Orphelines

Noire porcelaine (Noire porcelaine)

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  • 8/10 Elle s’appelait Michèle Partenay, et un homme vient de découvrir son cadavre dans une carrière de tuf. Mains et pieds tranchés. Pour enquêter sur ce crime atroce, deux policiers : Bélony et Dalençon, des professionnels que tout oppose, ce qui n’empêche nullement une forme indéniable de camaraderie. Et il va leur en falloir, de l’affection, pour remonter la piste de ce tueur, puisque d’autres corps ne vont pas tarder à être retrouvés.

    De Franck Bouysse, on connaît principalement, entre autres, Né d’aucune femme, Grossir le ciel, Glaise, ou encore son dernier ouvrage, Buveurs de vent, et c’est avec plaisir que l’on (re)découvre ce Orphelines, écrit en 2013. Le texte est très court (environ deux cents pages), et l’on retrouve l’écriture si magnifique de l’auteur, empreinte de poésie et de lyrisme, au point que l’on s’attarde à de nombreuses – et délicieuses – reprises pour lire et relire certains passages. Par exemple, le portrait qui est dressé de l’une des victimes de l’assassin, Eva Myskina, dont le père a été l’un des sacrifiés, pardon, l’un des « liquidateurs » après la catastrophe de Tchernobyl, est un pur festin de mots et de maux. Les deux protagonistes retiennent également l’attention. Bélon est un policier bourru dont l’épouse vient de décéder après un long coma, rejoignant dans le trépas leur fille unique Mathilde après un terrible accident de la route. Dalençon est également une enquêtrice fort sympathique, errant d’une liaison sans lendemain à une autre, et dont les parents coexistent de façon mémorable. Entre ces deux limiers, une puissante fraternité, une amitié forte, presque une relation de substitution père-fille, qui va être mise à l’épreuve par cette traque au prédateur. Le tueur en série détonne avec cette mise en scène de corps massacrés, cabossés, reproduisant un schéma peu conventionnel, et laissant sur ses proies des messages énigmatiques – une partition du Temps des cerises, un extrait d’une chanson de Christophe, des aliments bien particuliers dans le système digestif de ses victimes, etc. Les pages, peu nombreuses, défilent à toute allure et sans le moindre temps mort, et l’on ne finit par regretter qu’un léger manque d’originalité dans le profil psychologique du monstre.

    Un roman prenant et efficace, où la forme – remarquable et enivrante – l’emporte, voire magnifie le fond, et où la plume de Franck Bouysse s’impose comme une poétesse de premier ordre.

    10/09/2021 à 05:52 El Marco (2405 votes, 7.4/10 de moyenne) 3

  • 6/10 Franck Bouysse maîtrise parfaitement les codes du thriller dans ce Noire porcelaine : des meurtres tordus, des indices laissés à l'intention du duo d'enquêteurs (chacun avec ses fêlures comme dit dans le précédent commentaire), une traque qui va crescendo, des fausses pistes, tout y est. Mais c'est justement peut-être trop classique, trop sage, avec cette impression de "déjà-vu" qui fait que le roman, sans se lire avec déplaisir, ne laisse pas une trace particulière au cœur de la production importante de thrillers des 20 dernières années.
    Sympathique donc, avec une qualité d'écriture qui laisse présager de bonnes choses (confirmées avec grand talent par la suite) mais pas inoubliable.

    15/04/2019 à 11:35 LeJugeW (1340 votes, 7.4/10 de moyenne) 5

  • 8/10 Un petit polar sous forme de traque à l’ancienne, avec les ingrédients du succès : fêlures du duo des enquêteurs, suspense qui monte, fausses pistes et vrai dénouement. L’auteur a changé de registre depuis, pour aller vers une autre branche du noir, toutefois cette noire porcelaine a de beaux reflets de réussite.

    15/07/2018 à 13:55 clemence (322 votes, 7.7/10 de moyenne) 4