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8/10 Quand j’ai pris dans les mains ce livre, je ne pensais être subjugué par cette histoire. Je vais être honnête : je ne connaissais pas cet auteur, la couverture ne m’emballait pas, et le titre m’évoquait plus un livre d’horreur qu’une histoire dramatique d’une famille lambda américaine.
Et pourtant, à peine avais-je lu trois lignes du premier chapitre que je savais que je ne pourrais qu’adorer À la table des loups. Adam Rapp a le don de nous embarquer par des mots simples et justes à bord de cette saga familiale aussi captivante qu’émouvante. L’auteur américain a dépeint des personnages attachants et ténébreux, pour lesquels la vie va apporter son lot de joie et de douleurs.
Le talent de l’auteur américain est de nous faire traverser, comme de rien, 60 ans de la vie des membres de la famille Larkin par sauts de plusieurs années, avec différents protagonistes dont la liste évolue en fonction de l’agrandissement de la famille. Le lecteur découvre ainsi comment la vie n’a pas épargné certains d’entre eux, comment le destin a ébranlé leur vie, rarement pour le meilleur, et presque toujours dans le pire.
Tout démarre à Elmira, dans l’Etat de New-York en 1951. La famille Larkin se compose des parents, la grande et forte Ava, la mère qui souhaite élever dans le respect des valeurs chrétiennes sa famille, le père, Donald, conducteur de machines dans une usine d’outillages, ancien soldat de la Guerre, qui en est resté traumatisé. Et puis les 6 enfants : l’aînée, Myra, qui joue son rôle de grande sœur, de modèle et de chef d’orchestre, Fiona, l’artiste, Lexy, la sage, Joan, née autiste, Archie, le dernier dont on apprend dès le début qu’il a succombé à une terrible fièvre, et Alec, dont Myra dit qu’il a un côté cruel qui ne s’est pas encore révélé.
Cruelle, la vie va l’être pour chacun des membres de cette fratrie. Comme chez Zola, les personnages de Rapp ne peuvent se soustraire à leur destin tragique. Et pourtant chacun essaie à sa manière de construire un bonheur aussi fragile que précaire. Une fratrie qui verra l’un des leurs passer dans le côté noir de la vie.
Adam Rapp raconte en épilogue la genèse de ce livre, ou comment, à l’instar de la sienne, une famille somme toute normale se voit confronter à côtoyer la frange la plus abjecte de l’humain.13/07/2026 à 17:04 JohnSteed (812 votes, 7.7/10 de moyenne) 3
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8/10 À la table des loups" est un ample roman américain comme j'aime. D'emblée, j'ai été attiré et le bandeau du grand Richard Ford m'a convaincu de me le procurer.
De quoi ça cause ?
D'une famille, les Larkin, classe moyenne catholique, l'éternel rêve américain en bandoulière — et soixante ans pour faire craqueler tout ce joli vernis puritain.
L'auteur, Adam Rapp suit la fratrie de l'enfance aux années 2000 à travers une narration chorale et fragmentée, chaque chapitre bondissant dans le temps, alternant les points de vue. Myra l'aînée, infirmière en prison, colonne vertébrale du clan. Alec, ancien enfant de chœur, disparu dans les méandres de l'Amérique profonde. Lexy dans sa banlieue chic, Fiona dans la bohème new-yorkaise. Chacun court après un fragment du rêve, chacun le voit se dérober.
Ce qui fascine ici, c'est la mécanique du mal — jamais spectaculaire, toujours domestique.
Le puritanisme des parents Larkin n'est pas un rempart contre le vice, il en est le terreau. Et le baseball, presque élevé au rang de religion civique, tient lieu de ciment à une Amérique qui se lézarde de l'intérieur.
Les loups du titre — tueurs en série, prédateurs sexuels, violences diffuses — ne surgissent pas de l'extérieur : ils rôdent depuis le début, ils étaient déjà à table.
On en ressort mal à l'aise et, malgré soi, captivé.28/06/2026 à 22:47 schamak (141 votes, 6.2/10 de moyenne) 6
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9/10 Ce roman ne peut pas rester plus longtemps sans note ! Je me lance : L’originalité de ce roman tient surtout à sa construction mais l'écriture séduit immédiatement par sa fluidité. J’ai pensé à un tableau du pointillisme (cf. Seurat par exemple), de petites touches successives, des éclairages précis sur un lieu, un personnage, des moments de vie très précis et, peu à peu, une vision d’ensemble cohérente et profondément humaine apparait.
Le récit s’attache à une famille américaine en apparence ordinaire, mais traversée de failles et de tensions. Le père, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, est un homme taiseux, marqué sans doute par un choc post-traumatique. La mère, rigide et très catholique, perçoit le monde à travers un prisme religieux qui la plonge dans un certain déni de la réalité.
Les enfants incarnent chacun une trajectoire singulière : une fille aînée, Myra, rêveuse dont le destin sera animé par le désir d’être utile ; une deuxième fille plus égoïste, Fiona, tournée vers des aspirations d’une vie d’artiste ; une troisième, en retrait, en raison de son handicap mental ; une quatrième, plus structurée, semblant destinée à “réussir” selon les normes sociales. Du côté des garçons, l’un ne marquera pas trop le livre si ce n’est par l’absence qu’il va créer, tandis que l’autre, Alec, se révèle progressivement, au fil des chapitres, dans une descente inquiétante, marquée par des penchants troubles et surtout une incapacité à trouver sa place. On comprend assez vite que son parcours ne peut que mal se terminer — la question serait plutôt jusqu’à quelle profondeur va-t-il s’enfoncer.
Ce roman choral déploie ainsi les différents destins, et chaque tableau de vie racontée contribue à enrichir la compréhension globale toutefois assez sombre de l’Amérique d’Adam Rapp. Le roman couvrant une longue période, 60 ans, on s’attachera également au fils de Myra. On se demande si un peu de lumière sera apportée par ce personnage… mais, je n’en dis pas plus.
A vrai dire, je ne pensais pas que ce livre serait aussi captivant, comme vous l’aurez compris il se construit sur de très nombreuses ellipses (même de quelques années parfois) et pourtant à aucun moment on a l’impression qu’il manque quelque chose, le tout est tellement cohérent et logique.
Certains lui reprocheront sans doute aussi d’être trop succinct sur le côté émotionnel des personnages, en effet, l’auteur observe les personnages sans donner accès à leurs pensées ce qui laisse au lecteur le soin d’imaginer à quels points les évènements peuvent heurter ou blesser les personnages et axer leurs motivations à agir.
26/03/2026 à 15:03 Alice (368 votes, 7.6/10 de moyenne) 5
