Week-end à Zuydcoote

3 votes

  • 8/10 Robert Merle met d’entrée de jeu son lecteur dans l’ambiance de la débâcle. Des files de voitures abandonnées. Un soldat qui pousse une charrette avec le cadavre d’une femme. Des gradés français qui tentent de forcer le passage. Des invectives entre les protagonistes. Et le jeune Julien Maillat, soldat français qui regarde ces échanges. Maillat est spectateur. Spectateur de cette drôle de guerre. De cette fuite des soldats anglais qui attendent, sous la mitraille, que les bateaux venus d’Angleterre, viennent les ramener au pays. Et les soldats français se retrouvent dans des camps de fortune sur les plages, un peu livrés à eux-mêmes. Maillat, Dhéry, Pierson et Alexandre vivotent ou survivent, un camp sanitaire où il pique un peu de vin, des conserves,…

    Durant 4 demi-journées, du samedi matin au dimanche après-midi, Robert Merle nous fait vivre la vie de ce petit groupe de soldats, avec leurs interrogations, leurs cohabitations avec la population locale et notamment la jeune Jeanne que Maillat sauve d’un viol.

    J’ai été impressionné par la qualité de l’écriture et la maitrise des personnages et du cadre. J’ai de suite pensé à Steinbeck quand j’ai lu les toute premières pages. On ressent l’angoisse et la tension comme l’incompréhension de ces soldats quasi abandonnés à leur triste sort, dont la mort est devenue sinon une partenaire du moins une fatalité.

    15/09/2026 à 17:14 JohnSteed (840 votes, 7.7/10 de moyenne) 1

  • 9/10 J’avais encore en tête l’adaptation cinématographique de 1964 – que j’ai adorée et que j’ai revue un bon nombre de fois – et quand j’ai attaqué ce livre, les premières pages m’ont confirmé que ce roman avait très fidèlement été transposé : la charrette poussée par Virrel avec le cadavre de la femme, la confrontation avec l’officier venant en face, le passage au sanatorium après la blessure à la main de Dhéry, la rencontre avec Jeanne, etc. Même certains dialogues et autres formules ont directement été transposées dans le film (« Ma femme avec ses longues jambes, elle a l’air d’un lis »). Bref, je n’ai pas boudé mon plaisir au gré de cette histoire si touchante, si désarmante d’humanité de voir ces malheureux pris au piège d’une guerre et d’événements qui les dépassent, où certains moments plus décontractés viennent aérer un récit d’une rare densité, d’une poignante puissance littéraire. De saynètes en saynètes, la vision de la Seconde Guerre mondiale à travers le prisme de braves gars (principalement Maillat) et se concluant de la même manière que le long-métrage (« Alors, toutes les étoiles s’éteignirent d’un seul coup. Et Maillat ne sut même pas qu’il était en train de mourir. »). Pour ma part, une lecture salvatrice et émouvante autant qu’une bouleversante madeleine de Proust pour ce germe littéraire qui a donné ce film que j’adule.

    26/12/2025 à 07:40 El Marco (3929 votes, 7.2/10 de moyenne) 3

  • 9/10 Juin 1940. Le terminus de ma débâcle française. Une roulotte.
    La vie d’un groupe de soldat prix dans le piège de la Poche de Dunkerque : Serge Maillat, sergent ; Pierson, le prêtre ; Dhéry, le combinard du groupe ; Alexandre, ingénieur et le cuisinier – tous du 110e RI. Un certain Pinot flanqué de son fusil mitrailleur MAC 24, les rejoint.
    Serge Maillat est le principal protagoniste. Il fait plusieurs rencontres cocasses, insolites, dramatiques – sauvant notamment une jeune fille de deux soldats-violeurs ; ou croisant un soldant transportant une femme morte jusqu’à la mairie.
    Pendant ce temps l’opération Dynamo s’organise côté anglais.
    Premier roman de l’auteur et Prix Goncourt 49. Entre les moments détente et la réalité de la guerre
    Pour l’anecdote, le curé de l’époque de Zuycoote avait brûlé en public, interdit la vente et avait mené une enquête parmi ses ouailles pour savoir quelles « folles ou égarées » avaient servi de modèles. Puis avait contesté le prix reçu par l’auteur.
    Quand on a rien vécu de l’intérieur…
    Un excellent roman. En fait un coup de maître.

    26/04/2025 à 15:46 Max (907 votes, 8.1/10 de moyenne) 4