Sommeil de cendres

  1. « Le Prix du mensonge »

    Janvier 1974. Le corps d’un jeune homme est découvert sur l’échangeur de la porte de Bagnolet. L’inspecteur Eperlan est chargé de l’affaire et va lentement remonter vers deux personnages équivoques : Alexia Zorn en train de fuir Paris pour rejoindre au plus vite l’Ardèche, et Müll, homme de main du Service d’Action Civique – le SAC. Leur rencontre promet d’être à la fois sauvage et révélatrice de sinistres trafics.

    Xavier Boissel livre ici un roman noir de premier ordre. Son ouvrage se présente dans un premier temps de manière chorale, chacun des chapitres présentant le point de vue de l’un des trois protagonistes. Eperlan, en fumeur invétéré de cigarillos, en partie désabusé et dont le couple a explosé en pleine vol, homme droit et attaché à la lutte contre le communisme depuis ses combats de la guerre de Corée, va lentement comprendre qui était la victime : Ghislain Breil-Martel, un fils de bonne famille, rattrapé par la mouvance maoïste, prostitué et amateur de jeux de cartes. Parallèlement, Alexia tâche de s’éjecter loin de la capitale, elle qui a longtemps consommé de la drogue et s’est formée au krav-maga : les prédateurs qui sont à ses trousses sont prêts à tout pour planter leurs crocs en elle. Et il y a Müll, à l’estomac douloureux, membre de la pègre et très actif dans le domaine de la drogue, avec toujours quelques arrière-pensées politiques dans le viseur. L’auteur signe un récit concis mais très sombre, où nos trois héros vont méchamment se percuter, qu’ils soient cognés par des balles, des inclinations amoureuses ou d’incroyables désillusions. La mécanique policière est tout bonnement impeccable, imprenable, les engrenages parfaitement huilés amenant les personnages à une inévitable confrontation, lapidaire mais retentissante, où l’on sent même l’influence littéraire de Jean-Patrick Manchette. Ce cadre des années 1970 est également très intéressant en raison des courants politiques à l’œuvre à cette époque, post Mai 68 et agités par bien des tractations et des contradictions. Ce roman propose également une fine analyse des pratiques de la police scientifique de cette ère. Xavier Boissel nous gratifie aussi de belles citations qui viennent agrémenter son histoire qui vient se mêler à celle qui s’écrit avec une lettre majuscule, ainsi que d’un final poignant.

    Remercions très chaudement Xavier Boissel pour ce roman efficace et atypique, servi par une plume laconique et percutante. « Une petite immersion dans la France du pompidolisme agonisant », a-t-il si gentiment écrit en guise de dédicace à un certain chroniqueur littéraire : voilà une immersion plus que marquante.

    /5