Le Maître de Chaource

  1. Au Moyen Âge, un artiste établi à Troyes, surnommé « le Maître de Chaource », est un tailleur de pierre réputé. Néanmoins, d'étranges signes s'amoncellent autour de lui, de sa famille et de ses proches : rumeurs, menaces, puis agressions physiques. À l'origine de ces dangers naissants, un individu appelé Mondé, vêtu comme un homme d'église. Plusieurs siècles plus tard, un homme encapuchonné s'en prend aux œuvres du Maître de Chaource. Le commissaire d'Artagnac et son équipe enquêtent ; ils ignorent encore que les dégradations ne sont pas les seuls méfaits de leur mystérieux agresseur.

    Premier ouvrage de Jean-Paul Fosset à être publié chez Ravet-Anceau, ce Maître de Chaource bénéficie d'une intrigue originale, où art et histoire se mêlent de sang. La langue est belle, très poétique, et ce récit court se lit d'une traite. Les chapitres alternent entre le XVIe siècle, l'époque contemporaine, et les propos de l'artiste, observant les policiers depuis les cieux. Il est d'ailleurs important de noter que le lapicide fut un personnage réel, à propos duquel les informations manquent malgré la qualité de ses œuvres (cf. cet article de Wikipédia). Indéniablement, Jean-Paul Fosset sait donner vie à ses personnages, notamment l'équipe du commissaire, composée de joyeux drilles, des protagonistes épicés et au verbe fleuri que ne renierait pas Fred Vargas. L'intrigue est également intéressante et se laisse lire avec plaisir, le suspense relayant des descriptions très crédibles des lieux et époques évoqués. Au milieu de toutes ces qualités littéraires qui donneront envie de lire d'autres ouvrages de Jean-Paul Fosset, on regrettera cependant quelques passages répétitifs, notamment lors des intimidations contre l'artiste, et une histoire qui aurait peut-être pu s'enrichir de quelques rebondissements.

    Le Maître de Chaource constitue un opus brillant et délicieux qui évite les poncifs du complot religieux. Ici, point de récit à la Dan Brown ou Steve Berry : on demeure dans le crédible, à mille lieues des productions anglo-saxonnes du moment. Malgré, peut-être, quelques menues faiblesses, on ne peut que louer les aptitudes de l'auteur et espérer d'autres écrits de sa part.

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