Je suis un monstre

Le jour où je serai orphelin

  1. « Le moi-du-dedans »

    Tom est un gamin de sept ans. Ses parents ont divorcé, il aime son papa, beaucoup moins sa maman, il adore son chien Bismuth, il a de l’imagination à revendre et un esprit en constante effervescence. Oui, mais voilà : les problèmes s’accumulent autour de lui, parfois avec des morts à la clef, et il n’est pas dit qu’il n’y soit pas pour quelque chose dans certains cas. Il semblerait même qu’il y ait un second Tom dans sa tête, une voix pas particulièrement bienveillante. Son entourage direct va en faire les frais.

    Christine Adamo surprend dès les premiers paragraphes en plaçant le lecteur directement dans la tête de cet enfant à la fois bavard et doué d’une belle inventivité. Ce point de vue, immersif et prenant, relevait de la gageure et l’autrice s’est montrée à la hauteur de l’enjeu au gré d’une langue très particulière, joliment heurtée et enjouée, qui concourt amplement à la crédibilité de son récit. Tom, en môme espiègle et ingénieux, compose un protagoniste mémorable, parfois témoin d’imprévus létaux – comme la mort tragique de sa sœur Sarah, mais son rôle ne restera pas indéfiniment passif puisqu’il va passer à l’action. Les coups du sort, les accidents, il va les provoquer. « Toute façon, tu tues personne. Tu bazardes seulement ceux qui gênent. C’est pas pareil ». Poison, chute : il va puiser dans les multiples possibilités qui lui sont offertes pour faire le ménage. Christine Adamo n’a pas créé un mioche psychopathe, incapable du moindre sentiment, glacé comme une chambre froide ou stéréotypé : c’est un garnement sacrément déluré, bousculé par les codes hermétiques des adultes et agissant sans malveillance particulière, et paradoxalement, c’est ce qui rend sa nature si originale et marquante.

    Même s’il y a parfois quelques passages inutiles, voilà un roman osé, réussi et perturbant, sans violences inutiles ni poncifs. On espère très sincèrement qu’il saura trouver son lectorat.

    /5