votes, 7.8/10 de moyenne) 2