La rivière noire

(Myrká)

  1. Elinborg mène l'enquête

    Le corps d'un homme, seulement vêtu d'un T-shirt féminin, est retrouvé dans un appartement du centre de Reykjavik. Beaucoup de sang, une profonde entaille à la gorge : le doute n'est pas permis quant à la cause de la mort. Cependant, l'enquête peine à démarrer. Pas d'arme du crime, aucun signe d'effraction ou de lutte, pas de témoin... La seule piste se résume à des cachets de Rohypnol – la drogue du viol – trouvés dans la veste de la victime.
    Puisque le commissaire Erlendur a pris ses congés, c'est Elinborg, son adjointe, qui est chargée de l'enquête. Cuisinière à ses heures perdues, la policière reconnaît sans peine l'odeur épicée qui se dégage d'un châle retrouvé sous le lit de la victime. C'est grâce à son flair que la vérité va se faire jour peu à peu...

    La rivière noire s'ouvre sur un jeune homme préparant avec minutie sa soirée. Ayant repéré au préalable une charmante demoiselle, il prévoit de l'accoster dans un bar et de lui offrir son cocktail spécial, celui qui devrait l'aider à assouvir ses désirs. Deux jours plus tard, suite à un appel, la police retrouvera le corps du violeur.
    Après Hypothermie, dans lequel Erlendur enquêtait seul et officieusement, Arnaldur Indridason nous propose une seconde enquête originale dans sa forme. Ce coup-ci, le plus célèbre des commissaires islandais est en vacances, parti se ressourcer dans la région des fjords de l'Est. En son absence, c'est Elinborg, sa fidèle collègue, qui prend les choses en main.
    Habituée à rester dans l'ombre d'Erlendur, la policière efficace se retrouve ici sur le devant de la scène, ce qui permet au lecteur de faire plus ample connaissance avec elle. Mère de famille, on la suit aussi bien au travail qu'à la maison, où elle retrouve Teddi, son mari attentionné, et ses enfants. Theodora, la plus jeune, s'inquiète pour sa maman (qui fait un métier dangereux) tandis que Valthor, adolescent, ne lui parle plus mais ne se prive pas de s'épancher sur son blog. Insomniaque à cause de son travail, elle fait retomber la pression en cuisinant pour ses proches. Chef amateur, elle a même connu son heure de gloire avec la publication d'un livre de cuisine.
    Comme souvent chez Arnaldur Indridason, l'enquête va amener la police à fouiller la psychologie et le passé des personnages. Cette-fois, Elinborg va être amenée à quitter la capitale et les siens pour rejoindre l'intérieur des terres et cette Islande profonde, en proie au chômage et à l'exode rural, très bien dépeinte par l'auteur.
    Malgré la lenteur du rythme, propre à la littérature policière scandinave, on peut véritablement parler de suspense tant Indridason parvient à donner envie de tourner les pages, distillant peu à peu les indices sans oublier de proposer fausses pistes et rebondissements.

    La rivière noire est un roman de la même couleur, fort réussi, à la hauteur des précédents. Si les fans d'Erlendur pourront être quelque peu déroutés par l'absence du commissaire, Arnaldur Indridason n'en réussit pas moins son pari, en prouvant qu'il peut très bien s'affranchir du personnage qui l'a rendu célèbre.

    /5