Barré

  1. Prison de chair

    A Limoges, les policiers Aurélie Laurencin et Donat Vigier sont sur le point d’appréhender un braqueur de bijouteries quand l’improbable se produit : Donat a un malaise. Plus exactement, il se sent dépossédé de son propre corps, incapable du moindre mouvement. Lorsqu’il se réveille à l’hôpital, le verdict des médecins lui tombe dessus comme un couperet : syndrome de Guillain-Barré, une maladie extrêmement rare qui l'immobilise presque entièrement et qui va le clouer dans la paralysie pendant un temps indéterminé. Mais quand une infirmière est assassinée, il comprend qu’il est à la merci d’un tueur bien mystérieux.

    François Clapeau livre ici un roman à suspense court (environ deux-cent-dix pages) et très prenant. S’appuyant sur un pitch original, il plonge rapidement dans le vif du sujet avec un lieutenant de police atteint d’un mal subit et étrange, que l’on pourrait qualifier de saugrenu s’il n’était malheureusement pas si authentique, qui va devoir surveiller sa propre personne, punaisée à l’hôpital, tandis qu’un assassin est peut-être en train de roder autour de lui. Parce que, si Donat est statufié et ne peut plus s’exprimer que par de vagues mouvements de la tête et en écrivant avec un feutre et une ardoise, bourré de médicaments, soumis à diverses machines médicales, il n’en demeure pas moins un policier aux sens éveillés, en alerte, et toujours doué d’au moins une bonne partie de son intellect. Il va observer les médecins, les infirmières, les écouter, analyser leurs propos et attitudes, et faire quelques belles déductions. Un tatouage, un emploi du temps, des interconnexions humaines, et la vérité va lentement apparaître. Mais Donat a-t-il pour autant raison ? Lui qui voit des korrigans dans sa chambre peut-il encore être certain de ce qu’il perçoit et raisonne ? François Clapeau livre un récit sans le moindre temps mort, vif et délicieusement anxiogène, alors qu’Aurélie et d’autres coéquipiers sont toujours en train de traquer ce braqueur qui vient de se rendre coupable d’un meurtre lors d’un hold-up. Néanmoins, là où l’auteur tire son épingle du jeu, c’est dans le final. Un épilogue fort et ouvert, rebattant les cartes jusqu’alors étalées sur la table de cette histoire qui aurait peut-être mérité, çà et là, davantage de noirceur ou de tempérament. Mais cette chute, sacrément intéressante et qui va obliger le lecteur à se poser beaucoup de questions, quitte à lui-même fournir des réponses très personnelles et intimes, constitue cet exquis bouquet final que l’on n’attendait pas.

    Un ouvrage concis et très réussi, où les ultimes chapitres viennent apporter une explication quant au choix du titre en plus de constituer un habile jeu de mots avec le syndrome qui a fauché le héros.

    /5