Population : 48

(The Blinds )

  1. Caesura, au Texas. Des alignements de cabanons où sont réunis quarante-huit personnes sous la surveillance d’un shérif – ou plus exactement, d’un agent de sécurité – et de ses deux adjoints. La particularité de ce bled surnommé « Blind Town » est que ses occupants ne se souviennent plus qui ils ont été. Un programme expérimental, où chacun doit « s’épanouir », délesté de ses mauvais souvenirs, sans contact avec l’extérieur ni possibilité de revenir en arrière. Une terre promise ? Peut-être. Jusqu’à ce que l’on commence à compter des morts…

    Cet ouvrage d’Adam Sternbergh, encensé par Dennis Lehane, saisit d’entrée de jeu par ce postulat si atypique et alléchant. Une expérimentation grandeur nature, sur une petite cinquantaine d’individus qui peuvent tout autant être des anges que des démons, et dont le premier acte est de choisir une nouvelle identité, panachant prénoms et noms d’acteurs et de vice-présidents américains. Mais quand un suicide puis des meurtres surviennent, pour le shérif Calvin Cooper et ses deux équipiers, Robinson et Dawes, l’Eden paraît se transformer en cauchemar. L’Institut, ce groupuscule qui gère ce territoire où règne l’amnésie, dépêche des agents afin d’enquêter voire réguler la situation, mais il n’est pas exclu que les maux ne fassent qu’empirer. Une écriture remarquable, que celle d’Adam Sternbergh, parfois truculente dans ses dialogues et ses descriptions morales, et qui ne cesse d’entretenir le suspense sur les tenants et aboutissants de ce minuscule bout du Texas, régi par des règles si étranges. Même si l’on peut regretter que l’auteur déflore un peu trop tôt l’identité du premier meurtrier, la suite n’en est pas moins incroyablement savoureuse. Des pièces du puzzle, patiemment disséminées dans les pages de ce roman surprenant, viennent s’assembler devant les yeux médusés du lecteur, permettant de comprendre les raisons profondes du déchaînement de violence. Une explication remarquable, indéniablement la marque des grands écrivains : ceux qui savent proposer une entame de récit spectaculaire et mémorable, des rebondissements grandioses et un final tout aussi réussi et concluant.

    Un roman d’une extraordinaire tenue, qui se paie le luxe de mettre en avant des questions élémentaires quant à l’identité, la culpabilité, le pardon et la rédemption, tout en enchâssant ces notions au canevas d’une intrigue dense et inoubliable. Un coup de maître.

    /5