Les Sacrifiés de la Somme

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  • 8/10 Dans la ville de Doullens en 1920, de petits voyous découvrent deux corps. Un homme et une femme. Des inconnus. Lui tué par balles et elle poignardée. Le narrateur, inspecteur, se souvient de l’enquête, à s’en faire saigner la mémoire.

    Et dire qu’il ne s’agit que du premier roman de Dominique Fouchard. Pourtant, à sa lecture, il aurait été facile de parier le contraire. Une écriture accomplie, un excellent sens de la narration, et un talent incroyable pour croquer les sentiments humains. Prenant pied dans l’après-guerre, l’histoire est d’un réalisme sidérant, et l’on se sent immédiatement plongé dans cette époque encore malmenée par les années d’un conflit monstrueux. Avec une retenue et une humanité rare, l’écrivain dessine des portraits saisissants de réalisme, peint des conflits humains, croque des souvenirs de soldats. L’intrigue policière est également réussie, avec de nombreuses fausses pistes, et la lente reconstitution du passé des deux morts permettra de saisir le fin mot de l’histoire, même s’il est regrettable que le nom du coupable soit dévoilé trop rapidement, de même que le résumé de la quatrième de couverture se montre trop bavard à cet égard. Et au-delà de toutes ces qualités littéraires, Dominique Fouchard s’illustre particulièrement dans l’étude des relations entre les personnages. C’est même cette dernière qui retient le plus l’attention. Les liens tortueux et changeants entre le narrateur, particulièrement épris de foi chrétienne, en butte au commissaire Marchand, individu de prime abord cassant et orgueilleux, auraient suffi à eux seuls à rendre l’ouvrage convaincant. Défiance, empathie, suspicion : toute la palette des perceptions humaines défilent au gré des pages, jusqu’à la révélation de la blessure originelle de Marchand qui n’intervient que dans les ultimes instants.

    Dominique Fouchard avoue lui-même avoir été marqué par la lecture des Âmes grises de Philippe Claudel, et cela se ressent indéniablement. Il y a une nette paternité littéraire entre les deux œuvres, tant dans la prose que la portée intellectuelle. Un roman à la fois émouvant et marquant, qui rend les prochains écrits de Dominique Fouchard d’autant plus attendus.

    11/02/2015 à 18:16 El Marco (2113 votes, 7.4/10 de moyenne) 1