Sanction

  1. Tout commence par un meurtre : Frederic Mayers, un homme au-dessus de tout soupçon, jette Jeremy Haskins sous les cinquante tonnes d’un métro. D’autres événements se produisent : un journaliste qui s’en va à la rencontre d’un autiste, un prix Nobel que l’on s’apprête à décerner, une expérimentation pour conquérir le centre de la Terre… Quand ce puzzle se formera finalement, il se peut que ça soit l’avenir de l’humanité qui soit en jeu.

    Lorsque naît une maison d’édition et que l’on vous propose l’un de ses romans, c’est la fébrilité qui l’emporte. Découvrir un nouvel auteur, un nouvel ouvrage, une nouvelle écurie littéraire : de potentielles belles découvertes. A réception du livre, vos yeux finissent par tomber sur la quatrième de couverture. « Un thriller haletant ». « Après Sanction, vous ne regarderez plus le monde de la même façon ». « [L’auteur] a eu la chance de vivre chez Jacques Brel […], recevant aussitôt le soutien de Jean Anouilh. » Ben voyons : vous verrez qu’un de ces quatre, Stéphane Bourgoin viendra nous dire que finalement, il n’a jamais été le voisin de Stephen King. Et puis, assez sceptique, vous entamez la lecture dudit opus. Et là, alors que vous étiez peut-être dubitatif quant à de tels dithyrambes et autres détails personnels quant à l’auteur, Pierre Tré-Hardy, la magie se met à opérer. Des chapitres courts, n’excédant que rarement trois pages. Une plume magnifique, belle, peignant adroitement sentiments, décors et pensées. Un écheveau de personnages, pour un roman presque choral, apparaissant les uns après les autres sans que l’on sache quels rapports ils nourrissent entre eux : un quidam qui en tue un autre, un policier au verbe haut et à l’intelligence supérieure, des scientifiques que l’on traque, un nabab des hautes technologies, un autiste visiblement Asperger particulièrement talentueux en mathématiques et autres sciences, un Tibétain, etc. On en vient, parfois, à se demander où Pierre Tré-Hardy veut en venir, mais peu importe : on se laisse volontiers emporter par son style si élégant et le mystère qui enveloppe ses protagonistes. Et l’énigme se prolonge encore, avec des notions – habilement vulgarisées pour n’en garder que la substantifique moelle – comme la fusion des métaux, la mécanique quantique, l’évolution des espèces, la surpopulation, les crises mondiales, la téléportation, etc. Et, graduellement, comme on grimpe les marches d’un escalier enténébré pour parvenir à l’ultime lumière, tout prend sens. L’écrivain nous offre alors une belle leçon, tant littéraire que morale, sur notre avenir et notre lourde empreinte sur un univers fragile. Dit comme ça, cela équivaut sans mal aux éloges que nous relevions précédemment, sauf que ceux-ci sont objectifs et sincères. Pierre Tré-Hardy nous a livré un ouvrage de très grande qualité, sans jamais tomber dans les poncifs hollywoodiens du genre, sans courses-poursuites stériles et autres effets faciles.

    Une triple découverte : un livre mémorable et brillant, un auteur dont on découvre les premiers pas dans le genre romanesque, et une maison d’édition que l’on espère pérenne. Un final en plusieurs temps, tous habiles et finement trouvés, pour conclure de la plus belle des manières une histoire qui échappe à toutes les étiquettes. Cela se passe dans un avenir proche mais ce n’est pas un livre fantastique. Il ressemble à un techno-thriller mais n’en est pas un. Il a les atours de la littérature blanche sans pour autant faire partie de ce genre. On y trouve des énigmes mais ce n’est pas un whodunit. Il y a du suspense et une dose d’aventure sans contenir les typicités de ces deux types de proses. Qu’est-ce que c’est, alors ? Un excellent livre, tout simplement.

    /5