Serena

6 votes

  • 10/10 Deuxième roman de Ron Rash à avoir traversé l’Atlantique (après Un pied au paradis), Serena est chronologiquement le quatrième qu’il a écrit, et sans aucun doute le plus abouti.
    On se méfie toujours des arguments de quatrième de couverture et des comparaisons flatteuses des éditeurs, souvent à raison. Ici, les allusions au drame élisabéthain et à Macbeth en particulier semblent assez justes, sans qu’il soit question de comparer l’auteur – par ailleurs féru de poésie et poète à ses heures – à Shakespeare. C’est plutôt qu’en termes d’ingrédients, le texte tient davantage du drame classique que du roman noir contemporain.
    Comme dans ses autres livres, la plume de Ron Rash fait des merveilles lorsqu’il s’agit de décrire la nature et les paysages sauvages de Caroline du Nord, sans que cela porte préjudice à l’intensité dramatique du texte. Les personnages et leurs tourments, à commencer par le couple autour duquel gravitent tous les autres, George et Serena Pemberton, sont excellemment décrits. Les conditions de travail des bûcherons d’alors sont aussi rudes que les hivers des Smoky Mountains, aussi les morts ne manquent pas dans Serena, qu’elles soient tout à fait accidentelles ou beaucoup moins fortuites. Voraces et sans scrupules, les Pemberton sont craints et prêts à tout pour déforester jusqu’au dernier arbre de la région, dussent-ils graisser quelques pattes ou neutraliser quelques importuns au passage. C’est ainsi qu’au nœud dramatique du récit, il faut ajouter, en toile de fond mais bien présentes, les conséquences du capitalisme et les premières préoccupations écologiques. Certaines scènes sont mémorables et magnifiquement écrites. Même sans avoir vu le film éponyme (sorti en 2014) ou l’adaptation en bande dessinée (2018), des images fortes nous restent en tête. On pense aux premières scènes où Serena dresse son aigle par exemple ou à d’autres moments dont il serait plus délicat de parler ici sans trop en dire.
    Sans doute le roman ne brille-t-il pas pour l’originalité de ses rebondissements, que l’on pressent en partie, mais là n’était sans doute pas le but de l’auteur. Le texte semble ne pas compter un mot de trop. Lorsque l’on sait que l’auteur l’a écrit et réécrit pas moins de douze fois avant d’en être satisfait, on comprend que le talent, seul, ne suffit pas à produire une telle prouesse.

    Serena est au final un roman noir époustouflant mettant en scène une héroïne aussi féroce qu’inoubliable dont on comprend bien, à l’aune de la lecture, pourquoi elle lui donne son nom.

    22/02/2021 à 20:00 Hoel (929 votes, 7.7/10 de moyenne) 7

  • 9/10 Avec "Serena", Ron Rash trace le portrait de deux femmes exceptionnelles, plus fortes finalement que les hommes qui les entourent. L'une est proche de la nature, la respecte et sait profiter sans la détruire des ressources qu'elle lui offre. Elle mettra au monde un garçon qu'elle parviendra à élever. L'autre au contraire met à mal cette même nature qu'elle laisse exsangue, laissant avant d'abandonner les lieux exploités un paysage désolé. Ainsi, elle ne saurait donner la vie. Un roman qui, tout en situant son action dans les années 30, pose des questions en phase avec notre monde actuel.

    25/11/2015 à 15:18 LeeWeel (357 votes, 7.9/10 de moyenne) 5

  • 8/10 Une très belle histoire d'un auteur qui me fait penser à Steinbeck. J'aime beaucoup la poésie et la brutalité de ses récits.

    23/10/2014 à 21:23 gamille67 (1572 votes, 7.3/10 de moyenne) 4

  • 8/10 Quand la littérature aborde la naissance du capitalisme et des préoccupations écologiques. Belles lettres et portraits au fusain.

    15/01/2013 à 13:14 Surcouf (236 votes, 7.1/10 de moyenne) 3

  • 5/10 Belle déception à la hauteur de l'attente...La plume est belle, le monsieur a un talent qui ne fait pas tout car quel ennui!! L'histoire ne m'a pas intéressée une seule seconde, restant complètement à distance des personnages et de leurs préoccupations. Il ne s'y passe vraiment pas grand chose. Un mal fou à terminer, hâte de passer à autre chose...

    24/10/2012 à 11:57 Xave (233 votes, 6.9/10 de moyenne) 2

  • 10/10 Le premier roman de Ron Rash était brillant, le second confirme le talent du bonhomme au-delà de toute expression. Portrait de femme exceptionnel, reposant sur une intrigue noirissime dont la structure emprunte autant au drame élisabéthain qu'au grand roman américain, "Serena" est porté par un souffle admirable, un superbe travail sur la langue et un soin méticuleux apporté à la reconstitution d'une époque (l'histoire se déroule au début des années 1930, pendant la Grande Dépression qui suit la crise de 1929.) Comme dans "Un pied au paradis", Rash fait entrer en résonance l'intime obscur des âmes avec la nature et l'Histoire. Un roman fascinant, intelligent et vénéneux, qui monte inexorablement en puissance au fil des pages. Magnifique !

    06/02/2011 à 22:27 Dodger (445 votes, 7.7/10 de moyenne) 5