Un beau jour

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  • 9/10 Ce matin du 15 août 1970, Marie-Pierre, l’ainée de la famille Cotraz, s’est réveillée tôt. Tandis que Paule, Luc et Jean, ses frères et sœurs, dorment encore, elle doit recevoir les dernières consignes de ses parents pour cette journée exceptionnelle : ils doivent partir en excursion en montagne. Le père, Claude Cotrz, guide montagnard réputé, emmène sa femme, Marie, grimper les sommets. Il s’agit pour cette dernière d’une première depuis de nombreuses années, s’étant consacrée à élever ses 4 enfants.

    Alors que les enfants passent leur journée au chalet familiale à jouer au ballon, à manger des pommes de terre pas assez cuites, à goûter de pain perdu, à dévorer les myrtilles sauvages, se coucher dans l’herbe… c’est un orage terriblement violent qui clôture ce qui devait être un beau jour. Mais voilà, les parents ne reviennent pas. Cette attente interminable de leur retour se poursuit en une absence incompréhensible. Malgré la mobilisation des secours, les parents ne sont pas retrouvés. Ont-ils été victime d’un accident ? Ont-ils pu se réfugier et attendent-ils les secours ? Les enfants attendent leur retour. Ils ne peuvent être que vivants, leur père étant un guide expérimenté. Ils n’auraient pas mis leur vie en danger, sachant qu’un orage arrivé.

    Les jours passent qui se transforment en semaines puis en mois. Les enfants sont accueillis pour les plus jeunes par l’oncle Antoine et la tante Andrée et les plus âgés, Marie-Pierre et Luc, sont placés en pension loin de leurs frères et sœurs. Cet éclatement familial est une double peine pour eux qui attendent toujours avec conviction le retour de leurs parents. Ils s’accrochent à cet espoir que les corps n’étant pas retrouvés, ils doivent être logiquement vivants. Il y a obligatoirement une explication. Malgré la conviction des habitants du village, les enfants savent qu’ils sont quelque part et que peut-être les parents ne voulaient plus des enfants, qu’ils se sont enfuis quelque part. Mais ils sont persuadés qu’ils sont vivants.

    Les années défilent. Les enfants deviennent adultes. Les souvenirs des parents, surtout pour les plus jeunes, s’estompent mais le sentiment de manque et d’absence marque à jamais leur vie. Luc ne surmonte pas cette disparition et va mettre corps et âme à rechercher ce père qu’il admirait même s’il était très sévère. Il envisage de suivre les traces de ce guide reconnu mais Jean, le bébé de l’époque, va lui prendre cette place et ses rêves… Marie-Pierre s’éloigne de la vallée et va même ôter ce Pierre de son prénom composé, histoire de se rapprocher et prouver l’amour à sa mère.

    Malgré ce drame commun, les relations entre frères et sœurs vont se tendre. Ils fondent leur famille, construise leur vie professionnelle… Mais toujours, comme une épée de Damoclès, cette disparition les freine dans leur épanouissement, ne les autorise pas à être heureux, eux comme leurs enfants. Certains tomberont de haut et échoueront…

    Agnès Laurent avait signé avec Rendors-toi, tout va bien un récit au suspens implacable. Un beau jour est un livre magistral voué à une vie de famille détruite mais dont les enfants tentent de survivre de l’absence de parents. Quand ce qui doit constituer le ciment de la vie n’existe plus, quand le vide devient le socle de la vie, c’est une absence qui s’avère trop difficile à combler.

    Un beau jour n’est pas qu’un beau roman sombre et dramatique sur l’éclatement d’une fratrie. C’est une plongée émouvante et touchante dans la psychologie des frères et sœurs pour surmonter cette tragédie et dont l’espoir restera graver dans leur coeur. C’est un reflet de cette vie fragile qui se construit, c’est aussi un profond témoignage du courage des parents, de l’amour inconditionnel voués par leurs enfants : une ode à la vie.

    25/06/2026 à 11:37 JohnSteed (809 votes, 7.7/10 de moyenne) 1