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8/10 Je viens de terminer « Je suis Romane Monnier » de Delphine De Vigan et ce roman raisonne à sa façon avec d’autres lectures que je mène parallèlement. A partir de ce qui semble un banal quiproquo, un échange de téléphone, Thomas va se retrouver avec celui de Morgane et être amené en fouillant dans le téléphone que celle-ci lui a, in fine confié, apprendre à la connaître et partager de façon presque empathique la solitude que celle-ci laisse entrevoir dans le puzzle de datas qu’elle a laissé.
L’auteur questionne dans cette fable moderne le rapport que l’on a à cette « extension de soi » et la prison virtuelle dans laquelle elle nous maintient sans que l’on s’en rende vraiment compte. Le paradoxe de ce progrès qui est censé nous libérer et nous connecter est qu’il nous enferme avec cette perte de discernement croissante qu’il engendre, cette immédiateté à laquelle il nous assujetti, cette superficialité dans laquelle il nous conforte et cette dépendance dans laquelle il nous installe. Ici, pas de rebondissements, mais de la tension, des émotions savamment entretenues et un questionnement permanent sur ce que nous sommes (personnes sociales) et ce besoin de liens véritables dont on a besoin dans un monde où le concept de vérité commence à devenir illusoire.
Un bon moment de lecture que ces vies en miroir que nous propose de façon originale Delphine De Vigan13/03/2026 à 15:15 barde63 (197 votes, 7.6/10 de moyenne) 5
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10/10 J'avais déjà beaucoup aimé le dernier roman de Delphine de Vigan, mais avec celui-ci, on entre dans une autre catégorie...
Le smartphone, cette fameuse arme d'isolation massive, est ici à l'origine d'une enquête numérique, mené par le personnage principal, qui va rentrer en résonnance avec sa propre existence, et questionner ses propres choix...
Un appareil qui expose l'intime, et permet d'accéder en mondovision au spectacle désolant des activités humaines, qui joue le rôle du confident, du psy, du conseiller bancaire, ou même encore du coach personnel, un lien avec ( tout ) le monde en général, et qui condamne à l'isolement dans les endroits particuliers...
C'est assez étonnant, quand un roman parvient si bien à retranscrire un état de fait quasi générationnel, cette hébétude qui nous gagne devant l'intrusion du réel dans notre quotidien, et l'impression tenace d'être un spectateur conscient, mais pas si innocent...
Un roman qui m'a beaucoup touché, qui m'a beaucoup parlé, qui alerte sur l'ambivalence de notre époque, l'illusion d'être à la fois en mesure de changer les choses collectivement, tout en cultivant un individualisme douillet et lénifiant...
La tentation du départ, ou du reset, pour faire mieux, ou plus...
Un immense bravo à Delphine de Vigan pour avoir su mettre des mots sur ces maux, afin que moi aussi, je puisse dire : " Je suis Romane Monnier "...28/02/2026 à 12:45 jackbauer (785 votes, 7.2/10 de moyenne) 4
