Barjoland

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  • 8/10 Les temps sont rudes pour Damien : il vient d’apprendre par un texto l’élection de Donald Trump et sa mère, Marlène vient de se mettre en couple avec Jacques Colvert, un pédopsychiatre qui anime une émission de radio, alors que son père n’est décédé que depuis trois ans. Pire : Marlène compte les faire emménager chez Colvert. Dans le même temps, un vent de révolte se met à souffler dans les crânes des amis de Damien qui a fermement décidé de venir à bout du nouveau compagnon de sa mère, en commençant par saboter son émission. Et leur professeur d’HG, Gallois, qui s’en prend au nouveau Président des Etats-Unis pendant ses cours au point de fortement irriter Santoro, le proviseur. Décidément, les mauvaises planètes étaient en train de s’aligner : et si on était à Barjoland ?
    La plume de Jean-Luc Luciani, je la connais (j’ai déjà lu quelques-uns de ses autres romans), et je me suis fait plaisir en m’attaquant à cet ouvrage, présenté comme différent des autres, et paru dans la collection « Rester vivant » que j’apprécie également. D’entrée de jeu, effectivement, ce roman ne ressemble pas à ses autres écrits : un style plus tranché, barré, pour un univers davantage destiné aux ados qu’aux jeunes lecteurs. La lente descente aux enfers de Damien, miné par une société qu’il rejette en bloc et détérioré par le nouvel amour de sa mère – qui s’avère rapidement être un abruti de première, égocentré, possessif et plus attaché aux objets qu’aux êtres humains. Entre les deux, la tension va monter, d’incendie en internement en hôpital psychiatrique. Une vision désenchantée de l’adolescence presque autant que de notre monde, mais d’où jaillissent quelques traits d’espérance. L’ensemble est très agréable à lire, original et prenant de bout en bout, même si je regrette l’absence d’un élément que je n’ai pas encore cerné. Peut-être aurais-je préféré plus de noirceur, d’absurde, de pessimisme, ou alors une histoire mettant moins à l’arrière-plan des personnages qui auraient, selon moi, mérité une place plus large, comme Gallois qui s’éclipse de la scène trop rapidement alors qu’il aurait pu bénéficier de plus d’attention de la part de son géniteur littéraire. Bref, une lecture très estimable, indéniablement, mais avec un très léger goût d’inachevé.

    10/07/2022 à 08:40 El Marco (2825 votes, 7.3/10 de moyenne) 1