Absinthe : l'affaire Gouffé

  1. Les diaboliques

    13 août 1889 : on retrouve une tête humaine en forte décomposition dans un sac puis la malle qui a servi à transporter le corps. Cette affaire va déchaîner les passions et marquer l’esprit de ses contemporains. Et c’est dans un climat délétère que va se dénouer ce crime épouvantable.

    Cette affaire véridique est ici réexploitée par Yann Botrel qui, il le confesse au début comme à la fin de son ouvrage, a injecté dans son récit autant d’éléments authentiques que de passages fictifs. On est saisi par la solidité des recherches documentaires de l’auteur qui croque avec talent l’ambiance de l’époque, les soubresauts dans la société, les psychologies des divers protagonistes ainsi que les nombreux rebondissements de ce fait divers. Certains personnages sont vraiment marquants, comme les policiers Goron, Jaume et Soudais, tandis que le profil des coupables, après avoir longtemps été traqués, fait littéralement froid dans le dos autant qu’ils intriguent par leur apparente inoffensivité. On se rend compte près d’un siècle et demi plus tard qu’au-delà de l’apparente banalité du crime, ce fut toute la population qui fut secouée, des simples citoyens aux édiles politiques. Yann Botrel multiplie les points de vue, des enquêteurs aux avocats et magistrats – les plaidoiries, pourtant courtes, sont extraordinaires – en passant par les journalistes, avec cette histoire qui orienta les investigations de l’Angleterre aux Etats-Unis en passant par Cuba et l’Argentine.

    Un très bon livre, oscillant volontairement et avec intelligence entre la rigueur de l’ouvrage documentaire et la fièvre du roman à suspense. Une radioscopie très réussie de la société, avec également la naissance de la science médico-légale avec la présence remarquée du médecin Alexandre Lacassagne et d’Alphonse Bertillon, ainsi que d’Emile Zola qui nous narre certains pans de cette sordide affaire criminelle.

    /5